Speaker #0Salut Internet et bienvenue sur Vie ma vie d'artiste raté, le podcast qui vous dévoile l'enfer du décor d'une vocation très souvent fantasmée. Alors aujourd'hui je sors mon baluchon, une anecdote qui s'intitule Jean-Michel Jarre, Jean-Paul II et chamanisme Je m'appelle Adrien, je suis musicien professionnel depuis 20 ans et je propose également des séances d'accompagnement pour t'aider à ne pas transformer ta vocation en tord-brouillot. Je t'accompagne de l'intention à la performance en essayant de développer confiance et équilibre. La question que je me pose aujourd'hui c'est... Qu'est-ce qui nous marque à ce point dans l'enfance, qui fait que bien des années plus tard, on va continuer à être nourri par cette vision qu'on a pu avoir petite, qu'il s'agisse... d'une narration, d'un récit, d'un film, d'un dessin animé, d'une BD, ou bien d'un concert. Et l'autre question que je me pose, qui est peut-être un peu plus compliquée, c'est pourquoi l'être humain a-t-il tant besoin d'histoire, de se raconter des choses, bref, de recréer un monde en plus du monde ? Alors l'anecdote que je vais vous raconter, elle est précisément datée, il s'agit du 5 octobre 1986. A l'époque, je suis un jeune enfant, j'ai 3 ans. Ouais, c'est ça, j'ai 3 ans. Et mes parents habitent un chouette appartement sur les quais de Lyon, quai Saint-Vincent, je crois, en face de la basilique de Fourvière. Et qu'est-ce qui se passe ce 5 octobre ? Eh bien, il y a le pape Jean-Paul II qui vient, et la mairie de Lyon, alors je crois que c'est la mairie de Lyon, je leur lance des lauriers, mais ça se trouve, c'est autre chose, la mairie de Lyon a invité Jean-Michel Jarre à jouer pour ce concert. Enfin, à jouer pour la venue du pape. Alors je suis dans le salon de mes parents, c'est le crépuscule. Mes parents ont invité plein de potes, donc là il y a un cortège. Je me rappelle des amis de mon père qui rigolent en me voyant, des amis de ma mère. Je me rappelle de la famille, je me rappelle de mes oncles qui rigolent de moi. Oui, ils rigolent de moi parce qu'en fait je m'étais attaché à une petite pelleteuse, j'étais fasciné par les pelleteuses à l'époque. Je m'étais attaché à une petite pelleteuse autour du cou qui devait symboliser la harpe laser de Jean-Michel. De Jean-Mimi, tiens, je vais le tutoyer. De Jean-Michel Jarre, bien sûr. Parce que aussi, exclu, c'était la première fois que Jean-Michel Jarre dévoilait cet espèce d'instrument, à l'époque complètement futuriste, qui est sa harpe laser, là où il passe sa main, et on voit vraiment les tubes lasers comme ça, et à chaque tube caressé par sa main, il y a un son qui ricoche comme ça. Moi, enfin, je suis fan absolu de Jean-Michel Jarre. Alors je suis bien conscient qu'à 3 ans, il y a de grandes chances que ma mémoire ait reconstruit mille fois ce moment, que peut-être même que ce dont je suis en train de vous parler a été reconstruit depuis les bribes d'histoire que me racontaient les adultes de l'époque. Peut-être que même je parle à travers les quelques photos jaunies que j'ai en souvenir de cet événement. Mais voilà, toujours est-il que... La sensation que j'ai là, c'est cette excitation, cette joie. Et puis d'accueillir tout le monde chez moi, c'est un peu moi la star. Regardez, Jean-Michel, il vient jouer en face de chez moi. Il vient jouer chez moi, à domicile. Donc voilà, je ne suis pas n'importe qui, moi petit Adrien. Et bref, le concert va commencer. Alors là, il y a Jean-Paul, Jean-Paul II, comme on l'appelle. qui arrive dans sa petite voiture de golf, comme SCH, quand il arrive sur scène, vraiment, il arrive tout en blanc, mais vraiment, c'est un chanteur de trap. Mais en fait, non, c'est pas une voiture de golf, c'est la Popmobile. Mais oui, c'est la Popmobile, on dit Popmobile, ou Papamobile, je sais pas. Bref, super héros. Alors, j'ai pas grandi dans une famille avec une ferveur religieuse débordante. Enfin, voilà, Jean-Paul II, c'était un peu le second couteau de mon histoire. Mais voilà, quand même, il était là. Et la musique va commencer, je me rappelle, il y avait des projections sur toute la cathédrale. et moi j'étais fasciné comme hypnotisé et en fait j'étais totalement hypnotisé je me rappelle de ce rouge très puissant qui irradiait sur les colonnes en face c'était incroyable et puis la musique commence cette musique synthétique cette musique répétitive cette musique minimale mais aussi très mélodique et très simple dans ses mélodies je crois que la musique de Jean-Michel Jarre si elle a parlé à l'enfant que j'étais parce qu'il y avait cette Cette évidence, cette simplicité. Et donc, j'ai été vraiment profondément marqué par ce moment, par ce concert, aussi par la musique de cet artiste. Et j'en viens un peu à trouver ma réponse là, je pense que si on est profondément marqué par des choses, et quelque part c'est là aussi un geste fondateur, c'est là où je reviens un peu à l'épisode 1, c'est qu'il y a aussi ce truc très puissant. avec une valance émotionnelle énorme, c'est-à-dire, vous voyez, quand je parle de toutes les émotions qui ont pu me traverser, il y a quelque chose qui est encore très vivant aujourd'hui en moi, et c'est parce qu'en fait, ce moment de la petite enfance, c'est comme si, là je parle pour les enfants en général, c'est comme s'il y avait un canal qui était ouvert, une espèce de disponibilité, une ouverture, et si quelque chose arrive pour les marquer avec quelque chose d'émotionnellement très fort, que ce soit positif ou négatif, Quand c'est négatif, ce genre de moment, on appelle ça un trauma. L'enfant est ouvert à tout, et d'un coup il vit quelque chose d'absolument horrible, ben voilà, c'est un trauma. Alors là je parle plutôt de... Je sais pas l'envers positif du trauma, je pourrais pas dire trauma positif, je trouverais ça un peu moche, mais je vais appeler ça peut-être un marquage, le fait d'être profondément marqué. Et en fait quand on est profondément marqué, donc en positif par quelque chose, il y a tout qui change dans notre vie. Et en fait moi, enfant, à cet âge-là, il y a eu comme un geste... fondateur, comme quelque chose, une brique qui s'est posée, un espèce de monolithe comme ça. Tiens, toi Adrien, à partir de maintenant, cette musique, toute ta vie, elle sera ancrée pour toi, donc quelque chose de très positif. Et c'est vrai que moi j'ai redécouvert les synthétiseurs bien plus tard, vers l'âge de 30 ans, quand j'ai commencé à geeker sur Ableton, un logiciel de production musicale, pour ceux qui ne savent pas. Je me suis vachement passionné pour les synthétiseurs. Alors de manière très intuitive, moi je ne suis pas du tout geek. geek, la technique, ça me lasse parler de filtre, machin je me perds vite mais en tout cas tous ces sons qu'on crée avec des potards voilà, je trouve ça génial, je trouve que c'est C'est une façon de créer qui me parle beaucoup. Et la deuxième chose dont je parlais, la deuxième question que je me posais, c'est pourquoi les hommes ont besoin de se raconter des histoires ? Pourquoi les hommes ont besoin de créer des mondes en plus du monde ? C'est que nous, êtres humains, on n'est pas que des mammifères. On arrive au monde et on est des petits êtres angoissés, assez fragiles, assez faibles. on n'a pas des grandes griffes, on n'a pas des grandes dents, on n'a pas des montagnes de poils pour nous protéger des grands froids, et par contre on est très fort pour créer du lien, pour tisser des sociétés. Et en fait pour tisser une société, il faut une histoire, il faut un dialogue commun, il faut quelque chose qui fédère le groupe. Et c'est pour ça que je parlais de chamanisme, derrière ce mot chamanisme je ne mets rien de cosmico-mystique, quoique peut-être que c'est très mystique ce que je suis en train de dire. mais c'est qu'en fait, le chaman prend justement ce rôle de raconter une histoire au groupe pour fédérer le groupe. Et très souvent, dans les peuplades un peu tribales, c'est un peu ce qu'on voit. Le chaman raconte une histoire, c'est la sagesse, et puis tout le monde est là autour de lui, en cercle, à l'écouter, et on intègre ces histoires, et c'est ce qui fait vivre le groupe et les artistes. Pour moi, c'est une vision tout à fait personnelle, les artistes sont des chamanes. Ils fédèrent un groupe avec une narration. Quand vous allez voir un concert, c'est un rituel chamanique. Quand vous lisez un livre, c'est un rituel chamanique. Quand vous allez au cinéma, c'est un rituel chamanique. Et d'ailleurs, vous n'avez qu'à voir les codes culturels qu'on a les uns les autres, et qui très souvent passent ou ne passent pas d'une génération à l'autre, qui font que parfois on a du mal à se lier aux autres. Et très souvent, quand on n'a pas les mêmes... références culturelles que les gens, on a du mal à relationner. Alors, la bonne nouvelle, c'est qu'on peut aller au-delà de ces mécanismes, on n'est pas rendu à n'aimer que les autres qui nous ressemblent, ça peut vraiment évoluer, bouger, mais en fait, si on n'a pas conscientisé le fait qu'en fait, on a toujours besoin de se raconter des histoires, en fait, on va toujours vers le fait de se raconter de plus en plus d'histoires. J'ai écrit un article là-dessus, sur l'artiste et le chamanisme, pour expliciter un peu cette thèse, pour dire que l'artiste en fait joue sur les trans. Et si autant il y a des trans qui nous portent, qui nous aident, il y a aussi des trans qui nous dupent et qui nous coupent, en partie ou complètement, du réel. C'est la fin de cet épisode, et en conclusion j'ai envie de vous dire, oui, nous sommes des êtres d'histoire, on en a besoin pour grandir, on en a besoin pour mûrir, et il y a même certains gestes comme ça, comme ce concert, qui nous marquent durablement, et qui sont peut-être même la genèse d'une vocation, la genèse d'une intention, la genèse d'un métier, la genèse d'une vie, que dirais-je ? Mais il est aussi bon de se dire que, par rapport aux histoires qu'on se raconte, on peut en sortir, on peut sortir de trans, on peut se raconter aussi d'autres histoires, on n'est pas rendu à répéter toute sa vie les mêmes schémas. Voilà, si ça vous a parlé, si ça a résonné pour vous, n'hésitez pas à partager, mettez un maximum d'étoiles, ça participe grandement au référencement de ce podcast. La suite, très vite, d'ici là, portez-vous bien, continuez à manger 5 fruits et légumes par jour, à très bientôt.