Description
Dans cet épisode des HÉRÉTIQUES, je vous propose une chronique d'un livre qui m'a traversée — et dont je ne suis pas sortie indemne.
J'étais son esclave, de Lydia Hadjara avec Elsa Levy, paru aux éditions City en janvier 2025, raconte une vie entière vécue à l'intérieur d'une logique d'emprise. Lydia est née dans une famille déjà membre du mouvement raëlien. Elle grandit dans les stages, les rassemblements, les étés communautaires. La communauté devient son seul groupe d'appartenance — l'école la rejette, les Raëliens l'accueillent. Et Raël, Claude Vorilhon, remarque Lydia à neuf ans. Lui dit qu'elle est exceptionnelle. Qu'elle est élue.
Elle a neuf ans. Elle se sent choisie.
Ce livre ne raconte pas simplement les agissements d'un homme — même si ils sont là, documentés, et que des condamnations judiciaires ont été prononcées. Il raconte quelque chose de bien plus difficile à nommer : comment une emprise se construit avec de l'amour. De l'amour sincère. De la chaleur vraie. De la communauté réelle.
C'est ça qui est vertigineux. Les personnes qui entourent Lydia ne jouent pas la bienveillance — elles y croient. Et c'est précisément pour ça que ça marche. Parce que l'horreur frontale, on peut la nommer, la rejeter, s'en éloigner. Mais quand l'horreur arrive enrobée d'amour, de fraternité, d'appartenance, le cerveau ne sait plus où mettre le curseur.
Dans cet épisode, j'aborde aussi un mécanisme psychologique fondamental que ce livre illustre avec une précision rare : la dissociation. Cette réponse automatique du cerveau face au trauma — se déconnecter du corps, partir de l'intérieur pour survivre — que Lydia décrit sans jamais utiliser le terme clinique, mais avec une exactitude saisissante. Comprendre la dissociation, c'est comprendre pourquoi on ne part pas. Pourquoi on reste. Pourquoi la question "comment a-t-elle pu ?" est la mauvaise question.
La bonne question est celle-ci : dans quelles conditions sommes-nous vulnérables à ce type de construction ?
Et la réponse, je crois, est : dans celles de l'enfance non protégée, de la solitude, du besoin fondamental d'être vu·e et reconnu·e. Il n'y a pas de profil type. Il y a des moments de vie, des failles, des systèmes conçus pour les trouver.
Je parle de ce livre depuis un endroit particulier. Je travaille dans un univers où les questions de transmission spirituelle, d'autorité et d'appartenance communautaire sont centrales — je les connais de l'intérieur, dans un contexte radicalement différent, avec d'autres intentions. Et ce récit me rappelle, avec une clarté rarement atteinte, ce qui distingue une transmission saine d'une emprise : dans une transmission saine, on devient plus libre. Jamais plus dépendant·e.
Avant d'écouter cet épisode, ou après — regardez la série documentaire Raël : le prophète des extraterrestres sur Netflix. Quatre épisodes. Elle est imparfaite, trop complaisante selon Lydia elle-même. Mais elle pose le contexte. Puis lisez le livre. L'un ne remplace pas l'autre.
J'étais son esclave — Lydia Hadjara avec Elsa Levy. City Éditions, 2025.
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