- Speaker #0
Zéro déchet au boulot Bienvenue dans le podcast qui vous accompagne vers le zéro déchet au travail. Vous êtes sensible à prendre soin de la planète, œuvrez pour diminuer les déchets à la maison, mais au travail c'est le désastre. Gâchis de papier, d'emballage, indifférence des collègues, vous vous sentez démuni face à l'ampleur de la tâche. Alors bonne nouvelle, ce podcast s'adresse à tous ceux qui souhaitent avancer de manière positive et concrète dans une démarche de diminution des déchets en entreprise. Allez, place au sujet du jour. Bienvenue pour ce nouvel épisode podcast. Je suis ravie de faire découvrir ce projet vraiment inspirant qui va dans le bon sens pour la planète, mais aussi pour la cohésion sociale. J'ai invité aujourd'hui Donia Mebtoul, qui est fondatrice et présidente de l'association Les Frigos Solidaires. Donia, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Pour la petite histoire, j'ai entendu parler des frigos solidaires dans les médias il y a quelques temps. J'ai travaillé la rédaction d'un livre sur le zéro déchet au boulot, et lors de mes recherches, je suis tombée sur des articles présentant votre association. Votre histoire m'intrigue, et j'ai eu l'élan de faire découvrir cette belle initiative aux auditeurs. En fait, j'aime bien l'idée que des structures associatives, des commerces ou des restaurants aient la possibilité de s'emparer de votre initiative pour apporter du bon dans leur quartier. Je connais d'ailleurs un centre social pas très loin de chez moi qui a mis en place un frigo solidaire. Les plats sont cuisinés par les salariés de la structure et les familles du quartier. Cette initiative cartonne et apporte beaucoup de convivialité et de solidarité. Et c'est ce que je souhaite partager aujourd'hui. On y va
- Speaker #1
C'est parti
- Speaker #0
Pour démarrer, je vous propose de vous présenter. Qui êtes-vous et que faites-vous dans la vie
- Speaker #1
Je m'appelle Dunia Mettoul. Vous l'avez bien annoncé, je suis actuellement fondatrice et présidente de l'association Les Frigos Solidaires, qui a eu le jour en 2017.
- Speaker #0
Ok. Et alors justement, comment et pourquoi votre association Les Frigos Solidaires a-t-elle vu le jour
- Speaker #1
Alors, pour rentrer dans les prémices de cette belle aventure qu'on vit depuis maintenant presque huit ans, je suis restauratrice, enfin j'étais restauratrice, fille de restauratrice, donc avec ma maman en 2012, on a... On s'est associés pour créer la cantine du 18, dans le 18e à Paris, qui était un tiers-lieu familial à taille humaine, dans lequel on proposait de la restauration solidaire et des événements solidaires, donc des braderies, des cours de français, des projections de films, en association avec d'autres structures. Et ma maman, qui tenait les rênes des cuisines à l'époque, était assez indignée de voir que dans la restauration, on a malheureusement un flux qui est extrêmement irrégulier. Et donc un gaspillage alimentaire qui peut être parfois très conséquent. Elle est issue d'une grande famille de 8 enfants et pour elle le gaspillage alimentaire c'est rédhibitoire. Donc face à ce constat, en 2017 on a créé le premier frigo solidaire de France. Et c'est là qu'on s'est dit, ça va permettre à tous les commerçants, à tous les habitants de se responsabiliser face à ce gaspillage alimentaire qui à la fin de l'année représente des tonnes et des tonnes et qui pourrait permettre à des gens en précarité alimentaire de se nourrir dignement et gratuitement.
- Speaker #0
Et alors justement, ça consistait en quoi Ce premier frigo, à quoi il ressemblait Où est-ce qu'il était situé Comment vous avez mis en place cette initiative
- Speaker #1
Alors, on a été démarché par, à l'époque, le Carillon, qui aujourd'hui s'appelle La Cloche, qui est une association qui crée de l'entraide entre sans-abri et commerçants, pour mettre à disposition des services tels que recharger son téléphone, aller aux toilettes, boire un verre d'eau. Et l'association La Cloche faisait ses premiers pas dans le 18e. Et nous, on avait déjà cette idée de frigo solidaire qui trottait un peu dans nos têtes. Moi, j'ai eu la chance de découvrir un frigo partagé quand je vivais à Londres, dans un quartier assez populaire londonien, où il y avait un frigo en plein marché central, où tout le monde pouvait déposer et récupérer dans ce marché. Et il s'était resté un peu dans un camp de ma tête. On a créé la cantine en 2012 et en 2017 revient cette idée de frigo solidaire qui commence un peu à me hanter et donc il était temps de passer à l'action. Quand l'association La Cloche fait ses premiers pas dans le 18e, on se rapproche d'eux pour leur... proposé le projet de créer un frigo solidaire et savoir ce qu'ils en pensent, parce qu'en fait, ça avait beaucoup de sens que s'associer, parce qu'eux répondent à un public précaire. Nous, on a ce lieu qui est la cantine du 18, qui est prêt à accueillir un frigo. Donc, les synergies coïncidaient parfaitement. Et voilà. Donc, en 2017, juin 2017, on achète un frigo, on crée une structure en bois. On met ce frigo dans la structure en bois, on fait une grande inauguration, un beau jour d'été. L'aventure commence. Juillet, août, flop total, vacances scolaires, l'effet s'estompe. Donc bon, qu'est-ce qui se passe en septembre Il y a un intérêt qui se crée autour d'une journaliste combini qui découvre l'initiative et qui parle de ce frigo solidaire. Et en fait, de là naît vraiment un effet boule de neige et la presse s'empare du projet, ce qui permet de mettre un gros coup de projecteur sur le premier frigo solidaire de France et donc d'être rapproché par une mutuelle qui s'appelle Identité Mutuelle, qui souhaite à l'époque, qui souhaite développer et accompagner une initiative solidaire d'innovation sociale.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
j'ai du mal avec ces deux mots. Et donc, elle nous contacte. Et il faut savoir que Identité Mutuelle, anciennement, s'appelait la MICOM. La MICOM, c'est la mutuelle qui a été créée dans les bassins miniers pour les mineurs, par les mineurs. Et quand mon grand-père a immigré dans le nord de la France dans les années 50-60, juste avant la guerre d'Algérie, il a... eu cette mutuelle qui s'appelle la Micom. Et donc moi, à l'époque, quand je faisais ces papiers, j'ai eu l'occasion de voir le mot Micom à maintes et maintes reprises, qui m'a d'ailleurs un peu trop traumatisée, comme tous les papiers administratifs en général. Et donc ça a été pour nous un grand signe que de se dire qu'on est rapprochés par la mutuelle de mon grand-père. Donc ça a fait écho tout de suite et on a créé l'association Les Frigos Solidaires en décembre 2017. Et la mutuelle nous a aidés à essaimer par la suite les frigos.
- Speaker #0
Donc notamment dans le bassin minier, si je ne me trompe pas.
- Speaker #1
Et c'est d'ailleurs la région qui comptabilise le plus de frigos solidaires aujourd'hui.
- Speaker #0
Alors donnez-nous un peu de baume au cœur. Avez-vous une idée des quantités de repas qui n'ont pas été gaspillées Un peu, alors je ne sais pas si c'est sur une année ou depuis 2017. Ou alors est-ce que vous avez une petite idée du nombre de bénéficiaires que ça peut toucher
- Speaker #1
Aujourd'hui, on est en 2025. L'initiative a vu le jour en 2017. L'année dernière, en 2024, on comptabilisait 150 frigos solidaires sur le territoire, avec aujourd'hui un impact social et environnemental assez fort, puisque les frigos solidaires aident plus de 3000 personnes par jour. C'est plus de 700 kg d'anti-gaspi de nourriture en moins, et environ 900 kg de CO2 économisés par jour également. Ça, c'est une étude d'impact qui a été réalisée chez nos différents partenaires. même si ça reste une moyenne puisque par exemple le frigo qui était installé à la cantine pendant 7 ans permettait à 60 personnes par jour de s'alimenter.
- Speaker #0
Ce qui est énorme.
- Speaker #1
Celui qu'on avait à la cantine c'était... Enfin, nous on parle parce qu'on peut en parler puisqu'on l'a vécu, on a vécu cette aventure qui était à la fois extraordinaire et à la fois très inquiétante puisque en fait on s'est rendu compte notamment après le Covid que le nombre de bénéficiaires a été multiplié par trois. Et en 2022, on avait plus de 60 personnes qui passaient par le frigo solidaire.
- Speaker #0
Et tout à l'heure, vous disiez 700 kilos, c'est par jour, j'imagine, c'est ça Oui,
- Speaker #1
pardon, par jour, 700 kilos de nourriture anti-gaspillée par jour.
- Speaker #0
Ce qui est vraiment impressionnant, bravo. Alors, je vous témoigne de ma petite fierté très chauvine, vous en parliez, donc le Nord est solidaire, donc avec à vue de nez un nombre d'implantations fricot solidaires assez important. Aujourd'hui, vous avez aidé à implanter à peu près 150 frigos solidaires depuis 2017. Si on va dans le concret, comment ça se passe l'implantation d'un frigo Par exemple, je suis un restaurateur, j'ai envie de mettre en place un frigo solidaire. Comment ça se passe concrètement
- Speaker #1
Vous êtes restaurateur, l'envie de contribuer à créer de l'entraide locale pour limiter votre casquette alimentaire ainsi que celui des autres commerçants aux alentours. Il suffit de se rendre sur le site lesfrigosolidaires.com, remplir le formulaire qui est disponible sur le site, donc première prise de contact. On contacte, alors il y a plusieurs choses. Alors en fait, c'est un peu compliqué puisque les frigos, comme c'est une innovation sociale, quand ça a été créé, il n'y a eu aucun soutien de municipaux à l'époque, puisque c'était vraiment notamment une coquille vide juridiquement. une innovation sociale qui n'avait pas du tout de retour d'expérience, donc beaucoup de personnes sceptiques, négatives et inquiétées de rendre la nourriture disponible de cette manière-là. En fait, je reviens juste là-dessus, parce que je trouve que c'est hyper intéressant, parce que ça montre comme la confiance, en fait, elle s'acquiert, quoi, et dans tout ce qu'on entreprend. Et quand on a créé les frigos... Peu de gens croyaient vraiment à ce projet qui nous a vraiment permis de nous démarquer. C'est le soutien des citoyens. Et en fait, les premiers frigos solidaires ont été financés par des cagnottes de financements participatifs. Donc des vingtaines, des trentaines, des centaines de personnes qui finançaient sur le site d'Eloasso un frigo dans leur ville. Et des étudiants, des professeurs d'école avec leurs élèves en élémentaire, des lycéens, des élèves en université, beaucoup d'étudiants qui se sont appropriés le projet pour créer des frigos solidaires. Ça montre aussi à quel point l'anti-gaspillage touche toutes les générations, mais beaucoup les étudiants et beaucoup les jeunes générations. Et c'est comme ça que les frigos, réellement, ont réussi à avoir le jour, grâce à l'entraide locale. par des cagnottes de financement participatif. En 2020, le Covid a, je pense, fait émerger quelque chose qui existait déjà mais qui s'est sûrement amplifié avec la crise sanitaire, la précarité alimentaire chez les étudiants, mais aussi tout le spectre social. Les retraités, des familles monoparentales, des familles nombreuses, des personnes isolées. On a été à partir de ce moment-là contactés par des municipalités. qui ont vu l'émergence des frigos solidaires grâce au soutien des citoyens et qui ont soutenu l'initiative et se sont dit Nous aussi, on veut développer les frigos solidaires. Comment on fait Et de là, des municipalités telles que Lille, Paris, Grenoble, Dijon ont subventionné les frigos solidaires via des budgets participatifs. Donc, c'est des citoyens qui proposaient les frigos solidaires à la mairie. Et les frigos finissaient souvent lauréats des projets, puisque c'est un dispositif très simple à mettre en place. Et une fois qu'il est financé par une municipalité, il ne reste plus qu'à trouver une structure accueillante avec qui on va signer une convention de partenariat pour installer le frigo solidaire. Donc voilà, je voulais juste revenir là-dessus parce que c'est hyper important de recontextualiser comment aujourd'hui les frigos peuvent être implantés grâce aux municipalités, ce qui n'était pas le cas aux prémices de l'aventure des frigos solidaires. Donc quand un restaurateur est intéressé, on se rapproche. tout de suite de la municipalité. Soit c'est subventionné par les budgets participatifs, soit c'est subventionné parce qu'il y a une enveloppe, par exemple, dédiée par la région sur un dispositif anti-gaspi qui peut subventionner les frigos solidaires. Et c'est comme ça que ça fonctionne.
- Speaker #0
Finalement, le restaurateur, ce qu'il a intérêt à faire, c'est plutôt de regarder son tissu associatif, économique, local, pour pouvoir faire effet levier sur son projet. Ce n'est pas juste éviter son gaspillage alimentaire, c'est bien trouver tout le tissu. tissu associatif qui pourra favoriser le projet, finalement, vérifier que ce soit bien distribué aux bonnes personnes, etc. Ça ne se fait pas finalement tout seul. C'est ce que je comprends de cette démarche-là.
- Speaker #1
En fait, le restaurateur va accueillir un frigo solidaire. Dans les faits, le restaurateur est intéressé, on signe une convention de partenariat qui est régie entre l'association des frigos solidaires et la structure accueillante. On trouve le financement. Un frigo, ça coûte entre 1 500 et 1 600 euros en fonction d'eux. qu'il finance et où est-ce qu'il est placé. Ça, ça comprend le coût du frigo, le meuble en bois, la sérigraphie, les supports de communication, la livraison et tout le service réparation après installation.
- Speaker #0
C'est vraiment clé en main.
- Speaker #1
C'est un outil qui est vraiment clé en main. Il va recevoir son frigo, on va pratiquer à une grande soirée d'inauguration. Ça, c'est un moment hyper important puisqu'on va convier tous les acteurs majeurs de la ville, les associations, la municipalité, la presse locale. les clients du commerce et les autres commerçants aux alentours pour vraiment faire connaître ce projet et que chacun se l'approprie. Et effectivement, une fois que le frigo est installé, c'est l'entraide locale à travers tous les acteurs majeurs de la ville qui ont été conviés, mais aussi qui font vivre le quartier. Parce que le frigo, il ne peut pas être alimenté par un seul restaurateur, il ne peut pas être géré par une seule personne. Il faut qu'il soit alimenté et que les personnes qui sont en précarité alimentaire soient au courant que ce projet existe. Donc, c'est ce qui crée la richesse des frigos solidaires, c'est parce qu'en fait, ça marche en collectif.
- Speaker #0
C'est chouette. Et alors, finalement, dans un frigo, on y met quoi concrètement Qu'est-ce qu'on peut retrouver dans un frigo
- Speaker #1
Alors, sur le côté gauche du meuble du frigo solidaire, on retrouve les tutos d'utilisation qui expliquent qu'est-ce qu'un frigo solidaire et qu'est-ce qu'on peut y déposer en tant que particulier et commerçant. En tant que particulier, on peut déposer des fruits, des légumes, des denrées sèches, telles que des pâtes, du riz, des biscuits. des produits laitiers. En tant que commerçant, on peut déposer tous les invendus qui n'ont pas été tous les invendus d'un restaurateur, d'un boulanger ou d'un primeur.
- Speaker #0
J'entends déjà des détracteurs qui vont me parler d'hygiène. Justement, pour les rassurer, à quoi doit-on faire attention en termes de sécurité alimentaire Je pense à des dates de péremption, nettoyage du frigo, si c'est déjà ouvert, on fait comment Est-ce qu'il y a des aliments à privilégier, d'autres à éviter Comment est-ce qu'on peut rassurer les gens qui seraient inquiets sur la gestion du frigo
- Speaker #1
Et ça, c'est une excellente question. C'est l'une des raisons pour lesquelles c'était très difficile de convaincre les personnes de cette innovation sociale. En fait, ce qui fonctionne, c'est que le frigo, il est installé chez une structure morale. Un restaurateur, une association, un CCAS, une université, un hôtel, un restaurant, un commerce. épicerie ou voilà. Et en fait la structure morale est en charge de gérer l'hygiène du frigo, le nettoyage, l'entretien des denrées, l'entretien du frigo pardon, et de vérifier les denrées. C'est ce qui fait que les frigos solidaires ont pu émerger et donc essaimer aussi sur le territoire. Puisqu'il y a une structure qui est responsable de ce frigo. La convention de partenariat qui est régie entre les frigos solidaires et la structure accueillante va vraiment prendre en considération tous ces aspects sanitaires et d'hygiène qui sont... essentielles pour le bien-être de ce projet.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des aliments à privilégier, d'autres à éviter Oui. On peut vraiment tout mettre
- Speaker #1
On doit éviter la viande et le poisson frais, qui sont très sensibles à la chaîne du froid. L'alcool est évidemment banni, c'est une évidence. C'est une évidence, mais après, tout est indiqué sur les taux d'utilisation. sur le frigo, ce qui permet de simplifier aussi les dépôts de denrées.
- Speaker #0
Oui, puis ce qui est intéressant, c'est que vous avez un recul quand même de plusieurs années. Donc, vous avez un recul sur les bonnes pratiques, les écueils à éviter. Et ça aussi, c'est, j'imagine, très rassurant pour vos partenaires d'avoir cette expertise finalement que d'autres n'auraient peut-être pas.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors là, on se place plutôt du côté bénéficiaire. Est-ce que vous avez des conseils à donner pour que la distribution se passe bien Alors, je pense… je ne sais pas après si c'est foire d'emploi ou pas, mais pour que les denrées soient distribuées aux bonnes personnes au bon moment, est-ce qu'il y a des choses qui peuvent être faites pour favoriser la distribution à un maximum de personnes
- Speaker #1
En fait, le principe des frigos solidaires, c'est d'installer un frigo face à la devanture de la structure accueillante. Ce frigo est en libre service, en libre accès, sur les horaires d'ouverture de la structure. Donc, la porte du frigo est ouverte, tout le monde peut ouvrir la porte et se servir. À la cantine, nous, on priorisait les personnes en précarité alimentaire. Heureusement qu'en 2025, la bif est pas le moine et que nous, on ne demande pas de justificatif de revenu, on n'est pas les réseaux du cœur, on n'a pas de carte d'abonnement, on n'a pas de moyens de savoir si la personne qui se sert est bénéficiaire ou pas. Par contre, ce qu'on a, c'est le lien social. Et ça, c'est notre atout majeur. C'est comment on va à la rencontre des gens qui ouvrent la porte du frigo autant pour déposer. que pour se servir. Je pense qu'on aurait pu faire un court-métrage de toutes ces histoires qu'on a rencontrées sur les 60 personnes qu'on connaît, puisque la précarité n'est pas qu'alimentaire, elle est sociale. Et c'est difficile d'interdire aux gens de se servir, de se nourrir. Par contre, on peut réguler. Nous c'était un peu le rôle que ma mère et moi on avait, on était un peu flics du frigo. Quand on voit une personne qui récupère tous les produits du frigo alors qu'il y a peut-être 30 personnes qui vont passer après, bah non, on sensibilise, on avertit, on discute. Tu peux pas tout prendre, regarde après il y a des gens comme toi qui vont servir, pense aux autres. Il y a une chose qui s'est vraiment déclarée pour nous. C'est que les personnes qui ont le moins, on l'a vécu, donc réellement, on peut en parler, les personnes qui ont le moins partagent le plus. Et on a des exemples, des anecdotes qui sont fantastiques de personnes qu'on connaissait qui sont réellement en grande précarité alimentaire. Certains à la rue, certains sans emploi, certains avec quatre enfants et une seule personne qui travaille dans le foyer. Le partage était le mot-clé de ces personnes-là. Donc, voilà comment on peut réguler. en allant à la rencontre des gens et en sensibilisant un maximum.
- Speaker #0
Finalement, ce que j'entends, c'est qu'au-delà du frigo, pour éviter du gaspillage alimentaire, c'est surtout un super fédérateur de liens sociaux entre les gens, la solidarité pour le partage des denrées, etc. C'est puissant, en fait, comme levier. C'est hyper intéressant.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est que nous, on a vécu avec un frigo pendant sept ans, à la cantine, donc on avait une manière de vivre avec notre frigo. mais sur les 150 frigos solidaires qui sont installés et implantés à des endroits complètement différents, ils ont une manière de vivre qui est aussi différente. Donc nous, on privilégie énormément le lien social, la lutte contre le Ausha alimentaire et aider les personnes les plus démunies. Mais il y a tellement d'autres façons de concevoir les frigos, et on le voit avec nos partenaires, et c'est ça qui est très très riche aussi. C'est qu'un frigo peut s'approprier de manière très diverse et variée.
- Speaker #0
Vous avez des exemples D'autres manières de s'approprier le frigo
- Speaker #1
Oui, par exemple l'association Tour Angèle, qui est une association étudiante à l'université de Tours, qui a été le premier frigo solidaire implanté au sein d'une université. Ce frigo est géré par des étudiants, par et pour des étudiants. C'est-à-dire qu'il est dans l'ensemble de l'université et c'est un frigo qui vit uniquement entre personnes étudiantes. C'est une autre manière de faire et c'est aussi inspirant. On a l'exemple du moulin à Lyon. C'est un restaurateur très engagé contre la lutte contre le gaz alimentaire. Lui, son pilier majeur, c'est de ne pas gaspiller. Quelles que soient les personnes qu'il récupère, il n'a pas de regard sur les gens qui sont en précarité ou non. il veut juste monter son gâchement alimentaire c'est une autre manière de faire on a une association qui récolte des produits d'agriculteurs donc des fruits, des légumes et elle fait de l'insertion professionnelle insertion, je vais y arriver, professionnelle donc du coup elle récupère ses denrées et par les personnes qui sont en insertion elle cuisine ces produits là et les produits elle les met dans le frigo solidaire donc du coup elle combine les cours de cuisine et la lutte contre les gaspillages alimentaires. Et donc il y a plein de systèmes qui se créent comme ça, comment on fait vivre son frigo, comment l'association, une association dans le 17ème qui a accueilli un frigo il y a quelques années, elle est autour des jeunes et comment elle fédère autour de ce frigo solidaire les jeunes, comment ils vont collecter des denrées dans les supermarchés, déposer, et c'est parfois même les parents de ces jeunes-là qui vont se servir. Et c'est eux qui vont créer cette entraide. C'est tous ces dispositifs qui sont assez incroyables.
- Speaker #0
C'est puissant, c'est riche, bravo. Un peu moins marrant, est-ce qu'il vous arrive des cas de vandalisme et que faites-vous pour vous en prémunir
- Speaker #1
Ça fait... En 2017, ça va faire 8 ans, en juin, pardon, en décembre, ça fera 8 ans que l'association est née. On a eu jusqu'à présent deux vols de frigo.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Deux vols de frigo, le dernier en date. et dans le 18ème, c'est le frigo qui a été récupéré par Laurence, qui tient une cave à vin entre Jules Geoffrin et Châteauroux, qui a été volé, puisque le frigo était installé en extérieur 24h sur 24. Voilà. Et un autre frigo qui a été volé également. Mais honnêtement, en termes de vandalisme, on est assez sécurisés, j'ai l'impression, en tout cas comme c'est un frigo qui fait d'air. énormément toutes les personnes du quartier et de la ville. Il y a comme une sensibilisation qui se crée autour de ce projet, qui permet à ce frigo d'exister et de continuer à vivre, j'ai l'impression.
- Speaker #0
Finalement, c'est les habitants qui en prennent soin et qui le protègent d'une certaine manière. Et le coffrage que vous proposez peut-être aider aussi à prémunir du vandalisme éventuellement Oui,
- Speaker #1
peut-être. Peut-être. Alors, il n'est pas... Certains... On a... L'exemple à Evian, par exemple, la ville d'Evian, le frigo est scellé au sol. À l'ARS 13, une laverie sociale à Marseille, boulevard de la Libération, le frigo est aussi scellé au sol, le meuble en bois. C'est des manières de faire. Nous, à la cantine, il ne l'était pas. On a d'autres partenaires qui ne l'ont pas fait non plus. Ils n'ont pas subi de vandalisme ni de vol jusqu'à présent. Mais je pense qu'effectivement, le fait que tout le monde soit impliqué dans ce projet… Peut-être que ça sécurise quelque part. En fait, il y a quelque chose de... Ça sert vraiment, en fait, ce frigo.
- Speaker #0
Quel serait le frigo solidaire le plus insolite que vous avez implanté Ou alors votre plus grande fierté Une petite pépite, un peu anecdote à nous raconter.
- Speaker #1
Oui, elle est pas mal. Petite pépite, moi, je pense... Alors, je ne suis pas du tout objective, mais pour moi, la vraie pépite, c'est le premier qui a vu le jour à la cantine, quand même. Parce qu'on a réussi à fédérer, à créer de l'entraide, à donner de la confiance aux gens qui n'en avaient pas dans un projet qui était assez douté au départ, comme toute innovation sociale. Et les gens qu'on a rencontrés, la transmission, le partage, les rencontres, la convivialité, les repas solidaires, tout ce qui nous a fait vivre une aventure humaine et familiale, qui était très puissante, très forte, et qu'on porte encore avec nous. Forcément. Et ça, c'est très, très riche. Après, là, par exemple, une vraie fierté, c'est un frigo qui a été financé par l'Université de Nice, qui va avoir le jour le 29 avril. Comment, il y a encore sept ans, on était dans l'incapacité de convaincre des institutions publiques, des municipalités, des collectivités, des régions, et qu'aujourd'hui, c'est l'université elle-même qui s'accapare le projet, qui se dit, on le finance et on le porte jusqu'au bout, ce projet. C'est toutes ces belles histoires qui montrent que le temps fait les choses et vraiment je trouve que cette question de confiance, elle s'installe avec le temps.
- Speaker #0
Ça donne foi en la nature humaine. C'est chouette. Et le frigo le plus insolite Un lieu d'implantation étonnant Je n'en ai pas là,
- Speaker #1
mais il doit forcément en avoir. Un hôtel à Strasbourg, au Graffalgar chez Vincent. Des universités, des essais, des associations. En Corse Non, peut-être que ça me reviendra, mais là, je n'en ai pas en tête.
- Speaker #0
En préparant l'entretien, on avait parlé de la réunion. Ah oui,
- Speaker #1
c'est vrai. C'est ce que je n'ai pas tout dans le tête. Vous exportez Exactement, la réunion dans un tiers-lieu, le Soliquet, je crois, qui va accueillir prochainement le premier frigo solidaire des Dom-Tom. Oui, c'est vrai. Ce n'est pas rien,
- Speaker #0
ça.
- Speaker #1
Non, ce n'est pas rien. Un très beau projet porté par deux salariés du Soliquet. C'est vrai, c'est un très, très bon projet.
- Speaker #0
Sur un autre continent. Vachement chouette.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez justement des projets à venir pour l'association
- Speaker #1
Oui, on est en train de travailler sur un projet de tiers-lieu, un tiers-lieu de soins pour prendre soin de soi et de son environnement et permettre l'apprentissage des métiers manuels autour d'une ferme pédagogique, d'une cuisine partagée et d'une ressourcerie. Et ça, c'est le prochain step des Frigos Solidaires avec d'autres associations.
- Speaker #0
Donc, un camp de base pour déployer d'autres activités, si je comprends bien. Chouette.
- Speaker #1
C'est un des frigos d'avoir un lieu ressource.
- Speaker #0
Alors justement, pour terminer, je vous propose de faire une petite lettre au Père Noël. Est-ce que vous avez des besoins à relier pour votre association Alors, je pense à des recherches de bénévoles, des dons ou autre chose. C'est le moment d'en profiter.
- Speaker #1
Alors que les personnes qui sont intéressées pour implanter un frigo solidaire dans l'huile n'hésitent pas à nous contacter sur le site internet des frigos solidaires. Le plus grand souhait c'est que la solidarité continue à se propager. Vraiment,
- Speaker #0
c'est important. Et puis vous faites un bon travail pour tout ça. Donc merci, Donia, pour cet échange très enrichissant. Moi, ça me donne foi en l'âme humaine et puis ça me donne foi aussi en cette capacité qu'ont les humains à être solidaires les uns pour les autres, à partager. Je vous souhaite de développer largement les frigos solidaires à travers la France et pourquoi pas à travers le monde. Vous avez déjà mis un petit pied dans les dom-toms. Vous retrouvez les informations de l'association, ça se passe sur le site lesfrigosolidaires.com. Merci, Dunia.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Sophie.
- Speaker #0
Avec plaisir. Merci pour votre écoute. Je suis Sophie Frou. Dans la vie, je travaille pour sensibiliser au développement durable. Et je parle notamment... du zéro déchet. Pour cela, je propose des ateliers, des conférences, des formations professionnalisantes, un blog, Sophia Naturel, et je suis aussi auteur de livres sur le sujet. Retrouvez toutes mes informations sur le site sophie-o-naturel.fr Au plaisir