- Speaker #0
C'est vraiment peut-être la maternité, l'expérience la plus spirituelle qui m'a été donnée de vivre, dans le sens où une fois que tu as lu tous les bouquins, et je l'ai fait, c'est un voyage où tu bouges de nulle part, mais c'est un voyage en soi-même. Moi je pense que la seule vraie question que je me sois posée en devenant maman, c'est quelle personne j'ai vraiment envie d'être en fait.
- Speaker #1
Bienvenue sur le podcast Une Place à Soi. le podcast pour habiter pleinement sa vie. Ici, on explore la très vaste question de la place, en soi, dans le travail, dans le monde et dans ses relations. Mon nom, c'est Sophie Rioux, je suis exécutive coach et mentor. Je crois profondément qu'être à sa juste place, c'est prendre le risque d'être soi et prendre sa part dans le monde. Mon intention avec ces épisodes, c'est d'aider les femmes à prendre leur place dans toutes les sphères de leur vie et incarner ce qu'elles sont dans toutes leurs dimensions. Ici, je vous proposerai de grandes prises de hauteur, des idées qui décalent, et en fin d'épisode, des questions pour que les liens que je fais, vous puissiez les faire à votre tour, dans votre vie. Bonne écoute ! Mon invitée, aujourd'hui, je la connais depuis longtemps. C'est une histoire assez ordinaire pour une rencontre qui ne l'est pas. Après, je ne sais plus quel confinement, je décide de prendre des cours particuliers de yoga après un début en ligne un peu bancale. Et j'appelle Julie. Je fais d'abord connaissance avec sa voix, puis sa présence. Et puis seulement après la rencontre, s'en suivent des heures de pratique sur le tapis, mais pas que. Julie m'a transmis une manière d'être présente à mon corps et une certaine conception du yoga, plus traditionnelle, plus philosophique aussi. Ce que moi j'appelle le yoga comme art de vivre. Cet épisode, en fait, on a commencé à le préparer bien avant qu'il soit question de cette interview. Ces deux dernières années, Julie et moi, on s'est retrouvés à échanger par notre vocale. Oui, parce que nous, on fait partie de l'équipe Notre Vocale. On a beaucoup partagé nos quotidiens de maman, mais aussi de femmes qui ne veulent pas renoncer à l'être. On a partagé nos émerveillements et puis aussi beaucoup nos questionnements. Aujourd'hui, on va parler du corps, bien sûr, mais on va également parler de naissance. C'est un sujet universel, symbolique et singulier. Donner naissance, se voir changer en tant que femme, en tant que professeur, en tant qu'être tout entier. Et également, d'une certaine manière aussi, de se redonner naissance. Julie Léambert est professeure de yoga et fondatrice de l'approche Samadva. C'est une voie d'équilibre et de simplicité exigeante. Et c'est une voie de présence. Elle enseigne depuis huit ans un yoga qu'elle appelle un yoga vivant. Un yoga qui se pratique dans le corps, qui se comprend dans la philosophie. et se ressent dans le quotidien. Depuis quelque temps, Julie vit en Corse, elle forme de futurs professeurs et la maternité a transformé sa façon d'enseigner et d'être. Bonjour Julie et bienvenue.
- Speaker #0
Bonjour Sophie et merci de cette introduction, je suis très touchée. Je suis aussi très heureuse d'être là avec toi et je t'avoue que j'ai un peu le trac. J'ai l'impression que c'est un peu le moment d'officialiser, donc c'est le bon trac.
- Speaker #1
On officialise quoi ?
- Speaker #0
Nos notes vocales ?
- Speaker #1
les discussions à deux on va en garder un petit peu pour nous quand même j'ai une première question pour toi c'était quand la dernière fois que tu t'es sentie particulièrement à ta place ?
- Speaker #0
la dernière fois que je me suis sentie particulièrement à ma place c'est peut-être surprenant mais c'est il y a 4 ans un peu plus de 4 ans quand je suis arrivée ici en Corse comme tu le sais j'ai laissé 15 ans de vie à Paris Une vie que j'avais mis du temps à construire et qui me plaisait enfin. J'avais des cours remplis dans des beaux studios, je faisais des voyages, j'avais une vie sociale très remplie. Et j'ai tout quitté pour venir vivre ici. Ce que personne ne te dit quand tu fais ça, c'est que ce n'est pas une ville que tu laisses, c'est une certaine version de toi. Parce que j'ai eu le sentiment en arrivant ici que toute mon identité basculait. Je ne pouvais plus m'identifier à ma profession, ni même à mon cercle d'amis, mes activités, etc. Et pour autant, en ayant un peu perdu tous mes repères, je me sentais profondément à ma place. Sans que ce soit la peur du changement ou les incertitudes qui m'aient guidée. C'est ça qui m'a frappée en fait, c'est qu'il y a eu des périodes dans ma vie où j'ai eu besoin que tout change, sans être pour autant capable de choisir quoi. Et quand je remonte à ce choix que j'ai fait du cœur et par amour quelque part, ça m'a conduit en dehors de tout ce que je connaissais. Et pour autant, je me suis sentie pleinement à la place. Donc je pense que... C'est un peu plus en soi, quoi. Et pas un endroit, et pas une situation. Aujourd'hui, je peux le dire plus comme ça. Je crois que cette sensation d'être à sa place, c'est pas contextuel, c'est un peu plus à l'intérieur que ce que je pensais plus jeune, tu vois.
- Speaker #1
En tout cas, là, c'est le changement de lieu qui a amené une forme de dépouillement. En tout cas, c'est comme ça que je l'entends. Un dépouillement un peu identitaire.
- Speaker #0
Puis je cherchais rien de particulier. Je me suis laissée conduire, quoi. J'avais... C'est ça qui m'a frappée, c'est qu'à ce moment de ma vie où je ne cherchais rien de particulier, je me suis complètement extraite de ce que j'avais construit avec force et tout ce que j'avais mis en œuvre pour arriver là où je pensais vouloir être. Et je me suis transposée dans un environnement, un contexte où j'y suis tout à fait différente. Et c'est là que je me suis sentie à ma place. C'est curieux.
- Speaker #1
On revient un petit peu en arrière. On reviendra à la Corse et au basculement de 2022. Tu nous racontes un peu comment tu arrives au yoga ?
- Speaker #0
Oui, pas du tout comme on pourrait l'imaginer. Je ne peux pas te dire que c'était une quête spirituelle, ni même de bien-être. Juste pour restituer un peu les choses, j'avais une enfance, une adolescence très sportive, donc très sur le corps en fait, où je ne me posais pas de questions, et des blessures sont très vite arrivées. Donc bref, je suis partie m'installer à Paris. Donc j'ai laissé le Pays Basque et quelque part aussi le corps. C'était un sujet clos. Et donc j'étais depuis quelques années à Paris et on me propose d'aller au yoga. Ça ne m'appelait pas du tout. Je pense que c'était bien la dernière des choses pour moi à ce moment-là. Donc comment j'y suis arrivée ? Le premier coup, je te dirais que c'est peut-être par orgueil. J'ai été un peu piquée par un collègue qui me dit « Mais je ne comprends pas pourquoi tu refuses, c'est juste une heure. Au pire, c'est une heure. » Donc je crois que j'ai été un peu vexée et du coup j'ai fini par aller suivre lui et sa copine, petit cours associatif à Belleville d'Achtanga et paf, la rencontre avec le yoga c'était ça tu vois. C'est quoi cette première rencontre,
- Speaker #1
elle se passe bien cette première rencontre ? Tu y vas par orgueil mais tu trouves quoi sur le tapis et quand tu sors de ce cours ?
- Speaker #0
Alors c'est facile d'en parler aujourd'hui, je pense qu'il y a une double lecture. Sur le moment, je sors de là, je me dis mais plus jamais quoi. Il n'y avait aucune raison à dire plus jamais. Les gens étaient très sympas, le moment s'était bien passé, mais je me suis rencontrée moi et ce corps raide, blessé, les limitations qu'il y avait dues aux opérations que j'avais subies, etc. Et que j'avais eu soin d'oublier ou de laisser de côté. Je te l'ai dit juste avant, le corps, ce n'était plus un sujet. Donc, c'est ça qui m'a, je pense, très mal à l'aise pendant le cours. Et aujourd'hui, je pense que c'est ça aussi la révélation, c'est que je me suis rencontrée moi, en fait. Moi, peut-être une certaine forme de colère et de contrariété, quelque chose que je n'avais pas accepté sur le corps qui s'arrête, en fait, par blessure. Donc, ouais, ce n'était pas grave du tout. Ce n'était pas grave du tout. Et pour autant, le lendemain, sans savoir vraiment pourquoi, j'étais en recherche de tout ce que je voulais y retourner. Je voulais comprendre pourquoi cette... Pourquoi cette sensation ?
- Speaker #1
Donc tu y retournes ?
- Speaker #0
Objectivement, il n'y avait pas de raison. Oui, j'y retourne beaucoup même.
- Speaker #1
Et puis tu te formes pour devenir professeure.
- Speaker #0
Et ça, c'est arrivé bien plus tard.
- Speaker #1
Tu nous racontes un peu le chemin ?
- Speaker #0
Oui. Je n'ai pas vraiment décidé que ça devienne mon métier. En tout cas, ça ne s'est pas fait comme ça. C'est-à-dire que moi, j'étais salariée. J'avais mon travail. Et à un moment donné, il y a eu un virage professionnel qui m'a donné plus de temps. À l'époque, plus de temps, ça voulait dire plus de yoga, tu vois, donc j'ai encore plus rempli mon agenda de pratique, j'ai testé différents styles. Et j'ai entendu parler d'une formation et ça, ça nourrit mon envie, enfin tu vois, ça a appelé ma curiosité. Je pense sincèrement que quand j'ai fait ce premier 200 heures, j'avais très très envie de comprendre ce qu'il y avait derrière les postures, parce que j'avais rencontré des profs qui insufflaient un peu des choses, qui laissaient entendre. que derrière toutes ces postures, il y avait un monde. Et tu le sais, quand on fait du yoga postural une heure ou une heure et demie en studio, on n'a pas le temps d'aborder ces choses-là. Et donc voilà, me voilà inscrite, sur un an d'ailleurs, parce que je m'étais dit, si je retrouve un boulot entre-temps, ça me laisse m'organiser. C'était des week-ends, c'était pas intense au point de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout de la formation ou de devoir repousser les opportunités professionnelles. Me voilà partie dans ce 200 heures sans intention d'enseigner. Je pensais même que transmettre, ce n'était pas du tout pour moi. Et après, il y a eu une rencontre en formation qui a été décisive. Et puis, un remplacement au studio. Et puis, je pense, le réseau un peu autour. J'ai eu des appels pour des créneaux. Je n'avais même pas lancé mon auto-entreprise. Donc, ça s'est un peu construit autour de moi, je crois, vraiment, sans que je le décide. C'est assez fou parce que j'ai même mis du temps à réaliser que c'était ce qui payait mon loyer. Ça m'a pris un peu de temps et j'en suis aujourd'hui très, très reconnaissante. Ça a été l'effet boule de neige, si tu veux.
- Speaker #1
Tu dis qu'avec le yoga, tu as découvert que le corps sait et que le corps dit. Est-ce que déjà, tu es toujours d'accord avec cette phrase-là ? Et qu'est-ce que ton corps savait à ce moment-là que le yoga a mis en mots ?
- Speaker #0
C'est vrai que j'ai souvent dit ça, le corps sait, le corps dit, et maintenant que tu me poses comme ça, je crois que ce n'est pas complètement vrai. Enfin, pas en tout cas dit comme ça, parce que dit comme ça, on peut vite confondre le familier avec ce qui est juste. Quelqu'un qui a vécu toute sa vie dans l'agitation ou le stress peut continuer à nourrir ce schéma-là, même sur un tapis de yoga, en croyant que c'est ce dont il a besoin. Je ne pense pas que le corps détienne une vérité absolue, en fait. Mais ce que j'ai voulu dire en disant ça, c'est peut-être autre chose. Sans doute que parfois le mental, il te dit quelque chose, parce qu'il n'est pas capable de comprendre ce dont le corps fait l'expérience. Je vais revenir à mon premier cours de yoga. Je le déteste. En fait, vu que tu me poses cette question, je pense qu'à ce moment-là, dans ce fameux Shavasana, Je me suis retrouvée dans un état de paix intérieur que je n'avais pas connu depuis vraiment longtemps.
- Speaker #1
Dans le Shavasana, c'est la posture de fin, c'est la posture du cadavre, où on s'allonge. L'immobilité,
- Speaker #0
en fait. Tu acceptes d'être immobile, de te poser et de ressentir, ou de voir. En tout cas, moi, c'est peut-être le moment le plus désagréable, finalement, loin de tout ce qui a pu tirer, des muscles, de toute la douleur physique que ça avait été ce premier cours. Quand je me suis installée immobile, sans agitation, c'est ce que j'ai recherché après, tu vois, le lendemain, quand j'ai compris que la colère, elle venait d'un endroit qui n'était pas dû au yoga. J'ai voulu retrouver ce moment où j'avais eu l'impression d'avoir fait de l'espace, où je n'avais plus envie de bouger, j'étais bien avec moi-même. Et c'est là que je dis que le corps, il savait, il avait reconnu quelque chose, ou en tout cas, une question s'est posée. Et le mental, il n'était pas encore prêt à le voir ou à le comprendre de cette façon-là. C'est là que je dis que le corps, des fois, sait des choses que le mental peut bloquer. J'avais une vision de moi, tu vois, d'être active, le corps ne sait plus pour moi, etc. Et là, ça venait poser d'autres questions, toutes nouvelles. Et c'est peut-être ça que le corps a dit à ce moment-là. C'est vrai que je fais attention dans la formulation parce qu'il ne détient pas une vérité absolue, mais en l'occurrence, il y a des moments où il faut suivre.
- Speaker #1
Donc t'enseignes pendant plusieurs années à Paris et en région parisienne, c'est à ce moment-là qu'on se rencontre à Boulogne. Et donc en 2022, tu pars en Corse. En 2023, naît ton petit garçon.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et en 2025, la famille s'agrandit avec la naissance de ta fille. Déjà, comment tu fais l'expérience, qui est ton expérience à toi, singulaire de la maternité ? En tant que femme, comment ça se passe pour toi ?
- Speaker #0
C'est une question large et vaste. Ça a renforcé ou en tout cas ça m'a fait vivre dans ma chair des choses que je pressentais ou que je connaissais déjà de moi-même. Je vais te donner des exemples. Mais je pense que ça a vraiment descendu dans le corps certaines grandes parties de moi-même. Pour te donner un exemple, je connaissais déjà, je sais que des fois je peux faire preuve d'une énorme énergie, mettre en avant beaucoup de ma personne, de courage, etc. pour lancer des projets, des choses. Là, j'ai senti physiquement, sans le décider, la force intérieure que j'avais. Notamment avec l'appouchement de ma fille. T'es traversée par une force qui te dépasse, en fait. Et ça, c'est ce que m'a révélé vraiment le côté de la maternité. Et aussi une grande vulnérabilité. Je pense qu'à un moment donné, t'es vraiment face à toi. Moi, je me suis laissée prendre par l'expérience vraiment, sans chercher à planifier quoi que ce soit. Tu grimpes et tu y vas et tu fais avec ce qu'il y a. Et je pense que le yoga, ça m'avait déjà introduit. le concept de faire confiance, avancer avec l'endroit du cœur, quelque chose de juste, etc. Et là, il fallait le faire vraiment. Si tu veux, c'est vraiment peut-être la maternité, l'expérience la plus spirituelle qui m'a été donnée d'vivre. Dans le sens où, une fois que tu as lu tous les bouquins, et je l'ai fait, c'est un voyage où tu bouges de nulle part, mais c'est un voyage en soi-même, où se mettent en place toutes ces années où j'ai pu réfléchir sur différentes questions. C'est venu se matérialiser quelque part, pour quelqu'un d'autre. que moi, puisque c'est beau de donner la vie et quelque part de transmettre. C'est le début d'une transmission qui est au-delà du verbal, au-delà du... ça se fait. En toi, mais sans... Je pense que ça ne m'appartient pas. La maternité, c'est à travers moi, ça s'est passé, mais c'est... Moi, j'appartiens à mes enfants, mais eux ne m'appartiennent pas dans le sens où, voilà, ça a été le chemin. C'est dans l'ordre des choses. Et ça, il faut le vivre pour vraiment le... Ça s'incarne, quoi.
- Speaker #1
Le corps d'une femme qui attend un enfant, c'est un corps qui change très vite, qui change parfois de manière assez radicale. C'est temporaire, mais c'est impressionnant. En quoi, et en fait, avant de te poser en quoi, est-ce que le yoga t'a permis d'habiter ton corps de femme ? qui attendait un enfant. Quelle expérience tu as fait de ce corps qui changeait avec le yoga ?
- Speaker #0
Alors, ouais, effectivement, la grossesse, c'est un temps où tout change de jour en jour. Il n'y en a pas deux qui se ressemblent. D'ailleurs, c'est vrai pour personne. Chaque fois, c'est une nouvelle histoire. Et en fait... Je ne pense pas que ce soit le yoga qui m'ait appris à accepter que le corps change. Moi, ça a plutôt été les blessures dans mon histoire, si tu veux. J'ai déjà dû toujours refaire, recommencer différemment, etc. Par contre, le yoga, ça m'a appris quelque chose de fondamental. C'est qu'avec le yoga, j'ai arrêté de chercher à revenir au corps d'avant. Tu sais, même après les blessures, parce que j'ai continué à me blesser. Alors, je me suis blessée avant de rencontrer le yoga, mais aussi après, pendant que j'enseignais, que je pratiquais, etc. Alors déjà là, c'est un temps un peu en pause parce que moi j'ai souffert avec mes différents problèmes. Les grossesses étaient physiquement compliquées, un petit peu douloureuses. Donc c'était un temps un peu ralenti que j'avais déjà connu mais qui était là pour une belle raison. Donc déjà il n'y avait pas la contrariété de « je me suis encore blessée » , etc. Là c'était beau donc ça m'a permis de vivre un temps de pause joyeux. Enfin que je l'appelle en pause même s'il y avait quand même une pratique qui s'est transformée. Et le yoga, ça m'a vraiment permis de comprendre le corps tel qu'il était avec les besoins actuels et pas de revenir à une version enregistrée de moi-même, une version figée de moi-même. Je pense que le yoga m'a donné vraiment les outils au fil des années pour avoir cette place-là, cette liberté de dire, dans tout ce que j'ai, de quoi j'ai besoin là maintenant ? Parce que, et je veux dire on volontairement, pour beaucoup, et je l'ai constaté autour de moi et moi-même, Il y a un moment où quand on pratique, et qu'on pratique beaucoup, on a envie que ça soit une progression. Tu sais, comme s'il y avait quelque chose d'acquis, de conquis, qu'il fallait garder, protéger, etc. Des choses qu'on sait faire et qu'il faut amplifier, améliorer, etc. Aujourd'hui, mon regard est un peu différent. Et c'est comme les saisons, j'en parle souvent. Et d'ailleurs, d'être venue habiter ici, ça me le rappelle tous les jours. La saison de la grossesse, c'est un temps particulier dans la vie d'une femme, comme peuvent l'être beaucoup de périodes de changements, de grands changements, et c'en est un. Et donc le yoga, ça t'aide à être en accord avec ce truc-là et vraiment à regarder ce qui est là. Pas ce qui a été, pas ce qui devrait, mais plus l'état présent. Ça, la maternité, c'est vraiment un rappel puissant d'être là, présent. Et après, d'ailleurs, pas que le temps de la grossesse, encore plus avec les enfants. Moi, je pense que la seule vraie question que je me sois posée en devenant maman, c'est quelle personne j'ai vraiment envie d'être au monde, devant mes enfants, dans mon couple, dans ma famille, etc. Parce que finalement, la maternité, ça te met dans des conditions qui ne sont pas toujours idéales. Les nuits hachées, etc. Mais c'est comme dans la pratique, c'est tous les jours. Ce ne sont pas les jours où tu es le plus en forme, etc. Mais il faut être là et de quelle façon tu as envie d'être là. avec douceur, avec curiosité, avec bienveillance, ou dans l'impatience, la colère, etc. Je crois que c'est la vraie, vraie question qui s'est posée.
- Speaker #1
Et tu as la réponse aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, en tout cas, je sais la direction que j'ai envie de prendre. Oui, oui, oui. C'est une jolie boussole.
- Speaker #1
Quand on a préparé cette interview, et je pense que c'est... En fait, non. Je vais être très, très honnête. Ce qui m'a donné envie de t'interviewer, c'est ce moment où tu me dis, et d'ailleurs, je te cite dans un épisode précédent d'Une place à soi, on retrouvera lequel, je ne me souviens plus. Tu me dis... Mais en fait, les enfants sont des petits maîtres spirituels. Tu te souviens ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Dans quel contexte tu m'avais dit ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu déplies un peu cette idée et comment... Qu'est-ce que tu mets derrière ça ? Les enfants sont des petits maîtres spirituels.
- Speaker #0
En fait, alors pas que les enfants détiennent une vérité absolue, ce sont des enfants. Mais effectivement, ce sont des petits maîtres à moi parce qu'il y a quelque chose qui me frappe quand je les observe. et qu'on perd peut-être un peu en grandissant, c'est cette faculté à voir la poésie de chaque instant, à être pleinement... Enfin, il se penche pour regarder une fourmi, il regarde une fourmi. Ils te font un câlin, ils sont vraiment dans le câlin. C'est-à-dire qu'il y a une simplicité de l'interaction, sans détour, sans masque, etc. Une telle honnêteté, j'ai envie de dire, innocence et... Il y a quelque chose qui me frappe, moi, quand je les observe. Ils m'apprennent beaucoup à être dans ce que je fais plutôt qu'à être dans le résultat de ce que je fais. Parce qu'ils le font eux-mêmes. En leur apprenant à guider leurs émotions. Mon fils, il va avoir trois ans demain. On est en plein... Non ! En essayant de voir comment lui, il lui donnait des outils pour qu'il gère ses émotions. Et il le fait déjà. Des fois, il me dit, regarde maman, je respire. Je me suis calmée. Je dis, c'est super. Mais en fait, ça me place face à mes émotions. Tu vois, c'est un vrai miroir. C'est en ce sens que je les appelle mes petits maîtres spirituels. Et parce que je pense que ça a un peu aussi donné une autre dimension, une autre profondeur à mon enseignement. avec eux. Et aussi sur le tapis, tu vois, quand je rentre dans une pièce de yoga, je crois que j'avais une idée un peu figée de ce qu'on attend d'un prof de Vinyasa. Tu sais, il faut mettre tel et tel style de posture dans chaque cours, tel et tel truc, etc. Et comme toute personne qui n'a pas encore d'enfant, t'as plein de... Oui, moi, quand j'aurai des enfants, plein de principes. Mais en fait, tu deals avec tes enfants, en fait. Tu sais pas qui ils vont être, déjà. Tu sais pas sur quoi ils vont te challenger. ça se fait un peu naturellement et je pense que ça m'a appris et je suis encore en train d'apprendre moi je suis maman depuis vraiment pas longtemps du coup mais ça m'a peut-être appris à être ok avec le fait de frustrer un peu l'autre parce que des fois c'est pour leur bien alors je sais très bien leur dire ok on va se manger un peu de Nutella mais on va pas faire n'importe quoi tout le temps, tu sais le nom qui va t'apprendre quelque chose mais c'est bien aussi de le faire en cours on va pas faire que des Nutella on va pas faire que des à la fin, des fois dans les retraites peut-être si on le demande gentiment. Mais tu vois ce que je veux dire ? C'est qu'être un bon enseignant ou un bon parent, de ma fenêtre à moi, je ne prétends pas du tout le faire parfaitement bien, mais je pense que c'est aussi savoir donner à bonne dose un peu de frustration. Et ça, ça modifie un peu peut-être aussi ma façon de donner des cours. De moins faire ce qu'on attend et plus d'aller dans « Ok, je pense que ça c'est bien si on construit comme ça. » Avec un peu plus de temps, tu sais, chaque jour dans son temps. Peut-être un peu plus de sagesse, si j'ose le dire. De privilèges de l'âge, tu vois.
- Speaker #1
Il y a l'idée de simplicité, il y a l'idée de temps, il y a l'idée d'exigence aussi. Comment tu as vu évoluer ta pratique avec l'arrivée de tes enfants ? Ta pratique et puis ton enseignement.
- Speaker #0
Eh bien, ma pratique, écoute, elle a évolué dans le sens où je me suis autorisée... Je me suis un peu lâchée la grappe. Parce que, comme je te le disais, quand j'étais blessée, je voulais continuer à faire tout ce que je pouvais, tout ce que je pouvais. Là, je n'étais pas en recherche de quoi que ce soit. Très à l'écoute. Je pense que la dimension de ma pratique, qui aurait le plus évolué pendant la maternité, c'est peut-être ma pratique spirituelle. Je te dis que c'est mes petits maîtres, mais c'est aussi ma bhakti quelque part. C'est quoi la bhakti ?
- Speaker #1
Tu nous expliques.
- Speaker #0
Oui, l'action des intéressés, tu sais, la dévotion. Je suis entièrement dévouée à mes enfants dans le sens où je dévore libre. Ils ne me doivent rien en retour. Je le fais depuis mon cœur. En fait, ce que je fais pour eux au quotidien, etc., c'est de la dévotion pure. Et d'ailleurs, je retrouve, moi qui adore les rituels. Alors, je continue à chanter des mantras, à avoir cette dimension spirituelle que j'avais avant. Mais c'est aussi venu en dehors des tapis. Je le retrouve avec mes enfants par le chant, par les rituels qu'on met en place, les comptines, tout ce qui se construit. Je pense que ça a donné une dimension très quotidienne et un peu moins idéalisée de la bhakti, où tu vas faire un kirtan avec plein de gens, t'es habillée de telle ou telle façon, t'as allumé les bonnes bougies. Je le fais encore parce que ça me fait énormément plaisir et que je m'y retrouve. Mais ça a pris une dimension plus bordélique, plus chaotique.
- Speaker #1
Et plus quotidienne.
- Speaker #0
Plus quotidienne. Ça peut être au milieu des jouets, sur le tapis de jeu, les cheveux en bataille et aucun legging, tu vois. Mais c'est là... Ouais, je pense que c'est celle-là qui a vraiment grandi. C'est dans l'acte vraiment de don, sans attente en retour de quoi que ce soit, ni même de... Parce que souvent, c'est entre mes quatre murs avec mes enfants. Il n'y a pas de spectateur, c'est pour nous. C'est de moi dans ce que j'ai à offrir. Donc je pense que ça, ça a vraiment fait évoluer cette dimension de la pratique. Parce que la pratique physique, elle s'est faite plus discrète par moments. Manque de temps, je ne t'apprends rien. Avec deux petits qui avaient moins de deux ans, si j'avais le temps de faire le côté Ausha un moment, peut-être que le côté droit, c'était le soir ou le lendemain. tu vois je schématise et j'exagère un peu mais franchement ça a été très morcelé, très pointillé mais c'est pas grave, c'était la première fois que j'avais pas besoin que ça disparaisse j'avais pas besoin que ce soit parfait j'étais pas là, ben plutôt rien que que ça, là c'était l'inverse ça me faisait plaisir, un petit morceau un petit, des postures avec eux même tu vois, du mouvement du mouvement sans cadre et sans étiquette, sans des noms de posture etc et ça libère un peu quelque chose Peut-être que je me suis un peu émancipée de ce que j'avais cru comprendre. Plus d'humilité. Et dans mon enseignement aussi. De comprendre que j'étais moi-même en train d'apprendre, toujours. D'ailleurs, je continue à me former. Et de savoir qu'on ne peut pas précéder les besoins. Je ne sais pas. Je suis maman d'enfants de trois ans. Je ne sais pas de quoi ils auront besoin demain. Qu'est-ce qu'ils auront besoin que je leur apporte ? Et c'est de l'observation et c'est bien de savoir observer en temps réel parce que c'est ça qui te permet de donner les bonnes indications ou d'apporter ce qui a besoin d'être apporté, de questionner le moment présent. Et ça, j'arrive à mieux le faire en cours, je crois. Moins besoin d'anticiper. C'est curieux parce que quand tu as des enfants, au contraire, tu as ce besoin de logistique. Mais dans l'apprentissage et dans la transmission, je pense que ça s'est un peu réparti dans deux catégories bien distinctes.
- Speaker #1
On a parlé maternité, est-ce que ça change dans sa vie de femme, de professeur, d'être tout entier ? J'aimerais bien qu'on parle de Samadva, qui est le nom que tu as donné à ton approche, mais aussi à la formation que tu lances en octobre 2026. C'est un mot en sanscrit, Samadva, est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est ?
- Speaker #0
Alors Samadva, déjà pour te donner la traduction qu'on donne à ce mot de façon très générale, c'est souvent repris comme équanimité ou un état d'équilibre intérieur. Moi, je pense que c'est un mot qui m'accompagne depuis longtemps et qui continue de me travailler sous différents aspects de ma vie. Et en fait, je l'ai choisi pas pour ce qu'il dit, mais pour ce qu'il ne dit pas. Parce que ce qui me touche, c'est qu'il ne parle pas d'un état... Quand on parle d'équilibre, souvent c'est un équilibre qui te donne un espèce de sentiment de paix intérieure. En tout cas, moi je l'entends beaucoup comme ça. Et ce qui me touche, c'est que ça ne parle pas d'une vie qui serait sans doute ni difficulté, ni chose. J'en parlais tout à l'heure de quelque chose qu'on acquiert et qui se défend, mais plus quelque chose de mouvant au contraire. Et dans Bhagavad Gita, qui est un des grands ouvrages que nous a donnés... que nous ont donné les textes qu'on retrouve dans le yoga. L'enseignement, il naît au cœur d'une crise. Je ne vais pas raconter aujourd'hui, me lancer dans l'explication de vitesse, sinon on va y rester là un moment. Mais voilà, ce que j'ai voulu reprendre, c'est que ce n'est pas le contrôle du résultat. C'est plutôt la justesse de l'action. T'as le droit à l'action, et j'en parlais encore tout à l'heure, tu vois, ça résonne et c'est rigolo, mais t'as pas le droit à ses fruits, en fait, ça t'appartient pas, le résultat est que toi, tu te concentres à donner le meilleur de ce que tu peux, et comment c'est perçu ce que les autres en font, ça ne t'appartient pas. Moi, pour longtemps, j'ai porté un peu plus que ma part, je crois, tu vois, j'ai une forte tendance à la culpabilité, et je me sentais un peu responsable de ce que je faisais, mais aussi de ce que ça produisait. Et je trouve que ça fait beaucoup et que c'est épuisant, donc. Dans l'approche Samadva, c'est une approche qui ne te demande pas d'être parfaite, mais qui te demande de rester vraiment présent, engagé, peut-être aussi lucide, des doutes et des difficultés, et au milieu de tout ça, sans maîtriser l'issue, d'avancer avec confiance, pour avoir cette certaine forme d'équilibre, si ça répond à ta question.
- Speaker #1
Oui, complètement.
- Speaker #0
Voilà ce que je range derrière ce mot.
- Speaker #1
C'est une spiritualité à l'épreuve du réel. C'est-à-dire qu'on ne peut pas attendre une vie d'assaise. C'est utopique, je crois. De se dire qu'il y a des hauts, des bas, mais qu'on fait de son mieux pour avoir de la présence. Et la présence, en tout cas, moi j'en suis convaincue, passe par le corps. Et par la présence au corps et aux sensations du corps, ça permet de se foutre un petit peu plus la paix en acceptant d'être parfaitement imparfait.
- Speaker #0
Totalement.
- Speaker #1
Faire de son mieux. Et de prendre sa juste part. C'est ça, en fait.
- Speaker #0
C'est évident, mais c'est tout le travail.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'on parle de chemin spirituel.
- Speaker #0
Je pense que c'est bien aussi, tu vois, de ne pas se mettre la pression et de faire au mieux sans anticiper ce que ça va être après.
- Speaker #1
Concrètement, dans ton enseignement, notamment pour les futurs professeurs, ça se traduit comment dans ton enseignement ?
- Speaker #0
En fait, dans la formation que je propose, il y a vraiment... C'est pas « je vais vous donner quelque chose à apprendre » , il y a évidemment beaucoup de matière à travailler, mais il y a une réflexion individuelle et collective qui va permettre d'intégrer au quotidien et dans sa façon d'être ce qu'on va pouvoir étudier, réfléchir, etc. Pour justement trouver un peu plus sa voie, pour comprendre les nuances et les subtilités que nous propose le yoga dans toute la vie. toute l'étude de soi, l'étude des textes, qui nous permettent après d'être plus justes avec son propre rapport à soi-même. Et ça se traduit par une vraie participation. Ce n'est vraiment pas scolaire. Je pense que c'est une envie lointaine de transmettre plus que du postural. Je le touchais du doigt en atelier ou même pendant les séjours que j'organisais. Mais j'ai senti un peu plus de légitimité, je te disais, en devenant maman peut-être. Et justement, me concentrant sur le fait que je lance ma propre pédagogie dans l'idée que chacun va participer et réfléchir aux choses. Parce que lire les bouquins, ça ne suffit pas à les mettre en pratique. Donc, il y a dans Samadva énormément de mise en situation, énormément de réflexion par le corps, énormément de travail personnel et d'engagement.
- Speaker #1
Tu parles de ta pédagogie. Moi, j'étais souvent entendue dire cette phrase que j'aime beaucoup. On n'utilise pas le corps pour aller dans la posture, on utilise la posture pour aller dans le corps. C'est une inversion absolument complète d'une certaine approche du yoga. Je ne sais pas si c'est toujours le cas sur les réseaux sociaux, mais il y a quand même cette injonction à réussir, à faire quelque chose de spectaculaire. Et tant pis si ça fait mal. Je ne sais pas si c'est toujours le cas, je suis un peu moins à ça. Finalement, le fait d'accompagner le corps de cette manière, qu'est-ce que ça change dans la manière de pratiquer ? Toi, qu'est-ce que tu observes ?
- Speaker #0
Ce que ça change, je pense que c'est l'intention. Parce que si la posture est le but, tu cherches à la réussir, à la perfectionner, à performer quelque chose. Si au contraire, la posture te permet d'aller vers toi, alors ça devient un espace d'observation, ça devient ton laboratoire. Et la question, c'est plus est-ce que j'arrive à faire une posture ? Parce que d'ailleurs, qu'est-ce que c'est réussir une posture ? Ça devient plutôt qu'est-ce que je découvre en faisant cette posture ? Moi, c'est un endroit d'où j'observe mes habitudes, mes émotions et ma façon de réagir, tu vois. Autant à l'effort qu'à la frustration, qu'à la comparaison. Tu parlais de réseaux sociaux, c'est vite un endroit où tout est propice à la comparaison. Donc, peut-être te dire que... Dans le tapis comme dans la vie, il n'y a pas une recherche de perfection. mais plutôt le justesse.
- Speaker #1
C'est cette fameuse simplicité exigeante dont tu parles aussi ?
- Speaker #0
Oui, alors moi, la simplicité dans ma bouche, à moi, ce n'est pas quelque chose de facile, c'est plutôt tout l'inverse. C'est que... Déjà, ça, je ne l'ai pas compris toute seule, ni tout de suite non plus, mais la simplicité exigeante, ça demande une vraie honnêteté, une vraie authenticité et un vrai regard de soi à soi. Je pense qu'il faut que je te donne un exemple. Une époque, j'allais dans un cours, on n'était pas très nombreux, etc. En après-midi, j'aimais beaucoup autant que ça ne me dérangeait pas. Mais il y avait une espèce de frustration que ça me générait parce que je sentais bien qu'on me guidait en me disant « Non, ne prends pas cette option. Je ne refais pas plus. Non, laisse le genou par terre. Non. » Je me disais « Mais quand même, c'est bizarre. Je peux tendre la jambe. Il y en a qui tendent la jambe jusqu'au jour où j'ose aller dire. » Est-ce que je peux comprendre pourquoi moi je laisse le genou par terre ? Et que la personne avec un immense sourire et un petit temps de silence me dise « Mais t'as pas besoin de tout faire, t'as besoin de comprendre justement que tu peux moins faire. » Je suis restée un peu bête, un peu piquée. J'ai dit « D'accord, merci, au revoir, je suis partie. » Je suis revenue la semaine d'après en me disant « Mais en fait, cette phrase, elle va me suivre très longtemps. » Et c'est dans cette simplicité-là, si tu veux, de ne pas toujours plus, plus, plus, de ne pas toujours une simplicité. Et je le pense encore aujourd'hui, c'est dans les postures peut-être les plus, qu'on appelle basiques, mais c'est là que se construit, c'est le terreau de tout le reste. Parce que tu peux être complètement en dehors de ce que ça requiert, et tu peux les travailler d'une telle façon qu'en fait, tout est déjà là. C'est dans ce sens-là que je dis que la simplicité, elle est exigeante parce que les choses les plus simples, finalement, les plus dépouillées, c'est comme quand tu dessines. Faire un super dessin, je ne dis pas que c'est simple, mais faire une très, très belle ligne droite, tu n'as pas intérêt à te... Tu vas voir le moindre petit tremblement. Tu vois ce que je veux dire ? C'est dépouillé et c'est là qu'il y a tout, que tout, c'est le cœur des choses.
- Speaker #1
Donc, dans tes cours, tu guides des femmes. Mais aussi des hommes, j'ai vu des hommes dans tes cours et dans tes retraites. Mais le rapport au corps chez les femmes est particulier. Est-ce que toi, tu vois la différence entre celles qui habitent leur corps et celles qui le subissent ? Est-ce que tu le vois sur le tapis ?
- Speaker #0
Je vais te répondre avec prudence, parce que justement, quand j'enseigne, je m'interdis les certitudes. Je sais moi-même qu'un corps raconte certaines choses, mais jamais vraiment toute l'histoire. exemple t'as quelqu'un de très souple on s'imagine que tout lui est facile et parfois la souplesse ça peut cacher une vraie fragilité donc des fois j'ai une intuition mais jamais de vérité ce que je pourrais te répondre c'est que pour en faire partie de la famille de celles qui ont un peu subi le corps par moments même si de moins en moins il y a peut-être des fois des choses que je capte dans un regard c'est le regard qui me parle le plus parfois dans une façon de respirer ou dans une certaine agitation, mais aussi dans la censure, tu sais. Quand il y a quelqu'un qui va refuser d'essayer telle ou telle posture ou qui anticipe des fois ce que je vais demander avant même que je l'ai guidé. Ce que je perçois à ce moment-là, c'est pas quelqu'un vraiment qui subit son corps, mais c'est quelqu'un qui se contrôle, qui se laisse aucune marge, en fait. Donc... C'est ce petit manque de liberté qui me fait dire qu'il y a un peu le mental qui tient à quelque chose. Là où il y a de l'expérience qui est proposée. Et comme je te disais, cette femme-là, je la reconnais. Ou cet homme-là, je peux reconnaître des fois dans la lueur du regard. Parce que c'est moi, par moments. Enfin, où ça l'a été en tout cas très fort. Et ouais, ça se cache dans des petites choses. Mais encore une fois, tu vois, pas de certitude. Est-ce que tu penses qu'on peut se sentir à sa place dans le monde si on n'est pas en paix dans son propre corps ? C'est une question qui me touche. Parce qu'en tout début d'épisode, tu m'as posé la question de quand c'était la dernière fois que je m'étais vraiment sentie à ma place. Et je pense que sans faire de petits jeux de mots, une place à soi, c'est d'abord une place en soi. Comment tu habites ta propre vie ? Donc dans son corps, oui. Et encore une fois, je ne fais pas de séparation entre le corps et l'être vraiment. Donc une fois que tu sais un peu plus comment tu as envie d'habiter le monde et d'habiter ton corps. pour répondre à la question on peut pas non, je pense pas être à sa place dans le monde si on est pas à sa place dans son corps parce qu'encore une fois tout dépend de la façon dont tu l'habites si t'es en champ de bataille avec toi même tu vas diffuser ça tout autour nourrir une colère un rapport de force, une frustration etc Et on voit bien que dans notre monde on a cruellement besoin de douceur, c'est un mot auquel je suis particulièrement attachée. Parce qu'on est rarement doux et rarement tendre avec soi, un peu plus avec les gens qu'on aime, des fois un peu moins avec soi. Et ouais, je pense que c'est ce qu'on a à offrir là maintenant, autant qu'on peut. La patience, la gentillesse, sans attendre le bon moment et sans excuses de j'étais fatiguée et c'est pas le bon moment pour moi. C'est vraiment ce qu'on arrive à offrir à soi et par rebond aux autres. Donc à mon avis, les deux vont de pair.
- Speaker #1
T'en es où toi aujourd'hui sur le sujet de ta propre place ?
- Speaker #0
Eh ben, je me sens pleinement à ma place. Pour autant, ça, c'est peut-être l'âge encore qui va me faire dire ça. Je n'ai pas l'impression de l'avoir réellement trouvée, ou en tout cas, je ne suis plus en train de la chercher. Parce qu'à chaque fois que j'ai eu l'impression d'être arrivée quelque part, et j'en ai eu des phases de recommencement, j'ai quitté le Pays Basque, je suis allée à Paris, du coup, j'ai changé de job, j'ai rencontré quelqu'un, je suis partie en Corse. Voilà, à chaque fois que j'ai changé, je suis devenue maman. Maintenant, je lance une formation et c'est plus... Non pas des lignes d'arrivée, mais comme si à chaque fois ça m'ouvrait quelque chose d'autre, comme un seuil plutôt, ou des saisons qui se suivent et ne se ressemblent pas. Donc je me sens pleinement à ma place, mais je ne suis pas sûre d'y être ou de l'avoir trouvée. Mais peut-être parce que j'ai arrêté de la chercher. Ça me touche comme question.
- Speaker #1
On va rester deux secondes avec ça. Je pense que c'est le bon moment de partager le texte que je t'ai proposé de préparer pour l'interview. Qu'est-ce que tu as choisi comme texte ?
- Speaker #0
J'ai choisi un passage d'Être à sa place de Claire Marin. C'est d'ailleurs la toute fin du livre.
- Speaker #1
Tu m'as proposé d'en faire lecture. Je vais le partager et je te laisserai nous dire pourquoi ce passage. J'écris dans les marges. Notre existence, elle aussi, se trame sans doute dans ce dialogue entre le texte central et nos remarques marginales. On ne coïncide jamais tout à fait avec le récit de notre vie. On se construit aussi, en brodant à côté, dans les espaces de la page laissée vierge. Charme des chemins de traverse. Il faut relire ce qui se dit sur les bords, dans le chuchotement, dans ces espaces vierges propices aux réactions et aux commentaires, dans ces plages Où l'on se ressaisit de ce que l'on vient de comprendre, où l'on souligne son admiration, son accord, sa surprise, son incompréhension. Combien de dialogues dans les marges des livres, combien de reprises dans les marges de nos vies. Qu'est-ce qui rétrospectivement se révélera central, alors qu'on l'avait considéré par naïveté ou modestie,
- Speaker #0
comme marginal ? Merci déjà d'avoir accepté de le lire. Tu me demandes pourquoi j'ai choisi ce passage. Je pense que l'idée que notre existence se trame dans les espaces qu'on laisse vides, ça me parle beaucoup. Et surtout, c'est parce que ça finit par une question qui m'a profondément bouleversée et qui résume un peu tout ce qu'on s'est dit aujourd'hui. Quel regard on aura sur ce qui se passe, sur le moment présent ? Tu vois, ça me fait une émotion même de te le dire. Mais qu'est-ce qui deviendra central ? Et ça rappelle, encore une fois, de façon très jolie, comme on ne le sait pas à l'avance, on ne peut que essayer de faire de son mieux. Et même en faisant de son mieux, parfois on se trompe, tu sais. Donc, oui, c'est un texte qui me touche énormément.
- Speaker #1
J'ai envie de repartager les questions de la fin de ce texte-là. Combien de dialogues dans les marges des livres ? Combien de reprises dans les marges de nos vies ? Qu'est-ce qui rétrospectivement se révélera central alors qu'on l'avait considéré, par naïveté ou modestie, comme marginal ? Merci pour ce cadeau que tu nous fais de proposer ce texte. On va rentrer dans l'agitation de la rentrée, ou pas d'ailleurs, c'est un choix. Quelle invitation, plutôt qu'un conseil, mais quelle invitation tu peux donner à une personne qui nous écoute et qui est peut-être en train de clôturer son break estival avant de se relancer dans un certain rythme pour se donner du Samadva dans sa vie ?
- Speaker #0
Écoute, je vais te faire un petit aparté. Avant l'été, je te mets un dernier atelier avant les vacances. justement sur l'été où l'agenda souvent se remplit, les journées sont plus longues, les distractions un peu plus... tous les plannings changent, etc. Et pendant des années, à chaque fois que j'arrivais en studio en septembre, j'avais plein de personnes qui disaient « Oh là là, ça me fait trop du bien de retrouver mon tapis ! » Et donc, par extension, ma pratique. Et je leur avais dit, la meilleure pratique cet été, c'est celle qui ne disparaît pas. C'est pas celle qui est parfaite, c'est pas celle qui dure une heure, c'est celle qui tient quand le planning change, quand... Sous-entendu, il n'y a plus la place. À la rentrée, avec l'agitation, souvent il y a deux temps dans l'année, en tout cas dans nos années. Il y a la rentrée de septembre et puis il y a début janvier où tu te dis, il faut que je me remette, ma pratique, etc. Tu te remets en selle, tu te refais les activités, tu te refais ton planning, tu cales tout ce que tu as envie de mettre dans cette nouvelle année qui débute. Donc, tu m'en parlais de douceur avant de clôturer. Si j'ai un conseil, c'est de reprendre le tapis avec l'humeur enfantine et l'envie de juste y aller doucement, sans regarder ce qu'on aurait perdu ou non si on n'a pas pratiqué depuis deux mois, sans envie d'en faire trop, sans que ça devienne une chose en plus dans l'agenda qui se remplit beaucoup trop. Donc d'y aller tranquillement et avec ce qui vient, sans exigence et sans trop d'attente peut-être, juste de la joie au cœur.
- Speaker #1
Je crois que la joie, c'est vraiment central en ce moment. Au-delà du fait qu'on est en pleine saison du lion et Jupiter est en lion pour quelques mois, je fais un petit aparté astrologique pour ceux qui ne savent pas encore que c'est ma grande marotte. Même pratique de yoga ou pas, mettre de la joie et mettre de la simplicité dans cette rentrée. Moi, je vais rajouter un petit conseil là-dessus. Allez vers ce qui vous met fondamentalement en joie. avec beaucoup de simplicité, la simplicité du cœur. Que ce soit pratique de yoga ou autre. Je pense que c'est le plus beau cadeau qu'on puisse se faire sur cette sortie d'été avant d'attaquer quoi que ce soit. Avant d'entrer, en tout cas, dans un nouveau cycle, une nouvelle énergie.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Julie, pour ce moment, pour tes partages, pour... Toute la douceur que tu as amenée dans cet échange, j'étais très très contente de te retrouver au-delà des notes vocales qu'on s'échange assez régulièrement et de partager un peu le fruit de ces échanges qu'on a eus, ces discussions qu'on a eues sur l'évolution qu'on a en tant que femmes, en tout cas l'évolution qu'on a eue, toi et moi, en parallèle malgré la Méditerranée qui nous sépare désormais mais sans doute plus connectée que jamais, je crois. dans ce chemin qu'il nous trompe.
- Speaker #0
C'est vrai. C'était un joli chapitre. Je suis ravie d'avoir passé ce moment avec toi. Je me sens pleine d'émotion à la fin de cet entretien. Et je suis très contente d'avoir eu ce partage très touché que tu m'as donné la parole aujourd'hui. Et je te remercie du fond du cœur. de la simplicité et de l'intelligence des questions qui étaient supposées. Ça m'a permis de mettre des mots sur des choses que je traverse.
- Speaker #1
Merci Julie. On fait un petit teasing pour les autres personnes qui seront interviewées. Quand je vous envoie les questions, je vous fais bosser. Je vous fais réfléchir. Mais vous me faites aussi réfléchir, beaucoup. Ma chère Julie, on te retrouve sur Instagram. On te retrouve sur Julie Asana. NA, tout ça sera de toute façon en note de l'épisode. On te retrouve en studio à Jaxio quand on a la chance d'habiter sur l'île de beauté et on te retrouve en formation si on a envie de se former et que ça y est on se dit je démarre ce nouveau cycle en prenant une décision pour moi. On te retrouve sur cette formation Samadva. C'est pareil, je mettrai le lien vers ton site en note de l'épisode. Ça commence en octobre, c'est à Ajaccio. Les places sont limitées. Je regrette de ne pas être sur Ajaccio parce que je pense que c'est... Je l'aurais fait.
- Speaker #0
Pas de place, c'est tout réservé si un jour.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Julie. C'était vraiment très doux de te retrouver. On vous laisse avec cette question. de Claire Marin. Qu'est-ce qui, rétrospectivement, dans votre vie, se révélera central alors que vous aviez considéré par naïveté ou par modestie comme marginal ? Merci pour votre écoute et à très bientôt. J'espère que cet épisode vous a plu et qu'il vous a donné envie d'oser mettre un peu plus de ce que vous êtes dans ce que vous faites. Si cet épisode a résonné pour vous, vous pouvez le repartager sur vos réseaux Laissez 5 étoiles ou un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Vous pouvez me suivre sur LinkedIn et sur Instagram, les liens sont dans le descriptif de l'épisode. On se retrouve lundi dans 15 jours pour le prochain épisode d'Une place à soi. A très bientôt.