- Speaker #0
C'est vraiment ce qu'on attend, c'est-à-dire qu'on responsabilise les gens par rapport à la pratique d'un environnement naturel plutôt que de l'interdire par principe et par précaution.
- Speaker #1
Bienvenue dans la série de podcasts Grenoble 2040, chemin futur.
- Speaker #2
On a enregistré des températures jusqu'à 46 degrés l'été 2024 sur les calisaires, donc à l'endroit où il est censé faire le moins chaud de l'agglomération.
- Speaker #1
Création sonore documentaire en 6 épisodes. Imaginé pour la ville de Grenoble par Déborah Osil.
- Speaker #3
Je pense qu'il faut se dire que tout est lié et que l'enjeu de bien-être, l'enjeu de fraîcheur en ville, l'enjeu de santé, etc., en fait, tout ça est connecté.
- Speaker #1
Une exploration aujourd'hui pour penser demain. Dans une époque traversée par de multiples bouleversements, Grenoble 2040 est née pour répondre à cette difficulté de penser l'avenir. Car c'est aujourd'hui que nous devons façonner un futur collectif, juste et désirable. Aujourd'hui, que nous pouvons encore dessiner l'avenir que nous souhaitons laisser aux générations futures. À celles et ceux qui fêteront leur majorité en 2040, et toutes les suivantes.
- Speaker #3
Bienvenue dans ce premier épisode de la série Grenoble 2040, chemin futur. Et si Grenoble se réconcilie enfin avec l'eau ?
- Speaker #1
Bonjour, je suis Eva, enfant de la ville grenobloise depuis mon premier jour. En 2040, j'aurai 18 ans. Alors, j'ai décidé de vous accompagner dans ce voyage. Pourquoi ? Parce que j'aime ma ville et que j'ai envie de continuer à pouvoir y vivre pleinement. Et parce que les décisions et projets d'aujourd'hui dessineront mon futur demain, tout simplement. Avez-vous déjà remarqué que quand les gens parlent de Grenoble, ils parlent souvent de la splendeur de ses montagnes, de sa fameuse cuvette, des chaleurs intenables en été, de la pollution ? Alors ça oui. Mais est-ce que vous avez déjà entendu parler de la ville pour ses fleuves ? Leur beauté, leur histoire, les refuges qu'ils offrent. L'eau à Grenoble, c'est aussi l'histoire d'une industrie qui a façonné le territoire. Entre technologies de pointe, recherches sur le nucléaire, pétrochimie, barrages hydroélectriques ou géants de l'électricité. Et ce que je sais, c'est qu'ils ne sont pas venus là par hasard. Vous voyez un peu le plan commun ? L'eau, évidemment. Mais à votre avis, pourquoi on a développé cette peur et ce besoin de se protéger de cet élément qu'est l'eau ?
- Speaker #2
Je m'appelle Élise Lemercier, je suis urbaniste et facilitatrice en intelligence collective et je m'intéresse de près à la question des baignettes urbaines. L'effet historique marquant pour Grenoble et ses rivières, c'est vraiment les inondations qui ont fait qu'on a décidé d'endiguer ces deux rivières-là et de les transformer en rivières productives. Mais c'est vrai qu'avant, il y avait des pêcheurs dans le Drac et dans l'Isère, il y avait des lavandières à Porte-Saint-Laurent. Il y avait des guinguettes dans le Drac, au niveau de l'Echirol à peu près. C'était vraiment des rivières qui étaient utilisées pour le loisir.
- Speaker #1
Charles Brozino, enseignant-chercheur en urbanisme à l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine et au Laboratoire Pacte.
- Speaker #4
Le point de départ pour nous de notre territoire de fond de vallée alpin, c'est probablement la fin du XVIIe siècle. Le moment où en fait, l'État français, avec les élites locales, en l'occurrence la grenobloise, vont être capables de sophistiquer. tout un appareillage d'ingénierie hydraulique pour pouvoir maîtriser ce territoire inondé et inondable. Comment on fait ? On en digue, c'est-à-dire que le niveau du sol se retrouve... en dessous du niveau de la mer et nous on se retrouve en dessous du niveau de nos rivières, mais dont le niveau est totalement artificiel, puisque nous nous protégeons par voie de digue pour faire quoi ? Pour pouvoir assécher le sol. Ce sol qu'on ne peut cultiver, ce sol qu'on ne peut urbaniser. On l'assèche, mais pour pouvoir l'assécher, il faut le drainer, c'est-à-dire créer tout un réseau de canaux, de chantournes, de tout un système qui va en fait siphonner l'eau. l'eau qui est de surface, la ramener vers ce qui va devenir un siphon, l'isère, le drac.
- Speaker #3
Je m'appelle Maud et je suis chargée de participation citoyenne. On est à la métropole de Grenoble et aujourd'hui on anime un événement dans le cadre de l'été sur les quais. Donc on est au bord de l'Isère et on anime une petite exposition sur la question de la fraîcheur en ville. C'est ce qu'on vient présenter aux habitants aujourd'hui, un petit peu tous les leviers d'action dont on dispose en tant que collectivité territoriale et en tant qu'habitant pour s'adapter à ces fortes chaleurs. Dans nos villes, on a cherché le plus possible à... A retirer l'eau des villes, alors au début c'était un peu pour des raisons d'hygiène, des raisons de propreté, etc. Donc par exemple, toute l'eau qui tombe au niveau de la pluie, on se disait, ok, il faut l'évacuer, on la met dans des caniveaux, et puis ça part dans les réseaux d'eau et d'assainissement. Et aujourd'hui, ce qu'on se dit, c'est que non, en fait, l'eau qui arrive sur notre territoire, en fait, c'est une richesse, et il faut la conserver, il faut pouvoir l'introduire dans notre terre, dans notre sol, et que ça vienne... Nourrir nos arbres, nourrir notre végétation et puis nourrir les nappes phréatiques. On se dit qu'il y a un vrai enjeu à se réapproprier le sujet. Des endroits où il y a vraiment des rivières souterraines qui avant n'étaient pas souterraines.
- Speaker #1
Comme quoi, notre rapport à l'eau, il était vraiment très différent avant l'endigment. En fait, en canalisant ces rivières, on a complètement modifié leur parcours dans la ville. Et au passage, on a modifié notre rapport intime, sensible et immédiat à l'eau qui traverse Grenoble. J'ai souvent entendu dire par les parents que le Drac-Élysère était des rivières très dangereuses et capricieuses, qu'il fallait s'en méfier. Mais je ne savais pas d'où ça venait. En même temps, depuis des siècles, on a complètement façonné cette puissance naturelle. On a voulu la maîtriser, la canaliser, et plus tard, l'utiliser pour produire de l'électricité à grande échelle. D'ailleurs, vous saviez que Grenoble et ses environs jouent un rôle méga stratégique pour alimenter le pays en électricité. En fait, l'hydroélectricité, produite par l'eau, ses fleuves et ses rivières, faut quand même savoir que c'est la principale source d'électricité d'origine renouvelable dans le monde. la transition écologique et le besoin d'utiliser moins d'énergie fossile dans le futur, la France compte bien sur l'eau de nos montagnes pour garantir l'accès à l'électricité demain. En d'autres termes, pour assurer la souveraineté énergétique du pays. Sauf que la pluie et la neige se font quand même de plus en plus rares. La fonte des glaciers alpins s'accélère et ça pose quand même quelques questions pour la suite. Et puis, il y a aussi les industries grenobloises dans tout ça. Elles ont aussi beaucoup façonné le développement de notre territoire. Notamment grâce à l'eau pure et accessible en grande quantité jusqu'à maintenant à Grenoble. Mais pour combien de temps ?
- Speaker #4
Après, ce qui est assez intéressant quand on essaye d'objectiver cette consommation d'eau, c'est que la controverse sociotechnique, puisqu'on peut l'appeler comme ça sur ST Microélectronique et Soitec, qui pointe à l'accaparement de l'eau, et notamment de l'eau potable, qui met au débat le fait qu'on utilise de l'eau potable pour pouvoir soutenir une activité techno-industrielle, dont on peut penser ce que l'on veut. Si elle est là à Grenoble, c'est parce que c'est l'aboutissement d'un siècle de la constitution d'un système productif avec des universités, des centres de recherche, un massin de l'emploi qualifié. Mais cette question en cache une autre qui est bien plus problématique. C'est que la quantité d'eau prélevée pour l'activité technohindustriale de Soitec et d'Extremico Electronics n'est à peu près sans commune mesure par rapport au volume d'eau pompée directement dans la nappe, sans contrôle. et avec un rejet bien plus pollué de celle de la plateforme chimique. Les industriels, par exemple, sont soumis à une déclaration de leur usage de l'eau, mais c'est une déclaration à leur guise.
- Speaker #1
Il paraît qu'en 2022, la consommation d'eau de ST Microelectronics était d'environ 4,3 millions de mèques cubes. Ça fait 1800 piscines olympiques. Et d'ici 2030, il prévoit une consommation de 12,26 millions de mètres cubes. Et puis, il ne faut quand même pas oublier que l'eau, c'est un bien commun. Selon l'ONU, c'est même un droit fondamental auquel nous devons toutes et tous avoir accès. Et là, vous vous dites. Et maintenant alors, on fait quoi ?
- Speaker #5
Moi je m'appelle Irène, on est sur la place de la Cimèze, juste devant le Lyon là, où on voit les deux rivières qui s'entrecroisent à Grenoble. Il y a une ambiance vraiment très sympa ce soir, en plus on a un peu de vent malgré la canicule. Il y a beaucoup de monde et sur ce quai, il y a l'expo sur ce que Grenoble va devenir avec la canicule. Et ça laisse réfléchir. Pour les jeunes d'aujourd'hui, ou même un petit peu les moins jeunes, il va falloir leur donner un accès à la fraîcheur. C'est ça que j'essaie de dire. Pas tant en hiver parce que les hivers aussi c'est encore une autre question. En parlant déjà de l'été avec la canicule, cet accès à la fraîcheur va forcément passer par l'eau. Alors mettre plus de piscines à Grenoble, pourquoi pas, mais je pense que rendre les aires baignables est une obligation absolue par rapport à la qualité de vie à l'avenir. Et donc cette qualité de vie va passer par le fait de pouvoir se dire j'ai trop chaud et j'y vais. Et aussi avoir accès à ce type de vêtements qu'on va voir ce soir. pouvoir aller manger, des jeux pour les enfants, boire un coup, se baigner, se prélasser.
- Speaker #6
Je m'appelle Léa et effectivement, du coup, je suis habitante du quartier parce que j'habite de l'autre côté de la passerelle, Pont-Quitton. En fait, quand j'ai vu ce stand, j'étais ravie parce que je ne savais pas qu'il y avait des gens qui réfléchissaient à ça et que c'est un truc auquel on a toujours rêvé. Qu'on a fait un peu dans nos jeunesses folles, mais plus proches de la Thaïa. Parce qu'on allait à vélo à la Thaïa et on se baignait quand même, alors qu'on nous disait tout le temps justement, il ne faut absolument pas se baigner dans l'isère, c'est sale, on ne sait pas ce qui traîne. Mais nous c'est vrai qu'il y a eu plusieurs fois où quand même on se mettait à l'eau. Et du coup le fait de voir qu'il y a des gens qui réfléchissent... Et qui essaye de déconstruire un peu nos représentations et finalement la grosse légende urbaine, puisque maintenant on s'aperçoit que finalement l'eau n'est pas si polluée que ça, qu'on pourrait le faire au niveau sécurité. Il y a quelque chose qui, moi, correspond à l'ordre d'un truc d'un rêve d'enfance, où je n'avais jamais compris pourquoi on avait une rivière et qu'on ne pouvait pas rien faire avec. À Grenoble, on valorise beaucoup les montagnes, mais en fait on a ça aussi, donc pourquoi pas s'en saisir ?
- Speaker #7
Alors bonjour, moi je m'appelle Thibaut Garnier, je travaille à l'aviron grenoblois depuis 2020. Alors nous on propose des activités sur l'eau avec du canoë, de l'aviron et du paddle. L'idée c'est de découvrir un petit peu l'Isère parce que les grenoblois en sont assez éloignés et on peut assez facilement venir essayer, tenter sur l'eau, soit pagailler, soit ramer en fonction du sport qu'on choisit. Pratiquer l'aviron ou le canoë sur l'Isère c'est vraiment sans danger. Nous on n'a jamais eu vraiment de problème à la fois sanitaire, éventuellement quand il y a un petit peu trop d'eau avec la fonte des neiges, on va juste pas pratiquer, mais ça dure deux semaines par an. Et puis sinon on va sur l'eau assez souvent. Ce qui peut peut-être faire peur aux grenoblois, c'est éventuellement la couleur qui est un petit peu grise, mais c'est juste des sédiments d'ardoise. Donc en fait l'isère elle est quand même globalement propre et il n'y a pas de soucis avec ça, on peut vraiment être mouillé sans souci.
- Speaker #1
J'y avais jamais pensé, mais renouer avec nos rivières, ça pourrait carrément être le moyen de rebattre les cartes sur tout un tas d'autres sujets en fait. Imaginez un peu, on pourrait valoriser la pratique d'une activité sportive. Ça viendrait renforcer notre... notre lien à notre environnement. On aurait certainement une meilleure sensibilité et lecture des aléas climatiques. Et puis, ce serait pas juste un sujet pour les spécialistes, ce serait quelque chose pour nous toutes et tous. Ça pourrait même être un truc qu'on nous apprend à l'école. Le fait que les personnes se... baignent aujourd'hui, ça poserait aussi la question de l'amélioration de la qualité de l'eau. Deux lieux pour se rencontrer, pour contempler, pour flâner. Et c'est sans parler du sujet bien pris de tête de la gouvernance de l'eau. Mais alors, on commence par quoi ?
- Speaker #8
Je m'appelle Julien Nemry, je suis enseignant-chercheur à l'université de Grenoble. Aujourd'hui, avec un collectif qui s'appelle le collectif des gens qui ont chaud, nous avons organisé une troisième baignade citoyenne dans l'Isère, cette fois-ci, sur la commune de Grenoble. pour signaler qu'on aimerait bien qu'un projet de baignade en zone urbaine puisse avoir lieu. Et nous, dans notre collectif, on a documenté un peu tous les sujets autour de la sécurité, autour de la qualité de l'eau, autour de la justice sociale, un peu autour des expériences aussi ailleurs en France et en Europe, dans les grandes métropoles, parce que c'est un sujet qui est plus que d'actualité. Le réchauffement climatique, les gens ont chaud et ils ont envie d'aller trouver de la fraîcheur au bord des rivières. Donc voilà, à travers ces événements-là, on espère pouvoir ouvrir le débat. On a commencé à documenter l'hydrologie, l'hydraulique et à échantillonner aussi pour la qualité de l'eau parce qu'on s'est rendu compte que sur les stations officielles de mesure de qualité d'eau de l'Agence de l'eau... Il n'y avait pas de suivi de la bactériologie et c'est ça qui permet de classifier une eau de baignade ou pas baignable. Donc dans notre laboratoire, on a la possibilité de mesurer les concentrations en Echerichia coli et en Enterocoque intestino, qui sont les deux indicateurs de baignabilité. Et donc on a commencé à faire des prélèvements un peu exploratoires pour voir est-ce qu'on peut imaginer mettre des humains dans l'eau. Et donc les résultats étaient très encourageants parce que dès le départ on a vu que l'eau du Drac était d'excellente qualité, en tout cas compatible avec la norme de baignabilité qui est en cours actuellement.
- Speaker #9
Moi c'est Julien. C'est ça, il y a eu une petite animation, un petit événement où on se retrouve là, je ne sais pas, on est bien une centaine, non ? Une centaine de fralais qui viennent se baigner dans l'isère. Et ça, c'est vrai que c'est une première. Moi je suis sûr que dans toutes les villes d'Europe, les gens vont se baigner dans les rivières parce qu'avec ce changement climatique, en fait, on n'a pas le choix. C'est un état de fait, les gens ont chaud. Et les gens vont aller se baigner dans l'eau. Donc ça, soit les collectivités s'adaptent, donc elles mettent en place des aménagements, elles prennent des arrêtés, elles font en sorte que ça se passe le mieux possible, soit elles vont subir, parce que de toute façon il y a une pression sociale. Et en fait c'est pas nouveau que les gens se baignent dans les rivières. En fait avant les gens se baignaient dans les rivières. C'est que maintenant, je sais pas, il y a des normes, il y a des peurs, il y a tout un discours un peu anxiogène autour de attention, le risque, il faut maîtriser tout ça.
- Speaker #1
C'est quand même fou ces siècles entiers passés entre le temps des lavandières, les guinguettes au bord du Drac et l'excitation de certaines personnes aujourd'hui sur le besoin d'un retour à l'eau à Grenoble. Et attendez, vous savez pas ce que j'ai découvert ? On réinvente pas l'eau chaude ! En 1834, la ville de Grenoble avait déjà créé un site de baignade surveillé dans l'Isère, le long du chemin de Halage. Pendant des millénaires, les êtres humains se sont baignés dans les rivières, les lacs et les fleuves. Comment on a pu nous faire croire, pendant toutes ces années, que le contact avec l'eau ou la baignade dans nos rivières était impossible ? Et puis, si on continue dans cette direction, d'après les projections de Grenoble Alpes Métropole, on passerait de 14 jours de canicule en moyenne entre 1976 et 2005, à 36 jours d'ici à 2050. Dans ces conditions, avoir accès à des zones de fraîcheur accessibles à toutes et tous, ce ne serait plus une option, mais une priorité absolue partout en Europe.
- Speaker #10
Bonjour, je m'appelle Laurent et j'habite à Grenoble. On était plutôt refroidis avant de venir aujourd'hui par la température de l'eau, mais aussi du fait que ce soit dans l'Isère et la couleur de l'eau dans l'Isère par rapport à celle du Drac. C'est pas la même chose, c'est pas forcément avenant et j'avais un peu une appréhension par rapport à ça, du bain de boue on va dire. Et c'était pas du tout le cas finalement, en ressortant on n'a pas du tout de vase sur toit ou etc. L'eau est assez douce, c'était plutôt agréable. Donc bonne surprise de ce point de vue là. Après on a déjà lors de vacances par exemple le long du Rhin. On avait eu l'occasion de se baigner à Bâle avec énormément de gens qui pratiquent ce genre de baignade urbaine. Il y a une partie le long de la rive qui est balisée pour séparer les baigneurs des bateaux. En général, les gens ont un espèce de sac qui sert de bouée dans lequel on peut mettre aussi ses affaires, sa serviette, ses chaussures. On se laisse porter d'un point haut jusqu'à un point bas et on peut faire plusieurs centaines de mètres comme ça. La semaine, en sortant du boulot pour rentrer chez eux, plutôt que de prendre le tram et redescendre le long de la rivière.
- Speaker #2
En décembre 2024, j'ai rencontré des élus et des techniciens de la ville de Grenoble sur les questions de prospective et de sport. Je me suis toujours demandé pourquoi à Grenoble on n'allait pas se baigner ni dans l'Isère ni dans le Brac. Pourquoi est-ce qu'on tournait le dos à la rivière ? Et donc, dans le cadre de l'étude avec la ville de Grenoble, on a creusé les raisons qui nous empêchaient de nous jeter à l'eau. Et ces raisons-là, elles sont en fait plutôt culturelles. Au cours de l'étude, on s'est rendu compte que finalement, ce n'était pas dangereux, ce n'était pas interdit. Et qu'en fait, nos seuls freins, c'était des freins sociaux, de représentation sociale des humains dans l'eau. Et donc, on a monté un collectif qui s'appelle le collectif des gens qui ont chaud. Parce qu'on avait très chaud, on a eu très chaud à l'été 2025. Et on a organisé donc trois baignades, deux dans le Brac et deux dans l'Isère pendant l'été. On a organisé notre première baignade le 5 juillet 2025, et c'était le jour de l'ouverture de la baignade dans la Seine. Et c'est vrai que cette ouverture de la baignade dans la Seine, ça a mis un coup de projecteur incroyable sur ce sujet de la baignade urbaine. Ils ont fait en un an et demi ce que certaines villes essaient. J'essaie de faire depuis des dizaines d'années, donc c'est aussi une prouesse grâce au JO. En fait, la baignade urbaine, c'est aller se baigner, mais c'est aussi prendre soin de son corps, avoir une pratique sportive facile, réduire les risques d'AVC. Il y a vraiment des études qui montrent que c'est bon pour la santé. Donc voilà, ça change une ville, mais ça change aussi les humains qui la pratiquent.
- Speaker #8
Je suis le meilleur !
- Speaker #11
Moi je m'appelle Lisa, j'habite à La Tronche. On faisait partie d'un des deux collectifs qui a organisé le nettoyage des berges qu'on fait tous les ans. Ici le long des berges de l'Isère, côté Île Verte et côté La Tronche. Moi en fait, quand j'ai vu que tout le monde se préparait, ça m'a donné trop trop trop envie. Et je me suis dit, ben non en fait, j'ai plus envie de faire le nettoyage, j'ai envie de participer à cette expérience. Elle était un peu froide mais super vivifiante. Et en fait moi ça me fait trop... imaginer comme ça pourrait être l'été en pleine canicule de pouvoir faire ça tous les jours. On est dedans en plus c'est juste, on oublie tout ça et c'est juste incroyable de voir Grenoble vu de la rivière on passe là tous les jours et là on est à un autre endroit au milieu avec toute une bande de gens, on est comme des gosses c'est magique, c'est vraiment magique
- Speaker #1
Cette baignade improvisée du collectif, ça a fait carton plein. Ça prouve que ça répond à un vrai besoin et que le sujet bouillonne depuis quelque temps déjà. Mais finalement, dans la bataille culturelle autour de l'eau, c'est important de se dire qu'on ne parle pas seulement de la baignade. Derrière tout ça, on peut aussi imaginer la possibilité de repenser nos espaces publics, en lien avec nos rivières. Que ça devienne des espaces de rencontres, de cultures et de festivités, des espaces liés aussi à la sensibilisation au vivant. à la biodiversité ou encore aux risques que l'Isère et le Drac peuvent représenter ? Pourquoi on ne pourrait pas appréhender la beauté et les risques comme on sait très bien le faire avec les montagnes qui nous entourent ? Si on avait accès à de la connaissance de manière plus simple et rapide, on serait capable de comprendre et de se former. Et puis, on dit souvent que l'on protège mieux ce que l'on connaît. Et moi, je dirais même qu'on protège mieux ce que l'on aime. Mais au-delà des rivières, l'enjeu c'est tout simplement d'être capable de faire plus de placements. salaud dans la ville. Lui laisser se frayer un chemin et qu'elle reprenne une place importante à nos côtés. Qu'elle s'imprègne, qu'elle nourrisse nos sols et nos nappes phréatiques. Pour nous aider à faire de ce territoire un territoire qui aura su s'adapter aux aléas en renouant avec cet élément.
- Speaker #4
Si on veut faire de nos rivières des climatiseurs, il faut aussi en faire des espaces publics. Et là, il y a une culture à trouver qui associerait la culture de l'ingénierie hydraulique avec la culture de l'espace public. Il ne s'agit pas forcément toujours d'aller se baigner. Le collectif des gens qui ont chaud nous dit qu'il faudrait se baigner. Ils ont raison, mais peut-être que ce n'est pas toujours la baignade la question. Quand il fait 35-36 degrés en pleine, le long du Drac, il peut faire 5-6-7 degrés de moins. Donc la question c'est est-ce qu'on est capable d'envisager des systèmes de parcs qui permettent d'articuler ces espaces de fraîcheur jusqu'au logement ?
- Speaker #8
On se rend bien compte qu'autour de Grenoble, les sites de baignade, il n'y en a pas beaucoup. Il faut prendre un bus, il faut prendre une voiture pour aller se baigner dans les lacs. Mais c'est des lieux qui sont du coup surfréquentés aussi l'été. On l'a vu, ça fait la une des journaux, le lac des Belettes est pris d'assaut, le lac de Paladrie est pris d'assaut. Donc en fait, les gens qui ont envie de se baigner et qui n'ont pas les moyens de se déplacer ou on leur dit « non, il y a déjà trop de monde, vous n'y allez pas » , comment ils font ? Alors qu'ici, on a deux belles rivières juste à notre pied, donc on pourrait tout à fait imaginer que leur rafraîchissement se fait ici sans déplacement. Vraiment, la question de l'accessibilité possible des berges pour aller se baigner, c'est aussi permettre à une population qui cherche de la fraîcheur, qui... Parfois les piscines sont pleines l'été, il faut payer un droit d'accès. Là c'est gratuit, l'eau est de qualité, l'eau est froide.
- Speaker #1
La dimension sociale est un enjeu central dans cette question de l'accès à des zones de fraîcheur. Car les personnes qui sont et seront le plus éloignées des solutions de rafraîchissement dans le futur, elles subiront de plein fouet les risques sanitaires liés au réchauffement climatique. Et donc, finalement, repenser l'aménagement de Grenoble pour redonner sa place à l'eau, c'est aussi une réponse pour plus de justice sociale finalement. Mais pour moi, il y a un autre point central à prendre en compte dans tout ça. Et je m'inquiète d'ailleurs de ne pas en avoir entendu parler. C'est toute la biodiversité associée à ces milieux aquatiques et auberges au sens large. C'est donc primordial d'associer des spécialistes comme des écologues, des biologistes et tout ça. Des gens qui aident à l'élaboration de nouvelles pratiques autour de l'eau et à la construction potentielle de nouveaux espaces. Ou à la non-construction d'ailleurs. En travaillant de manière sobre et consciente pour ne pas impacter davantage ces espaces déjà bien malmenés.
- Speaker #0
Moi, dans 15 ans à Grenoble, ce que j'espère, c'est qu'il y ait quelques lieux aménagés pour que le grand public puisse y accéder en sécurité, que le reste des endroits ne soient au moins pas interdits, que les gens puissent y aller en fonction des conditions, parce qu'on est conscient que cette rivière peut être dangereuse dans certaines situations, que le drac aussi, donc il ne faut pas y aller tout le temps, il ne faut pas y aller dans n'importe quelles conditions. Que les gens puissent apprécier les risques, un peu comme le font les gens qui vont en montagne.
- Speaker #2
Pour rendre une ville baignable, ce qu'il faut c'est aussi qu'il y ait un cadre sécurisé pour les baigneurs, à la fois sur les enjeux sanitaires dont on a parlé, mais aussi sur leur sécurité. Donc avoir des mètres nageurs, comprendre la rivière, avoir un site qui soit vivant et vraiment accueillant. Donc nos deux rivières, elles sont assez différentes. Et les sites et la manière de se baigner peuvent être aussi différents. Si on veut un cadre de pratique sécurisé, il faut aussi rendre publiques les données. Toutes les données de pollution de l'eau, par exemple, qui sont plutôt bonnes. Tout ça, il faut que l'humain grenoblois puisse y avoir accès. Comme on a accès, par exemple, à la qualité de l'air. Depuis quelques années, on a l'éclairage du poteau de la Bastille, du téléphonique de la Bastille, où on sait quel air on va respirer le lendemain.
- Speaker #1
Finalement, si on veut que la population puisse se baigner demain dans les rivières de la ville, il faudra donner accès à ces données, au savoir, et sensibiliser à tous ces éléments qu'on vient d'entendre. Pourquoi ne pas redonner du pouvoir d'agir aux grenoblois et grenobloises ? leur redonner confiance, travailler à cette culture du savoir nager, en éduquant dès le plus jeune âge à la baignade en eau libre par exemple. C'est d'ailleurs ce que fait le Danemark depuis très longtemps. Et pour moi, s'assurer des bons réflexes de toutes et tous, notamment face au risque de crues et de noyades, c'est un enjeu démocratique. En créant cette culture de la baignade, on pourrait aussi redonner une place aux piétons et au redéveloppement d'espaces naturels au bord de l'eau.
- Speaker #5
Pour que la rivière devienne baignable, il faut qu'il y ait une vraie volonté politique de regarder ce qui se passe en amont. Quels sont par exemple les pesticides qui sont déversés dans la rivière par rapport à l'agriculture ? De quelle manière on peut aider toutes ces agricultures ou les usines même qui déversent les polluants ? Comment on peut les aider à prendre conscience du problème ? Comment on peut les aider à mieux utiliser leurs polluants et leurs pesticides ? Et donc ce problème, c'est un problème qui va d'abord se traiter en amont pour que la rivière... Quand elle arrive chez nous, ici à Grenoble, que ce soit une rivière propre.
- Speaker #2
Une des conditions pour rendre une ville baignable, c'est vraiment que tous les acteurs de l'eau puissent se mettre autour d'une table et agissent ensemble. Et en fait, la gouvernance de l'eau en France, elle est hyper complexe, mais la baignade, elle peut vraiment permettre d'avoir un projet pour ces acteurs-là. En gros, quand on parle de la gouvernance de l'eau, il y a le syndicat de gestion de la rivière, donc le CIMBI, il y a les collectivités territoriales Donc la métropole et les communes, il y a l'État, il y a EDF ici chez nous, il y a aussi des acteurs sportifs, le club de canots et kayaks qui a une partie de la gestion de la rivière.
- Speaker #4
Les infrastructures qui consistent à préveler l'eau et la distribuer à l'échelle du territoire, je parle de l'eau potable gérée par Grenoble Alpes Métropole, génèrent des systèmes de dépendance, notamment du point de vue économique, entre les vallées. Par exemple, l'épisode ST Microélectronique a révélé une chose qui est assez intéressante, c'est qu'en effet, pour pouvoir... produire des puces microélectroniques dans la vallée du Grésil-Vaudan, on a besoin en grande partie de l'eau qui vient des vallées du Drac. On se rend compte que cette même eau qui est distribuée notamment dans le Grésil-Vaudan, pour diverses activités parmi lesquelles, j'insiste, l'activité techno-industrielle, cette même eau est aussi distribuée, sera bientôt distribuée dans le Voironnais, qui est une autre intercommunalité, qui est située dans une autre vallée, qui elle est dépendante de cette eau, potentiellement parce qu'elle manque d'eau potable, et notamment avec les épisodes de canicule, de sécheresse, de pénurie liées au réchauffement climatique.
- Speaker #1
Quand on pense politique énergétique, on pense forcément à EDF. Et aujourd'hui, à Grenoble, c'est lui qui gère les barrages. Mais pour le coup, c'est le CIMBI, le syndicat mixte des bassins hydrauliques de l'Isère, qui gère les digues et leur entretien. Autrement dit, sur les questions de l'accès à l'eau, Le SIMBI est un acteur incontournable à l'échelle de notre territoire. Et leur métier, à la base, c'est de protéger les populations contre les risques d'inondations et préserver les milieux aquatiques. Mais demain, est-ce qu'ils s'occuperont aussi de gérer l'accès à l'eau des populations ? Chers amis, nous arrivons à la fin de ce tout premier voyage sonore, Grenoble 2040, chemin futur. À vos côtés, j'ai compris que le sujet de l'eau est un sujet majeur pour l'avenir de Grenoble et ses environs. L'eau est aussi bien sûr au cœur des préoccupations pour l'agriculture de notre région et du devenir des montagnes et stations qui nous entourent. Notre souveraineté autour des enjeux énergétiques et de l'eau seront centraux dans les prochaines décennies. Autrement dit, l'eau, aujourd'hui et demain, c'est un sujet citoyen et hautement démocratique. C'est l'affaire de toutes et tous, et ça doit sortir du domaine des spécialistes. Infuser dès aujourd'hui une culture de la baignade, du bien-être et du pouvoir d'agir, c'est inventer de nouveaux usages et redonner de la place à l'espace public. et à la rencontre demain. Mais j'ai aussi compris que nous avons une chance exceptionnelle. Une chance de pouvoir jouir de la diversité d'un territoire qui nous offre la possibilité d'imaginer bien d'autres futurs, de renouer avec l'histoire et de prendre soin, plus que jamais, de ce qui est là, juste sous nos pieds. Une création sonore originale réalisée, produite et animée par Déborah Ozil pour la ville de Grenoble. Avec Jeanne Ausha au montage-mixage et pour les musiques originales. Un contenu réalisé 100% sans IA.