Speaker #0Je suis le docteur Cyril Fischhoff, chiropracteur spécialiste en échographie musculo-squelettique exerçant à l'île Maurice. Je vous invite à écouter un nouvel épisode du podcast Vertébranco chaque premier et troisième lundi du mois. Ce podcast est consacré à l'univers de la médecine musculo-squelettique et s'adresse à tout public. Il se veut être un outil de vulgarisation au service de chacun. Nous y abordons les mécanismes en jeu, le diagnostic, les traitements, les méthodes de prévention des différentes pathologies musculo-squelettiques au travers de petites histoires cliniques, des dernières recherches scientifiques et d'interviews de spécialistes. Bonjour à tous, alors aujourd'hui nous allons parler d'un sujet qui sature les moteurs de recherche et les salles d'attente mais qui reste... pourtant l'un des plus mal compris, l'arthrose. Pendant trop longtemps, on nous a vendu l'arthrose comme une fatalité, une simple usure, inévitable, comme si nos articulations étaient des pièces mécaniques condamnées à finir à la casse. Mais avant de plonger dans cette nouvelle vision biologique, je veux lever une confusion que j'entends presque quotidiennement en consultation. On me demande souvent, mais au fait, j'ai de l'arthrose ou de l'arthrite ? Dans l'esprit de beaucoup, c'est la même chose. Et pourtant, comprendre la différence, c'est déjà faire la moitié du chemin vers la guérison. Alors, pour bien distinguer les deux, j'aime utiliser l'image du feu et de la pierre. L'arthrite, c'est le feu, c'est une inflammation primaire, souvent brutale. Elle peut être auto-immune, infectieuse ou liée à des cristaux, comme dans la goutte. L'articulation est rouge, chaude et gonflée, et la douleur est souvent nocturne, elle vous réveille. L'arthrose, elle, a longtemps été perçue comme de la pierre, comme la pierre, un processus froid, lent, purement mécanique. Mais attention, cette vision est périmée. Aujourd'hui, on sait que l'arthrose est un processus de remodelage biologique. Ce n'est pas tant que l'articulation s'use, c'est qu'elle tente de s'adapter à un environnement qu'elle ne gère plus. Et parfois, ce processus s'enflamme. C'est ce qu'on appelle la poussée congestive, où l'arthrose prend soudainement les traits de l'arthrite. Mais ça n'en est pas. Alors pourquoi il est important et urgent de parler de l'arthrose ? Eh bien parce que nous faisons face à une véritable vague de pandémie mondiale. Selon les données du Global Burden of Disease, l'arthrose touche désormais plus de 500 millions de personnes dans le monde. En France, on estime qu'elle concerne environ 10 millions de personnes. Mais ce qui est frappant, c'est l'évolution des chiffres. Le nombre de cas a augmenté de plus de 110% en 30 ans. Et contrairement aux idées reçues, ce n'est pas qu'une affaire de tête blanche. On observe une hausse fulgurante de 40% chez les 40 à 60 ans. On ne peut plus ignorer l'impact des traumatismes portifs de jeunesse, les fameuses ruptures des ligaments croisés par exemple au niveau du genou, et qui vont programmer une arthrose 15 ou 20 ans plus tard. C'est aujourd'hui la première cause de handicap chez les plus de 65 ans. Alors on va parler des différentes structures qui composent l'articulation et on va commencer par ce qu'on appelle l'os secondral. Quand on regarde une radio, on se focalise toujours sur le pincement, là où le cartilage semble avoir disparu. Et on se dit, c'est mon cartilage qui me fait mal. Eh bien c'est faux. Le cartilage n'a ni nerfs, ni vaisseaux sanguins. Il est incapable de vous envoyer un signal de douleur. Le véritable coupable, celui qui crie quand vous marchez, c'est l'os secondral. Contrairement au cartilage, cet os situé juste en dessous est extrêmement riche en fibres nerveuses. Imaginez une maison. Le cartilage c'est la moquette, l'os suchondral c'est la dalle de béton. Si la dalle de béton est saine, elle absorbe les chocs en silence. Mais dans l'arthrose, l'os subit une pression énorme, il devient trop dur, ce qu'on appelle la sclérose, ou développe des micro-œdèmes. Cette souffrance de l'os provoque une hypertension à l'intérieur de l'articulation et c'est cette pression captée par les nombreux nerfs de l'os qui crée cette douleur profonde parfois semblable à une rage de dents. En plus, cet os libère des enzymes qui vont digérer le cartilage par le dessous. C'est la recherche de pointe, notamment les travaux de Lorise et Goldring qui ont prouvé ce dialogue toxique. Pour sauver le cartilage, il faut d'abord apaiser l'os qui le soutient. Autre structure qui va composer l'articulation, les ligaments, qui jouent vraiment le rôle de sentinelle de la douleur. Si, comme on vient de le voir, l'os est le foyer de la douleur profonde, les ligaments sont des émetteurs de la douleur de mouvement. Dans l'arthrose, les ligaments subissent deux phénomènes. D'abord, une espèce d'instabilité microtraumatique. Quand le cartilage s'affine, l'articulation flotte. Les ligaments sont alors mis en tension de manière anormale. Ils s'étirent et envoient des signaux de douleur vif dès que vous changez de direction. Deuxième phénomène, la perte de proprioception. Les ligaments sont truffés de capteurs de position. L'inflammation brouille ces capteurs. Résultat, vous vous sentez moins stable, ce qui nous amène directement au rôle crucial de vos muscles. Et en effet, on oublie trop souvent que l'articulation ne tient pas toute seule. Vos muscles péri-articulaires autour de l'articulation sont vos amortisseurs actifs. Le problème dans l'arthrose, c'est ce qu'on appelle l'inhibition musculaire. articulaire arthrogénique. C'est un mécanisme de défense du cerveau, du système nerveux. Parce que l'articulation a mal, le cerveau, entre guillemets, éteint partiellement les muscles autour, comme le quadriceps pour le genou, pour protéger l'articulation. Résultat, le muscle fond, il s'atrophie, et comme le muscle ne joue plus son rôle d'amortisseur, c'est l'os sucondral qui prend 100% de l'impact à chaque pas. C'est un cercle vicieux, dramatique. Moins vous avez de muscles, plus votre os souffre, plus votre cartilage se dégrade. Plus les ligaments se distendent, le muscle n'est pas qu'un outil de mouvement, c'est véritablement le bouclier biologique de votre cartilage. Et puis il y a ce moment où tout bascule, ce qu'on appelle la poussée congestive. Votre arthrose était silencieuse et soudain, votre articulation flambe. Des micro-débris tombent dans le liquide articulaire, votre corps les détecte comme des intrus, la membrane synoviale s'enflamme et produit un excès de liquide rempli de molécules de guerre, ce qu'on appelle les cytokines. Ces molécules agissent comme des petits acides, Et la poussée congestive n'est pas seulement douloureuse, c'est une phase d'accélération de la maladie. A ce stade, l'inflammation est le moteur de la destruction qu'il faut stopper d'urgence pour protéger vos tissus. Alors, pour conclure cet épisode sur l'arthrose, retenez que l'arthrose est un puzzle. Ce n'est pas juste de l'usure, c'est une souffrance de l'os, une alerte des ligaments, une démission des muscles, le tout sous un fond de chimie inflammatoire. Mais la bonne nouvelle, c'est que sur chacun de ces points, nous avons des solutions. Alors dans le prochain épisode de Vertebrenko, nous passerons à l'action comment réveiller vos muscles malgré la douleur comment éteindre l'incendie chimique d'une poussée et quelles sont les thérapies de pointe de la nutrition, la médecine régénérative qui permettent aujourd'hui de changer la donne Prenez soin de votre structure allez votre liberté de mouvement et au prochain épisode Je vous donne rendez-vous très bientôt dans un nouvel épisode du podcast Vertebrenko En attendant, portez-vous bien, restez actifs et si vous avez des questions ou des idées de thèmes que vous souhaitez que nous abordions, n'hésitez pas à me contacter sur la page du podcast vertebranco.com.