- Speaker #0
Bonjour Raphaël,
- Speaker #1
bonjour Mathieu,
- Speaker #0
ravi de te recevoir sur Voice of Industries. Aujourd'hui on va parler de décarbonation et d'électrification dans l'industrie. Est-ce que tu peux te présenter et nous présenter ton entreprise Energypool ?
- Speaker #1
Oui bien sûr, déjà merci pour l'invitation, c'est un plaisir d'être ici. Moi je travaille pour Energypool. Energypool c'est une entreprise qui est spécialisée dans la flexibilité énergétique, c'est-à-dire sur comment utiliser l'énergie au bon moment. et comment en tirer de la valeur. Et moi, mon travail là-dedans, c'est de voir comment cette flexibilité énergétique, donc comment ce concept d'utiliser la bonne énergie au bon moment, on peut l'utiliser pour développer des projets innovants de décarbonation auprès des industriels pour les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, à réduire leurs coûts énergétiques et à améliorer aussi leur résilience face aux aléas énergétiques qui peuvent venir dans l'avenir. Et en France, on va travailler tout particulièrement sur les sujets d'électrification et de stockage énergétique.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce qu'on peut rentrer un peu plus en détail sur ce que... Qu'est la décarbonation pour un industriel ? Qu'est-ce qu'on entend par ça ?
- Speaker #1
Tout à fait. La décarbonation pour un industriel, la décarbonation au sens large, on va vraiment travailler sur l'ensemble de l'impact carbone d'un industriel, c'est-à-dire à la fois l'impact de ses activités industrielles sur son site, ses consommations d'électricité, ses consommations de gaz, ses consommations de fuel. On va vraiment s'intéresser à ses émissions directes, donc vraiment tout ce qui se passe sur une usine. On ne va pas s'intéresser à ce qui peut se passer en amont ou en aval, donc ce qu'on va appelé dans le jargon le scope 3. Le scope 3 est essentiel pour un industriel, mais nous, chez Energy Pool, on se concentre vraiment sur le scope 1 et 2, c'est-à-dire vraiment sur tout ce qui va être associé à des consommations de gaz ou des consommations d'énergie qui peuvent émettre des gaz à effet de serre. Donc, typiquement, les énergies fossiles sont des énergies carbonées, par définition. Et donc, l'idée, c'est de voir comment on peut substituer ces énergies fossiles par d'autres types d'énergie et typiquement par de l'électricité qui en France, je le rappelle, est plutôt... bas carbone, puisqu'elle est majoritairement produite à partir d'énergies nucléaires et à partir d'énergies renouvelables et hydrauliques. Donc l'énergie en France, l'électricité en France est bas carbone, et donc pouvoir basculer d'énergie fossile, donc de gaz ou de fioul ou de charbon, à de l'électricité, ça permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre du site, et donc du coup de contribuer à la lutte contre le changement climatique.
- Speaker #0
Parfait, bah rentrons dans le vif du sujet. Sur quels leviers un industriel peut jouer pour décarboner et utiliser ces décapacités offertes par l'électrification ?
- Speaker #1
Un industriel, il va avoir du coup sur son site des émissions qui vont souvent être associées soit à ces combustions de gaz ou à ces combustions de fossiles. Et on va retrouver ces combustions notamment dans deux types d'activités, soit dans l'activité de process elle-même, où on a besoin d'utiliser ça par exemple dans des fours, ou dans des fours de séchage, dans des fours par exemple dans des fonderies, où là on va avoir beaucoup de consommation d'énergie fossile pour pouvoir produire de la chaleur et pour pouvoir faire le processus industriel. et puis on va également avoir beaucoup de consommation qui va avoir lieu dans les utilités, donc vraiment pour pouvoir produire de la chaleur, de l'air chaud, de la vapeur, de l'eau surchauffée, et donc un ensemble d'utilités qui vont servir ensuite au processus. Et il faut bien comprendre qu'en fait, toute cette consommation qui est utilisée par l'industrie pour la production d'utilités, notamment pour la production de chaleur, c'est extrêmement conséquent. C'est-à-dire qu'aujourd'hui en France, on a à peu près 50% de la consommation énergétique des industriels qui est faite vraiment pour la production de chaleur. Et donc il y a un énorme gisement ici pour aller relativement simplement adresser ces consommations associées à la chaleur et pouvoir décarboner les industries.
- Speaker #0
Ce qui veut dire que ça touche quand même une grande variété d'industries différentes. Je pense à l'agroalimentaire, typiquement on consomme de l'eau chaude, de la vapeur, etc. Mais on a la même chose, j'imagine, dans la fabrication de matériaux, dans la métallurgie, etc. C'est relativement vaste en termes d'entreprises qui peuvent utiliser ce genre de... d'approche.
- Speaker #1
Oui absolument, on va retrouver ça aussi bien dans la chimie que dans l'agroalimentaire que dans l'industrie papetière, on va retrouver ça également dans des activités par exemple de sidérurgie donc en fait il y a énormément d'industries qui vont utiliser de la chaleur à un moment ou à un autre je pense par exemple sur de la pharmacie on va avoir de la stérilisation, sur des laiteries on va avoir par exemple l'atomisation pour faire du lait en poudre sur je sais pas des papetiers on va avoir ça pour pouvoir sécher justement la pâte à papier Donc en fait, il y a énormément d'activités où il y a de la chaleur qui est utilisée et sur laquelle on peut agir pour la décarboner.
- Speaker #0
Maintenant, parlons de l'électrification en elle-même. Comment ça se passe ? Comment est-ce qu'on arrive à électrifier un process ? J'ai besoin de vapeur, j'ai besoin d'air chaud. Comment je passe du gaz ou d'autres sources d'énergie,
- Speaker #1
qui sont majoritairement utilisées, j'imagine, dans ce domaine, à l'électricité ? Alors déjà, la première question à se poser, c'est est-ce que l'électrification est la bonne solution ? Est-ce que c'est la plus adaptée au site ? Est-ce que c'est la plus adaptée aux usages ? Parce qu'on peut décarboner avec l'électrification, mais il y a évidemment d'autres façons de décarboner. On peut décarboner avec de la géothermie, on peut décarboner avec de l'énergie issue de la biomasse, on peut décarboner avec du biogaz, on peut décarboner avec du solaire. Donc cette chaleur, on peut la produire de différentes façons. La première question qui va se poser, c'est comment l'électrification se positionne ? par rapport à ces autres technologies. Ça, c'est déjà et ces autres solutions. Ce qu'on constate, c'est qu'il y a vraiment deux niveaux de température dans la chaleur qui vont être intéressants. Il va y avoir vraiment la température, la basse température, c'est-à-dire tout ce qui va être entre 0 et 100°C, 120°C, où là, on va plutôt parler de basse température. Et puis, il va y avoir la haute température au-dessus de 120°C, 150°C. voire même la très très haute température quand on monte à 1000-1500°C. Quand on va parler sur des basses températures, on se retrouve dans des situations où il y a finalement de nombreuses solutions disponibles. On peut utiliser du solaire thermique plan, on peut utiliser des pompes à chaleur, on peut utiliser de nombreuses technologies qui permettent de décarboner et qui sont très efficaces. Par contre, quand on commence à regarder de la chaleur haute température à plus de 120-150°C, là en fait les technologies et les solutions de décarbonation sont beaucoup plus limitées. Parce que si on veut remplacer de la production de chaleur... Par une énergie décarbonée, on va avoir par exemple la biomasse, mais une biomasse c'est quand même assez contraignant, puisqu'on va avoir tout un tas de camions qui vont arriver pour déverser la biomasse, il faut pouvoir gérer la chaudière, il faut pouvoir gérer les cendres, ça pose tout un tas de contraintes techniques qui sont particulières. Si on veut décarboner et produire cette chaleur à partir d'énergie solaire par exemple, il faut qu'on ait un endroit où on a effectivement une irradiation solaire qui est très importante, où on a de l'espace, où on peut faire tout ça, donc on va aussi avoir des contraintes importantes. L'avantage des solutions d'électrification, on va surtout regarder tout ce qui est de production de chaleur ou de vapeur, notamment des chaudières électriques ou des systèmes thermiques électrifiés, le gros avantage de ces solutions, c'est qu'en termes d'opération, c'est très similaire au système existant chez un industriel. Une chaudière électrique ou une chaudière gaz, par exemple, pour un industriel, c'est très similaire en termes d'opération et de maintenance, c'est très similaire en termes de pilotabilité, donc ça s'intègre très bien déjà. dans l'activité d'un industriel. Donc ça, c'est quand même vraiment le premier point à comprendre, c'est que l'électrification a vraiment cet avantage qu'elle ne bouleverse en rien, en fait, l'activité du site et il n'a pas besoin de changer particulièrement ses façons de faire. Ça, c'est un avantage considérable. La grosse difficulté de cette électrification, c'est qu'il y a la perception aujourd'hui que l'électrification, ça coûte cher, notamment par rapport au gaz, parce que si on regarde les prix moyens de l'électricité... et qu'on compare ça au prix moyen du gaz, on se dit qu'il n'y a aucun intérêt à venir électrifier cette production de chaleur, ce n'est pas rentable.
- Speaker #0
Surtout si on regarde le prix au mégawatt-heure.
- Speaker #1
Exactement. Donc ça, c'est un vrai frein à l'électrification. Sauf que justement, cette perception, nous, on déconstruit cette perception parce qu'on dit qu'il ne faut pas regarder des prix moyens, il faut vraiment regarder ça d'un point de vue dynamique, il faut vraiment regarder ça par rapport à quelle énergie est utilisée au bon moment. Parce qu'en fait, l'électricité, elle n'est pas chère tout le temps. Aujourd'hui, on a de plus en plus d'énergies renouvelables qui s'intègrent sur le réseau. On a du solaire, on a de l'éolien, qui par définition sont des énergies qui sont produites au moment où on a du soleil, au moment où on a du vent, et pas forcément au moment où on souhaiterait avoir de l'énergie. Donc on se retrouve avec beaucoup de moments. Par exemple, en été, au plein mois d'août, un week-end, on va avoir énormément d'énergie disponible, mais tout le monde est en vacances, les usines sont à l'arrêt, on a très peu de consommation, donc en fait l'énergie coûte extrêmement plus cher à ce moment-là. Et en fait, en fonction comme ça de cette pénétration des renouvelables, on va avoir des prix de l'énergie qui vont être extrêmement volatiles. Donc l'idée c'est déjà de pouvoir aller chercher cette volatilité, pour dire, en fait, l'électricité est peut-être chère en moyenne, mais si on vient la consommer au moment où il y a beaucoup de soleil ou il y a beaucoup de vent, en fait elle est très peu chère, voire on a même en ce moment des prix négatifs qui arrivent sur les marchés, c'est-à-dire même des moments où le consommateur est payé pour consommer cette énergie, parce qu'il y a trop d'énergie par rapport à la consommation. Donc ça c'est déjà un premier point. c'est vraiment fonctionner par rapport au prix des marchés de façon dynamique et tirer parti de cette volatilité. Ça, c'est une façon de rentabiliser déjà les systèmes d'électrification. Et puis, il y a également un autre mécanisme qui est un peu moins intuitif, un peu plus particulier, c'est que le réseau électrique a besoin de stabilité, il a besoin de sécurité. C'est indispensable aujourd'hui d'avoir un réseau... Un réseau qui est stable.
- Speaker #0
On n'a pas envie d'avoir de blackout, comme l'a connu l'Espagne récemment.
- Speaker #1
Exactement, donc on n'a pas du tout envie d'avoir de blackout. Pour ça, il faut en tout temps que la production et la consommation s'équilibrent. C'est une contrainte du réseau. Et pour atteindre cet équilibre-là, le réseau a besoin de... mécanisme d'amortisseur, de mécanisme de stabilité, qui fait que si jamais il y a une défaillance quelque part ou un problème, il y a des mécanismes de correction qui permettent de revenir un peu à l'équilibre. Et le gros avantage également de l'électrification dans les industries, c'est que ces appareils de consommation électrique, on peut aussi les utiliser pour apporter ces services de stabilité au réseau et de pouvoir utiliser ces équipements pour amortir et apporter de la stabilité. Je vais vous donner un exemple. Si par exemple, on a d'un coup, je ne sais pas, une branche qui tombe sur une ligne électrique, par exemple, et qu'il y a une rupture à cet endroit-là, on va peut-être avoir toute la consommation derrière cette ligne électrique qui va, par définition, être effacée du réseau, mais ce n'est pas du tout volontaire, c'est un accident. Donc en fait, ça va créer une perturbation sur le réseau, et finalement, s'il y a moins de consommation à cet endroit-là, ça veut dire qu'on se retrouve un peu en excès de production, ça déstabilise le réseau. Si on est capable à ce moment-là de dire au réseau électrique, écoutez, moi j'ai une installation électrique dans mon usine, vous avez un problème en ce moment-là parce que la consommation a soudainement chuté, eh bien on peut peut-être démarrer ou augmenter par exemple la puissance d'utilisation de notre propre machine pour venir compenser cet accident qui a eu lieu quelque part d'autre sur le réseau. Et ça, vu que ça apporte de la sécurité au réseau, évidemment le réseau est... être tout à fait preneur et intéressé par ce genre de solution, et donc vient rémunérer l'industriel pour ce service de stabilité sur le réseau. Et donc, c'est vraiment les deux mécaniques qui permettent aujourd'hui de rentabiliser les projets d'électrification. C'est d'une part aller tirer parti de la volatilité des prix de l'énergie pour consommer l'électricité quand elle n'est pas chère, quand il y a beaucoup de vent et quand il y a beaucoup de soleil, mais c'est aussi de pouvoir dire, ces capacités de consommation électrique, on va les utiliser comme des amortisseurs. pour aider le réseau à se stabiliser et à maintenir sa fréquence, et on va rendre des services de sécurité au réseau électrique. Et l'industriel devient consommateur, mais devient aussi fournisseur de services de sécurité au réseau électrique.
- Speaker #0
D'accord, donc ça, ça permet quelque part d'avoir différents moyens de valoriser en fait cette électrification, et quelque part de rabaisser le prix au mégawatt-heure de l'énergie finalement consommée.
- Speaker #1
Exactement, exactement. Donc en utilisant la volatilité des prix, on vient baisser le prix du mégawatt-heure qu'on consomme. Et en venant fournir des services de stabilité au réseau, on génère des revenus associés à nos usages énergétiques. Et ces revenus, en fait, on peut les intégrer dans le business plan, le business model d'un projet d'électrification, et de dire à la fois il faut regarder les coûts, mais il faut regarder aussi les revenus que cette électrification peut générer. Si on combine baisse des coûts et génération de revenus, on se retrouve avec des projets qui deviennent extrêmement attractifs pour les industriels et qui leur permettent d'atteindre leurs objectifs de décarbonation à moindre coût.
- Speaker #0
Est-ce que ça veut dire aussi qu'il y a des approches hybrides, c'est-à-dire on va garder, de manière à saisir ces opportunités de prix intéressantes et de jouer sur la volatilité, c'est de garder une production, par exemple, gaz de notre vapeur ou d'un trop chaud, en parallèle à la production électrique, et d'arbitrer en fonction du prix de ces deux énergies et des options qui se présentent ?
- Speaker #1
Alors absolument, c'est exactement l'idée, c'est une des approches possibles. Cette approche, elle permet de dire que quand le prix de l'électricité est cher ou que ce n'est pas intéressant, eh bien on peut passer sur... Notre chaudière gaz, par exemple. Ou bien, à l'inverse, si on doit réduire brutalement notre consommation électrique pour rendre un service au réseau, on peut venir recompenser avec notre chaudière gaz pour n'avoir aucun impact sur l'activité de l'industriel, son opération et sa production.
- Speaker #0
Ce qui veut dire que globalement, on améliore quand même l'émission carbone, puisque là où on consommait que du gaz, on a substitué une grande partie par de l'électricité.
- Speaker #1
Ça, c'est une approche possible. L'autre approche possible, c'est vraiment une approche d'hybridation. Elle consiste à ajouter à notre système d'électrification un stockage thermique. C'est-à-dire que là, on ne vient pas utiliser le gaz pour servir un peu de relais quand l'électricité n'est pas pertinente à utiliser, mais on vient tirer sur notre stock de chaleur qu'on a stocké et qu'on a produit au moment où... l'énergie n'était pas chère à produire.
- Speaker #0
Alors ça m'amène à une question, est-ce qu'on ne peut pas faire la même chose aussi sur le froid ? Parce que je dirais, un industriel a besoin de chaleur, mais souvent a également besoin de froid, je pense à l'agroalimentaire, on a souvent besoin soit de surgeler des produits, etc., donc on va produire du froid, et le froid ça se stocke plutôt pas mal, donc est-ce que vous avez ce genre d'approche également ?
- Speaker #1
Alors absolument, tout à fait, ça fait vraiment partie de notre développement, c'est vraiment aussi de travailler sur le froid également pour faire la même chose, parce que vous avez tout à fait raison de le souligner, les deux fonctionnent très bien. Sur le froid, on va vraiment regarder ce qu'on va appeler le froid négatif, c'est-à-dire du froid à moins 20 degrés ou encore plus froid, puisqu'on va avoir suffisamment d'inertie thermique avec ces niveaux de température pour pouvoir en fait faire la même chose que ce qu'on fait avec le chaud. Donc il faut que le froid soit très froid. Si on est sur du froid plutôt de réfrigérateur, par exemple, là ça va être très compliqué parce que...
- Speaker #0
Ça va être la quantité d'énergie qu'on peut toquer, ouais. Alors est-ce que tu peux nous préciser un peu plus, Energy Pool dans tout ça ? Qu'est-ce que vous apportez ? Comment vous aidez les industriels à passer à l'acte pour se décarboner ? Et puis nous donner peut-être quelques exemples de réalisation pour qu'on voit plus précisément comment ça se passe.
- Speaker #1
Tout à fait. Alors Energy Pool, c'est une entreprise qui a été créée il y a une quinzaine d'années et dont le cœur du métier, c'est vraiment cette valorisation de la flexibilité sur les marchés. C'est-à-dire cette capacité à faire l'intermédiaire entre l'industriel d'un côté qui a des capacités électriques qui peuvent être intéressantes pour le réseau et le réseau qui a besoin de ces capacités électriques. Energy Pool fait l'intermédiaire pour pouvoir valoriser et s'assurer que ces capacités répondent bien aux besoins du réseau quand elles sont nécessaires. Ça, c'est vraiment le métier historique d'Energy Pool, aussi bien pour la stabilité du réseau que pour aider à passer les moments de tension sur le réseau. De là, en fait, l'activité d'Energy Pool s'est étendue et s'est diversifiée, notamment pour aller également sur le développement de nouveaux projets et pas juste sur de la valorisation d'actifs existants. mais accompagner les industriels à développer des nouveaux projets, les accompagner dans leur réflexion autour de la décarbonation et les aider à justement mettre en œuvre ces solutions d'électrification. C'est ce qu'on fait dans mon équipe tous les jours, en allant voir des industriels et en regardant pour eux comment on peut les accompagner à faire ces projets. À titre d'exemple, on a par exemple un industriel qui s'appelle Alteo. Alteo, c'est un industriel qui a décidé d'installer une chaudière électrique sur son site en remplacement de sa chaudière gaz. à des fins de décarbonation, c'est vraiment son objectif principal, substituer de l'énergie produite à partir du gaz avec de l'énergie produite avec de l'électricité bas carbone. Et dans ce projet-là, nous on est venu certifier et valoriser cet actif auprès des marchés de l'énergie pour rendre le projet viable d'un point de vue financier et économique pour Alteo. Et donc depuis 6 mois maintenant, on a cette chaudière électrique qui participe activement à la stabilité du réseau et à la sécurité du réseau électrique. Et au bénéfice, évidemment, du réseau, mais aussi d'Alteo. Donc ça, c'est un exemple de ce qu'on a pu faire. Et aujourd'hui, on a également d'autres projets qui sont en cours de développement, des projets d'électrification. Typiquement, on a des projets très avancés avec des papetiers, par exemple. Donc il y a un papetier sur lequel on travaille pour complètement sortir sa chaudière gaz et la remplacer complètement par un système électrique avec un stockage thermique. Donc ce sont des technologies assez nouvelles. C'est quelque chose de très intéressant. à très vite. Un des premiers projets de ce genre en France, qui sera réalisé, qui est en voie de réalisation, en tout cas à l'échelle commerciale. On va avoir, par exemple, un autre papetier où on va vraiment travailler plutôt sur sa production d'air chaud, pour ses processus de séchage, où là on vient aussi électrifier, mais en hybridation avec des brûleurs gaz, donc plutôt sur le modèle d'hybridation dont on parlait un peu plus tôt. Et on fait la même chose aujourd'hui avec des industries agroalimentaires, avec de la chimie, avec de la pharma.
- Speaker #0
J'imagine que la substitution chaudière-eau versus chaudiaga, c'est un peu comme à la maison, on change, passer de l'un à l'autre n'est pas très compliqué techniquement.
- Speaker #1
Passer de l'un à l'autre n'est pas très compliqué, la chaleur qui est produite et la vapeur c'est la même.
- Speaker #0
C'est juste l'opération qui nécessite un peu de savoir-faire et j'imagine que c'est ce que vous proposez.
- Speaker #1
Exactement, donc c'est l'opération qui pose un peu de difficultés et puis quand même ce qui est compliqué ça va être de pouvoir faire la bascule entre les deux en fonction des prix de l'énergie, pour s'assurer que s'il y a un appel sur... la chaudière électrique pour participer à la stabilité du réseau, que la chaudière gaz puisse prendre le relais. Donc il y a tout ce système d'automatisation qui est quand même assez complexe, et puis on apporte notre expertise et notre technologie pour le faire. Et puis ensuite il y a tout cet aspect d'opération, parce que les prix de l'énergie varient tout le temps, les besoins de stabilité du réseau varient tout le temps également. Donc il y a un centre opérationnel chez Energy Pool, qui est actif 24h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. et qui permet du coup de faire ces opérations sur les marchés pour le compte des industriels et avoir vraiment cette gestion extrêmement dynamique de l'énergie.
- Speaker #0
Très bien. Pour conclure, est-ce que tu pourrais nous donner en deux ou trois points quels seraient un peu les éléments à prendre en compte pour un industriel qui souhaite se lancer dans la décarbonation et l'électrification de ses utilités ? Si je comprends bien, c'est un peu le sujet primordial avant de passer dans le procédé. Déjà, pour commencer sur les utilités, quels seraient les 2-3 éléments à prendre en compte pour réussir cette transition et cette décarbonation ?
- Speaker #1
Le premier point à prendre en compte, déjà, c'est que la décarbonation, ce n'est pas forcément un coût. La décarbonation, c'est un facteur de compétitivité. La décarbonation par l'électrification, on peut avoir des projets qui sont rentables, c'est-à-dire qu'on rentabilise entre 2 à 4 ans, en fait, et donc qui vont générer plus de revenus, qui vont vraiment baisser les coûts et qui vont... qui demandent certes des investissements initialement, mais qui en fait vont aider à baisser les coûts de l'acteur dans ses opérations et donc qui vont vraiment l'aider à être plus compétitif.
- Speaker #0
Alors il y a un aspect, excuse-moi de t'interrompre, mais qu'on a peut-être pas évoqué, globalement on va aussi gagner grâce aux coûts des émissions carbone qu'on va réduire, puisque la tonne de CO2 a quand même pris une certaine... il y a eu une belle augmentation du coût de la tonne de CO2 émise, j'imagine que ça fait partie du retour sur investissement que va trouver l'industriel.
- Speaker #1
Absolument. Mais j'ai envie de dire, même sur un industriel qui ne paye pas de prix de carbone, qui n'est pas soumis à ce prix de carbone, il va quand même trouver un intérêt économique tout à fait significatif. Celui qui est soumis a encore plus d'intérêt à le faire, mais celui qui n'est pas soumis a également un intérêt économique à le faire.
- Speaker #0
OK, bon, je te laisse continuer sur les différents points, mais c'est un passé par la tête, et je voulais pas qu'on oublie ce point.
- Speaker #1
Non, mais c'est tout à fait vrai, parce qu'on va regarder effectivement le prix du gaz, on va regarder le prix de l'électricité, on va regarder le prix de la tonne, mais on va regarder par exemple aussi les prix de fourniture, puisque finalement... L'approvisionnement en énergie, c'est des coûts fixes qui peuvent aussi varier en fonction du projet. Les abonnements, par exemple. Ce qu'on va appeler le TURP, notamment. Les taxes, également, peuvent être aussi impactées. Donc c'est vraiment une vision coût global qu'on développe. Ça, c'est le premier point. C'est qu'en fait, il n'y a pas besoin d'être convaincu ou engagé pour aller faire de la décarbonation. Juste vouloir faire de la rentabilité et maintenir la compétitivité de son industrie est une motivation tout à fait suffisante. Ça, c'est le premier point. Dans ensuite la réalisation des projets. Il y a quand même quelques éléments à prendre en compte. Le principal frein qu'on rencontre aujourd'hui, c'est la capacité de connexion électrique. C'est-à-dire que pour électrifier, ça veut dire qu'on va mettre des équipements qui vont consommer de l'électricité. Et la question c'est, est-ce que la ligne électrique de RTE est capable de fournir cette puissance et cette électricité ? C'est vraiment le principal frein aujourd'hui. Donc il y a ce besoin d'aller valoriser les capacités de connexion existantes. Si jamais la capacité de connexion n'est pas suffisante, c'est pas non plus dramatique, parce qu'il peut y avoir effectivement des coûts pour augmenter cette capacité de connexion, mais ces coûts peuvent être quand même rentabilisés par toute cette approche d'électrification, c'est juste que le projet sera un peu moins rentable. Et peut-être aussi un peu plus de délai. Et effectivement beaucoup plus de délai aussi. C'est sûr qu'améliorer une ligne électrique ou améliorer une capacité de connexion jusqu'à un poste source, c'est des travaux qui peuvent, enfin c'est des projets qui prennent un an, deux ans facilement, donc C'est un autre frein, moi, je dirais, par rapport à ces projets, c'est que ça prend du temps. Mais ça, c'est la réalité de tout projet industriel.
- Speaker #0
On peut le dire. Vous montez un nouvel atelier, ça ne se fait pas en six mois.
- Speaker #1
Exactement. Donc, on est sur des projets qui... Les projets les plus rapides prennent deux ans, les plus longs prennent cinq ans. Et là, c'est quand on travaille vraiment sur les utilités. Quand on commence à travailler sur les process, parce qu'on va aussi travailler sur des fours, par exemple, là, on touche vraiment à des choses en plus qui sont très critiques pour l'industriel parce que c'est vraiment son outil de production. Donc là, il y a encore... beaucoup plus de précautions à prendre, beaucoup plus d'études à faire, et là on est sur des projets qui peuvent aller plus long, peuvent prendre jusqu'à 10 ans.
- Speaker #0
Merci beaucoup Raphaël pour ce partage, je pense très instructif, et qui je pense concerne fortement nos auditeurs, parce que déjà tu l'as évoqué, on parle de compétitivité, et puis également ces enjeux de réduction de nos émissions carbone, donc quand on arrive à combiner les deux, c'est je pense un peu l'idéal.
- Speaker #1
Absolument, et puis nous on est convaincus que la décarbonation, ça peut pas juste être un coût supporté par les industriels, c'est pas possible, il faut que ça soit vraiment un facteur...
- Speaker #0
C'est pas viable sur le long terme.
- Speaker #1
Exactement, qui permette d'améliorer la compétitivité, qui permette de vraiment avoir un facteur différenciant sur les marchés internationaux, qui permette d'être plus souverain énergétiquement et de moins dépendre du gaz qui peut être importé de Russie ou des Etats-Unis, et de vraiment s'appuyer sur nos propres capacités de production nucléaire et renouvelable. Donc moi j'incite fortement évidemment à... les industriels à venir étudier ces solutions qui sont encore relativement nouvelles et à venir voir s'il peut y avoir un intérêt pour eux à aller décarboner de cette façon-là.
- Speaker #0
C'est intéressant. On est en train de voir des choses qu'on avait pu voir dans les années 70 avec la crise pétrolière qui nous avait amené à développer tout le parc nucléaire français et des usages industriels de l'électricité. Là, on rentre dans une nouvelle phase et je pense que les... Les tenants et aboutissants sont assez similaires en termes, comme tu l'évoquais, de souveraineté, de compétitivité. Merci beaucoup Raphaël. Merci Mathieu.