- Speaker #0
Je veux parler politique en ayant mon trade liner, mes grosses créoles, mon décolleté. Et ça marchera quand même. Il y a un événement Instagram, mon entre-créateur. Et à force de raconter un peu ce que je fais, il y a un mec qui me dit « Oh, toi t'es une bad bitch engagée quoi » . Et je dis « Ouais, c'est grave smart comme truc » . Après je change, je mets « baddie » parce que les mecs sur les réseaux pensaient que « bad bitch » voulait dire que j'étais créatrice de contenu pour adultes. Donc je mets « baddie » , « engagée » , et c'est resté, je trouve ça drôle.
- Speaker #1
Bienvenue dans Work in Progress, le podcast signé Conto, le compte pro français qui accompagne plus de 600 000 entrepreneurs et entrepreneuses. Ici, pas de recettes miracles, juste des conversations honnêtes avec celles et ceux qui ont décidé d'entreprendre sans se perdre. Je m'appelle Estelle Jean-Jo, je suis une entrepreneuse de l'information. Je suis ravie d'animer ce podcast pour parler avec d'autres indépendants et qui ont décidé de créer leur propre voix. Mon invité d'aujourd'hui ne demande pas la parole, elle l'apprend. Créatrice de contenu, militante féministe, animatrice du talk show DEEP, aujourd'hui on accueille la badie engagée, bienvenue dans son work in progress, Mélissa Amneris. Ça va ?
- Speaker #0
Bonjour, ça va et toi ?
- Speaker #1
Super bien.
- Speaker #0
J'adore l'intro.
- Speaker #1
Merci. Alors Mélissa, je vais directement aller au cœur du sujet. C'est quand la dernière fois que tu as vraiment douté de toi en tant qu'entrepreneuse ?
- Speaker #0
C'est assez récent pour tout à vrai, je pense que ça tombe bien ce tournage-là, puisque là j'étais dans une période un peu down, on va dire, c'est un peu les montagnes russes. Je pense que tout entrepreneur comprendra cette expression-là pour imager ce qu'on ressent. Là c'est à voir une petite période de creux, je pense de repos aussi, peut-être que des fois on confond les périodes de down et de juste un besoin de se reposer, c'est compliqué de savoir quand est-ce qu'on peut prendre des jours de repos quand on n'a pas de planning fixe, et moi c'est mon cas. Mais ouais, donc là, c'était deux petites semaines un peu OK. Là, je me recentre un peu sur autre chose. En tout cas, je prends plus mon temps. Et des fois, c'est compliqué parce qu'en prenant nos temps, on a l'impression qu'on est moins productif, donc moins efficace. Et le pro et le perso peuvent se mélanger. Donc, tu pourras me poser plein de questions là-dessus. On y reviendra.
- Speaker #1
Et avant de commencer, est-ce que tu peux te présenter, nous dire qui tu es un petit peu, le métier que tu rêvais de faire aussi enfant, et ce que tu fais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Ouais. Bah oui du coup je m'appelle Melissa Amneris Alors c'est mes deux prénoms, c'est pas mon nom de famille Amneris C'est le prénom de mon arrière-grand-mère Qui était au Chili et qui a élevé ma mère
- Speaker #1
J'ai 28 ans
- Speaker #0
J'habite en 93 Je suis vraiment une banlieusarde pure souche Si on peut croire en cette expression Et puis du coup je suis créatrice De contenu sur les réseaux sociaux Donc notamment ma plateforme principale c'est Instagram Mais le travail fait que Et puis aussi l'envie fait que Je suis aussi sur d'autres plateformes comme TikTok, Twitch, YouTube, etc. Et donc, je fais du contenu assez engagé. Ça a commencé par le droit des femmes, comme tu l'as dit. Je ne sais pas si je veux... Maintenant, je ne sais plus trop si je me définirais comme militante, comme tu l'as dit. Parce que c'est assez flou, en fait. C'est le nouveau métier. C'est un peu de l'activisme, c'est de la création de contenu, c'est du journalisme. On prend tout ça, on shake, et ça fait ce qu'on fait aujourd'hui sur Internet. Mais comme c'est nouveau, déjà, le mot influenceur, on a du temps à comprendre ce que c'était. L'influence qui peut faire du truc engagé et qui n'est pas forcément l'image de la meuf de Dubaï, c'est encore plus compliqué à concevoir pour les gens.
- Speaker #1
Tu viens du monde de la communication et de la publicité, parce que c'est vrai que tu as parlé de ton dernier down, mais toute ton histoire finalement a commencé avec le gros doute, c'est au moment où tu as quitté ton CDI dans le monde de la pub.
- Speaker #0
C'est ça, en gros j'ai un master 2 en communication. Je me suis amusée, j'ai fait de la DA, après j'ai fait du digital, donc tout ce qui est lié créativité et réseaux sociaux, j'aimais beaucoup ça. J'ai trouvé une alternance pendant ce master qui s'est transformée en CDI. Donc déjà dans la transformation alternance CDI, il y a cette grande question de qu'est-ce qu'on fait. Moi c'était un peu plus compliqué où j'habitais déjà toute seule, puisque mes parents m'ont mis à la porte. Donc mes études sont passées différemment que le truc lambda. Donc la question de qu'est-ce que je fais, est-ce que je prends une année sabbatique, est-ce que je peux me lancer sur les réseaux, parce que j'avais déjà un petit peu les réseaux sur le côté, s'est vite transformée en « il faut que je paye les factures » . Donc j'ai accepté ce CDI-là, donc deux ans d'alternance, puis le CDI. Et finalement, en fait, je le faisais déjà énormément quand j'étais en alternance, et eux, ils ont pensé que je pouvais faire encore plus, vu que je n'avais plus l'école, sauf que j'étais déjà au… même pas au max, vraiment… en surproductivité, pas possible. Je travaillais la nuit, je travaillais les week-ends. C'était vraiment pas possible. Et du coup, j'ai fait un burn-out. J'ai fait un burn-out, c'était en 2022. Donc j'avais 23-24 ans. Donc hyper jeune pour faire un burn-out. Les gens, ils te regardent déjà. Et ouais. Mais oui, j'ai fait un burn-out, une dépression, etc. Donc vraiment diagnostiquer un psychiatre, etc. Et donc là, la question ne se posait plus vraiment, de se dire, là, je ne peux plus travailler, c'est certain. En tout cas, dans le salariat classique, j'ai eu une longue période de convalescence, parce que la santé mentale aussi, finalement, amène une convalescence, même si les gens pensent que c'est que le physique, ça s'est répercuté aussi sur ma vie tous les jours. Et du coup, je me suis dit, les réseaux, c'était l'hésitation que j'avais avant de me dire, est-ce que j'investis, on pourra parler, est-ce que c'est investir sur soi-même ? Est-ce que j'investis plus sur moi ou est-ce que je prends la sécurité du CDI ? Vu que là, tout s'était envolé, je me suis dit, autant faire un truc moi en freelance, parce que je ne me vois plus avoir un patron. Est-ce que ça marchera mieux si c'est moi le patron ? On verra.
- Speaker #1
Alors justement, j'aimerais bien revenir un peu sur ton environnement familial. Je suis curieuse de savoir dans quel environnement tu as grandi économiquement. Je sais que tu viens du 93 et le 93, du moins la banlieue, c'est quand même un territoire d'entrepreneurs aussi. Est-ce que tu peux nous raconter un peu plus avec quel modèle tu as grandi, le niveau scolaire que tu avais, tes parents faisaient quoi ?
- Speaker #0
Moi, j'ai toujours été bonne à l'école. On est une fratrie de bons élèves. Tu sais, à l'époque, il n'y avait pas tout ce qui était les mots, la HPI, tout ça et tout, mais on a passé des tests psy, on a sauté une classe, ma sœur, moi.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc ma mère m'a dit très longtemps après, ouais, en fait, à l'époque, on disait surdoué. Qu'est-ce que ça veut dire ou pas dire ? Je ne sais pas.
- Speaker #1
Donc on t'a accolé le fait d'être une enfant surdouée, déjà.
- Speaker #0
Non, ma mère ne me l'a pas dit. Je pense que c'était une bonne chose, elle nous a préservé tout ça. Elle nous l'a dit là, il y a quelques années, en mode, oui, oui, on m'avait dit que vous étiez surdoué, c'est pour ça que vous avez sauté une classe. Et je pense que c'est très bien de ne pas l'avoir dit, parce que ça te met des pressions, je pense, ou des étiquettes en plus. Bon là c'est bien de le savoir parce que des fois on comprend mieux avec ma soeur pourquoi on est peut-être des fois un peu à côté de la plaque. Mais du coup elle est toujours très bonne élève et puis c'était bien de sauter une classe parce que du coup on était aussi très grande de taille. Donc au-delà de ce qui se passait dans la tête, même en taille très grande, c'était mieux. Par exemple, anecdote, quand je faisais de la danse, les gens ils me prenaient pas un peu pour une débile parce que j'étais très grande de taille par rapport aux autres. Donc quand elle faisait un pas, moi j'étais déjà tout devant collée au miroir comme ça. Et du coup, ils me disaient, mais pourquoi elle est là ? Elle est avec les petits alors qu'elle devrait être avec les grands. Elle a 15 ans. Non, non, non, elle a 11 ans, vraiment. Donc bon, c'était bien d'être avec les un peu plus grands. Mais sinon, le milieu culturel dans lequel j'ai grandi, moi, je suis métissée, issue de l'immigration. Mon père, il est franco-marocain, franco-juif marocain. C'est encore une autre dimension. Et ma mère, elle est chilienne, donc 100%. Elle est arrivée en France quand elle avait 7 ans. Et donc, tout ce pan-là latino de ma famille, c'est compliqué parce que c'est des... réfugiés politiques, on va dire. En tout cas, c'est un exil qui a été causé à cause d'un coup d'État au Chili en 73, Pinochet, pour les cours d'histoire. Donc c'est compliqué parce qu'il y a un truc, si on parle un peu sociaux, tu me demandes le capital économique, c'est sûr qu'ils ont tout perdu, c'était très pauvre, mais capital culturel, par exemple, ça vient quand même d'une famille de base, d'instituteurs, de chirurgiens, à Santiago, qui étaient des bourgeois, en fait, à Santiago, qui ont tout perdu, en fait, en exil politique à cause de leurs convictions politiques. Et qui, du coup, sont arrivées dans les cités de Noisilles-le-Grand, plus rien, quoi. Chez moi, on faisait du piano. C'est des choses qui pouvaient, en fait, dénoter dans ce qu'on a, dans l'image caricaturelle, en fait, du 93. Mais du coup, ma mère m'a toujours poussée à faire des études. Elle-même a fait des études, mais à côté d'élever ses enfants, parce qu'elle a eu ses enfants très jeunes. Elle a eu ma sœur à 20 ans, enfin, 21 ans, moi, 25. Et à côté, elle faisait des cours du soir. Mais mes parents, quand ils se sont rencontrés, pour te dire, c'est un peu Romeu-Juliette de la Street. Mon père, il était agent de sécu. Et ma mère était caissière à Carrefour. Voilà, ça commence comme ça, finalement.
- Speaker #1
Ils se rencontraient sur leur lieu de travail ? Oui,
- Speaker #0
sur leur lieu de travail, à Carrefour. Pas très romantique, mais en vrai c'est marrant, la caissière et la jante sécute. Mais c'est cliché.
- Speaker #1
Et du coup, ils se rencontrent, vous vous déménagez à Épinay-sur-Seine ? Au début,
- Speaker #0
on est à Gennevilliers, et puis après on déménage à Épinay quand j'ai 12 ans. Et depuis, je n'ai pas bougé. Je ne suis plus chez mes parents, mais je suis toujours dans la zone.
- Speaker #1
C'est vrai que tu as un petit peu évoqué ça au début. Donc à 18 ans, tu pars de chez tes parents, ou du moins... te force à partir. Est-ce que c'est un moment que tu veux partager avec nous et nous expliquer ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
En fait, j'avais des relations avec mon père très conflictuelles, où c'est quelqu'un d'assez compliqué et violent. C'est quand j'étais en master, en fait. Il y a le Covid. Donc déjà, le Covid, ça ne va pas du tout. Et en fait, moi, du coup, je commence mon alternance. Il y a du télétravail, puisque c'est le Covid, en fait. Donc tout est nouveau. On passe beaucoup plus de temps à la maison. Moi, j'étais tout le temps dehors. En tout cas, je travaillais ou j'étais à l'école, parce que j'ai toujours fait les deux pour payer mes études. Et au-delà de l'alternance, Et puis, à un moment donné, il se repasse encore un énième... Il discute. Il se clandre violente et il me met à la porte. Il me dit de partir et donc je pars. Je me retrouve en master, devoir payer des choses, le loyer, des trucs comme ça. Donc c'est différent. Et puis tombe le deuxième confinement. Une semaine après que je suis mis à la porte, il y a le deuxième confinement qui tombe. Et donc là, je me retrouve sans fibre, sans télé, sans rien. Oula ! Et par contre, j'ai la chance d'avoir une bande d'amis très soudés qui, eux, m'ont sauvée. Il y en a un qui m'a passé une play,
- Speaker #1
une autre qui m'a passé une télé, au moins pour survivre seule dans ce studio pendant le deuxième confinement. En tout cas, tu as toujours été débrouillarde. C'est ce que j'entends dans ton parcours. Obligée, finalement. Et à quel moment tu t'intéresses vraiment aux réseaux ? Parce qu'en fait, c'est vrai qu'on en avait déjà discuté, toi et moi. En fait, tu as une longue histoire avec les réseaux. Ça commence avec ton premier Skyblog, je ne vais pas t'afficher. Et évidemment, il y a Snapchat qui vient aussi dans ta vie. Donc, tu as toujours eu ce rapport finalement assez familier avec les réseaux. On peut dire ça ?
- Speaker #0
Oui, je pense qu'on est la première génération à grandir avec les réseaux sociaux. Il y a MSN, moi, dès que je suis toute petite. Donc, c'est déjà le premier réseau social. Il y a Skyblog. Moi, dès la primaire, j'ai un Skyblog. Au début, ça fait rire. C'est quoi le nom de Skyblog ? Alors, le premier, c'était Petit Chef, parce que je voulais être pâtissière. Tu m'as posé la question, je n'avais pas répondu. Je voulais être pâtissière. Ça s'appelait Les Délices, ma pâtisserie. Et du coup, je mettais des recettes qui n'étaient pas du tout les miennes. En plus, juste, je plagiais les recettes des gens que je mettais sur un site que j'avais fait et que je trouvais sympa. Et après, j'avais un skyblog avec une amie à moi en commun. J'avais aussi mon skyblog perso, bien sûr. Et après, j'étais fan de manga et tout, d'anime. J'étais fan de Fairy Tail. Et du coup, j'avais un manga sur Fairy Tail qui s'appelait X Natsu-Nussi.
- Speaker #1
Tu te souviens encore du nom du domaine ?
- Speaker #0
Parce que celui-là, il était block star. Et donc ça, pour moi, c'était incroyable. Dès que je rentrais de l'école... Par contre, je ne le disais pas parce que c'était un peu plus la honte. Là, je suis en quatrième. Ça devient moins hype que quand on est en primaire et tout. Du coup, je le cache, mais dès que je rentre de l'école, je fais mes montages sur photofiltres et tout. Je suis à fond dedans. Je découvre le graphisme, le CM. Je ne connais pas les mots encore, mais c'est ça que je fais en fait.
- Speaker #1
Pourquoi cette volonté d'anonymat ? Parce que là, tu es vraiment visible. Comment tu as fait pour évoluer ? Quel était le rapport que tu avais avec ton corps, par exemple, déjà ?
- Speaker #0
Je ne mettais pas ma tête parce que je ne pouvais pas me supporter en photo. Je pouvais courser les gens qui me prenaient en photo pour supprimer de leur téléphone la photo qu'ils avaient prise. C'était une preuve inentendable pour moi. J'avais pas le contrôle de ce qui était pris sur le vif, c'était très compliqué. Et du coup, après, ça marche un petit peu ce que je fais en maquillage. Je commence à être make-up artiste sur des tournages. En fait, il y a vraiment un petit microcosme parisien. Moi, je suis de banlieue, mais de la région parisienne, Insta, tu vois. Entre les stylistes, les modèles, les make-up artistes, les clips. C'est le milieu artistique, vraiment. Et donc, moi, je suis un peu sur tout ça. Et à un moment donné, ça se prépare. professionnalise un petit peu plus, où j'ai une amie à moi qui est dans une école de mode, et donc elle est en alternance avec une vraie styliste qui fait des robes de mariée, d'invité, etc. Et du coup, ils préparent le salon du mariage. Donc moi, je suis là, je maquille, enfin vraiment, il y a au moins cinq modèles pour faire tout le shooting. C'est un gros événement, le salon du mariage, pour ces gens-là, quoi. C'est vraiment leur highlight de l'année. Et en fait, il manque une modèle. Et donc là, c'est la cata, qu'est-ce qu'on fait, il manque une modèle, qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on fait. Et la styliste, vraiment... Vraiment le cliché qu'on peut avoir de la styliste femme forte qui arrive et qui me dit « Toi, tu vas te maquiller toi, tu vas te préparer, t'enfiles une robe et tu passes devant la cam et tu prends en photo. » Et moi je me dis « Mais non, c'est mort. » C'est le rire énervé qui commence à monter. « Ah ah ah, non ! » Et finalement, on me force, on me force. Je me retrouve en train de me faire habiller, corsetter, tout ce que tu veux. Et je fais le shooting. Et en fait, je crois que j'apprécie un petit peu l'exercice. Et surtout, j'apprécie le rendu. Là, ce n'est pas ton pote qui t'a pris en photo comme ça pour te faire chier. C'est professionnel, c'est des belles robes et tout. Et je me dis, OK, en fait, je peux m'apprécier un petit peu. Ne me voir pas comme une horrible monstruosité en image. Et donc, je le prends un peu comme une thérapie, la photo. Et là, je passe de make-up artist à modèle sur Instagram.
- Speaker #1
Et finalement, il y a aussi quelqu'un d'autre qui t'a donné aussi cette confiance en toi. C'est la youtubeuse Océane. Entre temps, effectivement, tu... t'investis de plus en plus les réseaux sociaux et quelqu'un te repère quand même. C'est elle qui t'a un petit peu donné ce goût des réseaux.
- Speaker #0
Il y a Océane qui est une youtubeuse. Il n'y en a pas beaucoup des grosses youtubeuses femmes, malheureusement. À cette époque-là,
- Speaker #1
on parle de quelle époque ?
- Speaker #0
Là, on doit être en 2022-2023. Il y a une story où elle cherche un casting et tout. Du coup, je réponds. Je fais une première vidéo qui ne sortira jamais parce qu'elle n'a pas aimé le rendu de ce qui s'était fait. Mais ça matche bien entre elle et moi, en tout cas elle aime bien mon profil. Du coup elle me rappelle pour une vidéo, deux vidéos, trois vidéos, on fait plusieurs vidéos ensemble. Et de là elle me dit toi tu vas faire quelque chose, toi il faut que tu fasses de la vidéo. Et elle me le dit, elle fait le constat, elle me dit il n'y a pas assez de meufs sur Youtube et toi il faut que tu viennes et que tu rejoignes le gang des meufs qui essayent d'exister sur Internet parce que c'est pas facile d'exister sur Internet en tant que meuf. Tu vois quand t'as une fille qui réussit comme ça, une femme qui réussit comme ça, qui te dit que toi t'as le potentiel. Je t'avais donné un peu l'analogie de dire, tu sais, quand tu dis je vais être créatrice de contenu, c'est un peu comme si tu étais un petit qui dit je vais être footballeur, tu vois, genre c'est pas palpable.
- Speaker #1
Beaucoup d'appelés, peu d'élus.
- Speaker #0
Ouais, exactement. Donc quand elle me dit ça, je suis en mode ok, c'est peut-être possible. Mais finalement, fait que je l'écoute, enfin j'écoute pas assez. Et donc je prends un chemin plus tortueux avant d'y arriver, mais finalement j'y vais.
- Speaker #1
Mais à quel, c'était quoi du coup alors le déclic pour toi de dire ok, je vais prendre les conseils d'une océane ou d'autres personnes ? vraiment au sérieux et m'investir dans cette industrie de la création de contenu.
- Speaker #0
Le délicat, comme je t'ai dit, c'est vraiment mon burn-out. C'est là où je suis plus apte à être dans le salariat. Mais par contre, il faut manger. J'ai la sécu qui me donne 900 euros par mois. Et que pendant quelques mois, après, il n'y a plus rien. Après, je suis au RSA. Je ne me sens pas capable, mentalement, dans ma santé, de ne serait-ce que passer un entretien d'embauche. Ça me déclenche des crises d'angoisse. Parce que j'ai été brisée par mon ancien employeur. J'ai une porte de sortie, j'ai la chance d'avoir une porte de sortie. Pour le coup, il y a des personnes qui ont ça et qui n'ont rien d'autre à côté. Moi, j'ai déjà peut-être 15-20 000 abonnés sur Instagram. Et on sait qu'on est dans une génération où ça peut se monétiser. Difficilement. La plupart des créateurs de contenu sont en dessous du seuil de pauvreté. Ils ne vivent pas de ça. Mais ils ont une autre activité à côté. Je me dis, go, c'est maintenant. Vu que là, c'est ça ou rien, c'est maintenant.
- Speaker #1
Et donc aujourd'hui, tu es créatrice de contenu. On va dire créatrice de contenu engagée. Si on devait te présenter à quelqu'un qui ne connaît pas du tout ce que tu fais, c'est quoi le domaine d'expertise qui te définirait finalement le mieux ? Est-ce que ça a toujours été ton choix aussi ?
- Speaker #0
Non, non, non. Comme je t'ai dit, au début, je fais du maquillage, après, je fais de la photo. Et là, maintenant, rien à voir. Je fais de la politique et de la société. Donc, grand écart. Surtout pour une femme. Une femme qui se maquille comme moi et qui s'habille comme moi.
- Speaker #1
Elle a montré ses cuisses, pardon. Non, j'ai rien vu.
- Speaker #0
Mais du coup, d'où le badi engagé. C'est que j'ai essayé, tu sais, dans des événements et tout. Il y a un événement Instagram, on est entre créateurs. On essaie de raconter ce qu'on fait rapidement. parce que À chaque fois qu'on te demande ton prénom, on te demande aussi ce que tu fais sur les réseaux. Et à force de raconter un peu ce que je fais, il y a un mec qui me dit « Oh, toi, t'es une bad bitch engagée, quoi » . Et je dis « Ouais, c'est grave smart comme truc » . Après, je change, je mets « baddie » parce que les mecs sur les réseaux pensaient que « bad bitch » , ça voulait dire que j'étais créatrice de contenu pour adultes. Parce que pour eux, tu sais, ils traduisent genre « badass » , c'est « mauvaise fesse » , donc « bad bitch » , c'est forcément... Il y a traduction littérale, mais il n'y a pas l'expression de ce que ça veut dire aux États-Unis. Donc je mets « baddie » , « engagée » , c'est resté, je trouve ça drôle. Et je trouve que ça montre bien ce... Cette dichotomie qu'il y a dans le personnage que je me suis construit, mais qui vient de moi et de ce qu'on a imposé par ma personne, c'est que je suis une meuf, je suis aussi issue de l'immigration, donc j'ai des traits qu'on va considérer facilement vulgaires. Je suis grande, j'ai une grosse poitrine, je ne suis pas forcément très fine. Donc on me voit et on me voit en tant que... Ok, toi, tu es une bimbo. Dès le collège, pas collège-lycée, dès le lycée, c'est le corps enseignant qui me dit que je suis une bimbo. C'est ma CPE qui me dit que je suis une bimbo. Et je le sens. Même les adultes me regardent alors que j'ai 14 ans. Mais je suis une bimbo parce que j'ai 14 ans, mais je suis un 95C, que je suis grande, que j'aime me maquiller et que je n'ai pas forcément des traits de meuf, de clean girl. Mais les placages sont là. Les placages sont là. Et puis j'adore ça aussi. Franchement, j'adore. Moi, je n'ai pas à m'en cacher. J'adore le maquillage, j'adore tout ça. Et moi, j'ai envie de rallier l'idée qu'on peut être hyper superficielle. Ce n'est pas une insulte. On a longtemps voulu me le donner comme insulte. Mais ouais, je suis superficielle, mais en même temps, je peux dire des choses hyper profondes, alors que c'est deux antonymes. Je peux être aussi intelligente. Tu vois, ma CP a vérifié mes notes. Elle me disait que j'étais une bimbo. Et puis, juste après, quand elle voyait que j'étais offusquée par ça, elle me dit « bah, on va regarder tes notes » . Comme si c'était deux choses opposables, en fait. Et en fait, non, moi, je veux parler politique en ayant mon trade-liner, mes grosses créoles, mon décolleté. Et ça marchera quand même. D'où le podcast qui s'appelle Deep. Parce qu'en français, ça sonne un peu moins bien profond. Mais ouais, on peut allier les deux. Et maintenant, je suis une plante verte qui parle. Au début, j'étais une plante verte sur Insta. Maintenant, je suis une plante verte qui est dotée de paroles.
- Speaker #1
Deep parle de quoi ? Qui est-ce qu'on peut voir dans ton podcast ? T'as envie de qui ?
- Speaker #0
Deep, en fait, ça vient d'une envie où j'ai plus envie de parler que moi toute seule et de me donner que la parole à moi, où j'aborde des sujets de société et des sujets de justice sociale, même si on peut dire ça comme ça, et d'humain. Et du coup, je ne peux incarner, même si j'incarne beaucoup de choses déjà, vu mon identité complexe, je ne peux incarner toute la complexité de la socio, du social. Et donc j'ai envie d'avoir la vie d'autres personnes, des expériences d'autres personnes. Et donc au début, ça part de ça, de table ronde, en tout cas de canapé plus chill, avec une ADN que j'essaye de rendre plus jeune, internet, c'est qui me ressemble, où on parle du monde qui nous entoure, de la société, comment la société s'impose à nous et comment nous, on essaie de s'imposer à la société par la suite.
- Speaker #1
Et Mélissa, finalement, ton public ressemble à quoi ?
- Speaker #0
C'est un peu différent de ce dont on peut s'attendre, parce que comme au début, je commence les réseaux jusqu'à 15 000, 20 000 abonnés, je fais que de la photo. Donc j'ai 90 % d'hommes qui me suivent. On sait pourquoi. Voilà.
- Speaker #1
Parce qu'ils te trouvent belle, parce qu'ils te trouvent...
- Speaker #0
C'est intéressant. Non, non, non. C'est intéressant. Parce que justement, quand je commence à parler, là, je vois qu'il y a...
- Speaker #1
En fait, t'avais des gars dans tes DM.
- Speaker #0
Ouais, quand je commence à parler, les mecs, en tout cas ceux qui sont abonnés et qui m'envoient des messages, ces mecs-là, ils sont vraiment en mode « mais pourquoi tu commences à raconter ce que tu penses, à exprimer tes réflexions ? On n'est pas là pour ça » . Ou des mecs, ceux qui s'abonnaient que sur un live TikTok, par exemple, à l'époque je pouvais en faire, qui après voyaient mon contenu, ils étaient en mode « mais pourquoi je suis abonnée à ça ? » Tu les comprenais pas, ils s'attendaient vraiment à un truc que de paraître. Donc au début, il y a tout ce mouvement-là où on ne comprend pas trop, donc on passe de 90% à aujourd'hui, et maintenant j'ai que 40% d'hommes, que 40%. Mais pour un contenu qui est comme le mien, c'est quand même assez étonnant. C'est assez différent où j'ai quand même une tranche d'âge, si on prend en stats, 25-34. Donc pas la plus jeune non plus sur les réseaux, c'est pas 18-24. Mais des fois, c'est des mecs et c'est hyper intéressant parce que du coup, moi, j'en ai vu changer. J'en ai qui me suivent depuis le début. Je les vois, je reconnais leur pseudo depuis le début quand je faisais de la photo. Et je les vois évoluer aussi dans leur façon de penser. Des fois, c'est dur parce qu'il y en a qui vont me faire des confidences ou... Des fois, ils ont été, par exemple, agresseurs ou des choses comme ça. Donc, ils vont s'en rendre compte quand je vais parler. Donc, c'est difficile à accueillir ces choses-là, mais je trouve que c'est hyper important parce qu'on ne changera pas le monde dans l'entre-soi. Moi, je ne veux pas parler qu'aux gens qui pensent comme moi, parler qu'aux gens qui me ressemblent. Déjà, ce n'est pas challengeant si je peux parler en termes plus business. Et en plus, ce n'est pas pertinent dans ce que je veux faire.
- Speaker #1
Et finalement, à quel moment le partenaire financier a glissé dans tes DM pour te demander une collaboration ? C'était qui et pourquoi ?
- Speaker #0
La première collab rémunérée, je crois que c'est un tout pour les cheveux. Ok,
- Speaker #1
c'est le plaquage, encore une fois.
- Speaker #0
Je ne devais même pas les avoir détachés parce que j'avais fait un truc vraiment routine cheveux. C'était du l'huile pour les cheveux, etc. Mais c'était tout petit, c'était vraiment 300 balles la vidéo. Pour les gens... Je pense que c'est beaucoup, mais en vrai, quand tu vends une audience, c'est pas si gros.
- Speaker #1
On est en bas concrètement de la fourchette.
- Speaker #0
Les gens, ils vont se dire, oui, mais tu ne vends que ton temps. Comme si je vendais que, j'ai mis une heure à faire la vidéo, au ratio, 300 euros de l'heure, c'est énorme. Sauf qu'il ne faut pas le penser comme ça. Il faut vraiment le penser en, déjà, je vends mon image, je vends mon expertise, je vends mon temps et je vends aussi les gens qui me suivent. Le Parisien, il vend une pub, il vend pas le temps qu'ils ont mis à le mettre dans leur maquette. Ils prennent en compte le nombre de personnes qui vont être touchées, qui vont être vendues en termes de communauté. Et même moi, j'ai mis du temps à comprendre ça. Parce qu'au début, quand les gens me demandaient « Tu veux combien ? » J'étais « 50 euros ? » « Je sais pas ! » « Tu comprends pas, en plus j'ai aucune éducation financière ! » Et donc ouais, c'était ça le premier. Et puis après, le premier vrai gros, c'était L'Oréal.
- Speaker #1
Tu peux dire les prix ?
- Speaker #0
C'était 1000 euros, je crois.
- Speaker #1
Pour une vidéo ?
- Speaker #0
Pour deux vidéos.
- Speaker #1
Ok. Ce qui m'intéresse aussi, c'est ce que tu dis, tu dis ne pas avoir d'éducation financière là-dessus. Et comment toi, tu t'es éduquée finalement à savoir quels étaient les tarifs à mettre en place ? Est-ce qu'il y a eu une solidarité entre créatrices de contenu ou pas qui s'est peut-être opérée à force d'aller dans des événements, des choses comme ça ?
- Speaker #0
Ça, ouais. Ça, c'est la solidarité entre nous. Il y a un gros tabou. C'est très français aussi de ne pas trop parler d'argent. Et je pense que ça sert à... À ceux qui ont de l'argent de ne pas parler d'argent. Et moi, j'ai commencé à le comprendre assez vite, de me dire en fait, pourquoi c'est tabou ? Parce que plus c'est tabou, et moins je comprends comment ça marche, moins j'arrive à savoir ce que je vaux, ce que valent les autres. Donc moi, je suis très franche. J'y vais, tu me demandes c'est combien, je te dis, et du coup, je te demande aussi c'est combien.
- Speaker #1
Et quand toi, t'es allée voir des créatrices de contenu qui avaient peut-être plus de... de visibilité que toi et que tu leur as posé la question frontalement, est-ce que tu as senti une sororité finalement ou pas du tout ? Ouais,
- Speaker #0
en fait c'était plus quand moi je disais les prix, parce que c'est plus moi qui disais, moi j'ai toujours dit comme ça, et qu'on me regardait en mode « Quoi ? Si peu ? » Genre c'est pas normal, tu vois. Parce que jusqu'à l'année dernière, je devais vivre de ma création de contenu, mais j'étais genre à 1000 euros par mois maximum. Après on doit faire du lissage sur l'année, parce que c'est l'entrepreneuriat, donc c'est pas un salaire fixe. Mais je ne pouvais pas vivre au-dessus d'un SMIC de ma création de contenu. Alors que je commençais à avoir quand même une belle communauté, je faisais quand même des trucs travaillés et tout. Et on a commencé à me regarder en mode, mais c'est pas normal. Après, je sais que ma niche, elle est beaucoup plus basse en termes de rémunération, parce que je l'ai choisie aussi. C'est de la société, c'est de la politique. Il y a aussi beaucoup d'associatifs, du coup. Donc quand c'est une asso, je ne vais pas les faire raquer comme je ferais raquer L'Oréal. Ça n'aurait aucun sens. Ou alors je serais une grosse hypocrite d'être là-dedans. Donc c'est aussi différent et c'est un choix par contre que je fais. Moi, les premières agences qui me contactent, elles me disent, tu vas faire toi. Toi, tu as un profil make-up, tu as un profil mode. Et je leur dis, ouais, ouais, trop bien et tout.
- Speaker #1
C'est une partie du profil que tu avais. Ouais,
- Speaker #0
ça fait partie du profil que j'avais à l'époque. À l'époque, j'étais beaucoup moins radicale, en tout cas. Et je leur dis, ouais, trop bien, mais sur TikTok, je commence à parler de société, de raconter des trucs et tout. Et ils me disent, ah non, non, non, non, les marques, elles n'aiment pas ça. Tu vas parler de maquillage et de mode. Et je leur dis, bah ouais, mais en fait, ça ne m'animait pas.
- Speaker #1
En tout cas, je sais que ce que tu me disais, c'est qu'en agence, tu as renoncé à bosser en agence aussi parce que c'était un peu trop contraignant. Tu voulais garder ta liberté aussi pour pas... Parce qu'il y avait quand même une petite commission.
- Speaker #0
Ouais, 20%, c'est énorme. Et c'est la fourchette basse, il y en a qui prennent plus. T'imagines, 20% sur tout. Et puis après, t'as 20%. Mais après, t'as encore l'URSAF et machin et tout. Après, t'as encore les impôts. En fait, j'ai plus rien.
- Speaker #1
Ce que tu disais, c'est que t'as un public exigeant. Est-ce que tu peux expliquer en quoi ton public est exigeant par rapport à ta propre image de marque ?
- Speaker #0
Ils sont exigeants parce qu'on est sur des contenus avec une idéologie très marquée, avec des valeurs très marquées. Et du coup, je pense qu'ils vont plus m'attendre au tournant. Par exemple, là, oui, je sais que je fais une OP avec L'Oréal. C'est compliqué parce qu'on vit quand même dans une société qui est la société dans laquelle on vit. C'est une société capitaliste qui est régie par des codes. et des choses qui me dépassent moi. Et je pense que des fois, les gens ont du mal à comprendre qu'on ne vit pas d'amour et d'eau fraîche. Et que moi, j'adorerais faire que de l'associatif et faire que des choses bénévoles pour aider les gens vraiment. Mais qu'à un moment donné, pour aider les gens, moi, j'ai besoin aussi de juste payer mes factures et de survivre.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que c'est une méconnaissance finalement des réalités financières de la création de contenu, des créateurs de contenu ?
- Speaker #0
Oui, parce que c'est un truc qui n'existait pas il y a... Et puis, consommer gratuitement aussi. Cinq ans en arrière, ça n'existait pas. Les gens consomment gratuitement aussi. comprennent pas que... Il n'y a rien de gratuit dans la vie. Donc moi, je suis obligée de faire les choses, de passer par d'autres canaux pour avoir du financement et faire des choses gratuites par la suite. Mais c'est un business model qui est très méconnu, surtout dans le milieu dans lequel je suis. Et même des associations, des fois, ont du mal à comprendre, plus des fondations et tout, ont du mal à comprendre qu'en fait, même si c'est mon image de ma marque, c'est moi, c'est ma personne, mais moi aussi, j'ai besoin d'investir sur moi-même en termes, oui, de temps. de tout ce que vous voulez, développement personnel et tout le machin, tout le truc, mais l'argent aussi. Je dois aussi investir pour acheter une caméra, acheter un fond vert, acheter un micro, avoir un prompteur, avoir un monteur, avoir peut-être une journaliste qui va m'aider. Et en fait, l'argent que je vais injecter dans mon projet va permettre de générer plus d'argent et faire plus de projets et peut-être de mieux rémunérer aussi les gens avec qui je travaille parce qu'en fait, on est dans un cercle très précaire. Moi, je vais être très peu payée par les acteurs de ce milieu-là parce qu'ils n'ont pas d'argent. Moi, je n'ai pas d'argent, donc les gens qui vont travailler avec moi, je peux les payer aussi. Et c'est-à-dire que le précaire là, il n'est plus possible. Et j'ai l'impression que tout le monde s'en contente ou en tout cas se met des œillères. De toute façon, on ne parle pas d'argent et on a l'impression de faire les choses bien. Mais moi, j'ai envie d'un peu rentrer et de dire non, on va parler argent. Ce n'est pas comme ça, ce n'est pas juste en se disant que ça va, que ça va aller, parce que ce n'est pas vrai.
- Speaker #1
Et dans toutes ces difficultés-là, tu arrives quand même à réussir et à être une créatrice de contenu identifiable et visible et engagée. Tu dois aussi faire face à certaines vagues parfois de cyberharcèlement. Et comment tu arrives à gérer ça et à continuer à garder le cap ?
- Speaker #0
Même des femmes qui font du contenu maquillage et tout, on s'en prend plein la gueule. Moi, je fais des choses sur Internet et en plus, je parle de choses qui, dans l'imaginaire collectif, sont réservées aux hommes. La politique, même si de plus en plus, ça se féminise, mais les lois sur rien que la parité, c'est très récent, la société appartient en tout cas publiquement aux hommes. Donc moi je parle de choses dans lesquelles on ne m'attend pas, comme on l'a dit, on m'attend sur d'autres choses. Donc ça va générer encore plus de réactions négatives, parce qu'en fait si des fois ils ne sont pas d'accord avec des hommes et ils vont l'exprimer autrement, moi quand ils ne sont pas d'accord avec moi, ça va forcément avoir une intersectionnalité d'insultes, où en fait on va attaquer mon genre, on va attaquer le fait que je sois une femme, on va parler aussi de ma sexualité, on va beaucoup m'hypersexualiser, on va aussi parler de mes origines. Donc en fait, ça va vraiment devenir très personnel. On va plus attaquer mes idées, même si sur le fond, à la base, c'était ça, ils étaient pas d'accord avec mes idées. Et ça, on peut ne pas être d'accord et débattre, il n'y a aucun problème. Mais très vite, oui, c'est sur mes origines, pas toutes citées.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a eu un moment, Mélissa, où t'as eu envie de tout arrêter ?
- Speaker #0
Ouais, quand il y a des vagues des fois où tu t'en prends plein la gueule de tous les côtés, t'arrives à dire, à quoi bon ? Genre en fait, j'en parlais avec une fille hier qui est dans le même milieu et qui l'a arrêtée. Et je lui disais, on mérite le soleil dans nos vies quoi. Enfin un petit peu de... Un peu de bonheur quoi. Parce que c'est compliqué de traiter des sujets où l'actualité n'est pas forcément tout le temps rose, mais des fois on s'en prend plein la gueule de tous les côtés, donc des gens qui ne pensent pas comme nous. Mais aussi des gens qui pensent comme nous, qui vont nous attendre trop au tournant et penser qu'on est un média. Moi, je ne suis pas un média. Donc, comme si je devais fonctionner comme TF1 et parler de tout et avoir un avis sur tout. Et du coup, à force de pousser les gens, de parler de tout, ça, c'est un truc qui arrive à tous les créateurs aujourd'hui. Forcément, on va dire des conneries parce qu'on ne peut pas être basé sur tous les sujets du monde. Et même dans le côté perso, c'est très compliqué quand on est entrepreneur de diviser les deux. Avec ma famille, ça peut aussi... faire des choses où on ne me parle plus, ma famille ne me parle plus à cause de certaines prises de position. Donc, j'ai plus de famille, les gens de mon camp m'insultent, les gens qui ne sont pas d'accord avec moi m'insultent. Je vais vous faire foutre au bout d'un moment. Donc, tu n'as pas envie d'arrêter.
- Speaker #1
Il y a une question que j'aimerais te poser, mais pour ça, j'ai besoin d'une enveloppe.
- Speaker #0
Maître Moyard. Tu l'as ou pas ? Merci,
- Speaker #1
Maître Moyard. Alors, Mélissa, c'est une enveloppe que les invités de Work in Progress écrivent aux prochains invités.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc je te la donne. Est-ce que tu peux nous la lire, s'il te plaît, et y répondre ?
- Speaker #0
Alors, quel est ton goal de carrière qui te fera dire « Ok, là, j'ai réussi » . Euh... Waouh !
- Speaker #1
Le goal,
- Speaker #0
Du coup, oui, je pense que quand j'aurai réussi, ce sera vraiment quand j'arriverai à avoir une équipe autour de moi. J'arriverai vraiment à bien me structurer. Parce que là, je pense que ce qui est compliqué aussi, c'est d'être seule. Et donc là, c'est la première année où je dégage assez d'argent. Pour réussir à, moi, payer mes factures. En plus, mon copain, il a emménagé chez moi. Donc, la vie à moins 50%, c'est génial, en fait. La vie en couple, c'est la vie à moins 50%. On oublie de nous dire ça. Donc, déjà ça. Donc, ce que j'économise, je peux le mettre dans un monteur ponctuellement. Et là, j'ai pris une journaliste ponctuellement aussi. Mais vraiment, de la voir de façon structurelle, où c'est vraiment mon équipe, où je peux payer des salaires de façon fixe. Et vraiment, ils travaillent pour moi. C'est pas juste par-ci, par-là, de temps en temps. Je pense que là, j'aurais réussi.
- Speaker #1
Je te propose, Melissa, de passer à une séquence un peu plus speed, donc fast and real. Je te pose des questions, t'essaies d'y répondre le plus spontanément et naturellement possible. Toujours sur ton engagement et tes partenaires, et on veut savoir, on va avoir le thé, ok ? Ton plus grand échec en un mot ?
- Speaker #0
Mon CDI.
- Speaker #1
Le plus gros cliché sur ton métier ?
- Speaker #0
Que je suis une influenceuse de Dubaï.
- Speaker #1
Tu vis en région parisienne, on peut le rappeler.
- Speaker #0
Non, mais au-delà de ça, il faut vraiment tout le package, quoi. Que je suis une influe voleuse qui fait du dropshipping.
- Speaker #1
J'adore ce terme, influe voleuse. La chose que tu ne referais jamais ?
- Speaker #0
Je ne referais jamais un tournage avec une ennemie politique, sans que ce soit du live ou que j'ai une mention sur le contrat qui dit que je peux avoir un droit de regard sur le montage et sur ce qu'on fait de mon image et de ma parole.
- Speaker #1
Comme avec Taïche Descufon.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
En pyjama. Ton plus gros salaire ?
- Speaker #0
Mais c'était 15 000 euros sur l'année.
- Speaker #1
Ta plus petite rentrée d'argent ?
- Speaker #0
Zéro, ça marche ? Pour du bénévolat ? Non, la plus petite rentrée, c'est 100 euros.
- Speaker #1
Ce que personne ne voit dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Quand je pleure, je ne le mets pas sur les réseaux.
- Speaker #1
Tu m'as dit que tu pleurais quand même pas mal, parfois.
- Speaker #0
Depuis ma dépression, les vagues sont ouvertes. Je ne pleurais jamais. Depuis la dépression, je dis bon allez. Je dis bien, parfois. Un peu trop souvent, mais... Il faut réguler le... Soit trop, soit pas assez, mais...
- Speaker #1
Surcoté ou souscoté, le repos ?
- Speaker #0
Ah, souscoté, on le souscote trop. Moi, c'est pour ça que j'ai fini en burn-out. Mais reposez-vous, vraiment. Quand je vois les gens qui font trop et tout, je deviens une daronne, quoi. Je suis vraiment en mode... Non, mais tu sais, tu peux finir en burn-out et tout. Ne finis pas comme moi, tu vois. On est encore fatigués, hein. Tu sais que je suis encore fatiguée, parfois. On est tous fatigués.
- Speaker #1
Sur côté ou sous côté, les réseaux ?
- Speaker #0
Ça dépend en quoi, mais je pense sous côté encore.
- Speaker #1
Sur côté ou sous côté, les associés ?
- Speaker #0
Pour moi, sur côté. Je pense que je n'arriverais pas à avoir un associé.
- Speaker #1
Mais tu veux quand même avoir des employés, des gens qui...
- Speaker #0
Oui, je veux une équipe. Mais partager ce que je fais, là, maintenant, j'aurais trop peur que ça ne marche pas sur le long terme.
- Speaker #1
Je reviens sur les larmes. La dernière fois que tu as pleuré pour le boulot ? Pour le boulot ? Pour le boulot.
- Speaker #0
Ça change la réponse. Il y a deux semaines, du coup.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
À cause d'une vague d'harcèlement.
- Speaker #1
Ton conseil en une phrase à toi d'il y a cinq ans ?
- Speaker #0
Parle-toi comme tu parlerais à ta meilleure amie.
- Speaker #1
Mélissa, on a un petit peu parlé de ta famille. C'est vrai que tu as eu des relations, disons, parfois compliquées, ce que tu me disais avec tes parents. Est-ce que tu peux nous raconter un peu quel est ton entourage aujourd'hui qui te permet de garder un équilibre sain dans ton quotidien et à quel point ton entourage te soutient aussi dans ta carrière ?
- Speaker #0
Du coup, tes familles, pas du tout. où ils ne veulent pas voir ce que je fais. Je ne pensais même pas qu'ils ne voient pas, c'est qu'ils ne veulent pas voir ce que je fais. Donc, quand je fais, par exemple, pour moi, c'était un truc de haut de faire la une de l'humanité, de travailler pour Street Press, de passer chez Mediapart. Ça, non. Mais par contre, mes amis. Moi, en fait, j'ai remplacé ma famille par mes amis. C'est vraiment la famille que j'ai choisie. Et c'est eux, comme je te disais, quand j'ai fini toute seule dans mon studio en plein confinement, C'est vraiment été eux. Maintenant, on a instauré une tradition où on fait un Noël tous les 25, c'est avec mes amis. Puis on a tous des histoires où on est un peu les enfants abandonnés. Il y a toujours une assiette aussi réservée à quelqu'un qui peut-être passerait Noël tout seul ou les fêtes tout seul. Et du coup, c'est un peu une habitude qu'on a d'accueillir quelqu'un. En tout cas, on fait en sorte de demander vraiment à notre entourage, est-ce que tu vas passer les fêtes seul ? Parce que moi, je suis quand même très tradition sur ça, les anniversaires, les Noëls, tout ça et tout. Et puis c'est aussi une tradition un peu, du mon côté juif, une tradition juive qu'on a au repas, il faut toujours avoir l'assiette, parce que si il y a un pauvre toc à la porte, il faut qu'il ait une assiette prête pour lui. Donc c'est un peu ce mélange-là. C'est des liens qui ne bougeront pas. Moi, mes amis depuis le lycée, en fait, ils n'ont pas bougé. Même si on a quelques-uns qui se sont rattachés au fur et à mesure. Et sinon, mon copain. Aujourd'hui, mon copain, c'est ma famille. Il habite chez moi depuis le mois de janvier. On habite ensemble. Et ça se passe très bien. Et c'est un très bon... je pense que c'est le meilleur soutien que j'ai, c'est mon copain.
- Speaker #1
Il va devenir ton associé ?
- Speaker #0
Non, je ne pense pas. Des fois, on travaille ensemble. Ce qui est bien, par contre, c'est qu'il est aussi dans ce milieu-là. Lui, il était journaliste rap pour Bouscapé et tout, pour ceux qui le connaissent. Et du coup, il est quand même dans la vidéo, dans l'audiovisuel, aussi les réseaux, parce que c'était un média digital. Aujourd'hui, il est auteur pour des grosses têtes de la création de contenu. Donc, il sait ce que c'est, en fait. Déjà, ça, c'est bien. Parce que je sais pas ce que c'est à l'inverse dans les couples hétéros, quand c'est l'homme qui est créateur de contenu et la meuf, mais à l'inverse, moi, c'est les mecs qui comprenaient pas. Il y a plein de trucs de... Faut être un bijou, faut te préserver, te mettre pas sur les réseaux. On a tous entendu celle-là. Donc chiant de fou. Là, ils s'en foutent, quoi. Là, je pars en tournage, j'ai des journées, des fois, de 8h à 21h, et après, le lendemain, je suis toute la journée chez moi. Il va pas être en mode, t'es trop bizarre, toi. C'est pas palpable, ce qu'on fait. On a tous les deux la même chose, le même rythme de vie, un peu bizarre. Donc ça marche très bien.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu aimes dans ton métier qui te fait tenir ? J'ai bien compris que tu aimes te reposer.
- Speaker #0
Maintenant, je m'écoute de plus en plus. On a la chance quand même, on parle beaucoup du négatif, mais par contre, on a la chance de créer notre propre planning. Il y a quelques impératifs, mais on est quand même beaucoup plus libre qu'un métro boulot-dodo. Maintenant, je m'octroie plus de plus m'écouter. Là, je n'ai pas besoin de faire un 8h, midi, 14h, 18h. Si j'ai envie de prendre une pause à 14h et de finir un peu plus tard, je peux le faire, vu que c'est moi qui gère. Donc je m'écoute un peu plus là-dessus. Et ce que j'aime, c'est vraiment cette liberté-là de m'exprimer. Je pense que c'est un privilège qu'on oublie d'être écoutée et d'avoir un micro. Là, j'en ai un. C'est quand même une chance que beaucoup n'ont pas dans le monde, que beaucoup de femmes n'ont pas au-delà de ça. Mais même en termes juste humains, si on enlève vraiment toutes les étiquettes, de pouvoir s'exprimer, être écoutée, c'est une grande chance.
- Speaker #1
Tu m'avais aussi dit de ne pas avoir honte, ça m'avait beaucoup marqué, de se vendre. Qu'est-ce que tu sous-entendais par là ?
- Speaker #0
C'est quand on parlait de l'idée de comment on monétise ce que je fais. Et au début, quand les gens te demandent tu veux combien pour ça, au début t'as honte. Honte de demander de l'argent parce que c'est très tabou. honte de... de paraître prétentieuse. Comment ça, moi, je vaux combien ? C'est hyper bizarre. C'est pour ça qu'après, j'ai compris comment ça marchait et qu'est-ce que je vendais. Je travaillais dans une régie pub, donc je sais ce que c'est de vendre une pub. Quand j'ai compris que ce que je vendais, c'était exactement la même chose que ce que je vendais dans la régie pub quand j'étais dans la com, je comprends un petit peu mieux. Mais pour des personnes qui ne comprennent même pas ce que c'est, ce milieu-là, c'est très compliqué de savoir c'est quoi ma valeur en tant qu'humain.
- Speaker #1
Et à quel moment tu as... compris quelle était ta valeur, finalement ?
- Speaker #0
Je pense que je ne l'ai toujours pas bien compris. Je suis encore en... C'est un cheminement constant, un travail sur soi constant, mais je le comprends de plus en plus quand on voit surtout les retours que ça peut engendrer. Quand tu vois qu'en fait, tu génères des millions de vues, qu'un poste, juste un seul poste, ça peut faire 4 millions d'impressions, que c'est reposté par... Je ne sais pas, moi, j'avais fait un poste pendant la législative, il a été reposté par Angèle, les autres situations. Tout le monde, dans les manifs, il y avait mes slogans qui étaient repris. Ils m'ont fait des pins. On m'a demandé si on pouvait les faire des affichages sauvages avec mes... Juste ma phrase un peu drôle que j'avais créée, tu vois.
- Speaker #1
Tu l'as brevetée ?
- Speaker #0
Même pas. Je ne sais pas si je peux. Il y a des trucs peut-être de conflit politique. Je ne sais pas si je peux. Mais bon, pas besoin de le breveter. Je le donne aux gens avec plaisir. C'est un combat qui ne m'appartient pas. Mais c'est là que tu comprends que c'est des idées communes, surtout. C'est un combat commun. En fait, c'est le collectif et ça qui fait du bien aussi, si on peut revenir à cette question-là. C'est certes un métier très seul, mais dans la niche que j'ai choisie, qui n'est rien sans le collectif.
- Speaker #1
Et finalement, pour reprendre un peu ce qu'on disait sur la sororité dans ce monde aussi de créateuriste, de créatrice de contenu, Est-ce que si une jeune créatrice de contenu arrive en te disant « Coucou Mélissa, je me lance » , qu'est-ce que tu lui dirais ? Est-ce que tu lui donnerais aussi comment on fixe les prix ? Ce genre de choses.
- Speaker #0
Oui, avec plaisir. Franchement, oui, oui. Ça, on le fait beaucoup entre nous. Comme je t'ai dit, on s'envoie des DM et on se dit maintenant combien les marques nous payent, combien elles nous ont proposé. Comme ça, on comprend si on se fait bébarrer ou pas, en fonction de comment on a négocié. S'il y en a une qui est un agent qui a... Merci. plus avoir une force de frappe derrière. Donc on sait comment ajuster, parce que c'est aussi compliqué, au-delà de notre valeur à nous, il y a aussi avec qui on discute en face, ça n'a rien à voir. Comme je te dis, si c'est une asso ou une marque, c'est pas du tout la même réalité aussi. Donc là, on parle beaucoup, et ouais, une créatrice, avec plaisir, après, il faudrait qu'elle ait compris comment ça fonctionne, parce que ça m'est arrivé récemment avec une jeune créatrice, entre guillemets, pas en âge, mais en termes de communauté, etc., où elle reprenait un format que je faisais. Et du coup, j'ai été surprise qu'elle reprenait ce format-là. Donc je lui ai demandé, et peut-être trop brut de pomme aussi parfois, la Mélissa. Mais du coup, je lui ai demandé, je suis étonnée, comment ils t'ont approché et combien ils te payent ? Et je pense que c'est encore une question qui a du mal à être entendue. Et du coup, elle l'a pris pour elle, elle pensait que je voulais l'intimider et tout. Alors que ce n'était pas du tout le cas. Et je m'en excuse si des fois c'est perçu comme ça. Mais je pense qu'il faut vraiment qu'on parle entre nous et qu'on soit honnête, carte sur table. Il y a des gens en haut qui sont plus puissants et qui peuvent... Nous la mettre à l'envers et c'est pas nous, même si j'ai 100 000 abonnés, des fois les gens pensent que je suis Berna Rarano, non j'ai pas encore les ficelles du monde entier entre mes mains.
- Speaker #1
Et finalement, pour reprendre ce que tu dis, c'est le conseil que tu donnerais à une jeune fille qui se lance, vraiment le conseil de base.
- Speaker #0
Le conseil de base ce serait de ne pas avoir honte et d'aller au-delà des tabous et d'oser discuter de ce dont on essaie de t'interdire de discuter. Donc parler d'argent.
- Speaker #1
Et ça, j'imagine que tu aurais aimé qu'on te le dise plus tôt.
- Speaker #0
Oui, vraiment parler d'argent, poser les questions franches, être trop poli en fait. Ça ne sert à rien d'être poli. Oui, j'espère que vous allez bien, bonne journée, ce que vous voulez. Mais la politesse et la honte quand on parle business, tu n'es pas en train de parler à ta grand-mère qui veut te filer un billet de 50 à ton anniversaire. Là, tu peux avoir un peu de honte et machin et tout, mais là, ce n'est pas la même chose. C'est d'autres réalités financières.
- Speaker #1
Mélissa, je te confie cette enveloppe, c'est la carte blanche de Work in Progress. L'idée, c'est que tu puisses poser une question au prochain invité, comme tu as reçu toi-même une question.
- Speaker #0
Carte rose, si je peux me permettre.
- Speaker #1
Carte blanche, carte rose. En tout cas, n'hésite pas à poser la question vraiment en tant qu'entrepreneuse qui te trotte dans la tête pour notre prochain invité.
- Speaker #0
Alors, on a beaucoup parlé d'argent depuis tout à l'heure. On a essayé de dire que ce n'était pas tabou, donc je vais te sortir de ta zone de confort si c'en est encore une. combien tu gagnes, combien tu te verses de salaire et à partir de quand tu as vécu ton activité si c'est le cas.
- Speaker #1
Mélissa, merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci pour ton honnêteté, merci pour tous ces mots et merci d'avoir tenu la distance avec nous aujourd'hui dans Work in Progress. C'était Work in Progress, le podcast qui parle de réussite sans en cacher les cicatrices. Merci de nous avoir écoutés. Je suis Estelle Djanjo et je vous retrouve pour le prochain épisode de ce podcast créé par Conto. À bientôt.