- Speaker #0
Je suis le docteur Cyril Fischhoff, chiropracteur spécialiste en échographie musculo-squelettique exerçant à l'île Maurice. Je vous invite à écouter un nouvel épisode du podcast Vertébranco chaque premier et troisième lundi du mois. Ce podcast est consacré à l'univers de la médecine musculo-squelettique et s'adresse à tout public. Il se veut être un outil de vulgarisation au service de chacun. Nous y abordons les mécanismes en jeu, le diagnostic, les traitements, les méthodes de prévention des différentes pathologies musculo-squelettiques. au travers de petites histoires cliniques, des dernières recherches scientifiques et d'interviews de spécialistes. Bonjour à tous, alors aujourd'hui on reçoit à nouveau le docteur Gauthier Thibéry, chiropracteur et par ailleurs passionné de trail et qui va nous présenter le cas d'une patiente présentant ce qu'on appelle une... Périostite tibiale. Docteur Tibéry, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Docteur Fischer.
- Speaker #0
Alors on va essayer ensemble de comprendre cette périostite à travers ce cas que vous allez nous présenter. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #1
Alors c'est le cas d'une patiente, on va l'appeler du coup pour ce cas-là, Madame M, qui a 18 ans et qui consulte pour une douleur au niveau du tiers inférieur au niveau de la jambe, donc au niveau du tibia. Elle a cette douleur-là depuis 6 semaines, elle est survenue après la course, en fait suite à un entraînement de course à pied. Il s'avère qu'elle court entre 5 et 10 km tous les jours. La douleur est présente à la marche et à la course, à l'activité. Là, ça fait déjà une semaine où elle s'est mise au repos total, mais la douleur ne passe pas. C'est pour cela qu'elle consulte à l'heure actuelle. Au niveau de l'examen clinique, les tests orthopédiques au niveau du genou et de la cheville sont négatifs. Par contre, on peut retrouver à la palpation une sensibilité accrue au niveau du tibia, au niveau de la partie inférieure du tibia. De suite, j'ai recommandé de faire une échographie qui a donc montré une périostite tibiale interne à gauche.
- Speaker #0
Alors justement, là vous nous parlez de périostite après avoir examiné cette patiente. D'abord, qu'est-ce que c'est que le périoste ? Parce que périostite, IT comme inflammation, se rapporte au périoste. De quoi parle-t-on exactement ?
- Speaker #1
Alors effectivement, IT c'est le suffixe du coup de l'inflammation, donc ça veut dire littéralement inflammation du périoste. Le périoste, qu'est-ce que c'est ? C'est une fine membrane fibreuse. qui est très vascularisée et qui recouvre les os, à part les articulations, mais sur toute la surface de l'os. On a cette membrane-là et elle joue un rôle crucial dans la nutrition et dans la croissance de l'os. La périostite la plus courante est la périostite tibiale interne, qui donne des douleurs localisées le plus souvent sur la face antéro-interne du tibia.
- Speaker #0
Donc là, c'est le cas de votre patiente en l'occurrence.
- Speaker #1
Effectivement, exactement.
- Speaker #0
Et donc, quand vous parlez de cette membrane conjonctive fibreuse, est-ce qu'elle est isolée à l'os ? Est-ce qu'elle est dépendante de structures voisines ?
- Speaker #1
Effectivement, cette membrane est dépendante d'autres structures parce qu'on a aussi l'épimysium. L'épimysium, c'est une enveloppe qui va venir sur toute la périphérie des muscles, au niveau du mollet en tout cas, qui va venir entourer les muscles solaires, les muscles tibiales postérieurs. Cette enveloppe va venir s'insérer au niveau du périos du tibia. Et souvent, lors d'efforts de traction, lorsque l'on va surcharger ce mollet, surcharger ses muscles, Ça va venir tracter un peu plus sur le périose, sur sa couche. qui est la plus fine et donc ça peut le sensibiliser.
- Speaker #0
Et lorsqu'on parle de périocyte tibial, on parle d'une douleur qui est toujours au même endroit, qui concerne toujours la même partie du périocyte tibial ?
- Speaker #1
Dans la périocyte, il y a deux zones, deux sites qui sont à peu près au même endroit, mais pas sur les mêmes versants. Dans tous les cas, ça touche le tibia, donc là c'est au niveau de la jambe, et on peut avoir une périocyte tibiale interne, donc c'est sur la face entéro-interne du tibia, ou une périocyte tibiale antérieure. Du coup, c'est sur l'autre versant, un peu plus vers l'extérieur, c'est sur le versant antérieur du tibia. Par contre, la périostite tibiale intérieure est beaucoup moins atypique. La plus courante reste la périostite tibiale interne qui représente 95% des cas.
- Speaker #0
Et alors, lorsqu'on suspecte une périostite, comment on peut la reconnaître ? Comment on peut être sûr que le patient présente précisément cette pathologie ?
- Speaker #1
On peut avoir différentes signes. Déjà, la localisation, ce qu'on vient de dire juste à l'instant, par rapport à la situation au niveau du tibia, soit la partie antérieure ou la partie entéro-interne du tibia. On a aussi une sensation par rapport à cette douleur. On a une douleur vive, lancinante, parfois décrite comme une brûlure le long de l'os. L'évolution de la douleur aussi, ça peut nous mettre sur la piste. C'est-à-dire qu'au départ, on va juste avoir une douleur à l'échauffement, avant l'effort. Ensuite la douleur en fait elle peut... perdurer un peu plus pendant l'effort ou on peut même aussi, si on ne fait rien, si on ne traite pas, avoir une douleur ensuite même au repos, à la marche. Et ensuite, dernier critère, c'est la palpation. Si on va venir toucher notre os tibial, il y a certaines zones qui peuvent être un peu douloureuses, comme si on avait un bleu sur l'os, et donc ça peut recréer une douleur à cet endroit-là.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des examens complémentaires qui peuvent confirmer cette pathologie ?
- Speaker #1
Effectivement, on peut avoir recours à l'imagerie, donc on peut faire des radiographies au niveau du tibia, par exemple, pour essayer de voir si on a des fractures de stress, ou alors on peut faire aussi l'échographie qui nous permet de voir les tissus mous au niveau de la jambe. Et notamment le périoste, donc la membrane autour de l'os, voir si elle est un peu plus épaissie, si elle témoigne d'une inflammation.
- Speaker #0
Et alors, on arrive à diagnostiquer cette périostite avec certitude par tous les moyens que vous avez évoqués. Maintenant, la question qui va se poser pour pouvoir y remédier, j'imagine, c'est de savoir quelle est la cause. Qu'est-ce qui a pu entraîner cette périostite ? Est-ce qu'il y a des hypothèses de travail par rapport à ça ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux grandes théories qui se font face l'une à l'autre. La première, ça va être la théorie faciale, ou l'effet d'arrachement. Effectivement, au niveau du mollet, on a les muscles solaires et les muscles tibiales postérieurs qui sont solidement ancrés au niveau du tibia via le périoste. Et via aussi cette membrane qu'on a discutée juste auparavant, qu'on appelle l'épimysium. A chaque impact avec le sol, ces muscles vont se contracter violemment pour stabiliser le pied, absorber le choc. Et si le muscle est trop raide, trop raide, si on est trop fatigué, si l'impact est trop brutal, il peut exercer une traction répétée sur le périoste et ça peut amener à une sensibilité de cette zone-là. A force de tirer, la membrane commence à se décoller micro-millimètres par micro-millimètres, et du coup c'est ce qu'on appelle micro-avulsion, donc c'est un début d'arrachement qui crée une inflammation au niveau de cet endroit-là. Et la deuxième théorie, c'est la théorie osseuse, donc souvent c'est lorsqu'on fait trop fort, trop vite ou trop longtemps, l'os en fait n'a pas le temps de s'adapter par rapport au stress mécanique, notamment par rapport à la course à pied, et il n'y a pas assez de moments de récupération, donc il a du mal à récupérer des séances, et au bout d'un moment, il peut se sensibiliser, Et donc... créer une inflammation locale au niveau de sa partie la plus externe.
- Speaker #0
Et alors, dans un cas comme dans l'autre, est-ce qu'il y a des facteurs fonctionnels qui peuvent avoir un impact là-dessus ?
- Speaker #1
Oui, nous pouvons avoir des facteurs fonctionnels, style le manque de mobilité de la cheville par exemple, si elle ne bouge pas assez, du coup les contraintes vont se répercuter un peu plus sur le tibia. On a aussi l'affaissement du pied en pronation, c'est-à-dire que la partie interne du pied va venir s'affaisser, et donc ça surcharge aussi ces structures-là. On peut aussi être dans le cas d'une hanche paresseuse, si admettons la hanche ne travaille pas correctement, pareil, l'ensemble de ces choses-là vont augmenter les contraintes, les charges au niveau du tibia.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour toutes ces précisions. Et alors concernant votre patiente sportive, Madame M, comment vous l'avez traité ?
- Speaker #1
Nous l'avons traité avec différentes techniques au cabinet. La première technique, ça va être la technique d'électrostimulation périnorale périphérique, qu'on connaît, qu'on a déjà discuté pendant les podcasts. Ça a permis de désensibiliser les nerfs, notamment le nerf safène qui inerge la partie interne de la cuisse et du mollet. On a fait aussi des ondes de choc pour stimuler la cicatrisation du périoste et aussi ça permet de relâcher les tensions faciales par ce biais là. On a aussi fait de la glucoponcture qui permet d'assouplir les fascias, notamment l'épimysium, donc l'enveloppe qu'on a discuté depuis le début. Et aussi on fait des champs magnétiques pulsés. qui permet d'améliorer la circulation et la régénération tissulaire. Et après trois sessions, on a eu une évolution favorable par rapport à Mme M. Du coup, elle a pu reprendre la course à pied de manière progressive.
- Speaker #0
Est-ce que vous aurez des conseils à donner aux patients, notamment aux sportifs, pour prévenir la survenue d'une périostite ?
- Speaker #1
Le repos relatif, donc arrêter l'activité qui déclenchait la douleur, style la course à pied, les sauts, et plus modifier ça et faire des sports dits portés, comme la natation, le vélo. pour quand même travailler sur le cardio. Deuxième conseil, ce qu'on peut faire, c'est faire du glaçage. Donc appliquer de la glace sur la zone douloureuse, 10 minutes, 3-4 fois par jour. Troisième conseil, on peut aussi faire des automassages, masser doucement la région, les muscles du mollet, afin de limiter les contraintes, limiter les tensions. Et quatrième conseil, on peut aussi vérifier le matériel, notamment les baskets, si elles sont trop usées, forcément les impacts vont se répercuter au niveau du membre inférieur.
- Speaker #0
Alors, si on a une périostite qui n'est pas traitée, au-delà du fait que ça fasse mal, est-ce qu'il peut y avoir des complications ?
- Speaker #1
Oui, la complication majeure par rapport à la périostite non traitée, ça sera la fracture de fatigue. Dès que la douleur persiste au repos ou même s'il y a une gêne à la marche quotidiennement, si la douleur aussi ne diminue pas après 10 jours de repos relatif, dans ces deux cas-là, je vous invite à consulter un professionnel.
- Speaker #0
Eh bien, Dr Thibéry, je vous remercie énormément pour toutes ces précisions. Et puis, évidemment, s'il y a des gens qui veulent poser des questions, n'hésitez pas. à poser des questions sur le site vertebreinco.com que je vous ferai parvenir.
- Speaker #1
Merci à vous, Dr Fischhoff. À la prochaine.
- Speaker #0
Je vous donne rendez-vous très bientôt dans un nouvel épisode du podcast Vertèbre & Co. En attendant, portez-vous bien, restez actifs et si vous avez des questions ou des idées de thèmes que vous souhaitez que nous abordions, n'hésitez pas à me contacter sur la page du podcast vertebreandco.com.