- Speaker #0
Bonjour Louis, ravi de t'avoir sur le podcast Voice of Industries. Déjà pour commencer, est-ce que tu peux te présenter et nous dire un peu qui tu es ?
- Speaker #1
Alors bonjour, merci pour l'invitation. Louis Vauvel, je suis le senior vice-président Innovation et R&D du groupe Elkem, qui est un groupe dont le siège est à Oslo, et qui est investi dans... toute la chaîne de valeur depuis le quartz, le silicium et les silicones. Et donc, c'est cette chaîne de valeur qui donne finalement toute la richesse de ce groupe. À côté de ça, je suis aussi très investi dans tout ce qui est Open Innovation. Et à ce titre, j'ai été président de Tectera, président d'AccelOne. Je suis encore actuellement président du comité d'évaluation de l'Institut Carnot-Yatel. Plus de trois autres fonctions un peu en dehors des cas, mais qui sont très importantes parce qu'elles permettent de s'ouvrir et de voir un peu les nouvelles tendances. C'est très riche aussi en termes de partage pour avoir de nouvelles idées, créer de nouveaux partenariats. et c'est un peu dans ce cadre-là d'ailleurs que nous nous sommes rencontrés il y a 7 ans maintenant.
- Speaker #0
Exactement. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur les activités d'Elkem, le type de marché que vous servez pour un peu comprendre le contexte ?
- Speaker #1
Alors il y a Elkem Carbon Solutions, eux ils font donc du graphite, ils font des électrodes et donc leur marché c'est tout ce qui est électro-hydrométallurgie. ensuite il y a ESP qui veut dire Elkem Silicon Product mais c'est un silicone sans E donc c'est du silicium et là les marchés commencent beaucoup plus à s'ouvrir puisqu'il y a du silicium pour de la chimie, il y a du silicium pour du solaire, il y a du ferro-silicium, mais des ferro-silicium qui sont très spécifiques, qui servent aux moteurs électriques. Il y a également un sous-produit très bien valorisé qui s'appelle la micro-silice, qui est une charge renforçante, qui est très utilisée notamment dans le bâtiment, dans les réfractaires, dans l'extraction pétrolière. et puis encore beaucoup d'autres applications évidemment du silicium notamment dans l'électronique on a des très jolis marchés et avec des silicium de spécialité et puis après on va sauter encore ça va être un grand gap en termes de gamme de produits ce sont les silicones pour une raison simple c'est que les silicones on va les trouver dans tous les marchés, là dans cette pièce où on fait le podcast évidemment vous allez trouver des silicones dans les fenêtres vous pouvez en trouver dans certaines peintures des forts post-libs que les lubrifiants utilisés, il y ait des silicones. Vous avez des télés, donc les joints vont être aussi faits en silicone parce qu'ils vont tenir à la température, etc. Donc, on va en trouver partout. On va en trouver en cosmétique, on va en trouver dans l'automobile, dans l'aéronautique, dans la santé, puisque, et j'expliquerai pourquoi très brièvement, enfin bref, où que vous alliez, vous allez trouver des silicones. Ce n'est pas des grandes quantités. Mais c'est un produit qui est indispensable. Pourquoi ? Parce qu'il est inerte chimiquement, il est résistant à la température, il est durable, il est isolant. Donc ce sont des qualités qui sont assez exceptionnelles.
- Speaker #0
Merci, ça valait le coup de faire un post-tour d'horizon un peu des activités d'Elkem. D'autant plus qu'on va parler des transformations aujourd'hui dans l'industrie de procédés. Alors tu parles de débouchés de marché. Nouvelle pour certaines des branches de l'activité. Quelles sont pour toi ces transformations aujourd'hui qui sont en train de vivre l'industrie de procédés et comment ça l'impacte ?
- Speaker #1
Alors, tout ce qui est transformation, transformation digitale, c'est un côté amusant parce qu'on a commencé à beaucoup en parler en 2016-2017. où tout le monde s'est un peu agité autour de ça. On a commencé à parler d'intelligence artificielle, on ne savait pas trop ce que ça voulait dire, mais néanmoins, on se rendait bien compte que cette transformation digitale combinée au procédé pouvait avoir énormément de valeur. Je vais essayer d'être précis, mais il y a un principe. en industriel, et notamment chez Elkem, on appelle ça le Elkem Business System, c'est d'avoir zéro déchet. Alors le bon du premier coup ? Le bon du premier coup, le plus efficace, le moins énergivore, etc. Tous les bons principes de la production sont dans nos gènes chez Elkem. Et évidemment... La digitalisation a été vue comme un levier supplémentaire pour atteindre le bon du premier coup. Donc autour de ça, il y a eu déjà la création d'un digital office. Ça c'est un point qui est très important. important et puis on a évidemment commencé à regarder tous nos procédés sous cet angle de digitalisation, sous cet angle de données et de bases de données et comment on pouvait optimiser finalement nos procédés grâce à la digitalisation. Même si on a commencé à s'y intéresser en 2017, j'ai Toujours l'impression qu'on est au début. Parce qu'au fur et à mesure, on découvre des nouvelles choses. On a une courbe d'apprentissage, qui est plus ou moins rapide suivant les procédés, plus ou moins rapide suivant les divisions, mais on a... finalement, autour de cette digitalisation, une courbe d'expérience qui est liée aussi à l'acculturation des personnes. Et ça, c'est un point qui est absolument clé, c'est-à-dire que j'ai toujours travaillé comme ça, j'ai... je sais ce que je peux faire, ce que je dois faire, qu'est-ce que vous allez me mettre de la digitalisation pour mon procédé ? Après, derrière, même, il y a des sortes de fantasmes, du genre ça va prendre mon travail, du genre ça va réfléchir à ma place, etc. Donc, il y a toute cette culture qu'il faut aussi modifier et changer. Et ce qui veut dire aussi qu'en termes d'organisation, organisation des équipes, ce n'est pas tout à fait la même chose. En termes de profil des personnes, il faut former les personnes. Et donc ça, c'est un des points qui est très important. Et puis après, au niveau de cette digitalisation, il y a différents types d'étapes. Mais très souvent, ce que l'on a fait, c'est qu'on s'est dit « bon ben, là, on va automatiser ce procédé » . Donc on automatise, on met des capteurs un peu de partout, on recueille des données. Ah tiens là, la température était trop chaude, il faudrait regarder comment la diminuer. Là, je n'ai pas le bon débit, donc il faut faire un... un réglage de débit, etc. Et donc, on est finalement sur, oui, de la pure automatisation, ce qui est déjà très très bien. Mais ça, finalement, pour moi, c'est un petit peu un rattrapage de l'existant. Je ne veux surtout pas dire que c'est une réussite, parce que ça nous fait gagner quand même énormément en termes de productivité. Et donc, ça, c'est absolument clé.
- Speaker #0
Je dirais que c'est une base indispensable pour pouvoir aller plus loin, globalement.
- Speaker #1
Oui, sauf que peut-être que la question qu'on doit se poser, poser aussi, c'est comment on revisite, quelle est la méthodologie pour revisiter finalement nos procédés. C'est-à-dire, on peut dire j'ai un procédé existant et je l'automatise, ou je peux dire non, je vais repartir d'une R&D procédée. sur une paillasse avec un scale down du procédé. Et là, je vais étudier tous les paramètres. Sur cette base-là d'étude des paramètres et d'acquisition de... données. Ça, ça va me permettre ensuite de passer à un niveau pilote. Ce niveau pilote va me permettre d'optimiser le procédé et les données que j'ai pu acquérir au niveau de la R&D. Et enfin, Je peux passer à l'industriel et je peux passer à l'automatisation. Et donc là, finalement, ma croyance, c'est qu'il faut le faire en sens inverse. Parce que sinon, même dans les procédés existants... on va essayer de comprendre ce qui ne marche pas dans le procédé existant en partant des données de l'automatisation. Alors je pense qu'il faut repartir de données pures.
- Speaker #0
Est-ce que tu ne veux pas dire quelque part qu'on essaye de comprendre pourquoi le procédé existant industriel ne marche pas, alors qu'il faudrait plutôt comprendre comment fonctionne le procédé dans son essence ? Et par rapport à ça, ça m'a toujours questionné, est-ce que quelque part on n'est pas en train... de reconstruire une connaissance, un savoir que potentiellement on avait il y a plusieurs décennies quand on a conçu ces lignes de production et quelque part on a perdu au fil du temps et qu'on a besoin de revenir à ces fondamentaux de connaissance du procédé pour réellement pouvoir apporter les nouvelles approches pour la production industrielle.
- Speaker #1
Je crois que tu as raison. Donc oui, oui, c'est ça. C'est ça. Et il y a une somme de connaissances. Alors, de temps en temps, on a de la chance, cette connaissance est écrite. De temps en temps, c'est beaucoup de savoir-faire. Et ce savoir-faire est absolument indispensable, puisque c'est ce qui a permis à nos procédés d'être compétitifs, d'être productifs, etc. Mais... on sait très bien ce qui se passe avec les savoir-faire, c'est s'il n'y a pas le relais, le passage à la personne suivante, eh bien, on commence à avoir une perte. Donc, du procédé originel et parfois original On a progressivement des déviations, et ce qui fait qu'au bout de quelques dizaines d'années, on va se retrouver avec un procédé qui a beaucoup changé. Alors après, derrière, il y a eu aussi beaucoup d'évolutions dans les procédés, qui sont normales, naturelles, du fait des matériaux, etc. Mais même indépendamment de ça.
- Speaker #0
Donc quelque part, il y a un besoin de revenir aux fondamentaux pour préparer l'avenir. Tu as pas évoqué un autre aspect qui est l'aspect... humain et organisationnel. Concrètement, comment on gère ça ? Comment est-ce qu'on fait qu'on arrive à accompagner les équipes dans ces changements et à faire qu'il y ait une adhésion et qu'on tire le meilleur de ces évolutions et des équipes quelque part ?
- Speaker #1
Ça, c'est quelque chose, comme on touche à la culture, ça va être le plus dur. Ça va être le plus dur parce que ça va être sur une durée longue et c'est lié aussi à la aux volontés conjointes des personnes qui doivent être formées et des personnes et du top management qui est convaincu qu'il faut aller dans cette direction. Je ne l'ai pas encore trop vécu autour de la digitalisation, mais je l'ai vécu dans le domaine simplement de l'innovation, comment faire de l'innovation, etc. Et ça demande énormément d'énergie, avec un point quand même qui est essentiel, c'est que... On ne... peut faire un bon apprentissage que par l'exemple et que par des cas concrets. Le cours théorique sur la digitalisation, le cours théorique sur l'innovation, ça ne marche pas. Donc il faut des vrais cas avec des gens qui, des personnes pardon, qui travaillent vraiment sur ce cas, mais concrètement voilà ce qui se passe si je fais ça. Je vais reprendre l'exemple simplement de, je refais de la R&D sur un procédé, je vais avoir un dispositif expérimental. La question est évidemment maintenant, si on veut faire de la bonne digitalisation, c'est quoi les capteurs qu'il faut que je mette ? Des capteurs chimiques, des capteurs physiques ? Comment je recueille ces données ? Ces données, une fois qu'elles sont recueillies, comment je peux les attraper et les analyser ? Et donc, toute cette démarche, elle doit être absolument inclusive. Parce que c'est aussi la personne qui fait l'expérience, qui va faire le montage, qui va devoir comprendre le dispositif et qui va pouvoir apporter sa pierre à l'édifice. Et dans ce cas-là, s'il a la possibilité de faire ça, c'est très simple, il va aimer la digitalisation, il va voir ce que ça lui apporte. Et surtout... C'est lui qui maîtrise la digitalisation, il ne la subit pas. Et donc, c'est ça aussi qu'il faut voir dans la digitalisation, c'est comment elle accompagne et comment il ne faut pas la subir. Elle est indispensable, elle est essentielle, mais elle doit... Oui, j'aime bien le mot d'accompagnement. Oui,
- Speaker #0
mais je ne peux que partager... Puisque nous, notre vision, c'est qu'il faut démocratiser l'usage de la donnée dans les organisations industrielles. Et c'est ça, il faut être inclusif. Et c'est, je pense, j'aime bien faire le parallèle entre la data aujourd'hui et l'informatique il y a une trentaine d'années. L'outil informatique, tant qu'il est réservé à quelques personnes dans l'organisation, il génère un petit peu de valeur. Le jour où tout le monde a un ordinateur, est capable de communiquer avec et de travailler avec. on change complètement la dimension de la valeur que cet outil-là va apporter à l'organisation. Oui,
- Speaker #1
je suis tout à fait d'accord avec ça.
- Speaker #0
Donc là, tu as commencé à mettre les pieds dans le sujet de la R&D et de l'innovation. Si on parle de la data dans l'innovation, je sais que c'est un sujet qui te passionne, et sur lequel tu as encore pas mal de questionnements. Est-ce que tu peux nous partager ta vision et puis ces questionnements ?
- Speaker #1
Il y a plusieurs points. Je me rappelle, j'avais fait une présentation il y a très longtemps sur la digitalisation dans l'industrie, dans la recherche, etc. Et j'avais déjà un certain nombre d'interrogations sur l'importance de la data dans l'innovation. Et je reviens sur le principe d'appropriation aussi de la digitalisation. La grosse crainte que l'on a en innovation, et par rapport aux données, c'est que, j'ai parlé de fantasme tout à l'heure, c'est qu'on se retrouve dépossédé de notre intelligence et que finalement, parce qu'on a bien raisonné au niveau de la donnée, etc., ça va nous donner une solution. Ce qui est faux. Ce qui est totalement faux. Ça quand même, depuis quelques années, on s'en est rendu compte fort heureusement. Mais ce qui m'intéresse derrière, dans la donnée, c'est comment elle nous réinterroge sur des résultats qu'on a pu avoir. J'ai des données, je peux les analyser, et ça va me dire quelque chose que je n'attendais pas. Et c'est là où est la force de la donnée et de son analyse. Mais cette nouvelle donnée, cette nouvelle analyse, va nous dire à un moment, eh bien, il y a un endroit où je n'ai pas compris. Cette donnée nous donne à réfléchir, nous donne une nouvelle matière à réflexion et nous ouvre de nouvelles pistes. Et c'est pour moi une des grandes richesses de la digitalisation, cette capacité finalement à nous réinterroger sur nos savoirs, nous réinterroger sur nos connaissances et à ouvrir vers des nouvelles connaissances. et vers des nouvelles idées, bien sûr.
- Speaker #0
Quelque part, la donnée permet de mettre en lumière les choses qu'on n'attendait pas, si je comprends bien.
- Speaker #1
C'est ça. On a eu déjà des cas sur un de nos procédés à Mont, pour faire les monomères du silicone, où on s'est rendu compte, à travers toutes les données que l'on avait, qu'un paramètre donné était sympa. Un autre, oui, il avait peu d'influence. Le couplage de 2, 3 de ces paramètres, et on n'attendait pas ce couplage, pouvait expliquer des dysfonctionnements au niveau de notre procédé. Et à partir de ça, c'est comprendre, là c'était de la pure thermodynamique, comprendre comment cette thermodynamique... Crée ce couplage. Voilà, exactement. Et là, dans ces cas-là, parce qu'on a eu cette intelligence de la donnée, cette intelligence pour la traiter, eh bien, on a tout bon.
- Speaker #0
Très intéressant. Si on revient maintenant, on va dire, à ce qu'attend un groupe industriel comme Elkem de ces transformations digitales, que ce soit sur l'innovation, sur l'exploitation des installations industrielles. Au final, qu'est-ce que ça a déjà apporté à une entreprise comme Elkem et qu'est-ce que vous en attendez encore ?
- Speaker #1
Alors, j'ai dit tout à l'heure qu'on était... Encore au début. Et c'est vrai que, pour l'instant, on s'est attaqué aux installations existantes. On a fait la base avec l'automatisation. Maintenant, on commence à aller un peu plus en finesse, mais toujours, finalement, à partir des procédés existants. des analyses en ligne beaucoup plus précises qui nous permettent de, par rapport à ce que l'on sait, qui nous permettent de beaucoup mieux régler nos procédés. Donc là, on commence à arriver, on n'est plus sur de l'automatisation pure, on est aussi sur du préventif finalement. On se dit, bon, à partir du moment où j'ai une bonne analyse en ligne, typiquement sur mes matières premières de départ, ça va éviter un certain nombre de problèmes. Donc on descend dans la chaîne de valeur finalement en apportant ces améliorations. Ensuite, ce qui pour l'instant me frustre encore, c'est la possibilité, dès le démarrage, c'est un peu ce que j'ai dit tout à l'heure, donc dès la R&D, d'acquérir des données et de pouvoir sur ces données commencer à mieux comprendre le procédé, mieux comprendre les phénomènes en jeu. et voir les paramètres d'ordre. Mais ça, ça veut dire qu'il faut le rendre beaucoup plus général, et à chaque fois que j'ai un nouveau projet, il faut que je réfléchisse de cette façon-là. Je dois faire tel produit, ou je dois faire telle formulation, et bien dans ce cas-là, je dois concevoir... mon expérience comme un tout, et non pas comme le cœur c'est mon réacteur et le reste je rajoute. Non, ça ne doit plus être comme ça. Donc ça, on n'y est pas encore. Au niveau de l'ELKM, comme je l'ai dit, on a démarré de l'industriel, de la production, etc. Il commence à y avoir ce genre d'initiatives, d'expériences, de systèmes expérimentaux intégrés, mais il faut vraiment qu'ils se généralisent. Donc ça, ça va être un peu ma grosse attente dans le futur, sachant qu'après, derrière, on le fait de la même façon au niveau pilote.
- Speaker #0
Tu as commencé à introduire une notion sur les matières premières, l'analyse en ligne et j'imagine la variabilité de ces matières premières. J'imagine que pour des raisons d'empreinte environnementale, vous êtes engagé sur des démarches de circularité et de recyclage pour avoir des matières premières d'origine recyclée. Comment ça, ça impacte votre manière de fonctionner et qu'est-ce que ça a comme conséquence pour votre fonctionnement ?
- Speaker #1
On a plein de choses différentes. C'est un vaste sujet. C'est un très vaste sujet. Je vais faire un petit aparté déjà sur l'analyse en ligne. Parce que c'est vrai que... Je suis désolé. Ça, c'est presque la question. C'est la casquette Axel One. C'est la casquette Axel One, oui. Mais donc, où il y a ce consortium Axel One Analysis, plus d'autres initiatives qui sont faites autour de ça, et qui sont extrêmement intéressantes, parce qu'on a vu une évolution de l'analyse en ligne qui a été phénoménale durant les dernières années. Et ça, c'est... ... C'est un des éléments qui permet vraiment cette transmission de la digitalisation dans les procédés. Et qui permet vraiment d'améliorer la traçabilité, etc. Et ça a été un des outils essentiels, ou une des compétences plutôt essentielles, parce que ce n'est pas que l'outil, c'est aussi l'intelligence que l'on met derrière l'outil pour où est-ce qu'il est le plus pertinent, etc. Et donc, ça, ça a permis un vrai gap dans la digitalisation des produits.
- Speaker #0
Mais surtout, on a un truc... intégrer la notion du produit, parce que jusqu'à présent, on s'intéressait aux paramètres de conduit du procédé, les températures, les temps de séjour, etc. Par contre, ce qui se passait dans le produit, dans le réacteur, au cœur du réacteur, en fait, on avait très peu d'informations avant l'analyse en ligne.
- Speaker #1
On en avait peu,
- Speaker #0
oui. Ou en retard, si c'était des analyses faites au laboratoire, mais trop tard pour réagir, en fait. Oui,
- Speaker #1
et puis même de temps en temps... on en avait mais qui était vraiment globale, enfin une mesure de viscosité on mesure toujours un couple dans un réacteur quoi. Bon et c'est bien, c'est très bien il faut continuer de le faire on mesure la température à un réacteur. à un endroit du réacteur. Mais... C'est assez peu riche comme information. C'est assez peu riche, mais tiens, ça monte. Tiens, c'est plus visqueux. Bon, alors, j'exagère, je grossis le trait, et mes amis de la production ne seraient pas contents, mais là, maintenant, on a une richesse bien supérieure en termes de données grâce à l'analyse en ligne.
- Speaker #0
Alors, tu as commencé à parler d'analyse en ligne sur les matières... premières j'imagine que c'est pour capter les variabilités ces matières premières et quelque part j'imagine que ça il ya des enjeux autour par exemple du recyclage et de la circularité pour vous quelle est votre approche de la circularité chez lkm et quels enjeux vous avez derrière ce sujet alors
- Speaker #1
autour de la circularité on a on a plusieurs très gros sujets puisqu'on a eu une approche depuis maintenant 4-5 ans, grâce à des projets collaboratifs, d'explorer le recyclage chimique au démarrage et puis après le recyclage mécanique. Alors le recyclage chimique, j'allais dire c'est simple, c'est pas simple du tout, mais on a une matière première à recycler, un élastomère silicone par exemple, qui peut être un bout de câble électrique. peut être un joint de fenêtre. Et là, on va essayer de revenir soit au monomère qui nous permette de recréer un polymère silicone. Donc tu reviens tout au début. Je reviens tout au début. L'énorme intérêt, c'est évidemment que je ne passe plus par la phase silicium. Et donc, c'est là où est l'énorme gain en termes d'émissions CO2, par exemple. Donc je vais faire ces monomères, ça peut être des monomères type cyclique, type chlorocylane, ou voir, on arrive à faire aussi des oligomères fonctionnels, donc ça aussi qui sont très intéressants. Lorsque l'on va faire cela... on va avoir une multiplicité de matières premières différentes, qu'il va falloir analyser. Et ces matières premières à recycler, elles peuvent être internes, elles peuvent être chez le client, ou elles peuvent être chez le consommateur. Donc on a ces trois cas différents, avec en plus parfois des risques de pollution, ce genre de choses. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que... l'analyse et l'analyse en ligne de ces matières premières va être absolument indispensable si on veut avoir un procédé productif. Qu'on n'échappera pas à cette variabilité du fait de la variabilité des ressources, enfin des matières à recycler. Ce qui veut dire aussi qu'il y aura un impact sur le procédé. Avec une matière donnée, je pourrais avoir un 70% de rendement. Avec une autre matière, je pourrais n'avoir que 40 ou 50% de rendement. Se posera aussi la question de tout ce qui est additif, de tout ce qui est charge, etc., qu'on a dans ces formulations. Quel est l'impact aussi sur nos réactions chimiques de dépolymérisation, donc de recyclage chimique. Donc là, on a un champ exploratoire énorme. Parce qu'on rentre avec un niveau de complexité supérieur. Je dirais que le procédé originel, il devient presque simple, et j'amène de la complexité à un procédé en amont du procédé. Donc c'est ça qui va être difficile, et c'est ça qu'il va falloir résoudre. Qu'est-ce que va nous apporter la digitalisation dans le cadre du recyclage chimique ? C'est très simple, on va avoir toutes les variations de matières premières et d'analyse et d'impact possible, parce qu'après il va falloir faire discuter cette analyse des matières premières avec comment ça impacte mon procédé, et ça c'est pas une mince affaire. Et puis après derrière, ça va être évidemment l'optimisation du procédé, quelle que soit la nature de la matière première. Mais il va y avoir une obligation. de dialogue entre l'analyse de la matière première et le procédé de recyclage chimique de dépolymérisation.
- Speaker #0
Ça, c'est le cas du recyclage chimique. Le cas du recyclage mécanique, le recyclage mécanique, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne fait pas de dépo-lumérisation. On va, par exemple, prendre un S sommaire, on va le réduire en poudre, et cette poudre va resservir dans des nouvelles formulations.
- Speaker #1
Donc là, on ne vient plus en début de procédé, mais on revient plutôt sur la fin, au moment de la formulation.
- Speaker #0
Au moment de la formulation, tu as tout à fait raison. Le recyclage mécanique, c'est... Quand il fonctionne, bien sûr, c'est un peu une sorte de graal en termes d'émissions CO2, parce que c'est là où on minimise évidemment les émissions CO2. Et là encore, on va avoir une multiplicité de matières premières au niveau d'élastomères, dans ce cas-là, donc de matériaux solides. Je passe les détails sur tout ce qui est création de la poudre, broyage, micronisation, etc. Déjà, rien qu'à ce niveau-là, on commence à avoir quelques problèmes. Mais même déjà en amont, on a cette obligation d'analyser et de tracer nos déchets. pour savoir précisément ce qu'il y a, d'où ils viennent bien sûr, qu'est-ce qu'il y a dedans, les impuretés qui pourraient être néfastes pour l'application, qui pourraient être néfastes aussi en termes de réticulation de Ausha somaire, post-réticulation de Ausha somaire. Et donc là, il faut vraiment analyser de façon très fine. Donc ce que l'on a fait déjà, c'est identifier tout ce qui... ce qui n'est pas bon, et de pouvoir les suivre en ligne, de façon aussi à éliminer un certain nombre de déchets. Ce qui est intéressant, c'est que ces déchets qui vont être éliminés pourront passer en recyclage chimique ensuite. Après, toujours de la même façon, c'est suivant la matière première obtenue, on n'obtiendra pas forcément exactement la même poudre, et dans ces cas-là, quel est l'impact sur la formulation ? Qu'est-ce que ça implique aussi au niveau du... du procédé de formulation, et de façon ultime, qu'est-ce que ça donne au niveau propriété d'application. Donc on a toute cette complexité à gérer, où sans la digitalisation, on n'aura pas la traite. traçabilité, on n'aura pas la modification nécessaire au niveau du procédé, on n'aura pas le dialogue entre cette analyse de matière première et cette analyse du procédé, et de façon ultime, on n'obtiendra pas les bonnes propriétés d'application, ou alors on sera obligé de faire des réajustements constants, ce qui devient d'un point de vue industriel complètement stupide.
- Speaker #1
Alors tu parles de la complexité du sujet, concrètement ? comment on aborde ça ? J'imagine que vous avez des travaux de R&D, vous êtes en train de structurer les choses du point de vue de la data, etc. Concrètement, comment vous prenez le sujet chez Elkem pour pouvoir avancer ? Alors,
- Speaker #0
on a beaucoup de compétences à Elkem, mais on n'a pas toutes les compétences. Et c'est là où il est important de parler des projets collaboratifs. des partenariats que l'on peut faire avec différents laboratoires, différentes sociétés, des start-up, des PME, de façon aussi à agréger l'ensemble des compétences nécessaires pour le succès d'un projet. Et donc on l'a fait à travers des projets collaboratifs en recyclage chimique, un projet qui s'appelle Repos, qui s'est terminé, qui est un très beau projet où finalement on a eu des compétences en chimie et catalyse avec CP2M et IMP de laboratoire de l'université Lyon-Claude Bernard. On a eu des compétences avec processium et activation et puis autour des procédés. modélisation des procédés et évidemment assemblage et pilotage démonstrateur. Et tout cet ensemble permet dorénavant de piloter les résultats obtenus dans le projet collaboratif. La partie digitalisation encore au niveau de ce pilotage est encore à renforcer, bien sûr, mais ça va être l'objectif de façon à pouvoir travailler sur l'ensemble. des matières premières qu'on va obtenir. Donc ça, c'est absolument clé. Sur le recyclage mécanique, le projet est toujours en cours, il est plus récent. Le très gros challenge a été l'analyse en ligne et l'analyse des données. obtenu. Par exemple quand vous avez des asthomères qui sont d'une certaine couleur, qui sont noirs, et bien ça absorbe et le signal que l'on ressort est extrêmement faible. C'est très compliqué voilà. Donc après il y a des choses avec certaines caméras hyperspectrales etc on arrive à extraire beaucoup plus de données. Ça, ça a été le très gros challenge. se pose la question maintenant de tout ce qui va être traçabilité des matières premières et continuité des données entre le produit a été fourni à un client, le client a transformé le produit, le produit est parti chez le consommateur, ou le client a des chutes de production, ou a des produits hors spec, ou hors date limite d'utilisation, etc. Comment je fais avec... avec cette multiplicité, et comment j'assure que toute ma chaîne est safe, enfin...
- Speaker #1
Et il y a toute la problématique des contaminants, où quelque part, si on ne sait pas ce qu'on cherche, c'est aussi difficile de savoir s'il y en a.
- Speaker #0
Exactement. Donc c'est ça qui va être le très gros challenge pour nous. On est au début. On est au début, mais on ne va pas y échapper. Et ça, ça va être un très, très beau challenge pour les équipes dans le futur.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Louis. On a eu un échange très, très riche et très intéressant sur ces deux thématiques que vous travaillez aujourd'hui chez Alchem. Est-ce que tu as un dernier message ou un dernier sujet que tu souhaiterais évoquer avec nous avant qu'on se quitte ?
- Speaker #0
Le message, et c'est pas parce que je suis chez vous à Optimistique, c'est que vraiment, on travaille de plus en plus sur l'acculturation, à la digitalisation. Et ça à tous les niveaux, au niveau des opérateurs dans les usines, au niveau des chercheurs dans les centres de recherche, etc. Ça, c'est quelque chose qui est absolument indispensable. Il faut vraiment considérer la digitalisation comme un levier pour inventer, innover différemment et aller vers des produits encore plus performants, des procédés encore plus performants. tout en ayant en tête que si on est capable de faire ça grâce à la digitalisation, ça va permettre aussi d'avoir des procédés, des produits beaucoup plus durables, des procédés qui, en termes d'émissions CO2, seront bien plus performants. Et donc, globalement, ça va dans le bon sens pour notre planète. Donc, il y a un impact de la digitalisation au niveau de la société. Et c'est un impact positif.
- Speaker #1
C'est une très belle conclusion. Merci beaucoup, Louis. Au plaisir de te recroiser.
- Speaker #0
Merci à vous. J'ai été ravi de l'invitation. J'ai été ravi de la discussion. Et puis, à très bientôt.
- Speaker #1
Merci.