- Léana
Bonjour et bienvenue sur Vox Officinalis, le podcast qui s'interroge sur le monde fascinant de l'herboristerie et des plantes médicinales. Chaque épisode vous apportera des connaissances précieuses et des conseils pratiques pour intégrer les plantes médicinales dans votre vie. Dans cet épisode, nous avons poussé la porte de la ferme familiale d'Emmanuel, la Vert'Veine, une herboristerie tea-room à Grez-Doiceau. Entre les effluves de tisane et l'atmosphère chaleureuse qui rappelle les petites boutiques du sud de la France, Emmanuelle nous partage avec passion son histoire et la philosophie qui anime ce lieu. Alors prenez un moment pour vous, détendez-vous et laissez les voix du jour vous guider au fil de l'échange.
- Nicolas
Bonjour Emmanuelle.
- Emmanuelle
Bonjour Nicolas.
- Nicolas
On peut se tutoyer ?
- Emmanuelle
Oui bien sûr.
- Nicolas
Oui, bon. Pour te situer auprès de nos auditeurs, je te connais parce que nous avons eu cours d'herboristerie ensemble, c'est-à-dire que tu étais ma formatrice dans un institut subventionné par la région Wallonne.
- Emmanuelle
C'est ça, et je donnais le cours de transformation des plantes pour les deuxièmes années, donc en toute fin de formation d'herboristerie.
- Nicolas
Voilà, et tout d'abord, je te remercie de nous accueillir dans ce très bel endroit.
- Emmanuelle
Avec plaisir.
- Nicolas
Tu nous le décris ?
- Emmanuelle
Alors, c'est... C'est une herboristerie et un salon de thé. On a deux parties dans l'établissement. Et c'était la ferme de mes parents. Donc, j'ai voulu y remettre ici la partie herboristerie, qui est ma passion et mon métier de cœur. Et le salon de thé, parce qu'on est dans un cœur de village et qu'il manque souvent de convivialité dans les cœurs de village. On n'a plus rien, on n'a plus beaucoup d'endroits où on peut s'arrêter, se poser, parler. Voilà. Et donc, je voulais remettre aussi une partie conviviale et proposer des produits de qualité dans le salon de thé, puisque comme je fais des tisanes, du coup, elles peuvent directement alimenter le salon de thé.
- Nicolas
Tu composes des tisanes ?
- Emmanuelle
Je compose des tisanes. Je ne produis pas pour l'instant, c'est le prochain projet C'est de compléter l'herboristerie et le salon de thé avec une production en plantes médicinales propre et de pouvoir avoir des tisanes dont les plantes ont poussé directement sur site. On les a fait sécher, on compose la tisane et on peut les déguster. Du coup, on a l'ensemble du parcours de la plante depuis la production jusqu'à la dégustation.
- Nicolas
Ton entreprise s'appelle La Vert'Veine . La Vert'Veine en deux mots.
- Emmanuelle
C'est ça, avec un petit jeu de mots.
- Nicolas
Avec un petit jeu de mots sur le mot vert, sur nos veines. Et puis, pour donner le nom de la plante, la Verveine célèbre en tisanerie. C'est quoi la Verveine en tisanerie ?
- Emmanuelle
C'est une plante, déjà, qui a un goût très agréable. C'est une plante qui est apaisante, qui est digestive. Donc, c'est vraiment une plante qui nous invite d'office à un côté bien-être. Ce n'est peut-être pas la plus technique des plantes, mais en tout cas, ça fait partie, à mon sens, des plantes plus agréable en termes de bien-être.
- Nicolas
On va se battre.
- Emmanuelle
Pourquoi ?
- Nicolas
Parce que on n'est pas d'accord là, mais je devine que tu me parles de la Lippia triphylla, anciennement Aloysia citriodora, et communément appelée par... les consommateurs de la Verveine.
- Emmanuelle
Ah oui, tu parles de la Verveine officinale. Ah oui,
- Nicolas
la Verbena officinalis.
- Emmanuelle
Tout à fait. Qui est une plante que j'ai déjà travaillée aussi, mais qui plaît moins aux consommateurs de par son amertume, parce qu'elle a une superbe fonction au niveau du foie, très intéressante, et elle va vraiment activer l'organisme. Mais c'est vrai qu'elle est moins agréable au goût. et pourtant elle... et elle est moins utilisée en herboristerie actuellement, alors qu'elle mériterait de revenir. Peut-être que je devrais en fait la mettre dans la tisane. Soit, plutôt que des plantes comme la Fumeterre ou l'Artichaut qui n'est pas buvable, peut-être que je pourrais faire revenir dans la Verveine officinale. Ce serait une bonne idée.
- Nicolas
On a fini de se battre. On est en paix. Explique-moi un peu comment est né ton projet La Vert'Veine ici.
- Emmanuelle
J'ai eu un herboristerie pendant dix ans sur une route de passage. J'avais envie depuis très longtemps de refaire quelque chose dans la ferme ici, dans la ferme de mes grands-parents, avec un concept plus large que juste un magasin de vente. J'avais envie, même si je faisais déjà des formations, j'avais envie aussi qu'on puisse refaire des formations, qu'on puisse se poser, qu'il puisse y avoir ce côté convivial que j'avais moins de l'autre côté, ou que je n'avais pas en tout cas avec le salon de thé . Et puis la fermeture du magasin a précipité un peu ici. Et donc l'idée, comme je l'ai dit tantôt, c'est de pouvoir remettre aussi une production de plantes médicinales et d'avoir un chemin complet de la production jusqu'au consommateur final que je ne peux pas faire de l'autre côté. Et c'est utopique de se dire qu'on va être sur plusieurs sites. Ce n'était pas possible. J'ai déjà lancé une production ici et alimenté l'herboristerie de l'autre côté. Mais en fait, non, on ne sait pas être... C'est déjà tous des métiers différents. Si en plus, on doit se répartir sur plusieurs sites, c'est vraiment très compliqué. Ou alors avec des entreprises plus grandes, plus de personnel, ce qui n'était pas spécialement mon envie.
- Nicolas
De pouvoir s'installer comme ça, dans une ferme, véritablement, il y a un côté où je retrouve des actes de mon enfance. Et déjà, qui était en voie de désuétude dans mon enfance. Je précise que j'ai 56 ans, donc mon enfance était il y a un demi siècle.
- Emmanuelle
Et en fait, je vais même aller un tout petit peu plus loin par rapport à la ferme, c'est que j'ai déjà un dépôt de pain tous les mercredis, avec un boulanger qui fait du pain bio au levain, cuit au feu de bois, il fait pousser son levain tranquillement lui-même, avec un pain vraiment de qualité. Et j'ai une amie qui s'est lancée dans le maraîchage, là elle vient de déménager du terrain, donc on a un petit creux, mais elle va mettre son dépôt de légumes ici, dès que ça aura repoussé. Et ça, c'était aussi très important pour moi de remettre un côté nourricier à l'affaire. Donc, de compléter la partie herboristerie et bien-être avec un côté nourricier. Moi, je ne fais pas, je ne vais jamais faire pousser des légumes, je ne vais jamais être maraîchère. Si j'arrive à faire pousser mes plantes, je serais déjà fière de moi. Mais ça me tenait vraiment fort à cœur. Et dans le projet initial ici, on aurait souhaité mettre un marché producteur. Les bâtiments sont ce qu'ils sont. Dans les fermes, il y a beaucoup d'investissements à faire. Les matériaux ont fort monté. Donc, on a laissé tomber, en tout cas pour l'instant, cette partie-là. Mais avec les producteurs qui peuvent mettre leurs dépôts ici, on peut quand même ramener un côté nourricier et proposer aux consommateurs de pouvoir trouver plus que du bien-être, mais aussi des produits de base, en tout cas en alimentaire, en frais, et de se fournir directement aussi chez le producteur ou chez l'artisan boulanger
- Nicolas
Combien d'habitants ici dans le village ?
- Emmanuelle
Archennes, 600 peut-être, peut-être un peu plus. Archenne c'est un village qui est assez étendu, c'est un village de passage.
- Nicolas
C'est un village, donc je le situe pour les auditeurs-là, du Brabant Wallon, le long d'une chaussée qui va de Wavre à Leuven.
- Emmanuelle
C'est ça.
- Nicolas
Louvain pour le citer en francophone . Et donc, on a la rivière , la chaussée, une voie de chemin de fer.
- Emmanuelle
Oui.
- Nicolas
Et plus beaucoup de commerces sauf sur la chaussée.
- Emmanuelle
Sur la chaussée, dans le centre de Grez-Doiceau, mais sur Archennnes, on n'a plus aucun commerce. C'est simple. Je suis la seule. Alors, en fait, ici, c'était une route qui allait vers les anciennes usines à côté de l'abbaye de Florival, les anciennes usines Tudor. Donc, il y avait des ouvriers, il y avait une brasserie... Il y a une super ASBL qui fait rebrasser une des bières qui étaient faites à la brasserie ici et que je vends au salon de thé en dégustation. Donc on avait des ouvriers, on avait des cafés, on avait des épiceries, il y avait un boucher au coin de la rue et y a plus rien. C'est une longue rue de passage qui menait à pas mal de points de travail. On avait aussi un Home, il y a une école, il y a une gare, il y avait une abbaye plus loin. Donc voilà, il n'y a plus rien de tout ça. Ce qui est un petit peu dommage. C'est bien de remettre... un peu de vie dans les villages. Après, c'est un gros boulot de communication parce qu'il faut que les gens le voient, que les gens prennent le temps de s'arrêter ou de faire un petit détour si ce n'est pas pile sur leur route. Et ça, c'est un peu compliqué parfois.
- Nicolas
Tu m'as cité un maraîcher, un boulanger local. Tu m'as cité d'autres producteurs locaux avec lesquels tu collabores.
- Emmanuelle
Alors je collabore aussi avec la boucherie qui est dans le village aussi, qui est sur Gastuche, puisque comme je fais des assiettes à midi et des soupes que je fais moi-même, alors du coup je propose d'accompagner les charcuteries où je fais des paninis , et du coup j'essaie de me fournir dans la mesure du possible le plus local possible, et chez le boucher je prends la charcuterie de préférence qu'il fait lui, qu'il prend chez un autre producteur. Donc, je prends son jambon cuit, les saucisses sèches qu'il fait lui-même, la noix fumée et un jambon cru qu'il ne fait pas, mais on peut nous garantir que c'est un autre artisan qui le fait. Voilà. Je dois encore recontacter l'apiculteur . Ça, je ne l'ai pas encore relancé, mais j'ai un apiculteur avec lequel je travaillais. Et l'ASBL Arch'en Bières qui rebrasse la "Super Archennes". Et même pour les limonades, c'est pas producteurs locaux, parce que ça, je n'ai pas trouvé, mais j'ai choisi des limonades belges, en bio, sans additifs. Autant que les produits à la carte soient les plus locaux et les plus naturels possibles, on ne trouvera pas, comme on l'a déjà demandé, il n'y a pas de Coca chez moi.
- Nicolas
Il y a du café.
- Emmanuelle
Il y a du café.
- Nicolas
Qui n'est pas local
- Emmanuelle
Le café ne pousse pas en Belgique, comme plein de plantes. Mais par contre, le torréfacteur, c'est un torréfacteur de la région de Charleroi, qui vient au marché de Gré et qui vient au marché de Wavre. Je prends mon café, c'est lui qui torréfie. Il est toujours torréfié frais. Je ne fais pas de stock. Il me l'amène au fur et à mesure. Je prends un kilo, deux kilos à la fois. Et la machine moud, nous, comme ça on a le plus frais possible, la plus belle qualité, et je prends son mélange barista bio. Pour avoir aussi le plus naturel et le plus sain possible, même pour le café. Même si moi, je ne bois pas de café.
- Nicolas
Explique-moi un peu comment ça se passe. Quelqu'un pousse la porte, de la Vert'Veine, rentre et puis il découvre ta carte. Comment ça se passe ensuite ?
- Emmanuelle
Alors, soit il vient pour la partie herboristerie, donc là, il prend à droite, en rentrant, il y a le comptoir, il y a les plantes, les compléments alimentaires, les huiles essentielles, soit il a envie de se poser, il prend à gauche, il rentre dans l'autre pièce et on a une carte avec des boissons chaudes, forcément dans un salon de thé, on a des thés, des tisanes. Soit il a le temps de prendre un petit lunch. Donc là, il y a des soupes maisons, des paninis, des suggestions à l'occasion. Et alors, je fais aussi un petit peu de sucré pour accompagner les tisanes. Pour ceux qui ont envie d'un goûter ou d'un petit craquage sucré. Alors, je travaille, c'est vrai que j'ai oublié de la citer, je travaille aussi avec une cake designer qui fait beaucoup de gâteaux de mariage magnifiques. Et c'est une écossaise. Et quand je lui ai parlé de mon projet de salon de thé, j'ai dit, tu ne veux pas me faire des cupcakes ? Elle m'a dit, non, les cupcakes, tu sais, les crèmes, ça ne garde pas. Mais je rêve de faire des loaf cake . Et donc, loaf cake, ce sont des quatre-quarts. Et elle me les fait à plein de gouts différents, et le mercredi elle m'apporte deux goûts, à son choix. Et donc, elle trouve ça super d'avoir des cakes à trancher, qui sont proposés dans les salon de thé, en tant qu'écossaise ils ont une plus grande culture du salon de thé que nous, et donc c'est un projet qu'elle ne fait pas habituellement, et elle kiffe de m'apporter des loaf cakes, des cakes à trancher. Donc cette semaine, j'ai citrus huile d'olive, que j'avais déjà eu, qui est très bon. Et l'autre, c'est une nouveauté, noisette, graine de pavot. C'est une tuerie. Donc j'ai parfois framboise, vanille, j'ai parfois chocolat, j'ai eu spéculoos, enfin voilà, elle m'apporte deux cakes, comme ça on a du choix, ça change toutes les semaines et on peut accompagner la tasse de thé ou de café ou de tisane. Et alors je fais des crêpes. Là, c'est moi qui le fais. Je les fais maison, je les fais minute à la demande. Et on verra en projet. J'espère avoir les glaces de Mme Clown, qui est à Grez. On en a déjà discuté. Il faut juste qu'on mette ça en route. On essaie de proposer...
- Nicolas
La Veine, dynamique
- Emmanuelle
C'est ça.
- Nicolas
Elle n'est pas que verte.
- Emmanuelle
Oui, c'est ça.
- Nicolas
Là, tu viens de le citer. Toute une série d'envies du client.
- Emmanuelle
Oui.
- Nicolas
Le client sait aussi que tu es herboriste. Est-ce qu'ils arrivent avec des besoins, demandes d'optimisation de la santé, de soins ou autre, par rapport à ton offre sur carte , coté salon de thé, est-ce qu'il y a des besoins médicaux qui sont exprimés, des besoins de soins ?
- Emmanuelle
Dans la salon de thé, peu, en tout cas pas des besoins très techniques, mais oui, ça arrive que des clients me demandent, me disent la je digére pas très bien, vous n'avez pas quelque chose pour la digestion ? Je suis hyper stressée. Qu'est-ce que vous avez ? Évidemment, on ne va pas, le conseil, on va dire, laxatif, on ne va pas me demander au salon de thé. Mais en tout cas, sur des petites problématiques, on va dire plus de bien-être que santé profonde, oui. Et donc, ça m'arrive aussi de recomposer des tisanes. Alors, je demande maximum trois plantes pour ne pas commencer à sortir cinq plantes pour composer une tisane qu'on va consommer. Mais oui, je peux aussi faire des tisanes à la demande ou des envies de goût particulier. « Ah, moi, j'aime bien le gingembre. Vous voyez quoi avec, pour que ce soit plus digestif, parce que la tisane petit-déjeuner, il y a quelque chose dedans que je n'aime pas ou je n'ai pas envie d'avoir le côté trop tonique. J'ai envie d'avoir du gingembre, mais un peu moins tonique qu'avec le cassis, qu'est-ce que vous pouvez me proposer ? » Donc, je peux recomposer aussi à la demande, soit selon un goût particulier, soit pour accompagner une plante en particulier, soit pour un besoin bien spécifique. Je suis fatiguée, je dois tenir ma journée, on va aller sur quelque chose de plus dynamique.
- Nicolas
C'est ce que je fais. Mon café est ici maintenant. C'est vrai que ça répond à un besoin de poursuite de la journée.
- Emmanuelle
C'est ça.
- Nicolas
Tu fais des ateliers ici ?
- Emmanuelle
Je n'ai pas encore recommencé mes ateliers d'herboristerie parce que j'ai encore une terrasse à faire. Je voudrais bien cloturer mes chantiers avant de reprendre les ateliers que j'organise moi. Mais ils vont arriver. J'ai repris les collaborations avec d'autres qui proposent des ateliers chez moi. Donc, mon ancienne collègue Sandrine fait des petites consultations ici. Ça s'appelle les guidances de Sandrine. J'ai quelqu'un qui a fait un oracle avec des huiles essentielles qui va venir faire un atelier. Elle l'a déjà présenté une fois, là maintenant elle va venir faire un atelier. On a d'autres choses qui sont en projet. J'ai des ateliers d'écriture aussi qui viennent se faire ici. Alors, c'est pas moi qui les organise, ils se sont déjà servi du lieu et ils vont encore revenir. Voilà, on a des choses qui vont arriver et on reprend les animations. Et j'ai aussi un apéro-gémmo qui va arriver. On va présenter la gemmo, donc ça, ça va se faire avec un labo. On va présenter la gemmo familiale, la gemmothérapie familiale et on va faire ça de manière conviviale au moment de l'apéro.
- Nicolas
Il y a d'autres projets comme ça pour renforcer le lien avec la communauté locale ?
- Emmanuelle
Pour l'instant, comme ça, rien ne me vient. Mais voilà, ça fait que trois mois que j'ai ouvert, donc ça se met tout doucement en place. Je serai aussi au marché des saveurs à la Saint-Georges dans dix jours pour aussi faire parler du magasin et de l'herboristerie pour amener ensuite les gens à revenir vers ici, parce que, comme il faut trouver Archennes, de temps en temps, c'est bien que j'aille vers les citoyens s'ils n'arrivent pas jusqu'à moi. Et donc, on a aussi un gros événement qui existe depuis des années qui s'appelle les semaines du bien-vivre à Grez-Doiceau , où là il y a un salon le dernier dimanche d'août avec tous ceux qui participent au bien-vivre à Grez-Doiceau, que ce soient des ASBL ou du commercial, je dirais. Mais même en commercial, on peut aussi participer au bien-vivre d'une commune, d'une région, d'un quartier.
- Nicolas
Emmanuel, ça fait longtemps que tu es dans les plantes médicinales, au sens large.
- Emmanuelle
Oui.
- Nicolas
Ça te vient de quel âge, de qui ?
- Emmanuelle
Mais je ne sais pas.
- Nicolas
Qu'est-ce qui t'a dirigé vers ça ?
- Emmanuelle
J'imagine que ça doit être mon enfance à la ferme, puisque mes parents habitent juste à côté de là où on est maintenant, la Vert'Veine maintenant. Et donc, je n'ai jamais eu de babysitter. Je faisais des stages si j'avais envie, mais ce n'était pas nécessaire, puisque ma grand-mère, je ne vais pas dire qu'elle ne travaillait pas, ce ne serait vraiment pas gentil, mais comme elle était à la maison, mes grands-parents étaient tous les deux agriculteurs, elle était là tout le temps, puisqu'elle s'occupait, il y avait des vaches laitières, donc il y avait la traite, il y avait les animaux, il y avait les cochons. Et puis, ma grand-mère faisait le beurre, faisait le lait. Ça doit certainement venir de là, quand j'étais petite, je jouais déjà au restaurant en plus. J'installais mon frère et ma cousine. Et alors, on allait cueillir les groseilles, les cassis, je les écrasais, je remettais du sucre. Quand c'était les fraises, on les écrasait dans le fromage blanc de ma grand-mère. Et hop ils étaient priés de venir au resto. On infusait de temps en temps le cassis dans l'eau. Ça doit me venir de là ! Il n'y avait pas de production des plantes médicinales ici. Je n'ai pas d'herboriste dans ma famille. Et de ce que j'ai oublié dans mon enfance.
- Nicolas
On se croirait dans le sud de la France.
- Emmanuelle
Ah bon ?
- Nicolas
Avec cette porte. qui s'ouvre qui se ferme, les clients qui rentrent, le "ding" de la caisse, il y a une ambiance. Et moi, je pensais, non pas un voyage spatial, mais temporel. On se croirait comme il y a... et je t'en ai parlé une ambiance comme je l'ai vécu enfant.
- Emmanuelle
Oui, quand il y a un peu de monde, c'est super chouette. Là, j'ai des personnes plus âgées, parfois qui viennent, j'ai des groupes. Des groupes de copines, des groupes de marcheuses. J'avais la chorale de l'église l'autre jour, de l'église du village d'à côté. Et c'est comique parce qu'en fait, elles rigolent, elles s'amusent. Et donc, je peux avoir cette ambiance-là vraiment de rigolade. Et puis parfois, j'en ai qui se posent, qui disent rien. J'ai des oracles et des cartes qui sont ouverts. Ils prennent juste un thé dans une ambiance plus feutrée. Habituellement, j'ai de la musique ici. Je ne l'ai pas mise pour l'enregistrement, mais pour maintenant de la musique aussi. Et qui se pose juste en tirant une carte avec juste une tasse de thé ou de tisane chaude.
- Nicolas
On a beaucoup de questions à te poser. Mais si tu pouvais mettre en valeur auprès de nos auditeurs une plante médicinale que tu aimes vraiment.
- Emmanuelle
Oui, alors moi, j'aime beaucoup l'Aspérule odorante . C'est une plante qui, je trouve, Elle a plein de qualités. D'abord, elle est très agréable au niveau du goût. C'est une plante qui est apaisante, une petite fluidifiante sanguine. Mais ce n'est pas une plante qui va en force, donc on peut l'utiliser sans souci, dans plein de mélanges. C'est une bonne digestive. Ce qui est très intéressant dans l'Aspérule odorante, c'est qu'elle fait l'axe foie-estomac. Elle va aider au niveau de la digestion, au niveau de l'estomac, permettre un drainage de l'estomac, pas aussi fort que la Mélisse, mais elle aide quand même bien. Et elle va activer un peu le foie. Et ça, je trouve assez intéressant d'avoir une plante qui travaille sur les deux organes. On peut la mettre le soir, mais on peut la mettre aussi en journée, dans une tisane digestion, ou on peut même juste la prendre comme ça. Son goût peut se suffire aussi à lui-même. Ça, ça fait partie des plantes que j'aime bien travailler, que je mets facilement dans mes mélanges, que ce soit dans les mélanges apaisants ou dans les mélanges digestifs. Et puis bon, je ne me lance pas dans le maitrank, mais c'est aussi très intéressant. On peut l'utiliser aussi en plaisir avec le vin de mai, mais là, on est moins évidemment dans la santé. On est plus dans le plaisir.
- Nicolas
C'est pourtant pas une plante qui est facile au départ en termes de transformation, elle est délicate au séchage
- Emmanuelle
Elle est délicate au séchage et comme c'est une plante à coumarine, c'est une plante apaisante et c'est une plante qui va fluidifier le sang. Elle a cette odeur de foin coupé qui est spécifique aux coumarines et elle fait quand même partie des rares plantes ou de ces catégories plus résistantes de plantes où on a besoin de les sécher pour avoir les principes actifs. Souvent, quand on me demande « Est-ce que je peux prendre la plante fraîche s'il est dans mon jardin ? » Souvent, oui. Il faut en mettre un peu plus, puisque comme la plante contient en termes de poids je veux dire encore de l'eau, elle est plus lourde quand elle est fraîche que quand elle est sèche. Mais il y a quelques plantes où, si on n'a pas le séchage, on n'a pas tous les principes actifs. Et l'Aspérule odorante en fait partie. C'est aussi une plante un peu technique, d'herboriste, puisqu'il faut pouvoir la sécher pour avoir tout ce qu'on désire aller chercher comme principe actif. Il n'empêche que c'est une très belle plante. Quand on a pris le temps de la sécher et qu'on, sent son odeur, on est récompensé du travail supplémentaire qu'on a eu de devoir d'office la sécher pour pouvoir l'utiliser. C'est une petite plante de sous-bois, c'est une plante de chez nous, elle peut s'acclimater facilement si on la laisse bien, bien à l'ombre, un peu protégée par les autres, elle nous le rend bien.
- Nicolas
À propos de séchage, je vais faire une confession. J'ai été fasciné un jour, parce que tu nous as demandé de prendre 100 grammes de plantes fraîches, de bien les faire sécher chez soi et de te faire rapport de ce qu'on appelle le déchet, éprouvé donc de la perte de la plante aux séchage. Et tu as sorti un carnet . Et soigneusement, tu as noté toutes ces données-là, c'est pas quelque chose qu'on trouve facilement.
- Emmanuelle
Ah oui, non, mais je trouvais que c'était un exercice intéressant d'herboriste parce que, pour moi, d'abord, le séchage, la transformation de la plante juste en matière sèche pour pouvoir en faire de la tisane, c'est la base de l'herboristerie. La tisane, c'est la base. Et on ne s'en rend pas toujours compte. Alors, les plantes, elles peuvent coûter pas très cher, elles peuvent coûter cher. C'est une grande perte en termes de poids entre le moment où on la sèche et le moment où on va pouvoir la consommer. Et c'est intéressant de se rendre compte de ce gap entre les deux et qu'il y a quand même du travail derrière pour pouvoir avoir un kilo de plantes. Il y a quand même un travail assez conséquent de ramassage. Et d'un autre côté, ce n'est entre guillemets jamais "que de la tisane", donc pas non plus avoir des prix qui sont exorbitants. C'est un équilibre délicat pour l'herboristerie en Belgique de savoir quel juste prix on va vendre sa tisane et le coût de la main-d'oeuvre en Belgique et du matériel et de toute les taxes qu'on paie, parce que quand même, ça en rajoute beaucoup. On parlait hors micro tout à l'heure des accises. C'est une taxe qu'on a en plus si on veut en faire de la tisane. Donc, ça rajoute aussi du prix à la plante. Et puis voilà, de fait, c'est des données qui sont intéressantes, je trouve, à avoir en tête. Combien il me faut de plantes fraîches pour avoir mon kilo de plantes sèches ? Et on a bien vu dans cet exercice que parfois, on n'a plus que 10%. Il y a des plantes qui sont généreuses, on en a 40%. Il n'y en a pas beaucoup. La plupart des plantes, on est plutôt autour des 20%, 20-25%. Et il y en a où on n'a même que 10% parce qu'on ne prend pas toute la plante. Parce qu'on va juste chercher plus que le pétale et qu'on a dû avoir beaucoup de déchets, on va chercher la feuille qui est sur une branche, on la fait sécher en bouquet suspendu, par exemple, on a le poids de la tige, et puis quand on n'a plus que la matière intéressante en herboristerie et qu'on n'a pris que les feuilles, on a aussi toute la perte du poids de la tige et il nous reste 10% au final. Ce n'est pas grand-chose.
- Nicolas
Qu'est-ce que tu aimerais que les visiteurs vivent pendant leur moment à la Vert'Veine ?
- Emmanuelle
Qu'ils reprennent un moment pour se réapproprier leur santé et leur bien-être en fonction de ce qu'ils veulent rechercher. Je trouve qu'on est dans une société où on nous fait croire que tout est à l'extérieur de nous. On ne se fait plus confiance sur ce qui est bon pour nous. On va le chercher chez les médecins spécialisés, on va le chercher ailleurs, on va le chercher dans des réseaux sociaux, on va le chercher... dans plein d'autres choses, sauf à l'intérieur de soi. Et en fait, on est quand même la première personne qui sait ce qui est bon pour nous, si on s'écoute. Et donc, je trouve que c'est important de pouvoir se réapproprier sa santé, de pouvoir se réapproprier son bien-être. Et l'herboristerie, tout ce qui est santé, bien-être au naturel, permet ça, parce que les plantes, elles poussent pour nous dans la nature. Alors, je ne dis pas qu'on va faire des huiles essentielles, mais on peut se réapproprier un peu de connaissances en prenant du temps pour soi, pour en prenant du temps pour se poser, pour s'écouter, pour chercher un peu de conseil et puis de pouvoir réutiliser, on peut se réapproprier sa santé et son bien-être, en tout cas pour le quotidien. Je ne dis pas pour des choses très compliquées, mais pour le quotidien,
- Nicolas
Et qu'est-ce que tu aimerais qu'il vive, retienne, ressente, en quittant la Vert'Veine, en retournant dans le vaste monde extérieur ?
- Emmanuelle
Un peu de sérénité. un peu de paix intérieure, de la détente, se dire je ressors plus détendu que ce que je me suis entré ou en tout cas avec une certaine sérénité.
- Nicolas
Moi j'ai connu ton commerce en ville, je découvre ici ta ferme, et bien je trouve que tu es mieux ici que dans un commerce en ville. Pour moi, le client, il pousse la porte.
- Emmanuelle
Quand je voulais créer ici et que je ne pouvais pas créer de l'autre côté, en plus, de l'autre côté, j'avais des associés. Il y a toujours une petite retenue ici. Je n'ai pas d'associés, je suis dans la ferme familiale. Oui, j'ai bien ma maman et mes frères qui ont leur mot à dire dans l'organisation de la ferme, mais pas dans l'organisation du commerce. Et donc là, je peux vraiment faire complètement ce que je veux. Voilà, j'espère maintenant que les clients vont suivre parce que ça fait que trois mois que ça a été ouvert et que les clients vont adhérer au projet de cette autre proposition qui est un peu décalée par rapport à un exemple classique en termes de situation géographique et qui est décalée en termes de concept.
- Nicolas
On ne peut que te le souhaiter ! Merci beaucoup, Emmanuelle. Et on se revoit
- Emmanuelle
Merci beaucoup
- Léana
Et voilà, c'est la fin de cet épisode de Vox Officinalis. Merci d'être resté jusqu'au bout. On espère que cette discussion vous a inspiré et donné envie d'en apprendre encore plus sur les plantes médicinales et l'herboristerie. Pensez à vous abonner pour ne rien rater et surtout à partager le podcast autour de vous., ça nous aide énormément. Vous pouvez aussi nous retrouver sur Facebook et Instagram ou vous abonner à la Distillée, notre infolettre mensuelle, pour suivre toutes les activités de Folia Officinalis. Pas de pub ici, juste de la passion, de la curiosité, et vous qui faites vivre ce projet. Prenez soin de vous, restez curieux, et à très vite dans vos oreilles.