Speaker #0Vous avez déjà eu cette sensation d'être à deux doigts, à deux doigts du poste, du projet, du saut, et puis quelque chose s'est passé. Ou plutôt quelque chose ne s'est pas passé. Vous avez attendu, vous avez relu, vous avez demandé un autre avis, vous avez envoyé le mail, mais après la date limite, vous vous êtes dit que ce n'était pas encore le bon moment. Alors il y a la post-rationalisation d'avoir été prudent, il y a la culpabilité d'avoir peut-être été trop perfectionniste. ou d'avoir été paralysé par votre peur de l'échec. Finalement, au fond, le problème c'est que parfois c'est vous, du moins une partie de vous, qui ne veut pas que vous réussissiez et qui reprend les commandes. Bienvenue sur le podcast Une Place à Soi, le podcast pour habiter pleinement sa vie. Ici, on explore la très vaste question de la place, en soi, dans le travail, dans le monde et dans ses relations. Mon nom c'est Sophie Rioux, je suis exécutive coach et mentor. Je crois profondément qu'être à sa juste place, c'est prendre le risque d'être soi et prendre sa part dans le monde. Mon intention avec ces épisodes, c'est d'aider les femmes à prendre leur place dans toutes les sphères de leur vie et incarner ce qu'elles sont dans toutes leurs dimensions. Ici, je vous proposerai de grandes prises de hauteur, des idées qui décalent, et en fin d'épisode, des questions pour que les liens que je fais, vous puissiez les faire à votre tour, dans votre vie. Bonne écoute ! Bienvenue dans cet épisode où l'on va parler de sabotage. Les sabotages discrets, que vous appelez parfois la prudence, l'humilité, la chance, la réflexion, ou bien encore un certain sens du timing. Alors le mot sabotage y fait un peu peur, il évoque quelque chose de délibéré, de malveillant. C'est le sabotage des voies ferrées qui bloque le départ en vacances. C'est le sabotage industriel. Du sabotage au sabordage, il n'y a que deux consonnes de différence, mais c'est une histoire qui finit mal dans les deux cas. Le sabotage, c'est un mécanisme de protection. C'est un mécanisme que le psychisme met en place pour se protéger de quelque chose qui lui semble dangereux. Ça remonte souvent à l'enfance, à un moment où on a compris, sans que vraiment personne ne nous le dise explicitement, qu'il valait mieux ne pas trop briller. Peut-être parce que ce regard trop vif dérangeait. Parce que les mots qu'on prononçait faisaient le nombre à quelqu'un. Parce qu'on a senti, dans le silence d'un parent ou dans une réaction, dans un « tu te prends pour qui » , qu'il y avait une limite à ne pas franchir. Et cette limite, eh bien, on l'a intériorisée. Elle est devenue une règle du jeu intérieur. Et elle est devenue, en quelque sorte, un peu une partie de nous. Aujourd'hui, on va cartographier ces stratégies, histoire de bien les repérer et de vous y voir. Parce que finalement, nommer un mécanisme, c'est déjà commencer à ne plus en être prisonnière. D'abord, je vais vous dire très rapidement de quoi on parle quand on parle de sabotage et d'où ça vient. Ensuite, on va aller regarder les huit stratégies de sabotage, les unes après les autres, avec des exemples concrets. Et on finira par aller regarder comment on sort de là. Et encore une fois, c'est le corps qui entre en jeu. Allez, c'est parti ! On va faire un petit retour dans le temps, et on est en 1923. Freud observe quelque chose d'assez troublant dans ses cures. Il observe que certains de ses patients, au moment même où ils commencent à progresser, entreprennent en même temps un mécanisme de rechute. Il s'approche de la guérison, et c'est comme si finalement il la refusait inconsciemment. En fait, ce qui l'emporte à ce moment-là, ce n'est pas tant la volonté de guérir que le besoin d'être malade. Alors si la thérapie permet la guérison, et que le coaching lui, il permet l'expansion, et qu'ici on parle bien de coaching, il arrive, et moi je l'ai vu plusieurs fois en séance, que certains de mes clients préfèrent rester là où ils sont plutôt que d'oser aller vers la lumière que tout le monde voit pour eux et la lumière à laquelle eux-mêmes aspirent. J'ai accompagné une cliente avec laquelle on a travaillé, on a mis le doigt ensemble sur un certain nombre de loyautés qu'il a retenues. Ses parents n'avaient pas fait d'études, ils avaient tout donné pour qu'elle et sa sœur fassent des études. trouve un CDI, si possible dans une grande entreprise. Et elle l'avait trouvé, ce CDI. La grande entreprise également, le beau titre carrément. Mais le fait d'imaginer d'aller plus loin est absolument inconcevable. Rayonner au-delà de ses propres parents, c'était quelque chose qui refusait très très fort en elle. Freud, il appelle ça la résistance du surmoi. En s'approchant du succès, finalement, on le refuse parce qu'on pense ne pas le mériter. Et on perpétue finalement un cycle. sabotage, culpabilité, sabotage. Et le sabotage, ce n'est pas du tout une question de mauvaise volonté. Ça, je pense que je ne vous l'apprends pas. Et quand vous voyez dedans, vous voyez bien, vous faites de votre mieux. C'est vraiment le psychisme qui protège sa cohérence interne en empêchant un changement qu'il vit comme potentiellement dangereux.
Speaker #0Et alors, troisième stratégie, ce sont les signes du destin. Alors, je m'explique. On interprète un rêve. On repère une coïncidence. On relit trois fois une phrase dans un livre et on y voit un signe qu'il ne faut pas y aller. Et soyons honnêtes... Quand on cherche un signe pour ne pas bouger, on finit toujours par en trouver un. La surinterprétation des signes, c'est une forme très spirituelle de sabotage. On fait bien dire à l'univers ce qu'on a envie de lui faire dire, et l'univers très coopératif, souvent, il acquiesce. Quatrième stratégie, c'est celle de fuir avant d'arriver. C'est deux visages pour une même chose. Premier visage, ne pas envoyer la candidature. Ne pas rappeler. Ne pas finir. Abandonner juste avant que quelque chose devienne réel. Et ça, c'est parfois maquiller en désintérêt, du type finalement, ce n'était pas vraiment ce que je voulais. Et au fond, la peur la plus inavouable pour vous à cet endroit-là, c'est si je réussis, on va voir qui je suis vraiment. Deuxième visage, c'est celui de la procrastination. Alors la procrastination, elle est particulièrement retorce chez les gens brillants parce que ça passe. Souvent au talent, au dernier moment, dans un état de grâce, adrénalinique, souvent ça passe. Jusqu'au jour où ça ne passe plus. où le mail part après la date limite et donne l'impression qu'on n'est pas motivé, où le dossier rendu en retard ternit franchement un travail excellent. Alors on se raconte qu'on a besoin de pression, ce qui est peut-être vrai, mais ce dont il s'agit ici, c'est de gâcher l'impact qu'on a. Et ce n'est pas tout à fait la même chose. Donc là, on a vu quatre stratégies. L'injonction irritée, avec un petit zoom sur les transfuges de classe. Les démons intérieurs qui s'agitent en nous et parlent souvent très fort. La surinterprétation des signes du destin est fuir avant d'arriver. On attaque avec la cinquième stratégie, la passivité confiante. Alors bon, comme son nom l'indique, elle n'est pas active dans le sabotage. Elle laisse les choses se faire ou se défaire sans intervenir. Du type, je verrai bien, je ne force pas, on viendra me chercher. Parce que ça s'est toujours passé comme ça. Alors si on n'y prend pas garde, ça peut ressembler à de la sagesse. Ou au lâcher prise. Alors on reviendra sur le lâcher prise parce que celui-ci va falloir aussi un peu qu'on le déplie. Ça peut même s'apparenter à de la spiritualité. Mais au fond... C'est une façon de ne pas avoir à se confronter à la possibilité d'un vrai succès et à tout ce qui le ferait bouger. Finalement, si je ne tente rien activement, je ne peux pas être jugée, je ne peux pas être rejetée, je ne peux pas être déçue, je ne peux pas décevoir non plus. Et si ça ne marche pas, finalement, c'est l'avis qui a décidé, ce n'est pas moi. Sixième stratégie, le faux self au commandant. Alors on réussit, mais selon des contours qu'on a. toujours connue. On performe le personnage qu'on s'est construit, celui qui convient, celui qui rassure les autres, et disons-le, franchement, c'est celui qui rassure soi-même. Et le problème avec ça, c'est qu'on ne se laisse jamais ou aller, un peu de nuance, rarement la possibilité de réussir avec son vrai self, avec son vrai soi. La question qui dérange, c'est est-ce que le succès sera là, le vrai, celui qui nourrit, celui auquel j'aspire, si je m'autorise à être un peu plus moi dans ce que je fais. Alors j'ai un spoiler pour vous. Oui, vous réussirez aussi en étant vous-même, et peut-être même encore un peu plus. Septième stratégie, l'alibi de la case et les bons conseils. On va déjà prendre l'alibi de la case. Je m'analyse tellement, tellement bien, avec tellement de profondeur, avec tellement de précision, que finalement, je ne bouge plus. Je vous donne des exemples. J'ai la blessure d'injustice de Lisbourg-Beau. Je l'ai lue sur la page 52. J'ai un attachement désorganisé. J'ai un TDAH. j'ai lu tel livre, j'ai fait tel stage, si si je t'assure c'était super bien, j'ai tout vu à ce moment-là. Et donc finalement comme j'ai fait tout ça, comme j'ai lu tout ça, et bien j'ai toutes les raisons de ne pas bouger. Et ici la compréhension remplace l'action. Et le plus pervers à cet endroit-là c'est que c'est hyper valorisant socialement. On passe pour quelqu'un de conscient, qui a travaillé sur lui ou sur elle, c'est en quelque sorte un sabotage de luxe. Et tant qu'on n'a pas tout compris, et bien on n'a pas à se lancer. Et puisqu'on ne finit jamais de se comprendre, le délai est potentiellement infini. Sur la stratégie des bons conseils, c'est le proche bien intentionné. Ou pas tout à fait, finalement. Qui projette finalement assez généreusement ses propres peurs sur votre projet. Alors c'est le proche qui va vous dire, « Non, mais pense à ta famille, à ton équilibre, avant d'accepter ce poste. Tu te souviens de la dernière fois ? C'était quand même un gros poste, quand même. T'es sûr, t'es sûr de toi ? » Et puis vous l'écoutez, parce qu'il vient appuyer pile à l'endroit où vous doutez de vous. Alors, parce que vous l'aimez, parce qu'il a peut-être raison, vous lui apportez du crédit et là, dans ce cas-là, vous taisez. Franchement, l'intuition, votre intuition qui vous dit d'y aller. Sauf que Jean-Eude, il a déjà semé le doute. Et le doute, chez vous, il a tendance à pousser très vite. Huitième et dernière stratégie, c'est le transfert de pouvoir. Dans ce cadre-là, on va laisser l'autre décider si je suis légitime ou pas pour y aller. Alors, ça peut ressembler à de l'humilité. Mais en réalité, je remets dans les mains de quelqu'un d'autre la responsabilité de valider ma place. Et bien sûr, ce quelqu'un n'est jamais tout à fait satisfait. Le faux imposteur, parce que le vrai lui ne se pose pas la question, le faux imposteur, il pense que sa légitimité viendra quand il en aura assez, quand il saura assez, quand il aura le bon diplôme, la bonne expérience, la bonne reconnaissance. C'est un horizon qui recule à mesure qu'on avance. Donc dans cette stratégie de transfert de pouvoir, vous remettez dans les mains de l'autre à décider. quelle est votre place. Alors maintenant, comment on en sort ? Je vais vous parler d'une cliente pour illustrer un peu le propos. Quand je l'ai rencontrée, elle avait une présence solaire. C'est la collègue toujours de bonne composition, qui est créative, qui est orientée solution. Tout le monde l'adorait dans son service, c'était pas difficile. Sa boîte la voyait évoluer, voulait qu'elle rayonne, au-delà de son périmètre, qu'elle se montre. Mais elle, elle voyait ça comme de la politique. Elle avait des résultats et pour elle, ça devait simplement suffire. Et puis, elle ne se trouvait pas très intéressante avec les autres, ceux qui ne faisaient pas le même métier qu'elle. Donc, elle avait du mal à aller au-devant de la relation. Quand on a creusé ce sujet ensemble, ce sujet de rayonnement qui était attendu d'elle, si elle se montrait trop, selon elle, si elle rayonnait vraiment, les grands chefs allaient voir. Alors, allaient voir quoi ? Allaient voir qu'elle venait de Provence. qu'elle n'avait pas les codes, qu'elle n'avait pas sa place là-haut. Là, on est quoi ? On est sur une injonction héritée. On est sur un faux self qui parle, on est sur un transfert de pouvoir. C'est du trois en un, on a trois stratégies à la fois, sans véritablement le savoir à cet endroit-là. Mais finalement, ce n'est pas très important de le savoir, c'est simplement de le repérer quand on déplie la situation. Avec cette clé de lecture, elle est allée écouter ce que son corps disait depuis le début. Et ce qu'il disait, c'est qu'elle était fatiguée de se retenir. Elle était fatiguée de prendre moins de place que ce qu'elle occupait naturellement dès qu'elle entrait dans une pièce. Ça, c'est pour le ressenti, pour le ressenti dans l'ici et maintenant, quand ces petites stratégies de sabotage sont à l'œuvre. Mais ça ne suffit pas. Après, l'idée, c'était aussi d'aller regarder ce à quoi elle aspirait. Il y avait la projection de l'entreprise, mais elle, qu'est-ce qu'elle voulait dans cette histoire ? Donc, on est allé travailler sur sa projection, son ambition, la trajectoire qu'elle avait envie d'écrire pour elle. Et pas ce que la boîte allait décider pour elle. Elle a compris que sa position isolée, telle qu'elle a joué actuellement, n'aidait personne. Elle n'aidait pas non plus son équipe qui souffrait aussi un peu du manque d'interface et du manque de rayonnement. Elle a compris aussi qu'elle ne trahissait personne en s'autorisant à réussir vraiment. On a fait un travail d'apaisement par rapport aux personnes qui l'entourent et les projections supposées qui étaient les leurs quant à son succès à elle et le risque de dépassement les gens avant elle. On a travaillé sur ce qu'elle visualisait quand il était une question de rayonnement et c'était quoi le juste rayonnement pour elle. Et on est allé aussi apaiser les croyants selon lesquels une fille de province, d'ailleurs ça veut dire quoi, ne pouvait pas réussir. Et donc elle s'est détendue. Juste ça, se détendre, et les possibilités à ce moment-là sont devenues enfin visibles. Ce que je vous propose de retenir aujourd'hui, le sabotage, ce n'est pas votre ennemi, c'est en fait un peu un gardien qui ne fait pas très bien son travail, qui vous protège un peu activement d'un danger passé, avec des outils du passé dans un présent qui a changé. Et il peut prendre huit visages. Il prend le visage de l'injonction héritée et ses loyautés. Il prend le visage des démons. intérieure, les signes du destin, la fuite avant d'arriver, la passivité consciente, le faux-self aux commandes, la libide de la case et le transfert de pouvoir. Aucun de ces visages n'est une fatalité et la sortie ne passe pas par plus d'analyse, elle passe vraiment, encore une fois, par le corps, par ce qui est déjà là, parce que lui, il attend simplement qu'on lui fasse confiance et qu'on demande à la tête, parfois gentiment, de se mettre un peu en sourdine. On termine avec la question habituelle sur l'épisode. Quand vous écoutez cet épisode, quand vous écoutez ces différentes stratégies de sabotage, laquelle vous avez reconnue pour vous ? Laquelle ou lesquelles ? Et qu'est-ce que vous allez pouvoir mettre en place pour la faire un peu taire et revenir davantage dans le corps ? Merci pour votre écoute et je vous dis à très bientôt. J'espère que cet épisode vous a plu et qu'il vous a donné envie d'oser mettre un peu plus de ce que vous êtes dans ce que vous faites. Si cet épisode a résonné pour vous, vous pouvez le repartager sur vos réseaux, laisser 5 étoiles ou un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Vous pouvez me suivre sur LinkedIn et sur Instagram, les liens sont dans le descriptif de l'épisode. On se retrouve lundi dans 15 jours pour le prochain épisode d'Une place à soi. A très bientôt.