- Speaker #0
Bonjour, je suis Jérôme Badie et vous écoutez VCast, le podcast média de Values. C'est parti ! Salut Jérôme. Et Marion Ranchet, après plusieurs années chez différents opérateurs, tu aides les marques de streaming à se lancer en Europe rapidement en concevant avec eux des stratégies de distribution, en négociant des accords avec les plateformes, en optimisant la programmation et la promotion de leur contenu. Bonjour Marion et j'espère que j'ai bien défini ton activité.
- Speaker #1
Bonjour, ouais c'est pas mal, tu peux venir pitcher avec moi ?
- Speaker #0
Ah bah écoute, pourquoi pas, si tu veux on fera ça. Alors, peut-être une première question Marion pour toi. À part Twitch, les plateformes sociales n'étaient pas vraiment présentes sur l'écran de télé, on va dire by design, par nature. Et en fait, en décembre, il y a Instagram qui a annoncé mettre à disposition ces réels dans une app, je crois que ça s'appelle Insta4TV, ça c'est aux Etats-Unis. Et dans une autre veine, on a vu que Pinterest a acheté en fin d'année une plateforme américaine spécialisée dans la publicité, plus orientée performance sur les télés connectées, je crois que ça s'appelle Telegram. téléscientifique, tu nous confirmera tout ça ou pas. Est-ce que finalement c'est la revanche des concurrents de YouTube ? Est-ce que cette revanche-là va passer par la télé ? C'est quoi ta vision de la stratégie de ces géants du web qui tentent de s'imposer sur le grand écran de la maison ?
- Speaker #1
Très clairement l'année 2025 a été une année charnière pour YouTube. C'est assez fascinant. Je ne sais pas si c'était orchestré, industrialisé, mais en tout cas ils ont fait en sorte que l'année 2025 soit l'année de YouTube. sur la télé. Neil Mohan, le CEO, est sur la couve du Time, ce qui est un big deal à l'étranger. Ça en dit long sur le fait que tout au long de l'année, pour fêter leurs 20 ans, ils ont vraiment pris tout l'espace et ils ont eu aussi, au-delà de cet aspect PR et com, ils ont eu la possibilité de montrer finalement leur importance grandissante sur cet écosystème-là. On a pu voir aux États-Unis grâce à Nielsen un outil qu'ils appellent The Gouge. Donc, c'est l'équivalent de ce qui se fait chez Médiamétrie. Et on a vu que finalement le pourcentage, la part de marché d'écoute de YouTube sur le marché américain grandissait. Ils ont passé finalement l'année à dépasser record sur record, je crois que le plus haut qu'ils aient fait en était à 13,9%. Et ce qui est important à prendre en considération, c'est qu'on parle que de la consommation télé et surtout c'est intéressant de le mettre en comparaison avec un acteur comme Netflix qui depuis 18 mois voit plutôt sa part de marché, encore une fois sur cette part de marché d'écoute, stagner entre 8 et 9%. Et donc ils ont passé vraiment l'année à distiller aussi des gros chiffres sur le fait de dire qu'ils voyaient de plus en plus de consommation de YouTube sur l'écran de télé, que les gens consommaient de plus en plus. de contenu long, etc. On a vu beaucoup de com' aussi sur le sujet des podcasts. Donc très clairement, quand on ressort de cette année 2025, si on est chez Meta, TikTok, etc., on ne peut pas se dire qu'il y a quelque chose à faire sur l'écran de télé. Et à l'époque, on avait des discussions avec certaines de ces plateformes qui viennent monter leur app dans cet écosystème. Puis ils sont un peu passés à autre chose. Mais maintenant, voyant YouTube s'y atteler, clairement, l'année 2025, c'est une des grosses prédictions que j'ai. Ils vont tous se ruer sur ce médium-là.
- Speaker #0
2026 du coup. Ça y est, on est passé en 2026.
- Speaker #2
Marion, tu penses que c'est... Parce que forcément, les formats sont très différents entre un réseau social sur mobile et un réseau social sur un écran de télé. Est-ce que tu penses qu'ils ont... aujourd'hui, en tout cas demain peut-être, mais la compréhension et la manière d'envisager les contenus ? qui sont sensiblement différents, because on n'est pas sur le même device, on n'est pas sur les mêmes moments de consommation. Est-ce que tu penses qu'ils sont orientés pour comprendre et industrialiser ça ou la marge est trop grande ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas que la marge soit trop grande. Quand on le voit à un côté big tech, ils finissent toujours par y arriver à plus ou moins échéance courte. Mais très clairement, il y a un gros boulot à faire. Alors, sur les contenus qui sont montrés, mais sur le produit en lui-même. C'est-à-dire que ce qu'on a pu voir l'année dernière sur YouTube aussi, c'est que le produit YouTube, tel que nous on l'a dans les mains, tel que les créateurs l'ont dans les mains, a énormément évolué. Ils sont en train de plus en plus de prendre les codes de la télé. C'est-à-dire qu'ils donnent la possibilité notamment à leur channel manager d'organiser leur contenu avec une logique de saison, d'épisode, etc. Donc, en fait, si tu veux, il y aura forcément une transformation. ils vont favoriser les contenus longs, ils vont favoriser les contenus premium. C'est pour ça qu'ils vont tous, finalement, courtiser les producteurs de contenu, les broadcasters, les streamers, pour que tous ces gens-là viennent apporter du contenu premium qui marche bien sur cet environnement télé. Mais après, ils ont ce travail-là à faire aussi pour faire en sorte que la plateforme évolue, finalement, à la même vitesse et soit à même de faire venir ces contenus-là. Très clairement, à date... regarder du contenu vertical sur un écran de télé, ça pose une question. Ça va être très intéressant de voir. Moi, je n'ai pas eu entre les mains l'app Insta. Ça va être très intéressant de voir comment tous ces changements s'opèrent. Mais moi, je suis convaincue qu'il y a des changements qui doivent s'opérer.
- Speaker #0
Et c'est marrant en même temps parce qu'en fait aussi, on a vu l'essor de YouTube Short et les formats courts. Donc, c'est étonnant qu'ils copient pour le coup les réseaux sociaux dont on a parlé et à côté de ça, qu'ils essaient d'installer effectivement ce que tu dis sur des formats longs C'est assez paradoxal. En fait, ils essaient de prendre tout le marché globalement.
- Speaker #1
Mais complètement. Je pense qu'ils se sont rendus compte qu'ils étaient passés à côté de la vague short avec TikTok. Et donc ces dernières années, ils ont fait exactement ça. Ils ont eu une espèce de double stratégie et je pense que c'est une stratégie que tout le monde doit avoir parce qu'on n'est plus dans un monde en silo où on fait une chose et puis l'autre en fait. Tous autant qu'on est, les audiences... ont énormément de choix, aiment faire des choses très différentes selon le temps de la journée, le device qu'ils utilisent, la plateforme qu'ils utilisent. Et en fait, on est dans cette obligation un petit peu de répondre à tous ces besoins-là et toute cette demande de l'audience. Au final, tout le monde va commencer à faire un petit peu la même chose.
- Speaker #0
C'est amusant. Anecdote, mais pour les auditeurs s'en souviendront aussi peut-être, ce moment où on s'est mis à faire des vidéos verticales. Moi, je me souviens, je trouvais ça complètement absurde. On regardait que de l'horizontale. Et d'un coup, on s'est mis à faire des visibles verticales. Et là, tu es en train de nous dire qu'il va falloir peut-être revenir dans les vidéos horizontales pour correspondre avec les usages de l'écran de télé qu'on ne va pas retourner tout de suite a priori. Enfin, on n'en sait rien.
- Speaker #1
Clairement. Tu vois, sur ce qu'on entend quand même beaucoup de YouTube et puis de créateurs qui ont des grosses chaînes, ils te disent que le gros de la... Donc, ils commencent à de plus en plus voir leur consommation de contenu se faire sur l'écran de télé. Et ils te disent aussi que ça favorise de plus en plus les contenus longs. Parce que ça se passe sur la télé, donc les gens veulent du contenu long, etc.
- Speaker #0
Donc du coup, je pense que l'horizontal... Parce que regarder 40 minutes d'un contenu vertical, je ne suis pas sûr que ce soit...
- Speaker #1
Non, j'y crois pas tellement. Et puis en plus, la consommation comme ça, vertical, shorts, elle est très faite avec le swipe finalement. Soyons clairs, la télé reste quand même un device qui est guidé par une télécommande assez basique. Oui, exactement. Il y aura des usages à changer, c'est clair.
- Speaker #0
Qu'est-ce que t'en penses Emmanuel ? Est-ce que tu penses que les Français, est-ce que nous on est prêts justement à ce changement d'usage avec cette consommation de plus en plus forte sur la télé et puis on va gentiment aller justement vers la France et la manière dont ça
- Speaker #2
se passe en France ? Je pense que la manière dont vont s'envisager les contenus et le design de diffusion, désolé c'est pas le bon vocabulaire mais le design de diffusion de ces contenus-là sur un écran de télé... par des gens qui viennent du social, bah oui pour l'instant on a quand même un YouTube ou un Twitch par exemple qui nous ont montré la voie qu'en fait ils savaient faire et que comme l'a dit Marion je trouve que c'est très vrai c'est que très difficile aujourd'hui notamment ça pose aussi des questions de vocabulaire même entre nous dans notre petit secteur de la publicité ou médias c'est-à-dire effectivement tu vois sans vouloir relancer un bon vieux débat qu'on a eu en France il y a à peu près un an qui était est-ce que YouTube c'est de la télé ou c'est pas de la télé ? Bah en fait alors forcément la réponse elle conditionne plein de sujets autour de la mesure, autour de des réglementations aussi, ça c'est quand même un sujet hyper important. Donc le débat est utile c'est certain, mais effectivement on se rend bien compte que les frontières elles sont de plus en plus fines et que bah oui aujourd'hui quand on est une plateforme par définition on est multi-device, par définition on peut proposer des formats longs, des formats courts des formats qui sont très social-centric, pardon pour l'anglicisme etc. Donc forcément oui ça devient de plus en plus complexe de se repérer parce que ça devient de plus en plus chaque... levier chaque média entre guillemets devient hyper protéiforme et c'est vrai que ça perturbe à la fois le consommateur et puis les professionnels de la pub que nous sommes.
- Speaker #0
Une des grandes surprises 2025, tu disais l'explosion du tube etc mais en France a été l'annonce par TF1 de son partenariat de distribution avec Netflix et quasiment au même moment France Télé annonçait également un accord à peu près similaire avec Amazon. C'est assez surprenant parce que les chaînes historiques, elles gardaient l'exclusivité de leurs programmes pour justement les exploiter au maximum, etc. En faisant ces deals avec ces grandes plateformes, finalement, elles travaillent justement la multidiffusion, en tout cas la distribution de leurs programmes différemment. Qu'est-ce que tu penses de ces stratégies de la part des chaînes de se maquer comme ça avec les grands américains ?
- Speaker #1
J'ai adoré l'année 2025. Je dois avouer que le marché français n'a fait que me surprendre. Moi, je couvre le marché européen et étant française, dès qu'il se passe des choses sur le marché français, je suis ravie d'en parler et j'étais assez excitée de voir que les acteurs historiques ont fait preuve d'innovation. Après, il y aura des grands débats. Effectivement, on peut en parler un petit peu là. Est-ce que c'est la bonne chose à faire ? On ne le saura pas cette année, on le saura dans 5 ans, voire dans 10 ans. Moi, ce que j'aime dans ces deux deals-là, c'est qu'il y a un pragmatisme. C'est-à-dire qu'on ne peut pas changer le fait que la consommation télé ne fait que baisser. Tu regardes les chiffres sur ces 20 dernières années, le temps d'écoute baisse, il baisse plus particulièrement sur les jeunes générations, etc. Et donc, il est évident qu'il faut faire quelque chose. Et donc, la réponse, elle a commencé avec le lancement, il y a deux ans, de TF1+, la refonte chez M6, le fait que pareil France Télévisions soit dans une refonte un peu permanente de sa plateforme etc. Clairement ils ont conscience que c'est ça le nouveau game pour eux, ils doivent composer avec. Une fois que tu as fait ça tu peux te dire je reste tout seul dans mon truc et je fais en sorte d'attirer les audiences uniquement dans mon écosystème. Là où je dis que ça fait preuve de pragmatisme c'est que malheureusement ça donnerait l'impression... que on a une consommation qui se limite à 2-3 services. La vérité c'est qu'entre nos mains, chaque semaine, on doit avoir une dizaine, une quinzaine de services, que ce soit des apps, des sites. Et donc ce que ces deux deals font, c'est effectivement d'être dans une logique de multidistribution, de multiplier les points d'entrée. Ça a toujours été fait mais d'une manière un peu plus light. Là où ils vont très loin, c'est que dans les deux cas dans ces deals-là, les gens n'en ont pas forcément conscience mais… Le mode de livraison des programmes est important. Pourquoi ? Quand tu mets l'app TF1 sur Samsung, c'est TF1 qui prend son app sur Samsung. Quand TF1 va dans Netflix ou quand France Télé va dans Amazon, en fait, il n'y a pas d'app. Tu deviens un corner, tu deviens une espèce de petite pastille avec ta marque, etc. Et en fait, tout est intégré dans la plateforme du player global. Et donc c'est là où il y a un énorme risque effectivement de se dire « Aïe, aïe, aïe » . C'est quoi l'attribution ? Est-ce qu'on va réussir à garder nos audiences ? Est-ce que ça ne va pas détruire ce qui se passe sur TF1 ? Moi, je suis intimement convaincue que TF1 fait ça pour aller chercher de nouvelles audiences, des audiences qu'ils n'auraient pas forcément. Et donc, je m'inquiète assez peu de ça. Il est dit, et ça, je pense qu'Emmanuel pourra le confirmer, que TF1 va pouvoir reporter ces audiences-là en son nom propre, que c'est TF1 qui va commercialiser l'inventaire, etc. Donc, je pense que c'est un très bon deal. France Télévisions, ils ont un peu une obligation d'être partout de par leur mission de service public. Ils sont allés avec le méchant américain pour certains. Moi, je pense que pareil, c'est une forme de pragmatisme.
- Speaker #0
Non mais tu as raison, il y a une vraie question de branding pour ces marques-là qui ont quand même une histoire avec les Français.
- Speaker #2
À l'époque de la délinéarisation, c'est-à-dire ma marque programme est plus forte que ma marque chaîne et est-ce que c'est un problème à terme ? Effectivement, ça c'est un vrai sujet. Je ne sais pas, je ne vais pas y répondre. Mais effectivement, est-ce que la marque Koh Lanta est plus forte que TF1 ? Par exemple, quand je veux regarder Koh Lanta, je ne pense pas que ce soit un problème de me dire « Tiens, je vais me retrouver sur un autre service que TF1+, ou ma chaîne TF1 en direct, parce que je veux quand même consommer Koh Lanta. » Du moment que la monétisation se fait toujours de la part de l'intéressé, je suis complètement d'accord. Après, sur l'information, je pense que ça c'est super important. C'est qu'effectivement là, pour le coup, c'est à stampiller « Rédaction de la chaîne » . Donc du coup, je pense que c'est des choses bien différentes entre les programmes de flux, on va dire, les séries, les quotidiennes, les jeux. Et puis de l'autre côté, l'information. Effectivement, il y a un vrai sujet de pouvoir préserver la marque chaîne associée à celle de l'information de la chaîne. Mais bon, j'imagine que tout ça est savamment orchestré et réfléchi d'ores et déjà. De toute façon, moi, ça ne m'inquiète pas non plus.
- Speaker #1
J'ai très hâte, moi, de voir effectivement comment l'intégration produit va se faire. Ce qui est fascinant, on a tendance à beaucoup parler de ces deals du point de vue de ce que ça veut dire sur la stratégie TF1 de France Télé. Mais attention, ça veut aussi dire des choses sur la stratégie de Netflix et d'Amazon. Et très clairement, ce qu'on voit chez les streamers, et c'est très vrai sur le marché européen où il y a quand même une résilience, même si la consommation télé baisse en proportion par rapport à d'autres marchés, elle est plutôt quand même encore assez solide. Et il se passe beaucoup de choses. Chaque jour, si tu regardes TF1, chaque mois on regarde, c'était un fin plus, on parle de 38 millions de streamers, etc. Ajoutés à leur consommation télé, ce ne sont quand même pas des petits acteurs. Netflix, qu'est-ce qu'il vient faire aussi ? Ils sont à 12-13 millions d'abonnés sur le marché français. Donc ils viennent eux aussi chercher de nouvelles audiences. Ils viennent aussi créer un peu de l'habitude. Et donc en fait, les streamers ressemblent de plus en plus aussi à la télévision classique, historique. Ils ont ce besoin et ça je pense qu'Emmanuel le confirmera aussi sur la dimension monétisation. Ils ont besoin d'être mainstream, de toucher toutes les catégories sociodémographiques et puis ils ont besoin que les gens aient un réflexe chaque jour à 20h, 21h de venir regarder du contenu. Et donc c'est qui les meilleures personnes pour faire ça, pour industrialiser ça ? C'est les broadcasteurs en France et en Europe.
- Speaker #0
Est-ce que d'ailleurs, rapidement, est-ce qu'on a quelques chiffres de la part des plateformes France Télé TF1, de la consommation depuis les plateformes américaines, Emmanuel ?
- Speaker #2
France Télé Amazon est live depuis cet été et non, à ma connaissance, ils n'ont pas communiqué dessus. Et TF1 Netflix, c'est l'été prochain, enfin l'été qui vient. Donc c'est encore un peu tôt pour en parler.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut s'attendre à d'autres accords un peu du même ordre ? Est-ce que toi qui as une vision un peu plus internationale... Qu'est-ce qu'on voit à l'étranger ?
- Speaker #1
Oui, il y a beaucoup d'autres deals qui se sont faits l'année dernière encore sur le marché européen. Encore une fois avec cette dimension studio streamer-broadcaster. C'est Disney+, qui est allé « pêcher » et créer des corners brandés avec ITV au UK, avec A13 Media en Espagne, avec ZDF en Allemagne. Donc là, pareil, ils sont plus dans une logique. C'est le streamer qui est venu, mais de la même manière que pour ces broadcasters-là. Alors généralement, c'est le pendant commercial et vente de droits, vente de programmes. Mais ça reste la même maison. Donc on parle d'ITV Studios au sein d'ITV, de ZDF Studios au sein de ZDF. Et donc pareil, eux, ils vont chercher de nouvelles poches de revenus, de nouvelles audiences pour des programmes existants. Et puis à l'inverse, un Disney+, essaye d'avoir un ancrage local. et donc ne réussira pas à produire en volume des contenus locaux. Et donc, ils vont licencier du contenu local auprès de marques reconnues, aimées des clients européens.
- Speaker #0
Justement, commençons à parler un peu de contenu. Il y a une autre actu sur laquelle j'aimerais vous entendre, c'est Netflix qui rachète Warner Bros et la plateforme de streaming HBO Max pour… Roulement de tambour, 72 milliards de dollars. C'est quoi d'après toi les conséquences de ce deal pour le marché de la production ?
- Speaker #1
Alors peut-être commencer avec la Galaxy Warner parce qu'en fait il y a un mouvement qui s'opère aux Etats-Unis et qui représente bien ce qui se passe chez un peu tout le monde. On a le business legacy historique que ce soit du broadcast linéaire ou du câble aux Etats-Unis ou du linéaire ici en Europe. On voit bien que c'est des business qui sont mis sous pression, qui sont challengés par d'autres modes de consommation, d'autres plateformes, etc. Et donc ce qui se passe, c'est que que ce soit chez Comcast NBC ou chez Warner, il y a un travail en fait où ils sont en train de splitter, de partager leurs assets et de mettre leurs assets legacy dans une société et leurs assets digitaux streaming dans une autre. Ce qui est important de savoir, c'est que ce que Netflix achète chez Warner, ce n'est pas le legacy business. C'est la partie digitale, donc c'est HBO Max et c'est la partie studio, donc il sort des films en salle.
- Speaker #0
Pardon de t'interrompre Marion, ce que tu appelles legacy, c'est quoi ? Ce n'est pas le catalogue justement ?
- Speaker #1
C'est historique, c'est le business initial de toutes ces boîtes-là. Donc toutes les chaînes du groupe Warner que tu connais, les Cartoon Network, toutes ces choses-là, sont dans cette autre entité. Et Netflix, ils ne veulent pas de ce truc-là. Ils l'ont dit pendant les earnings calls. Ils considèrent que c'est un boulet que d'avoir ça au pied. Ils ne se sont jamais cachés de le dire. Donc ça, ils n'en veulent pas. Ils veulent juste cette partie-là, un paramount sous David Ellison. Eux, ils proposent de racheter la totalité. Voilà, donc c'est un peu ça, juste pour mettre un peu le contexte. Pourquoi est-ce que Netflix fait ça ? Honnêtement, je n'en reviens pas. Je ne l'ai pas vu venir. C'est-à-dire que Netflix, ils n'ont pas fait d'acquisition, ou très peu, depuis leur création. C'est une boîte finalement assez petite, très agile, etc. Et ils étaient vraiment streaming, streaming. Tu le vois bien d'ailleurs dans la façon dont ils ne veulent pas sortir des films en salle, etc. J'ai un peu du mal à comprendre la logique. Ça me paraît très, très cher. On voit que... que ça leur fait beaucoup de mal ce qui se passe en ce moment, cette espèce de guerre. Et donc ils ont perdu, je crois, 25% de leur valuation en bourse. Je fais beaucoup de franglais. Et donc honnêtement, je ne sais pas pourquoi ils font ça. J'ai envie de dire que c'est plus pour les studios Warner que ça n'est pour HBO Max.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est vachement intéressant pour Warner là, pour le coup. Mais bon, on va voir. Oui, c'est peut-être les grandes licences aussi, etc. Je ne sais pas où capter un peu tout le marché.
- Speaker #1
Ils sont mauvais, alors j'espère que Netflix ne nous écoute pas. Mais ils ne savent pas produire de bons films, en fait. Soyons clairs, c'est une machine de production de séries de grande qualité, mais sur le cinéma, ils n'y arrivent pas. Donc effectivement, c'est pour les IP. Vous en parliez au début. Emmanuel, tu disais l'IP Koh-Lanta. Et je pense que c'est ça la prise de conscience. La valeur, elle est là. C'est là qu'il faut créer de la valeur. C'est autour de l'IP, ce qu'on appelle... finalement le programme, la marque du programme.
- Speaker #0
Oui, les franchises, etc. Peut-être que c'est ça qui les intéresse. Ça va être à suivre en tous les cas et 2026 va... En plus, le deal, bien que... Je crois que ça y est, ils ont repoussé Paramount, je crois. Ils vont se concentrer sur le deal vraiment Netflix. Et bon, ça va mettre 2-3 ans, je crois, à s'intégrer. Enfin, j'ai pas vu les dates, mais je crois que c'est quelque chose comme ça.
- Speaker #1
Honnêtement, avec ce qui se passe... aux Etats-Unis à l'heure actuelle, je ne saurais pas dire. Tout est possible. En tout cas, ils visent une approbation en Q3. Moi, je n'y crois pas du tout. Et puis là, Paramount a décidé de poursuivre en justice Warner Bros. C'est tout un truc terrible. Il y en a qui pensent que Netflix va se retirer, que Netflix n'a jamais vraiment voulu aller là, etc. À suivre.
- Speaker #0
OK, à suivre. Si on vient sur le marché français, Emmanuel, on peut dire que 2025, d'un point de vue... publicitaire, revenu publicitaire. Ça a beaucoup secoué. Alors ça a secoué un peu partout dans le monde, mais en France aussi. Toi qui parles quand même très souvent au patron des régies, est-ce que tu peux nous donner quelques chiffres, en tout cas quelques repères de cette année 2025 ? Et finalement, comment on va retrouver le chemin de la croissance ou comment en tout cas les régies espèrent retrouver le chemin de la croissance ?
- Speaker #2
Ouais, bonne question. En fait, la vraie question à se poser c'est, de toute façon, la télé mais la plupart des médias à part une partie du digital sont en baisse. Alors c'est plus ou moins accentué mais on va avoir le marché du business télé qui va être peu ou pro, on n'a pas les chiffres encore du Q4 officiel etc. Mais qui vont être aux alentours de moins 2. Voilà, mais qui est annuancé parce que d'un côté t'as des fortes progressions sur le streaming. C'est vrai que là-dessus il y a un énorme boulot, je trouve en tout cas de la part de toutes les chaînes de télé, avec tous les gros lancements qu'il y a eu courant 2024 on va dire, avec des croissances qui sont encore assez soutenues. Ça va être en fonction des régies entre plus 20 et plus 40, donc c'est quand même des grosses progressions, mais qui malheureusement ne compensent pas tout à fait la perte sur le linéaire. Et comme t'as encore... Aujourd'hui le streaming pèse, ça dépend des groupes mais... En gros, entre 12 et 15% des revenus, c'est sûr qu'il y a encore 88 à 85% des revenus qui sont publicitaires sur le linéaire. Donc quand le linéaire tousse un petit peu, forcément c'est plus difficile de compenser. Mais il n'empêche qu'il y a quand même une compensation partielle de la baisse. Donc ça, c'est déjà plutôt la bonne nouvelle. C'est toujours pareil, tu sais, quand tu es sur un moins 1, moins 2, est-ce qu'il faut s'alarmer à tout prix ? Peut-être pas, mais en tout cas, la question qu'on pose, ça va être le modèle économique, effectivement, dans le futur. Alors là, on peut sortir toutes les boules de cristal et je pense que c'est un peu tout le problème d'à peu près partout dans le monde. C'est effectivement quand tu es propriétaire d'une ou plusieurs chaînes de télévision linéaires, comment est-ce que tu arrives à faire cette transition dans un univers qui est en général beaucoup plus concurrentiel qu'est celui de la vidéo et qui est hyper protéiforme parce qu'effectivement tu as des concurrents directs comme des plateformes qui... Jusqu'à il y a encore 3 ou 4 ans, on avait dit « nous, jamais la pub » . Et en fait, tu te rends compte qu'ils sont tous sur des formats hybrides. Je pense à Netflix, à Disney, à Amazon. Bon, il y a ces acteurs-là. C'est un peu les nouveaux concurrents directs. Mais t'as aussi tout simplement toute la vidéo que tu peux trouver, notamment en social, qui vient aussi concurrencer ces formats-là. Là, la réponse, c'est quoi les différents leviers ? Le premier truc, on en a parlé juste avant, c'est de se dire effectivement, et là c'est un choix assez osé je trouve mais qui est quand même hyper positif, c'est de se dire j'ai des programmes qui sont forts et s'ils ne sont pas sur mes properties, c'est-à-dire mes chaînes ou mes plateformes, si je peux aller les distribuer ailleurs là où il y a des gros carrefours d'audience, on en a parlé, deal Amazon d'un côté, deal Netflix de l'autre, ça c'est déjà comment je... J'augmente mon bassin de gens qui sont exposés à mes programmes et donc la publicité que je monétise ou co-monétise. Donc ça, c'est déjà un premier truc. Le deuxième truc, c'est comment je valorise davantage mon impression publicitaire. Et là, c'est tous les deals de data qui ont été faits avec pas mal de régies, avec beaucoup de retailers, de data providers divers et variés pour justement dire...
- Speaker #0
Jusqu'à maintenant, le business de la télé linéaire depuis 50 ans, c'est vendre de la masse, c'est-à-dire sur du sociodémographique, hommes, femmes et puis des tranches d'âge. Et là, c'est de se dire qu'on peut aller au-delà de ça puisqu'on a un média, des leviers, on va appeler ça comme ça, qui sont adressables, donc sur lesquels on peut dire je décide de parler à ce foyer-là ou pas. Et là, effectivement, de pouvoir enrichir avec des données de comportement, d'intention, de constitution du foyer. Et c'est là qu'il faut avoir des... accords de data collaboration pour permettre d'enrichir et de dire en gros, je sais ce que tu regardes et en plus je sais qui tu es puisque j'ai les bons sets de data à disposition pour pouvoir cibler le dernier point, c'est simplifier l'accès à l'offre. Là tu vois toutes les dernières annonces des derniers mois sont très axées en tout cas sur la régie télé en France sur la simplification via la plateformisation de l'achat à télé simplifie. Donc c'est des sujets techniques très propres à nous, à nos métiers de gens de la pub Mais n'empêche que plus tu facilites et plus tu permets justement de la customisation, et plus ça permet aussi d'augmenter tes chances d'être dans le panier choisi par les annonceurs et les agences. Et puis le dernier point qui est quand même assez important, c'est le lobbying. On l'a vu la semaine dernière, pour des raisons exactes ou pas, peu importe, mais quand Lidl, qui est un énorme acteur de la télé, premier ou deuxième, tout dépend comment on compte, qui dit « pour plein de raisons, je ne reviendrai pas là-dessus, mais je vais arrêter d'être en télévision linéaire » , effectivement, notamment parce qu'ils ont été condamnés pour des raisons liées à la promotion, je passe le détail, ça soulève un sujet. La télé, encore une fois, est régulée d'une certaine manière, et là ça peut poser la question, je ne suis pas en train de dire qu'il faut tout libéraliser à fond, mais c'est vrai que ça peut poser des questions. notamment quand tu vois aujourd'hui le poids du digital et des GAFA dans le digital, sur lequel c'est vrai que les régulations ne sont pas du tout les mêmes par rapport à la télé. Effectivement, ça peut poser quand même des questions. Donc le lobbying, il est quand même super important aussi, parce qu'il y a certains marchés ou en tout cas des poches d'investissement qui ne vont pas naturellement vers la télé parce qu'il y a des restrictions.
- Speaker #1
Je vous encourage d'ailleurs, chers auditeurs, et vous aussi Marion et Emmanuel, je crois qu'Emmanuel tu l'as lu, mais allez... lire un des derniers postes de Nathalie Sonna qui a été à ce micro déjà deux fois et qui en parle justement très bien et la manière dont la publicité concourt à la démocratie parce qu'elle finance des chaînes etc. On en a déjà parlé dans ce podcast donc ne revenons pas dessus. Marion est-ce que tu as un avis sur cette question ? Est-ce que finalement les chaînes historiques peuvent espérer justement cette bascule là de revenus dont on parlait ou bien elles doivent trouver d'autres sortes de revenus tout simplement ?
- Speaker #2
Je vais faire la comparaison avec ce qu'on a vu. qu'on voit sur le marché américain avec le câble, ce qui serait peut-être l'équivalent de la télévision payante, où très clairement tout le monde roulait sur l'or et les clients payaient 100, 150, voire 200 dollars par mois pour accéder à beaucoup de choses qu'ils n'utilisaient pas forcément. Et il y a beaucoup de gens qui te disent « le dollar que tu gagnais il y a 20 ans se transforme en cents » . J'ai du mal à croire… qu'on va arriver à un moment où la bascule va se faire et finalement tout le monde gagnera autant d'argent. C'est juste que le mix sera non plus en faveur de la télévision linéaire, mais du digital. Donc la complexité c'est comment tu continues à opérer finalement et à produire autant de contenu avec ce niveau de service, etc. Avec une économie plus fragile qui sera peut-être une économie moindre. Moi j'ai du mal à voir ça. Comme le disait Emmanuel, les chiffres, je le confirme, même quand ils sont sur de la croissance à deux chiffres en digital, on est bien loin des chiffres de ce qu'on voit sur l'INEE. Donc très clairement, moi, je n'attendrai pas ça et je continuerai à faire ce que je les vois faire, qui est effectivement de la diversification un peu à tout va. Donc effectivement, ils doivent... avoir une super plateforme de streaming extrêmement distribuée, d'être innovant dans les formats qu'ils proposent. Je pense que, Emmanuel, tu parlais du TF1 Ad Manager, c'est un peu ça les annonces où on te facilite l'achat. Je pense qu'il faut qu'ils simplifient, à ceci près qu'effectivement, il y a un peu ces doubles mesures entre la télé et le digital sur la régulation à laquelle ils sont soumises. Mais je pense qu'il faut aller chercher d'autres poches de revenus. Donc, il y en a certains qui... vont un peu sur tout ce qui va être streaming premium payant. Donc, ils font l'inverse des streamers qui sont allés avec publicité. Ils vont sans publicité. ITV a lancé sa plateforme ITVX Premium depuis de longues années. Ça ne marche pas super bien sur leur environnement à eux, mais ils sont allés se mettre avec Amazon Prime Vidéo. Donc, il y a plein de revenus additionnels comme ça à aller chercher. Et ensuite, il faut aller sur YouTube. Il faut aller partout. Et là, très clairement, c'est fascinant de voir la réticence incroyable à aller sur des plateformes comme ça. Mais à un moment, il faut aller là où l'argent est et trouver une façon d'aller capter les audiences et l'argent qui a à se faire sur ces plateformes-là.
- Speaker #1
Oui, mais ça, ça veut dire baisser un peu les bras ou de dire, bon ben voilà, j'abdique.
- Speaker #2
Mais je ne sais pas. Est-ce que vraiment, c'est comme ça qu'il faut le voir ? Encore une fois, c'est du pragmatisme. Quand tu vois les chiffres de YouTube en termes de reach, de consommation quotidienne, alors oui, t'as envie de pas alimenter de tes contenus premium parce que t'as l'impression de nourrir le cheval de Troie qui va te détruire. Et en même temps, d'aucuns te diraient que peut-être que tu passes à côté complètement de certaines audiences et qu'il faut le faire. Moi, j'ai mon propre podcast et l'année dernière, j'ai interviewé beaucoup de broadcasters, que ce soit Channel 4 ou CBC ou BBC, studios qui parlaient justement de leur stratégie YouTube. On pourra peut-être mettre un lien dans vos show notes et qui montrent à quel point il n'y a pas de cannibalisation, à quel point c'est des revenus additionnels.
- Speaker #1
Certes. Si on parle... Je regarde le temps passer et je pense qu'il faut qu'on boucle un petit peu. Finalement, les plateformes vidéo, c'est avant tout des plateformes de contenu est ce qu'on peut imaginer on voit notamment que l'audio un par exemple pour rester dans ton exemple de youtube il ya beaucoup de gens qui mettent youtube pour écouter la musique qui laisse des clips voilà qui s'en sert vraiment comme une plateforme d'une certaine manière audio les podcasts passe également et ce podcast et le tien aussi le tient et les vidéos en plus mais ce podcast il est aussi disponible vk sur sur youtube est-ce que finalement le prochain challenge c'est pas enfin le prochain le pas challenger, mais le concurrent auquel YouTube s'attaque, ce n'est pas un Spotify. Est-ce que finalement, ce n'est pas Spotify qui pourrait être challengé même par YouTube comme une sorte de plateforme totale ?
- Speaker #2
C'est marrant que tu dis ça parce que moi, l'impression que j'ai de ces dernières années, c'est finalement, l'audio a eu du mal à faire sa mue sur la partie publicitaire. Emmanuel, si tu as des chiffres sur la monétisation de format audio, de podcast, etc., ça m'intéresse vachement. En fait, j'ai plutôt l'impression que c'est Spotify qui essaye d'aller sur la vidéo, là où il y a des gros sous, et que YouTube, eux, poursuivent de toute façon cette stratégie. Ils ont depuis toujours eu YouTube Music, il y a toujours eu énormément de contenu musique en dehors, sur le reste de la plateforme, etc. Donc j'ai plutôt l'impression que c'est YouTube qui joue sur tous les tableaux et Spotify qui essaie de jouer sa carte sur la vidéo. Est-ce que l'audio a du potentiel ? Oui, je pense qu'on le voit avec les chiffres radio, podcast, etc. Par contre, il y a un gros point d'interrogation sur la monétisation de ces univers-là. Ces dernières années, on a quand même vu des boîtes dans le podcast mettre la clé sous la porte, etc. Donc, il y a une question sur la monétisation de ces formats-là.
- Speaker #1
Manuel ?
- Speaker #0
Oui, très vrai. En fait, la question que tu poses, c'est est-ce qu'une plateforme veut devenir ce qu'on disait en 2000, un portail ?
- Speaker #1
Oui, c'est un peu ça.
- Speaker #0
Un portail sur lequel... On va trouver tout type de contenu, voire même tout type de service, etc. Mine de rien, c'est hyper personnel, mais ma croyance, c'est qu'on reste quand même, même s'il y a des diversifications, on reste quand même très attaché à une app ou une plateforme égale un usage ou une forme d'usage. Et je pense que c'est ça qui est difficile aussi, c'est de se dire « Je vais aller principalement trouver un nouveau contenu avec une grosse consommation personnelle sur une plateforme qui, à l'origine, fait autre chose » . Et je pense que là-dessus, ça demande quand même beaucoup de marketing pour pouvoir développer ça. Est-ce que le jeu de monétisation vaut la chandelle ? Effectivement, comme tu le dis Marion, c'est sûr qu'aujourd'hui on voit bien que tout le monde est concentré sur la vidéo aujourd'hui sous toutes ses formes, plutôt que sur les autres formats qui soient classiques IAB ou même audio.
- Speaker #1
Dans le genre grande plateforme unique ou portail, on va rester sur ce terme effectivement qui nous revoit quelques années en arrière, mais... J'aimerais qu'on parle du sport. Le sport, c'est peut-être l'un des derniers bastions qui justifie de regarder la télé en direct tous ensemble. C'est une expérience qui est capable de réunir le plus grand nombre au même moment. Je pense que ça doit encore figurer dans les top audiences de l'année 2025 pour les chaînes. Et pourtant, là encore, on a des acteurs, on va dire, gaffam digitaux. Pure player, on pourrait presque dire. Amazon avec les droits de Roland Garros ou de la Ligue 1 il y a quelques années. Il y a la NFL qui est sur YouTube et il y a même un influenceur qui s'appelle Zach Nani qui est un streamer Twitch et YouTuber qui a acheté lui-même les droits des matchs de l'équipe de France Espoir. de foot en partenariat avec Free, mais Free a juste donné un peu d'argent pour suivre la tendance, mais il n'y a pas de droits particuliers qui sont associés je crois, et qui diffuse également ce streamer le championnat de foot d'Arabie Saoudite. C'est quand même intéressant de voir que même ça on est en train de basculer aussi dans les usages. Marion qu'est-ce que ça raconte d'après toi des stratégies d'investissement comme ça et du futur des médias finalement ? Est-ce que c'est une tendance qu'on observe vraiment dans le monde entier ?
- Speaker #2
Oui, complètement. C'est-à-dire que, comme tu le disais, c'est un peu le dernier bastion. Ça et les news, finalement, ça a fait les très belles années de la télé. Ça continue à faire les très bonnes années de la télé. Par exemple, sur le marché anglais, on anticipe moins 2 cette année. Et certains disent que ça aurait été moins 6 s'il n'y avait pas eu les Jeux olympiques, s'il n'y avait pas la Coupe du monde à venir, etc., etc. Donc très clairement... Le sport, c'est vecteur de rassemblement et donc tout le monde veut avoir un peu de sport. Tout le monde est conscient du besoin d'avoir du sport pour être regardé, pour être consommé, etc. Même un TikTok qui vient d'acheter apparemment, qui est partenaire de la FIFA, on commence à voir effectivement pas mal de gens qui se positionnent aussi sur ne serait-ce que ce qu'on appelle les packages highlights. Donc c'est juste les extraits. Et on voit d'ailleurs que la valorisation de ce package-là commence à grossir. Alors, il y a deux choses. Sur le sport, la problématique, c'est que tout le monde en veut. Donc, il y a énormément de fragmentation, les prix montent, etc. Il y a un moment où ça ne tient plus. Et on l'a bien vu sur le marché français avec deux zones qui arrivent, qui achètent la Ligue 1. Finalement, l'équation économique, elle n'est pas là. il plie bagage, la Ligue 1 se retrouve les mains dans les poches et se dit « Oh là là, en huit semaines, il faut que je lance une plateforme de AZ. Cette plateforme sera-t-elle un jour rentable ? » Point d'interrogation, je n'ai pas la réponse, mais j'ai mon doute. Et il se passe des choses comme ça partout. Il se passe exactement la même chose avec deux zones en Belgique en ce moment. Donc, il y a une grosse problématique. Et ce qui se passe aussi, c'est qu'en même temps, les retours qu'on commence à avoir de pas mal de plateformes, c'est que ça commence à devenir dur. d'avoir l'attention des gens sur 90 minutes. Et donc là, je discutais avec quelqu'un qui travaille pour The Overlap. Je ne sais pas si vous savez ce que c'est. Pour le coup, c'est une chaîne YouTube. C'est un très bon exemple. C'est une chaîne YouTube. C'est Gary Neville, qui est donc un grand footballeur anglais qui est derrière ça avec plusieurs... Voilà, ils viennent de faire rentrer je ne sais quelle grosse boîte au capital. Et donc eux, tu vois, ce qu'ils viennent de récupérer, c'est les droits de la Bundesliga sur le marché anglais. La Bundesliga n'arrivait pas à vendre Donc, je pense que l'équation économique ne marchait pas pour les acteurs classiques Sky, Amazon, etc. Et donc, c'est eux qui ont pris ces droits-là. Et la Bundesliga s'est dit entre ne rien vendre et vendre quelque chose, j'y vais. Et ce qu'ils disaient, c'est ce qu'ils voient, c'est que le gros de la consommation ne se fait pas sur le match en question qu'ils diffuseront un vendredi soir, mais sur les shorts, sur tout ce qui va se passer autour finalement du match. Et donc là, il y a une espèce de grotesque avec la Coupe du Monde 2026 qui est de dire… Ça va être intéressant de voir si avec plus de matchs, mais des horaires compliqués, etc., est-ce qu'on va avoir les mêmes chiffres qu'au Qatar ou plus ou moins. Il y en a beaucoup qui disent qu'en fait c'est tout ce qui va être la conversation autour qui va avoir de plus en plus de valeur. Donc le sport n'est pas complètement immunisé et donc cette disruption que les acteurs historiques télé voient, le sport va le ressentir assez fortement.
- Speaker #1
Emmanuel, quel... Est-ce que les chaînes finalement perdent de l'argent à ne plus avoir ces droits-là ? Alors on avait reçu dans Vcast le responsable du sport sur France Télé qui nous avait dit que ça coûtait très cher mine de rien. Donc en réalité ils ne gagnent pas beaucoup d'argent avec les compétitions. Mais malgré tout est-ce que c'est quand même de l'audience potentielle et donc de la publicité et donc des revenus ?
- Speaker #0
Oui, voire tempère. Je ne vais pas dire de bêtises, je crois que c'est la première fois qu'M6 avait acquis la totalité des droits ça ne veut pas dire qu'ils ne vont pas revendre des matchs mais a acquis la totalité des droits de la Coupe du Monde de Foot qui historiquement depuis très très longtemps était chez TF1 donc à nouveau ça ne veut pas dire qu'il ne va pas y avoir un deal dans les prochaines semaines mais en tout cas oui ça pose une question d'équation économique après je pense que quand tu fais ça aussi en tant que chaîne c'est se dire je ne le fais pas que pour ça c'est-à-dire que tu vas aussi avoir potentiellement une... avant ou longue traîne, on va dire, avant-traine ou longue traîne sur la part de marché que tu pourrais négocier avec tes marques sur l'année. Effectivement, tu peux avoir des déclinaisons digitales assez créatives. C'est le moment de le faire aussi sur ce type de gros event. C'est un peu dans la continuité de ce que disait Marion sur le fait de créer des ventes. Le storytelling autour de ça, il y a beaucoup de gens qui suivent le foot, moi par exemple, qui ne suivent pas du tout le foot, mais qui potentiellement, parce que c'est le grand événement du moment, on se fait prendre au jeu. Les JO, il y a eu plein d'histoires assez géniales autour de ça, des gens qui ne s'intéressaient pas du tout à certains sports et qui sont intéressés au moins aux sportifs ou la sportive en question, parce qu'on leur a raconté, encore une fois, c'est du storytelling tout ça. Et je dis ça dans le bon sens. Donc je pense qu'il y a aussi une question d'image, ça c'est certain. Les déclinaisons potentielles notamment en digite, mais oui un événement comme une coupe du monde de foot aujourd'hui quand tu es un propriétaire de chaîne de télé tu réfléchis plus qu'à deux fois tes calculs parce que oui il y a des chances que même si tu monétises super bien et que ta régie fait un super travail de monétisation, il y a des chances que tu perdes de l'argent malgré tout. Donc ça pose la question aussi des droits sportifs sont-ils encore en ligne avec l'équation économique publicitaire ?
- Speaker #1
Eh bien, on va conclure là-dessus. Il reste peut-être un domaine qu'on n'a pas exploré qui est le jeu vidéo, mais on ne va pas en parler aujourd'hui puisqu'on fera un prochain épisode sur ce sujet, mais qui est également... Je voyais dans je ne sais plus quelle newsletter qui disait 2026 l'année du in-game advertising. À suivre, on en reparlera très prochainement. Merci beaucoup, Marion, d'avoir accepté l'invitation de Vcast. Merci également à toi, Emmanuel.
- Speaker #0
Merci à toi, Jérôme. Merci, Marion.
- Speaker #1
Bon ben voilà, vous l'avez compris, on a parlé et Marion nous a dit que c'était 2025 qui avait été l'année de YouTube. On a beaucoup parlé de YouTube dans cet épisode, mais on a également parlé de toutes ces grandes plateformes et également des bons accords finalement. On pourrait aller mettre le tampon sur le mouvement qu'ont fait les chaînes historiques avec justement ces grandes plateformes américaines. On a même parlé d'attention comme souvent en réalité dans Vcast, puisque in fine c'est vraiment de ça dont il s'agit. On continuera de vous en parler et de parler de comment les usages... conditionne finalement tout le paysage qu'on a autour de nous, de la communication, des médias et donc de la publicité. Et quant à vous, je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode de VKaz. D'ici là, mettez-nous des étoiles et des commentaires sur votre plateforme de podcast préférée. Ciao !