- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à ce nouveau numéro de podcast « Vous avez les codes » , un podcast pour partager des expériences, des connaissances et des idées innovantes sur la diversité, l'équité et l'inclusion. Vous vous êtes peut-être déjà senti perdu dans votre carrière, vous avez l'impression que votre travail ne vous apporte plus ce qu'il vous faut, vous vous êtes vraisemblablement dit qu'un jour, la RSE, c'était plus un simple truc pub plutôt qu'une volonté réelle de transformation. Aujourd'hui, nous serons un invité d'exception qui a su donner un tournant à sa vie professionnelle et ce, à plusieurs reprises. Le directeur d'agence publicitaire, la dirigeante d'une organisation ONG internationale, notre invité nous partage son parcours inspirant, en ce lieu, sa vision des enjeux inclusifs, aujourd'hui et demain. Préparez-vous avec de la surprise à la richesse de l'expérience et la puissance de la transmission, la force de conviction et l'engagement. Xavier Ducrest, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors, Xavier, comment est-ce qu'on passe de la publicité à l'humanitaire ?
- Speaker #1
Alors, on passe de la publicité à l'humanitaire après un... Un trajet personnel, professionnel, de rencontres et d'appels et de liberté d'action. Après avoir vécu pendant des années de ma passion qui était le domaine de l'art appliqué à la publicité. Pourquoi ? Parce que j'étais très mauvais à l'école, que je ne comprenais rien de ce que me demandaient les profs, que j'ai eu le bac parce que mes parents voulaient que j'ai le bac, donc je l'ai passé juste avec les points qu'il fallait, mais je l'ai eu grâce à mon option dessin. Voilà parce que je m'embêtais tellement à l'école que je dessinais dans les marges des cahiers. Plus je dessinais, meilleur j'étais. Plus tout le monde disait que je dessinais bien. Et plus tout le monde m'engueulait sur mes notes de travail. Donc bon, on va vers ce vers quoi finalement on est appelé à se faire plaisir et à faire plaisir aux autres. Donc me voilà embarqué dans le monde du travail par la publicité. Pendant ce temps-là, je touche du doigt la fragilité de la vie. Après être né finalement... dans un endroit et dans des conditions où je n'aurais pas dû naître. Donc, je m'accroche à la vie. Un accident de mobilette. Il y avait des mobilettes à l'époque et pas de scooter. Avec un coma profond, j'en reviens. Et puis, je perds mes parents. Mon père a 20 ans, ma mère a 22 ans. Donc, je touche du doigt à la fois cette fragilité qui va être un moteur extraordinaire de créativité et d'appétence de la vie. Je goûte chaque seconde, chaque minute, chaque heure qui passe comme des moments d'exception qui font que l'on se sent vivant. Et donc la publicité m'a permis de vivre vraiment. pleinement ma passion. J'ai adoré faire ça. Et pendant ce temps-là, comme j'ai été scout à jour, j'ai été scout toujours, je travaillais bénévolement pour des associations à Paris. Et un jour avec mon épouse, là j'étais à ce moment-là l'un des cinq directeurs de création du groupe Avas. Je finissais par en avoir marre de cette vie parisienne, de vie de publicitaire parisien. Et je ne voyais plus assez ma famille, etc. Donc avec mon épouse, on se décide de quitter Paris. Et à ce moment-là, je réponds à un appel à Lyon de quelqu'un qui cherchait son associé. Et donc je quitte la troisième agence française et la dixième mondiale pour 11 personnes à Lyon. Donc je vous laisse imaginer la désapprobation de mes copains publicitaires de l'époque. Bref, on arrive à Lyon et je rencontre cette personne. Et lui avait la même conviction qu'il fallait être acteur économique, acteur social. Et on avait rencontré Jean-Baptiste Richardier. Et donc à ce moment-là, on a travaillé bénévolement pour Jean-Baptiste Richardier en ce qui me concerne pendant 19 ans sur toutes les stratégies de communication, de plateforme de marque, lancement du sac à sable. les événements de plaidoyer avec un permis de chaussures, etc. Une aventure absolument extraordinaire.
- Speaker #0
Merci Xavier. Aujourd'hui, j'ai parlé tout à l'heure de la perte d'engagement, de la RSE qui peut être vue comme un coup publicitaire par rapport aux engagements attendus par les collaborateurs et les collaboratrices. C'est quoi pour toi la RSE, concrètement ?
- Speaker #1
Alors, très concrètement, la RSE advient à un moment où il y a une tendance lourde qui est née depuis... des années et qui relate de mon parcours. Parce que quand je disais que je ne pouvais pas être simplement acteur économique, mais je voulais être acteur économique et social, et que j'ai rencontré Jean-Baptiste Richardier, c'est par la suite, après différentes aventures, qu'à 55 ans, j'ai décidé de basculer complètement dans le monde de l'association. Mais je veux dire par là que ça préfigurait d'un chemin, d'une tendance sociétale très lourde. Laquelle est-elle ? c'est que... Quand moi je suis né dans un monde post-révolution industrielle, les 30 gorlueuses, avec une activité économique absolument florissante, même si, je le rappelle toujours, le premier sketch de Coluche, c'était « Passer mon bac pour être quoi ? Chaumiste ? » Il faut s'en souvenir. Donc, ce n'est pas d'aujourd'hui. Malgré tout, il y a aujourd'hui une vraie réflexion, qui est une réflexion ou plutôt souvent une émotion ou une sensation. d'inachevé dans la vie de chacun, d'inachevé justement de ces secondes, de ces minutes, de ces heures qui passent. Et donc ensuite, ces semaines, ces mois, ces années. Et cet non-achèvement humain se confronte, ou plutôt est confronté ou questionne la marge du monde. C'est-à-dire qu'on l'a vu post-Covid et on l'a vu avec tout le mouvement contre le dérèglement climatique, le stress des jeunes générations sur l'ambiance globale de ce monde. en termes géopolitiques, en termes climatiques, en termes de valeurs. Moi, je parle de dérèglement holistique. économique, sociale, valeur, politique. Tout est déréglé et on le voit bien encore, on le vit aujourd'hui. Et donc c'est normal que face à ça, les générations, pré-générations, les salariés, les dirigeants, tous les acteurs du monde économique se soient posés la question à savoir au fond pourquoi. Alors il y en a quelques-uns qui, comme Elon Musk, et ne me faites pas parler d'Elon Musk parce que je vais être assez virulent, ne pensent qu'à une chose, c'est faire du pognon, du pognon et du pouvoir, du pouvoir. Je préfère parler d'autorité et par rapport à Elon Musk qui parle... d'homme augmenté, je préfère l'homme élevé. Tout ça, ce sont des vraies différences sémantiques. Et bien, justement, dans cette façon de penser l'homme élevé, je pense que les jeunes générations, sans vraiment souvent la conscientiser, et même les dirigeants, se disent, comment je prends les rênes de ma vie dans un monde en plein chaos ? Toujours est-il que la RSE est un bien pour l'humanité, un bien pour tout le monde, même si ça est là, et il y en a qui l'utilisent pour faire du greenwashing et apparaître comme des personnes vertueuses. Mais la vertu, c'est très compliqué. Moi je dis, il faut toujours que... Enfin, il faut que la nécessité chevauche la vertu. Donc un grand groupe industriel chimique qui se penche sur la problématique de l'inclusion des personnes handicapées par le travail et l'emploi, on peut le condamner sur, par exemple, les méfaits qu'il fait à la nature par l'utilisation éhontée d'énergies fossiles ou d'émissions de déchets toxiques, tout ce qu'on veut, c'est vrai. Et de notre côté... la vertu de travailler pour inclure des personnes handicapées, même si c'est finalement une nécessité, puisque le marché de l'emploi est tendu, qu'ils ont tout intérêt. Mais s'ils intéressèrent la fragilité, quoi en penser ? C'est là où avoir une position tranchée, c'est très compliqué. Le monde est gris, blanc, noir, très brisé, très plein. C'est le Morse, c'est même le Yijing, c'est le plus vieux livre des vignes chinoises. Mais le monde n'est pas blanc, noir. et l'éthique et la règle. Et l'usage de l'éthique n'est pas blanc-noir. Ça serait tellement simple et tellement facile, mais là, je n'ai pas forcément une réponse finie sur votre question.
- Speaker #0
Alors Xavier, quand on s'est rencontrés, on avait un point commun, c'est qu'on travaillait tous les deux sur un enjeu de société majeure qui est celui de l'inclusion du handicap. Qu'est-ce que tu peux nous dire de nos handicaps internationaux ?
- Speaker #1
Alors là, il faudrait deux ou trois heures, mais je vais vous faire une synthèse assez simple. il y a plus de 40 ans en 1983. Jean-Baptiste Richardnier et deux autres personnes autour de lui fondent Handicap International, partant d'une expérience dans une zone de conflit absolument effroyable, c'était la guerre Khmer. Et ils étaient dans le plus grand camp de réfugiés en Thaïlande, sur la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, et le camp de Khaoui Dang. Et là, ils voyaient arriver des hommes, des femmes et des enfants qui avaient été fauchés par les mines et il s'agissait finalement, ni plus ni moins que de les amputer. Et puis au bout d'un moment, il n'a pas pas supporté, et ils n'ont pas supporté, de voir toutes ces personnes sur le flanc, des rejets pour la société, une honte pour les familles, enfin, l'horreur. Et donc, à ce moment-là, il a décidé de monter une association pour venir en aide à ces personnes-là de manière à les remettre debout, c'est-à-dire leur rendre leur dignité. Et avec ça, donc, il est dans l'ADN de handicap international parti à faire ce qu'on appelle aujourd'hui l'innovation frugale, et à l'époque, pour être poli, c'était la débrouille. Et avec du bois, du bambou, du caoutchouc, du métal, ils ont fait des prothèses. Et avec une première vision absolument géniale, c'est pas de faire des prothèses pour les gens, c'est que la personne en situation de handicap qui avait été fauchée par les mines et qui avait perdu un membre ou deux membres, fasse sa prothèse lui-même. Et ensuite, ayant compris, pouvait former d'autres personnes à faire des prothèses. Et c'est comme ça que c'est parti. Avec plein d'avantages, c'est que si elle cassait, il pouvait les réparer, etc. Donc à partir de là, de trois personnes. On est aujourd'hui plus de 5000. De le camp de Khaï-Ouidang, on est dans 60 pays. On est présent sur tous les fronts des crises humanitaires. On s'occupe du global sud, étant entendu que même s'il y a des vrais soucis sur le global mort, pour ce qui concerne les personnes exclues ou en marge de la société à cause du handicap, de la pauvreté, de la précarité, tout ce que l'on veut, il y a quand même beaucoup à faire dans les pays du sud pour plein de raisons. Même si, quand je dis le sud, on est aussi bien entendu en Ukraine. C'est-à-dire que dès lors qu'il y a une crise qui est due à un conflit ou à une catastrophe naturelle, on est sur place. Et on s'occupe, au fond, de tout type de handicap et des causes du handicap. Donc, la pauvreté est une cause du handicap, la violence faite aux femmes est une cause du handicap, la sécheresse, etc., etc., etc. Et on est installé sur l'action terrain et puis le plaidoyer. Donc, deux grands axes qui nous font avoir des réussites formidables, c'est plein d'espérance. Quand on voit la marche du monde, on se dit, mais pourquoi ? C'est une goutte d'eau. Ben oui, mais sauver une vie, c'est sauver l'humanité. Ça nous va bien, ça. Et par exemple, après avoir fait signer un traité international d'interdiction des mines antipersonnelles, on est prix Nobel de la paix pour ça, co-prix Nobel de la paix pour ça. Eh bien, on a réduit de 10% les victimes des mines. Même si aujourd'hui, c'est reparti. Même si aujourd'hui, il y a des belligérants qui bafouent le droit international et l'humanité à les conventions de Genève. Même si les États-Unis ont envoyé des bombes à sous-munitions et des mines en Ukraine, on a quand même réussi ça. Alors... Alors oui, il ne faut pas lâcher prise. D'ailleurs, notre mindset à nous, c'est ne rien lâcher, ne rien give up. On est vraiment sur tous les fronts et on est sur tous les fronts au niveau du terrain, au niveau des ployers.
- Speaker #0
On le voit, les Français et les Européens expérimentent une baisse de leur pouvoir d'achat, une perte de sens, on en a parlé, perte d'engagement. Comment est-ce que Handicap International s'adapte à ces nouveaux défis ? Je pense aussi, par exemple, aux donateurs, bien évidemment, mais aussi aux personnes qui veulent... les bénévoles qui veulent s'engager sur le terrain ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Je ne vais pas répondre que pour Handicap International, mais au fond pour tout le monde associatif. Première chose, il est urgent de sauver le sable d'Arayan. C'est-à-dire, il est urgent de sauver le modèle non économique des associations. J'ai encore assisté récemment à une conférence sur la RSE. On encense le monde de la RSE du système marchand. Très bien, là encore, c'est parfait. Il faut le soutenir. Mais n'oublions pas que le monde associatif est le seul système économique à gestion. désintéressée. C'est-à-dire qu'une association doit absolument être bénéficiaire, rentable, évidemment, pour mener sa mission. Donc il faut qu'elle fasse des bénéfices, sauf que ces bénéfices sont réinvestis dans la mission et ne vont pas à des actionnaires comme il en est pour le monde économique de l'ESS. Et je dis ça parce qu'il est fondamental de sauver le monde associatif. Pourquoi ? Parce qu'aucune autre organisation du monde économique, que ce soit l'ESS ou pas, n'est en mesure d'aller au plus près de la granularité, de l'approche fine de la précarité, du handicap, de la santé, de l'exclusion, de la migration, etc. Il n'y a pas un système autre. Pourquoi ? Parce que justement, ça fait appel au bénévolat et que c'est des centaines de milliers de personnes qui maillent le territoire d'une proximité avec ces gens-là. Et au bout du compte, que ce soit donc en France ou à l'international, et au bout du compte, qu'est-ce que ça fait ça ? Ça installe des liens de fraternité, des liens d'humanité qui sauvent la démocratie. Sans le monde associatif, la démocratie s'écroule. Donc ce lien d'humanité et de fraternité est essentiel. D'abord pour les victimes, pour les personnes de les exclus, les précarités, etc. Mais aussi au système politique qui est le moins pire des systèmes. Donc il est essentiel. Aujourd'hui, et je peux vous dire que j'ai rencontré beaucoup de ministres et de conseils d'État qui ne comprennent pas ça. Ils n'ont qu'une vision d'un centre de coup. Mais il faut aussi... à part ce que je viens de vous dire, donc sauver la démocratie, prendre en compte le fait des coûts évités. Combien de centaines de millions d'euros le site d'action peut sauver ? C'est monumental. Toutes les associations qui s'occupent de la précarité, de l'exclusion sauvent des gens qui ne vont pas peser sur les systèmes de santé, sur l'éducation, etc. Donc, véritablement, il y a un plaidoyer, et je ne sais pas pourquoi aujourd'hui, Tout le monde associatif ne se met pas derrière cette bannière de dire « halte ! » parce qu'il faut absolument revenir sur des subventions à la hauteur des besoins. Ce que l'on fait, en fait, nous sommes de fait des salariés de l'État ou des salariés de l'Europe ou des salariés des agences de l'ONU, etc. Parce que nous menons des actions qui sont en fait des missions, des prérogatives de l'État dans lesquelles il défaille. Donc oui, il faut nous dire... les avantages fiscaux, etc. Mais ce n'est pas ça, ça ne suffit pas. Or aujourd'hui, pour les défis, je vais vous faire un petit schéma très simple, oral, au niveau économique. Globalement, le cœur de cible du monde des associations, c'est les 60-80 ans. La démographie montre que ce sera de plus en plus important, cette tranche de la population. Mais, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Eh bien, les personnes de 60 à 80 ans, voire 90 ans, s'occupent de leurs parents encore. Elles sont aidantes de leurs enfants. de leurs petits-enfants, des trois. Donc, économiquement, ils ont moins d'argent. Et il y a aujourd'hui une tension sur, bien sûr, le budget des ménages. Et puis, une perspective qui n'est pas si dorée, donc ils font gaffe. Et puis, dans les subventions, elles sont en baisse constante. Je ne vais pas faire un dessin sur le budget d'État, mais ça cascade et ça revient au budget régional, au budget des villes, etc., des départements. Donc, comment est-ce qu'on s'en sort, là ? Comment est-ce qu'on s'en sort si on ne se dit pas, et c'est une décision politique, que ce monde associatif est une aide essentielle à la bonne conduite de l'État, à la sauvegarde du budget, puisque coûts évités, et puis intérêt de l'inclusion de toutes ces personnes dans la société. Et puis alors sur le bénévolat, les jeunes au niveau économique, par émotion et par vraiment des valeurs essentielles de fraternité, ils sont pétris de ça. Ils vont donner une fois, mais pas deux, pas trois. C'est compliqué. Alors sur le bénévolat, les seniors, on vient d'en parler, ils n'ont pas plus de temps à nous donner puisque maintenant ils sont vraiment happés par les autres activités qu'ils ont. Ils ont un peu à donner, mais pas tant que ça. Alors que nous, les conseils d'administration, les bénévoles, c'est beaucoup ces gens-là. Et les bénévolats des jeunes, ils se font de façon séquencée et zapping. Ils vont venir à la pyramide de chaussures, formidable énergie extraordinaire, ils vont nous aider à monter les pyramides, mais après c'est fini. On les a plus. Alors ils vont venir au Téléthon, ils vont faire des trucs formidables, ils vont venir à la banque alimentaire, etc. Mais pas sur la durée. Et pourquoi ? Parce que d'abord dans les études, ils voyagent, donc c'est coupé. Après, ils commencent à bosser et c'est pareil. Là, ils vont aux appels d'une entreprise à l'autre. Donc ils n'ont pas de perspectif de durée, de stabilité. Donc comment s'engager quand on n'a pas de perspectif de durée et de stabilité ? C'est compliqué pour eux. Et donc c'est compliqué au niveau économique et bénévolat pour le monde des associations. Alors les chiffres qui viennent de sortir... de francs-générosité en disant que jamais les Français n'ont été aussi généreux. Oui, mais il faut regarder comment. Parce que quand on gratte derrière, il faut voir comment est donné l'argent et pourquoi. Il y a une générosité qui s'exprime et c'est extraordinaire pendant les crises. Très bien, on a vu Notre-Dame, on a vu l'Ukraine. Mais par exemple, la crise politique en Syrie, mais vous ne levez pas un euro, parce que c'est une crise politique. Ce n'est pas une crise humanitaire où on voit des drames humains. tels qu'on en voit dans les catastrophes et les conflits armés. Donc tout ça est à vraiment analyser de façon fine, parce que si on voit les chiffres, on se dit « formidable, tout généreux » . Non, non, là, 2025 va être le début d'une décroissance du don, et on a très peur pour 2026.
- Speaker #0
Ce qui veut dire que, quelque part, les organisations, les entreprises, peuvent aussi contribuer ?
- Speaker #1
Et comment ? Raison d'être, entreprises à mission, RSE, ils ont tout intérêt. Je passe mon temps. à faire des conférences dans des milieux économiques pour leur dire « Mais pourquoi n'y allez-vous pas plus franchement ? » Tant au niveau local qu'au niveau international. Au niveau local, il y a une tension sur l'emploi. Mais qui mieux que vous, pouvez vous inscrire dans la vie associative et sociale locale pour ensuite aller repérer des jeunes pour pouvoir les embaucher ? C'est quand même assez simple, au fond, comme mécanique. En plus, on sait aujourd'hui qu'on les embauche sur les soft skills plus que sur... Et heureusement, parce que moi, je vous rappelle... Je ne l'ai pas dit, mais je n'ai qu'un BTS de communication visuelle pour être arrivé là où j'en suis. Donc, on sait qu'on apprend ce que l'on apprend à 70-80% en faisant. Puis en plus, l'innovation va tellement vite que ce qu'on a appris aujourd'hui, c'est nul dans un mois, deux mois, un an. Globalement, les entreprises doivent s'inscrire dans le monde associatif et social, local et international. Si on n'arrive pas à autonomiser, à élever, à éduquer et à former les populations du Sud, comment voulez-vous ? qu'elles finissent par prendre le relais des décisions de leur propre pays. Il faut les sédentariser, il faut qu'ils arrivent à s'en sortir en luttant contre les mafias, contre, j'entendais encore, la RDC, dans l'aise de la RDC avec le Rwanda, les gens se battent depuis des années pour des mines, de minerais. Mais ce sont des mafias, on ne va pas nous faire croire que c'est hypolitique ou religieux, ça n'a rien à voir. Quand on voit le Soudan, dans l'ouest du Soudan, je suis désolé, mais ce n'est qu'un combat, pour les mines d'or. Donc, il faut arrêter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes au niveau géopolitique. Et donc, si les entreprises s'intéressent aux missions des associations comme nous, mais comme MDM, mais comme Action contre la faim, etc. C'est d'abord s'inscrire dans le tissu social et économique local. Donc, c'est connaître culturellement, économiquement, socialement une population pour pouvoir ensuite s'inscrire au niveau d'une implantation ou d'un développement économique. Ils y ont intérêt. en développement, ils ont intérêt en sourcing. Parce que le sourcing des produits se fait dans ces pays-là. Et donc, moi, je serais tout simplement nécessité, vertu. J'en ai besoin, je le fais et c'est bon pour tous. Donc, il y a vraiment à se poser ces questions-là.
- Speaker #0
On peut aussi citer, par exemple, des pistes d'action pour les entreprises. Ça peut être, par exemple, le don de jours de congés. Ça peut être aussi le fait d'organiser du mécénat de compétences pour les personnes qui souhaitent. donner un peu plus différemment, être valorisés et retrouver aussi du sens dans ce qu'elles font.
- Speaker #1
Alors absolument. Pour revenir sur Handicap International, on a plus de 120 audits par an. Donc on a des gens qui ne font que ça. Donc vous imaginez bien que payer les salariés à faire des dossiers d'audit, c'est compliqué. Il est préféré qu'ils soient acteurs auprès des populations victimes. Et donc on a beaucoup de mécénats des grands cabinets d'audit qui viennent envoyer leurs équipes. Et je peux vous dire que c'est un élément de transformation. Et ces gens-là, ils sont piquousés à vie sur les missions. Mais oui, le mécénat de compétences. Mais oui, le don de jours fériés. Mais oui aussi aux lègues et libéralités. Une assurance vie. Il faut dire aux gens qui font des lègues, à leur famille, en vue malheureusement de disparaître de cette terre, que de donner, c'est aussi de défiscaliser. Donc défiscaliser une partie de ce qu'ils vont donner, c'est aussi donner une association. Il y a plein de choses comme ça. Il y a plein de mécaniques. Mais dites-vous bien une chose, c'est que le don est d'abord de la générosité, avant d'être de l'intérêt personnel ou de l'intérêt économique. C'est une étude qu'il a montrée, une étude scientifique. Donner, c'est du bien. C'est comme se marrer, ça vaut un steak. Donc aujourd'hui, marrez-vous tous les jours, donnez tous les jours, on verra beaucoup plus heureux.
- Speaker #0
Alors Xavier, pour conclure ce podcast, qu'est-ce que tu souhaites partager aux personnes ? qui nous écoutent et qui aimeraient s'engager.
- Speaker #1
Alors d'abord, engagez-vous, ça c'est sûr. Je vais vous lire un texte et je vous laisserai réfléchir à qui l'a écrit et je vous donnerai la solution. Rien n'est solitaire, tout est solidaire. L'homme est solidaire avec la planète, la planète est solidaire avec le soleil, le soleil est solidaire avec l'étoile, l'étoile est solidaire avec la nébuleuse, la nébuleuse, groupe stellaire, est solidaire avec l'infini. Otez un terme de cette formule. Le polynôme se désorganise. L'équation chancelle. La démocratie n'a plus de sens sur la Terre. La démocratie n'a plus de sens sur la Terre. Donc solidarité de tout avec tout, de chacun avec chaque chose. La solidarité des hommes est le corollaire invincible de la solidarité des univers. Le lien démocratique est de même nature que le rayon solaire. Alors d'abord c'est écrit de façon absolument remarquable. C'est un auteur très connu, très très très connu, et qui n'est pas d'aujourd'hui. C'est Victor Hugo, dans les pros philosophiques, et donc c'est de 1860-1865. Cet homme visionnaire avait inventé le développement durable avant que naisse ce concept dans les années 50 aux Etats-Unis. Et on voit bien que tout est lié, le respect du vivant jusqu'au lien démocratique. Donc si on n'a pas conscience que la solidarité et la fraternité, c'est l'autre façon de s'en sortir, tout de penser que l'homme est un homme pour l'homme, eh bien on s'en sortira pas. Donc le lien de solidarité et le lien démocratique.
- Speaker #0
Merci Xavier pour ce témoignage inspirant. Je vous dis à très bientôt.