- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Vox Officinalis, le podcast qui s'interroge sur le monde fascinant de l'herboristerie et des plantes médicinales. Chaque épisode vous apportera des connaissances précieuses et des conseils pratiques pour intégrer les plantes médicinales dans votre vie. A l'heure où on enregistre cet épisode, c'est le printemps, la saison des amours, mais pas que. C'est aussi la saison vraiment propice à la cueillette sauvage. Mais peut-on cueillir toutes les plantes, partout, toute l'année ? Pour répondre à nos interrogations, nous avons sollicité l'avis de Sabrina.
- Speaker #1
Bonjour Sabrina.
- Speaker #2
Bonjour Nico, bonjour tout le monde.
- Speaker #1
Bienvenue dans le podcast de Folia Officinalis, premier épisode qu'on va consacrer à la cueillette en Wallonie. Alors Sabrina, peux-tu nous dire qui es-tu ?
- Speaker #2
Eh bien, je fais avant tout partie de l'équipe de folio-officialiste depuis environ un an et demi. Sinon, professionnellement parlant, je travaille dans la conservation et la préservation des espèces animales et végétales en Wallonie.
- Speaker #1
Voilà, on ne va pas citer ton employeur, mais tu es spécifiquement bien placée pour parler de la cueillette. Et de ces règles, la première question qu'on va te poser c'est peut-on cueillir en Wallonie ?
- Speaker #2
Oui, on peut cueillir en Wallonie mais pas n'importe où, ni comment, ni n'importe quelle espèce et pas n'importe quand également.
- Speaker #1
Donc on peut cueillir en Wallonie, tu me dis qu'on ne peut pas cueillir n'importe où, n'importe comment, n'importe quoi, n'importe quand, mais qui peut cueillir en Wallonie ?
- Speaker #2
Tout le monde peut cueillir. En Wallonie, c'est une activité qui est vraiment accessible à toutes et tous. Maintenant, il faut un minimum quand même de connaissances, surtout en botanique, afin de ne pas aller cueillir des plantes qui sont protégées par la loi sur la conservation de la nature ou qui pourraient être potentiellement dangereuses.
- Speaker #1
Alors, j'ai appris qu'en Wallonie, il y a évidemment des espèces botaniques qui sont protégées, mais on assimile aussi aux protégées les menacées.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Peux-tu nous dire, et aux auditeurs, où peut-on cueillir en Wallonie ?
- Speaker #2
Il faut vraiment différencier deux espaces bien distincts, qui sont l'espace public et l'espace privé. Et je proposerais de commencer par l'espace public.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Et de quoi est composé cet espace public ?
- Speaker #2
Alors, l'espace public est composé de forêts de manial, de réserves naturelles, de berges et rives. Des voies hydrauliques, donc ces trois zones, on va les appeler comme ça, sont gérées par le service public de Wallonie. Il y a également des zones qui sont gérées par les communes et les provinces, par l'État fédéral et par la SNCB.
- Speaker #1
Ok, ça fait pas mal de place. C'est difficile de s'y repérer. On va mettre évidemment en lien des cartes qui vont pouvoir nous aider à tout ça. On ne peut tout de même pas cueillir dans tous ces espaces ?
- Speaker #2
Non, non, non, bien sûr que non. On ne peut pas cueillir en réserve naturelle, par exemple, que ce soit des espèces protégées ou même des espèces qui ne sont absolument pas protégées, en réserve naturelle, la cueillette est totalement interdite.
- Speaker #1
Alors, pour prendre un exemple concret, je m'en vais en forêt de soigne avec mon panier et je cueille.
- Speaker #2
La forêt de soigne, c'est un cas un peu à part, parce que c'est une forêt qui est à cheval sur les trois régions de la Belgique, donc la région flamande, Wallonne et la région de Bruxelles capitale. Et donc là, la cueillette est interdite.
- Speaker #1
Bien difficile tout ça. Qu'est-ce que tu pourrais donner comme conseil pour savoir si je peux cueillir dans la forêt ou l'espace qui s'offre à moi ?
- Speaker #2
Alors, deux possibilités s'offrent à vous. Il y a des sites internet comme geoportail.wallonie.be
- Speaker #1
Oui, donc on mettra ça en lien dans les textes.
- Speaker #2
On mettra en lien dans les textes. Maintenant, si vous êtes sur le terrain... Eh bien, vous allez essayer de trouver un chemin. Et donc, vous allez emprunter ce chemin. Et en théorie, au bout de ce chemin, vous allez trouver une pancarte qui là va vous indiquer est-ce que c'est une réserve naturelle, une réserve privée, des périodes de chasse aussi. Il faut faire très très attention aux périodes de chasse aussi. Et donc, normalement, vous devriez pouvoir trouver les indications.
- Speaker #1
Le meilleur conseil qu'on peut donner à nos auditeurs, c'est de rentrer dans l'espace convoité, on va dire, c'est un bien mauvais terme, dans l'espace prévu à prospecter, par le plus gros chemin d'accès. Et là, on va y trouver toutes les informations sur l'espace.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
Oui, le partage de l'espace, par exemple, avec les chasseurs. avec des activités de course VTT et compagnie.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Et à propos de chemin, peut-on quitter le chemin pour aller cueillir ce qu'on voit là, à l'œil du bord du chemin ?
- Speaker #2
En théorie, non. Maintenant, il y a quand même une certaine tolérance si on reste à proximité des chemins.
- Speaker #1
Le chemin et les abords du chemin, ça ira.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Toutes les espèces que je vois, je me doute que non.
- Speaker #2
Non, bien entendu. Il faut faire une différence entre les espèces protégées, les espèces partiellement protégées et les espèces qui sont menacées. Donc pour ça, savoir si l'espèce que vous voulez cueillir est protégée ou non, là il faut, enfin je vous invite à aller voir l'annexe, alors c'est l'annexe 6A, 6B et 7 de la loi sur la conservation de nature.
- Speaker #1
Lien évidemment en description et dans les textes. As-tu comme ça en tête une espèce qui est utilisée fréquemment en herboristerie et qui est protégée ?
- Speaker #2
Oui, une espèce assez phare pour les dents des bébés qui est la guimauve.
- Speaker #1
Ah oui, la guimauve protégée en Wallonie, on ne l'accueille pas donc. Voilà, dans le cas de la guimauve, j'aimerais bien la mettre au jardin. Je me dis, je prélèverais bien un petit plant dans la nature. Je le transporterais, je le mettrais chez moi. Je me doute évidemment que c'est interdit.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. C'est totalement interdit. Donc, on ne peut pas la déraciner, même récolter des graines ou cueillir quelques fleurs ou quelques feuilles. C'est totalement interdit. Donc là, on n'a pas trop le choix d'aller en... En pépinière, aller acheter des graines ou des plants de guimauve.
- Speaker #1
Et on peut cueillir toute l'année ?
- Speaker #2
Oui, on peut vraiment suivre la saison des plantes, j'ai envie de dire.
- Speaker #1
Toute la journée, toute la nuit ?
- Speaker #2
Non, la nuit on ne peut pas en fait, on peut cueillir du lever du soleil ou coucher du soleil.
- Speaker #1
Oui, c'est ce qu'on dit souvent dans les milieux chasse et pêche qui sont un petit peu basés sur le même code d'origine. La nuit, c'est les braconniers, ce sont les braconniers, pardon. Dis-moi, en termes de quantité de cueillette, est-ce qu'il y a des données, des limites à ne pas dépasser ?
- Speaker #2
Alors, dans les lieux où vous pouvez cueillir, bien entendu, et si cela ne concerne pas des espèces protégées, on peut cueillir un seau de 10 litres, et ce, tous les jours.
- Speaker #1
10 litres par jour, ça laisse de la marge, évidemment. Tout à fait. Donc, soyons raisonnables. Donc, je suis dans l'espace public, on va dire une forêt domanielle, j'ai mon seau de 10 litres, je cueille... Une espèce qui n'est ni protégée, ni menacée, on va dire de l'aubépine. Et est-ce que je peux vendre cette cueillette ?
- Speaker #2
Alors non, ça doit rester à usage privé. Maintenant, des demandes sont toujours possibles auprès du propriétaire du site. Il faut vraiment voir avec lui.
- Speaker #1
Donc c'est le SPW dans beaucoup de cas, ou les communes, ou les provinces.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #1
Ok, merci, merci. Pour la vente, comment est-ce qu'on peut faire ?
- Speaker #2
Alors dans ce cas-là, il faut aller dans un espace privé. Donc il faut, avant d'aller cueillir, il faut bien entendu avoir l'accord du propriétaire.
- Speaker #1
L'accord préalable.
- Speaker #2
L'accord préalable du propriétaire pour pouvoir aller cueillir. Lui préciser alors dans ce cas-là que c'est dans le cadre d'une revente. Il faut bien se mettre d'accord au niveau des termes. Lui, il peut vous donner l'accord, par exemple, de cueillir bien plus que 10 litres sur votre journée.
- Speaker #1
Et est-ce qu'en espace privé, je pourrais là cueillir des espèces menacées, protégées ? Non,
- Speaker #2
non, toujours pas. Peu importe que ce soit en espace privé ou public, une espèce protégée reste protégée.
- Speaker #1
Et dans l'espace public ? Donc, il y a une forêt domaniale, je vois des beaux bouleaux et j'aimerais prélever la sève. Tu sais, c'est pas mal cette sève de boulot. Oui,
- Speaker #2
tout à fait. Elle a beaucoup de vertu, mais malheureusement... Beaucoup de succès en tout cas. Oui, aussi, et beaucoup de vertu. Mais malheureusement, non, en espace public, on ne peut pas aller récoter la sève. Encore une fois, on doit aller dans ce cas-là en espace privé.
- Speaker #1
Pour parler d'une autre star des plantes, parmi les plantes qu'on croise...
- Speaker #2
La géante !
- Speaker #1
Non, je pensais à l'ail des ours. À l'ail des ours, oui. L'ail des ours, j'aimerais bien l'implanter dans mon jardin, voilà. Et j'en ai vu dans l'espace privé. Est-ce que je peux prélever comme ça l'ail des ours pour le...
- Speaker #2
Dans l'espace privé ? Tu envoies dans un espace privé ?
- Speaker #1
Non, non, dans l'espace public.
- Speaker #2
Ah, dans l'espace public.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut prélever les bulbes ? Non. Pour parler autrement.
- Speaker #2
Non, on en revient... Voilà, on ne peut pas déraciner les... plante en espace public. Donc, nous, on ne peut pas déraciner de l'ail des ours en espace public pour le replanter chez soi. Maintenant, si c'est un espace privé et qu'on contacte le propriétaire du site, là, si on a son accord, on peut, bien entendu, le faire.
- Speaker #1
Donc, la sève et les bulbes, c'est réservé au prélèvement en espace privé. Il n'est jamais question de le prélever en espace. Non,
- Speaker #2
tout à fait, avec l'accord du propriétaire du site.
- Speaker #1
Bon, voilà, j'en viens à toutefois enfreindre les règles que tu m'as bien expliquées. Que risque-t-on ?
- Speaker #2
Ah, craque de dents.
- Speaker #1
Craque de dents, quoi ?
- Speaker #2
Alors, on risque des amendes qui peuvent être plus ou moins élevées. On risque la saisie du matériel et donc du véhicule y compris. Maintenant, si on se fait prendre par un agent du département de la nature, c'est à savoir que ces agents sont des officiers de police judiciaire et donc ils peuvent dresser des procès verbaux. Il peut vous amener devant le procureur, voire devant le tribunal et donc avoir de, comment dire, de... De solides amendes. Voilà.
- Speaker #1
Voilà, on a pas envie de passer au tribunal et je me doute que les récidives sont très graves.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Merci pour tous ces aspects précis en termes de législation autour de la cueillette. Mais il n'y a pas que la législation. Est-ce que tu as des conseils de l'ordre de l'éthique ou de comportement du cueilleur ?
- Speaker #2
Oui, bien entendu. Maintenant, il y a quand même une certaine éthique à avoir quand on va cueillir des plantes. Quand même en laisser un minimum, je pense que la pratique, la bonne pratique veut qu'on cueille seulement 10%. Oui,
- Speaker #1
on entend souvent la règle du tiers, mais si chacun prend un tiers. Oui, mais moi,
- Speaker #2
j'ai même entendu de cueillir 10% et de laisser 90% du tapis végétal, j'ai envie de dire. Comme tu dis, si tout le monde vient cueillir, il ne reste plus rien. Et alors surtout, j'aimerais bien préciser aussi, si on venait à consommer une plante sous quelque forme que ce soit, et qu'on réalise qu'on a pas mal d'effets secondaires, etc., il ne faut surtout pas chipoter. Et moi, je conseille vraiment d'appeler de suite le centre anti-poison, dont on mettra également peut-être, on rappellera peut-être le numéro de téléphone aussi dans le lien.
- Speaker #1
C'est le 070 245 245, mais on l'écrira évidemment dans les liens en annexe.
- Speaker #2
Voilà, et alors ici...
- Speaker #1
Un bon conseil qu'on dit souvent lors des cueillettes et consommation de cueillettes, c'est de conserver un exemplaire de la plante ou un échantillon de la plante ou du champignon, parce que la cueillette concerne souvent les champignons.
- Speaker #2
Oui, oui, tout à fait. D'ailleurs, la cueillette des champignons, j'ai envie de dire, voilà tout ce qu'on a dit sur la cueillette des plantes, les champignons... sont soumis aux mêmes règles. À part qu'il n'y a pas de champignons protégés.
- Speaker #1
Je vais te poser comme ça deux, trois questions vite fait. D'accord. J'ai envie de récolter de la sève de bouleau et d'en fournir à mes voisins à titre gracieux.
- Speaker #2
Alors, ça dépend de nouveau de l'endroit où tu récoltes cette sève. Donc, si c'est dans un endroit public, La réponse est non, tu ne peux pas, même si c'est à titre gratuit ou pour ta consommation personnelle. Maintenant, si tu es dans un terrain privé, là bien entendu, avec toujours l'accord du propriétaire, tu peux bien entendu récolter la sève.
- Speaker #1
Je désire récolter une petite quantité d'ail des ours, de quoi réaliser un pesto pour la maison.
- Speaker #2
Alors encore une fois, ça va dépendre de... de la zone où tu vas te trouver. Donc, si c'est dans un endroit public, eh bien, à condition de ne récolter que les feuilles et pas les racines, de manière où on ne fait pas un pesto avec les racines, là, tu peux récolter jusqu'à 10 litres par jour. Maintenant, si tu es dans une zone privée avec l'accord du propriétaire, tu peux récolter les quantités que tu veux.
- Speaker #1
Je désire. pour prélever de la consoude pour réaliser des pommades domestiques ?
- Speaker #2
Alors, la consoude, si je ne m'abuse, c'est la racine.
- Speaker #1
Ah oui, c'est la partie souterraine qu'on utilise.
- Speaker #2
Donc, si c'est dans un endroit public, non. On ne peut pas, parce qu'on ne peut pas aller prélever les racines. Maintenant, si c'est dans un endroit privé, avec l'accord du propriétaire, je me répète beaucoup à ce niveau-là, là, on peut.
- Speaker #1
OK. Grand merci Sabrina pour toutes ces réponses à des questions élémentaires qu'on se pose en herboristerie.
- Speaker #2
Avec grand plaisir.
- Speaker #1
On va résumer ça. Ce qui se récolte dans l'espace public, c'est 10 litres de parties aériennes et qui ne peuvent pas être destinées à la vente.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #1
par jour. Par jour, c'est pas mal. C'est quand même pas mal. 10 litres, on a de quoi faire pas mal de pesto. Et en espace privé, toujours l'accord préalable des propriétaires.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #1
Voilà. Et puis, il y a plein de cas particuliers qui viennent se greffer sur ces deux bonnes bases qu'on a vues maintenant. Oui,
- Speaker #2
je pense notamment aux zones Natura 2000. Voilà,
- Speaker #1
les zones Natura 2000, les réserves naturelles. Les réserves naturelles,
- Speaker #2
c'est non.
- Speaker #1
C'est non.
- Speaker #2
C'est non.
- Speaker #1
Et donc ça, on va réserver un deuxième épisode de notre podcast.
- Speaker #0
C'est déjà la fin de cet épisode. Merci beaucoup d'avoir écouté Vox Officinalis. Nous espérons que cet épisode vous a inspiré et enrichi vos connaissances sur l'herboristerie et les plantes médicinales. N'oubliez pas de vous abonner pour ne manquer aucun de nos futurs épisodes. Si ce podcast vous plaît, si vous avez des questions, des suggestions, ou des sujets que vous aimeriez que nous abordions, n'hésitez pas à nous contacter. Vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux et partager vos expériences avec nous. Facebook, Instagram, et pour être informé de toutes nos activités et bien plus encore, abonnez-vous à la distillée, l'infolettre mensuelle de l'ASBL, Folia Officinalis. Vous pouvez soutenir le podcast en devenant membre de l'ASBL, en versant un don ponctuel ou régulier, en nous évaluant sur votre plateforme d'écoute préférée ou tout simplement en partageant cet épisode. Nous choisissons l'indépendance, donc nous renonçons à tout revenu publicitaire. Ce qui veut dire que nous comptons sur vous, vos partages et votre engagement pour faire perdurer cette émission et nos différents médias. Prenez bien soin de vous et restez curieux. A très vite dans vos oreilles.