- Léana
Bonjour et bienvenue sur Vox Officinalis, le podcast qui s'interroge sur le monde fascinant de l'herboristerie et des plantes médicinales. Chaque épisode vous apportera des connaissances précieuses et des conseils pratiques pour intégrer les plantes médicinales dans votre vie. Dans cet épisode, Benjamin nous accueille dans son magnifique petit jardin, où chaque plante a sa place et sa fonction. Il nous raconte son mode de vie, sa cuisine sauvage et comment il intègre les plantes médicinales dans ses repas. Entre récolte, séchage et conseils pratiques, Benjamin nous montre comment la nature peut nourrir bien plus que notre assiette et nous partage les premiers instants de son entreprise. Alors prenez un moment pour vous, détendez-vous et laissez les voix du jour vous guider au fil de l'échange.
- Nicolas
Salut Benjamin.
- Benjamin
Salut Nicolas.
- Nicolas
On est chez toi. Au coucher du soleil, tranquille, il y a un petit peu de bière sur la table, il y a des substances qui fument et on est là pour voir ton jardin. Quelle taille fait ton jardin, Benjamin ?
- Benjamin
1,5 are
- Nicolas
Petit jardin.
- Benjamin
Petit jardin, oui, très petit jardin.
- Nicolas
Tout petit jardin, terrasse comprise ?
- Benjamin
Non, pas terrasse comprise.
- Nicolas
Donc tu as 1,5 are cultivable.
- Benjamin
C'est ça, oui.
- Nicolas
Tu as combien de variétés là-dessus ?
- Benjamin
Et ben je n'ai pas fait le compte, plus d'une vingtaine.
- Nicolas
Et qui te servent à quoi ?
- Benjamin
Qui me servent à faire des tisanes, donc à sécher les plantes pour tisanes, et pour aussi des compléments pour mon alimentation, donc épices, voire même compléments pour mo manger. Je les fais sécher, puis je les broie pour les ajouter à mes salades ou à autre chose que je mange.
- Nicolas
En quelque sorte, tu fabriques tes propres compléments alimentaires.
- Benjamin
C'est ça, exactement, oui.
- Nicolas
Et ça te coûte quoi ?
- Benjamin
Ça me coûte des temps de plaisir, et donc ça me rapporte, en fait. Ça ne me coûte rien du tout, ça me rapporte. Du bien-être dans mon jardin, de la satisfaction personnelle, parce que, voilà, cultiver une plante, la voir sortir de terre au printemps, lui donner à manger ou pas, parce que parfois, surtout, les plantes aromatiques ont besoin d'un sol pauvre, donc il ne faut surtout pas leur apporter de l'azote ou quoi que ce soit. Si on apporte de l'azote, elles vont trop pousser et vont être moins aromatiques. Donc je les appauvris, certaines, par endroits, comme ça. Mais ça m'apporte du bien-être, de la joie.
- Nicolas
Tu passes beaucoup d'heures sur la semaine ?
- Benjamin
Non, parce que j'ai agencé les choses pour que ce soit facile et autonome. En fait, j'essaye d'apporter beaucoup de temps pour aménager le jardin afin que les plantes soient en autogestion. J'aime bien ce terme-là, autogestion. Et donc, l'autogestion consiste en quoi dans un jardin ? C'est que les plantes prennent la place. Et effectivement, au début, il faut leur donner cette place, donc retirer les autres plantes qu'on ne voudrait pas, les indésirables. J'aime pas le terme mauvais herbe. Toute plante est bonne. Il faut savoir les utiliser, t'es pas la première personne à le savoir.
- Nicolas
Tu as parlé de quelques vedettes tout à l'heure quand on a tourné dans ton jardin. On a fait une petite visite avec le soleil qui descendait. Dont certaines plantes dont tu fais un usage quotidien du type culinaire, cuisine sauvage. Et certaines plantes qui poussent à profusion ici. Tu peux en citer ?
- Benjamin
Mais en sauvage, ce qui était déjà ici, c'était l'égopode podagraire, qui est une plante que je mange ici au printemps quand même tous les jours, en fait, en tout, en salade et en soupe, mais associée à d'autres, pour ne pas excéder dans une espèce, de la salade, ça permet de compenser. Mais ça, c'est ma sauvage vraiment de cœur. C'est l'herbe au goûteux et j'ai des crises de gouttes, donc voilà, moi elle me convient. Sinon, j'ai la pulmonaire, pour laquelle je prends deux ou trois feuilles pour donner un peu de mucilage, de consistance à mes soupes. Mais aussi, ici, j'ai la salade de blé, j'ai la salade de... j'ai de la scarole qui pousse, j'ai l'ail vivace que j'ai acheté chez toi, pour agrémenter mes salades. Ça, c'est dans le comestible, dans l'alimentaire. Dans l'aromatique, c'est plutôt la monarde ! J'ai acheté cette plante chez toi l'année passée. C'est un truc de dingue. Elle est très aromatique, très forte. Et en fait, c'est une plante stimulante. Je l'ai testée moi-même. Après, l'origan, l'estragon pour l'instant, c'est excellent. Parce qu'il est très tendre. Il se mange en salade, il se mange comme ça. C'est excellent. J'ai fait un poulet à l'estragon ce dimanche c'était magnifique. Il y en a plein d'autres, je peux citer la ballote noire qui est une plante apaisante. Qu'est-ce qu'on a encore... l'hysope qui est en train de sortir de terre. L'agastache, qui est une plante magnifique en salade comme en tisane, c'est magnifique. Il y a le lamier blanc que j'ai acheté chez Apiflora, l'alliaire que je viens d'installer aussi, le millepertuis, pour faire des huiles colorées et bénéfiques aussi pour les brûlures, les inflammations, etc. Enfin, il y a, voilà, c'est ça les espèces phares, mais je crois que j'en oublie plein d'autres.
- Nicolas
Tu viens de citer, il y a quelques phrases, un problème de santé qui t'a touché, relativement jeune. Tu l'as découvert
- Benjamin
à 30 ans. Crise de goutte, oui.
- Nicolas
Crise de goutte.
- Benjamin
Hyper-irrusémie, comme le disent les scientifiques.
- Nicolas
Alors moi, je dois avouer ma méconnaissance totale de la physiologie. Est-ce que toi, tu sais résumer quelque peu ce que c'est ?
- Benjamin
C'est la purine qui est une... Une molécule qui est présente dans les noyaux des cellules, donc la purine, il y en a partout. Et surtout dans la viande rouge, dans plein de choses, les crustacés, mais dans tout en fait. Même dans une feuille de salade, il y a de la purine, mais de manière moindre que dans une huître, par exemple. Et donc j'ai des inflammations articulaires, j'en ai eu deux dans ma vie, mais ça m'a scotché parce que... Je boitais pendant une semaine. Je devais descendre les escaliers sur le pet parce que je ne savais plus marcher. Et je ne savais plus poser le pied par terre. J'ai eu une nuit atroce. Je me suis traité avec des médicaments et c'est parti. Et du coup, j'ai eu un traumatisme de cette inflammation articulaire. Mais déjà avant, j'étais bien initié à la botanique, au bien-être des plantes, au niveau alimentaire et tout ça. Je faisais déjà attention, mais j'avais peut-être une consommation trop importante dans la viande et une consommation en bière. Alors que non, parce que pour finir, je ne bois pas plus qu'un autre. C'est juste que j'ai des prédispositions génétiques.
- Nicolas
Et via une complétion alimentaire de ton jardin, en autoproduction, tu gères mieux ta maladie ? On va dire ça ?
- Benjamin
Ça fait déjà trois ans que je n'ai plus d'inflammation articulaire. Mais j'ai quand même un taux élevé, donc ça ne résout pas la chose. Mais au niveau bien-être général, c'est sûr que ça va mieux. J'ai été voir une diététicienne qui m'a orienté vers un rééquilibrage alimentaire. Elle a vu ma manière de consommer, découvert mon alimentation en me suivant. Elle a dit que c'était quand même... assez incroyable. Et mes prises de sang sont toujours nickel, sauf l'acide urique. Donc en fait, ça apporte quand même un bénéfice sur la santé.
- Nicolas
Donc, ton petit jardin d'1 are 25 t'apporte de grands bénéfices pour ta santé via le choix des plantes que tu as faites.
- Benjamin
Oui, c'est ça. Oui, je pense. Voilà, et après, tu vois, ici à table, on a mis des chips, des cacahuètes. Voilà, ça... Je ne suis pas non plus un puriste comme certaines personnes.
- Nicolas
Un puriste de la purine.
- Benjamin
Voilà. Donc en fait, c'est vraiment un complément à ma vie, comme tout le monde. Je fais quand même attention. Et quand j'entends mes amis, ils disent presque que je suis un puriste. Mais je ne peux pas le certifier. Je vous sers des chips et je mange des cacahuètes.
- Nicolas
En buvant une bière et des bulles wallonnes. C'est ça.
- Benjamin
Et ça m'arrive de manger des grosses entrecôtes, des grosses côtes à l'os. J'adore ça. Mais je fais gaffe. C'est une fois toutes les deux semaines. C'est la viande une fois tous les trois jours. Donc je fait gaffe.
- Nicolas
Bon, toutes ces plantes, tu les récoltes. Tu ne fais pas que les faire pousser.
- Benjamin
Non, je les récolte pour les plantes alimentaires, en salade. Parce que je privilégie le légume feuille maintenant. À partir de cette année, de plus en plus, en fait, j'ai mis la place au légume feuille pour vraiment optimiser la production en alimentation. Parce qu'en fait, le légume-fruit prend trop de place et n'est pas adapté non plus. C'est des fruits qui ont besoin d'un climat tropical. La tomate, le poivron, l'aubergine. Donc ça ne passe pas et ça prend la place pour rien. Donc je l'ai optimisé en mettant du légume-feuille adapté à nos climats.
- Nicolas
Oui, on est en Wallonie, 50 degrés nord. Ça ne va pas changer, ça, même si le climat s'adoucit ou se modifie. Les événements météo-extrêmes se font plus intenses. Mais la photopériode, par exemple, elle ne va jamais changer.
- Benjamin
Non, bien sûr. Et les maladies fongiques sont là.
- Nicolas
Et les maladies fongiques sont là suite à des taux d'humidité persistants beaucoup plus longs, souvent.
- Benjamin
Et je récolte aussi mes plantes pour la tisane. Donc je fais sécher les plantes dans ma salle à manger à l'ombre. Parce que j'ai une salle à manger... sans fenêtre pour l'extérieur, donc il n'y a pas une luminosité directe. Et j'ai aménagé mon grenier aussi pour sécher les plantes sur des ficelles. Dans ma salle à manger, j'ai un séchoir que j'ai construit moi-même, avec une toile de moustiquaire, quatre claies sur une petite armoire, et des ficelles aussi dans la salle à manger. Mais dans mon grenier, qui est chauffé par le soleil et pas très isolé, Donc en été, en fait, il y a toujours...
- Nicolas
Une ventilation.
- Benjamin
Une ventilation et une chaleur assez forte. Donc en fait, le grenier sèche les plantes en 3-4 jours. La salle à manger en une semaine. Donc 7-8 jours.
- Nicolas
Ça te donne un choix stratégique pour telle plante. Je la mets plutôt dans un cycle de séchage très rapide. D'autres vont demander plus longuement. Tu cherches ça ? Tu explores ?
- Benjamin
Non, c'est plutôt par euh... Le séchage en fait j'ai remarqué que les plantes séchées sur 8 jours étaient de bonne qualité. Il n'y a pas de noircissement des feuilles. C'est nickel, franchement. C'est vraiment parfait. C'est juste que dans le grenier, au niveau de logistique, c'est plus facile. Donc je mets des gros bouquets. Comme ça sèche plus, je prends plus gros bouquets, et ça facilite la logistique, tout simplement. Quand je dis des gros bouquets, c'est des plantes spécifiques qui font beaucoup de production, genre l'origan, ou l'artemisia annua, ou la sauge qui pousse aussi en quantité importante. Donc dans la salle à manger, c'est un peu plus petit, des petits bouquets qui vont mettre plus de temps.
- Nicolas
Des plantes plus délicates, des petites parties comme une violette odorante, plutôt que des grandes branches d'Artemisia annua.
- Benjamin
C'est ça, exactement.
- Nicolas
Donc ta logique, c'est le côté logistique de la chose, c'est ton domicile, c'est ta vie quotidienne qui est entourée de plantes et donc tu penses à un côté pratique avant tout.
- Benjamin
C'est ça. facilité.
- Nicolas
Alors, ça ne va pas être visible sur un podcast, mais tu m'as montré tout à l'heure des tiroirs remplis de sachets. Et chaque sachet est rempli de plantes. Et quand tu m'as ouvert l'un ou l'autre bocal, sachet, il y avait un côté satisfaisant à la qualité de ton séchage et de la présentation de ta fleur ou de ta feuille. Tu as des conseils à donner aux gens qui nous écoutent, là ?
- Benjamin
Voilà, c'est vraiment utiliser des sachets craft,
- Nicolas
papier kraft,
- Benjamin
papier pour faire respirer encore les plantes après les avoir empaquetées. Parce que malgré qu'on pense qu'elles soient séchées, peut-être qu'il y a des risques qu'elles ne soient pas si séchées que ça. On le voit vraiment au visuel et au doigté. On sent si les feuilles sont séchées ou pas. Et puis je n'hésite pas à aller vraiment loin. Quand je disais 3-4 jours dans le grenier et 8 jours dans la salle à manger, ben parfois c'est deux semaines parce que là aussi c'est une question de logistique. On a une vie à côté, on peut laisser. Je ne laisse pas plus de trois semaines. Ça m'arrive parfois de laisser trois semaines comme ça pendre. Mais en fait, comme il y a une logistique dans le jardin, ça pousse aussi. Il y a d'autres plantes qui doivent être récoltées. Donc il faut libérer l'espace.
- Nicolas
C'est une vraie petite usine ici.
- Benjamin
Exactement.
- Nicolas
Tu peux me citer une plante très productive? Pas l'égopode, on en a parlé.
- Benjamin
L'estragon. L'estragon, c'est impressionnant, il faut gérer les rhizomes qui commencent à prendre l'espace dans le jardin, c'est une plante qui commence à devenir envahissante, mais c'est nickel, parce que ça me permet de diffuser, de dupliquer les variétés et de les donner à mes amis, à ma famille, mais l'estragons, c'est mes plus gros bouquets, avec l'origan, j'ai déjà dit, et puis évidemment le romarin. En fin de saison, vers début du mois septembre, il a monté d'un mètre. J'en ai deux, donc ça prend la place. Mon jardin est petit, ça fait de l'ombre, ça prend la place. Et puis voilà, le système racinaire est là, il peut reproduire autant l'année d'après. Donc je n'hésite pas à le couper et je me retrouve avec des bouquets de romarin. Et donc j'en ai plein du romarin. Je l'utilise aussi pour les grillades, comme ça je le valorise autrement. Parfois même en complémentaire alimentaire. Je le coupe au ciseau et je le mets dans mes salades. Je le mange comme ça, directement.
- Nicolas
Donc tu as vraiment une attitude, un usage à plante en complétion de ton alimentation dans un but éventuel de santé.
- Benjamin
Effectivement. Et je n'achète quasiment plus d'épices, mis à part du curry. Le curry, j'adore le curry. Mais en fait, toutes mes aromates sont utilisées dans mes plats, dans mes potées, mes rôtis, le poulet, au congélateur, passé au four avec plein d'épices. Je varie, j'en ai tellement. Pas un espèce, mais faudrait que je compte vraiment.
- Nicolas
Tu n'en as pas 50 ?
- Benjamin
Je pense que si.
- Nicolas
Si ? Tu n'es pas un horticulteur, un jardinier atteint d'une collectionnite.
- Benjamin
Non, je me suis... Là, ça y est, je me suis arrêté à mettre... Si, c'est vrai que cette année, j'ai craqué, parce que l'année passée, j'avais déjà. Mais je t'ai commandé, d'ailleurs, je vais te demander comment on s'arrange, mais je t'ai commandé 10 basilics vivaces. L'année passée, j'en avais deux, et je les fais sécher. C'est une tuerie, quoi. Le basilique vivace séché, en fait, je fais mes pestos avec ça, séché. Je l'effrite, et je mets de l'huile et d'autres choses, mais... plus besoin de faire de pesto. C'est tellement fort en goût que c'est magnifique. Donc, je t'ai commandé 10 basilics vivace. Donc, c'est vrai que j'ai une collectionnite, mais à un moment, voilà, le jardin, il se stabilise. En fait, ça fait 5 ans que j'aménage. Il y a des zones vraiment spécifiques par massif. J'ai des massifs d'hysopes, des petits massifs de lavande, des petits massifs d'origan. Et ça sert de couvre-sol aussi, au final. Et donc, j'ai de moins en moins de mauvaises herbes. Alors qu'il n'y a pas un brin d'herbe dans mon jardin.
- Nicolas
Ah oui, il y a un impeccable petit chemin qui serpente au milieu, très simple, sans fioritures, décorations. Il n'y a pas de nain de jardin, je suis déçu. A contrario, tu vois, on a parlé de plantes qui produisent énormément. Des plantes où tu te dis, tiens, celle-là, elle a bel et bien des vertus médicinales, elle serait bien dans mon alimentation comme complétion, mais... Vraiment, c'est difficile. Je ne recommande pas ça chez les gens.
- Benjamin
La menthe, la mélisse, j'en avais de la mélisse partout. Je l'ai retirée et je l'ai mise en bordure avec mon voisin. Elle est en haie. Je gère les rhizomes. La haie, c'est la clôture. Il n'y a pas de haie. Chez le voisin, il y a une haie à 50 cm de la clôture. Mais entre la clôture et la haie, j'ai mis les rhizomes de mélisse. Et le voisin n'a rien dit. De toute façon, c'est chez nous. Et donc, ma mélisse, je la récolte chez le voisin.
- Nicolas
Voilà, donc tu dis aux gens, méfiez-vous un petit peu. Les plantes qui s'étalent de trop, qui envahissent de trop, celles-là. Méfiez-vous.
- Benjamin
Mais la menthe, par exemple, je l'ai mise en pot sur ma terrasse. Regarde, j'ai quatre pots de menthe, la menthe chocolat, la menthe marocaine, la menthe eau-de-cologne. Et puis, j'ai mis aussi l'hélychrise en pot sur ma terrasse parce que je n'ai plus de place dans le jardin. Mais je la produis chez ma maman et chez mon papa en grande quantité. Donc, j'ai mes productions qui s'agrandissent dans les autres jardins. Et donc, je m'étends, indirectement. L'échinacée, par exemple, je l'ai mise dans un gros pot là, je t'ai mis trois échinacées dans un gros pot sur la terrasse. Et donc elle a sa place sur la terrasse, en fait, et elle supporte sec. J'arrose mes pots.
- Nicolas
Alors moi, je vais te dire très clairement, en direct, j'ai eu des étonnements quand j'ai traversé ton jardin. Par exemple, tu es une des rares personnes que je connaisse qui détiennent de la ballote, la ballote noire. Mais qu'est-ce que tu fais de ça ?
- Benjamin
La balotte c'est toi qui me l'as fait découvrir.
- Nicolas
Oui. J'ai travaillé ma monographie sur la ballote, qui est une plante apparentée aux somnifères de la famille des Mazodiazepines, évidemment dans une beaucoup moins efficacité. Et puis, je la retrouve chez toi. D'ailleurs, tu es en train d'en boire en tisane. Explique-nous un petit peu ton usage de cette plante.
Je la consomme en plante séchée, en tisane. Je la mets dans des assemblages, plutôt pour... des tisanes qui vont calmer pour le soir. Mais comme moi, j'ai ce problème d'acidurique et de problèmes articulaires, elle est aussi bénéfique pour ça. Un autre grand étonnement, parce que c'est la première fois que je vois ça par 50 degrés nord, tu as la sarriette de Douglas, qu'on appelle en espagnol la hierba buena, Saturiza Douglasi, qui a passé l'hiver dehors. Or, il a gelé, on a eu de la neige. Et là, tu me l'as montré, elle reprend, il y a du vert et à l'odeur, oui, c'est bien elle.
- Benjamin
Oui, oui, oui, j'étais... Bravo,
- Nicolas
bravo Benjamin.
- Benjamin
Merci Nicolas, j'étais stupéré parce que tu m'avais dit qu'elle ne tenait pas l'hiver. Et en fait, ça aussi, c'est une des choses que je fais dans mon jardin, c'est que je vais arrêter de cultiver des plantes comme les tomates, qui sont des plantes tropicales, et je vais arrêter aussi de la verveine citronnée.
- Nicolas
L'ipiacitréodora.
- Benjamin
Allez, Oïsa.
- Nicolas
Aloysia Citriadora, Lipia Trifila, Lipia Citriodora, tout le monde voit de quoi il s'agit.
- Benjamin
Je vais arrêter ça parce que je l'ai mise. Je l'ai sortie de terre, je l'ai mise dans mon abri de jardin. Et ici, quand on a eu un temps magnifique, je les ai sorties. Et elles se sont faites prendre par les gelées. Donc je me suis dit, bon, voilà. De toute façon, je n'ai plus de place dans mon jardin parce que d'autres plantes ont pris la place. Donc je les avais en pot, mais je ne pouvais plus les mettre dans mon jardin.
- Nicolas
Tu l'aimes bien, cette plante-là ?
- Benjamin
Oui, oui, oui.
- Nicolas
Alors, au prix régulier et fort, sans la discussion entre professionnels du jardinage, c'est une plante qui coûte 5 euros.
- Benjamin
Oui, c'est vrai.
- Nicolas
Alors... elle te produit combien sur l'année ? quand même pas mal est-ce qu'elle ne vaut pas ces 5 euros annuels et déstraités comme une plante que tu achètes chaque année ?
- Benjamin
comme ma place se réduit et comme je vais chaque année dans le sud de la France en Drôme ou dans les Cévennes et que j'aime bien fréquenter les petites épiceries locales alternatives j'envoie toujours des paquets et la quantité c'est vraiment pas cher du coup je préfère Merci. acheter de la verveine citronnée là-bas ou...
- Nicolas
Et soutenir un artisan local.
- Benjamin
Ça coûte quand même, parce qu'ici c'est gratuit de manger là, ça coûte quand même, ça soutient un artisan local. Et puis je pense qu'au niveau aromatique, c'est plus intense. Par contre, en parlant de ça, elle s'associe très bien avec l'estragon. J'ai fait un assemblage verveine citronnée et estragon, c'est une tuerie. Moi, je vous le conseille.
- Nicolas
Tu m'as ouvert un bocal tout à l'heure d'un assemblage de plantes qui est aussi... Une tuerie.
- Benjamin
C'est l'hélicryse italienne assemblée avec le romarin.
- Nicolas
Incroyable.
- Benjamin
Oui, un assemblage de deux espèces différentes. Personne ne fait de l'hélicryse italienne en tisane. C'est ce qu'on m'a dit.
- Nicolas
Mais tu fais très peu et on l'utilise très peu aussi en cuisine. Or, c'est une vedette dans les huiles essentielles, par exemple.
- Benjamin
Complètement, oui. Mais en fait, en tisane, elle est excellente.
- Nicolas
Alors, quelques plantes que tu utilises en tisane à l'unité, que tu ne mélangerais pas.
- Benjamin
La monarde. la monarde elle est tellement fort qu'on peut pas l'assembler tu manges une feuille fraîche, c'est tellement intense que ça brûle presque même les papilles mais sécher c'est aussi intense et en tisane j'apprends seul et elle elle est impressionnante c'est une stimulante en tout cas c'est la plante qui avec moi fonctionne le plus en stimulant c'est impressionnant Il ne faut pas boire ça le soir. C'est comme le café. Ne buvez surtout pas de tisane de monarque le soir, avant d'aller dormir.
- Nicolas
Ou bien bonne nuit festive.
- Benjamin
Oui, voilà. Pour aller sortir après, aller danser. Là, vous allez être en pleine forme.
- Nicolas
Et tu as des exemples de plantes qui, au contraire, s'associent vraiment bien avec plein d'autres.
- Benjamin
Ben, oui, j'ai quelques assemblages. C'est la balote qui se met bien avec beaucoup. Différents assemblages. J'ai deux assemblages. pour la digestion, un assemblage pour les articulations, un assemblage pour l'immunité et en fait la balote, je la mets dans l'assemblage pour les articulations et pour le calme. C'est mon cinquième assemblage et la balote, franchement, je la mets dans beaucoup d'assemblages.
- Nicolas
C'est très étonnant parce qu'elle est appelée balote fétide, réputée pour avoir mauvais goût et puis toi, tu la bois. comme ça au quotidien ou presque. Tu l'as décrit comme étant peut-être à beaucoup d'assemblages. Merci de remettre la balote en valeur dans cette émission-ci.
- Benjamin
C'est ton travail de fin d'étude. Oui, oui.
- Nicolas
Bon, j'ai vu un petit peu les quantités que tu produis là, dans tous tes petits sacs en craft, en papier craft. Qu'est-ce que tu vas faire de tout ça à l'avenir ? Tu ne vas plus arriver à boire tout ça.
- Benjamin
Ah non, c'est vrai que je consomme beaucoup de tisane Ouais. Je bois un litre et demi de tisane par jour et un litre d'eau pure par jour aussi, à peu près. C'est à leur moyenne. On va dire entre un litre et un litre et demi de tisane, un litre et un litre et demi d'eau.
- Nicolas
Oui, on a un mètre cube de tisane.
- Benjamin
Oui, c'est ça. Et donc, depuis quelques années, j'en produis tellement que j'en donne aux gens qui sont ravis. Et je préfère donner à ces personnes-là qui les consomment avec envie et désir. Et donc, en fait, je donne à ma maman, mon papa, des amis très proches. Et j'ai cinq assemblages. Et maintenant, je leur donne par paquet de cinq assemblages. Mes cinq assemblages, je leur donne d'un coup. Et puis, j'attends qu'ils aient fini de les consommer pour que je leur en redonne. Et ici, en fait, comme je suis dans la création d'un jardin au naturel, quand je dis au naturel, c'est vraiment privilégier les espèces indigènes et les plantes aromatiques. adapté à nos écosystèmes, je ne mets pas d'horticoles, je ne mets pas d'ornemental dans un jardin, je mets que de l'indigène, même les plantes accabassées indigènes. Ici j'ai mis du lamier blanc, j'ai mis du millepertuis, j'ai mis de la lierre. de la renouée bistorte de la Reine des Prés que j'ai eue via Happy Flora, Séverine Danse, qui est une amie d'ailleurs, et qui travaille avec toi. Donc vraiment, je refais un jardin naturel, un jardin écologique. J'essaie de recréer des écosystèmes naturels qu'on est en train de perdre de plus en plus. Mais voilà, ça me permet en tout cas de faire un jardin écologique. Mais ces plantes-là, je vais les diffuser aussi à mes clients qui me demandent de faire leur jardin. Et donc en fait, ça va leur permettre de savoir comment valoriser les espèces cultivées, aromates ou même indigènes, pour la consommation en plantes sauvages comestibles ou en plantes aromatiques médicinales en tisane. Et donc je fais ici, je leur propose de venir chez moi faire des formations. Ça dure de 10 à 15 heures, donc 5 heures. On prend 4 heures vraiment de temps utile pour vraiment faire la formation et une heure de pause entre les deux pour manger entre nous, manger une petite salade du jardin. Et les gens reviennent dans une berge espagnole. Chacun apporte ce qu'il peut amener de chez lui. Et moi, j'offre les produits du jardin. Mais je leur permets aussi de repartir avec un assemblage qu'ils auront façonné eux-mêmes, soit des assemblages que moi, je produis aussi. pour qu'ils repartent avec ce type d'assemblage et qu'ils s'en inspirent chez eux. Mais toute personne peut faire son propre assemblage. Moi, ce que je conseille dans les assemblages, c'est de garder dans l'assemblage les plantes qui ont les mêmes valeurs médicinales. On va partir sur un assemblage plutôt dans l'amélioration de la digestion, plutôt un autre assemblage dans les problèmes articulaires, un autre pour garder, faire venir le calme. apaisé pour le soir avant d'aller dormir.
- Nicolas
Tu me dis que tu refiles de tes tisanes à tes amis, à ta famille proche. Eux, ils en ont des attentes médicinales ?
- Benjamin
Oui, oui, oui. Mon papa qui a le même problème que moi, mais qui n'est pas du tout ouvert à tout ça, mais qui demande avec plaisir et avec insistance parfois, parce que quand il n'en a plus, il m'en redemande.
- Léana
Parce qu'en fait, il aime bien. Il aime bien. C'est juste qu'il aime bien. Il aime bien boire ça. Et si en plus, je lui dis que c'est bon pour lui, du coup, il est content d'en boire. Ma maman, c'est aussi pour plutôt le côté savoureux. La gastache, par exemple. Elle aime beaucoup. C'est quelque chose de très aromatique. Donc, il y a ce côté-là. Ma filleule, Lola, elle est plus dans le côté tranquillité pour le soir. La tisane. comme on dit, camomille tilleul. Et donc, elle est vraiment dans... La tisane, pour elle, c'est avant d'aller dormir.
- Nicolas
Tu te vois comme un médecin quand tu fais ça ?
- Léana
Pas du tout. Moi, je me vois comme un jardinier, quelqu'un qui travaille avec la nature et qui en jouit, qui la valorise. Parce qu'une plante, elle vit toute sa période de végétation et pour bien passer l'hiver, elle a besoin d'être soignée. Si tu veux la conserver dans ton jardin, il faut en prendre soin. Et donc c'est ça que j'aime bien. Et la valoriser, c'est encore mieux. C'est la mettre à l'honneur. Donc non, non, j'adore ça. Pour moi, c'est accompagner la nature dans son développement et la valoriser. Alors j'aime beaucoup l'archéologie, toute l'histoire ancienne, l'évolution de l'espèce humaine. On a quand même une espèce homo sapiens sapiens qui a 300 000 ans d'existence. Les archéologues ont fait des... de recherche génétique. Seulement depuis la fin de la glaciation, 16 000 ans, l'homme a pu se sédentariser, a pu cultiver, a domestiqué la nature de manière beaucoup plus importante qu'avant. Et donc on a perdu un peu ce côté chasseur-cueilleur où on courait dans la nature pour aller chercher la nourriture. Et en fait, notre alimentation a changé drastiquement. de 10 000 ans depuis la sénatarisation, mais surtout en l'espace de 200 ans, depuis le début de la révolution industrielle en 1825, où là, tout a explosé. Et puis seulement en 1950, après la Deuxième Guerre mondiale, on a industrialisé l'alimentation. Donc on a vendu l'alimentation dans des magasins avec des taux de sucre, de lactose, de gluten exorbitants.
- Nicolas
Et sous cellophane.
- Léana
Et sous cellophane. Et dans des chambres à atmosphère contrôlée où il n'y a plus d'oxygène pour garder des pommes. nickel pendant deux ans. Mais du coup, on est sortis totalement des habitudes naturelles de consommation. Si on retourne juste en dessous de 1950, on consommait encore des soupes d'ortie, on consommait encore des salades de pissenlit, on mangeait la bardane, les racines de bardane. Et là, en l'espace de 75 ans, on a complètement muté, changé. Et ça a posé des problèmes, le diabète. l'intolérance au lactose, l'intolérance au gluten et toutes les maladies de stress liées à cette société folle. Mais donc du coup, le fait de me rapprocher de cette consommation qu'on avait il y a 75 ans, ça me réconforte et ça me fait du bien, juste par le moral. Et puis m'imaginer il y a 10 000 ans en train d'aller cueillir des baies et cueillir des feuilles de laitue sauvage, ça me conforte encore plus.
- Nicolas
Benjamin, tu as un dernier conseil à donner pour des gens qui installeraient des aromates, des médicinales chez eux ?
- Léana
Oui, comme je le disais, c'est bien de valoriser. Il faut faire attention parce qu'au début, je voulais valoriser un maximum. Et donc, je ratiboisais les plantes.
- Nicolas
Ratiboiser ?
- Léana
Je coupais tout. Je coupais à ras. Et donc, pour l'origan vulgaire, tu peux te permettre. Parce que c'est une plante. indigènes. Tu peux couper à ras, elle a un système racinaire et une capacité de se régénérer facilement, puisqu'elle est adaptée à nos hivers. Par contre, les plantes comme la sauge officinale, ou l'isopre par exemple aussi, ces deux espèces-là, par exemple, j'ai eu des soucis. On est perdu parce que j'ai coupé tout à ras au niveau de la souche. Donc, en pensant que l'année d'après, les bourgeons allaient ressortir et j'allais avoir plein de têtes pour faire des branches. Mais en fait, non, j'ai perdu totalement le pied. Je vais conseiller de valoriser les plantes par rapport à leurs besoins en photosynthèse, parce que les plantes méditerranéennes photosynthétisent pendant l'hiver. Et ça, on n'en prend pas conscience. Donc, il faut laisser des feuilles. C'est les plantes s'impervirantes.
- Nicolas
Donc, il faut tailler.
- Léana
Il faut tailler.
- Nicolas
On est d'accord. Les plantes médicinales, aromatiques se taillent et se récoltent, mais... ont quand même besoin de faire de la photosynthèse sur tous les méditerranéens. On résume comme ça ?
- Léana
Voilà,
- Nicolas
c'est ça. Parce que tu avais une justification de type... botanique, physiologie de la plante ?
- Léana
Il faut faire son expérience sur les espèces, c'est variable. Moi, je coupais tout à ras. Tout. Même la gastache, même la monarde, même la hierba buena. J'ai tout coupé à ras parce qu'en hiver, je considère que la plante passe dans une période de dormance. Et donc, ça n'a pas de sens de laisser des branches Je... qui au printemps vont devoir drainer de la sève, autant repartir sur des bourgeons qui seront au niveau de la souche et qui referont des tiges. Mais c'est vrai qu'il y a deux espèces dans mon jardin, la souche officinale et les oeufs qui ont eu des problèmes de redémarrage. Et donc j'en ai même perdu. Donc je pense qu'il faut vraiment faire gaffe, le romarin ne perd jamais ses feuilles en hiver. Et donc je pense que si on le resserre, on s'en rend. C'est un buisson, donc on ne va pas receper un buisson. Mais si on recèpe le romarin, on le tue.
- Nicolas
Benjamin, c'est une belle soirée qu'on passe chez toi. Il fait beau, on entend encore les oiseaux. Je te remercie pour toutes ces précisions, mais je voudrais vraiment terminer par une dernière question avant qu'on rentre. Tu as une formation en médecine ?
- Léana
Non.
- Nicolas
Non. Tu as une formation d'herboriste ?
- Léana
Non.
- Nicolas
De pharmacie ?
- Léana
Non.
- Nicolas
Tu es juste passionné ?
- Léana
Je suis passionné, oui.
- Nicolas
C'est le plus beau. Merci Benjamin.
- Léana
Et à tout bientôt. À bientôt Nicolas.
- Benjamin
Et voilà, c'est la fin de cet épisode de Vox Officinalis. Merci d'être resté jusqu'au bout. On espère que cette discussion vous a inspiré et donné envie d'en apprendre encore plus sur les plantes médicinales et l'herboristerie. Pensez à vous abonner pour ne rien jeter et surtout à partager le podcast autour de vous. Ça nous aide énormément. Vous pouvez aussi nous retrouver sur Facebook et Instagram pour vous abonner à la distillée de notre infolettre mensuelle, pour suivre toutes les activités de Folia Officinance. Pas de publicité, juste de la passion, de la curiosité, et vous qui faites vivre ce projet. Prenez soin de vous, restez curieux, et à très vite dans vos oreilles.