- Speaker #0
Salut salut, aujourd'hui je suis allée à la rencontre de Nicolas, je suis allée jusqu'à chez lui après plusieurs mètres de chemin, enfin de route qui s'est transformée en chemin, mais ça valait le détour avec la belle vue. Donc direction les Pyrénées pour parler chiens de traîneau, Grand Nord et voyage. Car au fond, est-ce qu'on peut ressentir, c'est la question que je me pose, est-ce qu'on peut ressentir l'esprit du Grand Nord sans quitter la France, juste dans les Pyrénées ? Dans cet épisode, Nicolas revient sur son parcours de meucheur, sa passion pour les chiens nordiques, et les aventures qu'il a vécues avec sa meute. Ensemble, nous allons parler de ce qui rend l'expérience de traîneau si particulière, de ce que les chiens nous apprennent sur la nature, le voyage et la relation à l'animal, mais aussi cette sensation d'évasion que j'aime tant quand on est sur un traîneau. Je suis Emmanuelle. Avant même de savoir marcher, j'étais déjà sur un traîneau entouré des huskies de mes parents. Depuis, 19 chiens ont façonné ma façon de vivre, de voyager, de travailler et de rêver. Dans une avique nordique, je te partage chaque semaine mes aventures, mes conseils et des rencontres inspirantes. Que tu sois amoureux du froid, du grand nord, de la montagne, ou tout simplement fasciné par les chiens de traîneau, meucheur ou pas, tu es au bon endroit. Chaque épisode est pensé pour provoquer un véritable déclic, t'aider à oser, à dépasser tes peurs et à t'aider à franchir ce premier pas vers ton propre rêve d'aventure. Bonne écoute, et si tu es nouveau, bienvenue dans mon univers givré. Bonjour Nicolas, je suis ravie de t'avoir dans le podcast aujourd'hui, est-ce que ça va ?
- Speaker #1
Bonjour Emmanuelle, très bien, très heureux de t'avoir avec moi.
- Speaker #0
Bon, super. Est-ce que tu peux te présenter en trois mots ?
- Speaker #1
Alors, je suis Nicolas Rose, j'ai 58 ans, bientôt 59 dans une quinzaine de jours. Je vis dans les Hauts-de-Pyrénées et je suis mûcheur professionnel avec une meute du ski d'Alaska. Eh bien, c'est une lignée de travail des chiens de traîneau. on a effectivement les... huskies de Sibérie, qui sont les plus connus, les bobos aux yeux bleus, et les huskies d'Alaska, qui est mon rêve de gamin. Ces chiens qui ont été créés par les chercheurs d'or.
- Speaker #0
Très bien, tu vas nous en dire plus. Allez, est-ce que tu peux nous te présenter un petit peu plus en détail ? Où est-ce que tu vis ? Est-ce que tu as d'autres passions que les chiens ?
- Speaker #1
Alors, je vis dans les Hautes-Pyrénées, juste en dessous du Pic du Midi. Je suis un ancien chef d'entreprise d'une TPE qui était dans le matériel médical. Et il y a une dizaine d'années, j'ai décidé de tout vendre et de m'occuper, de me préoccuper, de câliner que mes petits chiens.
- Speaker #0
Trop bien, génial, tu nous fais rêver.
- Speaker #1
En termes de passion, je suis un ancien voileux, donc je faisais du catamaran de sport dans mon ancienne vie. Et je suis toujours attiré par la nature, que ce soit la mer ou la montagne.
- Speaker #0
Toujours dans les activités, nature. Ok, super. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur tes chiens ? Est-ce que tu les achètes ? Tu as des portées internes ? D'où viennent-ils ?
- Speaker #1
Alors, sur ces petits loulous, ces fameux huskies d'Alaska. On reviendra après sur leur histoire, si tu veux. Les premiers chiens, j'ai été les chercher à Kiruna. en Laponie suédoise, chez Mads Petersen, qui est devenu un ami. J'ai pris mes deux premiers chiens chez lui. Ensuite, j'y suis retourné en prendre deux autres. Ensuite, j'y suis retourné en prendre encore deux autres, ce qui me permettait d'avoir trois types de lignées différentes, une lignée suédoise, une lignée norvégienne, et l'abord de ma vie, qui sont les lignées américaines. Je suis parti de ces trois lignées-là. Et à partir de là, j'ai décidé de faire les propres portées. D'accord. Si on veut parler des chiens, alors évidemment, on ne va pas dire qu'il y en a un qu'on aime plus que les autres. On les aime tous de la même façon. La seule chose, c'est qu'il y a des atomes crochus qui se font avec certains chiens parce qu'on a des caractères qui sont en phase. Il y en a d'autres des caractères qui sont un peu moins en phase, mais c'est comme avec les êtres humains, c'est la même chose.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Alors j'en ai une à côté de nous, qui est Moon, qui est une des premières chiennes que j'ai pris chez Mads Petersen, qui est, déjà je l'ai appelée du nom de ma mère, et qui est une chienne qui est extraordinaire, et j'ai vécu avec elle des choses assez lourdes, et c'est enfui quand j'habitais en région nantaise, 15 jours de la maison alors qu'elle était à... Deux kilomètres de la maison.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Deux kilomètres, et elle s'était réfugiée auprès d'un établissement scolaire. La journée, elle se cachait dans les buissons, et la nuit, elle sortait. Elle mangeait les poubelles.
- Speaker #0
D'accord, elle a fait son aventure à elle.
- Speaker #1
Elle a fait son aventure à elle. Je raconte ça pour la petite histoire, parce que ça montre quand même comment les chiens sont capables de survivre sans nous. Et quand enfin, il y a des enfants qui l'ont vu, qui l'ont signé à la direction, je ne pense pas à ces détails, à SPA, etc. On l'a récupéré. Et cette chienne n'était pas du tout amaigrie. Elle était vraiment capable de vivre par elle-même. J'ai trouvé ça juste exceptionnel. Et en même temps, je me suis dit, Nicolas... Il va falloir que tu sois au niveau avec cette chienne-là, parce qu'elle n'a pas besoin de toi. Et ça remet bien les choses à la place.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Alors j'ai cette chienne-là, évidemment, qui me parle. J'ai son frère Max, qui à 12 ans maintenant, est toujours un de mes meilleurs chiens de tête, qui a encore fait une grosse partie de la saison. J'ai sa fille qui est Bonnie, la fille de Max, qui me permet de faire un peu de médiation animale. C'est une chienne, c'est une véritable éponge, et capable d'absorber toute... Tous les sentiments de l'être humain, et Dieu sait s'il y en a. C'est sur les premiers chiens. Après, un chien qui m'a fait le plus évoluer, c'est Conway. Un chien que j'ai acheté à Mads Petersen, qu'il avait ramené de Lillitharod, qui était un des très bons chiens de tête de Michivet. J'ai eu cette énorme chance d'avoir cette relation de confiance avec Mads Petersen. Et quand je lui ai demandé que je voulais avoir un chien pour me faire processer, Il m'a permis d'acquérir ce chien-là et c'était de la magie.
- Speaker #0
Ok, déjà avoir un chien qui arrive de l'île du Tarot, ce n'est pas donné à tout le monde.
- Speaker #1
C'est vrai, c'était vraiment ce chien-là de la magie. Il m'a fait énormément me remettre en question, il m'a fait faire progresser, donc faire progresser la meute. Une autre, la copine de Conway, Persica, une chienne qui a été dans l'attelage, qui a été plusieurs fois champion de Suède de mi-distance. Une très grande chienne également et qui m'ont donné les chiots magnifiques que je peux avoir. Donc ça, c'est vraiment deux chiens de cœur. Et de ces portées-là, il y a une petite chienne qui s'appelle Chiroki, qui est ma meilleure chienne de tête, qui est mon petit diamant brut.
- Speaker #0
Ok, très bien. Bon, merci pour cette présentation. Est-ce que tu peux nous dire un peu comment est venue cette passion ? Est-ce que tu avais déjà des chiens dans ton enfance ou c'est venu plus tard ?
- Speaker #1
Dans les familles, que ce soit des parents, on a toujours eu des agneaux. Ça, c'est vraiment la première chose. Et en fait, la passion, elle est venue... Donc là, vous allez rigoler. Quand j'avais 8 ans, on regarde la télé le dimanche après-midi avec les parents. Et à notre époque, on ne dit pas ce qu'on veut voir. On suit ce que papa a décidé de regarder. On est même la télécommande de papa. Cette époque-là, ça fonctionnait comme ça. Et en fait, tous les dimanches après-midi, mon père était un passionné de l'histoire des États-Unis d'Amérique et on regardait les émissions sur l'histoire des États-Unis d'Amérique. Donc il y avait des trucs qui me saoulaient. Mais par contre, quand il y avait le reportage sur les chercheurs d'or, j'étais complètement fasciné par ça. Et ma première passion, c'était d'être chercheur d'or. Je voulais à 8 ans que ça soit mon métier. Déjà, à cette époque-là, je me disais que la vie allait être hyper courte et il va falloir vivre à 100% ce que l'on a à vivre. et je trouvais que le métier... de chercheurs d'or, était juste une très belle aventure. On partait de rien, on risquait d'en mourir, et on risquait de faire fortune. Pour moi, c'était la vie. Bon, ceci dit, je n'ai jamais été chercheur d'or de ma vie. Et à force de regarder ces reportages, je suis tombé en admiration devant ces chiens, de toutes les couleurs, de toutes les formes, qui ne ressemblent à rien, et qui étaient d'une abnégation, mais sans aucune mesure, à leur mûcheur. Et de fil en aiguille, à chaque fois que je regardais ces émissions, je regardais de moins en moins les chercheurs d'or et de plus en plus les attelages. Et 10-12 ans, il faudra que je fasse du mushing à un moment donné dans ma vie.
- Speaker #0
Et comment tu as connu l'activité du mushing en France ?
- Speaker #1
Alors comment je l'ai connu ? Je l'ai connu par mon premier chien, un chien de cœur aussi, je suis un passionné par les loups. Et j'ai été chercher en Pologne un chien loup de chez Koslovak, un peu spécifique, qui s'appelait Hirose. Et ce chien-là, je me suis dit, on va faire une activité ensemble. On va faire du cani VTT. Et donc quand il est l'âge de faire du cani VTT, je lui ai mis son premier harnais. Sauf que j'avais complètement oublié que le chien loup de chez Koslovak faisait des choses pour lui, et non pour son humain. Donc il commençait à courir, 5 mètres. Puis il s'arrêtait, il me regardait, il me disait « Fais quoi là devant ton vélo ? » Et au bout d'un moment, j'ai vu dans ses yeux, il m'a dit « Tu sais, tu veux faire du mushing ? Prends des huskies ! »
- Speaker #0
Une de tes expériences, c'était avec ton chien Eros. Qu'est-ce que tu as fait avec ?
- Speaker #1
Je t'ai dit que j'étais passionné de loups. J'avais ce chien-là. Et à l'âge de 11 mois, juste avant son anniversaire de maintenant, j'ai décidé de partir environ trois semaines en France et en Allemagne pour aller passer du temps dans les parcs à loups. Vraiment, les loups vivent en semis-liberté. Avec le chien. Avec le chien, évidemment. Donc, c'était la voiture, le sac de couchage dans la voiture, le chien loup et go à l'aventure. J'ai fait en France, les beaux parcs sont le parc du Gévaudan, de Charbrières, Parc Alpha, où j'ai vécu des moments où je pouvais accompagner les soigneurs, etc. Donc, ça, c'était des moments qui étaient sympas. Mais je vais surtout vous parler du parc de Wernerfreund, qui est à Merzig en Allemagne, qui est pour moi le pire. plus beau parc européen où on a des loups qui sont en semi-liberté. Et j'ai des moments qui ont été très forts. Là, c'est la première fois que Heroes a hurlé en entendant les autres loups hurler. Et j'en parle, j'en ai encore les poils qui se restent sur mes bras, mais c'était vraiment une expérience qui était magnifique. Je suis resté une grosse semaine avec Werner Freund qui m'a... Énormément appris, de toute façon, il ne pouvait que m'apprendre plein de choses sur les loups, sur la gestion de la meute, sur le monde animal, sur le monde naturel. Et j'ai ce souvenir d'être entré avec lui dans le parc des loups arctiques pour nourrir avec des poulets entiers les loups. C'est des moments qui sont absolument fabuleux à vivre. Et encore plus dans cette passion à vivre avec ce chien loup tchécoslovaque qui était évidemment tout petit, qui arrivait là-dedans et on a pu voir des interactions. Et c'était un des moments le plus fort de ma vie. En tout cas...
- Speaker #0
L'objectif, c'était d'en savoir plus sur les origines des loups, etc.
- Speaker #1
Exactement. C'est-à-dire que, comme beaucoup, on a lu Jack London, on a lu tout ça. Comme beaucoup, passionné par le loup. Et à un moment donné, c'est bien gentil, tout ça, de le voir en photo. Mais je veux les voir en vrai. Je veux voir comment ça fonctionne. Je veux être avec les équipes soignantes. Je veux apprendre. Et je dis, la meilleure des choses... Je prends trois semaines de vacances et puis go. Donc, c'était vraiment d'y aller. Alors, quand j'y étais le week-end, j'étais avec les participants du parc, un petit peu à visiter. Et le reste du jour, en semaine, on est sympathisés. Et puis, la démarche avait été très, très bien prise par les directions de ces parcs-là. J'ai pu vraiment participer à la vie quotidienne. de la gestion d'un parc au loup, au semi-liberté et c'était un moment très très fort.
- Speaker #0
Comme quoi, il faut oser en fait demander et apparemment, il y avait oui derrière.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu fais beaucoup de voyages, de randonnées, de compétitions avec tes chiens ? Ça peut être aussi, voilà, juste dans les Pyrénées, j'ai envie de dire, le mot juste c'est pas forcément adéquat, il y a déjà de belles choses à découvrir. Est-ce que tu peux nous dire ce que tu fais avec tes chiens ? dans ton temps libre ?
- Speaker #1
Alors, on voudrait toujours en faire un peu plus. Ceci dit, oui, j'ai cette possibilité où je bouge quand même avec les chiens, grâce entre autres au club, au CPSTC, qui nous permet de faire des réunions, de se retrouver d'un endroit à un autre, souvent pendant les périodes hors neige, et donc qui va nous permettre de faire des activités terres, que ce soit canicarte. canicrotinette, canicross, que je ne fais pas du tout. Mais ce type d'activité, ça nous permet de bouger. Donc oui, ça, je bouge. Dans nos belles Pyrénées, j'ai évidemment le spot de la mongie, mais j'ai plus quelques spots aux alentours qui me permettent, en fonction des conditions, de prendre le pick-up, d'emmener les chiens, et aussi de profiter juste de la nature, de mes chiens, et de passer un bon moment, de se faire une... Une bonne balade, ça, ça va être pour, on va dire, un peu le quotidien. J'essaye de tenir et de faire deux courses par saison. Globalement, je n'y arrive pas. Quand j'en fais une, c'est très bien. Et cette année, on a eu des superbes conditions pour faire la Musher Race à Font-Remeu, qui est une très belle course et j'en profite pour faire de la publicité. L'année prochaine, motivez-vous, venez à fond remue, c'est magique, les bénévoles ont un cœur énorme et c'est un week-end qui est un très grand moment.
- Speaker #0
Est-ce que tu as une expérience à nous partager sur une rando dans les Pyrénées ou une fierté, quelque chose que tu avais prévu et qui s'est bien passé ou un moment fort ? Une expérience à mettre en avant.
- Speaker #1
L'expérience à mettre en avant dans les Pyrénées. Alors oui, je dirais l'activité. Alors pas l'activité, pardon. Le loisir que je fais à la Mongie a été un véritable challenge. Pourquoi ? Parce que la Mongie, c'est la bonne station de ski alpin. Donc on n'a pas, comme en Suède, des grands trails tout plats, tout droits. Ça monte, ça descend, il y a des champs de bosses. Et bien maintenant, au bout de cinq ans, je ne vais pas dire... que je peux prendre toutes les pistes, mais pas loin. Et là, c'est un véritable challenge parce que descendre une piste rouge avec 10 chiens, même si les 4 derrière sont déteugués, c'est chaud.
- Speaker #0
J'imagine. Il faut un bon chien de tête et un bon physique aussi pour freiner un peu tout ça.
- Speaker #1
C'est ça. Mais il y a la raclette l'hiver. Oui,
- Speaker #0
ça aide.
- Speaker #1
Donc voilà, ça c'est... Oui, c'est une fierté là-dessus. Après, j'ai plus des anecdotes de... petites choses qui se sont plutôt mal passées.
- Speaker #0
Vas-y, raconte-nous, on veut tout savoir.
- Speaker #1
Alors, une des premières qui était à Payolles, et c'est grâce à ça d'ailleurs qu'on progresse, c'est tellement vite partir que les encres, on les met moyennement bien. On ne met pas le largeur rapide attaché à la boule de la voiture. On ne met pas tout ça. On attèle vite ses chiens. On monte vite sur le traîneau. On n'a pas regardé la neige. Et qu'est-ce qui se passe ? Premier virage de la glace. On tombe dans un arbre. clavicule cassé, et la glace qui s'en va, donc tout seul, prendre le 4x4 dans 40 cm de neige pour aller récupérer les chiens, là c'était quand même une très grande aventure, je récupère les chiens, on fait demi-tour, et au moment où de remonter, évidemment, dans toute cette expédition, la ligne de trait avait mangé, mais je ne l'avais pas vue. Et au moment où on se dit le go du départ, je reste tout seul, debout, sur mon traîneau. Et les chiens repartent. Donc les chiens partent, il faut mettre le traîneau sur le toit de la voiture, tout ça avec sa clavicule qui est cassée, et se dire où est-ce qu'ils vont aller. Et là j'étais perdu. Alors je dis, je redescends la remorque, au moins poser le traîneau qui était mis vraiment n'importe comment. Et quel bonheur de voir que mon Max... Il avait ramené tout le monde et tout le monde était assis devant la remorque, plutôt en train de se dire, tu fais quoi papa ?
- Speaker #0
Ils connaissent bien le parcours alors. Et ils ont un bon sens de l'orientation, je pense.
- Speaker #1
C'est ça. Donc ça, c'était une aventure qui me reste à vie et qui me permet aussi à chaque départ de me dire.
- Speaker #0
De survérifier.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
On part toujours avec du matériel vérifié.
- Speaker #1
Exactement. On a du petit check à faire avant de partir.
- Speaker #0
Est-ce que pour les auditeurs qui n'ont pas de chien de traînant, tu peux nous expliquer ce que c'est une encre et un largueur ?
- Speaker #1
Oui, alors une encre, c'est le même principe que l'encre de bateau. Ça va être un matériel métallique recourbé que l'on va enfoncer dans la neige. Ce matériel, on a une ligne qui est attachée à la ligne de trait. La ligne de trait, c'est la ligne où sont les chiens. Et du coup, ce matériel, plus on va lui tirer dessus, plus il va s'enfoncer dans la neige. C'est exactement le même principe que l'encre de bateau. que l'encre de bateau. Et le largueur, ça va être une corde que l'on va faire relier également la ligne de trait à un point fixe. Donc en général, ça va être un arbre. Ça va être, moi souvent, c'est la boule d'attelage de la voiture. Et on a ce qu'on appelle des largueurs rapides, une sorte de mousqueton où on tire dessus et puis il s'ouvre automatiquement. Moi, j'ai un système en tant qu'ancien marin de nœud marin où je tire dessus et ça se détache. Donc ça fait une double sécurité.
- Speaker #0
Dans la vie quotidienne, à la maison, comment ça se passe ? Est-ce que tu entraînes beaucoup ? Comment tu entraînes ? Tu as la forêt à proximité, est-ce que tu entraînes la journée ? Comment ça se passe aussi avec... Il faut gérer le climat, les touristes... Comment tu entraînes tes chiens ?
- Speaker #1
J'entraîne les chiens en général à partir du 20-25 août. C'est le début des entraînements à ce moment-là, quand les températures descendent. Alors évidemment, la journée, il fait encore trop chaud. Par contre, dans les Hautes-Pyrénées, on a la chance d'avoir les nuits déjà qui sont fraîches. On va avoir des nuits qui sont autour de 14 degrés à peu près. Ce qui peut permettre de faire les premiers kilomètres. Donc ce sont des kilomètres qui sont de nuit. Et puis on va monter progressivement en rythme jusqu'à début décembre. pour ça. Donc ça, ça va être la série des entraînements. Autrement, le quotidien, c'est au minimum 4 heures par jour avec les chiens, à savoir 2 heures le matin, 2 heures le soir. C'est pas que je sois lent à nettoyer les chenilles, mais c'est que on a besoin de se faire des papouilles, de jouer ensemble. Et puis en même temps qu'on est au parc en train de jouer, on met des petites piqûres de rappel sur l'éducation.
- Speaker #0
Très bien. Et qu'est-ce que ça t'a appris de vivre avec une meute de husky ?
- Speaker #1
Alors, vivre avec une meute, c'est évidemment un choix. D'abord, ce que ça m'a apporté, c'était ce que je cherchais, avoir une connexion avec la nature. Ça, je l'ai. Ça m'a appris également énormément d'abnégation. Je pense avoir un rôle d'abord d'observateur. Comme à la clage, comme quand j'ai les jeunes, mon premier job à moi c'est d'abord d'observer les chiens, de savoir où ils sont bien, car je suis dans cette stratégie de me dire que même si la morphologie, ce n'est pas une morphologie adaptée à cet emplacement à la clage, tant que le chien est bien, c'est là où il sera le plus performant. Donc je passe mon temps surtout à les observer, à les changer de place, à les mettre dans des nouvelles conditions, à les mettre avec des nouveaux chiens, des nouvelles femelles, des nouveaux mâles, dans plein plein plein de conditions. Et je les observe. J'ai toujours un petit carnet avec moi, tu peux voir d'ailleurs qu'il est là. Et je prends note de ce que je vois pour à un moment donné me dire, ce chien-là, il va être bien là, parce que ça lui plaît.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu travailles avec tes chiens, comme tu nous l'as dit, à la mangie. Qu'est-ce que tu proposes comme activité ?
- Speaker #1
Alors j'ai deux types d'activités. Une activité d'été, une activité d'hiver. Donc l'activité d'hiver, évidemment, c'est ce qu'on appelle le portage en traîneau. qui se fait dans le bas de la station. Je travaille essentiellement en fin de journée, à la fermeture des pistes, pour d'abord assurer la sécurité des chiens, qu'on n'ait pas un skieur ou un snowboarder fou qui ne savent pas s'arrêter et qui arrive dans les petits loulous, avec cette caractéristique de proposer, du coup, entre une et deux sorties de nuit qui laissent toujours des souvenirs magnifiques. On connaît notre voûte stellaire au-dessus du pic du Midi, elle est superbe. Et aller faire du traîneau à ce moment-là, c'est juste magique. Donc ça, c'est vraiment l'activité d'hiver. L'activité d'été se fait au-dessus de chez moi, au col des Palomières. On va faire un tout petit peu de canicard. J'avoue, je n'en propose pas beaucoup, toujours à cause des températures. Et j'ai un petit peu de dénivelé, donc ce n'est pas simple pour les loulous. Par contre, beaucoup de canirando. Alors ça, c'est l'activité propre, exacte. Et mon ADN, c'est d'aller un petit peu plus loin avec mes clients. C'est-à-dire que ce que je souhaite, déjà, quand je les prends avec moi, c'est de les couper de leur quotidien et de les faire rentrer dans le mien. Et à chaque fois, évidemment un peu moins en canirando, mais que ce soit en canicarte ou à l'attelage, à chaque fois, je leur dis, vous rentrez dans une classe de chiens de traîneau. C'est-à-dire que là, comme cette année, on a eu beaucoup Névi qui était devant, avec soit Max, soit Queen, soit Chiroki, des chiens peut-être confirmés, car c'était des moments où on allait travailler les directions. Et ce que je veux vraiment, c'est que les clients, je ne leur offre pas un tour de manège, mais au contraire, ils viennent en baver avec moi, ils viennent voir ce qui se passe, ils viennent voir ce que c'est que la vie du mûcheur, en tout cas dans l'entraînement avec les chiens. Ça, c'est une phase qui est très importante. Et quand je dis aussi que j'essaie de les faire rentrer dans mon monde, c'est-à-dire que je vais leur parler, parce qu'ils viennent ici, ils ont des étoiles plein les yeux, ils rêvent, mais je vais leur parler aussi de toutes les difficultés que ça peut amener. Je vais leur parler du quotidien, de ce que l'on fait. Et une chose qui me tient à cœur, c'est qu'il y a encore beaucoup de personnes qui pensent qu'on est dans le mal-être animal avec notre activité. Et ce que je veux absolument, c'est que chaque client qui sort du traîneau Ils deviennent le prescripteur de tous nos chiens d'attelage, pour que quand il va rentrer chez lui, qu'il va dire « Oh, j'ai vu des chiens de traîneau, il y aura toujours quelqu'un dans son entourage » , il va dire « Oh, mais c'est inadmissible, regarde les pauvres chiens, ce qu'on leur fait faire » , etc. Et en fait, il va avoir une expérience avec des chiens qui sont heureux, qui au bout de 4 mois ont toujours la même envie, le même « will to go » , toujours envie de taper dans le harnais, même si c'est la même balade. Parce que je vais organiser les sorties pour que les chiens, au quotidien, prennent du plaisir. Et les gens, ils vont se rendre compte qu'effectivement... Les chiens prennent du plaisir, tu sauts si bien que pas, on n'a pas de fouet, on n'a pas de laisse, on n'a pas de longe, tout se fait parce que les chiens ont envie de se faire plaisir avec le mûcheur. Et pour moi, c'est quelque chose qui est très important, c'est que quand le client sort du traîneau, ça va être le meilleur prescripteur de l'ensemble de nos chiens d'accage.
- Speaker #0
Je pense que c'est réussi, tu as 5 sur 5 sur Google. Donc c'est très bien, tu fais ressentir vraiment le... que vivre avec des chiens, ce n'est pas seulement « c'est joli en bas des pistes, mais derrière, il y a un vrai travail » . Est-ce que toi, du coup, tu ressors un petit peu avec l'âme du Grand Nord quand tu es à la mongie avec les chiens, que tu sois seul ou avec les clients ? Est-ce que c'est un petit peu pareil, toi qui es déjà allé en Suède ? Est-ce que tu ressens les mêmes choses ?
- Speaker #1
J'ai cette possibilité de faire quatre mois de traîneau dans l'année. Donc c'est sûr, par rapport à beaucoup de personnes, je suis privilégié. Je dis ça parce que je vais dire que je sois sur la terre, que je sois sur la neige, je ressens toujours cet esprit du Grand Nord et qui est pour moi cet esprit de... Quand j'essaye de tenir ma vie comme une aventure, à chaque fois que j'attèle mes chiens, il faut que ça soit une aventure. Et que ça soit sur la terre, que ça soit à la mongique, que ça soit n'importe où, je vais ressortir ça parce que, encore une fois, j'ai éloigné de moi le tour de ma neige. À chaque fois, je vais avoir un atlège qui va être différent. À chaque fois, je me remets en cause. Ce chien-là, ça n'a pas fonctionné. Je le mets devant. Donc oui, il y a toujours cet esprit d'aventure. Pas forcément cet esprit, on va dire, de grands espaces. Mais en tout cas, l'esprit d'aventure sera là.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu ressens quand tu pars tout seul, sans client peut-être, pour entraîner ou visualiser les pistes un petit peu ? Par exemple, direction Tourmalet, de nuit, un ciel étoilé. Qu'est-ce que tu ressens vraiment ?
- Speaker #1
l'envie de jamais rentrer.
- Speaker #0
C'est très bien. Et c'est ce que tu as envie de transmettre aussi aux personnes. Voilà, tout ce que tu nous disais avant, que de vivre avec un chien, c'est beaucoup de travail, mais voilà aussi cet esprit de grandeur.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est exactement. Ce que va d'abord apporter le chien au quotidien, à l'humain, quand on voit nos vies qui ne sont pas faciles, il faut vraiment regarder... Avec une loupe, ce qui est capable d'apporter un chien, on ne le voit pas alors que c'est énorme, tout cet amour, toute cette abnégation pour son maître. Donc vraiment ça, ça fait du bien, tant de bienveillance. Et en même temps, quand effectivement je mets les participants sur le kart ou dans le traîneau, il faut qu'ils aient envie en rentrant chez eux de dire, je vais prendre ma longe, je vais prendre un harnais, je vais prendre une ceinture et je vais aller vivre un moment avec mon chien. Et qui est complètement différent de « je vais faire un tour de jogging » ou « je vais sans le chien faire pipi autour de l'arbre » . Non, on s'attèle, et bien on va par là, on n'y a jamais été. Et ça va être l'aventure. Comme le chien ne sait pas où on va, il va peut-être aller n'importe où. Donc du coup, ça va me permettre de le recadrer un petit peu sur les directions. Et en même temps, on va augmenter cette complicité, parce que plus on va avoir de complicité avec le chien, mieux ça va se passer. et vive l'aventure avec son chien.
- Speaker #0
Quels sont tes projets de l'année prochaine, peut-être pour la prochaine saison avec tes chiens ?
- Speaker #1
Alors, un projet qui est de refaire, quand je parle en termes de sortie, alors tout d'abord, essayer de faire le plus de sorties possibles avec le club, de refaire évidemment Fonds-Remeu, la Meucheresse, qui est une course qui est très sympa. Et puis le projet, c'est de partir au mois de mars, voire au mois d'avril, en La Paule-Y-Suedoise aussi, pour aller se faire plaisir là-haut. Alors peut-être une course, peut-être que de la rando, ce n'est pas encore décidé. Il faut que les chiens ça aille, je commence à avoir des chiens aussi qui sont un peu vieillissants, d'autres qui sont un petit peu jeunes. Il faut que le portefeuille le permette également. Donc voilà, mais oui, il y a ce projet-là d'aller faire 3500 kilomètres.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous dire un ou deux conseils sur l'anticipation, les indispensables quand on part à l'aventure avec son chien, quand on part déjà juste en rando ? Est-ce que, voilà, tout à l'heure, on a parlé de survérifier le matériel. Est-ce que tu as d'autres conseils ?
- Speaker #1
Oui, la toute première chose, c'est avant tout, c'est d'aller chez son véto pour lui dire tiens, j'ai envie de faire ça. Est-ce qu'il y a des contre-indications ? Des fois, on ne peut pas le voir, mais c'est ce que ça m'a appris les courses. On part des chiens qui ont des tout petits souffles au cœur. Quand on va faire des activités, ça s'aggrave et les vétérinaires sont là pour nous le signaler. Donc vraiment, aller voir son vétérinaire pour dire j'ai envie de faire telle et telle activité. Ça, c'est la première chose. La deuxième, ne pas se surestimer, ne pas surestimer son loulou. Si possible, commencer en club. Il y aura toujours des bonnes volontés qui vous donneront des conseils.
- Speaker #0
Éviter absolument, absolument, absolument les chaleurs. Ben oui, il faut mettre le réveil de bonheur le matin. Mais quel bonheur d'aller courir avec le soleil qui s'aide et son petit chien. Et puis ne pas oublier absolument l'hydratation. Voilà, c'est vraiment les choses de base. Après, quand on fait une activité, c'est pas parce que le chien a un ongle qui saigne qu'on va se dire qu'on a un mauvais... Un mauvais conducteur, pas du tout. C'est comme nous, quand on se fait une entorse, on se retourne à un ongle. Non, ça fait partie des activités. C'est comme ça qu'on progresse. Mais il faut être vigilant à la santé de son chien. Des petits bobos, comme un petit coussinet qui se coupe légèrement. Des fois, on en fait tout un cinéma. Non, les chiens ne sont pas en sucre. Ils sont là pour se faire plaisir, mais il faut y être attentif, lui mettre du repos après. Mais ne pas hésiter, oui, à aller se promener et ne pas hésiter à partir à l'aventure.
- Speaker #1
Tout à fait. Est-ce que tu as un message à faire passer pour ceux qui n'osent pas justement partir à l'aventure ?
- Speaker #0
Oui, oui, oui, oui, j'en ai un. Vous allez commencer la première chose par fermer les yeux. Votre chien à côté de vous. Vous allez lui mettre la main sur sa tête. Vous allez le caresser et vous allez vous mettre à rêver. Là, vous rouvrez les yeux et maintenant, osez. Et puis ensuite, pour le... Le quotidien, c'est ce que j'essaye de gérer ma vie un peu comme ça, c'est de la gérer comme une aventure. Donc une aventure, c'est tout sauf n'importe quoi. Une aventure, ça se prépare. Et ça se prépare tellement bien qu'il faut être prêt à ne pas connaître le paysage qui est derrière le virage, ne pas connaître les difficultés qui vont être vers le virage. Mais ça permet d'avoir une vie qui est pleine de rebondissements et c'est plutôt sympa.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des ressources, des produits ou une marque à conseiller ?
- Speaker #0
François Volkou, c'est Antipode. Avec leur traîneau, ils ont du très très bon matériel. Des gens hyper compétents à l'écoute, à faire progresser. C'est vraiment une très bonne chose. La seule chose que vous avez à faire, c'est aussi votre propre expérience. Le matériel qui vous convient peut ne pas convenir à quelqu'un d'autre. Et l'inverse. Donc, il ne faut pas hésiter à tester. C'est la publicité pour les clubs, mais c'est un bon endroit aussi pour voir du matériel différent, pour discuter avec les gens, plus que derrière des écrans où on a tous le meilleur matériel du monde, avec les meilleurs chiens du monde. Là, en club, vous allez voir la réalité des choses, vous allez entendre le mûcheur qui gueule après son carte parce que la plaquette de frein est bloquée. Voilà. Donc, ne pas hésiter à aller en club pour partager, partager les expériences et apprendre auprès des autres.
- Speaker #1
C'est un très beau conseil, merci. Merci pour le partage de ton expérience, de tes chiens et de ton parcours. A bientôt !
- Speaker #0
Merci Emmanuel, à très vite !
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela t'a plu, laisse un commentaire, 5 étoiles ou partage-le à un proche qui en a besoin. On se retrouve très vite. D'ici là, continue à oser l'aventure !