- Marine - Enboocle
Bienvenue dans le podcast « Vendre aussi en seconde main » . Vous êtes commerçant, artisan ou gérant de boutique ? Intégrer la seconde main c'est possible sans sacrifier vos marges ni votre style. Je suis Marine, fondatrice d'En Boucle. Ma mission c'est de vous accompagner vers des modèles plus durables en rendant la seconde main à la fois désirable et rentable. A chaque épisode, je vous emmène dans les coulisses du commerce de demain. Analyse de marché, retour d'expérience, interview de commerçants, d'experts ou même de clients. Objectif comprendre ce qui fonctionne, éviter les pièges et avancer pas à pas vers une offre hybride adaptée à vous. Si vous êtes particulier, bienvenue dans l'arrière-boutique de ceux qui innovent déjà. Et souvenez-vous, à chaque fois que vous exprimez votre besoin de seconde main, vous ouvrez la voie à de nouvelles pratiques. Bienvenue dans ce nouvel épisode ! Aujourd'hui j'avais envie de t'emmener voir la seconde main sous un autre angle. On parle souvent de seconde main soit dans des structures commerciales classiques, soit dans des grandes assos type Emmaüs. Mais la réalité, c'est qu'il y a plein de manières de faire avec différents modèles, cadres et valeurs. Dans cet épisode, j'ai invité Maud, la créatrice de La Tanière, une librairie associative née il y a deux ans. Un projet profondément engagé, militant, qui questionne notre manière de vendre et de consommer. Avec Maud, on a d'abord abordé son parcours et le concept de la librairie, puis la cohabitation très concrète entre livres neufs et livres de seconde main, et enfin les contradictions, parfois inconfortables, entre seconde main, soutien aux autoristes, aux maisons d'édition... et aux enjeux écologiques. N'oubliez pas, avant de lancer l'épisode, si ce podcast vous plaît ou si vous venez de le découvrir, je vous invite à laisser un avis sur Apple Podcasts ou Spotify. C'est tout simple, mais ça m'aide énormément à le faire connaître et ça m'encourage à continuer cette aventure avec vous. Bonne écoute ! Bonjour Maud, merci d'avoir accepté mon invitation sur le podcast.
- Maud - La Tanière
Bonjour Marine, merci de m'avoir invitée.
- Marine - Enboocle
Alors dans un premier temps, est-ce que tu pourrais te présenter et nous raconter ton parcours avant l'ouverture de la librairie ?
- Maud - La Tanière
Oui, alors moi je m'appelle Maud, j'ai 32 ans. Je suis lyonnaise en ce moment, donc je fais la librairie latinière depuis deux ans. Mais avant ça, moi j'avais démarré dans des études qui n'avaient rien à voir. J'avais d'abord commencé par des études en finance puis en marketing. J'y étais allée vraiment pas par goût ou passion mais parce que c'est ce vers quoi on me poussait en fait. Donc finalement j'ai travaillé un ou deux ans en marketing et je me suis éloignée de ça parce que ça m'a, je pourrais dire complètement dégoûtée. Donc j'ai ensuite fait plusieurs petits boulots, si on peut appeler ça comme ça. J'ai notamment travaillé au Biristan, c'est un bar en autogestion, où c'est une quinzaine de salariés qui n'ont pas de chef et qui vont se répartir les responsabilités entre elles et eux. Et en fait, ça fonctionnait très très bien. Donc ça m'a inspirée pour moi à monter ma propre association, mon propre commerce, on peut dire aussi. Ça m'a inspirée sur des fonctionnements dans le militantisme, dans la manière de faire. pour se rencontrer entre différentes personnes, pour faire de l'échange. Donc j'ai toujours été très attirée par comprendre comment les autres pensent, pourquoi ils pensent comme ça. Donc j'avais envie de faire un lieu comme ça qui puisse permettre ça. Donc c'est comme ça, petit à petit, sur dix ans on peut dire, que j'en suis venue à ouvrir une librairie associative. Super ! Et du coup, est-ce que justement tu peux nous présenter la librairie ? Alors la librairie, c'est une librairie indépendante, associative et militante. Au départ, pour tout dire, j'avais voulu faire un café culturel. Le projet, en fait, on a mis quatre ans à l'ouvrir. Donc c'est sur ces quatre ans-là qu'on a réfléchi et qu'on a dérivé en librairie. Donc si je dis ça, c'est pour dire vraiment que la librairie, l'objectif, ce n'est pas juste de vendre des livres et de rendre la lecture accessible à tout le monde. C'est surtout de permettre aux personnes de discuter entre elles et de permettre aussi aux personnes de s'exprimer et d'exister dans l'espace public, d'exister dans le quartier pour les autres. Ça, c'est, je dirais, l'objectif général. concrètes, comment ça se traduit. On a une partie vente de livres, donc on vend des livres neufs et des livres d'occasion sur tous les sujets pour tous les types de personnes. On en a pour les enfants, pour les jeunes, on a des sciences sociales, la poésie, du roman, on a de tout. Et on a toute une partie associative qui est liée aux événements surtout. À la fois, on travaille avec les structures du quartier, les écoles, les centres sociaux. On va faire des animations pour les enfants, des petits ateliers. Et puis, on a aussi qui sont toujours gratuits pour les personnes qui viennent.
- Marine - Enboocle
Trop bien. Et quand vous avez créé la librairie, pourquoi vous avez choisi le statut d'association et pas le statut plus classique des entreprises, des commerces qu'on trouve d'habitude ?
- Maud - La Tanière
Alors ça c'est une question que plusieurs personnes me l'ont posée, mais pour nous ça nous a paru évident dès le départ. Le côté association en fait déjà c'était l'objectif de pourquoi on ouvrait ce lieu. Nous l'objectif c'est de faire du lien social, c'est pas de faire de l'argent, de récupérer du bénéfice. Donc déjà, le modèle associatif nous apporte ça, que ce soit du point de vue des habitants et des habitantes. Quand tu vois que c'est associatif... Ils savent que ce n'est pas une structure qui sert à se faire de l'argent sur leur dos. Déjà, ça garantit qu'on va utiliser l'argent seulement dans un but associatif. Évidemment, la structure commerce n'allait pas du tout être adaptée avec tout ce qu'on avait envie de mettre en place de manière associative, comme les événements et tout. Et ensuite, ce qui est lié à ça, il y a le fait qu'on n'avait pas du tout envie d'avoir une relation commerçant-client. On avait envie d'être amis avec les personnes qui fréquentent la librairie. Et puis, on n'avait pas envie d'avoir des réflexes comme « Ah, ça ne va pas si un client regarde trop longtemps un livre » ou « C'est gênant que les personnes consultent » ou « Reste trop longtemps dans la librairie si c'est pour ne pas consommer » parce qu'en fait, j'ai oublié de dire, mais on a une partie café. Et donc, on avait envie que les personnes… qu'il y ait une grande perméabilité entre le lieu et les habitantes et les habitants. D'ailleurs, ça s'est fait assez rapidement parce que nous, on est dans un quartier politique de la ville. Ça va être un quartier où il y a beaucoup de personnes… qui ont un faible pouvoir d'achat, et notamment beaucoup de personnes retraitées, donc qui se retrouvent dans la solitude. Donc en fait il y a beaucoup de personnes qui fréquentent la librairie, qui vont rester trois heures l'après-midi discuter avec nous, mais qui ne vont pas forcément consommer une boisson. Et nous d'ailleurs les boissons sinon on les a mis à prix libre, donc elles peuvent aussi donner 20 centimes pour avoir un café, il n'y a pas de problème. Plus que ça en fait, on voulait surtout que les personnes puissent s'emparer du lieu. Et ça depuis deux ans qu'on a ouvert, ça se fait beaucoup. Il y a des personnes, là on a une personne par exemple, une bénévole qui a proposé de faire des ateliers d'écriture tous les mardis soirs. Donc ça, ça se fait. Il y a une personne qui fait des cafés philo régulièrement. En fait, ça permet... Je dis les personnes qui fréquentent le lieu parce qu'il y a à la fois des adhérents et des adhérentes, à la fois les habitantes et les habitants du quartier. Il y a aussi les clients des fois qui viennent à des événements. En fait, c'est un peu... Les personnes qui fréquentent le lieu, c'est différentes personnes avec différents objectifs. Ce truc de s'emparer du lieu, les personnes vont s'encourager entre elles. Donc il y en a une qui va proposer un atelier, ça va donner envie à une autre de faire un autre atelier, un autre type d'atelier. Et en fait, du coup, le lieu va s'auto-alimenter. Moi, assez rapidement, je dirais peut-être au bout de 6-8 mois, j'ai eu l'impression que tout d'un coup la librairie avait sa propre personnalité et qu'elle roulait toute seule tout d'un coup. J'ai eu l'impression que ce n'était plus moi qui étais en train de diriger la librairie, mais que c'est elle-même qui s'auto-gère en fait. Ce but-là de casser la relation commerçante-cliente, c'est par rapport au fait que librairie, ça fait un peu lieu d'intellectuel. Et nous, on n'avait pas envie de ça, on voulait que ce soit un lieu d'échange. Donc le côté associatif fait que beaucoup plus facilement, on se dit je vais venir pour discuter et pas je vais venir pour parler de livres de grands auteurs classiques. Ça casse un peu ce truc-là aussi. Sinon, il y a tout ce qui est lié au modèle économique. Donc nous, ce que je disais par rapport au quartier politique de la ville... On sait d'avance que ce sont des personnes qui n'auront pas assez d'argent pour nous payer beaucoup de livres neufs qui nous permettront, nous, de faire tourner la librairie et nos salariés. Donc forcément, il fallait qu'on ait d'autres rentrées d'argent. Donc ça va être les subventions. Notre modèle économique, c'est une petite partie subvention, une partie vente de livres et une partie dons.
- Marine - Enboocle
Ok, trop bien. Du coup, tu as déjà répondu à ma question sur le modèle économique.
- Maud - La Tanière
Tu peux donner plus de chiffres si tu veux savoir plus détaillé.
- Marine - Enboocle
Je veux bien en savoir un peu plus. Et notamment, peut-être si tu peux nous expliquer un petit peu, parce que tu nous as dit qu'il y avait des salariés. Et notamment, est-ce que toi, t'es salarié de cette association ? Enfin, nous dire un peu le nombre de salariés pour qu'on ait une petite vision d'ensemble de l'asso.
- Maud - La Tanière
Là, ça fait pile deux ans, parce que c'était en janvier 2023, le 12 janvier qu'on avait ouvert. Donc ça fait pile deux ans. On n'a salarié personne pendant deux ans. Et là, on va embaucher mon collègue qui est aussi mon compagnon. avec qui on a ouvert la librairie, on va le prendre à mi-temps. Et l'objectif, c'est de m'embaucher aussi plus tard. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. En fait, moi, j'avais mon chômage qui vient de s'arrêter là. C'est là où on commence à se poser des questions. Est-ce que je vais peut-être travailler à mi-temps à côté ? Enfin voilà, c'est des questions qu'on se pose. On veut au moins pérenniser un poste et on verra par la suite. Tout se fait petit à petit en fait parce qu'aussi ça dépend des subventions. Et là, par exemple, il y a eu des énormes coups. coupes budgétaires par le gouvernement macroniste depuis deux ans. Donc en fait, ça, par exemple, nous, ça joue directement sur ces questions-là. Est-ce qu'on va s'embaucher ou pas ?
- Marine - Enboocle
Ok, ça marche. Merci beaucoup d'avoir répondu puisque, effectivement, ça nous permet quand même d'un peu mieux comprendre la structure de l'association et c'est important, effectivement, de dire qu'il y a des questions qui se posent dans la rémunération et que ce n'est pas forcément évident.
- Maud - La Tanière
Du coup, oui, et les subventions, donc en fait, on a eu 7000 euros en 2025 et 7000 euros en 2024. Donc, ce n'est pas énorme dans le sens où ça ne permet pas de financer un poste. Et nous, pour l'instant, les ventes de livres nous permettent de financer tout ce qu'on appelle les charges fixes. Donc en gros, le loyer, l'électricité, tous les abonnements et les charges d'achat de livres, mais pas un salarié.
- Marine - Enboocle
Eh oui, je vois, je vois. Eh bien, merci beaucoup pour toutes ces informations. Maintenant, je vais te poser des questions un petit peu plus sur le modèle de vente que vous faites, donc sur la vente de neuf et de seconde main. Donc ma première question, ça va être, est-ce que tu peux nous présenter le modèle que vous avez choisi, vous ? Votre répartition un peu de neuf et d'occasion, depuis le début, comment ça a évolué, etc.
- Maud - La Tanière
Alors nous, il faut savoir qu'on n'avait pas fait un choix éclairé là-dessus. Ça nous a semblé un peu logique dès le départ et ensuite ça s'est mis en place petit à petit, sans qu'on décide vraiment. On a ouvert seulement il y a deux ans. La mode des livres d'occasion dans les librairies était déjà apparue. Donc en fait, nous, on était dans une continuité. Nos mentors, c'est la librairie Terre des Livres qui est vers l'Université Lyon 2. Là, ils viennent de tout rénover justement, mais en fait, ils avaient un premier étage entier de livres d'occasion et le rez-de-chaussée entier de livres neufs. Et nous, on trouvait ça bien pour permettre aux personnes d'avoir le choix entre les deux. Donc on s'est dit qu'on allait faire pareil. mais tout mélanger. Nous, on n'a pas envie qu'il y ait l'étage où tu vas chercher des occasions et où c'est le bazar. Enfin voilà, il est neuf tout bien rangé en bas. On voulait qu'il n'y ait plus d'hier. Dès le départ, dans notre librairie, tout est mélangé, mais ça se repère assez facilement. On a vraiment trié par rayons, par thème. On a une étagère, par exemple, sur la science-fiction. Il va y avoir environ la moitié des rayons qui vont être en neuf et la moitié des rayons qui vont être en occasion. Et les occasions, on les repère. Nous, on met des gommettes jaunes avec le prix dessus. Donc en fait, ça se voit. Et dans notre librairie, par rayon, on va organiser un peu différemment à chaque fois. Donc par exemple, si tu vas dans les sciences sociales, on a beaucoup moins de livres d'occasion en sciences sociales et on peut être moins pointilleux les livres d'occasion. On va moins les choisir en fait parce que comme on nous les apporte, on va juste regarder si c'est dans notre ligne éditoriale. Il faut savoir qu'on a quand même une ligne éditoriale qui est assez forte. On ne va pas accepter tous les livres qui peuvent contenir des discriminations ou qui peuvent mettre mal à l'aise. certaines personnes, certaines communautés. Nous, on veut faire en sorte que chaque personne qui lise n'importe quel livre de la librairie se sente bien en le lisant. Donc du coup, par exemple, dans les sciences sociales, ça va être plus difficile d'avoir des livres d'occasion parce qu'il faut déjà que des personnes n'aient pas envie de garder un livre de sciences sociales en livre d'occasion. En fait, c'est plus rare. Souvent, les livres, par exemple, les polifiés, les romans, on va plus facilement les donner. Alors qu'un livre de sciences sociales, une fois qu'on l'a acheté, on a envie de le reconsulter cinq ans après. C'est moins un livre qu'on va donner. Donc en fait, ça, ça va jouer sur notre gestion. On nous donne beaucoup plus de livres policiers. Donc on va faire une sélection plus particulière là-dessus et on peut proposer des rayons entiers de policiers en occasion. Alors que sciences sociales, ça va être une sélection beaucoup plus fine et on en aura beaucoup moins. Le ratio en chiffres, il faut que je donne deux chiffres. Il y a en chiffre d'affaires et il y a en nombre de ventes. parce que comme les livres neufs sont beaucoup plus chers que les livres d'occasion, parce que les livres d'occasion, on va les vendre nous de 3 euros en moyenne, entre 2 et 5 euros je dirais. Les livres neufs, on va les vendre entre 10 et 25 euros, donc c'est pas la même chose. En chiffre d'affaires en 2025, les livres d'occasion ça fait 12% de notre chiffre, alors qu'en nombre de ventes, ça fait 30%. Donc il y a presque un tiers de nos ventes qui sont des livres d'occasion, mais en chiffre d'affaires ça fait que 1,10. Et du coup ça veut dire que vous vendez quand même majoritairement des livres neufs ? Oui, et ça c'est dû aux rencontres déjà, parce que comme on fait des rencontres avec des auteurs et des autrices, eux ils vont vendre leurs livres au neuf. Ça va être leur nouveauté en fait. Et c'est aussi dû à Chez mon libraire, c'est des associations de libraires indépendants qui se sont mis ensemble pour faire face à la concurrence de grands groupes comme la FNAC, De Citre et tout. Leur objectif c'est de permettre aux habitants et habitantes d'une certaine ville de trouver facilement dans quelle librairie le livre qu'ils recherchent est disponible. un nom de livre et ça leur dit soit votre livre est disponible dans telle librairie, soit ils peuvent aussi dire je vais commander le livre dans la librairie la plus proche de chez moi. Et eux, je ne dirais pas qu'ils sont contre les livres d'occasion, mais en fait comme leur objectif c'est de mettre en avant les éditions et les librairies indépendantes, ils sont obligés de valoriser le neuf. Ils ne peuvent pas valoriser parce que les livres d'occasion, ça ne va pas mettre en avant les auteurs qui sortent des nouveautés. Ça ne va pas mettre en avant les librairies indépendantes qu'on achète leurs livres neufs. Enfin voilà, donc c'est ça. Et du coup, chez mon libraire, ça fait que d'un coup, ça a augmenté nos ventes de neufs. Et d'ailleurs, si je te dis l'écart, en 2024, on avait 22% de nos ventes de chiffre d'affaires qui étaient en occasion, alors que maintenant, c'est 12%. Et le nombre de ventes, c'était 42% de nos ventes, alors que maintenant, c'est 30%.
- Marine - Enboocle
Et du coup, juste pour le fonctionnement de chez mon libraire, vous, ça veut dire que vous faites partie de cette association de libraires indépendants ?
- Maud - La Tanière
Oui.
- Marine - Enboocle
Ok. Et ça marche comment ? Ça veut dire que vous devez mettre votre base de données à jour en permanence pour que les habitants de Lyon sachent que vous avez des livres en stock, c'est ça ?
- Maud - La Tanière
Oui, c'est ça. En fait, nous, on n'a rien à faire. On a un logiciel qui nous sert à faire nos ventes et notre gestion de stock. Et ce logiciel est connecté au site chez mon libraire. Donc en fait, quand on fait des ventes, ça met à jour notre stock automatiquement sur chez mon libraire.
- Marine - Enboocle
Ok, hyper intéressant.
- Maud - La Tanière
Tu peux en profiter même pour les remercier d'exister parce que ça nous a vraiment augmenté nos ventes.
- Marine - Enboocle
Ça a permis aux gens de vous trouver plus facilement parce qu'ils ne savaient peut-être pas forcément que vous étiez installés. Dans quelle dimension ça vous a aidé ?
- Maud - La Tanière
On a beaucoup posé la question au plus aux personnes, donc on sait. Déjà, je dis, on l'a que depuis mai 2025. Donc en fait, on a fait un an et demi sans avoir chez mon libraire avant de l'avoir, donc pour pouvoir se rendre compte. On a vraiment vu la différence. ça permet à des personnes qui habitent depuis longtemps dans le quartier, elles ne vont pas être forcément au courant que de nouveaux commerces arrivent. Et le jour où elles vont aller chercher un livre sur Chez mon libraire, en fait, elles vont nous découvrir. Parce qu'on ne va pas tout le temps vérifier sur map est-ce qu'il y a une librairie qui est ouverte dans mon quartier ? Et en plus de ça, nous ce qui se passe, c'est qu'il n'y avait pas eu de librairie depuis 15 ans dans le quartier et presque dans l'arrondissement même. En fait, nous, dans le 8e arrondissement de Lyon, il y a 80 000 personnes et il n'y a qu'une seule librairie qui était un peu historique. qui étaient situés tout au nord de l'arrondissement, plus en allant vers le centre-ville de Lyon. Et sinon, tout le sud du 8e, il n'y avait vraiment aucune librairie. Donc ça fait quasiment, je ne sais pas si je fais un calcul à la louche, 60 000 ou 65 000 personnes qui n'avaient pas de librairie dans leur quartier. Donc depuis plus de 15 ans. Donc ça veut dire des personnes qui ont pris d'autres habitudes. Soit ils ont l'habitude d'aller à La Pardieu, à La Fnac, dans d'autres librairies, sur Internet, sur Amazon. même au Super U. Super U, Carrefour, il y a des librairies. Ce n'est pas la même section que nous, mais il y en a. Donc en fait, nous, il faut qu'on se fasse connaître, mais aussi qu'on casse les habitudes des gens sur certains sujets, notamment sur les commandes en ligne. Et du coup, chez mon libraire, ça permet de commander en ligne.
- Marine - Enboocle
Mais d'aller le récupérer en physique chez un libraire.
- Maud - La Tanière
Oui.
- Marine - Enboocle
Trop bien. Bon, écoute, super intéressant et tant mieux si ça peut aider la librairie à fonctionner. Du coup, pourquoi vous avez choisi d'intégrer de la vente de seconde main dès le début de l'ouverture de la librairie ?
- Maud - La Tanière
Déjà parce que nous on est dans un quartier politique de la ville. Donc on savait d'avance que quand on n'a pas les moyens, on ne va clairement pas aller s'acheter un livre pour 25 euros. Ça paraît quand même très très cher juste pour lire un livre. Et donc avoir des livres à 2-3 euros, ça nous paraissait vraiment logique. Après, petit à petit, on s'est rendu compte à quel public ça répondait. Le neuf ou l'occasion répondent à des besoins différents. Mais une même personne va souvent acheter les deux. Par exemple, les personnes à la retraite, on en a beaucoup dans le quartier. Ce sont des personnes qui ont beaucoup de temps, donc qui vont avoir le temps de beaucoup lire, mais qui n'ont pas forcément les moyens d'acheter. Si elles lisent 3 ou 4 livres par semaine, elles ne vont pas acheter tous leurs livres à 20 euros. Du coup, ce sont des personnes qui vont lire beaucoup de policiers. Petit à petit, en fonction des personnes qui venaient beaucoup, on a fait grossir des rayons. C'est comme ça que certains rayons prennent beaucoup de temps. de place. Mais ces personnes-là, si elles ont envie d'offrir des cadeaux dans leur famille, là, elles vont plutôt acheter un œuf. Ça nous a paru évident que ça allait répondre à plusieurs besoins différents. Il y a aussi les étudiants de l'université, si leur professeur leur donne une recommandation d'un livre de recherche, ils vont forcément devoir le prendre en œuf parce que souvent, ça se trouve rarement en occasion. Mais par contre, s'ils ont envie de lire des vieux auteurs pour un peu revoir leur base et tout, là, ils vont facilement pouvoir le trouver en occasion. En fait, on s'est rendu compte très rapidement que ça répondait à différents besoins. Comme je disais tout à l'heure, on s'est aussi basé sur des librairies existantes qui nous ont servi de mentors, comme nous, la librairie Terre des Livres. Et puis il y a une autre librairie qui a ouvert presque en même temps que nous, qui fait aussi du neuf et de l'occasion, c'est à Villeurbanne. Ça s'appelle le Carbon Café. Donc en fait, on était plusieurs un peu à se faire cette réflexion-là, que les deux s'entretiennent en fait. Ils ne vont pas forcément venir en opposition. ils peuvent s'enrichir entre eux aussi.
- Marine - Enboocle
Effectivement. Je trouve ça hyper intéressant parce que c'est vrai que c'est assez développé et accepté, alors peut-être pas par tout le monde, mais dans le milieu du livre, et c'est quelque chose qui arrive petit à petit dans les autres domaines. Alors, dans le domaine de la mode, c'est aussi plutôt bien ancré maintenant, mais dans d'autres domaines comme les jeux ou la décoration, ça arrive petit à petit. Mais c'est vrai que le livre, ils sont déjà bien avancés sur cette dualité entre neuf et seconde main.
- Maud - La Tanière
Oui, puis en fait, le livre, ça a vraiment... toujours existé avec les bouquinistes. C'est quand même quelque chose de très implanté historiquement, la vente de livres d'occasion.
- Marine - Enboocle
Hyper intéressant. Maintenant, on va s'axer un petit peu plus au niveau de votre sourcing. Du coup, toi dans la librairie, comment s'organise votre sourcing, que ce soit pour la seconde main ou pour le neuf ?
- Maud - La Tanière
Alors, pour le neuf, ça c'est nous qui avons construit notre propre fonds au départ, en se basant sur nos propres connaissances, en écoutant des podcasts. En fait, dès qu'on lit un livre, le livre fait référence à d'autres livres. Donc quand on lit beaucoup, ça vient assez vite de construire un fonds qui soit sur... plusieurs thèmes. Moi, j'étais vraiment spécialisée sciences sociales au départ, mais j'ai pu élargir petit à petit. On s'est aussi basé sur des conseils d'autres librairies. J'ai parlé de Terre des Livres, du Café Carbone. En fait, il y en a plein. On a fait des tours de librairie au départ. Je pense à Vagalume aussi, qui est une librairie spécialisée dans le fonds enfant. Donc, on est allé voir un peu chez les autres au départ. Il y a beaucoup d'entraide entre librairies. On ne se ressent pas en tant que concurrence. Et puis, comme c'est une librairie aussi militante en même temps, on a du réseau avec beaucoup de collectifs militants. Quand je dis militant, c'est vraiment sur tous les sujets en même temps. Collectifs militants et associatifs. Donc, ils nous ont donné leurs propres fonds, leurs propres ressources. Et on enrichit petit à petit. Il y a pas mal de personnes... Par exemple, là, on est en train d'enrichir notre rayon antivalidisme parce qu'on n'avait même pas une dizaine d'ouvrages dans ce rayon-là. Et donc, petit à petit, on va aller demander à des associations qui vont nous dire... « Ah ben, il y a ce livre qui est quand même une ressource qu'il faut absolument avoir sur ce sujet-là. » En fait, on avance comme ça petit à petit. Donc là, en deux ans, on a quand même réussi à enrichir pas mal un peu tous nos rayons. Et pour ce qui est des livres d'occasion, donc là, c'est plus une sélection par nous-mêmes. Parce qu'en fait, le 9, on va vraiment sélectionner. On va connaître les éditions indépendantes qui correspondent à notre ligne éditoriale. On va connaître les auteurs et les autrices. On se base sur des collectifs qui nous font des recommandations. Donc, c'est vraiment une sélection fine. C'est plus du tout le cas. Nous, on ne va pas acheter les occasions parce qu'en fait, depuis le départ, même avant l'ouverture de la librairie, quand on avait annoncé qu'on allait bientôt ouvrir, il y avait déjà des personnes qui commençaient à nous apporter leurs livres en fait. Il y a vraiment des gens qui ont beaucoup de livres à donner dans le quartier. Je pense qu'on nous en apporte plus de 200 par semaine globalement. C'est beaucoup de policiers et de romans comme je le disais mais... Franchement, il y a vraiment de tout. Et donc sur les livres d'occasion, on a tout un processus. C'est qu'on va les trier. S'il y a des auteurs qui ne correspondent pas, soit on les donne à Emmaüs, soit des fois ils sont trop abîmés, on les met à la déchetterie. Donc voilà, on fait un premier tri. Ensuite, on les nettoie, parce que souvent ils sont très poussiéreux. On met un prix, on les enregistre dans notre base de données et ensuite on les met en valeur dans un rayon. Et je précise ça parce qu'en fait, il y a beaucoup de livres qu'on a mais qu'on ne va pas forcément mettre en rayon. Donc des fois, il va y avoir des personnes qui vont arriver et qui vont nous dire « qu'est-ce que vous avez comme livre sur la couture ? » En fait, on ne les avait pas mis en rayon, mais on a des stocks qui sont en arrière boutique. Ça, c'est vraiment pour dire que les livres d'occasion, on ne les choisit pas, mais on les classe et ensuite on voit en fonction des demandes des personnes. Tout ce qui est le plus demandé, on va le mettre en avant dans la boutique et tout ce qui est demande très spécifique, on va plus le mettre en arrière. on vous rappellera un jour dès qu'on retrouvera ce que vous avez demandé. Donc voilà, des fois, on les rappelle au bout de six mois en disant « Ah, vous vouliez tel auteur ? Ça y est, on nous l'a apporté. » Et puis sinon, quand nous, on trouve qu'il nous manque quelque chose, par exemple, à un moment, il nous a manqué des livres enfants. Parce que les livres enfants d'occasion, ça fonctionne très très bien, surtout pour les enfants en bas âge parce qu'en fait, ils abîment très vite les livres. Donc ça veut dire des livres abîmés, ça veut dire qu'ils ne peuvent pas être redonnés pour en faire de l'occasion. Et en plus, ça veut dire qu'il faut les remplacer, donc en racheter. d'occasion. Donc en fait, c'est très difficile de se construire un stock de livres d'occasion pour les moins de trois ans. Donc ça par exemple, comme il y a souvent des personnes qui nous apportent des livres ou qui nous demandent est-ce que ça vous intéresse qu'on vous apporte des livres ? Pendant un ou deux mois, on a dit à tout le monde on a absolument besoin de livres enfants et en fait, on a pu voir les répercussions de cette petite campagne deux ou trois mois après. Tout d'un coup, on nous en a apporté énormément. Une fois que les gens ont trié chez eux, D'un coup, il nous a apporté beaucoup de livres en fond. Donc pour l'instant, on n'a pas eu besoin de faire plus que ça. En fait, ça se fait assez naturellement.
- Marine - Enboocle
Ok. Et juste pour être bien sûr, donc là, en fait, les livres, ils vous sont vraiment donnés. Vous, il n'y a pas d'échange d'argent en retour, on est d'accord ?
- Maud - La Tanière
Oui, c'est ça.
- Marine - Enboocle
Ça marche. Et donc après, tu nous disais, tous les livres d'occasion ne sont pas mis en rayon. S'il y en a qui sont gardés en réserve, est-ce que vous avez un temps où vous les gardez ou est-ce que vous les gardez indéfiniment jusqu'à ce qu'un jour, quelqu'un vienne demander les livres que vous avez en réserve ?
- Maud - La Tanière
Tu demandes ça comme si notre réserve était très bien rangée, ça me fait bien rire. On ne peut pas savoir si un livre est là depuis plus de deux ans ou pas en vrai. Comme je disais, on reçoit plus de 200 livres par semaine. Sauf que nous le local, en espace de vente, on a 40 m² et puis on a 35-40 m² de stock. Donc en fait, l'espace est déjà rempli. Et plus on en apporte, plus ça en rajoute dans cet espace-là. Donc ça va plutôt être quand vraiment on a l'impression que certains livres nous encombrent. Par exemple, on nous avait ramené des vieux, vieux livres France Loisirs. C'est des grands formats, les gens ne les veulent pas forcément, il n'y a pas forcément écrit le nom de l'édition. En fait, c'est des livres qui sont mal vus, qui ne sont jamais pris par les gens. C'est ça où on se dit « Ah, ça, ça commence à nous encombrer. Petit à petit, on va s'en débarrasser d'une manière ou d'une autre. » On avait lancé une grande braderie aussi l'année dernière. Mais en fait, ce n'est pas un nécessité. On n'a plus d'espace. Qu'est-ce qu'ils veulent moins ? Qu'est-ce qu'on a laissé là depuis trop longtemps ? On va l'enlever.
- Marine - Enboocle
Ok, ça marche. Bon bah très bien, ça répond à ma question du coup. Comment vous faites pour déterminer vos prix de vente des livres d'occasion ?
- Maud - La Tanière
Nous ce qui comptait vraiment... Parce qu'il y a plusieurs manières de le faire ça, c'est vraiment une bonne question. Nous ce qu'on voulait, c'est que ça corresponde à l'objet en fait. Que quand j'ai un objet dans la main, je me dis « Ah ce livre, je lui donnerais 2-3 euros » . Mais on a des vrais critères. Mais je veux dire déjà, on fait le choix de pas forcément se baser sur la rareté du livre pour mettre le prix. On a trois grands critères. Déjà on regarde l'état. s'il est plus ou moins abîmé. Ensuite, on regarde l'ancienneté et ensuite, on regarde le prix du livre neuf. Et je dirais même, on regarde le prix du neuf le moins cher. Par exemple, si le livre est sorti en grand format et en format poche, nous, on a le livre d'occasion grand format. En fait, on va se baser sur le prix du livre neuf petit format parce que sinon, en fait, si on se base sur le livre grand format, il valait 25 euros. Quand on va le vendre d'occasion, il faut que ce soit intéressant pour les gens. Il faut qu'ils vivent. J'ai plus d'intérêt à prendre ce livre d'occasion qu'à prendre le poche neuf. Donc oui, voilà, état, ancienneté et prix du livre neuf, mais pas vraiment la rareté. Ça nous inspire pas parce que sinon tous nos livres de sciences sociales d'occasion seraient beaucoup trop chers. Alors qu'on veut justement que ce soit accessible. Ça marche.
- Marine - Enboocle
Ensuite, prochaine question, c'est quels sont les retours de vos membres depuis que la librairie a ouvert ?
- Maud - La Tanière
Alors nous, c'est particulier parce qu'on a vraiment ouvert dans un quartier où déjà je disais, il n'y avait pas de librairie depuis 15 ans. Mais aussi, il y a un problème de lieux d'échange. Il n'y a pas beaucoup de lieux d'échange. Il n'y a pas beaucoup de subventions qui sont données aux associations. Tout ça pour dire qu'il y avait un dynamisme associatif et même commerçant qui était assez faible. Donc nous, quand on est arrivé, ça a vraiment eu un effet auprès des habitantes et habitants qui a été « Waouh, c'est incroyable ! » « C'est vraiment super que vous soyez ici ! » En fait, on a eu un échec, on a même trop de reconnaissance. par rapport à ce qu'on faisait. On l'aurait fait dans un autre quartier, on n'aurait pas eu autant de reconnaissance. Mais qui était dû au fait que justement il y avait peu de structures de ce genre-là qui étaient ouvertes dans le quartier. Mais du coup on a eu un accueil incroyable. Tout le monde est venu nous remercier chaleureusement. C'est pour ça que je disais, on nous a tout de suite apporté des livres et comment on peut vous aider. En fait ça a été directement un accueil incroyable.
- Marine - Enboocle
Oui ils étaient contents qu'il y ait quelque chose de nouveau qui vienne s'ouvrir proche de chez eux. Alors, dernière question autour du modèle neuf seconde main. Ce serait d'un point de vue général, est-ce que tu dirais que la seconde main, elle est bien acceptée dans le milieu du livre, à la fois côté client et autre ?
- Maud - La Tanière
En fait, je ne peux pas répondre à cette question de manière générale. Parce qu'en fait, quand tu dis le milieu du livre, ça répond à plusieurs types d'acteurs. Je peux les résumer, c'est vraiment très caricatural. Mais quand même, dans le milieu du livre, il va y avoir les gros gros groupes qui sont là... pour faire du business. Là, on est plutôt du côté distribution, chaîne de l'édition, mais il y a ceux qui font du business côté librairie. La FNAC, d'ailleurs, ils se sont mis à faire de l'occasion aussi. Recycle Livre, c'est vraiment le truc d'occasion, vraiment l'énorme groupe de livres d'occasion qui va vraiment faire un business avec ça. Donc ça, c'est quand même une vision particulière du milieu du livre. C'est le livre pour faire du business, en fait. Il y en a d'autres aussi qui vont être là pour partager la réflexion, donc ça va être tout ce qui est... les petites éditions indépendantes. De toute façon, dès qu'on monte une petite édition, c'est qu'on a trouvé qu'il manquait quelque chose dans le monde de l'édition. On se dit « Ah tiens, ce type de livre, ce n'est pas édité » . Donc ça peut être le cas pour des choses comme les livres qu'on va traduire. Souvent, il y a des problèmes avec ça. En fait, il y a des pans entiers de cultures d'autres pays auxquels on n'a pas du tout accès juste parce que ce n'est pas traduit. Moi, je cherchais l'autre fois à faire un rayon sur l'Afghanistan. il n'y a presque aucun auteur afghan qui va être traduit en français. Ça, c'était pour l'exemple. C'est difficile de répondre à cette question. C'est plusieurs acteurs avec plusieurs objectifs et mentalités différentes. Mais en tout cas, la seconde main, pour ceux qui font du business, ceux-là vont être mal vus par tout ce qui est petites éditions indépendantes, les librairies indépendantes aussi, parce qu'ils vont faire une concurrence qui va être handicapante. Mais Recycle Livre ? ils font une concurrence qui est handicapante pour la livrerie indépendante, même celles qui font de l'occasion. Le problème, c'est plus sur la taille des structures. Est-ce qu'on a envie qu'il y ait des acteurs qui aient quasiment un monopole ou pas ? C'est plutôt ça, en fait, la question de l'occasion. Parce qu'en fait, c'est pareil, tous les petits bouquinistes qui en ont fait quand même leur travail, qui ont passé leur vie à faire ça et qui tout d'un coup vont se faire détruire par au site livre, ils étaient pour l'occasion. Donc en fait, la question, ce n'est pas est-ce que le milieu du livre va être pour ou contre l'occasion, mais c'est plutôt qui s'empare de l'occasion. En fait, tant que c'est à une échelle locale qui permet l'échange, parce que le livre d'occasion, ça peut permettre des grandes découvertes pour des personnes qui vont acheter du neuf derrière. Ça peut permettre de faire des clubs de lecture de manière accessible. Parce que c'est difficile les clubs de lecture quand on doit tous acheter le même livre. S'il est neuf, c'est quand même un budget. Pour les jeunes aussi, ça peut leur permettre de redécouvrir tous les classiques. Enfin voilà, l'occasion pour moi, ça encourage le marché du livre neuf.
- Marine - Enboocle
C'est intéressant. Donc là, tu m'as dit un peu effectivement par rapport à différents acteurs du milieu du livre et par rapport à vos clients, à vous, est-ce que ça a été bien accepté ? Est-ce qu'il y a eu des questionnements ou pas ?
- Maud - La Tanière
Ça a été tout de suite bien accepté et ça a même paru tout de suite naturel. C'est peut-être dû au fait qu'on est dans un quartier populaire et du coup, les gens ont déjà l'habitude de faire de l'entraide, de s'échanger des choses. En fait, ce n'était pas vécu comme une nouvelle pratique. C'est dans une continuité. Il n'y a vraiment pas eu ni de surprise, ni trop de commentaires là-dessus. Ou à la limite, on nous a dit que c'est bien que vous fassiez la seconde main.
- Marine - Enboocle
Ok, trop bien. Eh bien, merci pour tes réponses à toutes ces questions. Pour finir l'épisode, je voulais qu'on aborde une troisième partie. Parce que quand on a préparé l'épisode, tu m'as parlé un peu de contradictions que tu pouvais voir. Des contradictions qui étaient notamment liées à la seconde main. Et du coup, je trouve ça intéressant que tu nous donnes un petit peu plus en détail ton point de vue là-dessus. Parce que sur certaines choses, on peut penser que c'est juste appliqué à la librairie, mais moi je pense que ça s'applique un peu d'une manière générale à la seconde main. Donc ça m'intéresse d'avoir ton avis. Donc la première contradiction dont tu m'as parlé, c'était le fait d'encourager les éditions ou de permettre l'accès à tout le monde de la lecture. Voilà, je te laisse nous dire un peu ce que tu veux nous dire là-dessus.
- Maud - La Tanière
C'est déjà ce que j'évoquais un peu plus tôt, ce que je disais par rapport à chez mon libraire, surtout c'est là où ça illustre le mieux. Donc chez mon libraire, eux, pour être sur leur plateforme d'ailleurs, il faut un minimum de ventes de chiffre d'affaires en livre neuf. Parce qu'ils veulent garantir justement de pouvoir encourager les éditions indépendantes. En fait, les ventes de livres neufs, ça aide beaucoup les petits acteurs indépendants du milieu de l'édition. Je ne pense pas qu'il faille faire de l'occasion tous azimuts. Je pense qu'il faut tout le temps trouver un équilibre. C'est pour ça que je parle de contradiction. Ça me semblait important de parler de contradiction. C'est parce que ça veut dire qu'il faut qu'on aille à la recherche d'un équilibre et pas essayer de pousser un truc à l'outrance. En fait, je pense qu'il faut absolument acheter du neuf pour encourager les éditions indépendantes et les auteurs, et les librairies indépendantes aussi. Ça, c'est sûr et certain. Mais à quel point on va encourager l'occasion ? Nous, si on a le même livre d'occasion, ou neuf, on va quand même systématiquement vendre l'occasion, en fait. Parce que ça permet de faire tourner le livre, ça permet de donner envie aux gens de le lire, ça permet d'en parler, en fait, aussi. Plus il y a de personnes qui ont lu des livres, plus elles ont envie d'en parler entre elles, et plus elles vont lire des nouveaux livres, en fait. C'est comme ça qu'on répond à cette contradiction. L'un ne pourrait jamais exister tout seul. Si on n'encourage que le neuf, les personnes qui n'ont pas des gros moyens financiers vont pas vouloir acheter le livre neuf. Si on n'encourage que l'occasion, on coupe. les herbes sous le pied à la création.
- Marine - Enboocle
Ok. Ensuite, la deuxième contradiction dont tu m'as parlé, c'était toujours encourager les éditions et en opposition permettre en même temps l'accès à tout le monde à l'expression culturelle.
- Maud - La Tanière
Ça, c'est vraiment quelque chose qui m'a marquée depuis que je suis libraire. Parce qu'en fait, je ne l'avais pas remarquée avant. Moi, je n'avais pas remarquée les livres auto-édités. Mais en fait, il y en a énormément en circulation. Donc ça va être des livres à compte d'auteurs. Ça veut dire que c'est des personnes, pour plusieurs raisons. Soit elles n'ont pas réussi, soit elles l'ont décidé, mais qui n'ont pas réussi en tout cas à se faire éditer dans le circuit de l'édition. C'est une personne qui va écrire son livre, qui le fait corriger comme elle veut. En fait, tu peux même te faire éditer demain sur Amazon avec un livre qui ne se lit pas, rempli de fautes ou je ne sais pas quoi. Maintenant, tout le monde peut écrire son propre livre, il n'y a pas de problème pour ça. Ce qui me paraît contradictoire, c'est qu'il y a des personnes qui ont des sujets qui vont être, je dirais, même pas des sujets niches. C'est des sujets qui peuvent être par exemple trop polémiques et qui ne seront jamais acceptés dans aucune édition. Et je pense là, par exemple, on a fait une rencontre il n'y a pas longtemps avec un auteur qui s'appelle Jakarija Koulibaly. Et lui, en fait, il raconte son parcours de migration depuis le Mali dans son livre. Et le livre, il est vraiment horrible, pas horrible mal écrit, mais horrible dans le sens où il se passe vraiment des choses affreuses, inhumaines, violentes. En fait, il n'a jamais été édité. D'ailleurs, si on regarde dans les éditions... des personnes qui parlent de migration et dans quelles conditions elles voyagent, etc. Il y en a très très peu. Donc en fait, ce qu'il faut voir, c'est que les auteurs font face aux lignes éditoriales des éditions. Et le problème, c'est que ça ne va pas être spécialement représentatif de l'expression populaire, dans le sens de l'expression de la population, des expressions culturelles. Mais comme dans les médias, on voit que ceux qui sont dans les médias, ça ne correspond pas du tout aux personnes qu'on voit tous les jours autour de nous. L'édition, il y a un tri qui se fait un peu élitiste, basé sur des normes élitistes. Il faut faire ces phrases, il faut les faire de telle manière, il faut dire tel type de mots qui font bien. Donc si tu n'es pas dedans, il y a des chances que tu ne te fasses pas éditer. Sauf que nous, ces personnes-là, il y en a beaucoup dans notre quartier, parce qu'on est dans un quartier de migration. Il y a beaucoup de personnes qui vont avoir des cultures à mettre en avant. On avait aussi reçu une autrice qui s'appelait Sadia Essabi, et qui était afghane, et elle, dans son livre, elle parle d'inceste. Elle aussi, elle s'est auto-éditée, parce qu'elle n'avait pas réussi à s'éditer. Nous, on pense que l'expression de ces personnes-là, qui ne sont pas liées, parce qu'elles ne correspondent pas aux normes élitistes, elle est super importante, et c'est ce qu'on appelle l'accès à l'expression culturelle, dans l'espace public. Donc ça, ça va rentrer en contradiction avec le fait qu'on veut encourager les éditions indépendantes, parce que les éditions indépendantes, elles ont leur valeur justement parce qu'elles arrivent à faire une sélection particulière, parce que justement elles vont avoir une ligne. Quand on va avoir telle édition, on sait que c'est une valeur sûre pour tel sujet. Donc s'il se met à y avoir des personnes qui passent en auto-édition, on n'a plus personne pour nous garantir qu'un livre a été sélectionné ou pas, est-ce qu'il vaut le coup ? On ne sait plus. C'est un peu comme un diplôme. C'est comme si les éditions, quand elles prennent un auteur et qu'elles le mettent en avant, elles le valident, en fait, comme si elles lui donnaient un diplôme. Donc l'auto-édition, si on l'encourage trop, ça met en porte-à-faux les éditions. Je ne sais pas si tu arrives à voir ce que je veux dire.
- Marine - Enboocle
Si, si, je vois parfaitement et je trouve ça très intéressant.
- Maud - La Tanière
Là, c'est toujours encore la question de l'équilibre. Nous, on ne veut pas qu'il y ait des personnes qui soient reléguées. Ah, tu ne corresponds pas aux normes, tu ne corresponds pas à la culture, donc non, tu n'as pas le droit de parler, tu n'existes pas. On trouve ça horrible, donc on a envie de les mettre en valeur. Et à la fois... Auto-édition, nous quand on faisait le tour des librairies au départ pour prendre des renseignements, pour s'informer, les librairies nous disaient « Ah non, nous on ne prend pas l'auto-édition, trois quarts du temps, ce n'est pas des trucs bien et tout. » Parce que comme n'importe qui peut écrire un livre de main, nous on ne veut pas favoriser l'auto-édition du tout. On est même plutôt contre en fait, parce que les éditions c'est super important pour pouvoir faire une sélection, c'est leur métier en fait la sélection. Par rapport à ça, ce que je pense... c'est que les éditions indépendantes devraient être beaucoup plus subventionnées, beaucoup plus aidées. Parce qu'il y a une tonne d'éditions indépendantes qui veulent mettre le genre de livres dont je te parlais, qui sont édités en avant. Mais comme elles sont petites, le temps de faire la sélection, en fait, elles ne vont pouvoir éditer que 5-6 livres par an. Donc, tu ne fais pas grand-chose avec ça pendant qu'il y a d'autres éditions qui en font beaucoup plus, qui ont des catalogues entiers.
- Marine - Enboocle
On va passer à la dernière contradiction dont tu m'as parlé. Tu m'as dit qu'il y a des contradictions au niveau... écologiques. Donc je te laisse un peu nous parler de ça.
- Maud - La Tanière
Donc c'est encore la contradiction entre les nouveautés, les livres neufs, qui vont permettre aux auteurs et aux autrices de se faire connaître. Ça va rentrer en contradiction avec du coup des problématiques écologiques. En fait, je pense que tu te rends pas compte, mais j'imagine que ça doit être pareil dans tous les domaines, encore une fois, notamment l'industrie du vêtement. Mais il y a une quantité astronomique de livres qui sont lotés. En fait, quand on fait notamment la rentrée littéraire de septembre, Il y a vraiment des masses de nouveautés, je ne sais plus ce que c'est le chiffre. 40 000 de nouvelles références, c'est un truc comme ça. C'est des échelles énormes de nouvelles références qui sortent. Donc nous, les petites librairies, des chiffres que j'ai vus sur Internet, je crois qu'on ne peut jamais réussir à prendre plus de 3% des nouveautés qui sortent. C'est pour te dire à quel point il y en a énormément. Mais par contre, la FNAC, on est au courant qu'ils font à peine des sélections, ils sont quand même obligés d'en faire. dans une certaine mesure, mais ils reçoivent des cartons entiers en septembre de nouveautés parce qu'ils ont assez de trésorerie pour faire ça. Ils en prennent des tonnes et ce qu'ils ne vendent pas, tant pis, ils le renvoient. Il faut savoir que les librairies ont le droit de retourner les livres. Et heureusement, parce que sinon, notre stock grossirait tout le temps sans qu'on sache quoi en faire. Mais on a tout le temps le droit de renvoyer les livres qu'on ne vend pas. Et quand on les renvoie, soit ils finissent en pâte à papier pour faire des nouveaux livres, soit ils sont renvoyés plus tard à d'autres librairies qui sont en assez bon état. Mais du coup, c'est un peu un carnage au niveau des livres scolaires, par exemple, parce qu'il y a des versions qui sont actualisées tous les ans, tous les deux ans. Bon, ça, c'est encore Hachette. Ils actualisent tous les deux ans, comme ça, t'es tout le temps obligé de prendre la nouvelle version, alors que c'est le même texte, la même chose qu'il y a dedans, et de détruire les anciennes versions, du coup. Et sauf que comme c'est des livres scolaires, et que tous les FNAC et tout savent qu'ils vont les vendre en masse, il y en avait des masses qui avaient été produits à la base. Donc en fait, c'est tous des livres qui vont être détruits, certes en pâte à papier mais c'est En fait, il y a des quantités énormes de livres comme ça. Ça, c'est pour le côté excessif. Mais pour le côté, quand on essaye de faire les choses bien, où est-ce qu'on va trouver des contradictions ? Quand on essaye de faire les choses bien, on veut encourager la vente de livres neufs pour encourager les librairies indépendantes et les auteurs. Mais le problème, c'est ce que je viens de dire, en fait, il va falloir répondre à l'urgence du marché. Quand tu veux faire une pub pour un livre, un an après, il n'y a plus l'effet nouveauté, ça ne marche plus. Moi, je pense qu'il faut qu'on ralentisse, de toute façon, de manière générale. mais même dans le marché du livre, c'est la course. En fait, c'est une course en avant. C'est toujours essayer de sortir plus de nouveautés, toujours essayer de s'imposer, que ce soit pour les éditions ou pour les librairies. On doit tous suivre. On doit tous se dépêcher d'essayer de suivre. À tel point que, je ne sais pas si tu avais suivi ça, mais l'année dernière, il y a des librairies indépendantes à Paris qui ont fait la grève des nouveautés. Je me demande si ce n'était pas en avril, mai. Elles ont dit « Oh non, mais là, ça va quoi. On va arrêter de prendre des nouveautés pour trois mois. » Je résume un peu leur truc parce que je pense qu'ils avaient d'autres revendications à côté et que je suis vraiment en train de réduire leur truc, il n'y a pas grand-chose. Mais en bref, c'était un peu quand même une conséquence de cette course-là où on est tout le temps dans l'urgence. Et on n'a pas envie de ralentir parce qu'on est là, bah oui, mais il y a telle nouvelle autrice, il faut absolument la mettre en avant en fait. Donc on est obligé d'y participer. Donc on se retrouve un peu dans ce truc-là. Il y a une édition, on avait reçu une autrice qui s'appelle Camille El Haraki, et on l'a reçue en deux temps. Une première fois, elle ne pouvait pas publier son roman graphique tant qu'elle n'avait pas eu un certain nombre de promesses de vente. Et à partir de là, l'édition disait, si tu as tant de promesses de vente, OK, on va faire tant d'impressions pour lancer une première salve de vente. Je crois que c'est l'édition Edifice qui fait ça, et qui le fait volontairement, en fait, pour dire qu'en fait, les tirages de livres, plus t'en fais, moins c'est cher. Donc, tu as beaucoup plus intérêt à tirer 500 000 livres d'un coup que d'en tirer que 100 000. Donc, en fait, toutes les éditions vont avoir un peu ce truc-là de « Ok, j'en tire des tonnes et je vais espérer en vendre des tonnes. » Mais en fait, ça n'arrive pas forcément. Donc, ça aussi, c'est un peu au niveau des petites éditions, ça se passe bien. Parce qu'en fait, souvent, si tu regardes, tout ce qui est social va être lié à tout ce qui est écologique. Donc, c'est-à-dire que les petites éditions, elles ne vont pas aller dans la démesure parce que sinon, elles vont détruire leur trésorerie. Donc, en fait, elles vont tout faire à échelle humaine. C'est cette échelle humaine-là qui permet un abord plus écologique. En fait, ils avaient plus une stratégie d'équilibre dans les ventes. C'est comme ça qu'on peut surmonter cette contradiction. Il faut organiser les choses, en fait. Parce que nous, par exemple, aussi, je tourne un peu en rond sur les livres scolaires, mais c'est parce que c'est vraiment caractéristique, je trouve, de ce qui se passe. Mais on ne sait pas d'avance quels livres les profs vont demander à leurs élèves, puisqu'il y a des nouvelles versions qui sont mises chaque année. Et puis que les profs tournent entre les établissements. Alors nous, on va aller demander aux lycées et aux collèges qui sont autour de nous. Bon, dites-nous les livres, comme ça on les commande et on les rend accessibles pour les élèves du quartier en fait. Mais par exemple, FNAC et De Citre à la Part Dieu, le centre commercial à Lyon, eux, ils ne vont pas se baser sur une stratégie de territoire parce qu'en fait, c'est tout Lyon qui va venir. Donc ils vont juste prendre énormément de choses qui existent en scolaire. Mais je te dis ça, je ne sais pas si ça te parle beaucoup, mais en fait, le scolaire, par exemple, tu peux avoir un peu le même livre de Rimbaud dans cinq éditions différentes. Et tu ne sais pas lequel le prof va demander. Donc FNAC, ce qu'ils vont faire, la FNAC, ils vont prendre un carton de chaque édition du même livre avec même auteur, même texte pour la même classe. La première, voilà, tu es en première, tu as cinq éditions différentes, tu dois choisir parmi ça. Et ça, par exemple, ça ne va pas. Il faudrait faire en sorte d'éviter ce genre de situation. Pour l'anecdote, nous, en gros, on se retrouve... Parce qu'en fait, il y a un côté urgence. Les lycéens, lycéenne. ils doivent récupérer le livre pour une certaine échéance. Nous, quand on commande, ça met deux semaines. Les profs, ils ne savent pas forcément. Souvent, les profs, ils laissent quand même trois semaines ou un mois à leurs élèves pour récupérer le livre. Mais les élèves ne savent pas qu'on va mettre deux semaines à le commander. Donc, les élèves, ils viennent la veille. Ils viennent toujours la veille. Ça se passe vraiment comme ça. Et moi, je faisais pareil à cet âge-là. En fait, ce fonctionnement-là, handicap les librairies indépendantes. Parce que l'élève, quand il est dans l'urgence et qu'il doit trouver son livre pour demain, Il peut avoir d'heures de colle. Du coup, il va... aller voir sa librairie de quartier, elle va lui dire non désolé, je ne l'ai pas, si tu veux, je peux le commander. Il va dire, bah non, il me le faut pour demain, bon bah je vais aller à FNAC. En fait, même si les familles font l'effort de venir dans la librairie indépendante de quartier, on ne répond toujours pas à leurs besoins d'urgence. Et nous, ça, ce qu'on fait, c'est qu'on va appeler tous les profs, on va dire, attention, le livre, on va le recevoir qu'à telle date, on se met même à faire un nouveau fonctionnement, on prévient le prof qui va prévenir sa classe que le livre est disponible dans la librairie. ça c'est chouette aussi du coup ouais voilà mais en fait c'est un travail qu'on est obligé de faire qui se fait de manière très locale. Déjà, on a mis longtemps à avoir... Là, on a mis deux ans à faire bien les choses, à avoir les numéros des profs et tout. Mais pour moi, un grand commerce en librairie, ça n'a pas de sens. Parce que du coup, il ne peut pas s'adapter à des échelles locales comme ça. En fait, ce n'est pas tout ce qui est gros commerce, ce n'est pas écologique pour moi. Tout ce qui est gros trucs monopolistiques, grandes distributions. Parce que là, il ne peut pas s'adapter à des... FNAC ne peut pas s'adapter à des situations locales. Donc, il prend tous les livres en masse, le plus possible. Il ne développe pas une clientèle particulière.
- Marine - Enboocle
Ok, trop bien, c'était super intéressant. Si quelqu'un voulait monter un projet associatif, un peu comme le vôtre, mais pas forcément dans le milieu du livre, quels seraient tes conseils ?
- Maud - La Tanière
Ce qui est super important, c'est de se mettre dans un quartier où on aime bien le dynamisme associatif. Il faut être prêt à passer beaucoup d'heures. Savoir d'avance avec quel partenaire on va travailler. Parce qu'on n'est jamais tout seul et le tissu associatif c'est super important. Se dire je travaillerai avec telle personne, telle personne, c'est comme ça qu'on arrive à se faire connaître et qu'on arrive à créer des réseaux. Et c'est avec le réseau qu'on va s'enrichir. Les échanges et les discussions vont faire que tout le temps on va grossir. J'ai du mal à donner des conseils bruts comme ça parce qu'en fait ça veut rien dire, mais on s'est fait en se faisant dans le sens petit à petit. On s'est construit petit à petit en fonction des besoins des gens. Donc si on était allé dans un quartier différent, on aurait fait quelque chose de différent au final. Ça aurait démarré pareil, mais ça n'aurait pas fini pareil. Donc pour moi, ce qui est important, c'est de toujours rester adaptable, flexible et à l'écoute de ce que veulent les gens. Il ne faut pas partir avec sa propre idée. Moi, ma seule idée que j'avais, c'était que je voulais que ce soit associatif et militant.
- Marine - Enboocle
Ça marche. Je pense que c'est un super conseil, puisque franchement, je pense que pour tout type de commerce, en fait, l'adaptabilité, effectivement, pas forcément faire ce que soi-même on a envie, mais ce que les gens autour de nous ont besoin. Je pense qu'en fait, c'est un peu ce qui fait que ça fonctionne.
- Maud - La Tanière
C'est vrai que quand on monte une affaire, souvent, ça nous tient à cœur et on s'est fait notre idée du truc.
- Marine - Enboocle
Exactement, et c'est pas forcément facile de...
- Maud - La Tanière
En fait, il faut savoir en sortir.
- Marine - Enboocle
Et c'est pas forcément évident, effectivement, quand on a préconçu son idée de faire autre chose.
- Maud - La Tanière
Et après, en fait, c'est très, très stressant et ça prend beaucoup de temps. Donc, je dirais qu'il faut absolument avoir une situation stable, économique. Parce que, par exemple, moi, je suis partie, j'avais un an et demi de chômage et un peu d'argent de côté. Il faut savoir exactement combien de temps on peut tenir sans argent aussi. Bah oui, c'est pas forcément évident ça. Enfin, il ne faut pas se mettre en danger. Il ne faut pas se faire d'espoir en se disant... Moi, je suis partie en me disant, je fais comme si ça n'allait jamais marcher. Enfin, j'exagère, non, c'est pas ça. Ce que je veux dire, c'est que...
- Marine - Enboocle
Comme si tu n'allais jamais pouvoir te rémunérer, c'est ce que tu veux dire peut-être ?
- Maud - La Tanière
Oui, plutôt ça, oui, oui. Non, j'ai tout fait comme si ça allait marcher, mais comme si je ne pouvais pas me rémunérer.
- Marine - Enboocle
Très bien. Et pour finir, est-ce que vous avez des perspectives pour la suite ?
- Maud - La Tanière
Alors nous ne... Nos perspectives, ce que je n'ai pas dit déjà, c'est que depuis le mois d'avril, nous, on a monté un conseil d'administration de huit personnes. Donc, nos perspectives, c'est un peu ça. C'est d'essayer de faire rentrer plus d'adhérents et d'adhérentes dans la gestion. Parce que pour l'instant, ils sont beaucoup dans l'organisation d'événements, améliorer des rayons, nous aider sur les livres d'occasion ou sur les stands quand on fait des événements. Mais très peu sur la gestion. Donc, on essaye de les faire rentrer là-dedans. Parce que moi, comme je disais, il y a des grandes chances que je n'arrive pas à me payer. Sauf qu'on est quand même deux à beaucoup plus qu'un temps plein. On est à plus de 70 heures par semaine chacun, en fait. Donc, ça fait que moi, il faut que je me fasse remplacer si je dois travailler à mi-temps quelque part ailleurs. Donc, c'est pour ça qu'on fait aussi rentrer plus de bénévoles. On aimerait qu'il y ait des demi-journées entières tenues par des bénévoles. On sait que c'est possible puisqu'il y a la librairie La Griffe qui le fait. C'est une librairie associative aussi qui n'a aucun salarié, pour le coup. de tout. de perspective, on aimerait bien avoir un local plus grand parce qu'on commence déjà à être à l'étroit. Et voilà. Et on a demandé plus de subventions pour pouvoir plus se payer aussi. Mais c'est pas gagné. On le sait au pire moment, au moment où il y en a le moins. Des fois,
- Marine - Enboocle
tout n'est pas aligné. Mais c'est pas grave, ça peut quand même fonctionner. Et est-ce que vous avez des actus, des projets à venir dont tu voudrais nous parler pour terminer ?
- Maud - La Tanière
Alors, en actualité, nous, on a tout le temps des événements. Là, pour le mois de janvier, on a un concert qui arrive. par Bruno Michel Abati. C'est un auteur-compositeur-interprète et il fait de la samba française. Ce sera le samedi 17 janvier. Ensuite, on a une série de rencontres d'auteurs. On a une rencontre avec Julien Théry. Julien Théry, si tu ne connais pas, c'est un historien de l'Université Lyon 2 qui a subi une polémique par rapport au fait qu'il avait partagé une liste de personnes qui soutenaient le génocide. en Palestine pour le critiquer et il s'est fait traiter d'antisémite à cause de ça. Je ne suis peut-être pas très précise, mais ce sera plus précis au moment de la rencontre, le mardi 20 janvier à 19h du coup. Et nous, on le reçoit pour son livre, En finir avec les idées fausses sur l'histoire de France. Ensuite, on aura une rencontre avec Thierry Ribaud le mercredi 28 janvier. Donc c'est un économiste. Il a écrit le livre Contre la résilience, aux éditions L'Échappée. Son objectif avec ce livre, en fait, c'est de critiquer la manière dont et le mot résilience a été détourné et réutilisé politiquement. Et il va aller à l'encontre des concepts de l'écologie. Et une dernière rencontre que je peux présenter, c'est le mercredi 4 février. On fait une rencontre avec Sonia Dayan-Herzbrun. C'est l'autrice de « Le sionisme, une invention européenne » . Pareil, c'est une chercheuse qui a étudié l'histoire du sionisme parce que dans la librairie, nous, depuis le départ, on est très engagés sur le sujet de la Palestine. Et c'est aux éditions Luxe Éditeurs.
- Marine - Enboocle
Super.
- Maud - La Tanière
Tu peux nous suivre sur Instagram, en fait, pour voir tous nos programmes.
- Marine - Enboocle
Ça marche. Et le compte Instagram, du coup, c'est ?
- Maud - La Tanière
Librairie Latanière.
- Marine - Enboocle
Parfait. Eh bien, merci beaucoup, Maud, d'avoir répondu à toutes mes questions. C'était hyper intéressant. On a évoqué plein de sujets différents, que ce soit dans le monde du livre ou même un peu à côté. Donc, merci pour ça.
- Maud - La Tanière
Merci beaucoup à toi. Ça me fait plaisir d'en parler, en fait. Surtout que c'est vraiment des questions qu'on ne nous pose pas tous les jours. Et tu vas... dans le fond des choses, ce qui n'est pas forcément le cas quand on fait des articles avec des journalistes.
- Marine - Enboocle
Eh ben merci beaucoup, ça me touche aussi. Merci Maud, au revoir.
- Maud - La Tanière
Merci, au revoir.
- Marine - Enboocle
Et voilà, cet échange avec Maud, je le trouve précieux parce qu'il montre que faire de la seconde main, ce n'est pas juste une question de logistique ou de modèle économique. C'est une question de positionnement, de valeur et de choix politique. La tanière nous rappelle une chose essentielle, intégrer la seconde main, c'est forcément mettre en avant certaines valeurs, et ces valeurs-là, elles méritent d'être pensées, questionnées. et incarnés. Il n'y a pas une bonne façon de faire. Il y a des projets très différents, des structures très variées et une infinité de manières de composer avec ses contraintes, ses engagements et sa réalité de terrain. Si cet épisode vous a fait tiquer, déranger ou au contraire rassurer, c'est bon signe. Ça veut dire que vous êtes en train de réfléchir à ce que vous voulez vraiment défendre à travers votre activité. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à vous abonner au podcast et à laisser un avis sur Apple Podcast ou Spotify. Comme je vous l'ai dit en début d'épisode, ça aide le podcast à se faire connaître. Merci d'avoir passé ce moment avec nous. A très vite pour un prochain épisode de Vendre Aussi en seconde main.