- Camille Gerbier
Si t'as lancé ton produit et que t'étais pas gênée par ta première version, c'est que t'as lancé trop tard. On te dit, potentiellement, moi je suis prêt à investir 2 millions d'euros sur ton entreprise. Je me dis, mais il est malade ce mec ? Même moi, j'investirais pas 2 millions sur ma propre boîte pour l'instant, parce que tu vois pas toujours le potentiel de croissance que t'as.
- Eva Ben-Saadi
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Vision de Pro. Aujourd'hui, je reçois Camille Gerbier. Bonjour Camille.
- Camille Gerbier
Bonjour Eva.
- Eva Ben-Saadi
Je suis ravie de te recevoir. Tu as 23 ans Camille, tu as co-créé Neova, un assistant de réunion IA sécurisé et souverain que tu as codé toi-même et qui est actuellement testé par des institutions publiques et des entreprises de secteur très réglementées. Tu es aussi lauréate du programme Femmes Entrepreneuses d'Orange. Comme tu le sais dans Vision de Pro, le podcast d'Orange Pro, je reçois des entrepreneurs innovants comme toi qui expliquent chiffre à l'appui, comment ils ont lancé et développé une entreprise. pérenne et rentable. Pour commencer, Camille, est-ce que tu peux me parler un peu plus de ton entreprise ? Qu'est-ce que c'est aujourd'hui Neova ?
- Camille Gerbier
Alors Neova, on est deux. On est associés, on s'est lancés officieusement il y a un an, mais l'entreprise existe juridiquement depuis six mois. Et donc on conçoit une solution basée sur l'intelligence artificielle pour les comptes rendus de réunion, mais surtout de manière sécurisée justement pour le secteur public et pour les industries réglementées. qui ne peuvent pas se permettre de faire enregistrer leur réunion sur des serveurs qui partent à l'étranger ou qui sont soumis à de la législation étrangère, même en France. Ça fait 2-3 mois, je dirais, que le produit est complètement terminé. Donc on commercialise vraiment officiellement. On est sur des tests avec des administrations publiques françaises de plus en plus grandes d'ailleurs. Donc c'est très encourageant comme début pour nous.
- Eva Ben-Saadi
Et concrètement, à quoi ça ressemble alors cet outil ?
- Camille Gerbier
On a un petit micro posé au milieu de la table au début de la réunion. On s'enregistre. On éteint le micro. Le micro ne stream pas, il n'est connecté à rien. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de fuite possible. Nous, on n'a jamais accès à l'enregistrement. Il est supprimé immédiatement après traitement. On vient brancher le micro à l'ordinateur, comme une clé USB. On vient uploader son fichier sur notre application web. On choisit son modèle de compte rendu, par exemple, est-ce que c'était un entretien de recrutement ? Est-ce que c'était une commission de finances ? Est-ce que c'était un entretien annuel ? Voilà, parce qu'on n'a pas besoin des mêmes informations en fonction. Et donc, on envoie. Et de là, on va générer un compte rendu 100% personnalisable. stratégique et qui va te permettre vraiment d'exploiter les décisions qui sont sorties des réunions. Parce que comme tout le monde, les notes en vrac, qui devait faire quoi déjà, etc. On le voit un petit peu de partout. On peut également avoir une transcription brute à côté, puisque dans certains de nos segments de marché, ça a valeur juridique, le procès verbal littéralement de ce qui s'est dit, notamment dans le public.
- Eva Ben-Saadi
C'est quoi le business model aujourd'hui de Neova, Camille ?
- Camille Gerbier
Nous, on fonctionne par abonnement. annuel ou mensuel. Et en fait, ça, ça n'a pas tellement été par conviction ou par choix. On s'est positionnés sur un marché où, en fait, il y a des habitudes. Et on a très vite dû les apprendre et se mettre au pli. Et en fait, pour le secteur public, très régulièrement, c'est du contrat annuel, voire pluriannuel. Et là, pour pouvoir toucher des structures plus petites qui ont quand même des gros besoins de souveraineté et de sécurité, on commence à proposer de l'offre mensuelle, mais c'est toujours du format abonnement récurrent, très fixe, très défini, en fait, pour que ce ne soit pas une étape de friction non plus. En termes de prix, nous on se positionne sur un niveau d'abonnement par utilisateur par mois entre 12 et 49 euros. Depuis le début, on a facturé entre devis, tests, etc. Environ, j'ai reconté il n'y a pas longtemps, 55 000 euros. Notre vrai gros goal, c'est vraiment d'atteindre le palier des 150 000 de chiffre d'affaires sur la première vraie année d'exercice, on va dire. Et puis à terme, bien évidemment, d'exploser ce plafond tous les ans.
- Eva Ben-Saadi
Tu l'as dit Camille, c'est un outil bien précis. Neova, comment elle t'est venue cette idée ?
- Camille Gerbier
On était en stage de fin d'études, on avait énormément de temps libre et on cherchait vraiment déjà de le rentabiliser pour nous parce que notre stage n'était pas payé. Et au-delà de ça, moi j'ai toujours voulu lancer vraiment une entreprise au-delà du freelance, de l'autre entreprise, etc. que je pratiquais déjà. Et en fait, on s'est dit, en réel, la question c'est pas avoir une idée, la question c'est comment est-ce qu'on peut la faire appliquer par les gens, comment est-ce que les gens peuvent l'adopter.
- Eva Ben-Saadi
Est-ce qu'ils en ont besoin ?
- Camille Gerbier
C'est ça. Donc on est allé toquer à la porte de toutes les entreprises qui ont bien accepté de nous prendre son rendez-vous parce que bien évidemment on est arrivé à 21-22 ans et un rêve quoi. Et de là on a commencé à avoir des retours de oui il y a tout le monde en veut, personne ne sait quoi en faire. Et c'est vraiment la phrase je pense qui a défini toute notre étude de marché parce que c'était vraiment ce qu'on entendait le plus.
- Eva Ben-Saadi
Tu penses que c'est ça qui a fait le déclic ?
- Camille Gerbier
Pour nous totalement parce qu'on s'est dit mais en fait c'est impossible qu'une révolution pareille... En France, où on est tout le temps en train de se plaindre que la France est en retard, les mêmes personnes qui se plaignent que la France est en retard ne peuvent pas nous dire « on ne sait pas quoi en faire et on ne sait pas où on va, ce n'est pas possible » . Le cas qui était le plus sous-exploité, c'était vraiment le côté réunion, où on nous dit vraiment « c'est là qu'on perd le plus de temps » . Parce qu'aujourd'hui, par exemple, dans une administration publique, on nous dit régulièrement « produire un PV, ça nous prend une semaine, le temps qu'il soit validé par tout le monde » . Sauf que si pendant la réunion, il y avait des deadlines pour dans trois jours, comment tu fais si le compte rendu est partagé une semaine après ? Ce n'est pas possible. Donc voilà. Mais le problème, c'est qu'en réunion, c'est là qu'on parle de tout et que toutes les stratégies viennent se dessiner, que toutes les décisions sont prises. Donc, c'est aussi là qu'il y a un besoin de confidentialité qui est vraiment, vraiment extrême pour certains types d'entreprises. Donc, pour ça, on est allé rencontrer des administrations publiques type mairie, département, région, etc.
- Eva Ben-Saadi
Donc, tu vas voir les entreprises, tu leur demandes ce que c'est leur problème, tu constates leurs besoins. Tu te diriges vers des institutions publiques, des secteurs très réglementés. Une fois que vous avez fait ça, qu'est-ce qu'on fait après ?
- Camille Gerbier
Le truc, c'est que maintenant, il faut avoir de quoi répondre à la prétention de dire « je peux résoudre ce problème » . Problème, aucun de nous deux dans l'équipe fondatrice n'est ingénieur ou n'a ne serait-ce que des notions d'informatique, de développement de logiciels. Et donc là, on se dit « bon, super » . il faut bosser, il faut bosser ou alors il faut engager quelqu'un quoi et le truc c'est que bien évidemment comme toute startup qui se lance on se paye déjà pas nous même donc on peut payer personne surtout quand on a pas encore de produit donc de là je me suis dit bon bah si quelqu'un peut l'apprendre pourquoi pas moi en soi je suis pas plus bête qu'une autre, y'a pas de raison donc je commence à me lancer là dessus et l'outil je pense qui a vraiment été la révélation pour le fait d'apprendre à coder ça c'est vraiment valable pour n'importe qui qui veut se lancer dans l'informatique c'est Reddit y'a toujours, je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment toujours quelqu'un dans sa chambre qui avait déjà eu le même problème que toi, qui a répondu et qui a forcément développé un truc open source où vraiment tu vas pouvoir avoir ta solution. Mais par contre, l'IA t'explique tout. Tu peux dire, tiens, j'en sais rien moi, pour la transcription de l'audio, code-moi un script test, par exemple, donc il te le fait, et puis explique-moi quelle partie sert à quoi. Et donc de là, le fait d'avoir en fait cette ressource en IA qui peut t'expliquer n'importe quoi et de manière ultra personnalisée pour ton cas, En fait, ça fait qu'il n'y a pas grand-chose que tu ne peux pas comprendre.
- Eva Ben-Saadi
Et les premiers tests, ça donne quoi ?
- Camille Gerbier
Le tout premier test, ça a été par un contact. Et en fait, ce premier test a été catastrophique, parce que tout simplement... Pourquoi ? Tu es autodidacte, tu commences à coder quelque chose. Enfin, le premier jet, il est loin d'être parfait, il est même loin d'être correct. Le test d'après a été sur LinkedIn. On m'a envoyé un post de quelqu'un qui cherchait ce genre d'outil, etc., et qui avait testé toute la concurrence. Et donc, nous, on s'est dit, bon, ça peut être pas mal, puisque du coup, on va pouvoir avoir un retour de quelqu'un qui connaît également les autres outils du marché avec un retour terrain. L'idée, ce n'était pas vous faites un test et si ça vous plaît, vous l'achetez. C'est vous testez, on le développe. Tout ce qui Neova pas, on veut le savoir. On veut vraiment corriger tous les points de friction que vous avez avec l'usage de l'outil au quotidien. Donc, on a changé le micro, on a changé les outils qu'on utilisait pour la transcription, etc. Donc, on a amélioré petit à petit jusqu'à ce que le dernier testeur nous dise, OK, écoutez, oui, c'est pas mal, ça tient la route. Alors, le « ça tient la route » , on ne se dit pas que quand on code, pour moi, c'était l'accomplissement suprême.
- Eva Ben-Saadi
Aujourd'hui, combien d'entreprises sont en test ?
- Camille Gerbier
Alors, depuis le début, on a fait tester, je pense, sur une petite douzaine d'entreprises. Là, actuellement, à l'heure où on parle, on est en test sur deux grandes administrations publiques, qui seraient d'ailleurs nos potentiels plus grands contrats. J'espère que d'ici…
- Eva Ben-Saadi
Ça va se transformer en contrat, ça ?
- Camille Gerbier
On espère. On est positionnés dessus. C'est dans le pipeline en termes de devis, etc. Donc, c'est vraiment, pour le coup, c'est un de nos plus gros paris. Et c'est, je dirais, presque les tests finaux.
- Eva Ben-Saadi
Qu'est-ce qui a fait la différence avec ces gros clients dont tu parles, selon toi ?
- Camille Gerbier
Je ne sais pas si on se rend compte à quel point il y a des outils, mais gadgets qui ne servent à rien, qui sont utilisés par tout le monde. Donc, en fait, même s'il tient, il ne marchait pas. Nous, même sur un test d'une semaine, on fait tester un truc qui, au début, ne marche pas très bien. Le mec se plaint le premier jour de « Ah bah ma transcription, elle est pas dans la bonne langue. » « Bah pas de souci, le lendemain, elle est dans la bonne langue. » « Ah bah par contre, là, au lieu de 2025, j'ai 2014 comme date. » « Ah mince, on change ça aussi, tu vois. » Et en fait, tous les jours, le mec se plaint, et dans l'heure ou le lendemain maximum, parce qu'il n'y a pas besoin d'être validé par 60 ingénieurs, il n'y a que moi. De toute façon, je suis même pas ingénieur. Donc entre guillemets, ça peut aller vite, tu vois. Ça fait aussi que les gens ont un souvenir pas forcément bon de l'outil, mais ils ont un très bon souvenir de leur expérience avec toi. Et puis, une autre grosse différence de réseau, ça a été aussi le programme d'Orange. Parce que du coup, on a monté la boîte officiellement en décembre 2025. Et j'ai postulé au programme d'Orange le 31 décembre. Courant janvier, février, Sophie Perrière d'Orange m'appelle pour me dire, « Let's go ! Ça y est, t'es prise, t'es lauréate en PACA ! » Et je me suis dit, « Mais attends, mais quoi ? Mais c'est lunaire complètement ! »
- Eva Ben-Saadi
Et comment il t'a accompagné ce programme alors ?
- Camille Gerbier
Le premier, c'est sincèrement le badge Orange. Une entreprise qui se monte par deux jeunes de 20 ans dans la tech. Je suis désolée, mais il y en a tous les jours. qui se lancent là-dedans. Et pour vraiment réussir à sortir de ça et se crédibiliser justement dans ce marché super saturé, le badge orange, on ne fait quand même pas beaucoup mieux. Et en deuxième, il y a vraiment l'effet d'accès. Parce qu'Orange nous a ouvert des portes qu'on aurait sans doute ouvert nous-mêmes, mais dans dix ans. On s'est retrouvés à Vivatech, on s'est retrouvés à des événements de CPME, on s'est retrouvés... a tellement d'occasion pour prouver que tu mérites ta place ici et vraiment avoir une invitation, il t'aurait certainement fallu des années de plus, des preuves en plus, du chiffre d'affaires en plus. En fait, il aurait fallu tellement plus. Et le premier truc qu'on m'a dit, on m'a dit, tu sais Camille, le seul critère de ce programme, c'est qu'il n'y a pas d'âge pour l'entreprise et il n'y a pas d'âge pour l'entrepreneuse. Et c'est vraiment un truc, je trouve, qui est hyper important parce que moi, en tant que jeune de 23 ans, je me nourris énormément de l'expérience professionnelle que les autres entrepreneurs de leur promo ont pu avoir. et du coup, elle me guide sur énormément de choses où parfois, moi, je vais être un peu trop avec mes œillères comme ça, en mode non, non, non, performance, performance, machin. Elles sont en mode non, non, c'est pas comme ça que ça marche. Et puis, au-delà de ça, en termes de formation, cette année, Orange a lancé un partenariat relativement exceptionnel avec HEC Paris, où en fait, toute l'année, on est formé avec HEC sur des questions de formatage d'offres, de comment attaquer son marché, vraiment un côté plus théorique. mais qui, mine de rien, donne quand même énormément d'avance, parce que je pense qu'avec ce programme, on s'économise des frais de consulting dans 5 ans. Oui,
- Eva Ben-Saadi
parce qu'il n'y a pas de salaire en plus là qui rentre. Non,
- Camille Gerbier
il n'y a pas de salaire. Pour l'instant, effectivement, aujourd'hui, on ne marche pas énormément, et il va falloir qu'on se paye. Donc après, voilà, ça c'est quelque chose... Le modèle s'autofinance assez bien, parce que le format récurrent et facilement adoptable fait que ça permet une rentrée de trésorerie qui va être assez régulière et assez fiable. Maintenant, effectivement, les salaires, les infrastructures tech, les serveurs, la sécurité, les normes, etc. Quand il y a forcément des moments où on va devoir embaucher, dans tous les cas, on se paiera en dernier. On nous a souvent dit le jour où vous payez, c'est le jour où vous arrêterez de travailler. Et je commence à croire que c'est vrai.
- Eva Ben-Saadi
Donc là, tu vis sur tes économies.
- Camille Gerbier
Aujourd'hui, on a la chance que ce ne soit pas trop mal vu de vieillir chez ses parents pour l'instant. Donc c'est aussi une chance. Mais effectivement, tous les deux, on s'autofinance. Au-delà des frais de greffe de commerce, de nom de domaine et de serveurs, Je vais parler uniquement dans la tech parce que c'est ce que je connais. On peut se lancer avec très peu d'argent parce que dans la tech, il y a énormément d'open source. Par exemple, il y a plein de logiciels qu'on ne peut pas se payer. Par exemple, faire la maintenance ou le support la veille de notre logiciel pour être sûr que le serveur n'a pas crashé, par exemple. Ça, c'est des logiciels qui se payent. Au début, on n'avait pas 20 euros par mois à mettre dans ce logiciel-là. Du coup, on s'est vibecodé une petite version qui était complètement fermée sur nos serveurs. Par contre, on y perd des heures de sommeil. Je ne vais pas vendre un truc de... Tu peux tout faire toi-même en gratuit, en auto-hébergé, en machin. Oui, tu peux. Mais ça veut dire que tu as déjà une journée entière de travail où tu vas bosser sur ta boîte. Mais du coup, pour faire ces économies-là sur tous ces logiciels, deux heures avant, deux heures après, tous les jours, tu bosses sur justement comment créer ça. Et puis finalement, ça t'aide aussi à développer ta créativité sur plein de trucs, sur comment est-ce que tu gères ton argent et surtout, de quoi tu as vraiment besoin. Tu as changé d'avis sur la levée de fonds. Oui. Pourquoi ? On a été démarché par un premier fonds d'investissement qui était un très très beau fonds français, qui proposait de très beaux montants, mais qui ne nous parlait pas forcément de valorisation. Et en fait, le jeu, c'est un peu ça. Dans les start-up techs qu'on voit énormément en ce moment, et ça, c'est un peu la mode à l'américaine qui commence à venir en Europe, c'est le côté, t'as 20 ans à peine, voire t'es encore au lycée, t'as codé un truc dans ta chambre. On y croit dur comme fer, on va te donner des millions d'euros pour le réaliser. Par contre, ta corde au cou, elle est comme ça. Et ça, on te le dira jamais. Ta valorisation, elle est au ras des pâquerettes. Et ça, on te le dira jamais. Et ta boîte, elle va sûrement générer des millions. Mais les premiers qui vont prendre part, c'est nous. Et le jour où tu vas vendre, tu vas repartir comme t'es arrivé. Et donc toi,
- Eva Ben-Saadi
tu t'es dit, c'est pas ce que je veux.
- Camille Gerbier
C'est ça. Et en fait, on a mis longtemps à le voir venir parce qu'au début, enfin, t'as 21 ans, on te dit, potentiellement, moi, je suis prêt à investir 2 millions d'euros sur ton entreprise. Je me dis, mais il est malade, ce mec. Même moi, je n'investirais pas 2 millions sur ma propre boîte pour l'instant. Parce que tu Neova pas toujours le potentiel de croissance que tu as. C'est des gens qui sont experts de ça, qui voient ça toute la journée, etc. Donc déjà, tu commences à te dire, ce que je crée, ça a non seulement de la valeur potentielle en termes de vente, mais aussi en termes de concept en tant que produit même. Et du coup, ça a déjà un peu embêté notre rapport aux chiffres, dans le sens où ça nous a complètement déconnectés du côté... Mon entreprise ne vaut que mon chiffre d'affaires. Ça, c'est complètement un truc à oublier d'ailleurs. Mais du coup, cette première expérience avec un investisseur potentiel, c'était vraiment, OK, on prend mesure de ce que quelqu'un qui ne nous connaît même pas, qui ne sait pas qu'on ne fait pas de chiffres d'apparence, pour un investisseur aguerri, parce qu'en plus, c'était quand même un fonds qui date, on vaut tant. Et on a été approchés une seconde fois par un autre fonds français qui faisait également accélérateur. C'était plus facile de générer le montant qu'on allait nous donner par chèque sur ce fonds-là. que de composer avec la corde au cou qu'on allait prendre. Et aujourd'hui, avec toutes les ressources qu'on a, le go-to-market, le fait de commercialiser, est tellement plus rapide qu'avant. Avant, quand tu lances un logiciel, il te faut un an pour vraiment attaquer ton marché. Aujourd'hui, on voit des go-to-market qui se font en trois semaines. Ça m'hallucine. Et c'est génial, tu vois, je trouve ça trop cool. Et c'est aussi ce qui fait qu'il y a un détachement des startups par rapport à la levée de fonds traditionnelle qui est de plus en plus grand. Et en fait, comme ce modèle de récurrent finance les sorties de trésorerie qui sont plutôt bien réparties. Tout simplement, on va garder 100% de notre capital et on va aller jusqu'au bout.
- Eva Ben-Saadi
C'est ce que j'allais te demander, comment tu envisages la suite là ? À un an, à deux ans, à trois ans ?
- Camille Gerbier
On va commencer à attaquer les administrations gouvernementales en Europe, puisqu'aujourd'hui on se positionne sur ces secteurs-là pour une raison qui est qu'il y a un besoin, mais également pour une conviction qui est qu'aujourd'hui, si on veut pouvoir faire avancer l'Europe technologiquement, et quand je dis on, je parle pas de Neova, je parle de tout le monde à un moment donné il va bien falloir que les secteurs qui portent l'Europe c'est-à-dire la banque, c'est-à-dire le juridique c'est-à-dire la recherche, c'est-à-dire la tech puissent être équipés de manière souveraine, parce que aujourd'hui une entreprise qui vend une tech brevetée qui va faire ses comptes rendus sur Teams super, mais le concurrent américain avec ta transcription il est bien content donc Par souci de sécurité et de performance, parce qu'aussi, ce qu'on entendait beaucoup, c'était un peu un frein de si je parie sur du français, je paye pour quelque chose qui est en vrai un peu moins efficace, un peu plus cher, machin, blablabla. Et pour beaucoup, c'était un frein. Cette excuse, elle n'est plus du tout valable, puisqu'aujourd'hui, on voit les startups les plus prometteuses dans la tech se construire en Europe tous les jours, mais tous les jours. Et c'est impressionnant de performance, de fluidité d'adoption, etc. Donc voilà, pour nous, la conviction, c'est vraiment... L'Europe va porter l'Europe et l'Europe Neova pas se reposer une énième fois ailleurs. Et pour nous, c'est vraiment important. Donc voilà, sous horizon deux ans, vraiment, l'idée, ça va être de pouvoir faire partie de cette mission-là, de contribuer à cet élan-là, à cette indépendance technologique. Est-ce que tu penses recruter aussi,
- Eva Ben-Saadi
d'ailleurs ?
- Camille Gerbier
Tout à fait, le plus tôt possible. Je veux vraiment pouvoir recruter une équipe technique qui va permettre de vraiment fluidifier le développement au maximum. Une équipe technique, c'est très important. Pour une équipe de développement commercial, c'est aussi important pour nous. pour que du coup mon associé Kylian et moi puissent se permettre d'être à 100% sur le développement stratégique de l'entreprise, la croissance et vraiment l'attaque de marché pour pouvoir permettre de contribuer à cette mission d'indépendance européenne au niveau de la tech. Et pour ça, il va falloir qu'on structure bien évidemment d'autres choses dans l'entreprise avant de pouvoir accueillir quelqu'un. Parce qu'aujourd'hui, on est deux et on fonctionne un petit peu au cas par cas avec les testeurs. C'est vraiment si tu dors pas, je dors pas, entre guillemets. si à 23h t'as un souci et que demain t'as une réunion à 8h Demain ta réunion à 8h elle va marcher parce que de toute façon je parie sur toi, il faut que tu puisses parier sur moi. Donc aujourd'hui on est sur un niveau de support comme ça. Quand je recrute je m'attends pas à ce que mes ingés à 23h ils sont en train de régler le problème parce que le mec a cliqué à côté du bouton. Je vois beaucoup de fondateurs qui créent de la frustration et peut-être que ça m'arrivera aussi d'ailleurs quand ils recrutent parce que justement mes employés portent pas la même vision que moi, mes employés n'ont pas le même investissement que moi. Et je pense qu'on s'attend à ce côté un peu de « Mais moi, j'y ai passé mes nuits, tu peux bien y passer une heure de plus ! » Alors que pas du tout.
- Eva Ben-Saadi
C'est des collaborateurs, c'est pas des associés. Ta détermination est impressionnante, Camille. Vraiment, je pense que tu as donné de très bons conseils à tous ceux qui nous écoutent. Avec le recul, est-ce que toi, il y a quelque chose que tu aurais aimé savoir avant de te lancer ?
- Camille Gerbier
Je pense que le premier, ce serait déjà « Arrête d'attendre » . On n'a pas l'impression que tu as attendu. Et pourtant ! quand on a sa bonne idée en fait c'est un peu ok il faut que je le perfectionne faut pas que j'en parle tant que je l'ai pas fait on va me piquer l'idée une fois que je l'ai fait ah faut que je le perfectionne c'est la honte d'en parler maintenant mon truc est pourri et ce qu'on entend beaucoup dans la culture startup et qui commence à arriver énormément je trouve en France c'est si t'as lancé ton produit et que t'étais pas gênée par ta première version c'est que t'as lancé trop tard et je suis complètement partisane de cette idée là parce qu'en fait pour moi tu vois bien comment est-ce qu'on a fait notre étude de marché on est allé toquer aux portes en fonction de ce qu'il nous a dit on nous a dit, on a construit, et c'est aussi ce qui fait que au-delà de la communication qui était vraiment très bien stratégisée par mon associé il y a eu la demande tôt, parce que on a pris la question avant de construire, le fait d'attendre tout le temps, et d'attendre d'avoir une bonne version à montrer, bah en fait tu construis dans le vide, si tu construis sans feedback tu navigues à l'aveugle, t'as pas de GPS tu sais pas où tu vas, et une fois que t'arrives c'est pas le bon endroit, parce que bah en fait on t'attendait ailleurs et tu savais qu'on t'attendait ailleurs tu voulais juste pas demander ta direction, tu crées pas pour créer pour toi Tu ne crées pas pour obtenir, tu crées vraiment pour pouvoir répondre à une question, à une problématique. C'est le principe des entrepreneurs. C'est hyper facile de changer ton produit pour qu'il corresponde à ce que les gens veulent. Mais par contre, c'est très compliqué de changer ce que les gens veulent pour que ça corresponde à peu près à ton produit.
- Eva Ben-Saadi
Et Camille, dis-moi comment tu arrives à trouver un bon équilibre avec ton associé ?
- Camille Gerbier
Je pense que quelque chose qui est très important et qu'on néglige beaucoup quand on s'associe, c'est qu'effectivement, les traits de personnalité, les compétences, etc. doivent être complémentaires. Ça, c'est un non négligeable. Mais au-delà de ça, il y a aussi la vision d'avenir de l'entreprise et de chacun. C'est-à-dire que si mon associé me dit, moi, Neova, c'est mon bébé, je veux faire 50 ans de carrière là-dedans, je veux le porter jusqu'à la fin, jusqu'au bout, mais que moi, dans ma tête, je veux revendre dans 3 ans, quand je prends une décision, je ne vais pas prendre la même et lui non plus. Et à chaque fois, il y aura cette friction de, est-ce qu'on va vraiment dans le même sens ? Est-ce qu'on marche vraiment au même endroit ? Est-ce qu'il n'y en a pas un qui tire l'autre et qui finit par presque créer cet écart ? qui, opérationnellement, après devient un désastre. Là, vraiment, tous les deux, on a la même vision de l'entrepreneuriat, de l'entreprise et de nos enjeux personnels chez Neova. On en a parlé une fois. On a un pack d'associés en béton et on reste là-dessus et on a une communication très ouverte aussi. Je pense que c'est très important. Pour moi, la preuve de confiance, elle est dans le pack d'associés. Elle est dans le noir sur blanc parce qu'aujourd'hui, même si tu veux lever des fonds, même si tu veux aller faire croître la boîte, toi, tu te fais confiance. Tant mieux pour toi. Les gens à l'extérieur, ils n'en ont rien à secouer que tu te fasses confiance. Quelqu'un d'extérieur vient mettre de l'argent sur ton entreprise, tu crois qu'il va venir mettre des centaines de milliers d'euros sur ta confiance parce que t'es pote depuis le collège ? Mais réveille-toi, jamais de la vie. Ça, ça n'arrive pas. Et puis, il y a aussi un autre côté de la répartition, justement. Là, on va être très transparent en termes de chiffres. Nous, on est à 50-50. Et pour moi, c'est la meilleure répartition possible, du moment où elle est justifiée, bien évidemment. Mais je vois énormément d'entrepreneurs ou d'entrepreneuses, peu importe qui Ouais, vous me dire, bah tiens, moi je me suis associée, mais il est arrivé un petit peu plus tard dans l'entreprise, moi je fais l'opérationnel, c'est une application, lui il a fait tout le code. Mais on est à 70-30. Je me dis, attends, il y a un rapport au temps, il y a un rapport à l'investissement, en nature, est-ce que vous êtes tous les deux à plein temps, etc. Et en fait, il y a le même investissement de chacun, simplement pour un déclic avant ou après, tu vois, il y a des écarts de capital qui sont... exceptionnel. Et en fait, pour moi, tu ne peux pas t'attendre à ce que ton associé s'investisse au même degré que toi.
- Eva Ben-Saadi
S'il est à 30%.
- Camille Gerbier
S'il est à 30%. Si pour moi, tu es prêt à donner 30% de quelque chose, attends-toi un investissement à 30% de quelque chose.
- Eva Ben-Saadi
C'est tout. Tu n'as pas peur du non, Camille. En tant qu'entrepreneur, c'est important de ne pas avoir peur du non.
- Camille Gerbier
Pour moi, c'est le début de la négociation. La conversation, elle commence quand tu m'as dit non parce que je vais savoir pourquoi tu m'as dit non. Pourquoi est-ce que le prochain ne me dira pas non, du coup ? Pour moi, l'entrepreneuriat, c'est vraiment un jeu de noms. Qui va s'accrocher le plus longtemps dans cette phase d'échec en public ? Qui va s'accrocher le plus longtemps dans la gêne ? Qui va lâcher en dernier ? Et de toute façon, si tu sais que tu vas te prendre 100 noms avant de te prendre un oui, dépêche-toi de te les prendre, les 100 noms. Tu t'appelles tous les jours s'il faut prendre les dans la journée. Et ton 101e oui, tu vas finir par l'avoir. C'est qu'une question de... Mathématiquement, juste, il faut être prêt à s'accrocher assez longtemps. Et sur la partie femme,
- Eva Ben-Saadi
être une femme aujourd'hui dans la tech, pour toi, c'est un atout ? Pour toi, c'est un handicap ?
- Camille Gerbier
Pour moi, je pense qu'il y a femme et il y a jeune. Je pense que je combine un peu de tard dans la tech, mais dans le sens où, très régulièrement, j'arrive en rendez-vous, on me demande qui j'accompagne. Je suis prise pour une stagiaire, on m'a laissée passer pour aller aborder un ministre parce qu'on pensait que j'allais aux toilettes, parce que je n'ai pas la dégaine. Et finalement, c'est un super avantage tactique, parce qu'en fait, quand personne ne te voit venir, personne ne se méfie de toi. Et puis au-delà de ça, je pense qu'aussi, les gens sont curieux. Parce que dans tous les cas, déjà en tant que femme dans la tech, ou même en tant que n'importe quelle minorité dans n'importe quoi, il faut être capable de transformer cette attention en crédibilité, en quelque chose de vraiment viable pour toi, qui va vraiment te servir sur le long terme. Et donc pour moi, je dirais que le côté sous-estimé, c'est vraiment l'avantage tactique suprême.
- Eva Ben-Saadi
Qu'est-ce qui te donne confiance aujourd'hui, Camille ?
- Camille Gerbier
Pour moi, la confiance en soi, c'est la conséquence. Parce qu'au fond de toi, tu sais que tu es capable. Comment tu sais que tu es capable ? Parce que tu l'as fait. Tant que tu ne l'as pas fait... Tu ne sais pas. Quand je me suis lancée, c'était crash out une fois par mois. Je finissais à coder à 2h du matin en train de pleurer sur mon ordi. Et il y a bien évidemment tout ce côté-là que moi, je partage moins, c'est vrai. Mais de toutes ces galères au début où effectivement, on me dit non rien que 5 fois dans la même journée. J'étais en mode, c'est bon. En fait, ce que je fais, ça ne sert à rien. Ça n'intéresse personne, tu vois. Mais en fait, du moment où tu as ton premier oui, c'est tellement addictif comme jeu l'entrepreneuriat. Du coup, du moment où tu as ça, après, tu ne lâches plus. Ça va être réel. Et c'est moi qui vais le vendre, ça. Et ce problème-là, c'est moi qui vais le résoudre. Tu vois ? Ou mon produit, ou peu importe comment tu veux appeler ça. Personne Neova à quelle heure tu te lèves le matin, à quelle heure tu vas dormir le soir, de quelle heure à quelle heure t'as codé, de quelle heure à quelle heure t'as appris, de quelle heure à quelle heure tu t'es pris des portes données. Mais toi, tu sais quand est-ce que t'étais là pour tes objectifs et quand est-ce que t'as lâché l'affaire, tu vois ? Tu sais jusqu'où t'as pu repousser tes limites, etc. Et c'est ça, en fait, qui nourrit cette confiance en soi. Parce que tu sais quand est-ce que t'étais là et que les autres n'étaient pas là. Du coup, la confiance en soi, pour moi, elle est venue, justement, des portes données, déjà. Parce que, mine de rien, aller chercher un nom toute la journée. Pour l'ego...
- Eva Ben-Saadi
Camille, si tu devais résumer ce début d'aventure entrepreneuriale avec Neova, tu dirais quoi en une phrase ?
- Camille Gerbier
C'est génial.
- Eva Ben-Saadi
Je te remercie infiniment, Camille. C'était génial. Pareil, je réutilise ton mot de discuter avec toi. C'était un vrai plaisir. Merci pour ta sincérité, pour tous tes conseils. Merci à vous d'avoir écouté ce nouvel épisode de Vision de Pro, le podcast d'Orange Pro. Si ça vous a plu, je vous invite à en parler, évidemment, autour de vous, à le partager ou à laisser un commentaire. Découvrez également tous nos conseils pour les entrepreneurs dans le magazine d'Orange Pro. A bientôt, salut !