- Speaker #0
Moi je me rappelle mon père il me dit mais attends t'as fait une classe préparatoire, tu fais école de commerce, école d'ingé, tu fais des sous-chiffres, tu joues à quoi tu vois et pareil pour Aïssa Taha, ses parents il dit mais attends tu dois avoir un bureau où il y a écrit ton nom sur la porte et là tu fais du tiède tu vois c'est pas normal, il y a un truc qui va pas tu vois, il y a que un entrepreneur qui peut comprendre ce que je vais dire c'est que des fois t'as toute la terre qui te dit non c'est pas, tu vas pas dans la bonne direction mais vraiment au fond de toi tu sens qu'il y a un truc à faire.
- Speaker #1
Dans un monde où la réussite se mesure souvent en chiffres et en croissance, ce podcast explore ce qui se cache derrière l'art de durer quand on entreprend. Avec ses hauts, ses bas, ses échecs et la résilience qu'il faut pour se relever. Bienvenue dans Work in Progress, un podcast signé Conto, le compte pro français qui accompagne plus de 600 000 entrepreneurs et entrepreneuses. Chaque épisode plonge dans l'intimité d'un entrepreneur ou d'une entrepreneuse qui a choisi de construire une carrière qui lui ressemble vraiment. Ici, pas trop cette miracle, juste des conversations honnêtes avec celles et ceux qui ont décidé d'entreprendre sans se perdre. Je m'appelle Estelle Djon Djo, je suis une entrepreneuse de l'information. Ça me permet de faire un journalisme sur mesure tel que je le perçois. Et je suis ravie d'animer ce podcast pour parler avec d'autres indépendants qui ont décidé de créer leur propre voix. Ils se sont rencontrés sur les bancs d'école de commerce de l'EM Lyon. Ensemble, ils ont eu l'audace de fusionner les deux continents dont ils sont originaires dans une assiette. Foodtruck, traiteur, restaurant, livre chez Larousse, bienvenue dans le work in progress de Julien Dohan, cofondateur de Savanne et Mousson. Salut Julien !
- Speaker #0
Salut Estelle, ça va ?
- Speaker #1
Ça va, écoute, j'ai dit cofondateur parce que normalement t'es avec Aïssata Fane.
- Speaker #0
Aïssata qui n'a pas la chance d'être avec nous aujourd'hui, mais oui c'est avec elle que... J'entreprends toutes mes aventures, on a lancé plein de projets ensemble.
- Speaker #1
Pour ceux qui ne vous connaissent pas, rapidement, est-ce que tu peux expliquer comment est née un petit peu cette histoire de Savan et Mousson ?
- Speaker #0
L'histoire de Savan et Mousson, elle est née d'un constat qu'on avait fait avec Aïssata, que les cuisines d'Afrique et d'Asie se ressemblent beaucoup dans les ingrédients qu'on utilise, mais ils sont cuisinés différemment. On a fait ce constat à la suite de voyages qu'on a dû faire pour valider notre diplôme à l'UM Lyon. Le hasard a fait que je suis parti en Afrique, Aïssata en Asie, et en fait on a chacun visité le continent de l'autre. On s'est dit, ce serait sympa de faire un projet autour de ça. Et après, la folie de la jeunesse a fait qu'on a entrepris. Et depuis, on ne s'est pas arrêté.
- Speaker #1
Parce que ce qui est intéressant, c'est que toi, tu es parti au Sénégal.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Donc, tu as découvert un petit peu ce que je peux comprendre, les cuisines aussi des mamas sénégalaises. C'est ça. Et elle, elle est partie à Singapour.
- Speaker #0
C'est ça. Singapour, c'est vraiment un hub en Asie du Sud-Est. Tous les mois ou même chaque week-end, elle allait voyager un peu à gauche, à droite et découvrir en fait... les cultures asiatiques, la nourriture.
- Speaker #1
Le food truck est partout aussi, un peu moins au Sénégal par contre.
- Speaker #0
Ici, il y a des grillades dans la rue, les dibis, les fatayas, etc. C'est quand même moins développé qu'en Asie, c'est plus des stands isolés, alors qu'en Asie, on a vraiment cette culture du food court, du food market.
- Speaker #1
Donc en fait, ça va les moussons, ça fait depuis maintenant 7 ans, parce que vous êtes lancé en 2019.
- Speaker #0
Ouais, 2019, faut pas dire ça, on devient vieux. Ça ne nous rajeunit pas.
- Speaker #1
C'est une relation de 7 ans. Est-ce que tu peux nous dire un peu, Julien, c'est quand la dernière fois, je ne vais pas te demander la dernière fois que tu as pleuré ou douté parce que tu m'as dit que tu ne pleures pas.
- Speaker #0
Moi, je ne pleure pas.
- Speaker #1
C'est quand la dernière fois que tu t'es réellement mis en colère sur un projet pro ?
- Speaker #0
Je crois tout à l'heure quand j'étais dans l'humeur. Je me suis énervé un peu contre l'agent immobilier parce qu'en fait, je trouve qu'on est en train de négocier un bail pour ouvrir un nouveau restaurant. Et je trouve que la manière dont on traite, dont on impose des conditions, Ça ne m'allait pas, j'étais sympa pendant une semaine, mais là, des fois, il faut savoir montrer les crocs, du coup, j'ai un peu crié.
- Speaker #1
C'est bien parce que c'est un petit chaton tout mignon, j'ai un peu crié. Je ne crie pas beaucoup d'habitude. Avant de commencer, c'est vrai que j'aimerais bien en savoir un peu plus sur toi. Tu es l'un des meilleurs portes d'Aïssata, est-ce que tu peux aussi compléter pour elle ? environnement, finalement, t'as grandi dans quel monde familial ? Est-ce que chez toi, c'était un monde d'entrepreneurs ou pas ? Ou pas du tout ?
- Speaker #0
Si, chez moi, c'est un monde d'entrepreneurs. Surtout mon père. Lui, il est arrivé du Vietnam quand il avait 16, 17, 18 ans, par là. Il a un peu fait plein de petits boulots jusqu'à monter une boîte avec un autre Vietnamien. Et petit à petit, il lui a racheté ses parts pour être seul dans la boîte. Gros, lui, il va vendre du câble, des amplificateurs, des paraboles, tout ça pour... équiper les grands ensembles. Lui, depuis que je suis tout petit, je le vois entreprendre. Je trouve que c'est quelqu'un qui m'a beaucoup inspiré. Je pense que ça explique beaucoup pourquoi j'avais tant envie d'entreprendre aussi.
- Speaker #1
Ton père a l'esprit d'entrepreneur, on peut dire ça comme ça. La mère d'Aïssata, il me semble qu'elle travaille dans les cuisines d'une maison de retraite.
- Speaker #0
C'est ça. Même la mère d'Aïssata, elle avait sa forme d'entrepreneuriat elle aussi. Parce que je sais qu'elle nous disait souvent que quand elle était au Mali, encore à l'époque, il y a cette culture de la femme qui va vendre sur les marchés un un peu de nourriture, qui essaye de se débrouiller. Du coup, je pense que c'est quelque chose de très formateur, même si derrière, quand elle est arrivée en France, elle a trouvé un travail de salarié en CDI. Quand elle était plus jeune, je pense qu'elle avait ce petit truc entrepreneurial qui fait qu'on essaie de se débrouiller.
- Speaker #1
C'est clair que l'entrepreneuriat féminin en Afrique est très fort, parce qu'en fait, les femmes sont un peu potomitantes, elles doivent se débrouiller, et donc effectivement, il y a...
- Speaker #0
Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, potomitante, mais on va faire comme si tout le monde savait ce que ça veut dire dans cette pièce.
- Speaker #1
ou non Poteau mi-temps aux Antilles et dans les Caraïbes, c'est le poteau qui tient la maison. Donc c'est la partie centrale sans quoi la structure du foyer s'effondrerait.
- Speaker #0
On va dormir en bête ce soir les gars.
- Speaker #1
Toi en grandissant, c'était quoi un petit peu tes modèles ? Est-ce que tu as toujours eu des modèles petits d'entrepreneurs ou c'était pas du tout ? tu ne voyais pas forcément être restaurateur ?
- Speaker #0
Moi, je me voyais être entrepreneur, mais je ne me voyais pas forcément être restaurateur. J'ai toujours eu cette envie de me débrouiller. Moi, en fait, ce que j'aimais bien dans l'entrepreneuriat, c'est le fait qu'il n'y ait pas vraiment de limite. C'est-à-dire que quand on voit les gens autour de nous qui avaient un salaire, etc., en gros, on dit que tu touches 2 000 euros par mois, 2 500 euros par mois, et tu te débrouilles avec ça. Moi, ce que j'aime bien avec l'entrepreneuriat, c'est... Ok, peut-être que ce mois-là tu vas toucher 1000, mais le mois prochain si tu débrouilles bien, tu peux aller chercher 2000, aller chercher 3000, etc. Et c'est le fait qu'il n'y ait pas de limite et qu'en fait ça dépend vraiment beaucoup de toi qui m'a toujours attiré dans l'entrepreneuriat. Est-ce que j'avais un modèle ? Par mon père, pas vraiment. Je ne connaissais pas beaucoup d'entrepreneurs autour de moi, mais j'ai toujours su que c'était ça que j'avais envie de faire.
- Speaker #1
Ok, donc tu n'as pas voulu être astronaute ou bien cow-boy ? Si,
- Speaker #0
quand j'étais petit, je voulais être archéologue.
- Speaker #1
Je crois qu'on prend tout cet archéologue. Je creusais des trous,
- Speaker #0
je creusais des trous, je trouvais plein de petites merdes, je les ramenais chez moi et ma mère écriait.
- Speaker #1
Pour comprendre aussi où tu as grandi, tu as grandi au Blanc-Ménil.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
En Seine-Saint-Denis et Aïssata à Deuil-la-Bar, dans le Val-d'Oise, vous êtes tous les deux des enfants de la banlieue. Je reprends un peu ce que tu me dis parce que tu dis que tu n'as pas forcément grandi avec des entrepreneurs autour de toi, mais aujourd'hui, en tout cas, la banlieue, c'est un énorme vivier d'entrepreneurs. D'accord ?
- Speaker #0
C'est ça. La banlieue, c'est un énorme... viviez d'entrepreneur parce qu'on apprend à se débrouiller en fait. Et même s'il n'y avait pas forcément d'entrepreneuriat au sens de j'ai un cabis, je dépose mes statuts, j'ai un compte pro, etc. Il y a toujours eu ce petit truc qui se débrouillait. Il y avait des familles qui faisaient des glaces à l'eau avec du bissap, avec du sirop et tout ça. Tu les achetais 20 centimes etc. En fait, c'est une forme d'entrepreneuriat aussi parce que tu crées une richesse, tu arrives à oser de la vendre. Après, tout ce qui est administratif autour, c'est... En tout cas,
- Speaker #1
vous avez créé de la valeur en faisant de la cuisine fusion, ce mélange de deux cultures. J'aimerais quand même qu'on voit ensemble ce qu'il y a sur votre carte. Sushi de banane plantain, rouleau de printemps à l'africaine, poulet yassa au wasabi, bobboun du Sahel, et mon préféré, crumble de baobab et poire nachi. Et enfin Bubble Tea ou Bissap Plein de trucs,
- Speaker #0
plein de créations C'est quoi les boys ? Déjà il faut savoir que là ce que tu viens de citer c'est des trucs ça peut paraître surprenant mais ça a été testé et approuvé parce qu'on en a testé des recettes qui ne ressortaient pas forcément super bien du coup là t'as vraiment la crème de la crème mais ouais en fait c'est des recettes qu'on s'est amusé à créer d'abord tous les deux avec Aïssata et ensuite après il y a des salariés qui ont créé des recettes aussi Merci.
- Speaker #1
Vous avez un labo, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, on a un laboratoire de production. En fait, quand on dit labo, en restauration, il faut s'entendre, ce n'est pas un truc avec une blouse blanche où on a des éprouvettes et on fait des tests. C'est vraiment une cuisine centrale. C'est une grosse cuisine avec des sauteuses, des choses faites pour cuisiner en grande quantité. Et c'est là-bas aussi où on va tester nos recettes. Et quand ça plaît, on va les diffuser dans nos restaurants.
- Speaker #1
Et est-ce qu'on vous a déjà dit, la cuisine que vous faites, c'est bien, c'est de la fusion, mais c'est pas traditionnel ?
- Speaker #0
Ouais, bah tout le temps. Tout le temps, tout le temps. Bah en fait, on a toujours ce truc de manque de légitimité, où on nous dit, c'est pas ça un vrai mafé, c'est pas ça un vrai yassa. C'est pas ça qu'on essaie de faire. Nous, ce qu'on essaie de faire, c'est, on prend la tradition, et on essaie de proposer une nouvelle forme. Le fait de le présenter sous une certaine forme, en l'occurrence, par exemple, les sushis au mafé ou les sushis au yassa, les gens connaissent les sushis plus que le mafé ou l'yassa, là, bah... Ils ont envie de découvrir et peut-être que la première fois qu'ils aient goûté un yassa, c'est à travers nos sushis. Et après, ils ont apprécié. Après, ils peuvent aller chez des gens qui font du yassa traditionnel ou du mafé traditionnel. Il y en a plein qui nous ont dit qu'ils ont découvert la cuisine africaine à travers les plats qu'on propose. Et c'est notre but aussi.
- Speaker #1
Mais c'est intéressant du coup ce que tu dis parce que là, on parle d'un public qui, de base, est plus attiré par la cuisine asiatique et qui vous essaye un peu d'amener vers la cuisine africaine. Ce n'est pas l'inverse en tout cas.
- Speaker #0
En fait, je ne dirais pas qu'il est de base attiré forcément par la cuisine asiatique, mais en fait, on a fait ce constat avec Aïssata. On a comme l'impression que la cuisine asiatique, dans le marché français en tout cas, a environ 10-15 ans d'avance sur la cuisine africaine. Aujourd'hui, il y a plein de chaînes de restaurants africains. On peut penser à African Fusion, par exemple. On peut penser à Beaumaillé. On peut penser à Afri-Cole Food, qui sont des chaînes qui se développent. African Fusion, qui est la plus grosse aujourd'hui, elle a quoi, 10-15 ans ? alors que les sushis, les traiteurs asiatiques, etc., ça fait 20-30 ans qu'ils sont là. Du coup, ils ont un peu rentré dans les mœurs des Français. 30 ans comme moi, aujourd'hui, il y a toujours eu des restaurants asiatiques, il y a toujours eu des restaurants chinois, alors que les restaurants africains, beaucoup moins, ne serait-ce qu'en nombre ou ne serait-ce qu'en nombre d'années d'existence. Et du coup, on s'est dit, on va s'appuyer sur le fait que la cuisine asiatique soit plus ancrée dans les mœurs de la population française pour essayer de faire découvrir un peu la cuisine africaine.
- Speaker #1
Et parmi, effectivement, ces plats, il y a plusieurs ingrédients. qui voulit tous les deux, je pense notamment au riz, au gingembre, des choses qu'on retrouve dans les deux cultures, finalement.
- Speaker #0
Le riz, le gingembre, le tamarin, même la banane plantain. En Asie, on mange la banane plantain, plus sous forme de dessert, mais on mange la banane plantain. Il y a énormément d'ingrédients qu'on utilise aussi en Asie. Je me rappelle, au début de Savané Mousson, elle disait que Savané Mousson, c'était sous nos yeux depuis longtemps, parce que même quand sa mère allait... faire ses courses dans des épiceries, souvent, c'était tenu par des Asiatiques aussi. Ça veut dire qu'en fait, il y a cette proximité déjà qui existait auparavant et du coup, on s'est dit qu'on va se servir de ça pour lancer le concept.
- Speaker #1
Alors, pour revenir un peu aux bases, quand vous avez décidé de vous lancer, vous êtes tous les deux en école de commerce, vous êtes super bons potes, mais vous êtes surtout encore étudiant.
- Speaker #0
On est en école de commerce et en double diplôme. Moi, j'étais à Centrale aussi. Et à Issa Taha, c'est-à-dire qu'on avait deux écoles chacun. Et ouais, déjà, c'était pas facile. C'était pas facile.
- Speaker #1
Il y a des gens qui prennent des jobs en temps partiel et il y a d'autres qui montent des chaînes de restauration.
- Speaker #0
Au départ, c'était pas une chaîne de restaurant. Au départ, comme je le disais, c'était vraiment traiteur événementiel. Parce qu'en fait, traiteur, il fallait être vraiment à cet endroit avec la nourriture chaude pour nourrir un certain nombre de personnes. Alors que restaurant, c'est quand même une logistique où il faut être là tous les jours, assurer des services, etc. Et surtout, en traiteur, en fait, on prenait des accomptes. Ça veut dire qu'on n'achetait rien avant d'avoir cassé une partie de l'argent. Alors que la restauration, c'est différent. On investit, on fait des courses en espérant pouvoir vendre la nourriture. C'est deux logiques complètement différentes. C'est pour ça qu'on a choisi le traiteur. en premier et on a basculé vers la restauration avec le Covid quand le traiteur ça a fonctionné plus du tout. Là, on s'est orienté plus vers le B2C.
- Speaker #1
Pour revenir sur 2019, parce que moi, ça m'intéresse beaucoup. Toi, t'es à Lyon. Aïssata, elle est à Paris. Elle est toujours à Lyon.
- Speaker #0
En fait, on est entre Paris et Lyon. Donc,
- Speaker #1
c'est des TGV.
- Speaker #0
Tu connais TGV Max ou pas ? On fait une petite pute pour la SNCF. Ça, ça nous a sauvés 79 euros par mois. On prenait deux trains dans la journée. C'est terrible.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un moment dans le service traiteur où vous vous êtes senti un peu débordé par la situation ?
- Speaker #0
Tous les jours, on était débordé. Des fois, on avait partiel, on devait faire une prestation, après aller au partiel. Moi, je conduisais avec Satan, on faisait dans la voiture, on devait rendre des travaux de groupe où on n'était même pas là, on était en train de cuisiner. En plus, c'était un peu à la période Covid où les cours étaient en distanciel. On coupait la caméra, on épluchait des patates douces. c'était Vraiment n'importe quoi le début de Savan et Mousson. Mais on s'en est sortis. Et si on n'était pas passé par là, on ne serait pas là où on en est aujourd'hui.
- Speaker #1
Il y a un épisode que Aïssata m'a raconté. C'est effectivement sur le parc de la Villette.
- Speaker #0
Ah oui, c'était...
- Speaker #1
Dans le 10e arrondissement de Paris, pour ceux qui ne connaissent pas. Donc, c'est plutôt un lieu d'itinérance, de culture, avec un petit parc. Et vous avez mis un food truck, effectivement.
- Speaker #0
C'est ça. En fait, il y avait un appel à projet, un appel d'offres pour... On passait pendant un mois ou six semaines à la Villette. C'était en partenariat avec Facebook, qui n'était pas encore méta à l'époque. Et en fait, c'était devant le cinéma en plein air. Il fallait animer un stand de restauration. Sauf qu'à cette époque-là, on n'était pas du tout structuré. On n'avait pas les équipements qu'on avait aujourd'hui. On n'avait pas les équipes qu'on avait aujourd'hui. On était juste nous deux. On secouait nos petits frères, nos petites sœurs pour qu'elles nous aidaient, nos amis, enfin, ce qu'on avait sous la main. Et en fait, je me rappelle, en plus, à ce moment-là, on était encore en stage tous les deux. être prêt pendant trois jours à envoyer. Mais nous, sauf du lundi au vendredi, en fait, on était... En cours ? Enfin, on était en stage. On était en stage d'école de commerce, quoi. Du coup, de 22h à minuit, on essaie de s'organiser pour faire les courses, pour partir à Rungis à 4h du matin pour être à l'heure au taf, d'aller acheter des équipements, d'aller... Enfin, d'organiser un stand, quoi. Et je me rappelle, le premier jour où on a fait, on avait cuisiné toute la nuit, toute la semaine, on avait acheté les ingrédients, et on s'était fait éclater les deux premières heures qu'on n'avait plus aucune nourriture. Du coup, j'appelle Aïssata, je lui dis « Aïssata, t'as vu tout ce que t'as fait ? Il faut refaire le double ou le triple parce que là, ce soir, on va se faire manger. On a dû fermer le stand après midi alors qu'on devait ouvrir en continu. » Aïssata, quand je lui dis ça, elle est tombée dans les pommes. J'entendais les gens qui étaient avec elle. Aïssata, Aïssata, ça va ? C'était dur cette période-là. Là, tu me vois, je suis bien portant, j'ai un petit bidou. Et ce moment-là, je crois que cette période-là, j'avais perdu 15 kilos. On ne dormait pas, on dormait 2-3 heures. par nuit, on enchaînait entre les excels de la banque, entre aller acheter des oignons, découper ça, on n'avait pas de salariés en fait, on faisait vraiment tout de A à Z, c'était vraiment une période difficile, mais c'est aussi ce qui nous donne la légitimité aujourd'hui. Il y a des salariés qui sont avec nous depuis longtemps, mais des salariés qu'on a recrutés il y a un ou deux ans. Et des fois ils me voient cuisiner, couper, ils disent mais attends Julien, tu sais faire ça ? J'ai dit gros malin, c'est moi qui faisais ça avant qu'on vous emploie tous, c'était moi et Santa qui faisions toute la production, du coup on sait comment ça fonctionne. Ça donne aussi une certaine légitimité auprès des salariés parce qu'on n'est pas juste des patrons qui sont derrière un ordinateur et qui disent « fais ci, fais ça » . En fait, on l'a vécu et c'est pour ça aussi quand on fait nos plannings, quand on voit la charge de travail, on est réaliste par rapport à ce qu'on demande à nos équipes.
- Speaker #1
Et est-ce que, je suis curieuse de savoir, est-ce que finalement cette expérience de traiteur vous a appris quelque chose que l'école de commerce ne nous a pas appris ?
- Speaker #0
Ah bah... Ça, c'est tous les jours. Ce que tu apprends en un mois d'entrepreneuriat, c'est plus que ce que tu apprends dans tout ton cursus scolaire. Parce que déjà, c'est beaucoup de surface, en fait, l'EMU. L'école de commerce, en général, que ce soit l'EMU, HEC, l'ESSEC, ce que tu valorises là-bas, c'est ton réseau. Et c'est aussi un coup de tampon sur ton CV. Nous, quand on allait voir une banque, après qu'on ait fait l'EMU, ce n'était pas la même chose que d'autres amis à nous qui n'avaient pas fait de grandes écoles. Du coup, ça, on l'a vu tout de suite, la différence. mais l'entrepreneuriat, ça t'apprend Ça t'apprend énormément de choses, surtout la restauration qui est vraiment un métier 360. Il faut que tu touches à la com, il faut que tu comprennes ta comptabilité, il faut que tu gères ta trésorerie. C'est extrêmement formateur pour entreprendre, parce que c'est quand même un secteur assez difficile la restauration.
- Speaker #1
Et pour ajouter à la difficulté, en 2020, le Covid arrive, il n'y a rien de pire pour effectivement pas mal de commerces qui ont dû fermer. Vous, vous avez continué à avoir votre activité, mais en click and collect ?
- Speaker #0
La chance qu'on a eue en 2020, c'est qu'on venait de commencer en 2019, on n'était pas hyper développé. Ça veut dire qu'on n'avait pas une grosse masse salariale, on n'avait pas de gros loyers. On les vivrait aujourd'hui, ça ne se passerait pas aussi bien. Parce que là, on les voyait, les autres restaurateurs qui fermaient, alors que sur le papier, leur business model était impeccable. Mais on voyait que dès qu'il y a du télétravail, dès qu'il y a ci, dès qu'il y a ça, tout le modèle s'écroule. Et encore aujourd'hui, on diversifie vachement nos... Nos activités, que ce soit avec la partie traiteur, la partie food truck, la partie événementielle, la partie restaurant, on a aussi la partie formation avec notre organisme de formation.
- Speaker #1
La recette.
- Speaker #0
La recette. Depuis peu, on a un logiciel aussi, on est éditeur de logiciel. On propose un logiciel de gestion des restaurants qu'on utilise nous, mais qu'on vend aussi à d'autres restaurants. Et du coup, en fait, on n'est pas vraiment focus sur une seule verticale, parce qu'on sait que si jamais ça se passe mal, en fait, tout peut s'écrouler.
- Speaker #1
Julien, dans votre expérience avec Savan et Mousson, c'est quoi les premiers noms qui vous ont marqués ?
- Speaker #0
Je pense que c'est le refus de la BNP. Pendant le Covid, où toutes les entreprises avaient le droit à un PGE, à ce moment-là, on venait de reprendre le local de Saint-Mort, et ça nous aurait bien aidé le PGE. Là, on a vraiment le sentiment que... Le PGE,
- Speaker #1
pour être sûr que tout le monde le comprenne ?
- Speaker #0
C'est le prêt garanti par l'État. En gros, pendant le Covid, les entreprises qui étaient en activité pouvaient bénéficier de ce prêt. Pour pallier à la baisse d'activité, pallier à la conjoncture, parce qu'en fait, les informations pendant le Covid pour les entreprises, elles ne venaient aucune goutte. C'est-à-dire qu'en fait, on n'avait aucune... On ne savait pas quand est-ce qu'on allait pouvoir rouvrir. Si on allait pouvoir ouvrir un jour, sous quelles conditions ? On a eu tout et n'importe quoi pendant le Covid. Les passes sanitaires, il fallait mettre des plexiglas entre les gens pour qu'ils mangent. Toutes les semaines, il y avait des nouveaux trucs. Et à ce moment-là, il fallait essayer d'aller chercher le maximum d'argent possible parce qu'on se disait qu'on ne savait pas de quoi... Par anticipation. Par anticipation, on était obligé d'essayer d'accumuler le maximum de trésorerie.
- Speaker #1
Et tu as eu l'impression de devoir finalement vous battre deux fois plus dur pour...
- Speaker #0
Surtout que c'était entre guillemets un dû. Quand je voyais les gens autour de nous, ils avaient le PGE comme ça. Et là, j'ai vraiment l'impression que la conseillère nous l'avait mauvaise ou quoi, alors que tout se passait bien. Ce n'est pas le même contexte qu'on a aujourd'hui. On ne pouvait pas se rendre à l'agence. Pour parler, l'agence était fermée, c'était que des mails où on répondait les soirs de pleine lune, etc. C'était difficile la relation qu'on a eue avec eux. Il y a eu aussi le fait qu'un des propriétaires qu'on avait ne voulait pas nous faire d'exonération de loyer, alors que lui, il avait une réduction d'impôt derrière. Du coup, l'un de l'autre, ça s'équilibrait pour lui. Mais en fait, on a appris qu'il était en sous-location, en fait. Le sous-loyé, que lui, ne payait pas le loyer, mais nous faisait payer la sous-location. Du coup, tu vois tous ces petits trucs, tu vois que le monde, il est méchant. Nous, on était là, on était des bisounours, des jeunes entrepreneurs qui pensaient qu'en étant raisonnés et raisonnables, on allait pouvoir trouver un terrain d'entente. Mais le monde d'entrepreneuriat, il est méchant.
- Speaker #1
Et tu as eu déjà l'impression finalement que toi et Asata, on ne vous prenait pas au sérieux dans votre projet ?
- Speaker #0
Bah oui, forcément. De toute façon, quand tu débutes, il n'y a personne qui te prend au sérieux. Et même à l'échelle de notre famille, on ne nous prenait pas au sérieux. Moi, je me rappelle, mon père a dit, mais attends, tu as fait une classe préparatoire, tu fais école de commerce, école d'ingé, tu fais des sous-chiffres, tu joues à quoi ? Et pareil pour Aïssa Taha, ses parents ont dit, mais attends, tu devais avoir un bureau où il y a écrit ton nom sur la porte et là, tu fais du tiède. Tu vois, c'est pas normal. Il y a un truc qui ne va pas. Du coup, tout le monde nous prenait pour des fous. Surtout quand il y a le Covid et qu'ils voyaient qu'on... qu'on s'acharnait, qu'on disait non mais on va continuer, ça va marcher, vous verrez, tout le monde nous prenait pour des fous.
- Speaker #1
Et il n'y a pas un moment où vous avez justement eu envie de tout arrêter, peut-être pendant le Covid, ou peut-être quand vos proches ont eu moins, enfin vous doutez un petit peu de vous ?
- Speaker #0
Bah si, franchement, peut-être une fois par semaine au début, on se disait mais attends, t'es sûr qu'on fait ça et tout ? Bah en fait on était tellement convaincus que ça allait marcher, qu'on se disait bah c'est pas grave ce qu'ils disent, tu verras ça va marcher tu vois, et ça je pense que... Il n'y a qu'un entrepreneur qui peut comprendre ce que je vais dire, c'est que des fois, tu as toute la terre qui te dit « Non, tu ne vas pas dans la bonne direction. » Mais vraiment, au fond de toi, tu sens qu'il y a un truc à faire. Et du coup, dans ces moments-là, il ne faut vraiment t'écouter que toi et te dire « Ok, en fond, c'est au pire. Qu'est-ce qui se passera ? Je perds un an ou deux de ma vie. Mais au moins, j'aurais vécu une super aventure. »
- Speaker #1
Et pour vous lancer, vous êtes parti sur quels fonds ? Est-ce que c'est vos fonds propres ? Oui,
- Speaker #0
c'est nos fonds propres, nos payes de stage. BNP, Altran, on était quand même bien payé en stage à cette époque. Moi j'étais là. 1800-1900 euros par mois en stage. Et Aïssata était à 1600 ou 1700. Et en fait, comme on vivait chez nos parents, on n'avait pas de loyer à payer. Du coup, tout l'argent qu'on avait, on le mettait dans sa vanne et mousson.
- Speaker #1
Donc vous avez ouvert ensuite le restaurant à Saint-Maur en quelle année ?
- Speaker #0
J'ai envie de dire l'été 2020. Après, on a ouvert le 11ème. Ensuite, on a acheté le premier food truck. Ensuite, on a acheté le deuxième gros food truck, le bus qu'on a mis MK2. On a acheté un restaurant en Gain-les-Bains aussi. Ça ne s'est pas bien passé, on a dû liquider. À ce moment-là aussi, c'était une période dure.
- Speaker #1
C'est ça dont je parlais du restaurant d'Angalémar. Justement, en discutant avec Aïssata, elle me disait que c'était une période assez difficile.
- Speaker #0
C'était dur, Angalémar.
- Speaker #1
Parce qu'elle est originaire de Deulaba, et Angalémar, c'est juste à côté. C'est la ville qui bouge, un peu bourgeoise du Val d'Oise. Et finalement, des mauvais choix. Ou est-ce que c'est des choses que vous referez à l'avenir ?
- Speaker #0
Mauvais choix, oui et non. Typiquement, il y avait une histoire d'autorisation de travaux qui n'avaient pas été déposés par le propriétaire. Et du coup, ça fait des histoires, parce qu'on avait une amende pour chaque jour d'ouverture là-bas. Soit on se lançait dans une bataille juridique avec le propriétaire, soit on liquidait. Du coup, je pense que c'est vraiment ça qui a fait pencher la balance. Mais après, au niveau des chiffres, là-bas, on ne faisait pas non plus des chiffres horribles, mais c'est vrai que c'était des chiffres qui étaient concentrés vraiment sur une période vendredi, samedi soir. Et en semaine, il n'y avait pas beaucoup de monde. On avait essayé de lancer des privatisations d'entreprises sur la semaine, ce qui commençait à prendre. Mais en fait, ça demandait trop de ressources humaines, trop d'efforts pour au final un résultat qui n'était pas forcément incroyable. L'autorisation de travaux, c'est ça qui a mis le coup de massue et qui nous a dit, en vrai, on vient, on se concentre, on liquide et on passe à autre chose.
- Speaker #1
Et comment on arrive à se relever de ce genre de... Est-ce qu'on peut dire, est-ce que c'est vraiment un échec ? Est-ce que toi, tu qualifierais ça comme un échec ?
- Speaker #0
Ouais, c'était un échec parce que c'était la première fois qu'on perdait. Avant, à chaque fois qu'on faisait un truc, ça marchait, on cartonnait. Et là, d'un coup, on fait un truc et t'as vu ? Pourquoi c'est dur de payer les salaires ce mois-ci ? C'est que la restauration, des fois, pour passer à un niveau au-dessus, c'est une rampe de skate, tu vois ? C'est-à-dire que si t'as pas assez d'élan pour aller atteindre l'autre côté, en fait, t'arrives pas au bout et tu...
- Speaker #1
Tu repars en arrière.
- Speaker #0
Tu repars en arrière et si tu coupes... pas assez tôt, tu te retrouves au fond du U. Et du coup, je pense que c'est un peu ça qui s'est passé à Anguin. En fait, on a voulu prendre Anguin sans penser à l'après. Ce qui fait qu'en fait, à l'échelle du siège, on avait trop de postes qui s'étaient créés pour le seul bénéfice de Anguin. Et du coup, c'est pour ça aussi qu'on a coupé, pour se recentrer sur les trois restaurants qui se pilotaient déjà très bien tout seuls.
- Speaker #1
Tu l'as dit un petit peu, vous proposez des formations aussi, donc la recette. Vous avez aussi lancé votre propre café. Ouais, on a lancé. C'est assez drôle. Et vous avez été édité chez Larousse. C'est ça. Est-ce que c'est une forme de légitimité ? Maintenant, là, c'est bon, vous êtes validé par...
- Speaker #0
On a la street cred. Tu vois, les formations, c'est vraiment quelque chose de structurant pour nous parce que même dans le cadre d'un déploiement en franchise, là, on a deux premiers franchisés qui chargent des locaux pour ouvrir des savannes et moussons. Du coup, on a vraiment écrit tous nos process. On sait comment intégrer un savannes et moussons parce qu'aujourd'hui La partie RH, c'est un des gros enjeux quand tu veux te déployer en restauration. Et du coup, ça, on l'a sécurisé grâce à notre organisme de formation. Alors que le livre Larousse ou le café qu'on a fait, c'est plus un kiff, c'est plus un coup de com', quelque chose qui nous a fait plaisir de le faire aussi. Parce que ce qu'on cherche aussi quand on entreprend, c'est de faire des trucs. qui nous font plaisir, même là tu vois, cette interview c'est quelque chose qui me fait plaisir de la faire et ça fait partie des bons côtés du truc.
- Speaker #1
Vous êtes énormément présent sur les réseaux, ce qui me fait kiffer c'est que vous faites souvent des petits sketchs avec vos équipes et vous surfez un petit peu sur les tendances à la fois TikTok ou Instagram. Est-ce que pour toi c'est indispensable aujourd'hui quand on est restaurateur de créer ce type de contenu ?
- Speaker #0
Honnêtement on a fait des tests, on a regardé le chiffre d'affaires. Quand on poste ce type de contenu ou qu'on le poste pas, bah... Ça ne change pas grand-chose, mais en fait, ça crée un attachement à la marque. Tu as deux types de vidéos. Tu as les vidéos du type influenceur qui viennent, qui présentent ton restaurant, qui, lui, va partager avec sa communauté. Et du coup, ça va te faire un afflux de clients parce qu'en fait, tu vas aller chercher une autre audience que celle que tu as déjà. Mais les petites vidéos, les petits sketchs, en fait, c'est ça qui, à mon sens, va créer ton identité de marque. Tu citais nos salariés qu'on met en avant dans ces vidéos. En fait, des fois, les gens, ils les reconnaissent dans la rue et ça leur fait plaisir.
- Speaker #1
C'est une fanbase que vous créez.
- Speaker #0
Peut-être pas une fanbase, mais des gens qui apprécient ce qu'on fait, les messages qu'on véhicule. C'est presque, j'ai envie de dire, de la marque employeur.
- Speaker #1
Alors, Julien, j'ai avec moi une carte blanche spéciale Savan et Mousson. J'ai demandé à Isata, ton associé et ton ami, de te poser une question. Je te donne cette petite carte. Tu peux nous la lire, s'il te plaît ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'elle me réserve, Isata ? À partir de quand tu as pu te verser ton premier salaire ? Du coup, il faut d'abord voir ce qu'on entend par premier salaire. Est-ce que c'est le salaire fiche de paie, URSA fait tout le patati patata ? Ou c'est les dividendes qu'on a pu se verser parce que la société a généré des bénéfices ? Du coup, au bout de deux ans et demi qu'on a commencé à percevoir les fruits de notre travail, avant tout l'argent qu'on avait, on réinvestissait dans la société, on a repris des fonds de commerce, on a recruté, on a fait ce genre de choses. C'est vraiment après deux ans et demi qu'on a commencé à dire, là il en faut un peu pour nous, la structure est suffisamment stable pour qu'on puisse... se rémunérer.
- Speaker #1
Julien, vous faites partie d'un collectif avec Aïssata qui s'appelle les entrepreneurs affranchis.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et alors ça, ça m'a bien fait marrer quand je vous ai vu parce que c'est une sorte de collectif, tu vas nous expliquer, d'entrepreneurs engagés du moins qui ont envie de se donner des conseils mais des vrais conseils parce que en préparant effectivement ce podcast, tu m'avais dit en vrai quand j'ai commencé, les gens ne me disaient pas réellement ce qu'ils pensaient. Et moi j'avais besoin qu'on me dise les choses en fait.
- Speaker #0
C'est un groupe qui a été créé à l'initiative d'une association que je salue qui s'appelle My Creo Academy, représentée par Mohamed, Mokhtar et Karim, qui en fait à la base sont un peu un accélérateur pour projets de banlieue. Du coup nous, comme on est issus de la banlieue, on a bénéficié de leur accompagnement sur une première partie, et ensuite c'est devenu des bons potes à nous, et quand ils ont lancé cet autre programme à franchise, qui est vraiment plus beaucoup plus orienté restauration alors qu'avant c'était un peu tous les secteurs d'activité. On a fait partie de la première promotion avec une quinzaine d'autres restaurateurs.
- Speaker #1
Comme qui avec vous ?
- Speaker #0
On a nos amis de Marvelli qui ont une chaîne de brunch. Ils viennent d'en ouvrir un à Ivry. Leur deuxième enseigne. Il y a Chicken Bang aussi. Ils sont beaucoup en centres commerciaux à Lyon et dans toute la France, même à l'international. On a Mourad de Dream Team. On a Maboud à l'africaine. Bref, on a vraiment plein de restaurateurs qui font différents types de nourriture. Et du coup, en fait, on est comme en classe où l'association Micro Académie fait intervenir des experts spécialisés dans la restauration. En fait, il y a plein d'ateliers comme ça où du coup, on avance concrètement sur notre projet. En fait, on retourne à l'école, mais avec des matières qui nous intéressent vraiment. C'est trop cool d'avoir ce... Cette transparence qui est rare dans un secteur où tout le monde ment, tout le monde dit que tout se passe bien, que ma boutique est cartonne, que je fais 1 ou 2 millions de chiffres d'affaires par boutique. Mais ce n'est pas vrai, 2 millions de chiffres d'affaires par boutique, c'est 6 000 euros hors taxes par jour. Ce n'est pas vrai que tu fais ces chiffres-là. On le sait, tu sais que je sais, on sait que tu mens, etc. Mais on ne dit rien. Alors qu'au concret, on se dit que c'était le ramadan il n'y a pas longtemps, Ce mois-ci, l'échelle d'air, ça a été dur. Comment t'as fait ? Ah ben, j'ai pu utiliser cette aide-là, ou il y a ce dispositif. On se donne les astuces, les vraies astuces.
- Speaker #1
Oui, c'est un réseau, en fait. Oui, c'est un réseau.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et de personnes, encore une fois, soit issues de banlieues ou de l'immigration ou pas du tout.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est que historiquement, MyCreo a été connu pour ça. Du coup, c'est ce genre de public qui vient spontanément vers eux. Mais après, le programme, aujourd'hui, il a pris tellement d'ampleur. Il y a des gros partenaires qui s'intéressent à ce programme parce que parmi tous les programmes proposés par BPI, le programme proposé par Macriot, c'est un de ceux qui cartonnent le plus. Ne serait-ce que ma promotion, on a eu comme parrain les Stéphane Cherelle de Otakos, Columbus Café, Italian Queen et Factory & Co. Bref, c'est vraiment pour essayer de... de structurer un secteur qui manque encore aujourd'hui beaucoup de structures justement. La deuxième promotion qui est en cours, qui va se terminer en septembre, et là ils sont en train de faire les recrutements pour la troisième promotion.
- Speaker #1
Je t'en avais déjà parlé, mais le problème de la malbouffe notamment en banlieue, il est réel. Ce que j'avais un peu, c'est le côté crousti, le côté crousti un peu partout. Est-ce que pour toi ou pour vous, du moins aussi chez les Affranchis, C'est une problématique qui vous importe. Est-ce que vous avez l'impression d'avoir une responsabilité aussi, de faire attention à ce que vous proposez aussi dans vos restos ?
- Speaker #0
Le programme Affranchis, il n'est pas vraiment orienté RSE, tout ça. C'est vraiment orienté chiffre d'affaires, rentabilité. Il faut que ton modèle économique soit viable. Après, au quotidien, quand tu parles avec les entrepreneurs, c'est ça que le bon point, c'est que ce n'est pas forcément parce que c'est quelque chose que... On ne t'impose pas que les gens ne prennent pas leurs responsabilités vis-à-vis des produits qu'ils proposent. Chaque entrepreneur du groupe a ses valeurs qui lui sont propres. Et il y en a qui vont favoriser le circuit court. Il y en a qui vont favoriser l'approvisionnement dans tel ou tel pays parce que c'est de la douille son d'origine. Il y en a qui vont favoriser le halal. Et en fait, chacun à sa manière défend ses valeurs. C'est sûr que quand on a un restaurant de burgers ou de tacos, c'est dur d'aller contre la malbouffe. Il y a plein de concepts qui étaient un peu plus healthy, qui là, eux, font vraiment attention à ce genre de choses.
- Speaker #1
On va passer à un moment aussi un peu plus fast and real. La séquence du podcast que j'aime beaucoup, donc fast and real, où l'idée, Julien, c'est que tu réponds de manière vraiment rapide et instinctive aux questions que je vais te poser. Ton plus grand échec en un mot ?
- Speaker #0
Recrutement.
- Speaker #1
Le plus gros cliché sur la restauration ?
- Speaker #0
Les restaurateurs ne font que se plaindre et qui gagnent un maximum d'argent alors que je vous garantis que ce n'est pas le secteur où on gagne le plus d'argent.
- Speaker #1
Le plus gros cliché sur les entrepreneurs ?
- Speaker #0
Les entrepreneurs s'en fichent de leurs salariés, ils ne veulent que faire de l'argent alors que je pense qu'on fait énormément de social quand on entreprend.
- Speaker #1
La chose que tu ne referas jamais ?
- Speaker #0
Recruter sans avoir vérifié les intestins de la personne.
- Speaker #1
C'est quoi l'erreur que tout le monde fait quand il ouvre un restaurant ?
- Speaker #0
de tout acheter en neuf, de... D'essayer de s'entourer des meilleurs, d'aller voir le meilleur avocat, le meilleur cuisiniste, la meilleure personne pour la com, dépenser tout son argent, parce qu'en fait, à la fin, il ne lui reste rien pour lui.
- Speaker #1
Ton plus gros contrat ?
- Speaker #0
La plus grosse somme qu'on ait facturée, je crois que c'est 80 ou 90 000 euros.
- Speaker #1
Ce que personne ne voit dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Courir après, de les facturer beaucoup d'administratifs.
- Speaker #1
Surcoté ou sous-coté, les écoles de commerce ?
- Speaker #0
Un peu des deux. Moi, je dirais quand même sous-coté, parce qu'en fait, les gens pensent que la valeur de l'école de commerce réside dans... dans ce que tu apprends. Alors que la vraie valeur, je pense, d'une école de commerce, c'est dans le savoir-être. Tu apprends des codes d'un monde du travail que tu n'as pas forcément l'habitude de côtoyer, surtout quand tu viens de banlieue, un peu comme moi. Et en fait, c'est le réseau, c'est les connexions que tu fais, c'est la manière de s'exprimer aussi, de structurer ta pensée. Moi, en fait, j'ai vraiment perçu la valeur de l'école de commerce quand j'ai fait une école d'ingénieur. C'est vrai que mes camarades de promo à Centrale, ils étaient brillants, mais en fait, ils ne savaient pas... Se vendre, se mettre en avant.
- Speaker #1
Julien, un plat que tu ne peux plus manger tellement tu l'as cuisiné ?
- Speaker #0
Franchement, je crois que c'est les bananes plantains. Les bananes plantains, je pense qu'on en fait pas assez. On en achète deux tonnes par semaine. Et à force de voir les bananes plantains, moi je ne peux plus.
- Speaker #1
Le conseil en une phrase que tu te donnerais il y a cinq ans ?
- Speaker #0
L'important, ce n'est pas d'avoir raison, l'important c'est de gagner. Non, parce qu'au début, c'est normal. quand t'entreprends, t'es jeune, t'as des valeurs que tu veux défendre à tout prix, t'as ce profond dégoût de l'injustice, tu te dis non mais ça doit pas être comme ça c'est pas normal etc sauf que les délais administratifs, la réalité du business fait que des fois en fait si tu veux gagner le but c'est pas d'avoir raison.
- Speaker #1
Et on passe à autre chose quoi il faut savoir passer à autre chose aussi.
- Speaker #0
Exactement choisir ses combats et passer à autre chose
- Speaker #1
Dans les personnes qui effectivement font un peu de la cuisine fusion Merci. C'est vrai que ce qui m'a direct inspiré en pensant à Savane et Mousson, c'est Morissaco, forcément. Est-ce que toi, si c'est une inspiration pour toi, est-ce que tu vises aussi l'étoile Michelin ou pas ?
- Speaker #0
Non, on n'a jamais eu la chance d'aller manger avec Aïssa Tab. Oui, c'est une inspiration de par le parcours, mais ce n'est pas quelque chose qu'on vise dans le sens où nous, on ne se définit pas comme des grands chefs cuisiniers. Nous, on se définit plutôt comme entrepreneurs de la restauration, où en fait, on a envie d'évoluer dans cet écosystème et d'être reconnus de par... plus de par nos talents entrepreneuriels.
- Speaker #1
Et justement, votre amitié a donné lieu à cette entreprise, à ce projet de Savané Mousson. Et c'est vrai que quand j'ai demandé à Isata, est-ce que votre relation, c'est un peu comme dans la série The Bear, avec les deux personnages principaux ? Est-ce que c'est un peu conflictuel ? Ou est-ce que vous vous entendez tout le temps, du début à la fin ? Elle ne sera pas là pour se défendre.
- Speaker #0
Non, on s'engueule souvent. Mais ce qui est bien quand même, c'est que même si des fois on est en froid, on se dispute, t'as vu, demain on doit travailler, demain on doit envoyer des mails, demain on doit faire ci, demain on doit faire ça, t'as vu, on peut pas ne pas se parler, tu vois. Ouais, je pense qu'on s'apporte beaucoup l'un à l'autre. En tout cas, moi, ce qui est sûr, c'est que j'aurais jamais pu faire ça à Vanibou Sans Seri Sata. Parce qu'elle est vraiment hyper rigoureuse, c'est une archarnée du travail, elle travaille énormément. Elle est capable d'abattre le travail de 10-15 personnes à la fois.
- Speaker #1
Et est-ce que tu peux... Nous dire aujourd'hui, Julien, finalement, qu'est-ce qu'elle t'apporte et qu'est-ce que tu lui apportes ? Qu'est-ce que vous apportez mutuellement aussi ?
- Speaker #0
Je me dis que je n'ai pas le droit de décevoir Aïssata parce que du coup, elle a fait des grandes études, elle était prédestinée à une carrière brillante et le fait qu'elle ait choisi de venir avec moi dans ses galères, je ne peux pas la décevoir, je ne peux pas baisser les bras. Du coup, ça me force à redoubler d'efforts pour ne pas la décevoir et même la rendre fière. Du coup, c'est un peu un moteur dans ce sens-là. Je pense qu'elle aussi, vis-à-vis de moi, c'est à peu près la même chose. Tu vois, quand il y en a un qui a un coup de mou, qui blesse les bras, ou quand il y a des journées pas faciles, on est là pour se remonter le moral. C'est hyper important d'être deux et d'être hyper alignés dans l'entrepreneuriat parce que c'est dur émotionnellement.
- Speaker #1
Et finalement, j'essaie de comprendre un peu l'équilibre que vous essayez de garder. Est-ce que tu as une vie privée ?
- Speaker #0
Oui, j'ai une vie privée, mais en fait, on aime tellement ce qu'on fait. on aime tellement entreprendre ensemble que dès qu'on a de la bande passante, on enquise sur un nouveau projet.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un plat que tu cuisines quand ça va mal, justement ?
- Speaker #0
Oui, il y a un plat. Après, pour que ça marche, il ne faut pas que ce soit moi qui le cuisine. Ça, c'est important. Il faut que ce soit soit mon père, soit ma grand-mère, soit quelqu'un. Mais souvent, quand je suis malade ou quoi, c'est une espèce de bouillie de riz avec soit du bœuf, soit du poulet qui s'appelle l'amphitémiens Ciao. Soit Ciao Beau pour le bœuf, soit Ciao Ga pour le poulet. Et du coup, on met un peu de gingembre, un peu de trucs. Et quand t'es malade, tu bois ça comme ça. T'as même pas besoin de mâcher. C'est trop bien, c'est trop réconfortant.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, on peut dire que vos familles, c'est bon, elles sont rassurées ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, oui, ça va mieux. Ils voient que le business se passe plutôt bien. Ils sont fiers de nous, etc.
- Speaker #1
Julien, dans dix ans, tu te vois où ? Toujours avec Aïssata ? Est-ce que t'as envie de retourner un petit peu ? De créer autre chose ? De partir de la restauration ? D'ouvrir une chaîne encore en dehors de l'île de France, peut-être aussi ?
- Speaker #0
Dans 10 ans, déjà, j'aimerais bien trouver une femme, avoir des enfants. Ça serait bien. Donc une vie privée. Une vie privée, oui. Toujours entreprendre, ça c'est sûr. Je ne me vais pas aller dans le salariat.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux donner un conseil à quelqu'un qui se lance dans la restauration, qui a le même profil que toi, par exemple, qui vient du quartier populaire et qui aimerait effectivement avoir votre succès ?
- Speaker #0
Le meilleur conseil que je peux donner, je pense, c'est de faire, même si tout n'est pas parfait. Tu peux en faire toutes les écoles que tu veux, toute la théorie. En fait, la meilleure école, c'est le terrain. Du coup, au début, tu vas faire des erreurs, tu vas te casser les dents et tout. Mais ce que tu vas en tirer, ça vaut toutes les écoles du monde et surtout, ça va te faire gagner énormément de temps. Il faut faire dans l'entrepreneuriat et après, on réfléchit.
- Speaker #1
Alors Julien, quand même, pour clôturer ce podcast, tu ne veux pas partir sans écrire à ton tour ? La carte blanche.
- Speaker #0
Une carte blanche. C'est ça, au prochain entrepreneur. J'ai posé une question bien gênante.
- Speaker #1
Exactement. Je te laisserai l'écrire tranquillement et on donnera effectivement cette carte blanche à la prochaine personne qui sera à ta place.
- Speaker #0
Alors, ma question pour toi, le prochain invité, c'est est-ce que tu as déjà fait du black ou autrement dit, est-ce que tu as déjà pris un peu d'espèces pour les mettre dans ta poche ? Petit filou.
- Speaker #1
Merci Julien d'être venu. En tout cas,
- Speaker #0
j'ai passé un super moment. Merci beaucoup Estelle.
- Speaker #1
Merci à toi d'avoir retenu la distance. C'était Work in Progress, le podcast qui parle de réussite sans en cacher les cicatrices. Merci de nous avoir écoutés. Je suis Estelle Djanjo et je vous retrouve pour le prochain épisode de ce podcast créé par Conto. A bientôt.
- Speaker #0
Ciao.