- Speaker #0
Hello à tous, bienvenue sur le podcast de WomanLiftUp. Mon objectif avec le podcast de WomanLiftUp est de vous permettre de vous nourrir grâce au parcours de mes invités. Je suis Tamara Morgado, la fondatrice de WomanLiftUp. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Claudette Levancin, fondatrice de TéloMédia, un média indépendant qui engage la conversation autour des femmes, de leurs récits et de leur réalité. Avec Claudette, c'est aussi une histoire qui se poursuit. J'avais eu la chance de l'interviewer une première fois le 10 juin 2020, alors qu'elle était en pleine aventure fempo. Six ans plus tard, nous nous retrouvons pour parler de ce qui a changé. de ce qui s'est transformé, mais aussi de ce qui demeure. Dans cet épisode, Claudette revient sur son parcours de fempo à Télomédia, avec un fil rouge qui traverse toutes ses aventures. Donner la parole aux femmes, créer du lien et faire émerger des sujets encore trop peu visibles. Nous avons parlé d'entrepreneuriat, de communauté, de transmission. d'équilibre, mais aussi de cette envie profonde de recréer du lien et du collectif autour de nous. Un échange riche, lucide et profondément humain. Bonne écoute ! Claudette Levencin, tu es donc aujourd'hui la fondatrice de Télomédia, un média indépendant qui engage la conversation. Je suis tellement contente de te retrouver aujourd'hui dans le podcast de Women Lift Up. Avant Télote, tu as confondé Fempo avec Fanny Abès, une marque française de culottes menstruelles. Fempo, c'était la contraction, sauf erreur, et si je me souviens bien, de femmes et pouvoirs. Et ce n'était pas anodin, parce que l'égalité des genres a toujours été un combat pour toi. D'ailleurs, tu as commencé ton parcours auprès des femmes incarcérées. Et je suis vraiment particulièrement ravie de t'avoir aujourd'hui. parce qu'on a déjà eu l'occasion d'échanger dans le cadre d'un interview une première fois et c'était le 10 juin 2020. Donc on se retrouve presque six ans plus tard. À l'époque, tu étais vraiment en plein dans l'aventure Fempo. On avait parlé de plein de choses, mais pas mal de communautés, de volonté, de travail. Vraiment cette envie de changer le game pour les femmes, c'est quelque chose, je me souviens, qui était très très présent. Avant de vraiment que tu puisses te présenter aujourd'hui, j'aimerais juste te poser une première question, c'est quand tu repenses justement à la Claudette de 2020, qu'est-ce que tu vois ?
- Speaker #1
Wow ! Déjà, bonjour Tamara, et oui, comme toi, je suis vraiment très contente de pouvoir te retrouver sur ce podcast. Et c'est vrai que six ans plus tard, c'est assez fou. Écoute, quand je repense à la Claudette d'il y a six ans, déjà 2020, c'était une année, on va dire, assez conséquente pour la planète entière. On était plein, mais tu vois, encore bien dans le confinement, Covid, de l'incertain, de la peur pour certains, du courage pour plein d'autres. Et donc, je crois que la Claudette de 2020 est quand même un reflet de ce qui j'attends. J'ai toujours été quelqu'un d'assez optimiste, ambitieuse, qui a vraiment cette capacité de voir le verre encore à moitié plein, voir même s'il est vide, voir une opportunité pour le remplir. Et donc, la Claudette de 2020 a encore son rôle à jouer dans la Claudette de 2026, c'est que je garde toujours cette part d'optimisme, cette part de vouloir changer les choses. Tu l'as bien mentionné, j'ai une carrière qui a son fil rouge dans le travail avec les femmes, surtout les femmes en marge. Et donc, cette volonté de changer, que ce soit le game ou leur situation, leur représentation ou la façon de vivre leur entrepreneuriat, c'est quelque chose qui, pour moi, reste important et de toute façon, je crois, continuera à l'être dans toutes les aventures et tous les projets. que je vais entreprendre. Donc, si tu veux, je suis sûre qu'on va pouvoir creuser un peu tout ça. Mais non, non. Bon, tu vois, à part, oui, j'ai six ans de plus. Je suis là en santé moins. Mais sinon, je crois que je garde quand même une bonne partie de qui j'étais, dans qui je suis aujourd'hui. Donc, c'est ça.
- Speaker #0
Trop bien. Et entre Fempo et TeloMedia que tu portes aujourd'hui, on est pour toi toujours dans le même combat. Est-ce que tu peux me parler, avant qu'on revienne sur l'aventure Fempo, parce que je trouve que c'est intéressant d'y revenir, mais aujourd'hui, TeloMedia, c'est quoi exactement ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Donc, ThéloMédia, c'est un projet que je porte depuis assez longtemps, mais qui est resté, on va dire, dans les tiroirs ou sur l'étagère le temps de développer autre chose. Mais ça vient d'une volonté de faire parler et d'écouter la voix des femmes, leur faire parler autrement et de sujets qui sont peu ou pas abordés. Et donc, dans cette première itération, ce que j'ai voulu faire, c'est rencontrer différentes personnes, personnes, échanger avec des journalistes et non-journalistes et voir quelles sont les thématiques qui ne sont pas aujourd'hui abordées dans les médias féminins traditionnels. On sait qu'il y a beaucoup de médias qui sont pour cible la femme. Pour moi, par contre, il y a une emphase qui est trop souvent faite sur le corps, sur la santé-beauté, sur les choses que je perçois comme étant un petit peu trop superficielles et qu'on ne cherche pas nécessairement à croire. creuser sur qui sont ces femmes. Évidemment, il y a une tranche d'âge qui m'intéresse particulièrement, celle que je traverse en ce moment, c'est-à-dire le passage de la trentaine à la quarantaine. Et je crois qu'il y a des histoires et des vécus qui méritent d'être mis en avant. Et surtout mis en avant sans nécessairement avoir la pression d'un commanditaire derrière, d'avoir un partenaire commercial qui vient diriger les choses. Parce qu'on sait aussi que les médias, eux, Merci. Les lignes traditionnelles ont un modèle économique qui repose beaucoup sur la publicité. Et donc, qu'elles le veuillent ou pas, il y a un regard ou un angle ou un parti pris qui, des fois, est implicite ou explicite. Mais évidemment, on ne peut pas toujours se permettre, on ne peut pas taper sur ceux qui permettent de remplir les caisses. Donc, des fois, il y a des sujets que j'ai appris qui sont mis de côté. Et donc, Telo veut mettre en avant ces thématiques-là. Sans nécessairement que ce soit des choses extrêmement lourdes ou sérieuses, mais qui sont peu adressées. Je prends typiquement, au moment de notre sortie, de notre lancement, un des premiers articles qui, pour moi, m'avait frappé personnellement et qui était sur la lune, c'était le sujet de faire chambre à part. Donc, on est dans un couple, que ce soit un couple hétérosexuel ou couple homosexuel ou autre. En fait, ce que ça représente pour la femme de faire chambre à part ? Est-ce que c'est une question de pause ? Est-ce que c'est une façon de mieux vivre son couple ? Est-ce que c'est une façon de pouvoir se ressourcer ? Comment cette discussion est abordée ? Quelles sont les conséquences et quels sont les avantages ? Donc en fait, quelque chose qui peut sembler anodin, pour moi ne l'était pas, mais pour certaines peut sembler anodin, est mis en place, est mis en avant et discuté. mais sans nécessairement vouloir donner un vrai ou faux ou une solution finale. C'est juste raconter cette histoire à travers le prisme de l'expérience de femmes qu'on a rencontrées ou d'autres qui l'ont vécue ou même des données scientifiques qui viennent expliquer tout ça. Donc ça, c'est un simple exemple. Il y en a plein d'autres dans Télo aussi. Tu vois que ça soit, comme je dis, il y a la chambre à part, il y a le voyage. Lorsqu'on est une femme, ce que ça représente, est-ce que ça peut nous enlever ? On a aussi pris la décision d'avoir une catégorie fiction, que j'apprécie fortement, parce que je trouve qu'à travers la fiction, on peut raconter des histoires autrement, et surtout donner des moments de pause. Donc on a une catégorie fiction que j'affectionne particulièrement sur le site. Et donc oui, c'est vraiment cette volonté de raconter des histoires et de creuser des sujets que l'on vit dans la trentaine, dans la quarantaine, et qui pour moi sont trop peu. médiatisé.
- Speaker #0
C'est des sujets dont on ne parle pas forcément, pas assez en tout cas, que tu vas aborder dans ton média. Exactement. Et assez, bon, pas tabou, mais peut-être plus...
- Speaker #1
Oui, pas nécessairement tabou. L'idée, ce n'est pas d'être choc non plus, mais c'est juste d'aller à la rencontre et être curieux. Je crois que de toutes les personnes qui me connaissent, ils savent que c'est une part de ma personnalité qui ne changera jamais. Je suis incroyablement curieuse. Je me nourris de pop culture et d'informations. Mais je suis curieuse de savoir ce que les autres vivent. Parce que je crois que dans l'isolement, dans le... peu d'histoires à raconter. Des fois, on a l'impression qu'on est, tu vois, l'exception, mais que finalement, non, plein d'autres vivent la même chose. Donc, pourquoi ne pas mettre en avant ce qui peut-être peut être vu comme tabou, marginal, exceptionnel, pour finalement se rendre compte que nous, on est des centaines, des milliers à vivre cette expérience aussi.
- Speaker #0
Et ça fait du bien, en fait, de pouvoir se rendre compte qu'on n'est pas seul. Et c'est peut-être, t'as raison, c'est peut-être vraiment dans cette tranche d'âge 35-45 où tu te rends compte peut-être de certaines choses et t'as peut-être besoin aussi de pas seulement dire oui, oui, tout va bien, je me pose pas de questions, j'ai coché toutes les cases. C'est un peu le truc, en fait, ouais, mais en fait, j'ai l'air d'aller super bien, mais en fait, je me pose des questions et puis je suis la seule à le faire. Absolument,
- Speaker #1
absolument. Et aussi, il y a une part aussi d'importance pour moi dans la trentaine et la quarantaine, surtout la fin de la trentaine vers le passage de la quarantaine, où est-ce qu'il y a vraiment des sujets et des décisions qui peuvent sembler banales, mais qui ont des répercussions assez importantes lorsqu'on arrive à nos 50, 60 et plus. Je pense notamment à des questions autour des finances, autour de la... structure de nos relations interpersonnelles, de comment on vit notre couple, comment on vit notre rôle d'enfant, de parent et en fait, il y a des questionnements et des décisions, je crois, que si elles ne sont pas prises ou si elles ne sont pas prises de façon consciente, peuvent amener des conséquences assez importantes à l'âge plus avancé. Ne serait-ce que juste sur la thématique des finances, moi, je connais et j'ai vu vivre Merci. des femmes de 70 ans et plus vivent les conséquences d'un manque de prise de position et de décision dans la trentaine et la quarantaine que là il y a un travail de rattrapage qui doit être fait mais très souvent qui m'ont dit mais franchement avoir su qu'est-ce que j'aurais pu faire de plus donc j'ai aussi cette part que je veux pouvoir cultiver à travers Télo on a quelques articles qui abordent des sujets financiers Merci. mais pour moi c'est au-delà des finances pures, il y a vraiment une question aussi émotionnelle qui doit être creusée et que je voudrais continuer à creuser à travers ce média.
- Speaker #0
Autour de la problématique de l'argent de la relation à l'argent ou de manière globale, entre autres un sujet qui se voit en fait après.
- Speaker #1
Oui, l'argent est une facette mais il y a aussi, je parlais de relations interpersonnelles, son rôle en tant que donc les parents ou enfants. Aujourd'hui, j'ai des parents âgés. Je me questionne sur mon rôle d'enfant adulte, de parent âgé. Comment tout ça va se configurer ? Quelles sont les décisions qui doivent être prises pour moi en solo, mais en commun aussi avec mes frères et sœurs ? Et en fait, ce questionnement-là, je l'ai, mais je sais qu'il y en a d'autres qui le vivent, on va dire quasiment sans réfléchir. C'est juste quelque chose qui leur est limite imposé. Est-ce qu'on peut commencer à avoir des discussions sur qu'est-ce que ça représente et comment on fait pour mieux se situer par rapport à cette situation-là ? Il y a plein d'autres sujets, je pourrais débouler tout le long, mais c'est des exemples comme ça qui, pour moi, sont trop peu abordés. Et encore une fois, ce n'est pas pour taper sur la tête des médias féminins traditionnels. Ils ont leur rôle à jouer. Moi, la première énorme consommatrice de ces médias-là quand j'étais plus jeune. Mais c'est vrai que... Au début de la trentaine et un peu plus tard, je me suis perdue en fait. Je ne reconnaissais plus qui j'étais dans le contenu qui m'était proposé. Et donc, je me suis toujours dit, si tu ne trouves pas ce que tu cherches, peut-être, soit cherche un peu plus, soit crée-le. J'en suis ravie au stade de le créer.
- Speaker #0
Ça m'étonne à moitié.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et donc, Telo, c'est… Concrètement, c'est un site internet où il y a des interviews dessus ? Tu disais que c'est des journalistes ou pas forcément ? Comment ça se passe ? Ça veut dire que si je veux publier un article sur Télo, je peux ? Comment c'est concrètement ?
- Speaker #1
Comme je disais, il y a cette première itération. Ça a été beaucoup travaillé avec une équipe de journalistes. Là où des sujets ont été proposés, il y a eu des retours. Certains sujets n'ont pas été permis ou acceptés. et donc il y a eu cet aller-retour, et une fois qu'un sujet est accepté, un peu comme une rédaction classique, la personne repart, nous fait une soumission sur son premier jet, et après on travaille pour être sûr que ça rentre dans la formule, l'angle qu'on souhaite aborder, donc un angle qui est très ouvert, un angle qui pose des questions, mais qui ne cherche pas à donner une réponse absolue, là où il n'y en a pas nécessairement une à donner. Aussi, il y a cette volonté de beaucoup écrire au jeu, donc à la première personne, chose qui n'est pas très souvent faite dans les médias. Très souvent, c'est des choses qui sont un peu... La personne qui écrit est en retrait du contenu. Donc, en fait, c'est toutes ces différentes approches qu'on a voulu valider à travers les textes qui nous ont été soumis. Et donc, ça, c'était la première itération. Et honnêtement, là, je veux aller vers quelque chose de plus personnel. ou est-ce que je prends un peu plus la parole sur cette écriture, parce que j'ai beaucoup appris, et donc il y aura, on va dire, beaucoup plus de contenus qui vont venir d'une expérience que moi je vais venir décrire, ça ne veut pas dire que je ne vais pas travailler non plus avec des journalistes ou des professionnels, mais ça sera basé un peu plus sur un échange que j'aurais eu première personne sur les thématiques posées, parce que comme j'ai dit, c'est un peu, on va dire, égoïste de ma part, mais Télo, c'est aussi le média que j'aurais voulu avoir. donc c'est à ce sens là c'est mon besoin finalement d'aller chercher des sujets qui moi m'animent et que je sais que des femmes autour de moi ont besoin de contenu plus développé si on veut sur ces thématiques là donc oui les soumissions d'articles peuvent être faites ce que je veux partager c'est contact à télémédia.com donc si vous avez un sujet ou une thématique que vous croyez peut être intéressante pour Télo Les pitches sont toujours acceptées et ceux qui sont retenus sont contactés. Ensuite, on a un échange pour voir s'il y a un match ou pas.
- Speaker #0
Et par rapport à ce que tu as vécu avec Fempo, tu as une vision en fait de où est-ce que tu as envie de porter Télomédia ?
- Speaker #1
Très intéressant parce que, en fait, pour moi, c'est vraiment deux socles assez différents. parce que sur le premier, j'étais sur une première aventure entrepreneuriale un peu lancée, tu vois, dans... C'est même pas la piscine, c'est dans l'océan. On se trouvait avec un bateau au loin qui te dit peut-être s'il y arrive, on va te repêcher. Et surtout, c'était un produit physique. Donc, c'est un produit physique, une mécanique de e-commerce. Certes, il y avait cette force. qu'on a eues tout le long du projet autour de la création de communautés, du lien avec la cliente, de discussions en continu et d'échanges sur les sujets autour du corps et de la santé menstruelle. Donc ça, ça a vraiment beaucoup porté, on va dire, la popularité que Fempo a eue, parce qu'au-delà d'un produit qui était vraiment demandé, je crois qu'on était aussi une communauté qui était assez soudée et des clientes et des followers, même si j'aime pas trop ce terme-là, Mais... panne, qui connaissait l'équipe, en fait. Notamment, Fanny et moi, on était connus de nos clientes. C'était pas un projet anonyme parce qu'on savait pas trop qui était derrière tout ça. Ok, Fanny et moi, c'est qui ces deux meufs-là ? Donc, si tu veux, il y a cet aspect-là qui nous... que je garde. Et Telo, pour moi, c'est plus faire parler la communauté et parler les femmes versus essayer de mettre en avant un produit pour résoudre un problème. Et donc, ce que je retiens et ce qui, pour moi, peut-être, sera le pont entre ces deux projets, c'est le lien que je veux entretenir avec le lectorat. Avec les gens qui vont venir lire et consommer Telo, me nourrir aussi de leur expérience pour savoir quels sont les sujets à amener dans les articles à venir, parce que c'est quand même, comme j'ai dit, même si c'est un peu, comme j'ai dit avant, un peu un projet, entre guillemets, égoïste, parce que c'est des sujets que moi aussi je suis intéressée, mais ça ne peut pas que être mon expérience, évidemment, parce que... On va s'épuiser. Il faut aller nourrir les essences d'autres femmes. Donc le lectorat fera évidemment partie de la réflexion sur quelles sont les nouvelles thématiques. Et éventuellement, si la partie média digitale fonctionne très bien, je vois même un potentiel pour avoir une itération en physique. Est-ce qu'on peut avoir des cercles de discussion, de paroles, tu vois, des situations ? Est-ce qu'on peut approfondir finalement un ou deux sujets qui ont été abordés dans le média digital ? Mais en tout cas, pour l'instant, restons sur l'aspect en ligne. Mais la volonté finalement d'être en communauté avec le lectorat, avec les femmes, avec la communauté Fempo, Fempo et Telo. C'est les deux ponts, en fait, qui, pour moi, qui font partie de ma façon de travailler. Je ne suis pas quelqu'un qui peut être seule et produire. Je dois être en communauté avec les autres. J'ai vraiment ce besoin d'apprendre, de comprendre, d'écouter ce qui se passe autour de moi et ce qui est important, et voir comment je peux le transformer en quelque chose d'autre.
- Speaker #0
Et ça m'interpelle la comparaison avec… Moi, j'ai pensé à ça en tout cas avec le cercle de parole. Parce que c'est vraiment ces sujets-là, de pouvoir les aborder en communauté, parce qu'il y a l'information à travers le média, de pouvoir se dire « en fait, je ne suis pas seule, on vit des mêmes choses » . Mais après, il y a le fait de le verbaliser. Et c'est vrai que quand j'anime des cercles de parole, c'est vraiment quelque chose que j'explique, c'est que c'est ancestral en fait. C'est qu'avant, on se parlait beaucoup plus de ces sujets. Les femmes, il y avait la tante rouge, on parlait et c'est des choses qui sont plus... On est devenu beaucoup plus individualiste par rapport à nos problématiques et beaucoup plus warrior, mais peut-être pas dans le bon sens du terme. Tu vois ce que je veux dire ? Donc ça me parle beaucoup et je comprends.
- Speaker #1
Oui, absolument. Moi, je viens, tu vois, mes deux parents sont haïtiens, sont nés en Haïti, mais ils sont venus en Amérique du Nord dans les fins des années 70, années 80. Et donc, en fait, je fais partie de cette première génération née dans le Nord, à l'étranger, mais qui garde des traditions fortes. Et c'est vrai que moi, j'ai grandi dans une famille, dans une communauté. Ou est-ce que les femmes étaient dans le leadership ? Ou est-ce que c'était elles qui étaient responsables de la mémoire de la communauté du cercle ? Et en fait, oui, on semble avoir perdu une partie de ça. Moi, je me prends comme exemple. Aujourd'hui, je vis en France. Je suis à 7-8 heures d'avion de ma famille. Les réflexes... que j'aurais pu avoir si j'étais encore dans ce socle, il faut que je m'oblige à les avoir, notamment les coups de fil régulièrement, la pose de questions. Je sais que mes sœurs, elles ont une relation très différente avec ma mère où est-ce que dès qu'elles ont un petit pépin ou quelque chose, elles peuvent assez rapidement, soit elles rentrent dans leur voiture, dix minutes plus tard, elles sont chez maman, ou c'est un appel local, il n'y a pas de décalage. Moi, dès que je veux appeler quelqu'un, c'est sept heures à... Tu vois, il faut que je... Ce n'est pas la même énergie, en plus. Ce n'est pas la même énergie. Et surtout, il y a ce manque de lien, et ce lien, un peu, j'essaye de le reproduire aujourd'hui, là où je suis, où est-ce que j'ai décidé de vivre, mais ce qui était naturel et non pensé pour elle, et même, j'imagine, ma mère avant moi, qui elle était même dans son propre village, autour de gens qui la connaissaient, qui elle avait grandi finalement, cette capacité d'avoir cette... conversation était plus fluide et demandait moins d'efforts. Et donc, ça ne veut pas dire... On doit se voir à l'échec et se dire que finalement, on a perdu cette partie-là de notre histoire et passons tous à autre chose. Absolument pas. Trouvons des façons de recréer cette communauté et ça sera des familles de choix. Tu vois, des gens qu'on aura choisis peut-être pour un moment, peut-être pendant très longtemps. C'est ça. Essayons de recréer des situations parce qu'en fin de compte, on n'est pas atomisés un peu partout dans notre coin justement à croire qu'on vit des choses. unique quand finalement il y a une histoire derrière tout ça, il y a des centaines milliers de femmes qui peuvent de façon tu vois à leur échelle nous accompagner et des fois accompagner c'est juste être présente ça veut même pas dire aider, c'est juste savoir qu'il y a l'énergie de quelqu'un d'autre qui est là et donc c'est intéressant que tu l'aies apporté comme ça parce que c'est vrai que c'est instinctif en fait chez moi Je crois que dans une autre vie, j'aurais été encore sur cette petite île d'Haïti. Je crois que j'aurais peut-être été leader du village. Mais bon, les choses sont faites telles qu'elles sont faites. Je recrée ce village là où je suis aujourd'hui. Bon,
- Speaker #0
puis tu as toujours créé de belles choses. Donc, c'est vrai que Femme Poste est aussi basée sur une communauté à la base. Oui.
- Speaker #1
J'encouragerais tout le monde qui m'écoute, c'est de regarder quel village vous avez autour de vous et est-ce que vous pouvez en créer un là où peut-être il y a des moments de manque, d'absence.
- Speaker #0
Déjà, on vit dans un monde qui va tellement vite que même pour ta famille, c'est difficile de trouver le temps et la disponibilité émotionnelle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, on a envie de créer plus grand à chaque fois, mais on réalise, je ne sais pas, moi, des fois, je réalise qu'en fait, je n'ai même pas le temps d'être vraiment présente pour mes enfants, mes parents. Comme tu disais, il y a aussi le côté des parents, on est entre deux. Oui. Donc, les parents ont envie d'être là, mais en même temps, on a envie de conscientiser certaines choses, donc de ne pas porter des bagages par loyauté. Donc, je trouve que c'est assez compliqué à gérer. Merci.
- Speaker #1
N'étant pas parent moi-même, je ne peux pas nécessairement avoir la conversation d'un point de vue de parent, mais je crois que ce sentiment de solitude, je le vois dans ma famille, dans mes sœurs, par rapport au fait qu'elles ont ces obligations de famille immédiate, elles ont les obligations vis-à-vis leurs parents, les cousins, les sœurs, en tout cas tout le monde. En fait, je crois que le fait qu'on nous a un peu brénoîchés et fait croire qu'on devait tout faire seul, qu'on avait cette obligation de gérer et le boulot, et la maison, et les enfants, et les cousins, et les sorties, et le foot après l'école. En fait, à aucun moment, moi je regarde même ma propre mère qui était génialissime, je l'adore, mais ma mère ne faisait pas 100% de quoi que ce soit en fait. Elle avait, elle se reposait, et à la fois nous, en tant qu'enfants, on avait des responsabilités, chose que je vois un peu moins dans les 9-10 ans, je les adore, Merci. ils sont beaucoup moins responsables que nous, on était à leur âge. Donc, c'est simple. Mais elle avait aussi, tu vois, elle avait sa meilleure amie d'enfance. Elle avait de temps en temps des cousins qui étaient plus âgés parce que moi, dans l'ordre familial, on est un peu des enfants du milieu. Donc, j'ai des cousins qui sont beaucoup plus vieux que moi, donc qui venaient des fois nous aider. Et donc, elle n'était jamais seule, mon père non plus. Donc, cette idée... Je dirais des 30 dernières années, où il faut absolument tout faire toute seule, être superwoman, bravara. Je crois que c'est une pression en plus qu'on a mise, évidemment sur les femmes, et qui mérite vraiment d'être déconstruite. Après, comme je dis, il y a des réalités terrain pour celles qui ne vivent pas près de leur famille de naissance. Encore une fois, c'est quoi les familles de cœur, les familles choisies ? On peut essayer de recréer des gens comme moi qui n'ont pas d'enfants, mais qui seraient vraiment prêtes à soutenir celles qui en ont. elles existent, tu vois. Moi, je me suis investie dans mes neveux et mes nièces. Ils sont loin, mais je sais que pour des amis proches que j'ai ici à Paris, j'ai le même niveau d'investissement envers leurs enfants à elles. Justement, dans Telo, on a un article qui s'appelle « Les tatas sans enfants » , ce mythe, tu vois, décortiquer ce mythe, mais c'est vraiment parler de ces femmes qui n'ont pas d'enfants, mais qui sont les super tatas d'aujourd'hui et qui... permettent une transmission d'une histoire autre. Et en fait, ça, ça vient en partie de ma propre histoire, parce que j'ai dans ma vie une tata sans enfant qui a fait partie de comment je me suis construite en tant que femme, de voir ce modèle, de voir cette personne qui pour moi était, genre, c'était une rusta, quoi, je vais pas la nommer parce qu'elle sera timide par rapport à ça, mais cette femme, pour moi, représentait quasi l'opposé de ce que ma mère était. Mais c'était complémentaire. C'était pas je vais tata et pas maman. En fait, il y a ces deux modèles de femmes qui existent autour de moi. Et donc, tout ça pour dire que le village, il est beaucoup plus grand que ce qu'on croit. Je crois que c'est vraiment, on a construit ce mythe autour de la super-maman qui est à la fois girl-boss, à la fois super-maman, à la fois super-femme-copine, lover, etc. Et je crois qu'on mérite vraiment de l'écoute. construire ce truc, c'est assez toxique pour plusieurs d'entre nous.
- Speaker #0
Non, non, vraiment. Ça me parle. Merci pour ça, en tout cas.
- Speaker #1
Je suis contente que ça te parle. J'espère que ça parlera à plein d'autres. Et donc, s'il y a des retours, je suis là.
- Speaker #0
Et si on revient un petit peu sur Fempo, qui a connu vraiment une croissance très rapide. Merci beaucoup. Et ce succès que tu as vécu, donc maintenant avec le recul, c'est quelque chose qui t'a porté pour tes projets actuels ? C'est quelque chose qui t'a peut-être aussi dévoré à un moment donné. Comment tu arrives à te situer par rapport à ça et aujourd'hui où tu en es ?
- Speaker #1
Juste pour faire le point là-dessus, donc oui, Fempo, on a commencé en 2017. Quand on s'est rencontré la première fois en 2020, c'était vraiment, on va dire, l'épexe, le pic de ce qui se passait autour de ce projet. et en 2023 c'est J'ai vendu mes parts et donc je suis sortie de l'aventure Fempo. Et aujourd'hui, je n'en fais absolument pas du tout partie. Donc, juste pour être très claire avec les gens qui nous écoutent. Donc, je n'ai plus de participation au niveau du projet. Et donc, avec presque trois ans de recul aujourd'hui, le temps passe très, très vite. Mais deux ans et demi, presque trois ans de recul maintenant. Ce projet... reste un élément extrêmement positif dans ma vie, dans mon histoire. Et je trouve que ça a changé ma vision, en fait, de comment amener le changement, comment participer à ce besoin que j'ai toujours eu d'être auprès des femmes et d'évoluer professionnellement sur des thématiques qui leur sont importantes. Parce que professionnellement... Avant Fempo, j'étais plutôt dans une dynamique où j'ai beaucoup travaillé dans des associations, dans des ONG. J'ai grandi avec un contexte parce qu'on était beaucoup au service des autres à travers des participations, que ce soit dans des assos, au niveau de mon église. En fait, c'était très communautaire. Mais Fempo m'a appris qu'on peut aussi changer les choses. à travers des projets entrepreneuriales, chose que je n'avais jamais jamais pensé possible avant ça. Et donc à la fin de tout ça, plutôt que de retourner, on va dire sur une... sur mon parcours traditionnel qui était très académique, qui était très théorique, qui était très théorique et comment travailler avec l'État, comment travailler avec des ONG, comment travailler avec des assos, je me suis permise une réflexion qui est comment construire quelque chose d'entrepreneurial mais qui reste dans le service des femmes et dans cette suite que j'ai d'être près d'elles et de raconter leurs histoires et d'évoluer leur situation. Et donc, je ne sais pas si nécessairement je réponds à ta question mais c'est sûr que c'est un peu l'histoire d'une vie, c'était assez Merci. Quand je regarde avec des reculs, que ce soit les chiffres, l'évolution, le temps sur lequel on a grandi sur Fempo, c'est un peu difficile de digérer tout ça. C'est limite, j'ai l'impression, une expérience parallèle à qui je suis. J'ai l'impression de lire quelque chose qui s'est produit à quelques d'autres, mais forcément, ce n'est pas le cas. C'est vraiment, je l'ai vécu, je le sais, je le comprends. mais je sais que j'en ai vraiment tiré la conclusion que... L'entrepreneuriat n'était pas une antithèse de ce que j'avais imaginé comme évolution professionnelle, c'est-à-dire quelque chose qui travaille proche des femmes, dans leur évolution, penser sur comment on change les mœurs, comment on change les discours, comment on change les vies.
- Speaker #0
Ça t'a montré que c'était possible en fait.
- Speaker #1
Oui, ça m'a montré que c'était possible.
- Speaker #0
Et que ça pouvait fonctionner. En fait, on parle tellement peu de la fin d'un cycle entrepreneurial, parce que c'est aussi ça ce qui s'est passé. Tu as créé quelque chose, puis il y a eu une fin quand même à un moment donné. Oui,
- Speaker #1
forcément.
- Speaker #0
Et c'est vrai, c'est peut-être cette période-là où tu dis, tu as l'impression que c'est arrivé à quelqu'un d'autre, je suis encore en train de le regarder, etc. C'est que c'est la fin d'un cycle et c'est normal, là tu repars aussi sur… sur autre chose, mais sans être vierge. de l'entrepreneuriat moi je veux dire tu l'as bien vécu et j'avais réécouté l'interview justement de 2020 et c'est vrai que ça m'avait vraiment marqué ce côté vraiment travailleuse qu'on pouvait y arriver par le travail d'avoir le beurre et l'argent du beurre il y avait vraiment ce Côté là, ça veut dire que tu donnais tellement d'énergie dans ce projet. Est-ce que c'est quelque chose que tu t'es rendu compte, tu t'en as payé le prix ou c'est comme ça que tu fonctionnes et tu refonctionneras comme ça aujourd'hui avec six ans de plus ?
- Speaker #1
Oui à toutes les questions que tu viens de poser. Oui, ça fait partie de comment je suis, comment j'ai toujours été, que ce soit durant mes études universitaires, que ce soit dans des premiers jobs, dans des grands groupes. groupe, que ça soit dans mon travail à Vancouver, en ONG, en fait, c'est vrai que j'ai cette déformation où est-ce que, ben, soit je fais à 100%, soit je le fais pas, même pas à 100%, je peux pas aller au-dessus du 100%, mais c'est vrai que soit je fais, soit je ne fais pas. Et en fait, Fempo, c'était un X10 de ma personnalité, parce qu'il y avait des vraies conséquences à ne pas faire, notamment, ben, moi, j'étais, tu vois, étudiante, immigrante en France, je pouvais pas me permettre, en fait, de... de ne pas travailler à fond et de ne pas avoir du succès. Parce que sinon, je rigolais avec les gens, mais je leur disais, en fait, ce truc qui crash, ben, moi, c'est titre de séjour éliminé. Ciao, y'a là-bas et tu rentres chez toi, en fait. Donc, j'avais cette option de juste dire ben, on va voir, on se la prend relax, peut-être que ça va marcher. Il n'y avait pas de deux ans de chômage dans cette histoire. Il y avait zéro chômage, zéro aide. Donc, il y avait, oui, une obligation de s'il va ou s'il ne va pas. Et donc, ça, on va dire, ça s'est venu amplifier la personnalité que j'avais déjà. Bon, aujourd'hui, j'ai 6-7 ans de course.
- Speaker #0
Un titre de séjour.
- Speaker #1
Oui, un titre de séjour. Merci, la préfecture. Renouvelable tous les 4 ans. Je suis solide encore un petit moment. Mais je veux dire, les obligations sont toujours les mêmes par rapport à moi-même, comment je me perçois, comment j'aime faire les choses. Mais la pression est différente. Parce que j'ai vieilli, parce que j'ai appris, parce que j'ai vu les conséquences de, on va se le dire franchement, d'un burn-out en fait. Les conséquences physiques, les sensibilités émotionnelles. On ne peut pas oublier que, en fait, comme je te disais, l'épexe de Fempo s'est passée aussi durant la période de Covid, qui, pour moi, a aussi rimé avec presque deux ans et demi sans pouvoir voir mes parents. Tout se faisait à distance. Le Canada était complètement fermé pendant presque deux ans et demi, quasiment trois ans, en fait. Quand j'ai revu mes parents, ce n'est pas que je ne les reconnaissais pas, mais c'est très longtemps passé sans voir une famille. sur laquelle je suis extrêmement proche. Je ne fais pas partie de ceux qui appellent ses parents une fois par mois et ça passe. Tu vois, je ne sais pas du tout comment on dit comme ça. Et donc, en fait, pour moi, c'était une remise en question aussi de... On remet les curseurs au bon endroit. Qu'est-ce qui est important et pourquoi ? Et en fait, comment tu te projettes à 70 ans, Claudette ? C'est plus une question de tu travailles comme une dingosse et en fait, tu ne sais pas pourquoi mais c'est juste ça fait partie de qui tu es donc tu le fais. Et comme un cheval, un jour tu vas juste cloncer, en fait il faut choisir. Et donc moi j'ai fait un choix et pourquoi ça a pris trois ans pour sortir Telo plutôt que six mois, c'est que j'ai pendant plusieurs mois pris le temps de voir qui j'étais, de compléter une liste de choses que j'avais toujours mis de côté, que je voulais faire, mais parce que, pour que ah là là Pas fini. J'ai fait une liste de kiff, en fait. Et aujourd'hui, Telo reste un projet que je veux voir grandir, mais qui n'a pas de conséquences sur qui je suis. Parce que je crois qu'avant, il y avait trop d'inf... Je mettais trop de pression sur... Si ça ne fonctionne pas, c'est qu'il y a un problème avec quoi, Claudette ? Tu vois, c'est que tu n'es pas à la hauteur, c'est que tu es ici, tu es là. En fait, pas du tout. non tu t'identifiais au projet exactement non non aujourd'hui je sais qui je suis je sais qui je suis En dehors de mon rôle de professionnelle, et je suis très contente et en paix avec cette personne. Et là, ce que j'entreprends, c'est complémentaire. C'est limite une cerise sur le gâteau. Et c'est des choses qui vont venir apporter à ma personne, apporter à l'expérience. Comme on dit en anglais, c'est for the plot. Genre, c'est des trucs pour les faire maintenant, pour découvrir, pour savoir, bon, OK, si je fais ça, qu'est-ce qui va se passer après ? Et ce n'est pas par manque de confiance en moi ou par un besoin de prouver quelque chose à quelqu'un. Parce que, soyons honnêtes, Fempo, je crois que j'ai quand même bien prouvé mes capacités. Je crois que c'est bon. Oui, j'ai coché pas mal de cases. Maintenant, essayons de vivre pour le qui vous signe.
- Speaker #0
Mais en plus, ce que tu disais tout à l'heure par rapport à Fempo, c'est qu'il y avait vraiment vous. Fempo c'était vous cette identification au projet c'est normal que c'était compliqué aussi à gérer parce que qui je suis à part Fempo il y avait beaucoup de bruit autour
- Speaker #1
des fondatrices aussi et aussi quand tu vas dans des soirées ou même dans un resto au cinéma et que quelqu'un te demande qu'est-ce que tu fais et tu te dis j'ai monté une marque de culottes en soie et... tu sors le nom et que la conséquence directe, c'est tout de suite qu'elles vont te raconter tes histoires de règles. Même si, bon, sur le coup, c'est sympa et j'adore le fait que les gens se sont senties suffisamment à l'aise avec qui j'étais et avec le projet qu'elles se sentaient à l'aise avec Claudette pour la raconter l'histoire. Mais c'est vrai que on oublie qui on est, finalement. En fait, je suis juste la meuf qui vend les culottes. Et pas du tout. Pas du tout. Gigi. plein de choses à raconter, j'ai un bagage professionnel qui est beaucoup plus large, j'ai un centre d'intérêt qui, jusqu'à maintenant, a peu ou pas été exploité. J'essaie de rappeler aussi, je rappelle des fois aux gens, je suis comme, la raison première que je vis en France, c'est que j'ai fait un master en politique publique. En fait, c'est ça, mon dada. Je vois les économies et les politiques publiques, c'est ça qui me nourrit intellectuellement. Donc, de ne pas faire travailler cette partie-là de qui j'étais, de qui je suis, je veux dire, c'était aussi difficile. Et donc, ça fait partie des choses que je veux nourrir et entretenir dans mon futur professionnel, même personnel aussi.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, tu arrives à nourrir toutes les parties de toi ? Pas 100%,
- Speaker #1
mais plus qu'avant. Genre, beaucoup plus qu'avant. Je viens juste de parler des parties intellectuelles, mais même aussi santé physique. J'ai repris de façon plus sérieuse et plus intentionnelle une pratique de sport, de méditation et de pleine conscience, qui a toujours fait partie de qui j'étais. J'ai toujours fait du sport sur une version ou une autre, mais c'était, on va dire, le good to have. C'était quand j'ai le temps, quand je peux, ok, un samedi matin, par-ci, par-là, mais la suite extrêmement intentionnelle parce que si je ne nourris pas cette partie de qui je suis, je sais que les autres vont... Ça va venir empiéter, en fait. C'est trouver l'équilibre, cet équilibre, ce fameux équilibre. Mais aujourd'hui, je suis beaucoup plus intentionnelle et je sais que c'est un luxe, que c'est quelque chose qui n'est pas disponible à tous. Mais j'espère... par mon exemple, de pouvoir encourager ou influencer celles autour de moi. Je pense notamment à ma famille proche, quand je leur dis que ce week-end j'ai fait un trail de 10-15 kilomètres, quand je dis à ma petite nièce « Oh, t'as fait quoi ce week-end ? » et je dis « Oh, ben je suis allée en forêt avec des amis » ou « Je suis allée à une retraite de méditation » . En fait, elle, sachant son imaginaire. et je sais que ma nièce ça c'est un exemple vrai elle a dit à sa maman pourquoi non on va pas courir le week-end comme tata Claudette et ça franchement ça me fait chaud au coeur parce que ça veut dire que je deviens un exemple et je peux venir influencer aussi l'équilibre que d'autres personnes vont aller chercher dans leur vie parce que encore une fois dans cette société dans ce monde on est trop souvent poussé à s'actualiser à travers le travail Merci. Et ce n'est pas vrai. Ça fait... C'est qu'une partie de qui on est. Et donc, moi, aujourd'hui, j'essaye d'aller chercher ces autres parties, les nourrir et être un exemple. Donc, de temps en temps, je vais pousser sur les réseaux sociaux, timidement, que ça soit mes courses ou autres. Mais c'est aussi pour montrer un visage différent à ces choses-là. On ne va pas se le cacher. Je suis une femme noire, d'un certain âge. Moi, je ne me vois pas représentée. les courses de trail en France, je ne me vois pas représenter pendant les retraites de méditation en Provence. Donc, c'est aussi une responsabilité que je prends à essayer d'être présente et d'exposer ces parties-là de qui je suis pour aider à faire évoluer les imaginaires et la représentation de qui a le droit à ce repos, qui a le droit à cet équilibre.
- Speaker #0
Il y a beaucoup cette notion aussi de transmission que tu as et de rendre visible l'autre. Déjà par ton parcours professionnel, la visibilité des femmes en précarité. Après, il y avait le corps des femmes qui aujourd'hui, c'est leur récit, leur voix. Donc, c'est vrai que c'est quelque chose qui est quand même un fil rouge que tu as. Et le fait de donner cette plateforme est assez extraordinaire. En fait, que ça vienne de toi, parce qu'il y a ton histoire qui est vraiment très, très bien. Et transmettre aussi à la génération future. Donc, c'est vrai que ça me… Je n'avais pas forcément pensé le côté Tata, inspiration, génération future. parce que moi, je suis dans mon train-train, j'ai trois enfants, c'est avec les mamans, etc. Et en fait, les enfants ont besoin de parler à quelqu'un d'autre que leurs parents. Et on se retrouve, en fait, ils se retrouvent très seuls parce qu'ils ne peuvent pas parler à leurs parents parce qu'ils ont peur de leur faire du mal aussi. Enfin, je veux dire qu'on aime très, très fort quelqu'un, on ne dit pas, voilà. Et puis après, ça va être quoi ? Les copains, copines ? fin. Donc, le fait d'avoir d'autres référents adultes de cœur est super important. En fait, on l'a négligé pendant trop longtemps.
- Speaker #1
Oui. Comme je te dis, moi, les adultes, en tout cas, j'étais extrêmement chanceuse. Comme j'ai dit, la façon que ma famille s'est construite et que notre culture existe, on avait toujours des adultes, des cousins autour de nous. Et c'est vrai que quand je réfléchis à comment moi je me suis construite, certes, mes parents sont en première place, mais il y a beaucoup d'autres personnes qui font partie de mon histoire. Comme je dis, ma façon de réfléchir à c'est quoi être une femme, c'est quoi être une chef d'entreprise. J'ai un oncle qui m'a vraiment fait réfléchir à c'est quoi être un aîné dans la famille, parce que son rôle d'aîné était tellement incarné. et sa générosité vis-à-vis les autres, là où on aurait pu imaginer quelqu'un qui serait resté très enfermé sur son cercle média. En fait, c'était quelqu'un qui était toujours à disposition de tous. Je pense aux femmes aussi, les grandes-tantes ou les cousines aînées qui, elles, se sont construites de façon différente, certaines mariées, d'autres pas. d'autres divorcés, d'autres salariés, plusieurs travailleurs indépendants. Donc en fait, elles ont toutes fait partie d'une complémentarité à l'histoire que j'avais de « c'est quoi être un adulte ? » , qui est où mes parents étaient les personnages principaux. Donc c'était un peu, on va dire, le squelette de tout ça. Et eux, ils venaient ajouter un petit peu des petits bouts de chair, du cartilage, éventuellement des vêtements à chaque coup. Aujourd'hui, oui, je me vois construite par tous ces gens-là. L'image que j'ai de c'est quoi être un adulte, c'est quoi être une femme, c'est quoi une femme haïtienne, ça vient de toutes ces personnes-là. Et c'est vrai que les enfants, aujourd'hui, comme je vous le dis, ils ont moins accès à ces adultes-là, peut-être via les écoles ou les activités parascolaires, mais je crois que ça, pour moi, c'est, on va dire, des adultes... Avec un non-lien familial, c'est bien, mais c'est aussi très important d'en avoir, qu'ils font partie de la famille, parce qu'il y a aussi un lien qui peut être émotionnel ou culturel qui est différent. Une famille de choix.
- Speaker #0
C'est ça. Il y a vraiment... En tout cas, je suis ravie que tu aies créé ce média, et surtout que tu aies l'ambition de vouloir prendre de plus en plus la parole dans ce média, parce que tu as vraiment des choses à dire très pertinentes et qui donnent envie d'écouter, d'en savoir plus et d'aller creuser. Et ça ouvre des perspectives. Donc, merci pour ça. Merci à toi. Et pour terminer, je voulais te demander si, je te disais avant que la Claudette de 2020, elle voulait changer le game des femmes. Aujourd'hui, la Claudette de 2026, elle veut changer quoi ?
- Speaker #1
Je crois qu'elle veut toujours changer le game. Je pense qu'elle serait peut-être un petit peu... plus douce dans sa façon de vivre. Avec elle-même, peut-être. Avec elle-même, surtout. Mais oui, pour moi, c'est un travail d'une vie, en fait. C'est vraiment de changer comment on est perçu, comment on se comprend, comment on interagit avec les autres, entre nous. Surtout quand on se comprend, en fait. Je crois qu'il y a beaucoup trop de mythes, beaucoup trop de trucs qui ont été construits autour d'eux. Qu'est-ce que c'est être une femme aujourd'hui ? Qu'est-ce que c'est être une femme moderne ? Tu vois, moi j'ai vécu la trend de la girlboss, j'ai vu aussi mourir cette trend. Je croyais qu'on en était sortis. Là récemment, je commence à revoir un petit peu des vieux réflexes, surtout autour de comment on girlboss, autour de l'IA. J'ai envie de vomir quand je vois ces choses-là parce que je me dis, encore une fois, une autre façon qu'on va essayer de nous... nous dire finalement comment vivre cette nouvelle révolution. Et à aucun moment, on nous a donné la parole. À aucun moment, on réfléchit. Finalement, ces métiers-là ou cette restructuration technologique, qu'est-ce qu'elle vient enlever, ne serait-ce qu'aussi professionnellement aux femmes, mais à cette planète qu'on a la responsabilité de faire vivre. je crois que les femmes ont un lien différent avec la planète vu qu'on est celles qui portent la vie je crois qu'on a cette obligation d'avoir aussi une discussion de ce que ça représente pour nous pas juste en gain de temps, gain d'argent je sais pas trop quoi, il y a des vraies pertes qui en viennent donc ouais des conversations comme ça aussi et donc je sais qu'on ne donne jamais la parole Merci. par gentillesse donc des fois il faut l'apprendre et moi Telo pour moi c'est aussi c'est une prise de parole c'est finalement comme je l'ai dit au début ces sujets-là je ne les ai pas retrouvés donc à moi de les mettre en avant et arrêter de me plaindre donc moi c'est toujours une question de changer le game franchement je je n'ai pas je ne crois pas qu'il va y avoir Merci. Dans mes derniers jours, tout sera résolu. Je n'ai pas cette naïveté. Donc, ce sera quelqu'un d'autre qui viendra prendre le bâton et qui fera la suite. Mais aussi longtemps que je suis là, sur cette terre, que j'ai cette capacité de travailler, ce sera ma mission de faire ça.
- Speaker #0
J'ai vraiment l'impression que tu portes une mission et que tu ne lâcheras pas. J'espère pas. Dans six ans, on en reparlera. et j'ai hâte de voir ce que ça va devenir donc merci pour ça en tout cas Claudette c'était super d'échanger merci beaucoup à toi Tamara c'est vraiment très cool de faire ce point avec toi à très vite Générique