- Speaker #0
Musique Hello à tous, bienvenue sur le podcast de Woman Lift Up. Mon objectif avec le podcast de Woman Lift Up est de vous permettre de vous nourrir grâce au parcours de mes invités. Je suis Tamara Morgado, la fondatrice de Woman Lift Up. Je suis ravie de vous présenter Céline Fray, CEO de First Caution, une compagnie d'assurance suisse spécialisée dans la garantie de loyers flexibles sans dépôt. Céline nous parle de son parcours en tant que dirigeante, femme et mère. Un vrai bonheur. Bonne écoute ! Je suis ravie d'accueillir aujourd'hui Céline Fray, CEO de First Caution. Bonjour Céline, comment ça va ?
- Speaker #1
Bonjour Tamara, ça va très bien, je suis ravie d'être ici avec toi.
- Speaker #0
Merci d'être là. Est-ce que tu pourrais brièvement te présenter s'il te plaît ?
- Speaker #1
Bien sûr, j'ai 45 ans, je suis maman de trois garçons, Gaspard, Hugo et Léo, et je suis CEO de First Caution. Et First Caution, qu'est-ce que c'est ? Alors First Caution, c'est une compagnie d'assurance qui est spécialisée dans les garanties de loyers sans dépôt bancaire. Donc nous accompagnons les locataires dans toute la Suisse pour les aider à se loger, pour constituer leur garantie de loyer, sans avoir à bloquer cet argent sur un compte pendant toute la durée de leur bail. Donc on propose une alternative aux traditionnels dépôts bancaires.
- Speaker #0
Fantastique, et ça existe depuis combien de temps Force Caution ?
- Speaker #1
Alors Force Caution existe depuis 2008 et nous l'avons racheté en 2015. A l'époque, la société familiale qui a été créée par mon père... et qui a d'autres activités, principalement dans le vin et l'immobilier. Moi, je travaillais déjà dans l'entreprise familiale. Et puis, on a vu cette opportunité de racheter First Caution, qui avait été constituée en 2008 et qui présentait pour nous un intérêt sur lequel on voyait des synergies. Et donc, en 2015, on opère cette diversification. On rachète cette compagnie d'assurance. Je n'étais pas destinée à reprendre la direction générale à ce moment-là. J'avais d'autres activités dans la société. Mais très rapidement, les choses ne se sont pas forcément passées comme on l'avait imaginé avec l'équipe qui était en place. Donc, je prends cette position en pensant que c'est un intérim à l'époque. Et puis voilà, me voilà 11 ans plus tard, toujours au poste.
- Speaker #0
Ok, on va y revenir. Mais aujourd'hui, Force Caution, c'est combien de personnes ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, il y a 75 personnes dans toute la Suisse. Donc, on a trois bureaux à Nyon, à Zurich et à Bellinzona au Tessin.
- Speaker #0
Wow ! Et donc avant ça, donc, fille d'entrepreneur, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, fille d'entrepreneur, j'ai été, je pense, biberonnée à l'entrepreneuriat. J'ai un père, effectivement, autodidacte, qui a monté son entreprise et qui nous a transmis, alors j'aime bien dire, plus le goût de l'action, de l'entrepreneuriat, mais dans tout ce que l'on faisait. Donc dans l'entrepreneuriat professionnel, évidemment, puisque c'est la finalité, mais... Dans tout ce qu'on a pu faire, mes soeurs et moi, on a des parents qui nous ont vraiment toujours inculqué cette notion d'agir, d'aller au bout des choses, de prendre des risques. Et c'est des valeurs qui sont propres à l'entrepreneuriat.
- Speaker #0
Donc, tu as des soeurs ?
- Speaker #1
J'ai deux soeurs. Moi, je suis au milieu. J'ai une grande soeur Caroline et une petite soeur Delphine.
- Speaker #0
Et vous travaillez toutes ensemble plus maintenant vu que tu as vraiment pris la direction d'une des entreprises si on veut, mais vous travaillez toutes dans ce... De manière familiale, si on veut ?
- Speaker #1
Oui, exactement. On travaille toutes les trois. On a des rôles très complémentaires et très variés, mais on a toutes les trois rejoint l'entreprise familiale à des stades différents. Donc, ma grande sœur Caroline, qui est tonologue de formation, elle s'est consacrée aux domaines familiaux pendant, je crois, 20 années de sa vie. Et puis là, elle a choisi... de passer plus de temps. Elle a des domaines viticoles qui sont en Suisse et elle a pris la décision de s'y consacrer pour différentes raisons. Et ma petite sœur Delphine, elle a rejoint l'entreprise familiale plus tard parce qu'elle a commencé un projet entrepreneurial, une aventure entrepreneurial de son côté. Elle a monté une marque de vêtements pour hommes qui s'appelle AJ's. Et puis, il y a quelques années, elle a rejoint l'entreprise familiale avec un rôle plus axé sur le... la communication, sur le marketing. Et puis petit à petit, sa fonction a évolué. Aujourd'hui, elle a repris la direction des domaines viticoles en laissant de côté son projet entrepreneurial personnel. Donc finalement, avec des timings très différents, des compétences et des envies, mais on a toutes les trois rejoints. l'entreprise créée par mon père.
- Speaker #0
Magnifique, donc vous avez vraiment eu la confiance de votre père dès le début ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est vrai que c'était une vraie chance. Moi, quand je regarde en arrière, donc c'est un petit peu loin maintenant, j'avais 24 ans quand je l'ai rejoint dans l'entreprise. Et il a eu cette intelligence, je pense qui n'est pas forcément facile et qui n'est pas donnée à tout le monde, de nous accompagner tout en nous donnant de l'autonomie. et en nous inculquant l'importance de la légitimité. Nous, il a toujours dit, moi j'ai toujours entendu me dire, le pouvoir ça se prend, ça ne se donne pas. Donc effectivement, j'avais de la chance de rejoindre cette entreprise familiale avec une porte qui s'ouvre plus facilement, mais néanmoins, il n'y a jamais eu de cadeau. Il fallait vraiment faire sa place, gagner en légitimité auprès des autres collaborateurs. Et ça, c'était une vraie, ça a été difficile parfois. Mais je pense que c'est une vraie chance, c'est une vraie intelligence à ce moment-là. La transmission, ce n'est pas quelque chose de facile, ni pour celui qui transmet, ni pour celui qui reçoit. C'est un cadeau, donc il faut l'estimer à sa juste valeur. Et je suis très consciente de la chance que j'ai eue. Mais il a fallu le forger pour effectivement faire sa place et pour valoriser cette position.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y avait une sorte de double... Malgré le cadeau, de double peine parce qu'il y avait le côté transmission fille 2 et le côté au féminin finalement parce que vous êtes toutes des femmes.
- Speaker #1
Oui, alors je ne l'ai jamais senti comme ça, mais très certainement. Alors de toute façon, le jugement et le regard, je l'ai entendu et quand je ne l'entends pas, je le soupçonne et ça sera toujours le cas. Il y aura toujours. Des mauvaises langues ou même pas, parce que ça peut ne pas forcément être négatif, mais effectivement, je suis la fille de mon père et j'en suis très fière. Et je suis une femme et j'en suis très fière également. Donc si certains le voient comme des limites, ou comme le fait que je sois là où j'en suis aujourd'hui parce que mon père m'a donné cette impulsion, que certains le voient comme un passe-droit peut-être, mais j'ai fait avec les cartes qu'on m'a données et j'essaye de faire au mieux avec les cartes qu'on m'a données. Le fait d'être une femme, effectivement, Dans un milieu en plus d'hommes, que ce soit l'immobilier au départ, via le spectre de l'assurance maintenant, oui ça peut être une difficulté, mais comme on nous a jamais vraiment mis de limite, nos parents nous ont élevés sans qu'on ne ressente jamais de limite à ce que nous faisions par le fait d'être une femme. On n'a jamais entendu dans ça « tu peux pas le faire » . Donc finalement... Moi, je n'y ai jamais pensé. Je l'ai ressenti, bien évidemment. Je ne peux pas dire que je ne l'ai jamais ressenti de la part des autres ou dans mon environnement professionnel. Mais je n'ai jamais considéré ça comme une limite. J'ai plutôt vu l'importance de gagner en légitimité par les actions, par le savoir, par les compétences. Mais ça, être un homme ou une femme, j'ai envie de dire, c'est une bataille égale.
- Speaker #0
Dans la transmission, de toute façon, il faut prendre sa place. Exactement. Donc, c'est assez compliqué de toute façon.
- Speaker #1
Et puis je pense peut-être, imaginons, la transmission se serait faite avec un garçon, peut-être qu'il y aurait eu une bataille de coq. Donc peut-être finalement c'était une bonne chose qu'on soit des filles dans ce parcours. Ça a peut-être enlevé une petite, je ne sais pas, je l'imagine, mais peut-être que c'était finalement une bonne chose, quelque chose de plus facile.
- Speaker #0
Non, j'en doute pas. Il y a des forces dans chaque situation de toute façon. Donc cette entreprise, tu l'as reprise il y a 11 ans et comment tu t'es sentie tout d'un coup il y a 11 ans à la tête d'une entreprise ? Tu étais déjà installée en Suisse, simplement pour avoir le contexte ?
- Speaker #1
Oui, j'étais déjà en Suisse. J'étais enceinte de mon troisième garçon, de Léo, puisque j'ai repris la direction générale en juillet 2015. J'ai accouché en septembre. Donc il a vraiment été bercé au rythme de l'assurance jusqu'à sa naissance. Et alors encore une fois, je ne me suis pas posé toutes ces questions-là. Ça s'est passé, on a repris cette entreprise fin 2014. Début 2015, on commence à travailler avec l'équipe qui est en place. Il y a une dizaine de personnes à l'époque. Et puis on fait ce que l'on fait dans nos différents métiers. On se retrousse les manches et puis on se met au travail. On a tout de suite vu le potentiel. Les difficultés qui allaient avec aussi parce qu'on arrivait dans un contexte d'une entreprise qui avait connu une situation compliquée avec son actionnaire précédent, qui avait été un petit peu abîmée sur le marché par cette actu. ...actualité qu'elle avait traversée. Donc il a fallu, surtout dès le départ, rassurer. Donc la première chose que nous avons fait, c'est d'aller sur le marché, se présenter, enfin le côté très humain en fait de l'activité. Passer beaucoup de temps à comprendre, à rencontrer les professionnels de l'immobilier, à se présenter, à présenter notre entreprise, à poser les fondamentaux. Et c'est vraiment là que je me suis sentie très à l'aise, c'est en rencontrant... ce marché que je ne connaissais pas et les personnalités qu'il constitue. Il y a beaucoup de gens que j'ai rencontrés à l'époque qui sont devenus des amis aujourd'hui. Et puis j'ai vraiment appris à connaître ce métier en le vivant sur le terrain. En même temps, on faisait une grosse restructuration en interne. Et puis très rapidement, je me suis sentie à l'aise à cette place. Et puis j'ai laissé de côté un petit peu mes autres activités jusqu'à ce que ça devienne une évidence et que je m'y consacre entièrement.
- Speaker #0
Non, c'est super intéressant de voir comment on s'approprie, en fait, peu à peu, une entreprise transmise, rachetée, en fait, parce que c'est ça, surtout, en fait, là, vous l'avez rachetée, donc c'est encore, vous récupérez un bébé qui, et encore une fois, prend de sa place. Oui, exactement. Donc, on est toujours dans le même principe. Je reviens juste sur ce que je disais, parce que j'ai dit, tu n'étais pas encore en Suisse, c'est simplement parce qu'on a discuté avant, je t'ai demandé s'il y a frais. Venait du chocolat, tu m'as raconté ton histoire, mais on était hors micro, donc si tu veux peut-être reparler de l'origine de Fray.
- Speaker #1
Bien sûr, oui, oui, bien sûr. Alors, tout nous ramène à la Suisse, c'est ce que je te disais. Moi, j'ai des racines suisses très, très fortes et des valeurs qui nous ont été transmises très tôt, mais je suis née en France, en Champagne. La famille de mon père, donc à l'époque de mon arrière-grand-père, a quitté sa ville d'origine qui est Bâle pour venir s'installer en Champagne. Et donc les générations, ils sont restés et nous sommes venus nous installer en Suisse. Mes parents, il y a, je dirais, une trentaine d'années. Et moi, j'ai suivi, je suis arrivée en Suisse en 2013. Mais toute mon enfance, on a été bercé quand même. Il y a une Suissitude, les Likerli, les vacances d'été au bord du lac. Donc je me sens Suisse même avant d'avoir... poser mes valises.
- Speaker #0
Bon, super. Merci beaucoup pour le contexte. Et donc, trois enfants et dirigeante d'une entreprise. Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Ce n'est pas toujours facile, effectivement. Je pense que de toute façon, il ne faut pas se mentir, ça vient avec un certain nombre de sacrifices. Ce dilemme que tu dois connaître aussi parfois. Je suis au bureau, je devrais être avec mes enfants, je suis avec mes enfants, je devrais être au bureau. Donc voilà, je pense que d'un autre côté, je sais que je n'aurais pas été entière si je n'avais pas eu d'enfants. Ça c'est une évidence, je n'aurais pas pu vivre sans avoir d'enfants, c'était une vraie volonté. Depuis toute petite, je rêvais d'avoir des enfants. J'étais partie de ces enfants qui, dès qu'il y avait un bébé, sautaient dessus pour s'en occuper. Mais je ne me serais pas non plus forcément épanouie sans avoir une activité professionnelle. Donc c'est un équilibre. Et puis il faut jongler avec cet équilibre-là, ce que je ne fais pas toujours très bien. Mes enfants me le rappellent. Parce que quand je suis à la maison, sur mon téléphone, sur mes e-mails, ou que je m'agace pour quelque chose, je ne suis pas vraiment avec eux. Ou quand je suis en réunion et que je garde toujours un oeil sur le téléphone puisque je vois l'école qui appelle. Je pense que ce qu'il faut surtout, c'est essayer d'être dans le moment et puis ne pas se culpabiliser. Mais ça, ce n'est pas toujours facile à faire.
- Speaker #0
Non, c'est vrai que la culpabilité fait partie de nous, au regard des différents rôles qu'on a. Mais ce qui est intéressant de voir, c'est le champ des possibles. Est-ce que tout est possible ? Est-ce que c'est possible de concilier les deux ? La réponse est visiblement oui, d'après ce que j'observe et ce que je vis. Après, euh... On nous montre que c'est un chemin qui est très difficile. Est-ce que tu l'as ressenti comme ça ?
- Speaker #1
Oui. Alors, je ne me pose pas la question. En fait, c'est plutôt avec le recul. Parce que quand tu le vis, quand tu le fais, tu ne te poses pas la question, tu es dans cette dynamique, tu as tes enfants qui sont petits, tu les élèves, tu as ton boulot, les journées démarrent à 100 à l'heure, donc tu le vis comme ça. C'est peut-être quand tu portes un regard sur le passé où je me dis tiens, est-ce que là j'ai vraiment été assez présente à ce moment-là ? Est-ce que... Donc... Oui, je pense qu'il ne faut pas avoir de regrets. J'enfonce des portes ouvertes, mais il faut composer. Et il faut surtout, le temps que l'on a avec ses enfants, il faut que ce soit du temps qualitatif. Et essayer vraiment, ce n'est pas facile parce que moi, c'est quelque chose, je me bats un peu, j'ai tendance à me disperser. Et essayer d'être dans le moment. Et je crois que c'est ça la clé, c'est se dire, on ne peut pas tout faire. Et c'est ok de ne pas tout faire d'ailleurs. Mais d'être dans le moment, je suis à la maison, je suis à la maison, je suis avec mes enfants. Le téléphone sonne, c'est pas grave, je prendrai plus tard. Ou je suis au bureau, je suis concentrée sur ce que je fais. Et je te dis ça parce que vraiment, pour moi, c'est une... Je me bats un petit peu avec ça, cette dispersion émotionnelle où je voudrais être partout. Et il faut accepter, non, il faut vraiment se construire des moments.
- Speaker #0
Alors je partage, mais 100% ce que tu viens de dire, c'est la présence. Je trouve que c'est ce qu'il y a de plus difficile, c'est d'être... présent vraiment à un moment et de ne pas être à mille endroits en même temps. Et ça, c'est peut-être ce qu'il y a de plus compliqué.
- Speaker #1
Oui, c'est cette fameuse charge émotionnelle dont on parle souvent, donc le terme est un petit peu galvaudé, mais c'est vrai qu'il n'y a pas un moment... Enfin, ça va certainement résonner, mais tu es en réunion en train de parler quelque chose, puis un seul coup, le rendez-vous chez le médecin. Et là, tu te rends compte que tu l'as oublié, le rendez-vous est passé, puis en même temps, tu as quelqu'un qui te parle en face, et puis... C'est une gymnastique qui est compliquée. Alors il faut, je pense, la clé c'est d'être extrêmement bien organisée. Parce que je ne suis pas forcément par nature, mais donc je me force, je me force à prendre des notes, je me force à tout agender, parce que cette organisation, si tu arrives à bien la maîtriser, t'apporte une sérénité qui est quand même très appréciable.
- Speaker #0
Oui, et c'est la discipline qui est derrière tout ça. Ça, c'est super important dans une vie chaotique comme ça, qui pourrait être chaotique.
- Speaker #1
Après, juste précise, moi, j'ai quand même beaucoup de chance. Même si je voyage beaucoup, je voyage essentiellement en Suisse. J'ai mes bureaux qui sont à côté de chez moi. Et c'est vrai que... Alors, peut-être c'est une erreur dans ma vie professionnelle, parce que ça me permettrait certainement de faire plus, mais... J'essaye d'être à la maison le soir. Donc il y a certains engagements professionnels que je décline pour essayer de ne pas être... Parce que tu pourrais être tous les soirs dehors. Si tu réponds positivement à toutes les sollicitations, il y a de quoi, et c'est toujours très intéressant, il y a toujours une bonne raison d'y aller, parce que tu te nourris toujours d'un événement, d'une conférence, d'un apéritif, il y a toujours quelque chose à aller chercher. Mais ça, il faut mettre des limites. En tout cas, moi, je sais que j'ai besoin de mettre ces limites parce que sinon, effectivement, les semaines filent et tu ne vois pas tes enfants de la semaine. Donc, il faut trouver, c'est subtil, mais il faut trouver cet équilibre.
- Speaker #0
Oui, c'est choisir. C'est toujours le problème, c'est choisir. Et souvent, ce qu'on peut nous reprocher dans le monde professionnel, c'est de ne pas aller assez loin, assez vite. Parce qu'on fait d'autres choix, encore une fois à un moment particulier, parce que les choses changent en fait.
- Speaker #1
Oui, mais j'ai l'impression, parce que j'en parlais, c'est amusant, il n'y a pas longtemps, et je pensais que c'était quelque chose de très féminin d'avoir ce dilemme de devoir choisir entre un engagement professionnel qui pourrait être plus fort et puis les moments à la maison. Et de plus en plus d'hommes ressentent ça maintenant. Bon alors moi j'ai eu un père qui a fait une carrière formidable, qui a énormément travaillé, mais il était tous les soirs à la maison pour dîner. Donc c'est vrai que peut-être aussi il nous a appris à ne pas sacrifier ses moments. Et on a une vie de famille très très riche et très intense de moments ensemble, et il a toujours été là pour les moments importants. Mais c'est vrai que ce choix dont on est en train de parler, c'est vraiment des décisions à prendre, parce que tu peux être aspiré par effectivement toutes ces sollicitations. Mais je crois que c'est plus seulement féminin. J'entends de plus en plus d'hommes qui comprennent ce dilemme un petit peu.
- Speaker #0
Bien sûr, et ça vient, comment choisir ? C'est en se connaissant. Ça veut dire en se connaissant vraiment ce qu'on a envie de faire, avoir sa boussole et vraiment comprendre la direction qu'on a envie d'avoir. Et c'est tellement personnel. En fait, c'est pas universel du tout. Chacun est différent. Chacun a des aspirations différentes. Pour chaque personne, c'est différent les moments, comment tu as envie de les passer, et quelles valeurs tu as envie de transmettre aussi. Donc ça dépend vraiment de chacun.
- Speaker #1
Oui, j'aime bien ton image de boussole. Moi, je parle beaucoup d'équilibre, mais je trouve que la boussole, c'est vraiment ça. Effectivement, elle est propre à chacun. Moi, je sais que j'ai besoin pour être entière d'avoir... Enfin voilà, mes enfants, c'est mon pilier, ma vie sentimentale, mes amis, ma famille. Enfin, c'est des repères. Je n'ai pas besoin de beaucoup. Donc, c'est-à-dire, je n'ai pas besoin d'être dehors tous les soirs, mais j'ai besoin de savoir qu'ils sont là. C'est des points de repère. Mon travail, c'est une autre jambe. Donc, effectivement, c'est très important et c'est... Pas toujours facile, parce que la boussole, on l'a, et tu disais, il faut se connaître. Ce n'est pas facile de se connaître pour savoir, OK, quel est mon point d'équilibre à moi entre ce que je veux donner, ce que je veux recevoir de ma vie de famille, ma vie amoureuse, ma vie avec mes amis, mon travail, le sport. Tu as besoin de prendre soin de toi aussi. Et c'est vrai que nous, on est des femmes, donc effectivement, et moi, je souhaite aussi garder cette part de féminité. qui va avec un certain entretien, on ne va pas se mentir. Pour tout ça, il faut trouver du temps. Et voilà, c'est un équilibre. C'est comme tu dis, c'est sa propre boussole. Et il faut bien connaître, bien savoir l'utiliser. Où est son propre nord ?
- Speaker #0
Oui, et la connaissance de soi, c'est l'histoire d'une vie, de toute façon. Et ça prend du temps. Et si on revient au temps, comment tu fais pour qu'on ne te vole pas ton temps ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est pas facile, mais je vais te dire, parfois je me le vole à moi-même. Parfois je me dis, mais là, tu n'utilises pas bien ton temps. Parce qu'on a le choix de l'utiliser son temps comme on le veut. Et alors c'est ce poison aujourd'hui qu'est le téléphone. Et quand je vois que parfois, je me bats contre mes enfants, mais que moi parfois, j'ai réussi à gâcher une heure de vie dans une journée, à ne rien faire, je me le dis, je me le suis volé moi-même ce temps-là. Donc c'est vrai que... Comment faire pour pas qu'on te vole ton temps et pour trouver ce bon équilibre ? Ben c'est pas facile et c'est pas toujours. Tu vois par exemple, ce mois de mars, je sais qu'il est extrêmement chargé de voyages, de rendez-vous. Donc je sais qu'il va être très fatigant ce mois de mars. Mais après, il faut se créer des respirations, se dire bon ben ok, là je suis un peu dans un tunnel et je le fais. Mais faut pas que le tunnel il dure toute l'année. Euh... Parce qu'en fait, tu t'abîmes aussi. Au-delà de passer à côté de ces moments dont on parlait, physiquement, tu t'abîmes parce que tu te fatigues. Donc il faut ces respirations. Le sport, moi, je sais que j'ai besoin de faire du sport. Donc ça, je ne déroge pas.
- Speaker #0
Et tu arrives tous les jours, justement, à avoir une bulle pour toi ?
- Speaker #1
Non, pas tous les jours. C'est amusant parce que je m'étais jurée. J'ai eu un accident il y a quelques années. Un accident très bête, mais à la suite duquel je m'étais jurée de dire effectivement ces bulles, pas se faire happer par cette précipitation du quotidien qu'on vit, ce rythme effréné qui n'apporte rien de bon. Et je me dis non mais tu vas vraiment, tu vas prendre la méditation. Puis en fait, t'es vite rattrapée. Donc je peux pas dire que j'arrive à le faire tous les jours, mais je suis quand même un petit peu plus disciplinée que je ne l'étais avant. Je m'accorde quand même ces moments. Après, c'est propre à chacun. Tu as des gens qui vont écouter de la musique, ça va être une pause. Moi, c'est vrai que j'ai besoin, j'aime la randonnée. Je fais beaucoup de pot de phoque le week-end en ce moment. Ça peut être toute seule ou ça peut être avec mon conjoint qui en fait beaucoup, avec des amis, mais c'est des moments vraiment méditatifs. Ça peut être le matin, dès qu'il fait beau, j'aime bien, avant que la journée commence, aller faire. 15 minutes au bord du lac, je ne le fais pas tous les jours, attention, parce que vous me direz, incroyable, mais non, je ne le fais pas tous les jours, et parfois le réveil sonne, je reste au lit. Mais ces moments-là, ils sont importants. Et ce n'est pas forcément long, parfois 10 minutes, ça suffit. Le silence aussi, j'ai remarqué, et ça, c'était un constat assez effrayant, je me suis dit, mais tu ne sais plus être dans le silence, parce que moi, dès que je suis dans ma voiture ou en train de faire quelque chose à la maison, je mets un podcast, je mets un bruit, en fait. Et je me suis dit, non, mais attends, tu sais quoi, parfois, parfois, débranche et juste ne rien, et te forcer un petit peu juste à réfléchir, à t'évader, sans bruit.
- Speaker #0
Mais je ne sais pas ce que tu en penses, c'est vraiment, on a l'impression de perdre notre temps quand on ne fait rien, quand on a tellement de choses à faire, on veut aller vite, on veut avancer, et au bout d'un moment, si on est dans l'immobilisme, on a l'impression de perdre justement son temps, alors que c'est ce temps-là. qui va nous ramener l'énergie de faire tout ce qu'on a à faire, de vivre tout ce qu'on a à vivre.
- Speaker #1
C'est certain, c'est une recharge et on a besoin de se recharger et on oublie souvent de se recharger parce qu'effectivement, il y a toujours quelqu'un qui attend quelque chose de toi. Tes enfants te demandent beaucoup de temps dans l'entreprise. On a tant de surprises, on a tant de toi, donc tu es toujours disponible et en train de donner et de fédérer aussi, que ce soit à la maison, tu dois emmener tes enfants, tu dois les motiver, que ce soit au bureau. Et moi j'aime ça, moi j'aime donner cette énergie. Mais si tu ne te recharges pas, à un moment donné tu n'en as plus pour toi, donc tu n'en as plus à donner. Et donc tu en as besoin, si tu veux en donner, tu en as besoin d'en avoir assez pour toi, puis après de pouvoir la donner. Donc, c'est vrai, t'as raison. Ces moments-là où tu as l'impression que c'est une perte de temps, mais il faut les voir différemment, non, non, ils sont nécessaires. C'est perdre du temps pour en gagner.
- Speaker #0
Carrément. Et comment tu fais pour diriger justement une entreprise et des gens ? Est-ce que t'as appris ça sur le tas ? Comment ça s'est passé ? Ou c'est intuitif chez toi ?
- Speaker #1
Alors, je le fais beaucoup à l'instinct. Moi, je n'ai pas appris à diriger une entreprise. J'ai vu mon père le faire. J'ai toujours grandi dans un univers de PME. J'ai fait des stages, mais je vois à peu près comment ça se passe dans une multinationale. Mais ce sont des codes qui sont très différents, dans lesquels je ne saurais pas évoluer. Donc moi, je fais les choses beaucoup à l'instinct. C'est beaucoup de travail. Je pense encore une fois que tout passe par tes légitimités, ta connaissance. Tu ne peux pas attendre des autres si toi-même, tu ne t'engages pas et tu ne maîtrises pas. Et après, c'est instinctif, mais c'est cette notion d'énergie aussi. Moi, je crois en ce que je fais, mais profondément. Et j'aime le faire, profondément. Et donc, j'essaye d'emmener avec moi, autour de moi, une équipe, mais avec cette conviction, je suis convaincue. Et après, la clé, c'est de bien savoir s'entourer. Moi, j'ai une équipe formidable, et je prends beaucoup de plaisir à travailler avec cette équipe. Et il y a des gens dans l'équipe... qui ont des meilleures compétences que moi. Je crois que c'est ça aussi la clé, c'est savoir s'entourer de gens qui sont meilleurs que toi. Mais de créer une vision, et en fait, de toutes ces pièces du puzzle, de les mettre ensemble et d'emmener avec cette force conviction. Je ne saurais pas le faire si je n'étais pas convaincue. Mais c'est très instinctif. Je n'ai pas une méthode à proprement parler. Je regarde beaucoup ce qui se passe autour. Je m'inspire beaucoup. Je lis beaucoup sur les modèles de management. Je vais piocher. Dans tout ce que je vois, chaque rendez-vous est l'occasion de se dire, tiens, ça se passe comme ça ici, c'est pas bête, tiens, je vais le tester. Mais voilà, c'est une recette qui est un petit peu propre, mais il y a beaucoup d'instincts et beaucoup de travail.
- Speaker #0
Il y a encore une fois, la première chose, c'était la légitimité, bien connaître ce qu'on fait.
- Speaker #1
Alors, moi, je m'en sers comme une arme, si tu veux, si j'arrive quelque part et que je ne suis pas à l'aise. Je ne suis pas préparée, je ne maîtrise pas mon sujet, je me ferme, c'est-à-dire que je n'ai plus aucune confiance en moi. Et je ne suis pas capable de prendre la parole ou de m'immiscer dans une conversation si je manque de matière. Donc c'est la clé pour moi. Savoir ce dont tu parles, c'est ce qui va te donner ta confiance en toi, c'est ce qui va te permettre d'avoir la tête haute et d'avoir cet aplomb. Et ça, à part le travail, je ne sais pas ce qui peut te le donner. Mais après, chacun dans son métier. Moi, je ne suis pas une spécialiste dans tous les métiers. C'est aussi pour ça qu'il faut être très bien entouré. J'ai des experts autour de moi. Mais effectivement, cette légitimité, c'est peut-être aussi parce que j'ai senti ce besoin. Parce que quand tu arrives et qu'une porte s'est ouverte pour toi et que tu te retrouves un peu parachuté, tu dois faire tes preuves. Donc peut-être qu'effectivement... C'est mon histoire qui a fait que j'ai plus ce besoin encore, peut-être le syndrome de l'imposteur qui m'a un peu suivie et pour lequel du coup tu te dis non, tu dois savoir ce dont tu parles, tu dois être plus experte que les autres parce que sinon ça va t'être reproché et on ne te donnera pas la crédibilité que tu attends. Peut-être que ça vient de là.
- Speaker #0
Tu parlais de confiance en soi, c'est quelque chose qui... Avec le temps, tu sens que tu es plus ancrée avec cette confiance, enfin tu as plus confiance en toi parce que tu te connais mieux aussi ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, moi je n'ai pas fait un travail pour avoir confiance en moi, c'est venu parce que je n'avais pas forcément confiance en moi. Et je pense que même si on n'est vraiment pas au bout du chemin et on a encore plein de choses à faire, mais à un moment donné, moi je ne regardais pas en arrière. Mais à un moment donné, on m'a quand même dit, regarde quand même ce que vous avez fait chez First Question. Il y a 120 000 clients, 125 000 quand vous avez repris, on avait à peu près 10 000, c'est en 10 ans, il y a une équipe de 75 personnes, les partenariats, et c'est vrai que moi je ne m'en rendais pas compte, et à un moment donné, on m'a un peu ouvert les yeux, puis je me suis dit, en fait, t'as le droit de te dire, ben ouais, c'est pas mal en fait. Et je ne m'étais jamais autorisée à le faire. Et dès lors que j'ai accepté, puis je me suis dit, ouais, c'est vrai qu'on avait fait un bon bout de chemin et c'est vrai que peut-être que tu es pour quelque chose, ça m'a ouvert une autre porte et je me sens aujourd'hui, j'ai plus confiance en moi. Mais tu vois, on en revient à la légitimité, j'ai confiance en moi parce que j'ai le sentiment, même si encore une fois, c'est en toute humilité et qu'on a encore beaucoup à faire, mais quand même le sentiment d'avoir achevé quelque chose. On en revient à la légitimité, mais c'est ça qui te donne confiance.
- Speaker #0
Mais est-ce qu'on peut te l'enlever, cette légitimité ?
- Speaker #1
Oui, on peut. Après, on peut m'enlever beaucoup de choses, on peut challenger beaucoup de choses. Après, il y a les faits. Moi, j'ai aussi beaucoup grandi avec le sport. On a fait beaucoup, mes sœurs et moi, mes parents nous ont inculqué très tôt les valeurs du sport et de la compétition. Ce que j'ai reproduit avec mes enfants, parce que je crois que c'est une école de vie incroyable. Et dans le sport, il y a des choses qui manquent. qui ne mentent pas, c'est les résultats. Et dans la vie professionnelle, c'est pareil. Donc oui, on peut m'enlever beaucoup de choses, mais les faits, les résultats, ils sont là. Et tout comme dans le sport, tu ne peux pas gagner sans travail. Tu peux avoir de la chance, mais tu as de la chance une fois, tu n'as pas de la chance dix fois. Dans la vie professionnelle, c'est pareil. À un moment donné, s'il y a une réussite, et je répète parce que vraiment, je le dis en toute humilité, parce que je sais que... C'est notre parcours par rapport à ce qu'on a fait. Ça peut paraître rien du tout à une autre échelle, mais moi, je regarde de là où on vient, là où on est allé, puisqu'on a encore devant nous. Mais les faits, les résultats, on ne te les enlève pas. Tout comme dans le sport, une victoire, on ne te l'enlève pas. Après, on peut challenger beaucoup d'autres choses. Mais ça, c'est réel.
- Speaker #0
En fait, c'est plutôt de savoir que là, il y a une réussite comme une victoire. Et... victoire, après ça, tu te blesses dans le sport, est-ce qu'on t'enlèverait quelque chose ou pas ? Est-ce que tu as conscience de ce que tu as accompli sans avoir peur qu'on te l'enlève parce qu'on ne sait jamais. Il y a des années qui ont peut-être allé moins bien, mais après, tu sais aussi que ça peut remonter.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors, moi, je sens tout à fait cette vulnérabilité et quand je dis que j'ai confiance en moi, néanmoins, je me sens très vulnérable. Donc, je suis toujours En train de me dire, attends, qu'est-ce qui va se passer après ? Et d'ailleurs, parfois, on me le dit, on me dit, mais Céline, attends, mais regarde tout ce qu'on fait, de quoi t'as peur ? Et moi, j'ai toujours cette crainte. Je me dis, mais non, attends, il faut qu'on fasse plus. Pour moi, l'inertie, en tout cas dans notre métier, n'est absolument pas envisageable. On doit continuer de se réinventer. D'ailleurs, on cherche beaucoup en innovation. On doit continuer d'être très, très proche de notre marché. On doit continuer. Et tu as raison, tout comme dans le sport. Alors dans le sport, tu rajoutes en plus le risque de blessure. Si je devais rapporter ça à l'entreprise, nous tous les scénarios de risque, notamment dans l'assurance, on a une activité réglementée, on essaye de s'y préparer, de les identifier. Donc tous ces scénarios, un petit peu, et qu'est-ce qui pourrait se passer, ils sont cartographiés et on a des scénarios de risque avec des hypothèses et des plans à mettre en place. Donc l'imprévu, il peut arriver, mais on essaye de l'estimer dans notre activité professionnelle. Après, la fébrilité, la vulnérabilité, la fragilité de ce qu'on peut perdre, ce qui est acquis, ça, c'est le travail, c'est de se dire, OK, restons très, très proches du marché, restons très à l'affût, ne jamais s'endormir sur ses acquis. Parce que tu as raison, on ne sait pas de quoi demain est fait. Encore plus aujourd'hui, dans un monde où tout est en train de changer et tout peut être réinventé. Enfin, en tout cas, certains métiers. Et dans le sport... Dans la vie d'athlète, et c'est tellement difficile, c'est pour ça que je suis si admirative des athlètes, quel que soit le sport, c'est qu'effectivement tu as toujours le risque de la blessure qui va mettre à plat tous les efforts d'une vie, mais t'enlèveras jamais le passé. Finalement ça va reconsidérer l'avenir, mais les victoires d'un sportif, son parcours, jamais tu lui enlèves, c'est acquis.
- Speaker #0
Pareil pour toi, ça veut dire tout ce que tu as accompli, c'est acquis. Et c'est là où je veux en venir en fait par rapport à la confiance en soi qui ne dépend pas forcément du résultat.
- Speaker #1
Oui, alors là, il y a peut-être encore un petit travail à faire sur moi. Mais oui, tu as raison. Tu as raison, quoi qu'il arrive après, ce qu'on a mis dans son baluchon, on peut considérer que c'est acquis, c'est vrai, tu as raison.
- Speaker #0
Au niveau des défis que tu as pu traverser, est-ce que tu arriverais à en citer quelques-uns ?
- Speaker #1
Oui, alors il y en a eu pas mal. Après, encore une fois, il y en a certains qui peuvent paraître dérisoires, mais qui à l'échelle, tu sais, quand tu es toute la journée dans ton entreprise et que tu vis chaque petit obstacle. Ça peut être un défi, puis après on relativise. Mais le défi de bien gérer la croissance, ça a été quelque chose de prendre les bonnes décisions. Ça a été effectivement un challenge de structurer l'entreprise. Encore une fois, on parlait beaucoup d'humains, mais de trouver les bonnes personnes. En fait, de grandir sans perdre l'ADN, ce qui fait notre différenciation. Nous, on est une compagnie d'assurance qui fait partie d'un groupe familial. Ce qui nous différencie par rapport à des grands groupes institutionnels, c'est notre réactivité, notre disponibilité, notre agilité. Et ça, il faut le garder parce que c'est ce qui fait notre force. Et ce n'est pas toujours facile. C'est très facile au début quand tu es un peu le poisson pilote, tu es très mobile, il n'y a pas vraiment de prise de risque parce que tu n'as pas grand-chose à perdre. Mais plus tu grandis, plus tes décisions te mettent à risque et plus ce que tu as à perdre est important. Mais néanmoins, c'est aussi la clé pour continuer à croître. Donc c'est un équilibre subtil. On a fait des erreurs, on est revenu en arrière. Pour trouver vraiment, on parlait de la boussole personnelle, là c'est l'équilibre de ton entreprise. Donc ça c'est un vrai challenge et c'est un défi. Fédérer ton équipe, avoir le bon niveau de communication interne, ça c'est pas facile non plus. Parfois je suis trop impatiente, je vais aller trop vite et c'est au détriment de l'équilibre en interne. Donc ça on me l'a aussi fait remarquer. Donc ça, c'est des défis au quotidien, d'être bien à l'écoute. C'est important de regarder ce qui se passe dehors, mais parfois, il faut aussi se dire, attends, est-ce que ça va bien chez moi ? Parce que pour bien attaquer les défis qu'on a sur le marché, il faut qu'on ait une équipe qui soit extrêmement solide et engagée, et qui comprenne les challenges qu'on est en train de relever. Et parfois, quand tu veux aller trop vite, tu oublies de faire ça.
- Speaker #0
Et les prises de décision, justement, tu les prends seules ou tu les entoures ?
- Speaker #1
Alors non, on a une équipe. De décision, moi souvent je tranche, mais on a un management board, donc toutes mes fonctions clés de l'entreprise sont représentées. Et donc la décision, on va toujours la regarder avec ce prisme. Moi, je considère que le commerce, c'est le poumon. Donc les décisions, on doit les prendre par rapport à une réalité de marché, qui est une réalité commerciale. C'est ça qui nous drive. Les fonctions support qui sont essentielles. qui sont financières, juridiques, marketing, IT, elles sont là pour venir supporter, dans le sens vraiment emmener, cette réalité commerciale qui est le poumon. Donc ça, c'est vraiment le plus important. Et puis après, on met le curseur. Quand on a une idée et qu'on veut la développer, on met le curseur risque, on met le curseur financier, on met les différents curseurs. Et on se dit, bon, ok, est-ce qu'on y va ? Est-ce que le rapport est bon ? Mais je ne la prends pas toute seule. Mais mon rôle, c'est d'aller challenger les équipes qui sont autour, pour qu'ensemble, avec nos compétences qui sont complémentaires, on aille prendre cette bonne décision. Mais il y a toujours une part de risque de toute façon. Quand tu veux grandir, tu ne le fais pas sans prendre de risque.
- Speaker #0
Et comment tu te situes justement par rapport à la prise de risque ?
- Speaker #1
Donc je pense, typiquement, si je regarde le parcours de mon père, et c'est quelque chose que j'apprends beaucoup de lui, mais souvent quand il me parle de son histoire, je me dis « Oh, j'aurais jamais été capable de prendre ces risques » . Après, c'est différent quand tu le vis. Donc je pense que j'ai intrinsèquement cette capacité à prendre des risques, mais parfois je me trouve certainement un peu trop modérée. je pense que ce qui fait le propre d'un entrepreneur c'est peut-être d'aller encore plus loin donc après de manière raisonnable bien sûr parce que tu as des responsabilités. Tu as les responsabilités de toute ton équipe, tu as les responsabilités de l'entreprise, donc tu ne peux pas faire n'importe quoi. Mais c'est indissociable, cette prise de risque, c'est indissociable d'une carrière et d'une croissance, d'une croissance de ton entreprise si tu veux vraiment l'emmener plus loin. Et ce n'est pas quelque chose de facile de mettre le curseur au bon endroit. Donc je pense que je suis dans la partie modérée du risque.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que c'est lié au féminin, justement, parce qu'on dit que les femmes sont meilleures investisseuses, parce qu'elles sont moins dans le risque ?
- Speaker #1
On a peut-être une subtilité supplémentaire, on est peut-être plus réfléchis, c'est possible.
- Speaker #0
On a cette habitude de penser aussi soit à la famille, soit à l'équipe, soit... Donc dans la prise de risque, on prend en compte...
- Speaker #1
Alors c'est certain que si j'étais seule, j'aurais un comportement très différent et tu as raison, on pense peut-être beaucoup plus collectif et je pense aussi à ma partie vie privée aussi mais dès lors que tu as des enfants ou une équipe autour de toi, tu penses à eux autant que tu penses à toi et donc effectivement... Quand t'es prise de décision, on est peut-être moins personnel qu'un homme, ça c'est vrai. Mais ce qui est, je pense, une bonne chose.
- Speaker #0
Et en termes de rencontres, est-ce que t'as eu des rencontres clés ? Donc t'as un mentor qui est ton père, donc j'imagine qu'il t'a pas mal guidé et inspiré. Est-ce que t'as eu d'autres mentors ? Ou si finalement c'était que ton père, que c'est déjà énorme, comment est-ce qu'il t'a guidé justement dans ton parcours ?
- Speaker #1
Alors très clairement mon père, mes deux parents je dirais, parce que je parle dans l'univers professionnel, on parle moins de ma mère, mais néanmoins elle a eu un rôle très important, elle nous a appris la rigueur, c'est vraiment une combinaison d'éléments, et je vois mes parents, c'est un modèle, c'est certain. Dans l'entrepreneuriat, bien sûr, la carrière, la manière dont mon père a... à mener son entreprise depuis. Il a démarré très tôt, il a démarré l'entrepreneuriat, il avait 15-16 ans, donc il a ça dans le sang. Donc je m'en inspire beaucoup. Mais après, il y a plein de rencontres, mais il y a des rencontres au quotidien dont je m'inspire. Quand je vois par exemple des femmes qui sont engagées dans un projet entrepreneurial, mais qui arrivent aussi à s'investir dans des milieux associatifs. À multiplier les casquettes, ça, je suis admirative et c'est quelque chose qui me manque aujourd'hui, que je n'arrive pas à faire et que je veux faire. Et je trouverai le temps de le faire au bon moment. Mais ça, j'avoue que je me dis chapeau bas de multiplier toutes ces casquettes et de le faire. Et en plus du rôle professionnel de celui de maman, de réussir à donner du temps aux autres, je trouve ça très inspirant. Donc, oui, l'inspiration, je l'appuie dans beaucoup de rencontres, je dois dire.
- Speaker #0
C'est vrai que les rencontres inspirent. Et c'est comme ça qu'on est porté souvent par l'autre.
- Speaker #1
Bien sûr. Ah oui, très clairement. Puis, je regarde aussi, comme je te le disais tout à l'heure, au-delà des rencontres, les modèles qui sont mis en place. Et il n'y a pas de question de taille d'entreprise ou de réussite. Tu peux être inspiré par un modèle d'entrepreneuriat que tu vois. Ça peut être une toute petite entreprise, mais qui ont réussi quelque chose. Je regarde beaucoup aussi les nouveaux modèles de management. Je m'intéresse énormément. Je ne crois pas forcément complètement au modèle holocratique. En tout cas, je ne pense pas qu'il soit adapté à toutes les entreprises. Mais c'est des choses qui m'intriguent, qui m'intéressent et dont j'essaye de m'inspirer. En fait, je regarde beaucoup dehors. Parce que je crois que souvent, on est trop focus sur ce qu'on fait en interne. C'est une question de temps aussi, mais on a tendance à oublier de regarder ce qui se passe à l'extérieur.
- Speaker #0
Et en termes d'inspiration, est-ce que tu penses que tu inspires ?
- Speaker #1
Ce n'est pas à moi qu'il faut le demander. Je ne sais pas. Je ne sais pas. J'aimerais bien.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu as conscience que tu inspires ?
- Speaker #1
C'est adorable. Non, alors je vais te dire, j'aimerais... Je ne suis pas féministe, mais j'ai plein de combats pour les femmes. Et je trouve dommage, je trouve que les femmes se mettent elles-mêmes des barrières. Et je trouve que c'est vraiment dommage. Et il y a quelques temps, j'ai eu une super expérience. On m'avait demandé d'être membre du jury pour un concours de start-up. Et j'ai rencontré des jeunes femmes, dont une qui m'avait surtout marquée, parce qu'en plus, elle avait rencontré le prix de l'entrepreneuriat au féminin. Elle avait fait une école d'ingénieurs, et c'est moi qui avais remis ce prix. Et elle avait été déçue de ce prix en disant que c'est réducteur. Elle me dit, moi, j'ai eu le prix de l'entrepreneuriat féminin, ce n'est pas ce que je voulais. Il n'y a pas de prix de l'entrepreneuriat au masculin, pourquoi ? Et j'avais trouvé que c'était très juste ce qu'elle m'avait dit. Mais en même temps, je lui avais dit, écoute, ton parcours, tu dois le partager. Parce qu'elle avait une vingtaine d'années, toute jeune. Elle a fait une école d'ingénieur. En même temps, elle avait fait une autre formation. Elle a monté son entreprise. Et on sait que les femmes sont peu représentées dans certains milieux, notamment dans les écoles d'ingénieurs. Et je pense que les femmes doivent, ces exemples, doivent inspirer. Parce que pourquoi tu as peu de femmes dans les écoles d'ingénieurs ? On est plus scolaire jusqu'à un certain niveau. On l'a tous constaté, on a des meilleures notes. Et à un moment donné, au moment de choix de carrière, on ne nous retrouve plus dans certains secteurs. Et c'est une limite qu'on se met nous-mêmes. Et je crois qu'il faut beaucoup partager les exemples. Il faut partager les exemples de femmes qui ont cassé des barrières. Et il n'y a que comme ça qu'on va montrer que c'est possible. Alors moi, je n'ai pas l'impression d'avoir cassé des barrières. Mais si je peux aider à mettre en lumière certaines de ces femmes, tu vois, ça fait partie des projets. J'aurais bien aimé monter, ouvrir une plateforme de partage d'expérience. On parle beaucoup de plateformes qui vont aider à aller chercher. des investisseurs, mais une plateforme qui pourrait t'aider à trouver l'inspiration, trouver des coachs, pas forcément de manière financière, mais une jeune femme aujourd'hui qui veut se lancer, d'avoir le partage de l'expérience de quelqu'un qui a réussi à le faire et qui a rencontré les mêmes obstacles qu'elle, et dire mais comment toi tu as réussi à les surmonter. Je pense que c'est une clé pour permettre aux femmes de se lever les propres barrières qu'elles se mettent elles-mêmes.
- Speaker #0
Mais tu as complètement raison et c'est le but par exemple de ce podcast, c'est d'inspirer aussi et de permettre à des femmes de se reconnaître aussi et de voir que les choses sont possibles. Et le fait, tout ce qu'on a échangé aujourd'hui, tu te mets un petit peu à l'extérieur en disant moi j'inspire pas mais j'aimerais pouvoir mettre en lumière des personnes qui inspirent. Et je pense que notre problème aux femmes c'est ça en fait. C'est de ne pas se dire, en fait, on peut inspirer par notre parcours, le tien est assez incroyable, mais même pour un parcours qui peut être moins « wow » , il y a de l'inspiration, parce qu'il y a des choix qui sont faits, il y a des dilemmes qui sont faits, il y a des décisions qui sont prises, peut-être pas les bonnes, à un moment où c'était la seule option qu'il fallait prendre. C'est comprendre et décortiquer tous ces moments de vie pour se dire, un, on n'est pas seul, Et deux, on peut concilier plusieurs choses en même temps. Ça a l'air de fonctionner. Moi, on m'a dit que tu ne pouvais pas, il fallait choisir. Par exemple. Donc, ça permet tout ça, ces échanges entre femmes. À l'époque, il y avait la tente rouge où les femmes se retrouvaient et échangeaient. Et ça, ça nous a énormément manqué. De parler de manière authentique aussi. De se dire, je galère. Qui le dit ? Qui le dit ?
- Speaker #1
Mais en fait, si tu veux, pourquoi tu dis je me positionne un peu à l'extérieur, c'est parce que je ne me sens pas forcément légitime à parler de certaines choses. J'ai eu beaucoup de chance, c'est vrai.
- Speaker #0
Tu n'as rien volé à personne.
- Speaker #1
Non, vraiment, mais c'est vrai que j'ai eu de la chance. Je ne me suis jamais posé la question, tu vas travailler ou tu vas t'occuper de tes enfants parce que j'ai eu la chance de pouvoir faire les deux. Je suis consciente de cette chance-là. Donc, c'est pour ça que je dis, je peux partager une expérience. Mais je comprendrais aussi que certaines personnes se disent « bon, c'est facile pour elle » . Et je ne veux pas me battre contre ça. Moi, je sais ce que je vaux, je sais le travail que je donne, mais effectivement, je sais aussi que j'ai eu de la chance. Mais le partage dont on est en train de parler, c'est qu'on peut se reconnaître dans plein de parcours. Et je pense qu'en tant que femme, quelle que soit... Notre situation où il y a toujours un moment donné où on se retrouve avec plus ou moins de ressemblances. Mais en tout cas, si on parle des femmes qui... Le challenge de travailler pour des femmes, la réalité... On m'a partagé une statistique il n'y a pas longtemps, je trouve ça assez effrayant. Il y a autant de salariés en Suisse, hommes que femmes. Dans les PME, il y a 2% de CIO femmes. Dans les plus grandes entreprises, il y a 6% de CIO femmes. Et les postes de cadres, je crois que... que c'est 60% d'hommes. Donc, c'est une vraie réalité. Et ça, je me dis, mais comment on peut faire bouger ça ? Mais il faut évidemment qu'on fasse bouger les paramètres existants sur le marché, mais qu'on fasse aussi le moteur des femmes, qu'elles aient envie, qu'elles se pensent capables, qu'elles comprennent qu'avant elles, il y a d'autres qui sont passées par là. Comment elles ont fait pour y arriver ?
- Speaker #0
Tu fais partie des 2%. Oui,
- Speaker #1
je fais partie des 2%. Je fais partie des 2%, mais Mais ça reste une réalité. Et c'est vrai, tu as raison de dire aussi, il y a des moments où ce n'est pas facile. Il y a des moments où je craque. Il y a des moments où je suis à la maison et je n'en peux plus. Et j'ai l'impression de tout faire mal. Et je suis fatiguée. Et je me dis que j'ai fait les mauvais choix. Il y a ces moments-là. Mais le lendemain matin, tu te lèves, il fait jour. Tes enfants sont formidables. Ton entreprise t'inspire et te donne envie de déplacer des montagnes. Mais il y a des moments où ce n'est pas facile.
- Speaker #0
Et quel conseil tu donnerais à justement une jeune femme de 20 ans aujourd'hui ?
- Speaker #1
Il faut qu'elle croie en elle. Il ne faut pas qu'elle ait l'impression qu'on lui impose de faire des choix. Parce qu'il est horrible ce choix. On ne peut pas dire à une femme, ça va être soit ta carrière, soit tes enfants. Non, on n'a pas le droit de demander aux femmes de faire ce choix. Donc elle n'est pas l'impression qu'elles doivent choisir. Et qu'elles suivent leurs envies, leurs instincts. Et il n'y a pas de métier d'homme ou de métier de femme. Si après, physiquement, évidemment, les métiers qui nécessitent une force physique que nous n'avons pas. Mais sinon, il n'y a pas de métier d'homme ou de métier de femme. Tout est. Moi, je milite pour l'égalité des chances, l'égalité des salaires. Il faut que ça change dans les entreprises, mais que les femmes ne se mettent pas de limites.
- Speaker #0
Donc tu es féministe, Céline ?
- Speaker #1
Oui, d'une certaine manière. Mais quand je t'ai dit que j'étais pas complètement féministe, c'est parce que je regrette que le terme ait été un petit peu galvaudé, ait poussé un petit peu trop loin. Il y a des différences, on est constitué de manière différente.
- Speaker #0
Mais c'est plus en termes d'égalité de droits, en fait. C'est de se dire, un homme et une femme ont les mêmes droits, et ça c'est être féministe.
- Speaker #1
Oui, alors l'égalité des droits, c'est une évidence. Après, quand je te dis, mais je le dis un petit peu en souriant... C'est que je suis un petit peu agacée par les femmes qui considèrent qu'il faut se laisser pousser les poils sur les jambes parce que... Et pourquoi on s'épilerait ? Voilà, ça, ça m'agace. Je milite aussi, j'ai trois garçons, je leur apprends à respecter les femmes, mais je veux aussi, je les encourage à inviter une femme au resto quand ils vont dîner avec elles. Alors ça va peut-être faire choquer, vous dire mais pourquoi il faut que les femmes payent ? Je veux qu'on garde cette élégance, je veux qu'on maintienne ça, il y a des codes et des valeurs qui sont essentiels. Donc j'élève mes garçons en leur inculquant ça, mais en leur inculquant aussi un grand respect pour les femmes. Et je pense que le changement du regard sur les femmes dans le monde passe, entre autres, par l'éducation de nos jeunes garçons.
- Speaker #0
Alors 100%. Merci beaucoup Céline, c'était super d'échanger avec toi. Merci pour ta générosité et pour le partage.
- Speaker #1
Merci à toi, c'est passé très vite, mais c'était très agréable.
- Speaker #0
Merci.