- Speaker #0
Aujourd'hui je suis ravi de recevoir Paola Fédoux de Notom sur Voice of Industry. Bonjour Paola.
- Speaker #1
Bonjour Mathieu.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous dire en quelques mots ce que fait Notom et quel est ton rôle dans la société ?
- Speaker #1
Oui, Notom c'est une solution de pilotage des équipements industriels pensée pour les opérationnels à l'ère de l'IA. Moi je suis la fondatrice de la boîte et j'occupe le poste de de CEO. Donc je m'occupe de tout ce qui n'est pas technique, donc globalement la vente, la finance, le marketing, la communication, en lien très rapproché avec mon associé qui est le CTO de la boîte.
- Speaker #0
Alors tu peux nous en dire un peu plus sur Notom ? Quel problème vous résolvez chez les industriels ?
- Speaker #1
Alors nous on résout le problème du manque de compétences en automatisme. Aujourd'hui toutes les lignes de production industrielle tournent avec des technologies d'automatisme et de supervision industrielle qui sont maintenues par des automaticiens. Les automaticiens, aujourd'hui, c'est devenu la dent et rare sur le marché. On n'en trouve plus. On n'en trouve plus et quand on en trouve, ils sont proches de l'âge de la retraite. Et donc, ce qui crée des problèmes assez forts dans l'usine. Nous, ce qu'on résout comme problème, c'est qu'on dégoulotte ces automaticiens qui sont débordés et qu'on ne trouve plus sur le marché. Et on permet à des techniciens de maintenance ou des ingénieurs process, qui sont d'autres clés dans l'usine mais qu'on trouve dans toutes les usines, de pouvoir reprendre la main sur le pilotage des lignes de production avec un système d'automatisme. qui est pensé pour les opérationnels, donc qui a une logique fonctionnelle no-cut. Donc on va manipuler des objets van, moteur, etc. mais sans connaître la logique bas niveau de l'automatisme.
- Speaker #0
Ce qui veut dire quelque part, vous résolvez un peu ce sujet de l'obsolescence des systèmes automatisés dans l'usine.
- Speaker #1
Exactement, exactement. Donc nous on va faciliter le revamping de systèmes qui vont arriver à obsolescence. Donc on va accélérer ce développement qui aujourd'hui coûte très cher. Donc l'industriel va attendre jusqu'au dernier moment avant d'engager des dépenses sur ce revamping. Donc nous, on va accélérer ce développement à moindre coût et on va permettre aussi le maintien par les techniciens de maintenance et les ingénieurs process. Donc il n'y aura plus besoin de passer par l'intégrateur ou l'équipementier qui a fait l'équipement ou le bureau d'études d'automatisme qui potentiellement n'existera plus dans 10 ans, pour leur donner la main plus facilement sur le pilotage.
- Speaker #0
Alors avant de rentrer dans les détails, aujourd'hui on enregistre sur Tech4Industry. Qu'est-ce qui a fait que vous êtes venu sur ce salon et qu'est-ce que vous en attendez et quel message vous êtes venu porter ?
- Speaker #1
Eh bien... Nous, on est venus sur le salon Tech for Industry parce que c'est un salon spécialisé. C'est le seul et unique salon en France spécialisé sur les technologies pour l'industrie. Il y a des salons industriels, mais qui vont couvrir à la fois l'équipementier, l'offreur de solutions, l'industriel final. Et donc, on n'a pas toujours les bons interlocuteurs. Et un salon, ça consomme énormément d'énergie et énormément de temps. Quand on est une startup, ce temps est assez précieux. Donc là, c'est un salon spécifiquement fait. Pour nos besoins, on va avoir des discussions intéressantes avec les prospects d'intérêt. En tout cas, sur cette première journée, c'est un succès de mon point de vue. Et le message qu'on veut faire passer, c'est qu'on peut faire de l'automatisme différemment. Aujourd'hui, on est sur un secteur qui est quand même détenu par des géants, où il y a peu de startups qui existent et qui se lancent sur la partie automatisme. Et on veut montrer qu'on peut faire les choses différemment et qu'on peut adresser des segments de l'industrie aujourd'hui un peu oubliés, de la tech. Et je parle notamment des PME. qui sont plutôt notre cible de marché.
- Speaker #0
Alors, on va parler un peu de technologie. Concrètement, c'est quoi les technologies de Notom et quel élément disruptif vous amenez sur cette chaîne de la valeur de l'automatisme ?
- Speaker #1
Alors, il faut comprendre aujourd'hui l'automatisme, c'est vraiment le système qui fait l'interaction entre les machines physiques et le monde du digital et les opérateurs. Et donc ce système-là, il y a trois systèmes qui aujourd'hui ne communiquent pas. Il y a la partie automatique, il y a la partie cerveau qui va donner la logique de contrôle-commande des machines. La partie SCADA, qui est la partie supervision industrielle, qui va venir être l'interaction entre l'opérateur et les machines, et l'Historian, qui est la partie historisation des données. Nous, on regroupe ces trois blocs dans une seule plateforme. Pourquoi ? Parce que derrière, on crée tout le contexte de la donnée des machines industrielles. Et ce contexte-là, ça va permettre à les techniciens de maintenance et des ingénieurs process de pouvoir interagir avec la donnée pour savoir, par exemple, j'ai une panne en cours sur ma machine, quel est le premier signal qui a été mis en défaut. C'est une question qui a l'air assez simple comme ça, mais qui est très difficile de répondre dans les systèmes aujourd'hui qui sont propriétaires fermés et encapsulés dans des boitoirs. Nous, on ouvre le capot.
- Speaker #0
Vous ouvrez le capot, vous faites quelque part une approche unifiée de ces trois sujets, mais également, est-ce qu'il n'y a pas un sujet aussi de virtualisation et de déconnexion entre... On va dire le hardware et le logiciel de manière à arriver vers de l'automatisme as a service ou as a software.
- Speaker #1
Exactement. Alors effectivement, la philosophie de ce qu'on a, nous, veut contribuer à des écosystèmes beaucoup plus ouverts. Aujourd'hui, l'automatisme, le code et la logique de programmation est très lié à un hardware physique. Donc forcément, si on veut interagir avec un hardware Siemens, il faut le logiciel Siemens qui va avec. Nous on veut découpler le hardware et le software. Notre automate, il est pur software. C'est un automate virtuel qui tourne sur un runtime open source et on peut le déployer sur n'importe quelle marque de hardware. Donc là on découpe le vendor lock-in et on permet à l'industriel de choisir son provider de hardware. La force aussi de ce qu'on fait, c'est que comme l'automate est virtuel, on peut lui appliquer les mêmes bénéfices que les solutions IT classiques. Donc du versionning, de la redondance. Donc si jamais... Vous faites une modification et que vous n'êtes pas satisfait de votre modification, vous pouvez faire un rollback et récupérer l'ancienne version de l'automate sans doute.
- Speaker #0
J'imagine la gestion de sauvegarde beaucoup plus efficace et sécurisée.
- Speaker #1
Exactement, on met les bons codes de l'IT dans la couche automatisme, mais en respectant certaines contraintes qui sont propres au monde de l'outil. C'est pour ça qu'on a une logique de programmation de nos codes, parce qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec l'automatisme. On risquerait de faire des choses dangereuses, de casser un moteur, il y a un lien avec la physique. Donc nous on va... Contraindre le développement automatisme dans des briques no code avec des objets standard de l'automatisme qu'on va gérer nous ou que des automaticiens experts vont gérer mais les ingénieurs process vont manipuler que des blocs objets déterminés.
- Speaker #0
Sur des couches plus haut niveau. Alors tu disais vous êtes une start up innovante, comment on fait pour jouer sur ce terrain de jeu où il y a des gros acteurs comme tu l'évoquais ?
- Speaker #1
Ça c'est la question difficile. Non, ce qui est très difficile, c'est... Dans un grand groupe, c'est pour moi que toutes les parties prenantes. Il y a l'IT, l'outil, le directeur industriel...
- Speaker #0
Alors quand tu dis un grand groupe, c'est un client, grand groupe industriel ?
- Speaker #1
Un client, grand groupe industriel. Donc ça c'est difficile. Et pour le stade d'une startup early stage, c'est souvent quasi inatteignable. Et en plus, notre vocation, nous, c'est plutôt adresser des segments qui ont été un peu oubliés jusque-là et qui ne vont pas avoir assez de ressources. pour pouvoir mener cette opération de digitalisation et de pilotage un peu plus simple.
- Speaker #0
Donc j'imagine les PMI ou les ETI qui ont du mal à recruter ces automaticiens dont tu parlais.
- Speaker #1
Exactement. Donc nous on cible les PME, les startups industrielles, les PMI, ETI, ETI jusqu'à un certain niveau, et on va leur proposer des solutions qui jusque-là leur étaient un peu interdites parce que les solutions actuelles d'automatisme leur coûtent trop cher. Globalement, ils ne s'en préoccupent pas. Donc nous on va leur apporter de la valeur que le marché ne pouvait pas adresser.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un exemple concret d'un client chez qui vous êtes intervenu et des bénéfices qu'ils ont tirés de votre approche ?
- Speaker #1
Oui, donc nous on a déployé aujourd'hui chez 4 clients, agroalimentaire, énergie cosmétique. Donc si je prends le client dans l'énergie, parce que ça c'est intéressant, on a un peu de traction sur ce sujet-là. Dans l'énergie, les acteurs de l'énergie vont plus en plus avoir des flottes d'actifs distribués. Donc ça peut être des batteries, ça peut être des petites centrales déportées. Et ces actifs déportés, on ne peut pas envoyer un automaticien toujours sur site pour aller dépanner la moindre chose. Donc l'idée c'est comment on gère cette flotte à distance et on puisse être beaucoup plus dynamique dans la logique de régulation. Parce que les actifs énergétiques, ils dépendent de quelque chose de très fort pour être performant. C'est du prix de l'énergie sur le marché qui bouge constamment. Donc eux ils ont besoin d'outils qui soient dynamiques, flexibles. où ils puissent interagir facilement en fonction des prix de marché, pouvoir changer une boucle de régulation dans la ligne de process. Une solution comme Notom, ça leur apporte cette flexibilité. Et les acteurs de l'énergie, il y en a de plus en plus, puisqu'on va déporter des sources locales d'énergie un peu partout chez les industriels. Donc ça, ça va être une des valeurs qu'on va apporter chez ce type d'acteurs-là.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut résumer en disant que, quelque part, vous amenez l'agilité de l'IT dans le monde de l'OT ?
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
C'est ça ?
- Speaker #1
On peut résumer ça, oui.
- Speaker #0
Toi qui es, je dirais, de par ton passé dans l'industrie et cette expertise dans le monde de l'automatisme, quelles sont les grandes tendances que tu vois aujourd'hui et qu'il faut absolument qu'un industriel capture pour rester compétitif dans ses sujets autour de l'automatisme ?
- Speaker #1
Je dois avouer que depuis l'arrivée de l'IA, les cartes sont un peu rebattues, dans le sens où les systèmes d'information industrielle étaient très pyramidaux jusque-là. Et donc ils communiquaient peu, c'est-à-dire qu'il y avait la couche automatise qui envoyait des données au MES, qui envoyait des données à l'ERP, et puis tout ça faisait un silo un peu de données où on n'avait plus la traçabilité ou l'interprétabilité facile de ces données. Aujourd'hui je vois des systèmes beaucoup plus ouverts qui doivent être communiqués, être beaucoup plus interopérables et pouvoir réagir un peu plus en temps réel. Ça c'est vraiment la tendance et l'arrivée de l'IA accélère ça, c'est-à-dire qu'on n'a plus besoin d'une armée de data scientists, data engineers, de get-lighty. pour pouvoir déployer des solutions pour l'interprétation et l'analyse de la donnée. Et ça, c'est ça qui émerge beaucoup, c'est comment on crée du contexte avec plein de sources de données différentes et on la rend actionnable beaucoup plus rapidement. Donc ça, je vois beaucoup ces tendances-là, et ces tendances-là peuvent aussi s'appliquer à l'automatisme, qui était une couche jusque-là. Pas trop touchée parce qu'elle touche au edge. Le edge, ça fait toujours un peu peur. Les gens ne veulent pas déployer en local. Donc il y a un peu ces tendances-là. Et moi, c'est ce que je vois beaucoup. Jusque-là, les PME étaient un peu en retrait de la digitalisation. Mais aujourd'hui, ils peuvent prendre un virage que ne peuvent pas prendre les grands groupes. Ils peuvent prendre directement le virage de l'intelligence artificielle, contrairement aux grands groupes, qui vont avoir plus de legacy, de lourdeur, des enjeux de cybersécurité. Alors que les PME ont une flexibilité et en fait ils vont sauter un gap technologique, ils n'ont pas passé le cap de la digitalisation, mais je suis sûre que par contre ils vont prendre le virage de l'IA et probablement plus rapidement que leurs confrères un peu plus solides.
- Speaker #0
Alors pour conclure cet échange très riche sur les évolutions des systèmes automatisés dans l'industrie, avec quoi je dirais un industriel qui nous écoute doit repartir pour réfléchir sur la transformation de ces systèmes automatisés ?
- Speaker #1
Et bien il doit repartir avec le fait que c'est possible d'avoir des automates qui ont une certaine flexibilité et qui prennent les codes de l'IT. Jusque là, pour la plupart des industriels, ils restent un peu crédules sur le fait qu'on peut faire des automates virtualisés, ça peut marcher. Oui, la réponse c'est que ça peut marcher et qu'on peut apporter davantage de flexibilité et d'autonomie des sites industriels sous cette couche automatisme qui était restée une boîte noire. Donc la concordance de la maturité technologique fait qu'aujourd'hui, ça c'est une question possible. Deuxièmement, au niveau du prix et du temps de développement, les nouvelles technologies accélèrent largement le déploiement et l'intégration de ces systèmes. Donc le coût d'entrée a énormément aussi diminué. Donc une question qui ne se posait pas il y a cinq ans, parce que c'était trop cher pour l'intégration, ou que les technologies étaient trop fermées ou pas adaptées, aujourd'hui on casse ces deux éléments-là pour apporter une solution arrivée à la valeur en quelques semaines avant, alors qu'avant c'était plusieurs mois.
- Speaker #0
Bon, Paola, merci beaucoup pour ces partages.
- Speaker #1
Avec plaisir.