- Ombeline Becker
Vous aspirez à plus, plus de liberté, plus d'espace, plus de fluidité dans votre expansion, plus de prospérité, mais autrement. Ici, on ne cherche pas à faire plus, on cherche à créer mieux, à trouver un mouvement qui nourrit au lieu d'épuiser, un chemin où l'ambition ne s'oppose plus à la conscience. Bienvenue dans un nouvel épisode de Vérité. Alors il y a des parcours qui impressionnent, et puis il y a ceux qui interrogent. Léa fait partie de ces femmes qui ont construit, vraiment construit. Elle débute sa carrière en communication, en événementiel, en marketing dans l'univers des startups. Très vite, elle se spécialise dans la transmission. Elle devient formatrice, notamment en école de commerce, dans des écoles du secteur du bien-être. Puis, elle crée Copleni, une entreprise d'accompagnement dédiée aux entrepreneurs et aux praticiens du bien-être. Pendant 7 ans, elle développe son activité. Plus d'un million d'euros de chiffre d'affaires cumulés, une équipe jusqu'à 12 personnes, des centaines d'entrepreneurs accompagnés. Elle comprend la croissance, elle comprend la stratégie, elle comprend ce que c'est que de tenir un business. Sur le papier, tout fonctionne. Et pourtant, quelque chose se fissure. Une perte de sens, une fatigue qui ne part plus, une impression de continuer sans vraiment savoir pourquoi. Elle traverse ce que beaucoup de dirigeants vivent en silence. Une entreprise qui marche, mais qui ne nourrit plus. Alors Léa prend une décision radicale. Fermer une entreprise à plus d'un million d'euros pour repartir de zéro. Aujourd'hui, elle accompagne les entrepreneurs qui sont exactement à cet endroit, quand le business fonctionne. Mais que la question devient, qu'est-ce que je fais de tout ça maintenant ? Alors, dans ce nouvel épisode de Vérité, je vous propose de parler des coulisses, des injonctions, du prix de la réussite, et de ce moment où continuer devient plus coûteux. que s'arrêter. Bienvenue Léa, dans Vérité.
- Léa Mispoulet
Merci beaucoup Ombeline, je suis très très heureuse d'être sur ton podcast.
- Ombeline Becker
Merci, je suis très heureuse de te recevoir aussi. Pour commencer, tu sais, j'aime bien poser la question de où est-ce que tu te situes pour qu'on puisse t'imaginer ?
- Léa Mispoulet
Là, je suis dans mon bureau, chez moi, et je me suis fait un petit cocon, parce qu'avant je n'avais pas de bureau, je travaillais de chez moi, mais sur un vieux bureau. hyper mal installé et je me suis vraiment fracassée des cervicales. Donc, depuis, j'ai installé un vrai bureau chez moi. J'ai une petite pièce sympathique.
- Ombeline Becker
Et donc, sur la planète, t'es où ?
- Léa Mispoulet
Dans la lune. Moi, je suis poisson. Je ne sais pas si tu fais un petit peu d'astro, si tu connais, mais je suis poisson. Donc, tu vois, je navigue, j'aime bien... Voilà, regarder le ciel souvent. Je suis très intuitive. Donc voilà, j'adore regarder ce qui se passe au niveau planétaire, mais tu vois, au niveau aussi des étoiles. J'adore l'astrophysique. J'y connais rien, mais j'adore me renseigner sur le sujet.
- Ombeline Becker
Alors, ma question, c'était où est-ce que tu es géographiquement ?
- Léa Mispoulet
Oui, tu vois, je commence déjà à partir dans tous les sens. Je suis à côté de Paris. Dans la région parisienne. Comment tu te sens au début de ce podcast ? Je me sens stressée. D'habitude, je suis derrière, enfin, je suis hôte du podcast. Là, effectivement, je suis de l'autre côté. Et puis, c'est un sujet qui est assez personnel, intime, dont on va parler aujourd'hui. Donc, ça va me demander d'aller chercher dans mes tripes les réponses pour qu'elles soient le plus authentiques possible et puis qu'elles puissent aider si besoin. raisonné, donc j'ai un peu la pression.
- Ombeline Becker
Est-ce que tu serais d'accord de partager aussi le... parce que c'est toi qui m'as proposé de venir sur le podcast et ça me touche beaucoup quand on lève la main pour venir sur Vérité. Est-ce que t'aimerais parler à nos auditeurs pour savoir pourquoi t'as eu envie de venir au micro de Vérité ?
- Léa Mispoulet
En fait, ton podcast... Je vais enfoncer une porte ouverte en disant ça, mais je pense que ça parlera à tes auditeurs et auditrices. Tu n'enfonces pas de vérité toute faite. Tu parles vrai, tes invités aussi. Tu as une voix, même quand j'écoute tes posts, ta com de manière générale. Tu as un ton très, très, très à toi, Ombeline, mais tu dénonces. Alors, pas dans la rage, tu vois, le côté dénoncer des choses que personne ne dit, parce que, je ne sais pas, il y a du feu en toi. Ce n'est pas du tout ça. C'est plutôt de dire... tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et n'osent pas dire. Donc justement, cette voix-là que tu as, c'est rare. Et je vais aller un peu plus loin. Il y a énormément de podcasts en France, j'en fais partie, mais il n'y a pas énormément de podcasts qui parlent des dessous de ce qui peut se passer pour chacun et chacune d'entre nous. Alors là, je parle d'un point de vue entrepreneurial. Qu'est-ce qui se joue vraiment ? On va parler énormément de business, de stratégie, d'opérationnel, de délégation, de management, etc., finance. Mais elle est où notre place à nous ? Tu vois, c'est ça qui m'intéresse dans ton podcast. C'est quoi la vérité de l'entrepreneur ? En l'occurrence là, pour le coup, l'objet de notre interview. La place qu'occupe l'entrepreneur dans son entreprise. Et ça, en fait, c'est très, très rare d'en parler.
- Ombeline Becker
La place qu'occupe l'entreprise chez l'entrepreneur.
- Léa Mispoulet
Exactement. Exactement. Parce qu'on va parler d'alors. Si, alors après, on va en parler quand ça y est, c'est déjà trop tard. On va parler de burn-out. Mais l'entre-deux, il est un peu touchy, quoi.
- Ombeline Becker
Et si on commençait par ce moment où tout fonctionne extérieurement, mais où intérieurement, ça commence à craquer et t'en as conscience ? Est-ce qu'il y a eu un moment en particulier ou est-ce que ça s'est fait en plusieurs étapes ? En fait,
- Léa Mispoulet
ça s'est fait en plusieurs étapes. Moi, je ne savais pas identifier l'entrepreneur. Enfin, je dis l'entrepreneur parce que je parle à beaucoup d'entrepreneurs qui vivent la même chose que moi en off et mes clientes aussi. Ça s'est fait par étapes parce que... Il n'y a pas eu d'arrêt brutal de, tu vois, je suis en train de m'éteindre d'un coup. Tu sais, c'est comme une flamme, en fait, quand c'est la fin de la bougie et la flamme, elle s'éteint tout doucement. Moi, c'est exactement ce qui s'est passé. Donc, il y a eu des étapes, effectivement, dans ce cheminement et dans ce qui s'est passé.
- Ombeline Becker
Et est-ce qu'il y aurait, par exemple, un moment que tu aimerais partager, dont tu te souviens ?
- Léa Mispoulet
Alors, le moment, il y a eu deux moments, je dirais, clés.
- Ombeline Becker
Ouais.
- Léa Mispoulet
Le premier, 2022, moi, ça a été très lié à... Tu vois, j'associais la réussite au chiffre d'affaires. On y reviendra peut-être, mais c'était très lié à... Voilà, ma boîte était en croissance. Donc, 2022, ma boîte, voilà, performe, tout se passe bien. Et je suis au Mexique, je suis en congé. Et là, en fait, moi, j'avais la certification Calliope. Et donc, je pouvais aussi avoir accès au compte personnel de formation. 95% de mon chiffre d'affaires. était représenté par le CPF. Bref, ceci étant dit, je suis donc au Mexique avec mon petit cocktail et en train de faire une pause, même si on le sait, quand on est entrepreneur, on regarde nos mails tous les jours, plusieurs fois par jour, même en vacances. Et là, je reçois, donc je vais checker mes mails, et donc je reçois un fameux message de la Caisse des dépôts m'informant que je suis inquiétée par la Caisse des dépôts. Ça veut dire que j'ai une procédure me disant vous devez justifier de vos formations. Et en attendant, c'est suspendu.
- Ombeline Becker
Sympa les vacances.
- Léa Mispoulet
Sympa les vacances. Donc, si tu veux, je ne vais pas rentrer trop dans le détail parce que ce n'est pas le plus important. Mais à ce moment-là, je me suis dit, bon, j'ai deux choix. Soit je me gâche les vacances, soit résilience. Je ne peux rien faire. Je suis à distance. À part trouver une avocate, je ne peux rien faire en fait. Bon, je reviens en France. Et là, en fait, ça a commencé à être compliqué parce que je me suis dit, je ne peux pas avoir un business model déjà qui soit basé que sur l'État. donc un business model étatique, si je peux me permettre l'expression, où je mets mon entreprise littéralement dans les mains de l'État. Donc là, je me suis dit, il y a un problème, sachant qu'en plus, ça me demandait un effort. C'est-à-dire que d'une part, je me rends compte que je mets dans les mains de l'État mon entreprise, qu'elle est dépendante au niveau de la législation de l'État sur le CPF. Et d'autre part, je me donne mes corps et âmes pour une entreprise où demain, ça peut s'arrêter en fait. Et quand je dis corps et âme, c'est vraiment corps et âme. Tu vois, donc à ce moment-là, j'ai quelques signes physiques qui commencent à arriver. Donc physique et intellectuel, grosse fatigue. Je ne mangeais pas beaucoup. J'ai développé un RGO.
- Ombeline Becker
Qu'est-ce que c'est ?
- Léa Mispoulet
Reflux gastro-osophagien. Donc j'avais des brûlures d'estomac. Il y a plein de trucs que je ne pouvais plus manger. des grosses douleurs, enfin non, pas des grosses douleurs, c'est pas ça, mais des douleurs au niveau généco, à répétition, tu vois, des trucs bien, bien chiants. Et puis, bon voilà, tu vois, des signes comme ça qui sont arrivés. Donc ça, ça a été la première. Et la deuxième, il n'y a pas si, si longtemps, je dirais il y a un an, avant que je parte là quelques mois à Bali. Début 2025, là, les signaux du corps sont très importants. Mon corps commencent vraiment à me dire stop. Donc là, moi, je pense que c'est un burn-out. Sauf qu'en fait, je me rends compte quelques jours, semaines à peine plus tard que ce n'était pas du tout ça en fait. J'étais en train de perdre la motivation. J'ai réalisé que j'étais en train de performer tout le temps dans la performance, mais je n'habitais plus ce que je faisais. Je n'étais plus inspirée, je n'étais plus enthousiaste. En fait, ça tournait. Mais j'étais absente. J'étais absente de moi-même, tu vois. Donc, j'étais en train de disparaître silencieusement, comme cette bougie, cette analogie que je faisais tout à l'heure, cette bougie qui s'éteint.
- Ombeline Becker
Parce qu'en fait, 2022, tu as ces premiers signes de ton corps qui sont quand même assez forts. Et en fait, tu ne les prends pas en compte ?
- Léa Mispoulet
Non, non, non, je n'écoute pas du tout. Je ne considère pas que ça vaut la peine que je m'arrête. Alors, tout le monde me disait, fais attention. Mais je n'écoute personne, mais vraiment personne. Et à l'époque, j'étais entourée. J'ai toujours été entourée de coachs et tout. J'ai toujours été hyper bien entourée professionnellement et personnellement. Mais je n'écoute personne, même pas mon corps, du coup.
- Ombeline Becker
Wow. Et donc, tu imagines, ton système a encore tenu trois ans. Oui. Alors, je ne sais pas du coup si c'est une bonne nouvelle. Parce qu'après, ça a été pire. Ah ben, j'imagine. Mais en fait, tu te rends compte déjà les signes que tu avais en 2022. La capacité du système a tenu encore trois ans.
- Léa Mispoulet
C'est là où le mental a pris beaucoup de temps. place et le l'ego.
- Ombeline Becker
Ouais, et puis t'es dans un engrenage aussi entrepreneurial, t'es entourée, enfin c'est une adrénaline quoi aussi.
- Léa Mispoulet
Ah oui, c'est la drogue, c'est la drogue de l'entrepreneuriat. T'es droguée à ton entreprise,
- Ombeline Becker
complètement. Dis, ça va arriver ou ça va passer ou il y a cette échéance-là, après c'est rien mieux, enfin il y a toujours un truc en fait. Et donc, qu'est-ce qui fait qu'en 2025, cette fois-ci... tu prends une décision différente.
- Léa Mispoulet
À ce moment-là, cette histoire de CPF a disparu parce qu'il y a eu un décret en 2025 qui a fait disparaître de toute façon la possibilité pour les organismes de formation d'avoir la possibilité de proposer les formations au CPF sans avoir de répertoire spécifique. Enfin bref, on ne va pas rentrer dans les détails, ce n'est pas l'idée. Mais du coup, là, je me dis, à mon avis, ça marque la fin de quelque chose pour moi. Je m'étais déjà battue, tu vois. deux ans et demi de plus entre les deux histoires CPF, on va dire ça. Donc là, il va me falloir beaucoup d'énergie pour remonter le chiffre d'affaires, beaucoup d'idées, de créativité, d'être capable d'avoir une vision et d'emmener mes collaborateurs et mes collaboratrices dans ma vision. Sauf que là, c'est zéro la tête à Toto. Je ne sais plus ce que je veux, je ne sais plus si j'ai envie d'y aller. Et c'est là où la perte de sens arrive en fait. C'est un gros point d'interrogation et je commence à penser que ça y est, je suis dans la fin d'une saison. d'un cycle. Et tu vois, quand j'ai créé Coplainy, au tout début, je m'étais dit, ça ne sera pas la boîte de ma vie. Je sais que ce sera ma première entreprise, mais ce ne sera pas pour toute la vie. Et pour autant, quand tu es dedans, tu as envie que ce soit pour toute la vie.
- Ombeline Becker
J'ai dit un petit du moins, on se disait tous ça quand on créait une boîte. Je la crêpe, mais pas pour toute la vie.
- Léa Mispoulet
Oui, je ne sais pas pourquoi, mais je me le suis rappelé il n'y a pas longtemps, je ne te cache pas. Je ne sais pas si j'ai bien répondu à ta question, Obline.
- Ombeline Becker
Qu'est-ce qui fait que cette fois-ci, tu prends une décision différente ?
- Léa Mispoulet
Oui, c'est ça. En fait, ce qui fait ça, c'est du coup, point d'interrogation. Ce qui va me demander énormément d'efforts alors que je suis déjà bien cramée. Donc là, je me dis en fait, c'est simple. Soit je continue, soit j'arrête en mon âme et conscience et je commence à faire le deuil. À ce moment-là, le deuil de mon entreprise, j'entends, commence finalement à se faire. Là, on est à peu près en… Mars, avril 2025, je commence à vraiment me poser des questions, à mettre de moins en moins d'investissement en temps, en énergie. Alors, quand je dis de moins en moins, ça, c'est ce que je me suis dit à ce moment-là.
- Ombeline Becker
Je m'investis moins, je ne me suis pas du tout désinvestie.
- Léa Mispoulet
Jusqu'au bout, je n'ai rien lâché, rien lâché. Le bout, c'était quoi ? Le bout, c'était d'honorer, par exemple, la boîte est terminée, mais j'ai honoré mes prestations jusqu'au bout. Même si je faisais... pour être complètement, tu vois, on est honnête, on est sur vérité, du bénévolat à la fin. Je faisais du bénévolat, je ne me payais plus. Donc,
- Ombeline Becker
tu prends la décision quand même de fermer la boîte.
- Léa Mispoulet
Oui, je ferme la boîte.
- Ombeline Becker
Tu t'investis quand même jusqu'au bout. Voilà, c'est aussi tes valeurs, j'imagine. Tout à fait. Et qu'est-ce qui fait que tu prends la décision de la fermer et pas de la vendre ou même de te transformer toi ? pour quelque part peut-être lui donner une nouvelle raison d'être, plus alignée à qui tu deviens ou je ne sais quoi. Qu'est-ce qui fait que tu prends cette décision-là et pas une autre ?
- Léa Mispoulet
J'avais envie de passer à autre chose. En fait, j'avais du coup ce côté dont je parlais tout à l'heure, toxique. Je pense qu'à l'inverse, c'est comme dans une relation. À un moment donné, quand la relation s'arrête, tu as envie vraiment de passer à autre chose, et surtout quand c'est toxique. Et je pense vraiment que oui, j'aurais pu la vendre. oui, j'aurais pu transitionner à l'intérieur. Mais moi, à ce moment-là, j'avais un espèce de dégoût qui était arrivé. Je me sentais complètement prisonnière, en fait. Et ce dégoût, cette allergie à la fin, je me suis dit non. on s'arrête là, j'ai envie de repartir sur quelque chose qui, en plus, me ressemblera beaucoup plus. Si là, je repartais, je gardais juste la structure, finalement, juridique, en plus, je ne pouvais pas parce que, financièrement, c'était trop compliqué à ce moment-là, mais j'aurais pu le faire. Mais si tu veux, j'ai eu besoin de tourner la page d'une part, de recommencer une page blanche d'autre part et de me laisser le temps d'infusion entre les deux. C'est-à-dire de me dire... OK, qu'est-ce que j'ai appris que je ne referai pas ? Ou qu'est-ce que j'ai appris que je referai ? J'ai eu, et j'ai encore besoin d'ailleurs, d'une période d'apprentissage. Donc, je ne pouvais pas le faire si je réenchaînais les projets. C'est ce que j'ai fait, j'ai réenchaîné. C'était une grosse bêtise. C'était une grosse bêtise.
- Ombeline Becker
Tu avais besoin de vide pour vraiment vivre le deuil aussi que tu évoquais tout à l'heure, le deuil de l'entreprise. Qu'est-ce qui a été finalement le plus difficile pour toi dans cette période ?
- Léa Mispoulet
Le plus difficile pour moi, il y a plusieurs choses. La première, je pense que la toute première, c'est comme les phases de deuil. Tu sais, au début, c'est dans le déni. Non, non, je ne le ferai pas. Tu sais, tu continues à travailler comme si de rien n'était. Pourquoi je faisais ça à ce moment-là ? Parce que j'avais peur du vide. Donc ça, ça a été difficile pour moi. Ça l'est encore, de voir mon agenda qui n'est plus du tout rempli comme avant. Tu vois, rempli de plein de choses. Là, à ce moment-là, quand je décide de fermer mon agenda, et même là encore aujourd'hui, je pourrais me dire, génial, pas du tout. Là, tu as la drogue et l'adrénaline dont on parlait qui revient. Donc ça, c'est déjà premièrement la peur du vide. Ensuite, ça a été le regard des autres. Le regard des autres, difficile. Le regard des autres que je mêle aussi à l'échec. Le regard des autres d'un point de vue, je ne suis plus entrepreneur. Suis-je encore même entrepreneur quand je décide d'arrêter ? Donc, c'est la... C'est le regard des autres par rapport à ma place dans la société. Ça, ça a été très, très compliqué.
- Ombeline Becker
Et quand tu dis les autres, c'est tout le monde confondu ou il y a eu un domaine particulier ?
- Léa Mispoulet
Non, non, non, l'entreprenariat. Tes pères. Ah ouais,
- Ombeline Becker
tes pères. Suis-je encore considérée comme entrepreneur vu que je ferme ma boîte, tu vois ? Et tu as eu des réactions ? C'est toi qui t'imaginais des choses ou tu as vraiment eu des réactions ?
- Léa Mispoulet
Non, j'ai eu des réactions, mais... Parce qu'en même temps, à ce moment-là, j'avais pris aussi une mission freelance à côté quand j'étais en train de fermer. Donc, on m'a dit, mais du coup, tu n'as plus ta boîte. Et en fait, on ne m'a pas fait des réflexions qui ont été méchantes. Je ne peux pas inventer, tu vois. Par contre, moi, ça m'a challengée. J'avais ce côté colère qui est apparu à ce moment-là. Tu vois, c'est comment ça, on me dit ça. Je suis toujours entrepreneur. Je vais toujours entreprendre de nouveaux projets pour accompagner, là pour le coup, accompagner les entrepreneurs encore à ces chiffres, justement dans cette phase de réalignement. À l'inverse, ce que j'ai eu, par contre, c'est on ne donne plus l'heure. Ça veut dire quoi ? Ah oui,
- Ombeline Becker
il y en a qui ne te calculent plus parce que tu n'as plus de boîte.
- Léa Mispoulet
Donc, il y en a qui ne te calculent plus. Ben non, c'est des relations qui, tu vois, tu n'es pas amie. Donc, tu t'es aidée à un moment donné parce qu'on a échangé sur des stratégies business, sur le business, l'opérationnel, la stratégie, mais sur l'humain.
- Ombeline Becker
À ce moment-là, ça n'existe plus quand tu n'as plus de relation business. C'est dingue. En fait, c'est comme si les liens sont coupés. Il n'y a plus d'appartenance au milieu entrepreneurial. Non, avec certaines personnes. En tout cas, à certains codes. Certains codes ? Oui, il y a certains codes. Donc, la peur du vide, le regard des autres entrepreneurs. Est-ce qu'il y a autre chose que tu voulais partager de cette période ? Oui, il y a eu aussi l'identité. Perte d'identité,
- Léa Mispoulet
qui suis-je quand je ne suis pas mon entreprise ? Qu'est-ce que je fais quand je ne bosse pas ?
- Ombeline Becker
Oui, et puis surtout, tu disais au début de l'épisode qu'avant, effectivement, ton niveau de reconnaissance était en fonction de ton chiffre d'affaires.
- Léa Mispoulet
Oui, j'étais mon chiffre d'affaires, j'étais mes résultats.
- Ombeline Becker
Et il y a beaucoup d'entrepreneurs comme ça. Et d'ailleurs, dans certains domaines de l'entrepreneuriat, c'est véhiculé comme message. C'est clairement... Plus tu fais du chiffre, plus tu es quelqu'un de bien.
- Léa Mispoulet
Sur les réseaux sociaux, c'est tout la journée. C'est ce qui fait que beaucoup tombent dans la comparaison. Je suis nulle parce que je ne fais pas... C'est ce qui s'est passé pour moi quand j'ai rejoint un mastermind. Je n'ai fait que de me comparer par rapport au chiffre d'affaires. Ce n'était pas du tout ce qui était infusé dedans, dans ce mastermind-là en l'occurrence. Mais entre nous, je le voyais, ça se regardait le chiffre d'affaires, pour parler poliment. c'était qui aura le plus gros chiffre c'est ça c'est toujours la même histoire c'est toujours la même histoire et ça perdurera tant que l'entrepreneuriat il n'y aura pas un peu de yin aussi tu vois à l'intérieur c'est terrible mais à la fois je comprends aussi ce côté hustle Je le comprends, je ne peux pas cracher dessus, j'y ai contribué à ce monde-là. En revanche, c'est dur de ne plus appartenir à ces codes. Tu vois, je ne les ai jamais compris ces codes. Ma vie professionnelle avant d'être entrepreneur, j'étais en start-up. En start-up, tu n'avais pas les fondateurs qui disaient à ce moment-là, 2017-2019, qui disaient oui, je fais 3 millions d'euros, voilà comment j'ai fait. Pas du tout, c'était autre chose. Je n'ai rien contre ça, mais si c'est construit derrière. Donc, cette culture du qui aura le plus gros chiffre d'affaires, qui travaillera le plus, qui démontrera le plus sa méthode, surtout dans le monde de l'infoprenariat.
- Ombeline Becker
La formation en ligne, le coaching et tout, c'est saturé de ça. Tout le monde vend sa méthode, son truc. C'est à vomir ce qui se passe aujourd'hui. On est même au-delà de l'excès. Et je pense que c'est important aussi de dire que, tu vois, quand on parle de cet excès de yang dans l'entrepreneuriat, mais auquel on adhère aussi, parce qu'on en a besoin. Je veux dire, en tant que femme, on a aussi ce yang, et on en a besoin, et heureusement qu'on a ça, sinon on ne pourrait pas tenir des boîtes. Mais est-ce qu'aujourd'hui, tu retrouves une forme d'équilibre dans ta nouvelle posture ? Je sais qu'il y a des choses, voilà, c'est encore en cours, etc., mais est-ce que consciemment, tu te reposes les questions de comment mettre plus de yin ? Est-ce que tu redécouvres ton yin ? Selon celle que tu es devenue aujourd'hui ?
- Léa Mispoulet
Oui, parce que je me pose des questions sur l'alignement de manière générale. Tu te reposes des questions sur qui tu es. J'ai effectivement de plus en plus de techniques ou de pratiques qui sont liées justement à me reconnecter à mon féminin et à en remettre aussi dans ma vie perso. Parce que ma vie perso, c'était la même chose, tu vois. Ça peut passer par exemple, tu vois... Tous les matins, je fais du yoga pour me reconnecter parce que ça passe aussi par mon corps. Je m'étais complètement, vous l'avez compris, je pense, en m'écoutant, déconnectée à mon corps. Donc, le yoga me permet d'être ancrée, alignée, connectée à mes émotions, à mon corps, à mes ressentis. Donc, il y a ça. Il y a le fait que si je me sois entourée, comme je l'ai toujours fait. Tu vois, j'ai une psychologue spécialisée dans les entrepreneurs qui m'accompagne à trouver cet équilibre. Et après, je dirais que c'est... Tu sais, c'est en chargement, c'est en téléchargement sur le reste. Mais je passe beaucoup de temps à écrire, à réfléchir, à marcher. Alors ça, c'est pareil, tu vois, c'est comme le yoga. Voilà, je marche maintenant.
- Ombeline Becker
C'est le corps.
- Léa Mispoulet
Le corps. Ça passe beaucoup plus par le corps que par la tête. La tête, elle m'a saturée.
- Ombeline Becker
D'autant plus que ce qui m'a interpellée quand tu racontais ton premier breakdown de 2022, c'est que c'était très dans la région du ventre quand même. Oui,
- Léa Mispoulet
complètement.
- Ombeline Becker
Donc, c'est vraiment l'instinct. Après une rupture, il y a tout ce travail de réconciliation pour revenir à ton entièreté. Parce qu'en fait, comme beaucoup d'entrepreneurs, malheureusement, tu es tombé dans le piège de la rupture, de la fracture intérieure pour réussir ton business. Parce que c'est comme ça qu'on nous apprend que ça fonctionne. Et donc, aujourd'hui, tu es dans ce travail intérieur de récupérer toutes les parties de toi et de revenir à ton entièreté selon celle que tu es aujourd'hui. Comment je pense mon nouveau business à partir de ça ?
- Léa Mispoulet
Tout à fait. Mais tu vois, dans ce que tu viens de dire, ça me refait dire que c'est hyper paradoxal ce qu'on vit. Parce qu'on veut réussir. Tu vois, quand on est entrepreneur, on veut réussir. On fait tout pour réussir. On est dans ce work hard à fond, tu vois.
- Ombeline Becker
Et c'est quand on a réussi que ça se met à déconner. Il y a quand même un problème. Ben non, parce qu'on veut réussir. Mais on ne se pose pas la question de ce que ça veut dire réussir. C'est clair. C'est ce que j'ai compris. On dit réussir. En gros, réussir, c'est devenir entrepreneur déjà. Oui. Devenir un critère de réussite. C'est clair. Ce qui n'était pas le cas il y a 20 ans. Pour réussir aujourd'hui socialement, il faut être entrepreneur et il faut arriver à 7 chiffres. Mais en fait, c'est tout ça. Une fois que tu es là, tu te rends compte et on en a d'autres des témoignages dans le podcast. Une fois que tu es là, tu te rends compte que ce n'est pas ça réussir.
- Léa Mispoulet
Pas du tout. Tout à l'heure, tu me demandais ce qui a été le plus dur pour moi. dans cette période de fermeture de la boîte, il y a eu aussi ça, tu vois, admettre que je m'étais trompée. Je m'étais trompée. Ah ! Quand tu te rends compte de ça, ça fait mal à ton égo, mais c'est ta responsabilité de te dire, ben oui, je me suis trompée en fait. La réussite, ce n'est pas ça. La réussite sociale non plus. Enfin, tu vois, la réussite sous toutes ses formes, ce n'est pas ça. Shiner sur les podcasts, sur YouTube, sur... Je ne sais pas, bref, sur tous les canaux de communication confondus, ce n'est pas fait pour moi, tu vois, ce n'est pas ça que je veux. En tout cas,
- Ombeline Becker
ce n'est plus ça que je veux, ça a évolué, tu vois. Parce que la réussite, c'est pareil. Tu la vois en 2019, je t'aurais dit une autre définition qu'aujourd'hui, tu vois. Bien sûr. Et c'est ça qui est riche en même temps. C'est de pouvoir réévaluer ce qu'est la réussite. Mais c'est vrai que la place de l'ego, elle est essentielle d'en prendre conscience. Et au départ, la réussite, on la pense à partir de l'ego. Donc il y a après toute cette déconstruction et cette reconstruction identitaire au-delà de l'ego.
- Léa Mispoulet
Ah mais c'est pour ça que moi je ne comprends pas qu'on n'en parle pas autant. Il y a un vrai sujet de fond qui est tabou. On en parlait, on me l'invite la première fois qu'on a discuté ensemble. On parle de l'entrepreneur qui réussit, du chiffre d'affaires, etc. Bref. Et après, on parle du burn-out. Et encore, maintenant, on en parle du burn-out chez l'entrepreneur. Parce qu'il faut dire qu'en même temps, là où on se parle, on est en 2026, la plupart des entrepreneurs ne sont quand même pas, psychologiquement parlant, pas tous très joyeux avec la conjoncture.
- Ombeline Becker
Puis même, le burn-out, ça va peut-être même devenir... Une preuve de mérite supplémentaire, je pense qu'on en est. C'est genre, moi, c'est bon, je suis passée par le burn-out, donc je suis encore plus légitime.
- Léa Mispoulet
J'ai compris, je fais la même chose pour les autres. Mais en fait, l'entre-deux, on n'en parle pas du tout. Ou quand tu commences à t'effacer de tout ça, c'est parce que ce besoin d'appartenance, il est tellement fort.
- Ombeline Becker
Et on le nourrit dans l'entrepreneuriat.
- Léa Mispoulet
Il y a un truc que j'ai compris il n'y a pas longtemps. Et c'est en parlant avec ma psy que j'ai compris ça. Elle m'a dit, de toute façon, tant que les entrepreneurs n'ont pas compris que leur actif numéro un, c'était la santé de l'entrepreneur, ça allait droit dans le mur pour 90% d'entre nous. Je disais, moi, je n'ai pas compris. Je n'ai pas compris et du coup, je me suis trompée là-dessus sur la question. Parce que la santé de l'entrepreneur, pour moi, c'était la santé, genre, oh, va faire du sport. Tu vois, voilà, c'était quand même comme réflexion.
- Ombeline Becker
Mais oui, parce qu'en fait, l'entrepreneuriat révèle... les failles les plus profondes de toute notre société. Et ce que tu viens de dire là, ça montre simplement que la santé, tout le monde s'en fout. On est quand même dans une société où les soignants sont quand même les plus mal payés de notre société quasiment.
- Léa Mispoulet
Ah oui, ce n'est pas du tout valable.
- Ombeline Becker
La santé n'est pas valorisée dans notre société. Donc la santé d'un entrepreneur, tout le monde s'en fout. Et l'entrepreneur aussi, parce qu'on est aussi éduqué dans un monde... ou c'est l'extérieur qui est valorisé, ou c'est ce qui est complexe, ou c'est l'effort extrême. Ça, ça a de la valeur. Mais la santé, quand tout va bien, quand on est souriant, tout le monde s'en fout. Personnellement, les modèles de réussite que j'avais n'étaient pas du tout calibrés pour moi, pour mes valeurs, pour ma vie, pour ma personnalité, pour mes projets. Je me suis calquée sur d'autres personnes, sur d'autres modèles.
- Léa Mispoulet
C'est le syndrome de l'obébrion, là.
- Ombeline Becker
Il faut rappeler quand même que... Ah ! En tant que femme, des modèles, on n'avait pas tant que ça. Non, pas du tout. Pas du tout, peut-être. Le modèle de nos mères, de nos grand-mères, ce n'était peut-être pas celui qui nous faisait kiffer. Et donc, on a pris un modèle entrepreneurial parce que ce n'était peut-être pas non plus le modèle de nos pères, de nos grands-pères qui nous faisaient kiffer non plus ou dans lequel on pouvait se reconnaître. On s'est dit que l'entrepreneuriat, c'est un peu la voie de la liberté, c'est la voie de l'épanouissement, etc. Mais au final, on est resté dans un modèle young.
- Léa Mispoulet
Complètement. En plus, ça me fait rire. Ce que tu dis, ce n'est pas ce que tu dis qui me fait rire, ce qui me fait rire, c'est que moi, la liberté, c'est ce que je voulais. Je n'ai jamais eu la liberté. Qu'on soit très, très clair, je n'ai jamais eu la liberté que je voulais. La liberté financière, la liberté géographique, la liberté d'être, la liberté d'incarner, la liberté sous toutes ses formes, je n'ai jamais réussi en sept ans d'entrepreneuriat. Ça, ça a été dur pour moi de l'admettre. Mais en fait, aujourd'hui, ta définition de la réussite, elle est liée à ta définition de la liberté.
- Ombeline Becker
Il y a quelque chose aussi qui ressort dans ce qu'on dit. En fait, il y a beaucoup d'entrepreneurs qui se croient en train de scaler, d'être dans une croissance exponentielle, alors qu'en fait, ils sont en train de compenser un vide intérieur.
- Léa Mispoulet
Oh oui. Comment tu aimerais réagir à ça ? Effectivement, j'en ai vu. Je ne peux pas dire que je n'en ai pas fait partie ou que je n'ai pas agrémenté ce truc-là, parce que quand j'ai lancé la boîte, j'avais cette rage, cette vengeance même. auprès de mes anciens boss dans le salariat qui me pensaient ceci, qui me pensaient cela. Du coup, là, tu parles de scaler. Moi, je dirais juste faire de la croissance. En fait, c'était pour moi un modèle de... Vous avez vu ? Donc forcément, par rapport à ce que tu exprimes là, il y avait quelque chose à soigner en moi, à réparer. Effectivement, je ne dirais pas que c'est la plupart des entrepreneurs, mais beaucoup d'entrepreneurs que j'ai côtoyés, que j'ai vus faire. que je suis, vous suivez. J'ai été aussi dans un secteur où j'ai vu beaucoup ça parce que j'accompagnais les thérapeutes, les professionnels de l'accompagnement, où en fait, accompagner pour eux, c'était leur thérapie. Et pour autant, je peux t'assurer que la plupart des prospects que j'ai pu avoir, je n'enverrais ni mon père, ni ma mère, ni ma sœur, personne. Je ne leur faisais pas confiance du tout parce que justement, ils étaient tellement dans compenser de choses à soigner, à réparer.
- Ombeline Becker
Oui, en fait, je voyais les failles.
- Léa Mispoulet
Je voyais que ça. Mais c'est pareil pour les entrepreneurs qui scalent ou qui font 3 millions. Puis scaler, c'est encore une fois... Je ne suis pas prête d'utiliser ce mot. Non, mais c'est bullshit. On arrête de nous faire chier avec cette histoire de scaler. OK, demain, toi et moi, on peut réussir à scaler nos boîtes. On peut faire 1 million, 2 millions, 3 millions. Il n'y en a pas beaucoup. Honnêtement, il n'y en a pas beaucoup qui y arrivent. Mais on peut y arriver. En revanche... Moi, ça me fait rire les gens qui me disent « Ouais, j'ai scalé, j'étais x4 en croissance. » Et je leur dis « Ah, et ta marge ? » Tu vois, rien que ça déjà. Ça les calme en fait. « Ah, t'as fait beaucoup de marge, t'as fait combien de bénéfices cette année ? Du coup, t'as eu de la renta ? » Tu sais, pour rester très sur le côté young, tu vois. Pragmatique. « Ah, t'as eu de la renta ? Ouais, bon, bof. T'as fait des projets perso avec ça ? » Tu te rends compte qu'en fait, la plupart, il n'y a rien. Il n'y a rien, c'est du vide. Il y a ça. Après, je dirais que oui, à ce moment-là, si on parle de tout ce qui est business en ligne, etc., il y a eu énormément d'entrepreneurs qui, pendant le Covid, se sont engouffrés là-dedans, donc ont pu scaler, mais ils n'avaient aucune éthique. C'était on y va, on scale. Et puis eux, c'était pour faire de la thune. Donc voilà, ça, c'est la deuxième catégorie qui, moi, me fait péter un plomb parce que ça a été des concurrents et que j'ai vu qu'ils délivraient très mal, très, très mal. Et il y en a d'autres, effectivement, qui font ça parce qu'ils ont quelque chose à réparer. Mais après, ça dépend de ce qu'on a à réparer. Tant que tu incarnes et que tu es un bon leader et que tu es capable d'embarquer ta vision, je n'ai rien contre ça. Juste, traite bien les gens. Moi, je viens du milieu de la startup. Donc, j'ai vu l'envers du décor startup. J'ai vu l'envers du décor de l'entrepreneuriat. C'est similaire. C'est-à-dire qu'on va te vendre. Voilà, l'entreprise fait 4 millions. On va te mettre un super... post sur Welcome to the Jungle en te disant que tu seras responsable marketing digital. Et puis, on va te proposer un salaire à 1500 euros par mois avec plein d'avantages sociaux. Tu fais 4 millions, tu me proposes 1500, poste de responsable, prends un stagiaire. Enfin, je ne sais pas. En fait, c'est que ça, tu vois. Moi, qui m'a dégoûtée de l'entrepreneuriat et du monde des startups. Je ne sais pas si j'ai répondu à ta question, mais je pourrais y aller encore.
- Ombeline Becker
Ouais, mais après, tu vois, les auditeurs de vérité, s'ils écoutent vérité, c'est qu'ils savent déjà qu'il y a un malaise. Il y en a aussi beaucoup qui n'osent pas l'expansion pour ne pas amplifier ces malaises et tout ce qui va à l'encontre de leur valeur. Parce que je dis souvent que l'expansion n'ajoute rien de l'extérieur, elle vient amplifier les failles intérieures.
- Léa Mispoulet
si j'avais voulu Et j'ai des amis qui ont la même réflexion que moi là-dessus. On aurait scalé, comme tu dis, tu vois. On aurait scalé. Mais en fait, donc c'est une forme d'expansion. En fait, s'y aller, ça demandait aussi des choses dont je n'avais pas envie. Je n'avais pas envie d'aller encore plus m'exposer, encore plus gérer. Et donc, pour moi, me déconnecter beaucoup plus, encore m'éloigner, tu vois, encore plus de pourquoi j'ai lancé mon entreprise. Parce qu'à la fin, tu ne deviens même plus une... Moi, en tout cas, je n'étais plus une visionnaire, j'étais la gestionnaire. J'éteignais les feux, je gérais, je ne faisais même plus que j'aimais. J'avais même sacrifié ça. Donc, en fait, oui, y aller, ça voulait dire quoi ? Faire plus de croissance. Moi,
- Ombeline Becker
je pense que parfois, l'expansion,
- Léa Mispoulet
c'est la décroissance. Exactement, je suis complètement d'accord.
- Ombeline Becker
Parce qu'en fait, la véritable expansion, déjà, elle part de ce qui est déjà à l'intérieur de nous. Il n'y a rien de nouveau, tout est déjà en nous. Et donc, l'expansion, c'est revenir encore plus à l'essentiel. Et parfois pour ça, il faut créer de l'espace, il faut créer du vide, comme ce que tu as vécu avec cette boîte que tu as décidé de fermer. Et tu es en train de revenir à l'essentiel. Et donc, tu es en phase d'expansion. Parce que même si, visiblement, il ne se passe pas grand-chose, enfin, il se passe plein de choses, mais tu vois... ton agenda se vide. Enfin voilà, il y a du vide qui est en train de se créer. Il y a moins de flux financiers qui passent, etc. Mais n'empêche que tu es en train de préparer un step d'expansion à partir de qui tu es. Et ça va être beaucoup plus puissant que ce que tu as vécu jusqu'à maintenant.
- Léa Mispoulet
Je suis assez d'accord. Je suis en train de l'expérimenter ça. Je suis trop contente. En vrai, je suis trop contente de vivre cette expansion dans ce sens-là parce qu'encore une fois, ça valide le côté je m'étais trompée, ce n'est pas ça que je voulais.
- Ombeline Becker
Qu'est-ce que tu apprends dans cette phase en ce moment qu'on va appeler l'expansion, si tu veux bien, via la décroissance ?
- Léa Mispoulet
J'apprends que je n'ai pas besoin de gagner. Tu vois, je n'ai pas besoin de scaler, je n'ai pas besoin de gagner 50 000 euros par mois, ni même 15 000. Je parle de chiffre d'affaires là, pour me sentir valorisée par les autres et par moi-même. Je me rends compte des mauvais choix que j'ai fait en ce moment, tu vois. Des mauvais investissements. Et je me rends compte aussi que j'ai bien trop sacrifié. Et ça... plus jamais. Tu vois, dans cette phase d'expansion, je pense que le sacrifice, cette abnégation, elle était beaucoup trop présente, beaucoup trop forte. Et tout ce que j'ai sacrifié, il y a eu des choses positives, mais la plupart n'étaient pas des désirs réels. C'était quoi ? Ben, c'était des peurs. De perdre, d'insécurité. Et ouais, donc tu décidais à partir des peurs. Ah oui, beaucoup, beaucoup. L'entrepreneur a beaucoup peur. C'est pour ça qu'on prend des décisions comme ça et qu'on y va et qu'on tient à tout prix. Et donc, ça amplifie les failles. Absolument. Et ça continue. Les résultats continuent de nourrir les peurs. En fait, c'est vraiment un cercle vicieux. C'est pour ça que la reconstruction, pour moi, elle est clairement identitaire.
- Ombeline Becker
L'expansion, surtout celle que tu vis par la décroissance, elle demande tellement d'amour. Tellement.
- Léa Mispoulet
Oui.
- Ombeline Becker
En fait, tu es en train de re-remplir ton estime de toi, l'amour de toi, le respect, ta dignité aussi. Et ça, ça touche toutes les sphères.
- Léa Mispoulet
C'est beau ce que tu viens de dire. Je suis à deux doigts de chialer. Vraiment. C'est très vrai. Et ça, tu le comprends quand tu l'expérimentes, effectivement, bien trop tard, malheureusement pour ma part, mais en espérant que celles et ceux qui nous écoutent ne vivront pas ça.
- Ombeline Becker
C'est important ce message de ton témoignage qui est en fait en disant stop à ta boîte et à tout ce que ça représentait. Tu as dit oui à l'amour.
- Léa Mispoulet
Je pense et à l'amour de la vie. Trop à sa côté, j'ai 36 ans, il est temps là. Let's go, on y va.
- Ombeline Becker
Qu'est-ce qu'il faudrait ajouter à cet épisode pour que ça te semble complet, Léa ?
- Léa Mispoulet
Je pense qu'il faudrait ajouter la notion de discernement.
- Ombeline Becker
Yes.
- Léa Mispoulet
Moi, j'en ai manqué, surtout quand j'étais dans des groupes d'entrepreneurs. Ce truc de syndrome de l'objet brillant, ce truc des réseaux sociaux aussi. Il n'y a pas que les groupes d'entrepreneurs. Les réseaux sociaux nous font beaucoup perdre notre discernement parce qu'on nous vend. C'est comme ça qu'il faut faire. Et il y en a 15 000 tous les jours qui te diront c'est comme ça qu'il faut faire.
- Ombeline Becker
Et maintenant, c'est l'IA qui nous fait perdre notre discernement.
- Léa Mispoulet
Oui, c'est vrai. L'IA aussi. De toute façon, l'IA, c'est écrit par l'IA maintenant dans nos postes Insta. Tu vois,
- Ombeline Becker
l'un dans l'autre finalement.
- Léa Mispoulet
Donc, c'est ça, je pense, qui... À mon sens, il faudrait rajouter ce côté revenir à soi par le corps aussi. Le discernement, il passe par le corps, à ses intuitions, à ses ressentis, mais aussi investiguer avant d'agir.
- Ombeline Becker
Qu'est-ce que tu en parlais ?
- Léa Mispoulet
Aller fouiner. Est-ce que ça marche vraiment ? Est-ce que ça marchera pour moi ou pas ? J'en ai tellement vu, Ombeline, changer du tout au tout de business model parce que ça marchait pour l'autre. Et en fait, ça a foiré pour elle ou pour lui. Oui, tu veux dire qu'ils se sont précipités dans un truc par appel du succès ? Exactement. Oui, sans se poser vraiment les questions. C'est ça. Donc, investiguer si dans ta boîte, tu peux le faire, si ça marche d'une part, et comment l'adapter. C'est ça le discernement aussi. Comment l'adapter à toi, à ton modèle, à ta boîte et tes valeurs. C'est difficile à faire, mais je pense que c'est essentiel.
- Ombeline Becker
Pour moi, le discernement, c'est du leadership de soi-même. Donc, c'est tout premier niveau de leadership. Et en fait, ce discernement, c'est aussi déjà oser voir la vérité à propos de soi et dire, OK, est-ce que là, j'agis à partir d'un espace intérieur de peur ou d'amour ? Déjà, cette question-là... elle résout beaucoup de choses.
- Léa Mispoulet
Oui, c'est clair.
- Ombeline Becker
Mais faire le choix de l'amour, ce n'est pas faire le choix de la facilité.
- Léa Mispoulet
Rarement. C'est ça le problème.
- Ombeline Becker
Tu voulais ajouter autre chose, Léa, pour compléter la conversation ?
- Léa Mispoulet
Non, je pense que je pourrais parler encore avec toi pendant des heures. C'est passionnant. Mais là, je pense que j'ai dit pas mal de choses déjà.
- Ombeline Becker
Oui, c'est précieux ce que tu as partagé. Je voudrais vraiment te remercier pour ta sincérité. pour ton ouverture, pour ta confiance aussi envers moi et envers cet espace du podcast. Ça me touche beaucoup. Je suis convaincue que ça va inspirer beaucoup d'entrepreneurs qui sentent déjà qu'il y a un problème et leur donner justement peut-être cette autorisation dont ils ou elles ont besoin pour réajuster maintenant avant qu'il soit trop tard quelque part. Mais aussi, finalement, ce n'est jamais trop tard.
- Léa Mispoulet
Il est possible que vous sentiez qu'effectivement, il peut être trop tard. Salut ! oser justement questionner ça parce qu'on est beaucoup à l'avoir fait. Et tout va bien. Et tout ira bien, en fait. Tout ira bien.
- Ombeline Becker
Il y a une question que ça fait longtemps que je n'ai pas posée à mes invités et que j'avais envie de te poser à toi. Qui tu aimerais entendre dans le podcast Vérité ?
- Léa Mispoulet
J'aimerais bien qu'on voit une personne de l'émission "qui veut être mon associé", membre du jury, j'entends. Lequel ? Par exemple, Anthony Bourbon, j'aimerais bien.
- Ombeline Becker
Je ne sais pas si j'aimerais le recevoir.
- Léa Mispoulet
Oui, tu vois, je serais curieuse de savoir ce qu'il en pense. Ou sinon, sur vérité, j'entends sur un sujet X à définir. Ou sinon, justement, qui va être mon associé, il y a aussi Éric Larcheveque, qui semble être un personnage aussi hyper intéressant. Je pense qu'il a vécu plein de choses et plein de vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire et qui pourraient être passionnantes d'écouter.
- Ombeline Becker
Et puis, je pense que c'est important. que ces pontes de l'entrepreneuriat parlent en vérité aussi. Ce serait bien, messieurs, mesdames. Et Kelly Massol aussi, elle a probablement plein de choses à dire.
- Léa Mispoulet
Ah oui, oui, bien. Mais tous, là, tu m'en as demandé, mais bien sûr, tous.
- Ombeline Becker
Infiniment, merci, Léa. Évidemment, dans la description de l'épisode, les auditeurs peuvent te retrouver là où tu es. Et je pense que vous allez aussi adorer le podcast de Léa si vous n'êtes pas encore abonnée.
- Léa Mispoulet
Oui, c'est Wellness Impact.
- Ombeline Becker
Et j'ai hâte de voir tout ce que tu nous prépares, Léa.
- Léa Mispoulet
Merci beaucoup, Ombeline, et merci de m'avoir reçu. À bientôt.
- Ombeline Becker
Ce que Léa vient de poser ici, c'est quelque chose que beaucoup d'entrepreneurs vivent, mais que peu osent vraiment regarder. Une entreprise qui fonctionne, mais une énergie qui s'éteint. Une réussite dans les chiffres, mais une identité qui se dilue. Et ce moment où tu comprends que le problème, ce n'est pas ton business. mais l'endroit depuis lequel tu le tiens. Et derrière ça, un malaise plus profond. Un malaise que beaucoup ressentent sans toujours réussir à le nommer. Celui de voir ce que l'entrepreneuriat devient parfois. De la performance, de la comparaison, des modèles qui ne respectent ni le corps et encore moins l'intégrité. Alors inconsciemment, beaucoup freinent, pas par manque de capacité ni par manque de stratégie, mais parce qu'elles sentent que grandir dans ce système-là, c'est se perdre. Et participer sans le vouloir à un système qui indirectement détruit aussi notre humanité. Ce que montrent Léa ainsi que tous les invités du podcast Vérité, c'est qu'il existe un autre chemin. Un chemin où l'expansion ne passe pas par plus, mais par plus de vérité, de discernement, de respect de soi. Parfois même par la décision de s'arrêter. Et c'est là que le vrai leadership commence. Alors si cet épisode résonne. Si tu sens que quelque chose en toi hésite encore à s'ouvrir pleinement, viens m'écrire en privé pour me partager ce que cette conversation a ouvert en toi. Ou alors, poursuivons cette conversation dans le collectif libre. Le lien pour nous rejoindre gratuitement est dans la description. Libre est l'espace pour ne pas rester seul avec ces questions et apprendre à tenir une extension qui n'exige plus de te trahir. A très vite, dans un prochain épisode de Vérité.