Speaker #0Salut Internet, et bienvenue sur Vie, ma vie d'artiste ratée le podcast qui vous dévoile l'enfer du décor d'une vocation très souvent fantasmée. Aujourd'hui, je vous parle de choucroute et de jazz manouche. je m'appelle adrien je suis musicien professionnel depuis vingt ans et je propose aussi des séances d'accompagnement pour les artistes pour vivre sa vocation de l'intention à la performance en développant l'équilibre et confiance Sucroute et Jazz Manouche, en fait aujourd'hui je voulais parler sans chichi mais avec beaucoup de chouchous de mon premier cachet, ma première expérience professionnelle, la première fois qu'on m'a donné un billet pour jouer, mon premier contrat. Et de là en fait c'est la question que je me pose c'est à quel moment on se sent suffisamment légitime pour accepter d'être payé quand on joue ? En fait ce qui va faire la différence entre un musicien amateur et un musicien pro c'est que le musicien pro il est C'est payé pour jouer, et quelque part, peu importe le niveau. Donc parfois, il y a des musiciens amateurs qui sont incroyables, mais qui font ça juste pour le plaisir. Et je rappelle d'ailleurs l'étymologie de amateur, c'est amarer en latin, c'est aimer. Et quelque part, il est bon de se rappeler que c'est ça qui fait l'élan qu'on peut avoir pour l'art, c'est d'aimer ça profondément. Mais aujourd'hui, je voulais plus m'adresser sur cette question vraiment de légitimité et de joué. Donc voilà, je vais raconter par le biais de cette petite anecdote. Je vais voir si j'arrive à répondre à cette question. Donc j'ai 20 ans et je fais de la contrebasse depuis quelques temps. Et j'ai rencontré une bande de musiciens un peu foufous. Aussi incompétents que joyeux, aussi amateurs que tarés. Mais... Voilà, on joue. du jazz manouche. Et en fait, à l'époque, Biréli Lagrène vient de sortir un disque de jazz manouche, et du coup, de par son génie, de par sa grâce à la guitare, il vient de dépoussiérer ce style et de le remettre au goût du jour. Je parle de ça, c'était il y a 20 ans. Et nous, on arrive, on est un des rares groupes de jazz manouche à jouer dans la région à l'époque, et du coup, même si on joue très très mal, on se retrouve à jouer de partout. On a même un... manager, on passe sur la radio locale, on va jouer sur certains gros festivals même, alors pas en tête d'affiche et pas sur les grosses scènes, mais voilà, on va quand même être programmé sur des festivals de jazz, donc c'est cool, et bon voilà, moi à l'époque... J'estime pas du tout avoir un niveau professionnel et je vais me retrouver sur des festivals avec des gens qui me fascinent, des gens dont j'espère même pas un jour qu'il soit possible que j'ai leur niveau. Donc voilà, c'est flatteur, mais il y a quelque chose aussi de difficile. Enfin, de comment ça ? Oui, c'est comme s'il y avait une image paternelle. Ces musiciens que j'admire, un peu... à dépasser. Du coup, là, on rentre tout de suite en résonance avec ce sentiment de légitimité. Est-ce que je suis suffisamment légitime, moi, pauvre petit musicien, pour aller jouer à leur côté ? Il se trouve que cette question, on peut l'adresser de plein de façons différentes. On peut balayer ça d'un coup et se dire, amateur ou pas amateur, à partir du moment où on aime ce qu'on fait, allons-y. Bref, avec ce groupe, on reçoit une invitation pour jouer dans un festif. festival en banlieue de la ville mais un gros truc il y a plusieurs groupes et donc on est super content et c'est la première fois qu'on nous propose un cachet donc j'ai 20 ans et c'est la première fois que je vais être payé donc c'est vraiment l'intronisation de adrien tu deviens musicien professionnel puisqu'on te paye pour jouer donc je suis très fier puis en plus ce groupe on a beau être très amateur et pas très très bon c'est une belle bande de copains on se marre bien c'est rigolo chaque concert on boit des coups en plus c'est un groupe où il y a une grande variété de profils, des âges différents, c'est assez transgénérationnel, mais on cohabite vraiment dans la paix avec ce truc très joyeux. Puis bon, cette musique jazz manouche à l'époque, il y a quelque chose de très entraînant, il y a ce côté un peu rétro, vintage, faire du revival d'une époque qui n'existe plus, puis mine de rien, on est un peu dans le serrail puisqu'on est à la mode sans le vouloir, donc c'est plutôt cool. Et donc... On arrive sur le lieu du concert, donc bon premier petit coup de déchantage c'est que On joue pas sur une de ces scènes magnifiques, incroyables, c'est une salle des fêtes. Je sais pas si vous connaissez l'ambiance salle des fêtes, mais en général les salles des fêtes c'est des espèces de gros hangars sans charme, avec une acoustique absolument désagréable, pour peu que vous jouiez amplifié dedans. Donc voilà, on est un peu sur une ambiance mariage. Puis en plus, à l'odeur, putain ça sent la choucroute. Et on arrive dans la salle et en fait, il y a des grandes tables. Et là, on se dit, waouh ! En fait, on va jouer pendant que les gens sont en train de manger une choucroute. Oui, alors là, on voit un peu l'envers du décor du métier de musicien. On se dit, ouais, mais zut ! Mais bon, c'est pas grave. On est quand même super content de jouer. On est content de prendre le cachet. Mais bon, on fait les balances. Bon, ça va, ça se passe bien. Et puis... J'arrive dans les coulisses, et là, je deviens blanc. Mais comme un fantôme. Là, je croise en fait un ancien professeur de contrebasse que j'ai croisé, avec qui j'ai pris quelques cours, et puis j'ai fui. C'est un jazzman incroyable, un mec qui joue super bien, mais un mec qui m'a quelque part dégoûté du jazz et de l'apprentissage du jazz, tellement il était odieux, tellement il était exigeant, tellement il était peu pédagogue. Et à l'époque, je n'étais pas du tout prêt à... Comptez ça, quand j'étais rentré dans sa classe et que j'avais pris des cours avec lui, en fait, ça m'avait terrorisé, il m'avait fait fuir. Et donc un jour, je l'avais lâchement appelé au téléphone en lui disant Ben non, cet après-midi, je ne viendrai pas aux cours parce que je ne veux plus continuer à prendre des cours avec toi. Et hop, j'ai raccroché. Salut mon vieux ! Et là, je crois ce mec. Waouh ! Ça veut dire que mon premier concert professionnel que je fais, je le fais en sachant que je vais être écouté par ce mec qui est un jazzman de ouf, qui probablement m'en veut de ne pas avoir eu l'honnêteté. et de le voir en face et lui dire écoute je suis pas au niveau pour ta classe j'y arrive pas Mais bon, voilà, il me lance quand même un sourire où je vois de la bienveillance dedans, il me dit bonjour, et puis en fait, nous on est en première partie, parce que lui c'est un peu le groupe de stars, ils vont jouer après, et on fait le concert, et en fait, je sais pas, pendant le concert, je pense pas à lui, je pense pas à la choucroute, je pense pas aux saucisses, je pense au plaisir de jouer avec mes potes, et on s'éclate, on sourit, voilà, y'a pas un seul tempo qu'on tient, on joue super vite, et et à la fin du morceau on joue deux fois plus super vite que ce qu'on avait commencé mais voilà le concert se passe super bien on est content les gens tapent dans les mains c'est super voilà c'est une première expérience incroyable et puis je croise cet ancien professeur dans les coulisses après il ne me met pas la main sur l'épaule mais il a ce côté un peu paternel avec la tête genre c'est bon t'as bien fait le taf mon petit gars en tout cas c'est ce que j'ai souhaité me dire au moment où je l'ai vu bref voilà c'était une première expérience Et ce que j'ai envie de dire, c'est que quelque part, la légitimité... on l'obtient à partir du moment où on se dit ou on se la donne c'est à personne d'autre que vous même de vous la donner donc à partir du moment où moi je suis monté sur scène et je me suis dit allez je kiffe avec mes potes je joue il pouvait arriver enfin peu importe ce qui lui pu arriver je me l'étais donné je me l'étais offert un truc et j'étais ok avec le fait de me dire voilà c'est mon premier concert pro ce soir je joue avec mes potes cette musique complètement dingue et j'ai encaissé le chèque et peu importe ce qui se passe. Donc voilà, c'est sûr qu'en tant qu'artiste, surtout quand on fait des performances, des concerts, tout ça, on peut avoir tendance à se comparer, surtout avec certaines autorités, se comparer avec tel musicien inspirant, se comparer avec tel prof. On peut aussi avoir cette question du jugement des autres. Mais je pense à... Enfin voilà, en tout cas, ce qui me vient toujours à l'esprit, c'est que le pire des juges qui existe, c'est pas les autres. Parce que les autres, ils sont jamais qu'un miroir. des jugements qu'on se donne à nous-mêmes. Donc notre pire juge, c'est nous-mêmes. Et d'ailleurs, je parle souvent du juge intérieur. C'est ce petit mental d'acier qui vient vous flinguer parfois quand vous êtes en performance et qui commence à vous dire blablabla, t'es pas assez bien, blablabla, tu fais ça comme ça. Voilà. Et je pense que ce petit juge, parfois il est là et on ne peut pas le faire taire, mais en tout cas, il y a des façons de le faire taire. Et notamment la façon... Le faire taire, c'est de se connecter profondément à la joie du jeu, au plaisir d'être là, à incarner la chose comme un vrai amateur, comme quelqu'un qui aime vraiment ce qu'il est en train de faire. Un enfant qui joue. il joue, il n'est pas en train de se juger en train de jouer. Et c'est là où il faut revenir assez précisément. Voilà, je crois que derrière cette question de l'autorisation qu'on se donne pour gagner sa vie, demander des sous pour son art, se cachent plusieurs sujets. Le sujet de l'estime de soi, le sujet de la légitimité, le sujet aussi de la validation par une forme d'autorité. Je pense que quand on revient à la racine, on tombe sur la question d'estime de soi. Et l'estime de soi, bien sûr, elle est relationnelle, c'est dans le regard de l'autre que je me reconnais. Mais à un moment, il est bon d'être son propre parent pour se donner l'autorisation d'être artiste, l'autorisation de gagner des sous en tant qu'artiste, l'autorisation de monter sur scène, l'autorisation de jouer avec tel ou tel musicien. Voilà, ce sont aussi des choses que j'aborde beaucoup en séance, que je rencontre très souvent chez les artistes. C'est la fin de cet épisode. Si ça vous a parlé, si ça a résonné pour vous, n'hésitez pas à partager. Mettez un maximum d'étoiles que ce podcast gagne en visibilité et que je devienne excessivement riche, c'est une évidence. D'ici là, portez-vous bien. Continuez à manger 5 fruits et légumes par jour. Et à très bientôt.