- Speaker #0
Bonjour, je m'appelle Pauline Maria, bienvenue dans Virage. Le podcast est sur la vie et ses tournants qui nous font rire, parfois pleurer, mais qui toujours nous inspirent. Je suis ravie de vous accueillir dans cette quatrième saison de Virage, qui promet d'être riche d'invités incroyables. Si vous voulez ne rien rater et soutenir ce podcast, je vous invite à vous abonner sur votre plateforme d'écoute. Et pour venir avec moi en coulisses, vous pouvez me suivre sur Instagram, pauline-du-bas-virage, et sur TikTok, virage.podcast. Je vous laisse avec l'invité du jour et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Maxime.
- Speaker #1
Bonjour Pauline.
- Speaker #0
Comment ça va ?
- Speaker #1
Écoute, ça va plutôt pas mal. Un petit peu malade, je ne te le cache pas, mais ravi d'être avec toi aujourd'hui pour le podcast.
- Speaker #0
Je te remercie d'avoir bravé les microbes pour venir au studio. Du coup, je t'ai équipée d'une petite tisane gingembre citron.
- Speaker #1
On adore.
- Speaker #0
En espérant que ça te permette d'être le plus aligné et présent dans ce moment qu'on va passer tous les deux. Un moment dans lequel on va parler de ton parcours, de ton parcours qui me trouve très inspirant puisque tu as eu un peu mille vies malgré ton jeune âge. Tu étais professeur des écoles et tu as tourné le dos à cette profession. Tout de suite après, tu as été prête plume. Tu as écrit pour des influenceurs qui ne trouvaient pas forcément les mots pour écrire leur histoire et tu as créé ta page Instagram dans laquelle tu partages un petit peu toutes les facettes de ta personnalité et ça t'a permis de rencontrer ta communauté. À la fois, tu parles de spiritualité, mais aussi de poésie. Tu es aussi acteur et c'est des aspects de ta personnalité qu'on peut retrouver sur ta page. Et en fait, j'ai l'impression que ton postulat de base, ça a été un petit peu de t'adresser à l'univers. J'ai l'impression que c'est comme ça que tu as rencontré ta cible avec le Centre des plaintes à l'univers. Et tu as eu envie un petit peu de rendre accessible la spiritualité. et le développement personnel, parce que c'est vrai que c'était devenu à un moment donné presque un peu galvaudé. Enfin, tu vois, le développement personnel, certaines personnes disent même que c'était devenu du développement impersonnel et que certaines personnes ne se sentaient plus vraiment concernées par la démarche. Et toi, du coup, tu l'as rendu accessible au plus grand nombre. Donc, c'est super. Et j'ai envie qu'on commence à parler de Maxime qui devient professeur des écoles. Pourquoi tu avais envie d'enseigner aux enfants, s'il te plaît, Maxime ?
- Speaker #1
Quelle douceur Pauline dans ta voix ! L'enseignement ça a été la première voix qui s'est hissée dans mon cœur dans le sens où j'ai terriblement manqué de candeur, d'innocence je pense dans mon parcours et je pense dans toute la première partie de ma vie. Je dirais qu'il y a eu comme quelque chose d'assez responsabilisant, de trop de pression et c'est ce qui a fait que dans un premier temps j'ai voulu me diriger vers un métier qui allait me sembler beaucoup plus léger et surtout au contact d'enfants. Parce que effectivement que ce soit à la maison ou à l'école ou au collège ou au lycée. Il y avait cette dimension, malgré tout, assez pressurisante, avec des examens en permanence, avec un stress, une sensibilité qui était assez incomprise. Et j'ai la sensation que cette sensibilité, elle trouve plus facilement sa place auprès des enfants. Et c'est ce qui a fait que devenir professeur des écoles, c'était une évidence dans une première partie de vie pour que je puisse me sentir bien avec cette sensibilité, réhabiliter cette sensibilité avec des enfants. Et surtout, pour mon enfant intérieur, d'une certaine manière, ... Transmettre cette sensibilité, ce que je crois dans le monde, ce qui me paraît juste, ce qui me paraît important, et de pouvoir créer un climat de classe dans lequel j'avais la sensation de me parler à moi-même. Et donc du coup, quand il y avait des injustices, de parler à propos de ces injustices, d'instaurer des débats de classe où on était tous assis par terre, maîtres y compris, parce qu'on m'appelait maître comme enseignant, et de pouvoir prendre soin des élèves pour pouvoir prendre soin de leur sécurité, ça a été très important pour moi, pour pouvoir me dire que c'est ce que je voulais qu'on me donne moi aussi. que ce que j'avais besoin de me donner.
- Speaker #0
Oui, tu avais presque l'impression de te réparer en prenant soin des enfants et en leur offrant cette espèce de bulle d'insouciance dont tu as l'impression d'avoir manqué.
- Speaker #1
Totalement, ça a été... Quand on est avec des enfants, on ne peut pas tricher d'une certaine manière. Et ils nous aiment pour ce que l'on est, ce que l'on n'est pas. Il y a cette facilité à pouvoir être. Il y a cette facilité à pouvoir... Entrer dans une classe et faire rire et ne pas se soucier du regard des gens, je pense que ça aussi c'est une problématique qui a été difficile pour moi. Avec des enfants, c'est assez évident de pouvoir être plus rapidement soi-même. Je pense que ça a été hyper important pour pouvoir recoller à ça très rapidement.
- Speaker #0
Et à quel moment ça a commencé à moins te correspondre ?
- Speaker #1
Il y a un moment donné où la liberté qu'offre l'éducation nationale peut avoir ses limites, dans le sens où on n'a pas de liberté nécessairement temporelle. Alors on nous dit qu'on a beaucoup de vacances, mais en fait ces vacances-là sont toujours imposées dans un certain cadre, avec des voyages où il y a souvent des touristes. On a aussi une liberté géographique qui est assez limitée, dans le sens où est-ce que je peux déménager un petit peu quand je veux ? Est-ce que je peux partir à l'étranger ? Est-ce que je peux voyager ? Est-ce que non, tu vas devoir rester là, parce que ce n'est pas possible de sortir de ce département avant tant d'années ? Et également, tout simplement, le fait que la liberté de mon enseignement avait atteint ses limites, parce qu'enseigner la géographie, le français, l'informatique, la géométrie, les mathématiques, ont été des choses qui m'ont fait du bien dans un premier temps, mais qui font que dans un second temps, ça n'a pas résonné. J'ai besoin de transmettre beaucoup d'enseignements de cœur, beaucoup d'enseignements qui vont justement toucher à la confiance, toucher à la sensibilité, toucher à l'empathie, toucher à la compassion, toucher justement à tout ça. Et en fait, à un moment donné, On n'a pas à être coach non plus dans une classe, on doit apprendre des choses qui sont très tangibles. On a beaucoup d'administratifs, on a beaucoup d'instincts où on n'est plus professeur des écoles, mais on est gendarme, on est infirmier, on est assistant social, on fait le lien avec la famille. Et il y a une certaine humilité à avoir avec ce métier-là, qui a fini parfois par me faire ressentir presque inutile dans ce que je pouvais permettre aux élèves les plus en difficulté, notamment parce qu'il fallait suivre un rythme, il fallait suivre des programmes. Et en fait, qu'est-ce qu'on peut faire vraiment pour ceux qui sont les plus en difficulté ? J'ai trouvé au sein de l'éducation nationale que les possibilités et les leviers étaient assez restreints, ce qui a fait que j'avais besoin de me sentir plus utile ailleurs, puisque je finissais par me sentir pas assez utile, tout simplement pour certains enfants.
- Speaker #0
Pour certains enfants, parce que tu libères beaucoup la parole autour de la santé mentale, sur tes réseaux sociaux, et notamment autour de la neuroatypie, est-ce que tu fais référence aussi à des enfants qui pourraient être neuroatypiques ?
- Speaker #1
Complètement. Complètement, je pense que le cœur... J'allais dire le cœur de mon existence. Mais en tout cas, le cœur de ce que j'ai besoin et envie de faire, c'est de louer la différence, louer la bizarrerie, louer la lenteur, louer la différence de rythme, louer la différence de système nerveux. Moi, je pense que même sur Terre, en TDAH ou des personnes qui sont HPI, ont une mission qui est extrêmement différente, ont des choses à enseigner, à transmettre qui sont différentes. Et en fait, dans ce moule-là, on les brime. Et peu importe à quel point je voulais pouvoir les aider, Le système d'éducation nationale est fait malgré tout sous un système de moule et donc d'une certaine manière je participais à abrimer certains élèves et je me revois en fait une petite Charlotte qui était en CM1 et qui n'arrivait pas à avancer je me vois m'agacer sur elle à un moment donné puisque je n'arrive plus du tout à lui faire avancer selon n'importe quel rythme je me vois ne plus pouvoir légitimer son rythme ne plus pouvoir légitimer à quel point elle peut être en décalage et à un moment donné du coup m'agacer et sentir la peine que je lui provoque Merci. Et à ce moment-là, il y a un temps d'arrêt qui se fait à l'intérieur de moi et il y a un endroit où je me dis aïe, aïe, parce qu'en fait je ne peux plus supporter malgré tout la manière dont on ne peut pas accompagner certains élèves. Donc c'est ce qui a fait que progressivement j'ai senti que je devais investir d'autres espaces sans savoir quoi ni comment et surtout en laissant derrière moi un métier qui me plaisait. Parce que j'aime les enfants terriblement, j'aime la relation avec les parents que j'ai pu nouer terriblement. ça a été très très beau aussi de me sentir aussi utile pour certains parents qui ont vu la nature de mon travail, qui ont vu l'investissement que j'ai pu donner au delà des enseignements mais justement dans la sincérité que j'ai pu essayer de donner à certains enfants pour aller les chercher dans leur confiance.
- Speaker #0
Oui et quand tu tournes le dos à cette profession tu sais pas ce que tu vas faire et ça est ce que c'est vertigineux comme sensation ?
- Speaker #1
C'est vertigineux. C'est vertigineux à plusieurs égards le premier c'est tout simplement le fait que j'ai toujours existé à travers la réussite et l'utilité Très rapidement, quand j'étais enfant, j'existais pour les points verts. Au collège, on existe pour les évaluations et les trimestres. Au lycée, on existe pour le bac. Moi, à la fac, j'existais beaucoup pour les partiels, même si j'ai eu une vie amicale très, très riche pendant tout ça, et j'ai beaucoup profité aussi. Il y a quand même quelque chose qui fait que la réussite m'a très rapidement happé comme moyen de valorisation, puisque je n'arrivais pas à me donner une autre valorisation que celle-ci. Et qui fait qu'en fait, quand je me retrouve sans aucun statut, aucun sens de vie... Avec une perspective potentiellement d'accompagnement, mais rien de tangible, il y a un sentiment de pas assez qui intervient très rapidement, il y a cette sensation de savoir où aller, comment y aller, une errance vertigineuse et un vide béant qui réapparaît, qui était déjà là et que j'avais pu colmater avec l'enseignement, avec l'avancer en fait, parfois on avance parce qu'il faut avancer, mais qui fait qu'à ce moment-là, le vide, mon existence s'en est complètement sentie chamboulée puisque je ne trouvais plus aucune manière d'être et de me présenter au monde. Et le personnage que j'avais créé jusque là était fritté en tout point et ce qui a fait qu'on parle d'éveil spirituel, moi ça a été à ce moment là qu'il y a quelque chose qui s'est profondément brisé et qui n'a plus pu exister selon la manière dont je l'avais fait exister jusque là.
- Speaker #0
Et est-ce que c'est à ce moment là, parce que tu communiques aussi sur les réseaux sociaux, d'une période où tu as vécu une dépression et tu as été sous antidépresseur, est-ce que tu penses que c'est ça ? Qui a été le point de départ ?
- Speaker #1
Pour moi, la dépression est une bénédiction. Et à ce moment-là, la dépression est arrivée pour pouvoir me permettre d'enlever ma pression à la dépression. Et effectivement, cette période-là, elle est venue pour me permettre de me dire « Mais attends, tu n'es pas un être humain, là, tu es un faire humain. » À la rigueur, un avoir humain, je ne sais pas, mais tu es en train d'amasser une quantité de réussite et de courir après je ne sais quoi. Alors que du coup, toi, en tant que tel, tu n'existes pas. et je pense qu'à ce moment-là, la dépression, elle a essayé de me... me permettent d'enlever tous les personnages. Je pense que la dépression, elle est là quand on n'arrive plus à exister en étant soi. Et qu'en fait, si on a tellement de masques au-dessus de nous, que ça nous est impossible de continuer à vivre, puisqu'il n'y a plus de vitalité derrière, puisque l'âme est en train de suffoquer, quelque part, pour pouvoir crier à ce qu'elle puisse exister, à ce qu'on puisse se rapprocher d'elle. Et cette dépression, elle hurlait de me rapprocher de moi. Donc à ce moment-là, c'était terrible de pouvoir l'entendre, puisqu'on ne comprend pas le mode d'emploi d'une dépression. On ne comprend pas comment rejoindre, ce qu'elle peut essayer de nous communiquer donc forcément dans un premier temps on y résiste Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il n'y a pas ? Non, non, on va retrouver autre chose, on va avancer, t'inquiète pas. Je vais construire une entreprise de développement personnel, tu vas voir, je vais être un super coach, tu vas voir, je vais y arriver, tu vas voir, on va faire des postes. C'est ce que j'ai fait dans un premier temps d'ailleurs, puisque c'était insoutenable de ne pas pouvoir être contenu d'une certaine manière. Mais effectivement, cette dépression, elle est venue pour pouvoir me permettre de me rapprocher de moi. Et c'est cette période effectivement qui a été l'une des plus violentes. Puisque j'ai quitté mon métier, j'ai quitté une maison avec laquelle j'avais un projet d'achat, un dépôt de garantie. J'ai ma relation aussi amoureuse qui s'est terminée avec le garçon avec lequel j'étais à ce moment-là. Et qui font que bim bam boum, il n'y a plus aucun réceptacle pour pouvoir me permettre d'avancer.
- Speaker #0
Ça s'est terminé à cause de ça ?
- Speaker #1
Ça s'est terminé assez naturellement, malgré tout avec pas mal de souffrances et même de violences quand même entre nous. Parce que c'était très très difficile pour moi d'accepter la fin de cette relation. Et je m'y raccrochais alors que j'en étais aussi celui qui insufflait ce besoin-là. Mais il y a quelque chose qui fait qu'on veut partir, mais on est incapable de partir parce qu'on a une blessure d'abandon et qu'en fait, dans tout ça, il y a de la souffrance. Je pense que ça a été tout un souffle qui m'est revenu et qui a fait que je ne pouvais plus supporter ma relation, mon métier, etc. Et donc, en fait, j'étais dans l'incapacité d'accepter tout ce que j'avais créé, de le supporter et en même temps, dans l'incapacité d'avancer. mais malgré tout j'avançais et donc du coup ça a créé de la friction Et donc inconsciemment, je crée de la résistance partout autour de moi jusqu'à ce que je ne puisse plus la contenir. En fait, je me dis, il faut que j'ai provoqué ces ruptures-là, que ce soit la rupture conventionnelle, la rupture amicale, la rupture logistique avec la maison. J'ai provoqué ces ruptures exprès, mine de rien, pour pouvoir me repartir à zéro. Mais on n'est peut-être pas capable de le faire consciemment à ce moment-là. Je pense qu'il y a une force vraiment qui est venue plus grande que moi et qui est venue à l'ordre pour pouvoir rejeter tout ce que je créais. Et voilà, si j'avais voulu que ma relation marche, peut-être que je me serais... rallier à cette fréquence. J'étais incapable de me rallier une seconde de plus à cette fréquence et à cette adaptation. Donc je n'ai plus pu, la relation ne marchait plus si je ne m'adaptais pas.
- Speaker #0
Et est-ce que tu dirais que les professionnels de la santé mentale qui t'ont entouré à ce moment-là ont été aidants et ont compris ce que tu traversais et t'ont donné des clés ?
- Speaker #1
Absolument pas. J'ai pas honte de le dire, je dirais même qu'à l'inverse, les professionnels de santé ont voulu corriger Le problème, là où accueillir profondément le problème et la différence qu'il comportait à l'intérieur de moi, était une solution. Dans le sens où on m'a rapidement demandé de trouver une forme de protection, de rigidité, d'acceptation très radicale sur des systèmes qui étaient impossibles à accepter pour moi. Une nature de la vie qui était impossible à considérer pour moi. Du pardon qui était impossible à trouver pour moi à ce moment-là dans ma vie.
- Speaker #0
Du pardon à, par exemple, ton ex-compagnon.
- Speaker #1
Alors là, ce qui me vient en premier lieu, c'est plutôt par rapport à la manière dont j'ai été éduquée, par rapport à la manière dont la société est en train de fonctionner, par rapport au consumérisme, par rapport à l'injustice qui règne sur Terre. Accepte, accepte, accepte, accepte. Je ne peux pas accepter, je ne peux pas accepter, je ne peux pas accepter, je ne peux pas accepter. Et à chaque fois que j'essaie de faire ce mouvement d'acceptation, il y a quelque chose qui fait que c'est violent à l'intérieur de moi. Et tout simplement parce qu'il y a certaines choses, je ne sais pas si je ne parlerai de non-acceptation, mais je ne parlerai en tout cas qu'il y a quelque chose à l'intérieur de moi qui ne peut pas se résigner à le voir. et c'est ce qui définit aujourd'hui mon chemin et mon combat d'une certaine manière, c'est que je serai peut-être jamais à même de totalement accepter ça, et c'est ok en fait est-ce qu'on est capable de tout accepter est-ce qu'on est capable de tout tolérer, même quand ça ne résonne profondément pas à l'intérieur de nous j'en suis pas sûre, et c'est ce qui a fait qu'à un moment donné, j'ai dû me départir de psychiatre, j'ai dû me départir de psychologue que j'avais trouvé, parce que il n'y avait pas cette compréhension, et aussi peut-être parce que je ne m'étais pas entourée des bons professionnels de santé. Tout n'est pas acheté, mais il y a surtout certains thérapeutes qui ne sont pas à même d'aller chercher peut-être certaines formes de sensibilité qui peuvent être différentes, encore plus profondes. Je n'ai pas envie de me donner des fleurs, mais je crois que j'étais porteur d'une sensibilité qui était très, très exacerbée et qui avait besoin d'être très, très accueillie selon tout ce qu'elle est, selon toute sa souffrance avant. d'y chercher une solution.
- Speaker #0
Est-ce que c'était à ce moment-là que tu as découvert, parce que tu en parles aussi beaucoup sur tes réseaux sociaux, de ta neuroatypie et du fait que tu as un trouble du spectre autistique, un TSA. On va parler de TSA pendant la suite de l'épisode. Est-ce que c'est quelque chose que tu as découvert à ce moment-là ou que tu connaissais déjà ?
- Speaker #1
Non, c'est à ce moment-là que j'ai découvert. En fait, quand j'ai quitté le professorat, j'ai commencé à me questionner, à réaliser qu'il y avait trop de choses qui étaient différentes en moi. J'en avais vraiment de grosses souffrances par rapport à la compréhension que je pouvais avoir de l'extérieur et ce rapport au monde que je pouvais avoir. Et à un moment donné, j'ai été consultée parce que mon entourage suspectait un haut potentiel intellectuel. C'est la médecine du travail d'ailleurs qui m'a accompagnée malgré tout au sein de l'éducation nationale pour aller faire ce diagnostic. Et à ce moment-là, j'étais à Bordeaux et j'étais allée justement me faire diagnostiquer ce haut potentiel intellectuel. Et il s'est avéré que ce diagnostic a été posé. Et avec une autre discussion qui s'est posée à ce moment-là avec la psychologue, à savoir le fait que les tests mettaient en évidence cette potentielle piste autistique qu'on a investiguée. Alors justement, avec pas vraiment de tangibilité ou de non sur quel est ce trouble autistique-là, mais avec la certitude de son côté et même, elle l'a posé, cette présence en tout cas de quelque chose qui commence à toucher justement ces sphères autistiques-là, et qui commence justement à avoir du coup un haut potentiel intellectuel à tendance autistique. Donc qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça vraiment corrobore à l'intérieur de moi ? Je ne sais pas. J'en parle assez peu parce que je ne sais pas dans quelle mesure je peux lui en donner de la légitimité. C'est toujours aussi difficile d'approuver un diagnostic par rapport à peut-être qu'il y en a qui ont un vrai trouble autistique et qui ont cette souffrance.
- Speaker #0
C'est un spectre le trouble du complexe autistique, donc il n'existe pas un seul type d'autiste. Et ton vécu est légitime comme le vécu de quelqu'un qui aura peut-être un trouble. un peu plus prononcée. Pour autant, tu as le droit de vivre et de partager ton vécu. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. En tout cas, j'essaie de faire à mon échelle, de dire, j'ai cette différence-là, elle a été nommée comme telle, et maintenant, par contre, je ne veux pas que ça me définisse non plus.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Parce que j'ai tendance à croire que si j'avais su très tôt que j'avais cette tendance autistique, que si j'avais cette différence et ce rapport au monde, peut-être que la manière dont mes parents, dont la société, dont le monde a voulu que je... Je force parfois l'adaptation, ça n'aurait pas été possible. Alors ça a eu des dégâts, c'est certain, mais d'une autre manière, et pour être allé ensuite dans certaines associations, ou pour m'être entouré aussi de personnes avec cette sensibilité-là, et ce caractère assez exacerbé dans l'hyperactivité émotionnelle, il y a quelque chose qui fait que le retour en matière est très difficile. L'adaptation est presque parfois impossible a posteriori, parce qu'il y a une protection qui est là, et c'est comme si je n'avais pas eu le choix de ne pas me protéger moi à l'époque, puisque si je voulais survivre et si je voulais être aimé, On n'avait pas légitimé ma différence, donc il fallait que j'aille dans le moule. Et derrière, c'est comme si ça m'avait forcé à trouver quelque chose qui, à terme, peut être bénéfique dans ce que j'essaie de vulgariser aujourd'hui. Est-ce que si j'avais, dès le début, légitimé pleinement ces troubles autistiques-là, je me serais dit que j'allais pouvoir parler sur les réseaux sociaux, être conférencier, libérer la parole sur autant de thèmes ? J'en suis pas sûre.
- Speaker #0
Mais tu vois, je rebondis sur ce que tu dis. Moi, ce que je trouve intéressant, justement, dans le fait d'accueillir et d'endosser ce trouble, Merci. C'est aussi de penser aux enfants qui peuvent le vivre. C'est peut-être, tu vois, la maman qui parle en moi parce que j'ai deux enfants qui sont petits. Donc, je côtoie les enfants maternels et on en voit très rapidement quand même sur qui des étiquettes commencent à être posées, etc. d'enfants. Et moi, je trouve ça incroyable, justement, que des enfants qui peuvent le vivre se disent « Ok, ben regarde, lui, il a un trouble du spectre autistique, pour autant, il est conférencier. » Il prend la parole sur les réseaux sociaux. Il rayonne, il vit une vie avec laquelle il est aligné. Donc peut-être que moi aussi, je pourrais faire ça. Moi, je trouve ça bien justement qu'on donne d'autres images parce que c'est vrai qu'il existe encore beaucoup de stéréotypes qui concernent l'autisme. Beaucoup de personnes s'imaginent encore soit l'autiste aspergeur, je crois qu'on dit ou. Soit justement quelqu'un d'extrêmement intelligent, soit quelqu'un qui va peut-être se taper la tête, être violent, être un danger pour lui et pour les autres, etc. En fait, c'est pluriel et je trouve ça génial qu'il puisse y avoir des personnes qui montrent cet exemple et qui montrent que la différence est belle et qu'on peut la vivre et l'incarner, tu vois, pour les enfants.
- Speaker #1
Ça me fait du bien ce que tu dis, parce qu'effectivement, je crois que c'est ce que j'ai envie de transmettre. Oui, la différence a besoin d'être appréhendée, a besoin d'être vue, accueillie, parfois même traitée dans certains cas, mais surtout ne jamais mettre. la différence dans une case et se dire que certaines choses ne nous sont pas du tout accessibles. Dans le cas de beaucoup de spectres hypersensibles et troubles autistiques, c'est très large, toute cette casquette-là, même TDAH, etc. Si on corrobore profondément la manière dont nous on existe, Je pense que c'est la première chose pour remettre notre système nerveux en marche. Et qu'autour de ça, on trouve des soins qui nous sont adaptés. Moi, j'ai eu des soins notamment à propos du corps, à propos des massages, des formes aussi thérapeutiques qui ont pu m'aider à m'ancrer dans mon corps et à m'aider à revenir. Et donc, on trouve toute une structure, tout un champ amical, tout un champ professionnel qui nous nourrit. Alors, on peut vraiment prétendre à une vie extrêmement riche avec son lot de difficultés. Moi, je ne suis plus dans une utopie où... où effectivement il n'y a pas de bas, il n'y a pas des moments où je ressens beaucoup de choses qui peuvent encore me mettre en violence avec moi-même. Mais malgré tout, avec quelque chose qui est riche et qui trouve sa place aujourd'hui autour de moi, il y a assez peu de gens qui sont conscients de ce que je peux vivre, de ma différence. Même mes parents aujourd'hui, mon frère, ma famille, ne le sait pas vraiment, ou alors le savent, mais ne savent toujours pas comment agir avec moi. Et finalement, ça marche et ça roule quand même.
- Speaker #0
Oui, mais peut-être parce qu'aussi... Vous avez tous créé des espèces de mécanismes d'adaptation. Tu vois, quand on connaît très bien quelqu'un, après parfois, même sans poser un diagnostic, on peut s'adapter un petit peu.
- Speaker #1
Ou alors c'est moi qui m'adapte aussi. Il y a une adaptation de leur part, j'en doute pas, mais c'est aussi moi et mon rapport à l'incompréhension. C'est le fait que je commence vraiment à accepter qu'il y a beaucoup de choses qu'ils ne peuvent pas du tout comprendre. Et que leur maladresse, leur manière de parfois se conforter n'a rien à voir avec une absence d'amour, n'a rien à voir avec une absence de considération, n'a rien à voir avec une absence de reconnaissance. Toutes leurs formes d'amour, maintenant je les vois, je les conscientise, je les ressens. Et c'est ça qui fait que je crois que mon rapport avec beaucoup d'amis ou mes barons a enfin pu changer. C'est que je comprends vraiment que je dois me comprendre moi avant et donc du coup je me sens plus mal. de ne pas être compris.
- Speaker #0
Je vois ce que tu veux dire et la nuance. Et tu as sorti un livre aussi aux éditions Très Daniel, qui reprend ton concept des réseaux sociaux du centre des plaintes de l'univers. C'est vraiment un livre qui est super parce qu'il propose plusieurs formats. Tu abordes des thématiques qui sont importantes pour toi et qui parlent, je pense, à beaucoup de gens, comme par exemple le perfectionnisme, le conformisme social, le fait de s'arrêter vraiment sur le... au regard des autres, le syndrome du sauveur. Et il y a une première partie qui est une bande dessinée dans laquelle tu fais le centre des plantes de l'univers avec le standard un peu légèrement agacé qui va envoyer des signes. Et ensuite, tu proposes un texte explicatif, un poème et il y a aussi un QR code pour avoir accès à une vidéo. Comment t'es venue cette envie d'écrire un livre et d'aller plus loin ? dans ce concept que tu as créé sur les réseaux sociaux ?
- Speaker #1
Ce qui a été important pour moi, c'est que ce livre puisse parler de manière assez directe. Et j'ai envie que le format de l'innocence, de la légèreté, de la candeur, du rire, de l'humour, de la poésie, de tout ça, puisse trouver leur écho sans nécessairement passer par de la spiritualité ou de la théorie. Moi, il m'a manqué tellement de quelque chose de plus concret. de quelque chose de plus accessible, que j'ai eu besoin de créer ce livre de manière assez hybride. Et en fait, j'ai trouvé que l'alternance entre le format BD, ça permet d'avoir une prise de conscience avec de l'humour, avec un certain recul, et le fait de l'allier avec de la poésie qui lui va parler au cœur, avec des mots qui vont résonner et faire accueillir la souffrance, par exemple. Puisque le standardiste, à chaque fois, il trouve que la vie terrestre est très facile, très accessible, il se moque un petit peu des personnages. Sauf que sur Terre, malgré tout, la souffrance derrière ces plaintes-là, elle est extrêmement réelle. Il ne la légitime peut-être pas tout le temps assez. et je trouve que les poèmes... vont aller chercher justement à légitimer ça, à accueillir ça. L'alternance avec les explications aussi assez tangibles permet d'avoir encore une fois une espèce de théorie, mais avec justement le fait de ne pas vouloir donner de conseils en fait. Moi, je crois que je souffre et que j'ai souffert du fait de recevoir d'innombrables conseils. Aujourd'hui, on n'a jamais eu autant de livres de développement personnel qui nous disent comment vivre, et pourtant on n'a jamais eu autant de gens qui sont perdus. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, je pense qu'on a besoin de recevoir ces enseignements. d'une manière différente pour que ça percute notre corps, non pas notre mental, parce que parfois on continue à pédaler dans la semoule avec notre mental, sans pour autant que le corps s'engage dans cette démarche-là, sans qu'il y ait d'autres parties de nous qui comprennent. Et j'ai l'impression que faire des sketchs, faire des lectures poétiques avec les QR codes, les poésies, l'humour en BD, les textes en prose, ça permet de cueillir de manière différente pour que derrière, on soit assez pris directement au cœur pour que derrière on avance sans le mental. Et je crois que les gens ont besoin de ça, puisque je crois que la théorie, on en a marre.
- Speaker #0
Et c'est vrai que ton livre, dès le départ, il fait réfléchir, puisque je crois que le premier thème que tu abordes, c'est le syndrome du sauveur. Donc, je trouve que c'est quand même un petit peu le mal du siècle. En tout cas, je pense pouvoir genrer quand même ce syndrome du sauveur, un peu le syndrome de l'infirmière, tu vois. Mais je pense qu'il y a beaucoup de femmes qui ressentent, je ne sais pas si toi, tu le constates en consultation, mais quand même, j'ai l'impression...
- Speaker #1
Après, moi, je me dis que je suis toujours piésée parce que j'accompagne beaucoup de femmes. Donc effectivement, je ne vois que des femmes. Et puis je pense qu'il y a beaucoup d'hommes qui expérimentent ceci avec une énergie féminine blessée, parce que le syndrome du sauveur vient toujours d'une énergie féminine qui est assez blessée et qui va chercher à se compenser par cette utilité et cette reconnaissance. Et effectivement, c'est quelque chose qui est très prégnant dans nos sociétés, qui font que notre hypersensibilité, on va l'utiliser à mauvais escient. Parfois, on va l'utiliser pour avoir envie de se sentir utile, aider les autres avec des gens qui ne vont pas se responsabiliser et finalement qui ne vont pas nous aimer pour ce que l'on est, mais justement pour cette posture de sauveur.
- Speaker #0
Ouais, mais du coup, tu vois, c'est vrai que dès le début, on est un petit peu alpagué, on a envie d'aller plus loin parce que comme tu commences, le standardiste commence toujours à engueuler la personne. Moi, j'aime en dire, bah non, c'est pas vrai. Et donc, du coup, ça te donne envie d'aller au bout et le fait de le compléter ensuite avec justement, comme tu le disais, des explications, une corde un peu plus sensible. Je trouve que ça te représente vraiment complètement. et ça te donne envie d'en découvrir plus sur ton univers. Mais en tout cas, il n'y a pas... Un thème, je pense, dans lequel on ne se retrouve pas. Parce que les personnages ont toujours des problématiques que toi, je pense que tu rencontres un petit peu quotidiennement en consultation, ou même que tu as pu vivre, personnellement. Les deux, ouais. Mais du coup, c'est génial comme format, je trouve.
- Speaker #1
Ça me fait rire. Ça me fait rire parce que quand tu me dis « Ah bah non ! » Ça me fait rire parce que c'est la réaction primaire. Mais pourquoi tu veux aider ? Qu'est-ce qui fait que... Évidemment, on a le droit de vouloir aider. Il faut faire attention aussi parce qu'on peut tout rallier au syndrome du sauveur. On a le droit de vouloir aider. Tout dépend toujours de l'énergie. qui se situe derrière. Pourquoi est-ce que je le fais ? Comment est-ce que je le fais ? Est-ce que je suis disposée à pouvoir le faire ? Dans quelle mesure est-ce que vraiment j'ai le cœur ouvert pour pouvoir le faire ou est-ce que j'ai pas l'énergie pour mais en fait je crois que je vais aller chercher de l'énergie là-dedans ? C'est question de ça en fait.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et ça me fait rire parce que la réaction primaire c'est ben non mais je suis comme ça, je suis pas tranquille. Tu es altruiste ? Exactement. Elle le dit en plus dans le livre. C'est pour ça. C'est ça, elle dit je suis altruiste moi.
- Speaker #0
Ouais c'est ça. C'est hyper marrant quoi. et donc du coup on a l'impression un peu que au fur et à mesure des pages moi je me dis mais attends mais Je ne suis pas là pour souffrir, je ne vais pas me faire engueuler par un standardiste pendant toutes ces pages. C'est vrai,
- Speaker #1
c'est vrai.
- Speaker #0
Donc c'est hyper drôle. Et pareil, je trouve que le côté un petit peu de désacraliser, enfin tu vois, de rendre complètement laïque le fait de parler à l'univers, je trouve ça intéressant, tu vois, parce que du coup je pense que beaucoup de gens peuvent s'y identifier.
- Speaker #1
J'ai hésité, hein. J'ai hésité parce que je ne m'identifie pas totalement à la religion chrétienne, mais j'ai des influences chrétiennes aujourd'hui qui font que je me suis dit est-ce que je vais créer le centre des plaintes de Dieu, etc. Et je me suis dit, mais... Ok, du coup, c'est vraiment orienté, l'univers. J'ai l'impression que c'est le plus parlant, le plus horizontal pour pouvoir contenir finalement toutes les religions, et à la fois n'en contenir aucune, contenir juste en fait ce qui moi aujourd'hui me parle profondément. D'ailleurs, il y a un chapitre qui est lié au rapport à la vérité et aux religions. Mais ce qui moi me parle de manière assez instinctive aujourd'hui, c'est juste le rapport avec une force extérieure. Pas plus, pas moins. Quelque chose d'extérieur auquel je peux m'adresser, qui régit un petit peu la manière dont les choses peuvent se dérouler sur Terre. et qui fait que je me suis dit que c'était le plus généralisant.
- Speaker #0
En tout cas, c'est vrai que tu plantes des graines avec ce livre. Et je trouve que ça doit être pour toi plaisant de voir que certaines personnes qui le lisent, parce qu'en fait, parfois, on pense qu'on n'a pas de problème, entre guillemets. Tu vois, souvent, c'est un petit peu le début. Quand on commence à aller mal, on ne voit pas toujours ce qui ne va pas. Pourquoi on est dans une répétition de schéma ou quoi que ce soit. Et du coup, je trouve que c'est... Une belle main tendue que tu fais à ton lectorat en proposant cet ouvrage et les contenus que tu proposes. Et est-ce que les retours que tu as sont dans ce sens de tes contenus ou de ton livre ?
- Speaker #1
Je ne m'attendais pas à autant et je pense que ce livre, je vais essayer d'accueillir ce que parfois je ressens comme étant de la prétention, mais je crois que je ne m'attendais pas à ce que ce livre reçoive... autant de compliments et surtout que les gens perçoivent
- Speaker #0
la complétude de ce que j'essaie de transmettre. En fait, j'ai reçu beaucoup de retours qui justement m'ont dit à quel point le fait de ne pas recevoir de conseils et juste de lire des choses qui viennent cueillir leur cœur, ça leur avait permis de libérer, de transcender, de sentir vu, entendu, accueilli. Et c'est vrai que les retours que j'ai pu avoir sont en ce sens-là. Et de gens qui justement me disent aussi, il y a des fois où ça m'a saoulé. Je me suis dit, putain, mais oh, waouh ! Et en fait, à posteriori... de me sentir accueillie à la fois par le format poème qui permet d'humaniser tout ça, j'insiste parce que c'est vrai que ça fait du bien, mais des gens qui n'ont plus pu me dire en fait ouais je me suis reconnue là-dedans et j'ai pu l'accepter, c'était mon cas. Tandis qu'en fait en permanence quand je me sens blessée, quand j'ai la sensation de devoir aller chez le psy, parce que moi j'ai encore du mal à trouver que le psy peut être tabou dans aucun monde, je le considère, mais en fait je me rends compte parfois que ça existe encore pour certaines personnes que d'aller chez un psy c'est tabou. ça me fait rire parce que mon dieu on devrait tous aller voir un psy Moi, je continue à l'envoir en permanence et c'est très important. Et effectivement, que les gens puissent enfin accueillir leur souffrance comme étant légitime, c'est le début des choses. Donc, si ça peut être le début d'un parcours pour certaines personnes, moi, ça me remplit le cœur. Et puis, d'autres personnes qui ont pu lire beaucoup à propos du développement personnel, moi aussi, je fais des retours en ce sens de dire, c'est bien parce qu'on reçoit ceci avec un autre angle, une autre fraîcheur et surtout avec quelque chose de matière, de tangible, avec lequel on... On avance et en fait, on ne nous dit pas d'en faire quelque chose, on nous dit de l'accepter, de le cueillir et puis hop, on continue avec ça.
- Speaker #1
Et est-ce que tu dirais que ton envie comme ça de partager, c'est la somme de beaucoup de souffrances que tu as pu vivre dans ta vie et que du coup, tu as cherché un espace où les déposer ? Est-ce que toi aussi, un jour, tu as eu envie un petit peu de te plaindre à l'univers ? Parce que je lisais des posts que tu avais faits sur les réseaux sociaux. dans lesquels tu disais que finalement il y avait beaucoup encore d'ambivalence en toi, que parfois il y avait certains aspects de ta personnalité avec lesquels tu n'étais pas tout à fait à l'aise, ton homosexualité, ta différence, ta neuroatypie dont on parlait tout à l'heure, le fait d'avoir traversé des phases de dépression, etc. Est-ce que tu penses que finalement toutes ces embûches que tu as eues sur ton chemin, l'homosexualité, la manière dont tu l'as vécue évidemment, tu as compris, est-ce que tu penses que c'est ça qui t'a donné envie de... te plaindre à l'univers et finalement de créer un petit peu ta communauté qui a des choses à demander et tu vois à l'univers déjà je tiens à te remercier parce que le fait aujourd'hui de pouvoir parler de mon homosexualité de ma dépression de ma neuro atypie comme
- Speaker #0
ça dans un micro et de manière à l'intérieur de mon corps assez décomplexée ça me fait un bien fou parce que je me dis que ça y est quelque chose qui fait que je me libère de ça en en parlant et donc effectivement je crois que dans un premier temps ça a été Un sauvetage pour moi, j'ai ma communauté qui me remercie énormément. Mais en fait, la manière dont on m'a accueillie dans toutes les facettes de moi-même, ça a été extrêmement salvateur et c'est ce qui a fait que j'ai eu besoin de continuer à transmettre ce message parce que j'ai vu qu'il faisait du bien. Et en fait, il n'y a pas une meilleure réciprocité que j'ai pu trouver dans ma vie que celle que je peux avoir entre ma communauté et moi, dans le sens où on se soutient, on se comprend, on se ressent et c'est une manière pour moi de rendre hommage à mon petit enfant intérieur. Et de lui dire, attends, t'as voulu rejeter ça ? T'as voulu rejeter ça ? T'as voulu rejeter ça ? Maintenant, on va l'utiliser. On va en faire ce... Alors, j'aime pas non plus trop galvauder le parcours de résilience. Et toujours, tu sais, c'est dire... Mais malgré tout, c'est ça qui est apparu. Chaque épreuve, en fait, je crois que j'ai décidé de l'utiliser sur mon chemin pour pouvoir créer quelque chose de ça. Et je crois que du chaos naît profondément la lumière. Qu'un diamant brut qu'on se met à polir... C'est une amie qui dit ça, c'est Karine Arsène qui dit ça, qui dit qu'un diamant finalement, quand on le polie, et quand il brille, il y a des faisceaux lumineux qui sortent de lui. En fait c'est ça, c'est à partir du moment où je me suis polie moi-même, il y a quelque chose qui fait qu'il y a des faisceaux lumineux qui ont pu aider les autres, et je crois que c'est profondément tout ce que j'avais pu rêver d'être. Je ne me suis jamais imaginé comme étant un espèce d'étendard, parfois pour certaines causes. Et puis en fait, sur mon chemin, c'est tout ce que j'ai besoin pour réparer les injustices que j'ai vécues. pour que je dénonce ce que j'ai pu vivre et ce que la société parfois ne comprend pas, ne voit pas, ne légitime pas parce qu'en fait on ne vit pas tous avec ces différences-là. Et aujourd'hui j'essaie aussi doucement de calmer ma colère pour que je pense que ce combat puisse être entendu de manière pacifique et qu'aujourd'hui la parole puisse être libérée parce que je pense que les plus grands combats, Martin Luther King, Rosa Parks, sont empreintes d'acceptation à un certain moment donné. Moi je ne suis plus aujourd'hui en haine face à la société, face aux personnes qui ont pu me faire du mal, face à ce que j'ai pu vivre, mais je suis beaucoup plus maintenant en discussion avec tout ça, et donc du coup je veux en parler, je veux le dire, et en le disant, on le fait exister pour que de plus en plus de personnes soient au courant, et avec humilité, appréhender les choses différemment, et au-delà de l'humilité, avec humanité.
- Speaker #1
Et est-ce que tu penses que pour ta famille aussi ça a été important de voir ces contenus-là ? Est-ce que tu sens que ça les a aidés à avoir une meilleure compréhension de qui tu es ?
- Speaker #0
Complètement. Et toujours. J'ai parfois eu un peu de difficulté à accepter que ce soit par le détour extérieur, par le détour par l'autre, que ça puisse parfois peut-être un peu plus éveiller leur cœur, le détour par la vidéo, par l'extériorisation, parce que c'est des choses que j'avais pu beaucoup dire, beaucoup revendiquer, beaucoup... Crier un petit peu, alors pas crier, mais un petit peu aller chercher à la manière d'un enfant qui souffre, rejoignez-moi, écoutez-moi, comprenez-moi. Puis parfois j'ai eu un peu comme un égoïsme de me dire, j'aurais préféré que ce soit parce que je leur disais que plutôt qu'ils le voient par l'extérieur, par les réseaux sociaux, par le livre, par les conférences. Mais aujourd'hui c'est comme ça que ça se passe et effectivement, cette notoriété, cette visibilité, cette texturisation, ce rapport au monde que je vulgarise et que je démocratise aujourd'hui, il leur permet de comprendre que ce que j'essayais de dire à l'époque n'était pas ... que des lamentations assez dérisoires en fait. Ça naît d'une souffrance palpable, forte, tangible, présente, importante, à considérer, à légitimer, à faire vivre avec moi. Et je crois que ça leur permet de changer un petit peu d'appréhension et de voir ma lumière, eux qui ne pouvaient pas forcément l'apercevoir. Et également, je crois qu'ils bougent aussi petit à petit par rapport à leur propre rapport. Je suis persuadé que le 1 bouge le 2. Et que le 2 bouge le 3 et qu'à terme, on bouge le 10 000. Et finalement, je crois que j'ai aidé aussi ma famille à mieux se comprendre. Je crois que ma mère a compris ce qu'elle avait pu brider aussi à l'intérieur d'elle. Je crois qu'ils comprennent aussi ce que je ne supporte plus, qu'on m'inflige, qu'on me demande. Et finalement, je crois que tout ça, ça bouge toutes les lignes de notre génération et de ma famille.
- Speaker #1
C'est beau de parvenir à avoir cette clarté. Quand je t'écoute, tu vois, vraiment, il y a une phrase qui me vient à l'esprit parce que j'ai l'impression que toi... Ton parcours, tu le vis vraiment comme une continuité et pas comme une fracture. Tu vois, je n'ai pas l'impression que tu ressentes vraiment d'avoir fait un changement de vie finalement à 360, mais plutôt d'avoir continué ton chemin. C'est vraiment ce que tu m'inspires en tout cas. Je ne sais pas si c'est conscientisé et si c'est comme ça que tu le ressens aussi. Mais en tout cas, de l'extérieur, c'est ce que je perçois de toi.
- Speaker #0
Effectivement. Je n'ai jamais ressenti que les choses avaient changé du jour au lendemain. Alors, évidemment, personne, mais il y a des personnes qui vivent des périodes qui sont beaucoup plus marquées. Mon rapport aux réseaux sociaux, ça a été tout doux. Des vidéos progressivement, d'abord des posts par rapport à la dépendance affective ou je ne sais quoi, avant de pouvoir être beaucoup plus sarcastique, beaucoup plus moi-même, beaucoup plus comédien. Les choses, elles sont arrivées tout doucement, en fait, en lien avec juste le fait que je m'émancipais progressivement de mes limites, de mes barrières. Et effectivement, mon rapport au monde, mon rapport à la lumière, mon rapport au fait d'exister tel que je suis, tout petit, tu vois aujourd'hui le fait de parler, d'écrire un livre, on est toujours dans ce petit à petit. Je sors des réseaux sociaux, c'est super. Mon premier pas, ça a été de quitter le monde du professorat, le second de venir sur les réseaux sociaux, le troisième d'oser différemment sur les réseaux sociaux, le quatrième d'oser avec de l'humour, avec du sarcasme, avec les postes très assumés et très vulnérables, le cinquième, hop, de sortir de ces réseaux sociaux et de venir un petit peu plus en matière, avec des conférences, avec ce livre. Tout est très progressif. Et tout a tendance à trouver sa place de manière naturelle. Je crois que le changement drastique n'est pas nécessairement ce qui a été mis sur ma route. Et je crois que c'est important de le légitimer aussi auprès des gens qui se disent tout le temps « Merde, je suis encore blessée à ce propos, je suis encore coincée à cet endroit-là. » Moi aussi. Moi aussi, mais d'une manière très différente. Et je sais que c'est en train de se délier encore et encore. De la même manière qu'aujourd'hui, ma vie n'est pas si facile comme on peut se l'imaginer. Mais elle n'est plus aussi difficile. Et aujourd'hui, c'est parfait. je me contente du fait qu'elle ne soit plus aussi difficile qu'avant
- Speaker #1
Et toi qui parlais tout à l'heure d'une hypersensibilité que tu peux ressentir, comment tu vis cette exposition par rapport à ça sur les réseaux sociaux et notamment certains commentaires j'ai l'impression que tu as une communauté qui est quand même bienveillante mais j'imagine que parfois tu dois recevoir quand même des messages surtout que le symbole que tu portes ne fait pas l'unanimité tristement, il reste quand même beaucoup de... une société qui est quand même empreinte d'homophobie, malheureusement. Comme les femmes peuvent vivre une espèce d'invasion masculiniste, tu vois. Je ne sais pas si toi, tu peux être heurtée, si ton hypersensibilité est compatible avec cette exposition.
- Speaker #0
Je la façonne de manière à ce que elle soit compatible. Je la façonne grâce à la souveraineté que je peux avoir de mes valeurs, de cette sensibilité justement que je loue. Et j'ai lu il y a 2-3 ans Le Guerrier de Lumière de Polo Coelho, et je crois que la manière dont il décrit comme le fait de prendre de la place, d'aller au combat d'une certaine manière, implique le fait de se remplir, d'être plein à l'intérieur de soi, m'a permis de sentir à l'intérieur de moi-même que plus je m'emplissais de ma vérité, plus j'incarnais ce que je voulais voir du monde, et plus je... le légitimer pleinement à l'intérieur de moi, et plus à l'extérieur, en fait, il n'y a pas l'espace de pouvoir me faire bouger de trop. J'ai assez peu de critiques, j'ai assez peu de haters, je ne sais pas si c'est parce que dans mes énergies, dans le rapport et dans ce que je transmets, on voit qu'il n'y a pas la place de pouvoir me blesser. Sur d'autres points, on peut me blesser, évidemment, mais en tout cas sur l'homosexualité, sur la sensibilité, sur la bizarrerie, sur la perchitude, sur le côté saletain-banque, sur tout ça. Vraiment, j'aime tellement ce que je fais, ce que je suis, que ça doit toucher le public, que ça doit toucher le reste. J'ai tellement conscience que je ne ferai pas l'unanimité, qu'il y aura plein de gens qui ne m'aimeront pas, que ce que je dis, c'est du charabia pour beaucoup de gens, que du coup, ça ne me touche pas nécessairement. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, j'arrive à faire passer mes messages. Et surtout, j'ai tellement aussi une communauté qui me remercie, qui me dit comme ça lui fait du bien, mais qu'en fait, voilà, ça me donne de la confiance. Alors parfois, ce qui est aussi difficile, mine de rien, c'est que... on me donne justement beaucoup de remerciements et beaucoup, beaucoup de lumière, et parfois ça met la pression aussi. Des fois, c'est « attends, mais c'est un petit peu trop pour moi, c'est pas mon rôle non plus, en fait, moi de base, je fais quand même ce que j'aime, même si c'est réciproque, je fais ce que j'aime, j'ai pas envie d'être lumineux, j'ai pas envie des fois de mener des choses, j'ai besoin aussi d'être très léger, donc c'est parfois pour ça aussi que je temporise les choses et que je publie plus pendant un mois, un mois et demi des fois, et ça me fait terriblement de bien, mais je crois que cette alliance entre le fait de m'en plier de ma vérité et de mes valeurs. plus le fait d'être soutenu vraiment par une communauté extrêmement bienveillante, ça fait que mon rapport aux réseaux sociaux est encore assez sain et me permet de mener mon petit bout de chemin.
- Speaker #1
Oui, et est-ce que c'est cette part aussi de toi qui a voulu que le standardiste du bureau des plantes à l'univers soit un peu sarcastique, un peu agacé ?
- Speaker #0
Oui, parce que dans les premiers temps, mes postes témoignaient beaucoup de poésie, beaucoup de lumière, blablabla. Et en fait, il y a un autre côté qui est là, mais attends, moi je suis en colère, moi je suis pas bien, tu juges que j'ai pas ma place ? Bah oui, je crois que je juge que t'as pas ta place, et à chaque fois que je fais apparaître ce côté beaucoup plus en colère, sarcastique, agacé par le monde, bah j'arrive pas à lui laisser sa place pleinement. Et le standardiste, il a joué un alibi pour qu'en fait je puisse faire vivre ce sarcasme, ce foutage de gueule, ce petit côté langue de vipère que je peux avoir, par rapport à certaines pratiques spirituelles, par rapport à ce rapport au monde, par rapport à certaines niaiseries du monde, par rapport à l'ego. des gens, du monde, mon propre égo en fait, parce que je pense que rire de soi est la clé de beaucoup de choses pour désamorcer certaines blessures. C'était une manière de me dire, mais en fait, dans la vie quotidienne, je suis comme ça avec mes potes, pourquoi est-ce que je ne vais pas l'être sur les réseaux sociaux ? Let's go for it ! On va être un petit standardiste qui va aussi rire des humains, rire de soi, rire du monde, rire de tout, parce que ça me fait terriblement du bien d'être dans ce sarcasme-là.
- Speaker #1
Je te remercie beaucoup, j'ai adoré notre conversation.
- Speaker #0
Réciproque Pauline, merci tellement de m'avoir accueillie.
- Speaker #1
Merci d'avoir répondu présent à mon invitation Encore une fois, on a parlé de ton livre Le centre des plantes de l'univers On a parlé de ton univers Le livre est paru aux éditions Très Daniel
- Speaker #0
Et si vous avez envie de le découvrir Vous pouvez vous le procurer très facilement Merci beaucoup Pauline Et je vous souhaite une belle lecture et une belle traversée Mais prenez le temps de le lire, prenez le temps de le ressentir Vraiment de s'y connecter Je pense que c'est important de se connecter à ce qu'on lit vraiment D'autant plus ce format là Je pense qu'il parle quand on s'y connecte Je suis d'accord
- Speaker #1
Je te remercie Maxime.
- Speaker #0
Merci Pauline.
- Speaker #1
Voilà, le moment est venu de se quitter. J'espère que vous avez apprécié cet épisode. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir un nouvel invité, un nouveau parcours et se faire embarquer dans un nouveau virage. En attendant, prenez soin de vous et bonne semaine.