- Speaker #0
Quand on était dans la galerie des glaces et qu'on regardait à travers les vitres un feu d'artifice qui se reflétait dans les miroirs derrière, c'était magique.
- Speaker #1
Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui a été tournée au château en 2005. C'était une gymnastique d'organiser ça.
- Speaker #0
Les traiteurs arrivent, les fleuristes, la chauneau, la mise en lumière.
- Speaker #1
Une fois que l'équipe arrive et que vous avez 200 figurants dans le lieu qui sont prêts à tourner une scène, on oublie complètement qu'on est dans un musée.
- Speaker #0
J'aime voir les gens rêver.
- Speaker #1
Je m'appelle Jeanne Hollande et je suis chargée d'organiser les tournages, les prises de vues au château de Versailles.
- Speaker #0
Je m'appelle Nadine Pluvieux, je suis née en Charmonte, dans un petit village qui s'appelle Saint-Michel d'Entregues.
- Speaker #1
Je suis versaillaise depuis toujours. C'est mon arrière-grand-père Louis Dufay qui est un inventeur de procédés photo-couleur et cinéma-couleur qui est venu s'installer à Versailles et ma famille y est restée pendant des années. Donc moi je suis née à Versailles et j'y suis encore. Donc le château de Versailles fait vraiment partie de ma vie depuis que je suis toute petite.
- Speaker #0
J'ai trois soeurs, nous étions quatre filles. Et nous avons eu une enfance très heureuse. Je suis donc partie après mon bac en Suisse pour skier. Je suis restée à Lausanne où j'ai pris des cours de décoration intérieure. Et c'est devenu une passion folle qui m'a envahie. Je suis repartie en France, bien sûr, trois ans après. Et j'ai eu la chance de rencontrer une personne incroyable qui était Jean Dumont, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, qui avait une agence. À la Porte d'Auteuil, j'ai travaillé avec lui pendant 15 ans. Il a été nommé à Versailles pour la loi programme de travaux de 1978. Donc en 1978, nous sommes arrivés à Versailles. À la suite d'un dîner mondain à Paris, M. Dumont avait rencontré une comtesse et qui lui avait demandé d'organiser quelque chose à l'orangerie. Il ne savait pas comment s'y prendre. Moi, je voyais tout à fait ça. Et donc, c'est comme ça que ça a commencé. Ensuite a été nommé M. Philippe Bigot, avec qui j'ai continué cet assistana de direction. On s'occupait de tous les chantiers. Il y avait des chantiers partout, dans le parc et dans le musée. Et à l'établissement public en 1990, M. Bablon, qui était le premier directeur, m'a fait un petit clin d'œil en me disant qu'il fallait traverser la course de l'architecture au musée. Et là, je suis rentrée en contact avec Simon Hogue, notre conservateur général. Qui m'a mis entre les mains le fait de créer des événements ?
- Speaker #1
Quand j'avais 10-11 ans, j'ai rencontré une très bonne copine qui est encore une excellente amie, qui s'appelle Cécile Hogg. Et ses deux parents, monsieur et madame Hogg, étaient tous les deux conservateurs de musées. Et notamment Simone Hogg était conservatrice générale du château de Versailles. Et donc j'ai baigné pendant des années dans leur univers. À force de côtoyer les Hogs, vraiment je me rendais compte que l'histoire de l'art m'intéressait beaucoup. Je dessinais à l'époque aussi et en fait ils m'ont vraiment aidée à choisir des études pour aller dans ce que j'aimais. Et donc je suis rentrée à l'école du Louvre et cette école a bouleversé beaucoup de choses chez moi. J'ai vraiment adoré l'enseignement de cette école. Après, j'ai aussi fait une année à la Sorbonne en histoire de l'art. Et là, j'ai 25-26 ans. Je cherche à travailler. Alors, j'ai commencé quand j'étais étudiante à l'université Sorbonne, à travailler en parallèle à une revue qui s'appelle la revue L'Image, qui était dirigée par Laurent Gerveurot, et qui étudiait justement l'im... impact de l'image, que ce soit en photo, en cinéma, en tout support sur expliquer l'histoire, expliquer la sociologie, etc.
- Speaker #0
Alors un événement commence par l'arrivée de tous les prestataires le matin très tôt. Il faut être là. Et à Versailles, il n'y a pas de cuisine, donc il faut monter les étuves, les traiteurs arrivent, les fleuristes, la sono, la mise en lumière, etc. Et tout ça, il faut que ce soit bien fait. Il m'arrivait d'être là à 6h le matin, de repartir à 2h du matin quand le dernier grand patron d'une soirée me faisait appeler son chauffeur. Et hop, je n'habitais pas très loin, j'habitais dans l'hôtel des réservoirs à côté. Donc c'était très simple pour moi et je dors très peu, donc c'était sans problème. Mais je voulais savoir si tout allait bien. Il faut vraiment être d'une grande rigueur et très très organisé. Et avoir l'œil à tout. Un soir à l'orangerie. Il y avait des milliers de fleurs de lisse. Quand je suis rentrée dans l'orangerie, après la mise en place des fleurs, j'ai dû faire évacuer toutes les fleurs. Parce que ça sentait tellement fort qu'on n'aurait pas pu dîner. L'organisateur a été ravi parce qu'il ne s'était pas rendu compte. Voilà, ça ce sont des choses qu'il fallait sentir. Il faut respecter le lieu. Il m'est arrivé un jour à l'opéra, il y avait une grande soirée, et je vois un photographe qui était en jean, et je lui ai dit en plaisantant, vous n'avez pas eu le temps d'aller vous changer. Il n'est jamais revenu. Je voulais que même les photographes soient en smoking. Et tous les agents étaient vraiment des équipes formidables qui m'ont bien appuyée. Je maîtrisais, mais j'organisais. Mais je ne pouvais pas faire tout seul, bien sûr.
- Speaker #1
Et en mars 98, Simon Hogue me propose un poste de vacataire au château de Versailles pour assister Merci. la personne qui travaillait avec elle et qui s'occupait de tout ce qui était événementiel et tournage. Mais le château de Versailles accueille des tournages depuis l'invention du cinéma. Depuis 1896, les premières images du château, qui montent des fontaines en eau, sont visibles. Le château a une liste de tournages. Jusqu'à aujourd'hui, il y a à peu près 250 films qui ont été tournés. Il y en a certainement beaucoup d'autres qui ne sont pas notés dans cette liste. Et Nadine Pluvieux s'occupait, depuis que le Château de Versailles est devenu un établissement public en 1995, elle a été chargée de s'occuper des événements et des tournages.
- Speaker #0
Madame Ogg m'a dit un jour, Nadine, vous ne pourrez pas y arriver toute seule. J'ai dit, si, si, si, toute seule, je ne veux personne. Ah, écoutez Nadine, si vous permettez, je vais vous présenter une jeune femme. Bon, oui, alors qu'elle vienne.
- Speaker #1
Ah non, non, non, je ne veux personne, je fais très bien mon travail toute seule. Oui, mais quand même, elle vous aiderait à faire les petites tâches, ça vous délesterait un petit peu. Ah oui, d'accord. Non, non, mais bon, alors il faut qu'elle soit très discrète et surtout qu'elle ne fume pas. Alors moi, je suis arrivée à mon premier rendez-vous complètement paniquée. J'ai sorti ma jupe du placard que je ne mets rarement, que je ne mets jamais. Et puis je suis arrivée et en fait, j'ai poussé la porte du bureau de Nadine et tout de suite, Nadine a été comme elle est, accueillante. incroyable, bienveillante. Voilà, et ça a été le début d'une grande aventure.
- Speaker #0
Et puis, voilà, les premiers jours, j'étais hésitante. Je ne pouvais plus me passer d'elle après. Elle est formidable. C'est une fille super organisée, c'est une très très belle personne. Je souhaite à tout le monde d'avoir une collaboratrice comme Jeanne. Elle est exceptionnelle.
- Speaker #1
Nadine Pluvieux est quelqu'un de très important pour moi parce que j'ai tout appris grâce à elle. C'est une personne exceptionnelle. J'ai eu beaucoup, beaucoup de chance de travailler avec elle. Elle a le sens de l'organisation exceptionnel. Elle savait ce que c'était qu'accueillir les événements, les tournages au Château de Versailles. Et elle avait un grand respect pour le lieu et les personnes qui y travaillent. Et en même temps, elle avait ce charme et cette délicatesse toujours de rassurer. les équipes et que tout se passe bien. Elle était très amusante, on rigolait beaucoup ensemble. Nadine m'a appris à être diplomate, elle m'a appris à être organisée et elle m'a appris à être respectueuse. Quand je dis respectueuse, c'est toujours savoir accueillir les demandes et savoir répondre aux demandes et toutes demandes quelles qu'elles soient. Et ne pas attendre avant de répondre, d'être toujours le plus efficace possible et à l'écoute. Ce qu'elle me disait toujours, c'est souris, c'est gratuit. Et notre leitmotiv à toutes les deux, notre petite phrase fétiche, c'était c'est que du bonheur. Et j'ai travaillé 16 ans avec elle en tant qu'assistante et puis adjointe. Mon travail avec elle consistait à l'aider à organiser les manifestations et les tournages. J'aime beaucoup le cinéma, depuis toujours. J'ai une grande chance, c'est que je n'ai pas beaucoup de mémoire, donc je peux revoir plusieurs fois les films. À chaque fois, j'ai l'impression de les découvrir. J'ai beaucoup de films fétiches. Je suis très, très, très, très fan de la Nouvelle Vague. Mais il y a un film qui me fait beaucoup de bien, c'est L'Ours et la Poupée, que je regarde régulièrement.
- Speaker #0
Mon métier consistait à satisfaire toutes les demandes qui arrivaient à Versailles, sur nos téléphones de Jeanne et de moi, et d'éplucher un petit peu, de voir qui était derrière tout ça. On n'acceptait pas n'importe quoi non plus, n'importe qui. Il fallait vraiment être très directif. Il y avait beaucoup de réunions de préparation, il fallait aller sur le site, expliquer aux gens comment, par où rentrer, par où on sortait, ce qu'on faisait, est-ce qu'on visitait d'abord le château. Est-ce qu'on avait un concert à la chapelle avant ? Un concert à l'opéra ? Suivi d'un souper ? Ou d'un feu d'artifice ? Et c'est ça qui faisait rêver les gens. Quand on était dans la galerie des glaces, après un dîner aux batailles, et qu'on regardait à travers les vitres un feu d'artifice qui se reflétait dans les miroirs derrière, croyez-moi, là, c'était magique. C'est ça. J'aime voir les gens rêver. Il y a quelque chose qui avait déclenché en moi alors que j'étais toute jeune. J'étais en vacances en Allemagne sur le lac de Constance avec mes parents et mes sœurs. Et j'ai vu mon papa, lors du feu d'artifice, tenir maman par les épaules, alors que jamais devant nous il faisait. Et j'avais dit à maman, je leur ai dit, un jour aussi, moi je ferai rêver les gens. Comme ça, je ferai les feux d'artifice. Et maman m'a dit, passe, finis tes études, on verra.
- Speaker #1
Très vite, ce sont les tournages qui m'ont le plus intéressée. Et il y a un film qui a beaucoup déclenché cette envie-là, c'est Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Il a été tourné au Château en 2005. C'est un tournage que le Château de Versailles a complètement accompagné depuis le départ. C'était une énorme équipe avec que des personnes passionnées par leur métier. Et en même temps, ils sont restés très longtemps. c'était presque deux mois et demi de présence à Versailles, avec l'accueil des tournages qui ne peut se faire que quand on est fermé au public, donc principalement les lundis. Et donc c'était toute une gymnastique d'organiser ça, pour que ça puisse fonctionner avec le reste des activités du château. Et en même temps, c'était très envahissant pour le château. Tous les dimanches soirs, on avait les camions qui débarquaient dans la cour d'honneur. Mais ce n'était pas deux, trois camions. On était 30, 40 camions dans la cour d'honneur. Vous voyez les costumes qui sortaient des camions, qui traversaient la cour pour aller s'installer dans des zones qu'on pouvait mettre à disposition pour l'habillage, le maquillage, la coiffure, les perruques sur des piques. C'était très, très insolite tout cela.
- Speaker #0
On restait des heures entières dans la galerie de la chapelle avec Jeanne, à attendre qu'on coiffe. Parce que les coiffures de Marie-Antoinette, je me souviens d'une nuit où il y avait un bateau. Là-haut, sur les cheveux qui étaient tombés, il a fallu recommencer. On est restés à dormir sur les bandes de la chapelle avec Jeanne.
- Speaker #1
On voyait les comédiens qui sortaient de leur carloge, qu'on cachait par des couvertures. On allait jusqu'à l'entrée du château, donc on voyait les baskets aux pieds. Ce qui m'a intéressée dans ce tournage, c'était la façon de travailler de Sofia Coppola. Alors elle était... très entourée d'un chef opérateur, d'un chef décorateur, d'un assistant réalisateur, de tous ces chefs de poste très importants. Toutes ces personnes-là préparaient le décor. Et quand tout était prêt, Sofia Coppola arrivait sur le décor. Elle, elle pouvait changer tout d'un coup parce qu'elle préférait cet axe-là ou montrer cela-ci. Ça, je ne l'ai pas trop revu en fait après avec d'autres réalisateurs. artiste qui arrive un peu à la dernière minute quand tout est prêt et puis qui va apporter sa touche personnelle. C'était très intéressant de travailler, de voir ce travail-là. Ce qu'il faut dire, c'est qu'en 2005, au moment du film de Marie-Antoinette, le Louvre recevait le Da Vinci Code. Mais les musées étaient très réticents quand même à l'accueil de tournages dans des institutions muséales. Et c'est notre ministre de la Culture à l'époque, Renaud Donodieu de Vabre, qui tape le point sur la table en disant « ça suffit, il faut accueillir des tournages parce qu'accueillir des tournages dans des sites institutionnels, c'est donner envie aux gens de venir visiter le lieu ensuite. » Et effectivement, il est avéré que 50-60% des personnes qui viennent visiter la France, c'est parce qu'ils ont vu un film qui a été tourné. en France. Et pour Versailles, c'est très très important d'accueillir des tournages parce que c'est montrer Versailles autrement, c'est pouvoir refaire vivre le château avec une scène historique, c'est raconter une histoire qui sera peut-être pas forcément la bonne histoire, mais c'est de pouvoir après rebondir et expliquer aux gens, vous avez vu ça dans ce film, voilà ce qu'il en était. et donner envie de venir visiter le château.
- Speaker #0
Le dernier film que j'ai organisé avec Jeanne, c'était Les Adieux à la Reine, avec Diane Kruger et Léa Seydoux. Ça, c'était en 2014. C'était un de mes derniers.
- Speaker #1
Après le film de Sofia Coppola en 2005, on a eu beaucoup d'autres projets et Nadine Pluvieux me déléguait de plus en plus l'organisation des tournages. Donc j'ai eu d'autres grands projets qui m'ont aussi... beaucoup appris. Ce sont les docu-fictions qui sont plutôt des fictions télé de... Thierry Benisti, des films d'ici, pour France Télévisions. Et ces films, c'était des films où on était... Le Château de Versailles était en coproduction pour ces tournages. Et en fait, ils se sont installés au château pendant trois semaines. On a fait un Louis XIV, un Louis XV, un Louis XVI, tous les deux ans. Et donc, c'était aussi un vrai casse-tête à organiser dans le château. On a tourné partout. C'est un tournage qui avait été très appuyé et très suivi par la conservatrice à l'époque, qui a aidé beaucoup à la création du scénario, à la relecture du scénario, etc. Alors, il y a beaucoup, beaucoup de travail en amont avant que les équipes arrivent. Et une fois que les équipes arrivent, c'est une autre forme de travail. Je suis là du début à la fin pour surveiller, pour vérifier qu'ils suivent bien tout ce qu'on s'est dit. avec évidemment toutes les équipes de surveillance. Il y aura forcément des questions le jour J sur des changements de décor, ou est-ce qu'on peut faire ci, est-ce qu'on peut enlever ça ? Donc il faut être là tout le temps, présent.
- Speaker #0
Après 36 ans de mon travail à Versailles, j'ai dû partir. Je serais bien restée 10 ans de plus, le 30 octobre 2014.
- Speaker #1
En 2014, Nadine Pluvieux part à la retraite. Là, je me pose beaucoup de questions parce qu'effectivement, je continue un peu à faire de l'événementiel, mais je n'arrive plus sans elle. Et je propose du coup à la direction de monter le bureau des tournages et je suis ravie qu'ils acceptent. Je passe du coup à la direction de la communication et je monte ce bureau des tournages qui, quelques années après, devient un service à part entière. Alors aujourd'hui, je suis chef du service des tournages au sein de la direction de la communication. J'ai professionnalisé ce métier en créant ce service des tournages. Maintenant, on a un point d'entrée pour toutes les demandes de tournages que l'on reçoit. C'est environ 500 à 600 demandes par an. Ce sont des tournages de fiction, ce sont des tournages de documentaires, ce sont des prises de vues, des photos de mariages. Des utilisations d'un trépied pour faire des photos amateurs, ce sont des clips, ce sont des publicités. Le spectre d'accueil des tournages est assez large.
- Speaker #0
Je me souviens de toutes les soirées, mais notamment celle de Catherine Hamilton, cette riche américaine extraordinaire. C'est une femme généreuse, très douce, très gentille, et qui nous a quand même beaucoup aidé à Versailles. Ça, c'est vraiment des soirées exceptionnelles, qui étaient justement en grande robe de soirée, très chic. comme j'aime. Il y avait la Fondation de l'enfance pour Mme Giscard d'Estaing, le professeur Kayat pour la Chartres pour le concert, il y a eu l'AMAD avec Caroline de Vanaco, la Jordan River Foundation avec Rania Jordani, Pastor Weissmann, toutes ces grandes soirées caritatives, il y avait 700-800 personnes à chaque fois. C'était partout, c'était la Galerie des Batailles, la salle des croisades, la Galerie Basse, le vestibule haut de la chapelle. Mon lieu préféré, la galerie du Grand Trianon, les Côtels. Ça, c'est un lieu que j'affectionne particulièrement parce que c'est comme à la maison. Il n'y avait pas de petite soirée pour moi. Chaque fois que quelqu'un louait Versailles, c'était aussi important qu'une grande soirée caritative. Pour le sommet des pays industrialisés de 1982, il y a eu beaucoup de travaux de fait. On a ravalé les façades deux ans avant, on le savait. Donc, c'était énorme. C'était formé, la presse, le salon de presse était dans la salle du sacre. Il y avait des centaines de voitures à l'orangerie avec la presse, les caméras, etc. C'était impressionnant d'organisation, ça. On a fermé trois jours, je crois, trois, quatre jours de mémoire, oui. Pour la sécurité déjà, partout, et pour l'arrivée de tous les chefs d'État. C'était vraiment exceptionnel, ça c'était une fois dans ma carrière.
- Speaker #1
Alors, mon métier consiste à recevoir d'abord des demandes, les étudier, voir si on peut y donner suite ou pas. Et très souvent, devoir répondre non. Alors, c'est la part la plus importante, c'est de savoir dire non. Ce n'est jamais très facile parce que les gens ont à cœur de faire des choses à Versailles. Quand ils viennent nous voir, c'est qu'ils rêvent de leur Versailles. Alors, leur dire non, c'est compliqué. On dit non parce qu'on n'a pas la capacité de le faire, parce qu'accueillir des tournages, Ce n'est que quand on est fermé au public. Donc ça nous laisse quand même très peu de possibilités. Ensuite, on peut dire non parce que c'est des questions d'image. On est très soucieux de l'image du château. Moi, j'ai eu des demandes pour des tournages. Est-ce que le personnage peut se faire glisser sur une rampe ? Est-ce qu'on peut se coucher sur le lit du roi ? Est-ce que je peux venir avec un loup ou une panthère ? Vous voyez ? La question, c'est pas... Oui, en soi, bien sûr, n'importe où, on pourrait le faire. Mais laisser penser qu'à Versailles, on puisse faire ça, c'est gênant. Et généralement, ils le comprennent très bien, en fait, quand on l'explique. Ils le comprennent. Une fois que j'ai l'aval de la direction du château, mon métier, c'est d'organiser l'arrivée de toutes ces équipes le jour J au château. Donc, de créer d'abord les conventions de tournage. Il y a tout un côté administratif. coordonnées avec toutes les directions du château parce que... finalement, je suis en lien avec beaucoup, beaucoup de directions du château pour que cela puisse marcher. La direction du patrimoine et des jardins, pour les travaux, la direction évidemment de la surveillance et de la sécurité, la direction de la communication pour voir si on peut réussir à filmer des scènes du tournage ou après comment on peut parler du film. La direction évidemment de l'événement pour caler avec tout le reste. La conservation. évidemment aussi, qui va pouvoir m'aider quand il y a des questions plus ciblées sur l'histoire du château. Le centre de recherche de Versailles, avec son directeur qui est très souvent conseiller historique. Les jardins, les fontainiers qui participent beaucoup au tournage. Alors, quand on accueille des tournages, la première chose qu'on fait, c'est on protège, Donc, on met des protections. Pour le matériel, parce que le matériel, il va venir de dehors, il va rentrer dans le château, il va rester un endroit. Tout ça, c'est lourd. Il faut protéger les sols, les parquets, les marbres. Quand on a une zone habillage, maquillage, coiffure. Ensuite, quand on va tourner un film historique, il va falloir qu'on enlève tous les éléments modernes. Et les éléments modernes, ce sont les mises à distance. Ce sont les potelets avec les cordelettes qui empêchent les visiteurs de s'approcher trop des œuvres. Donc, Galerie des Glaces, on a de nombreuses mises à distance, on les enlève. Donc là, une fois que l'équipe arrive et que vous avez 200 figurants dans le lieu qui sont prêts à tourner une scène, on oublie complètement qu'on est dans un musée. Là, on est dans le château de Versailles. On est au 17e, au 18e. On oublie. Et donc là, notre rôle est très important parce que les figurants, au bout d'un moment, ils vont se croire chez eux. « Tiens, je vais m'asseoir, il y a un petit ployant, un petit tabouret, là je vais m'asseoir. » Voilà, il faut qu'on fasse très très attention à ça, tout le temps, Le mobilier à Versailles ne joue pas. On ne peut absolument pas s'asseoir sur n'importe quel fauteuil, on ne peut pas même toucher les volets, ouvrir des fenêtres, tout ça. Ce sont les agents de surveillance habilités à le faire. C'est très rare qu'ils aient besoin de venir avec du mobilier, c'est très rare. Soit ils reconstituent une scène, donc là, bien sûr, ils vont revenir avec des choses. Par exemple, Sofia Coppola, dans son film Marie-Antoinette, qui a reconstitué des scènes de repas, a reconstitué toute une table, etc. Elle a rendu plus vivant. Mais très souvent, dans les films de fiction, ils vont utiliser la garrie des glaces, qui n'a pas besoin de décors supplémentaires.
- Speaker #0
Nous avons reçu beaucoup de personnalités à Versailles, notamment, à part les Espagnols, je crois qu'on a eu toutes les royautés. Alors c'était Lady Di en premier, mais alors ça c'était surtout Madame Hogue au départ, parce que je venais d'arriver il n'y avait pas longtemps, mais j'ai géré quand même la soirée, les arrivées des VIP. Ensuite il y avait, oui, on a eu Rania Giordani, la reine de Suède, la reine des Belges. Juste avant l'arrivée de ces autorités-là, de ces grandes personnalités, on avait toujours... quelques personnes qui venaient avant, savoir comment ça allait se passer, quel est le circuit emprunté. Je me rappelle pour Rania Giordani, 3-4 jeunes femmes sont venues avec des talons de 8 cm de haut, voir quel parcours elles allaient faire pour pouvoir descendre à l'Orangerie. Donc c'était très compliqué effectivement. Donc nous avons mis un grand tapis depuis la gare Riba jusqu'à l'Orangerie, de façon à ce que notre reine... puissent marcher sur Altapli.
- Speaker #1
Les équipes de tournage, quand elles arrivent au château de Versailles, le décor est farabideux, à la fois à l'intérieur et à la fois à l'extérieur. C'est ça qui est extraordinaire dans Versailles, c'est que vous avez autant de lieux en intérieur, le château, mais les Trianons, le petit Trianon, le grand Trianon, l'Orangerie, mais aussi les extérieurs qui sont un musée à ciel ouvert, mais des capacités, des possibilités de décors infinies. Quand ils viennent tourner au château, malheureusement, ils ne peuvent pas y tourner des jours et des jours, puisqu'on est ouvert au public avant tout. Et donc, du coup, généralement, ils vont choisir des décors très symboliques de Versailles. La cour royale, la cour de Marbre, la galerie des glaces, la grande perspective, l'escalier des 100 marches à l'orangerie. Mais voilà, moi, après, ce que j'essaye, c'est de leur montrer d'autres lieux, de leur faire découvrir des espaces auxquels ils n'auraient pas forcément pensé. Et puis aussi de répondre à leurs souhaits parce qu'on a des repéreurs qui sont très demandeurs aussi, qui disent je cherche tel décor, qu'est-ce que vous pourriez proposer ? Et d'essayer de trouver des idées aussi avec eux.
- Speaker #0
J'ai un book extraordinaire de lettres après les grandes soirées. Maintenant, ça se fait plus, c'est dommage. Mais on était remerciés, mais il faut voir dans quelles proportions. C'était magique, quoi. Toutes les personnes qui recevaient à Versailles nous envoyaient. Ce n'est pas des félicitations, c'était la joie qu'ils avaient de nous remercier parce que leur soirée était réussie. Et ça, c'était pour moi le plus beau des cadeaux. J'ai des lettres entières, du monde entier. Le monde entier, parce qu'on a fait des congrès scientifiques aussi, il y avait des grands professeurs, il y avait des entreprises privées, des banques, des assurances. Toutes ces soirées, tous ces événements comptent énormément pour le rayonnement de Versailles. D'ailleurs, quand j'ai reçu les arrêts-lettres au ministère de la Culture, Christine Albanel, à l'époque présidente, a bien vraiment récapitulé comme quoi on faisait, nous, à travers tout ça, rayonner Versailles. Versailles est unique dans le monde entier.
- Speaker #1
Alors, Versailles évidemment va accueillir des tournages d'époque, historiques, mais pas que, et loin de là. Et c'est un lieu aussi qui peut accueillir de grands projets contemporains, ou même des années 80. Maintenant les années 80, on est déjà dans l'histoire. Ça commence à dater et a reçu beaucoup de films qui ne sont pas que historiques. Dans la liste des films de Versailles, vous avez beaucoup de films modernes. Si on veut monter la France, on va montrer le Louvre, on va montrer la Tour Eiffel et on va montrer le château de Versailles. Il y a certainement beaucoup de films qui doivent être faits encore à Versailles. Déjà, l'histoire évolue beaucoup. Donc, on pourra toujours faire des films sur Marie-Antoinette, sur Louis XIV, sur Louis XV. peut-être tellement de choses à dire, à redire, à refaire, c'est évident. Et puis, vous avez des époques de Versailles qui n'ont pas été vraiment étudiées, comme le Versailles du XIXe siècle, mais le Versailles aussi du XXe siècle, Versailles pendant la guerre. Il y a beaucoup de choses à montrer et à raconter. La Galerie des Glaces qui est devenue un hôpital militaire, le drapeau hitlérien sur les toits du château. Tout ça, c'est des moments très très forts qui n'ont encore jamais été mis en fiction.
- Speaker #0
Dans les personnalités qui m'ont vraiment marquée à Versailles et qui étaient un peu à part, c'est M. Givenchy. J'ai beaucoup apprécié cet homme-là d'une élégance rare et chaque fois qu'il venait visiter une exposition, il me demandait pour que je l'accompagne. Alors il s'accrochait à mon bras parce qu'il commençait à vieillir. Et M. Givenchy a demandé à ce qu'on fasse un dîner au Potager du Roi. ce qui était extrêmement rare. Donc il a fallu recouvrir toute la terrasse avec les lustres macaras partout. Et puis nous sommes allés nous promener dans le jardin et il me disait, je vais mettre quoi comme fleurs autour du bassin ? Je dis pas, monsieur met des hortensiens blancs. Et il y avait un vent ce jour-là, un vent fou. Et mon châle s'est envolé, j'avais un châle. Il l'a pris et il m'a fait un nœud ici. Je l'ai gardé toute la journée jusqu'au soir. Je disais à tout le monde à rentrer en bureau, c'est Monsieur Givenchy. Après, il y a eu Karl Lagerfeld. Alors lui, c'est un génie. Il nous a fait des photos dans le parc avec Jeanne. Vraiment, il n'était jamais à l'heure, mais on l'adorait. C'était vraiment un homme prestigieux. Et Madame Veil. J'ai une grande admiration pour Madame Veil qui venait pour Pasteur Weissmann. La recherche. Ça, c'est des personnages un peu à part.
- Speaker #1
Versailles fait partie de moi, fait partie de ma vie. Je suis née à Versailles, j'ai des souvenirs jeunes, adolescentes, jeunes étudiantes. Et puis après, j'y travaille depuis 26 ans. C'est là, c'est toujours là, c'est toujours présent. C'est fort et je ne peux pas imaginer être ailleurs. J'ai beaucoup, beaucoup de chance d'être à Versailles, de travailler à Versailles. Ce n'est pas un lieu de travail, c'est presque comme un personnage qui fait partie de ma vie.
- Speaker #0
Versailles, pour moi, représente la naissance de mes deux enfants, bien sûr, mais toute ma vie. C'est ma vie, Versailles. Même dix ans après, je ne peux pas passer une journée sans penser à Versailles. Et on m'appelle toujours. J'ai même des anciens. On ne va pas dire client, mais un ancien organisateur qui m'appelle pour me dire Nadine, on voudrait que tu me dises, tu crois que je vais à Puy-Versailles ? Où est-ce qu'on peut faire ce dîner ? Qu'est-ce qu'on pense ? Ça me réjouit et je réponds avec cœur.
- Speaker #1
J'allais très souvent au château de Versailles, surtout dans les jardins quand j'étais jeune. Ma mère m'emmenait faire le tour du Grand Canal dans sa petite 104. C'est un souvenir fort pour moi parce qu'on faisait le tour. autour du canal, c'était autorisé à l'époque, fenêtres ouvertes, assis sur la porte, à chanter. Ça, c'est un souvenir qui est resté longtemps gravé dans ma mémoire. Et on allait aussi au domaine de Trianon, au Hameau de la Reine, qui à l'époque était complètement ouvert, très sauvage. On allait même faire du vélo par là. C'était assez incroyable. Et quand j'étais adolescente, notre fief de rencontres et de retrouvailles était le fameux bassin de Neptune. Puis j'avoue qu'on avait des amis aussi qui essayaient de rentrer dans le château, le parc la nuit à l'époque. C'était des challenges qui ne se font plus du tout maintenant parce que la surveillance est beaucoup plus importante.
- Speaker #0
Mon premier souvenir de Versailles, c'est mon arrivée en 78 avec M. Jean Dumont. Nous étions dans nos bureaux dans l'aile nord des ministres et là il y avait une personne bénévole qui s'appelait M. Racine. Et puis personne maintenant va se souvenir de lui. mais qui classait des photos sur verre, etc. Et il est venu voir M. Dumas en disant, je prends Mme Puvieux et je l'emmène faire un tour dans le château. Là, c'était le rêve, parce qu'il n'y avait personne, c'était un lundi. Je me suis promenée partout, tout l'après-midi avec lui. Et là, je me suis dit, mais là, je suis chez moi, je vais en faire quelque chose.
- Speaker #1
Versailles fait partie de moi depuis toujours. Et quand je suis arrivée en 1998, j'ai rencontré le Versailles intérieur. Et ça a été incroyable. Et je n'ai pas du tout vu le temps passer depuis que je suis arrivée à Versailles. Parce que ce que j'aime beaucoup dans mon travail, c'est de vivre à Versailles, de travailler à Versailles. Ce lieu exceptionnel qui est là depuis toujours et qui restera encore, toujours. Et en même temps, de faire des projets tout le temps différents, avec des gens venant de l'extérieur. On redécouvre Versailles à travers leurs regards. Aussi que ce soit en cinéma, mais aussi tout mon travail sur la photo. J'ai toujours adoré redécouvrir Versailles à travers le regard de nombreux artistes.
- Speaker #0
Et puis les gens rêvent de Versailles. Vous savez, vous allez dans un dîner à Paris, si on vous demande ce que vous faites, si on parle, je travaille à Versailles, on ne parle plus que de ça. Versailles, c'est Versailles. Et ça me tient encore dix ans après.