- Speaker #0
Quand on pense Versailles, on pense au château, on pense à la monarchie absolue. Versailles, c'est aussi le lieu de naissance de l'Assemblée.
- Speaker #1
Tous les projets de loi qui arrivaient du palais Bourbon, qu'on classait ici.
- Speaker #0
Être un enfant à Versailles au début, quand on dit j'habite le château, on vous rigolait généralement.
- Speaker #1
Pour faire mon métier, il faut être discret. On n'a pas le droit de parler des députés, des trucs.
- Speaker #0
On est allé jusqu'au-dessus de la voûte de la galerie des glaces. On sent quand même qu'on est dans un endroit particulier. Je m'appelle Franck Guillon, je suis né le 10 janvier 1966 à Fontenay-aux-Roses dans les Hauts-de-Seine.
- Speaker #1
Je m'appelle Jean Guillon, je suis né le 24 septembre 1939 à Château-Gontier dans la Mayenne.
- Speaker #0
Nous étions quatre, papa, maman, mon frère aîné qui s'appelle Eric, qui a quatre ans de plus que moi, et moi Franck.
- Speaker #1
J'ai grandi dans une famille de six enfants. Mon père travaillait dans un garage et ma mère à la maison.
- Speaker #0
Moi je suis né en région parisienne, puisque mes parents sont montés sur... Paris en 1962, lorsque papa a commencé sa carrière à l'Assemblée nationale.
- Speaker #1
J'ai eu mon certificat d'études et après je m'y suis mis au travail. Je travaillais dans une édite de chaudronnerie. Monsieur Pichard était un ami de mon père qui travaillait à lui à l'Union française et par relation je suis rentré à l'Assemblée. J'ai passé des concours. Il y avait une dictée arithmétique, des maths. Ensuite, je suis reçu et je rentre à l'Assemblée nationale. Le 2 septembre 1962.
- Speaker #0
On a vécu quelques années entre Fontenay-Rose et la capitale. Et puis, lorsque papa a été nommé à Versailles, à l'Assemblée nationale, nous sommes arrivés tous les quatre ici, dans le courant de l'été 1969. Si mes souvenirs sont bons.
- Speaker #1
Je suis arrivé à Versailles au mois d'août 1969. Il y avait une place de libre, donc j'ai posé ma candidature et voilà, je suis arrivé là.
- Speaker #0
Alors nous arrivons à Versailles, au château de Versailles, dans le courant de l'été 1969, j'ai trois ans.
- Speaker #1
Je me suis installé à Versailles avec mes deux enfants, Franck et Eric. Le premier jour, on a visité notre appartement déjà, qui était un peu délabré, mais enfin bon.
- Speaker #0
Alors, c'était un immense terrain jeu. Déjà, la salle dans laquelle on se trouve aujourd'hui, j'ai arpenté les travées en étant tout petit. Je n'ai pas appris à marcher dans les travées, mais pratiquement. Et puis, j'ai des souvenirs aussi de promenades dans le parc avec mon grand-père. Et puis aussi de la galerie napoléonienne qui est juste devant nous, dans laquelle je faisais du patin à roulettes quand j'étais petit. Parce qu'on y accédait assez facilement à cette époque. Cette enfilade de salon, ces tableaux immenses m'impressionnaient beaucoup et je crois que j'y ai trouvé le goût de l'histoire et plus précisément de l'histoire du premier empire parce que je reste un grand fan de cette période et de la figure napoléonienne. Alors être un enfant à Versailles au début, on ne s'en rend pas vraiment compte, vous savez quand on a trois ans. On n'a pas forcément la conscience de l'endroit dans lequel on vit et de ce qu'il représente pour beaucoup de gens à travers le monde. Cependant, on a quand même la sensation qu'on vit dans un endroit qui n'est pas commun, pas normal. Quand on parle avec ses petits camarades d'école de sa vie, quand on dit j'habite le château, on vous rigolait généralement. Effectivement, ça paraît impossible. On sent quand même qu'on est dans un endroit particulier.
- Speaker #1
Mon travail consistait à prendre soin de la salle des séances, des appartements de caisseurs. Un caisseur, c'est un député qui gère l'Assemblée nationale. C'était des grands appartements dans l'aile du Midi et l'appartement du président qui se trouve ici. Il y avait des rondes, oui, bien sûr. Il y avait toujours un agent de permanence en bas, toujours. Ici d'abord on avait toutes les archives, c'est tous les projets de loi qui arrivaient du palais Bourbon et qu'on classait ici par année. Et tous les quotidiens, tous les journaux du monde entier, on classait ici.
- Speaker #0
J'ai fait toute ma scolarité jusqu'au bac à Versailles, dans différents établissements versaillais. L'été, je travaillais au château. Il nous arrivait de travailler le lundi, jour de fermeture de l'établissement. Et ce jour-là, alors on avait, je crois, un petit peu de ménage à faire, mais ça ne nous occupait pas toute la journée. et avec des surveillants titulaires, on allait se promener, on allait se... perdent dans les salles du château. J'ai des souvenirs assez dingues d'ailleurs. Aller jusqu'au-dessus de la voûte de la Galerie des Glaces et on pouvait apercevoir l'embrasure des fenêtres du temps où la galerie n'était pas une galerie mais une simple terrasse. C'est un bon souvenir ça. Et aussi je suis allé dans une pièce qui à l'époque était vraiment dans son jus. Je crois que c'était l'atelier de Louis XVI là où il bricolait. Et il y avait une fenêtre qui donnait directement sur la cour de marbre. Dans cette fenêtre, il y avait un... trou et la légende disait, je ne sais pas si c'est vrai, qu'il observait à la longue vue les gens qui arrivaient au château, voilà, par ce trou dans la vitre. J'ai commencé après le bac des études d'histoire, mais que je n'ai pas poursuivi. J'ai fait des études de journalisme ensuite. Et puis j'ai fait aussi des études en immobilier. Voilà. Alors, je n'ai jamais exercé dans l'immobilier parce que parallèlement je préparais le concours d'agent de l'Assemblée Nationale, comme papa, que j'ai eu la chance de réussir, donc je suis rentré à l'Assemblée Nationale. en 1994.
- Speaker #1
On est quatre. Quatre agents à Versailles. C'est surveiller les couloirs, au départ faire le ménage le matin, assister aux séances, surveiller le public dans les tribunes, parce que le public, il faut qu'il reste assis.
- Speaker #0
Alors le premier poste que j'ai occupé à l'Assemblée nationale, c'était à l'hôtel de la Sey, à Paris. Donc la résidence du président de l'Assemblée, qui à l'époque était M. Philippe Seguin. J'avais 28 ans. et on occupait des tâches essentiellement d'accueil. On guidait aussi les groupes invités par le président dans les salons de l'hôtel de la Seine. On faisait aussi un peu de ménage. C'est vrai qu'à l'époque, on s'occupait un peu du ménage des bureaux, des membres du cabinet et du président de l'Assemblée.
- Speaker #1
Mon fils a d'abord commencé au Palais Bourbon et puis après, comme il y a eu le musée à Versailles, il est venu ici. J'étais content.
- Speaker #0
Quand j'ai réussi le concours d'agent à l'Assemblée nationale, j'imagine que mon père était à la fois fier et soulagé, parce que je cherchais du travail depuis un certain nombre de temps déjà, et ça commençait évidemment à être un peu pesant. Et puis j'imagine que dans son esprit, de savoir qu'un de ses enfants prenait le relais en tant que fonctionnaire parlementaire, ça a dû lui faire plaisir, j'imagine. Le président Philippe Seguin a décidé d'ouvrir dans l'aile du Midi du château de Versailles, dans les locaux qu'on occupait déjà depuis un certain temps. depuis le début de la Troisième République, un musée des grandes heures du Parlement, avec au centre, évidemment, cet hémicycle dans lequel on se trouve maintenant, et dans lequel se déroulait un spectacle son et lumière sur les grands débats de l'histoire parlementaire. Et tout autour de cet hémicycle, dans les galeries, c'était une espèce de frise chronologique de 1789 jusqu'à nos jours. Je suis guide, tout simplement. Voilà, j'assure. les visites des groupes dans le musée du Parlement. Nous étions une équipe de 6 guides et on s'est formés sur le tas, tout simplement. Il y avait un certain nombre de mes collègues qui déjà au Palais Bourbon faisaient le guide. Mais on s'est formés sur le tas. Il n'y a pas eu véritablement de formation organisée pour les gens du musée. Je suis arrivé, je crois, ici euh... trois semaines avant l'ouverture officielle et j'ai essayé modestement de monter un premier guide de la visite pour mes collègues. Voilà. Alors qui était imparfait évidemment à ce moment-là, mais enfin qui avait le mérite d'exister. Voilà, ça leur permettait de démarrer. Avec un certain nombre d'anecdotes à raconter à nos visiteurs, de grands événements historiques à signaler. Ça peut sentir plus ou moins sur certaines gravures, certains portraits, certains tableaux, certains documents écrits. Quand je travaillais au musée, on accueillait vraiment un public très large. Ça allait des classes primaires jusqu'à des groupes de personnes âgées, en passant par... Des groupes parlementaires aussi, c'est arrivé. Des professeurs, enfin voilà, c'était extrêmement divers et il fallait s'adapter à chacun de ces publics.
- Speaker #1
Ici, il y avait les contrats. Parce qu'ici, on peut réunir et les sénateurs et les députés. Voilà, il y a assez de place pour les deux chambres, pour les chambres en constitution. Je comprends, je comprends les parlements.
- Speaker #0
Dans cet hémicycle, c'est une spécificité de Versailles par rapport au hémicycle du Sénat et à celui de l'Assemblée nationale à Paris, les parlementaires sont classés par ordre alphabétique et non pas par groupe politique. Considérant que ce qu'on vient faire ici, en tout cas historiquement c'était la révision constitutionnelle ou l'élection du président de la République, sont des notions qui transcendent un peu et qui... On dit l'appartenance à un groupe passe après. C'est aussi un symbole de classer les gens ici par ordre alphabétique et pas par opinion. Quand on pense Versailles, évidemment, on pense au château, on pense à la monarchie absolue, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Marie-Antoinette. Enfin voilà, c'est le symbole, évidemment. Mais Versailles, ce n'est pas que ça, ce n'est pas que la monarchie. Versailles, c'est aussi le lieu de naissance de l'Assemblée, puisque le 17 juin 1789, Le tiers état, considérant qu'il représente la quasi-totalité de la nation, se forme en Assemblée nationale. Et cet événement s'est passé, alors non pas dans le château, mais dans une salle qui n'est pas loin d'ici, à peu près quelques centaines de mètres à vol d'oiseau, qui s'appelait la salle des menus plaisir. Et vous avez d'ailleurs, là, au-dessus de nos têtes, cette salle qui est représentée, l'ouverture des états généraux le 5 mai 1789. Voilà, donc Versailles, c'est aussi le lieu de naissance... de l'Assemblée et quelque part aussi bien sûr de la démocratie. Alors l'Assemblée ne va pas rester très très longtemps à Versailles au moment de la Révolution puisque au lendemain des journées d'octobre, quelques jours après, les députés vont suivre la famille royale à Paris. Mais l'Assemblée va revenir au début de la Troisième République, après la chute du Second Empire et la proclamation de la République. Il y a les événements de la Commune. vers 1971 et Paris est trop agité donc les députés décident de quitter la capitale dans un premier temps à Bordeaux et puis ensuite à Versailles alors pas dans cette salle qui n'existe pas encore à l'époque mais dans l'opéra royal du château qu'on avait transformé pour la circonstance en salle des séances les lois constitutionnelles de 1875 vont rétablir le bicamérisme c'est à dire un parlement constitué de Merci. deux chambres. Il va falloir trouver une solution. Donc on va laisser les sénateurs à l'opéra et pour les députés, on va construire cet hémicycle. Voilà. Qu'on construit suffisamment grand pour pouvoir accueillir en congrès députés et sénateurs. Ce qui est toujours d'ailleurs son rôle aujourd'hui. Alors, sous la Troisième République et sous la Quatrième, la salle sert essentiellement à l'élection du président de la République française, puisqu'à cette époque ce n'est pas le suffrage universel. Ce sont les députés et sénateurs qui élisent le président. Et puis depuis le début de la Vème République, la salle ne sert plus que pour les révisions constitutionnelles. Et depuis une révision constitutionnelle relativement récente, je crois que c'est celle de 2012, je crois, pour écouter aussi des messages du président de la République qui souhaite informer députés et sénateurs d'un événement grave.
- Speaker #1
Pour faire mon métier, il faut être discret. On avait un droit de réserve et puis voilà. On n'avait pas le droit de parler des députés, des trucs. On n'a pas débuté ce qu'on entendait.
- Speaker #0
J'ai un souvenir particulièrement marquant des congrès du Parlement. J'en ai fait, j'ai quasiment tous fait en 30 ans, pratiquement tous. Et celui qui m'a le plus marqué, c'est évidemment le congrès suite aux attentats terroristes de novembre 2015 qui se sont déroulés un vendredi, je crois. Et dès le lundi, un congrès du Parlement a été organisé. Le président Hollande a lu un message effectivement aux députés, aux sénateurs. Dans cet hémicycle, ce jour-là, il y avait vraiment une ambiance très spéciale. Beaucoup d'émotions, évidemment. Beaucoup de tensions. Et puis aussi une communion vraiment importante. Qu'on ne sent pas toujours dans les débats parlementaires. Mais là, vraiment, il se passait quelque chose. On avait vraiment l'impression de faire nation ce jour-là, à ce moment-là. Je pense que tous les gens qui étaient là, parlementaires, journalistes, fonctionnaires parlementaires, pompiers, gendarmes, enfin voilà, tous les gens qui participent à un congrès, ont dû ressentir cette très forte émotion à l'occasion de ce congrès qui était vraiment très particulier.
- Speaker #1
Un des événements qui m'a beaucoup marqué, c'est l'attentat à la bombe au Château. En 1978, j'étais en permanence. À 2h du matin, tout a sauté ici. Les pompiers m'ont appelé vers 2h du matin. Je suis descendu et je marchais sur des... sur un tapis de verre. La verrière est tombée déjà. Et tous les vitres avaient sauté. Partout. Ma voiture était garée dans la cour du Nord. Et les rembats sont tombés dessus. Et c'est écrasé.
- Speaker #0
J'ai travaillé dans ce musée de son ouverture en 1995 jusqu'en 2001. En 2001, je suis retourné au Palais Bourbon à Paris parce que j'ai réussi un concours interne où je vais rejoindre dans un premier temps le service de presse de l'Assemblée nationale. Et là, j'étais chargé essentiellement de l'accueil et de l'orientation des journalistes à l'Assemblée. Ensuite, je vais revenir au musée du Parlement en 2003, je crois. Cette fois-ci, non pas pour assurer les conférences pour les groupes, mais j'avais des fonctions qui étaient plus administratives et techniques. Notamment, j'étais chargé de la maintenance de tout l'aspect vidéo de ce musée. Et je m'occupais aussi de charges administratives plus classiques, comme les payes des agents contractuels du musée du Parlement. par exemple. Je fais ces tâches pendant environ deux ans jusqu'à temps qu'on apprenne la fermeture du musée, donc fin 2005. Une loi a été votée dont la finalité était de rendre les locaux qu'on occupait dans le château depuis le XIXe siècle à l'établissement public du château de Versailles. Ne conservant évidemment que cet hémicycle pour l'organisation des congrès, je crois les accès ou les salons attenants.
- Speaker #1
Moi j'étais parti, j'étais plus là moi, fini. Je pars à la fête le 1er janvier 1998.
- Speaker #0
Et bien en 2005, retour à l'Assemblée nationale au Palais Bourbon. Là j'ai rejoint différents services de logistique où j'occupais des tâches purement administratives, de commandes, de marché public. Donc à partir de 2013, je retourne au service de presse de l'Assemblée nationale et j'y resterai jusqu'en décembre 2024, date à laquelle je vais prendre ma retraite. Aujourd'hui, je suis toujours versaillais, j'habite toujours Versailles. J'ai repris des études en histoire de l'art à l'école du Louvre. L'histoire de l'art m'a toujours passionné, donc je m'étais dit qu'au moment de la retraite, j'essayerais de m'y plonger, de m'y replonger. Ma vie à Versailles, forcément, a eu une influence sur ce goût pour l'art et pour l'histoire. Lorsque vous vivez 30 ans dans un bâtiment aussi prestigieux, je pense qu'on s'imprègne de tout ça, de toute cette histoire, de tous ces chefs-d'œuvre qui sont ici. Ça a forcément joué un rôle, bien sûr.
- Speaker #1
C'est un endroit magnifique. Pour nous, c'était bien, c'était formidable.
- Speaker #0
Versailles, c'est ma ville. Je n'y suis pas né, puisque j'y suis arrivé en 1969. Mais enfin, voilà, j'y ai toujours vécu. Je me suis exilé quand même 13 ans au Chénet, enfin, je ne vais pas aller trop bien loin, au début des années 2000, mais c'est ma ville. C'est là où j'ai vécu, c'est là où j'ai travaillé, c'est là où je suis encore aujourd'hui à la retraite, c'est là où mes enfants sont allés à l'école, c'est là où mes parents habitent aujourd'hui. Donc, voilà. C'est mon environnement familier. C'est ma ville.