- Eva Ben-Saadi
Ils ont osé l'entrepreneuriat et réalisent leurs rêves. Dans le podcast Vision de Pro d'Orange Pro, des entrepreneurs innovants expliquent, chiffre à l'appui, comment ils ont lancé et développé une entreprise pérenne et rentable. Ils nous partagent leurs conseils et leurs expériences pour découvrir l'entrepreneuriat sous toutes ses facettes les plus concrètes. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Vision de Pro. Aujourd'hui, je reçois Camille Gerbier. Bonjour Camille.
- Camille Gerbier
Bonjour Eva.
- Eva Ben-Saadi
Je suis ravie de te recevoir. Tu as 23 ans Camille, tu as co-créé Néova, un assistant de réunion IA sécurisé et souverain que tu as codé toi-même et qui est actuellement testé par des institutions publiques et des entreprises de secteur très réglementées. Tu es aussi lauréate du programme Femmes Entrepreneuses d'Orange. Pour commencer Camille, est-ce que tu peux me parler un peu plus de ton entreprise ? Qu'est-ce que c'est aujourd'hui Neova ?
- Camille Gerbier
Alors Neova, on est deux, on est associés, on s'est lancé officieusement il y a un an, mais l'entreprise existe juridiquement depuis six mois. Et donc on conçoit une solution basée sur l'intelligence artificielle pour les comptes rendus de réunion, mais surtout de manière sécurisée justement pour le secteur public et pour les industries réglementées qui ne peuvent pas se permettre de faire enregistrer leurs réunions sur des serveurs qui partent à l'étranger ou qui sont soumis à de la législation étrangère, même en France. Ça fait deux, trois mois, je dirais, que le produit est complètement terminé. Donc on commercialise vraiment officiellement. On est sur des tests avec des administrations publiques françaises de plus en plus grandes d'ailleurs, donc c'est très encourageant comme début pour nous.
- Eva Ben-Saadi
Et concrètement, à quoi ça ressemble alors cet outil ?
- Camille Gerbier
On a un petit micro posé au milieu de la table au début de la réunion. On s'enregistre, on éteint le micro. Le micro ne stream pas, il n'est connecté à rien, donc c'est-à-dire qu'il n'y a pas de fuite possible. Nous, on n'a jamais accès à l'enregistrement, il est supprimé immédiatement après traitement. On vient brancher le micro à l'ordinateur comme une clé USB. On vient uploader son fichier sur notre application web, on choisit son modèle de compte rendu, par exemple, est-ce que c'était un entretien de recrutement, est-ce que c'était une commission de finances, est-ce que c'était un entretien annuel, parce qu'on n'a pas besoin des mêmes informations en fonction. Et donc on envoie. Et de là, on va générer un compte rendu 100% personnalisable, stratégique et qui va te permettre vraiment d'exploiter les décisions qui sont sorties des réunions, parce que comme tout le monde, les notes en vrac, qui devait faire quoi déjà, etc. On le voit un petit peu de partout. On peut également avoir une transcription brute à côté puisque dans certains de nos segments de marché, ça a valeur juridique, le procès verbal littéralement de ce qui s'est dit, notamment dans le public.
- Eva Ben-Saadi
C'est quoi le business model aujourd'hui de Neova, Camille ?
- Camille Gerbier
Nous, on fonctionne par abonnement, annuel ou mensuel. Et en fait, ça, ça n'a pas tellement été par conviction ou par choix. On s'est positionnés sur un marché où en fait, il y a des habitudes. Et on a très vite dû les apprendre et se mettre au pli. Et en fait, pour le secteur public, très régulièrement, c'est du contrat annuel, voire pluriannuel. Et là, pour pouvoir toucher des structures plus petites qui ont quand même des gros besoins de souveraineté et de sécurité, on commence à proposer de l'offre mensuelle, mais c'est toujours du format abonnement récurrent, très fixe, très défini en fait, pour que ce ne soit pas une étape de friction non plus. En termes de prix, nous on se positionne sur un niveau d'abonnement par utilisateur par mois entre 12 et 49 euros. Depuis le début, on a facturé entre devis, tests, etc. Environ, j'ai reconté il n'y a pas longtemps, 55 000 euros. Notre vrai gros goal, c'est vraiment d'atteindre le palier des 150 000 de chiffre d'affaires sur la première vraie année d'exercice, on va dire. Et puis à terme, bien évidemment, d'exploser ce plafond tous les ans.
- Eva Ben-Saadi
Tu l'as dit Camille, c'est un outil bien précis. Néova, comment elle t'est venue cette idée ?
- Camille Gerbier
On était en stage de fin d'études, on avait énormément de temps libre et on cherchait vraiment déjà de le rentabiliser pour nous parce que notre stage n'était pas payé. Et au-delà de ça, moi je... J'ai toujours voulu lancer vraiment une entreprise au-delà du freelance, de l'autre entreprise, etc. que je pratiquais déjà. Et en fait, on s'est dit, en vrai, la question, ce n'est pas avoir une idée. La question, c'est comment est-ce qu'on peut la faire appliquer par les gens ? Comment est-ce que les gens peuvent l'adopter ? Est-ce qu'ils en ont besoin ? C'est ça. Donc, on est allé toquer à la porte de toutes les entreprises qui ont bien accepté de nous prendre sans rendez-vous. Parce que bien évidemment, on est arrivé à 21, 22 ans et un rêve. Et de là, on a commencé à avoir des retours de, oui, il y a tout le monde en veut, personne ne sait quoi en faire. Et c'est vraiment la phrase, je pense, qui a défini toute notre étude de marché, parce que c'était vraiment ce qu'on entendait le plus.
- Eva Ben-Saadi
Tu penses que c'est ça qui a fait le déclic ?
- Camille Gerbier
Pour nous, totalement, parce qu'on s'est dit, mais en fait, c'est impossible qu'une révolution pareille... En France, où on est tout le temps en train de se plaindre que la France est en retard, les mêmes personnes qui se plaignent que la France est en retard ne peuvent pas nous dire, on ne sait pas quoi en faire et on ne sait pas où on va, ce n'est pas possible. Le cas qui était le plus sous-exploité, c'était vraiment le côté réunion, où on nous dit vraiment, voilà, c'est là qu'on perd le plus de temps. Parce qu'aujourd'hui, par exemple, dans une administration publique, on nous dit régulièrement, produire un PV, ça nous prend une semaine, le temps qu'il soit validé par tout le monde. Sauf que si pendant la réunion, il y avait des deadlines pour dans trois jours, comment tu fais si le compte rendu, il est partagé une semaine après ? Ce n'est pas possible. Donc voilà. Mais le problème, c'est qu'en réunion, c'est là qu'on parle de tout et que toutes les stratégies viennent se dessiner, que toutes les décisions sont prises. Donc, c'est aussi là qu'il y a un besoin de confidentialité qui est vraiment, vraiment extrême pour certains types d'entreprises. Donc, pour ça, on est allé rencontrer des administrations publiques type mairie, département, région, etc.
- Eva Ben-Saadi
Donc, tu vas voir les entreprises, tu leur demandes ce que c'est leur problème, tu constates leurs besoins. Tu te diriges vers des institutions publiques, des secteurs très réglementés. Une fois que vous avez fait ça, qu'est-ce qu'on fait après ?
- Camille Gerbier
Le truc, c'est que maintenant, il faut avoir de quoi répondre à la prétention de dire « je peux résoudre ce problème » . Problème, aucun de nous deux dans l'équipe fondatrice n'est ingénieur ou n'a ne serait-ce que des notions d'informatique, de développement de logiciels. Et donc là, on se dit, bon, super, il faut bosser. Il faut bosser ou alors il faut engager quelqu'un. Et le truc, c'est que bien évidemment, comme toute startup qui se lance, on ne se paye déjà pas nous-mêmes. Donc, on ne peut payer personne, surtout quand on n'a pas encore de produit. Donc, de là, je me suis dit, bon, si quelqu'un peut l'apprendre, pourquoi pas moi en soi ? Je ne suis pas plus bête qu'une autre. Il n'y a pas de raison. Donc, je commence à me lancer là-dessus. Et l'outil, je pense, qui a vraiment été la révélation pour le fait d'apprendre à coder, ça, c'est vraiment valable pour n'importe qui qui veut se lancer dans l'informatique, c'est Reddit. Il y a... toujours, je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment toujours quelqu'un dans sa chambre qui avait déjà eu le même problème que toi, qui a répondu et qui a forcément développé un truc open source où vraiment tu vas pouvoir avoir ta solution mais par contre l'IA t'explique tout, tu peux dire tiens j'en sais rien moi pour la transcription de l'audio code moi un script test par exemple donc il te le fait et puis bah explique moi quelle partie sert à quoi et donc de là le fait d'avoir en fait cette ressource en IA qui peut t'expliquer n'importe quoi et de manière ultra personnalisée pour ton cas, en fait, ça fait qu'il n'y a pas grand-chose que tu ne peux pas comprendre.
- Eva Ben-Saadi
Et les premiers tests, ça donne quoi ?
- Camille Gerbier
Tout premier test, ça a été par un contact. Et en fait, ce premier test a été catastrophique parce que, tout simplement... Pourquoi ? Tu es autodidacte, tu commences à coder quelque chose. Enfin, le premier jet, il est loin d'être parfait. Il est même loin d'être correct. Le test d'après a été sur LinkedIn. On m'a envoyé un post de quelqu'un qui cherchait ce genre d'outil, etc. et qui avait testé toute la concurrence. Et donc, nous, on s'est dit, bon, ça peut être pas mal. Puisque du coup, on va pouvoir avoir un retour de quelqu'un qui connaît également les autres outils du marché avec un retour de terrain. L'idée, ce n'était pas vous faites un test et si ça vous plaît, vous l'achetez. C'est vous tester, on le développe. Tout ce qui ne va pas, on veut le savoir. On veut vraiment corriger tous les points de friction que vous avez avec l'usage de l'outil au quotidien. Donc, on a changé le micro, on a changé les outils qu'on utilisait pour la transcription, etc. Donc, on a amélioré petit à petit. jusqu'à ce que le dernier testeur nous dise « Ok, bah écoutez, oui, c'est pas mal, ça tient la route. » Alors le « ça tient la route » en autodidacte, quand on code, pour moi, c'était l'accomplissement suprême, tu vois.
- Eva Ben-Saadi
Aujourd'hui, combien d'entreprises sont en test ?
- Camille Gerbier
Alors, depuis le début, on a fait tester, je pense, sur une petite douzaine d'entreprises. Là, actuellement, à l'heure où on parle, on est en test sur deux grandes administrations publiques qui seraient d'ailleurs nos potentiels plus grands contrats. J'espère que d'ici...
- Eva Ben-Saadi
Ça va se transformer en contrat, ça ?
- Camille Gerbier
On espère. On est positionnés dessus. C'est dans le pipeline en termes de devis, etc. Donc, c'est vraiment, pour le coup, c'est un de nos plus gros paris et c'est, je dirais, presque les tests finaux.
- Eva Ben-Saadi
Je te remercie infiniment, Camille. C'était génial. Merci à toi. Pareil, je réutilise ton mot de discuter avec toi. C'était un vrai plaisir. Merci pour ta sincérité, pour tous tes conseils.
- Camille Gerbier
Merci beaucoup.
- Eva Ben-Saadi
Merci à vous d'avoir écouté ce nouvel épisode de Vision de Pro, le podcast d'Orange Pro. Si ça vous a plu, je vous invite à en parler, évidemment, autour de vous. à le partager ou à laisser un commentaire. Découvrez également tous nos conseils pour les entrepreneurs dans le magazine d'Orange Pro. A bientôt, salut !