Speaker #0Salut internet, et bienvenue sur Vie, ma vie d'artiste ratée le podcast qui vous dévoile l'enfer du décor, d'une vocation très souvent fantasmée. Alors aujourd'hui, je vous parle de tiel, de tornade, et de comment, quand tout semble impossible, tout peut devenir merveilleux. Je m'appelle Adrien, je suis musicien professionnel depuis 20 ans et je propose également des séances d'accompagnement pour vous aider de l'intention à la performance à développer confiance et équilibre. Je ne sais pas si c'est réellement explicable, mais il y a certains concerts comme ça qui restent dans nos mémoires. Certains moments qu'on a passés sur scène où on se dit Waouh ! J'ai vécu un truc absolument incroyable ! Et quelque part, est-ce que c'est explicable ? Est-ce qu'on peut avoir une tentative d'explication ? Alors, je me pose cette question aujourd'hui, surtout pour ces concerts où, au début, ça s'annonçait plutôt mal. Alors, mon décor, ça va être quelques tielles, la mer Méditerranée. Et puis, un des plus beaux endroits pour faire des concerts en France, peut-être même en Navarre, voire même du monde, je crois. Rendez-vous sur le quai de la gare, gare de Lyon, direction le sud de la France. Et voici nos quatre Lascars partis. Ah non, on était cinq, puisqu'on était accompagnés d'un talentueux, de notre talentueux ingénieur du son, qui allait quand même avoir pas mal de taf cette soirée-là, vous allez voir. Donc c'est l'été, les thés bas sont pleins, on a notre petite tête d'été là, on commence à être tous un peu bronzés, on a mis nos plus belles chemises colorées à motif et on s'apprête à monter dans le train et à descendre, tout va bien, je suis armé de ma contrebasse, personne ne viendra m'embêter avec cette contrebasse d'ailleurs, merci la SNCF. Et direction le sud de la France, et plus précisément, Sète. Alors bon, peut-être que je me répète, mais à chaque fois, moi je trouve ça hyper exotique quand tu descends dans le sud et que tu vas jouer. Parce que déjà, t'es à peu près sûr d'avoir un temps correct. Enfin, quoique, vous verrez. Et puis, voilà, c'est pratiquement un autre pays pour nous. Voilà, ça change. Enfin voilà, bref, ça fait partie du métier. On est content de bouger, on est content de voyager et d'aller voir d'autres coins. Surtout que moi, je suis quand même plutôt un homme de l'ouest. Donc voilà, allez voir cette... Cette mer méditerranée, ça m'enchante. On arrive sur place, un van nous attend, un régisseur est là au volant. Hey, c'est vous les gars, allez monter dans le camion ! On monte dans le camion. Alors moi, ma place favorite dans le camion, c'est toujours à côté du conducteur. Non pas que je check vraiment la conduite, la sécurité, s'il respecte les signalisations, machin, mais c'est plus, déjà j'ai une super vue, donc je vois le paysage, donc là, en plus, nouvelle ville que je connais pas, machin, nanana, c'est génial. Et puis je peux tchatcher un peu avec le mec à côté. Hey, salut, comment tu t'appelles ? C'est quoi ton métier ? Tu fais quoi ? Comment ça se passe ? Ah oui, t'es le régisseur, ok. Et comment ça se fait ? C'est quoi d'être régisseur à 7 ? J'ai toujours des questions un peu naïves, un peu cons, peut-être que je suis relou dans ces moments-là, mais j'aime bien, voilà. Ça me fait plaisir, j'aime bien, et en général, dans les groupes, on me concède cette place, on accepte que je sois là. Bref, merci pour la petite digression. Et donc direction ce qu'on appelle le théâtre de la mer. Alors le théâtre de la mer, c'est un théâtre qui en lui-même n'est pas exceptionnel, rien à voir avec les théâtres gallo-romains que vous pouvez voir à Vienne, à Lyon. C'est un théâtre avec des chaises en plastoc et du béton, arrondi comme un amphithéâtre romain. Mais seulement, cet amphithéâtre, il est juché sur une espèce de colline, comme ça, un peu en hauteur, avec une vue spectaculaire sur la mer Méditerranée. Donc c'est-à-dire qu'à perte de vue, c'est le grand bleu. Mais cette espèce de bleu magnifique de la mer Méditerranée, il y a un bleu qui est particulier, il fait chaud, il fait beau, donc bref. Et puis tout le monde nous a dit, notre tourneur en amont nous a dit, Ah oui, le tourneur, en petites guillemets. Le tourneur, c'est le producteur de spectacles. C'est ceux qui organisent les concerts, ceux qui produisent les concerts. C'est ceux qui mettent un billet aussi pour développer la carrière d'un artiste quand il commence à faire des concerts et qu'il n'est pas encore rentable. Voilà, ce producteur, on l'appelle le tourneur. Notre tourneur nous a dit Hey, je vous ai trouvé un super plan, vous allez voir, c'est incroyable. C'est une des meilleures venues pour jouer. Donc on est super contents. Et en plus, on joue en première partie d'un groupe plutôt cool. Donc voilà, tout s'annonce bien, on fait les balances, on check avec l'ingé son, machin, tout va bien, c'est parti pour être une journée mais 5 étoiles, on va dans les catering, ça sent bon, ils ont assuré en cuisine. Enfin, on est content. Oui, parce que manger en tournée, c'est important. Manger en concert, on ne le dit jamais, mais ça fait partie vraiment du sel du métier, je dirais. Je soupçonne même certains de faire ce métier uniquement pour ça, pour manger à droite à gauche et goûter les meilleures catering. D'ailleurs, je pense d'ici peu organiser une émission du meilleur catering de France pour voir... Enfin bon, bref, je disgrèce, je disgrèce. Donc tout va bien. Nous, on est bien. La salle est hyper bien. L'équipe technique est adorable. Notre ingé son a fait un super taf. Et puis, il y a un régisseur qui vient nous voir avec son Bermuda. Et il mâche un chewing-gum. Les gars, quand même, on a une petite annonce météo pour ce soir. On va peut-être se prendre un grain. Nous, on voit le temps au loin. On se dit, non mais mec, tu planes. C'est le sud de la France. T'as vu ? Non, non, non, il va faire beau, t'inquiète. Il nous dit, vous savez, ici, le temps change vite. Ouais, bah tu parles, tu parles, le temps change vite. Donc les gens arrivent, il fait toujours beau, je pue, il est vers 19h, quelque chose comme ça. Nous, on est chaud, ça y est, on a changé de chemise, on est impeccable, on est prêt, on a ciré nos chaussures, j'ai lustré mon archet. Attention, ça va être du rock'n'roll, ça va être mortel. Et on s'apprête à monter sur scène et le même régisseur avec son swingam et son talkie walkie et son application météo hyper à la pointe, nous dit Hey les gars, je crois que ça va pas jouer pour vous, il y a vraiment un grain qui arrive. Attends mec, on voit rien quoi. Puis en même temps que je dis on voit rien je me retourne et là je le vois le ciel noir qui arrive. Et je vois que c'est un ciel noir genre… il est pas là pour blaguer quoi, c'est vraiment genre je vais vous balancer de la foudre dessus Oh là là, moi je me désauce d'un coup, je me dis non, non, on est vraiment des chats noirs, c'est pas possible, on vient jamais dans le sud, là on est dans des plus beaux endroits pour jouer, l'amphithéâtre était blindé, non, non, non. On monte sur scène quand même, parce que bon, manifestement l'orage semble se détourner, et on commence à jouer une chanson, et ça mord tout de suite avec le public, c'est cool, nous sur scène on est bien, le son est bien, et on n'a pas fini la chanson que là, une énorme drache, il se met à pleuvoir à Batras, donc là en moins de deux, mais t'as, je sais pas, vingt techniciens, on aurait dit des ninjas qui arrivent, qui nous mettent... C'est ce qu'on appelle des pro-tentes, c'est l'espèce de tente en plastoc assez moche pour protéger le matos. Ouais, sortez, sortez ! On aurait dit une intervention du GIGN. Donc on sort, le cœur complètement haletant, est-ce qu'on est en danger, est-ce qu'on va se faire foudroyer ? Et puis bon, on se dit, ben voilà, on a traversé la France, on a fait un titre, et puis c'est la fin du concert. Et puis il y a le même ingé son avec son chewing-gum et son Bermuda. Bon, les gars, ça va rejouer certainement, on sait pas, on vous tient au courant, méchants. 5 minutes après, la drache s'arrête, le mec vient nous chercher, c'est bon vous pouvez remonter. On remonte sur scène, on joue un titre, là le public c'est pas vraiment déchauffé donc ça remonte d'un petit degré quoi, petit coup de chaleur en plus. On joue, tac tac, c'est cool, ok on a le temps de finir le titre, on fait un deuxième titre, ça monte encore, la connexion avec le public trop bien, incroyable. Et là on n'a pas fini le deuxième titre, une énorme drache nous tombe dessus, alors voilà c'est rôle défilé des ninjas et du GIGN, il faut sortir, les protantes sur la tête, on sort, et à la fois je me désauce, et à la fois en même temps intérieurement il y a cette espèce de truc d'excitation, je sais pas si c'est de la survie ou de l'adrénaline, ou une espèce de joie un peu folle qui monte. Les mecs nous disent, ouais non ça va pas jouer. Bon, nous on était en première partie, donc a priori on jouait 7-8 titres peut-être. Et bon bref, on va remonter sur scène, on va ressortir de scène, on va remonter sur scène, on va ressortir de scène, nanana. Mais incroyable, il y a un moment en fait, on n'a pas eu le choix que de s'abandonner à ce qui était, c'est-à-dire à cette espèce de temps, je ne sais pas, comme si Zeus nous punissait. Tiens, prenez ça sur vous les rockers, je déteste le rock, c'est moi Zeus, je vous balance des éclairs. Mais finalement, en s'abandonnant tous les quatre, tous les cinq avec notre ingénieur du son à ces conditions qui étaient catastrophiques, Finalement, on a passé un show hyper cool et arrive la dernière chanson. Et là, je sais pas, c'était un espèce de tonnerre intérieur. Tout le public s'est levé, ça dansait, les gens étaient mouillés. Il y avait une espèce de transcollective comme ça qui s'est passée. Je sais pas, je qualifierais ça de petit moment divin sur scène, quoi. Où il y a une espèce d'abandon de se dire, bah voilà, on est tous trempés, on sait pas si la fête va continuer ou pas. Mais tant qu'on peut jouer, on joue et on partage et c'est trop cool. Et donc voilà. C'est la fin de mon anecdote, elle ne va pas plus loin que ça, et ce concert-là, ça reste un de mes meilleurs concerts, un de mes plus beaux moments sur scène, alors que finalement, on n'était pas dans le fil, on n'était pas dans la continuité, on a passé notre temps à être interrompus, on était mouillés comme des chiens, le public n'a pas dû avoir des conditions top, mais finalement, on a noué un truc qui était hyper touchant, profond, et puis surtout dans l'instant, vraiment, il n'y avait plus de... Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait pas ? Ben non, il pleut, on sort, il pleut pas, on rejoue. Et c'est hyper basique, hyper simple, mais c'est très beau. Très touchant, très humain, très simple. Et aussi très fragile, quelque part. C'est la fin de cet épisode, et je crois que j'ai quelques éléments de réponse quant à la question que je me posais au début, qui est celle de se demander pourquoi des moments qui étaient partis pour être des concerts catastrophiques se révèlent être des moments merveilleux. Mais je pense que... Quand parfois les conditions ne sont pas favorables, quand tout semble aller contre le fait que ça se passe bien, il y a cette capacité chez l'être humain à s'abandonner à sa fragilité et à se laisser aller. Et là, c'est un peu ce qui s'est passé, c'est qu'on ne maîtrisait pas ça. On ne maîtrisait pas l'armée de ninjas qui allait nous sortir de scène, Zeus qui nous envoie la foudre. Mais on a passé un moment incroyable. Et pour la petite anecdote, le groupe qui jouait après nous, c'était un très gros groupe, avec beaucoup de matos sur scène, des synthétiseurs, tout ça. Je pense qu'eux, ils n'auraient pas pu... Techniquement, ce n'était pas possible pour eux de sortir de scène, de remonter. Donc je pense qu'eux, ça aurait été concert annulé. Et eux, il n'y a pas eu une goutte de pluie du concert. Donc en tout et pour tout, il n'y a eu qu'une demi-heure de pluie dans la journée, de grosses pluies, un gros drache. Mais c'était pour nous, les petits chanoirs. C'est incroyable. Parfois, il me plaît à croire qu'il n'y a pas de hasard. Il y a des moments comme ça, comme si c'était écrit, qui nous tombent dessus et qui vont nous marquer, qui vont nous changer, qui vont transformer ce qu'on s'apprêtait à vivre en un instant incandescent, étincelant, presque foudroyant, dirais-je même. Bref, je crois que c'est un peu ce que je retiens de tout ça, c'est... Je ne sais pas comment on appelle ça, le fait de... s'abandonner à ce qui est et de se laisser aller à sa fragilité. Et quand j'en parle, en plus, je trouve ça très beau ce constat, je trouve qu'il y a une possibilité d'ouverture et de vivre des trucs. Et en y réfléchissant, quand j'ai vécu des moments assez intenses dans ma vie, c'était des moments aussi où j'étais en contact avec vraiment cette finitude, le fait de se dire, moi petit humain, et en même temps il y avait une connexion à quelque chose de tellement plus grand, là, à la fois par l'art, la musique, et par cette espèce d'orage. quasi divin qui nous tombait dessus. C'est la fin de cet épisode. Si ça t'a parlé, si ça a résonné pour vous, oui, je continue à mélanger du du et du vous. Pas de problème. N'hésitez pas à partager, à mettre le maximum d'étoiles. Je crois que c'est 5 étoiles, alors là, c'est pas possible. Ça participe grandement au référencement de ce podcast et je vous offre le ciel si vous mettez 5 étoiles. C'est dit, c'est lancé. On se retrouve très bientôt pour un nouveau podcast, une nouvelle émission. D'ici là, portez-vous bien, mangez 5 fruits et légumes par jour et à très bientôt.