- Speaker #0
Le vin aujourd'hui il est un peu placé sur un piédestal, où c'est un bien sacré, il faut pas le toucher. Et des fois ça va extrêmement loin, c'est-à-dire que quand on a un vin qui a besoin d'être dégazé et que les gens ils voient le sommelier qui secoue la bouteille, ils ont l'impression qu'on va tuer le vin. Expression qui veut pas dire grand chose d'ailleurs.
- Speaker #1
Je crois qu'il existe, pour tous les vignerons français, des opportunités de croissance encore insoupçonnées. Accompagner les vignerons ambitieux pour relever les défis de demain et leur permettre d'augmenter leur chiffre d'affaires, C'est la mission que nous nous sommes fixés à l'agence Georges. Dans ce podcast, nous décryptons les méthodes marketing, de communication et de vente d'aujourd'hui qui vous rapprocheront de vos consommateurs cibles et assureront votre succès. Je suis Juliette Bory, fondatrice de l'agence Georges, et voici notre podcast. Alors bonjour Nicolas. Bonjour. Je suis ravie de t'avoir avec nous sur ce podcast. Tu es donc le fondateur de Aven. Le premier aérateur connecté pour le vin. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu comment est apparu Aven et comment t'es venu cette idée de création d'aérateur ?
- Speaker #0
Aven, c'est un aérateur de vin. Pour resituer un petit peu ce que c'est, c'est un outil qui permet d'aérer le vin instantanément et parfaitement. Donc on n'a plus besoin d'ouvrir la bouteille à l'avance, on n'a plus besoin de carafer. C'est un petit dispositif qui se met sur le goulot de la bouteille. et au moment où on va servir le vin au travers de l'aérateur, on va injecter des bulles d'air, ce qui va... aérer le vin instantanément. Donc si on ouvre une bouteille, on met l'aérateur et qu'on serre, on peut donner au vin le même goût que si la bouteille était ouverte depuis 4, 5, 6 heures, on peut aller jusqu'à 24 heures. Donc ça c'est la technologie, c'est de l'aération instantanée. Comment ça m'est venu ? Moi je viens d'une famille de vignerons en Bourgogne, mais j'ai pas du tout grandi dans ce domaine-là, je suis du milieu médical-pharmaceutique et je suis arrivé il y a quelques années, il y a 8 ans, pour prendre la direction technique d'un laboratoire dans le médical à Paris et j'ai vu beaucoup de gens de ma génération qui s'intéressaient au vin et qui avaient l'impression que le vin c'était difficile d'accès, qu'il fallait s'y connaître, qu'il fallait être expert. C'est des gens qui prenaient des cours, qui lisaient des livres. et qui pourtant étaient toujours mal à l'aise avec le vin, ils avaient l'impression que c'était un monde de sachants. Et l'idée de départ d'Aven, c'était de dire, on va imaginer un produit ou un service, où nous on s'occupe de toute la partie technique, et vous, vous vous occupez juste d'apprécier. Donc la promesse, c'était vraiment de dire, nous on vous sert le vin au mieux, vous, vous fermez les yeux et vous passez un bon moment. Et de fil en aiguille, c'est comme ça qu'on s'est intéressé aux paramètres qui influencent une dégustation de vin, comment ces paramètres les faire évoluer, comment les calibrer en fonction du vin, et comment faire en sorte que pour le client, pour le consommateur, son vin soit toujours au mieux.
- Speaker #1
Alors dit comme ça, ça paraît facile, mais en fait, tu vas injecter des bulles d'oxygène dans le vin.
- Speaker #0
C'est ça, en fait l'aération du vin, c'est des échanges entre l'air et le vin. Dans une bouteille, la surface d'échange est limitée, c'est le diamètre de la bouteille. Quand on utilise une carafe, ce qu'on fait, c'est qu'on augmente la surface d'échange, parce que le diamètre de la carafe est plus important que le diamètre de la bouteille. Un facteur x4 à x5, ce qui veut dire qu'une heure de carafe, on peut avoir le même résultat si on laisse la bouteille ouverte pendant 4 ou 5 heures. Nous, on fait un petit peu la même chose, c'est au moment où tu serres, on injecte des bulles d'air dont le nombre et la taille sont calibrés. Donc on est sur un petit volume de 20, puisque c'est vraiment que ce qui est servi, et on est sur une grande quantité d'air, puisqu'on injecte beaucoup, beaucoup de bulles d'air. Donc si on devait résumer, c'est un peu comme si on soufflait dans le vin.
- Speaker #1
Ok, très bien. Et alors quand tu as décidé de créer cet aérateur connecté, est-ce que tu peux nous dire quels ont été, tout au long de ton parcours, les principaux obstacles auxquels tu as dû faire face ?
- Speaker #0
Alors déjà, savoir quels produits on allait faire. Parce que comme je disais, nous on voulait améliorer le service, simplifier la dégustation du vin pour les consommateurs. Donc on s'est rapprochés des scientifiques pour identifier les paramètres les plus importants d'une dégustation de vin. Et c'est assez intéressant parce que dans une dégustation de vin, il y a cinq paramètres principaux qui vont affecter ton appréciation de la dégustation. Le premier, c'est le temps que tu prends pour une dégustation. En fait, si tu bois juste un verre très rapidement ou si tu prends le temps de te concentrer, ça va complètement changer ta perception du vin. Le deuxième, c'est l'humeur dans laquelle tu te trouves. L'humeur dans laquelle tu te trouves, c'est ce qui fait que le rosé en Provence, il est délicieux. Et ce même rosé à Paris, sous le temps pluvieux, il est imbuvable. le troisième c'est la température ce qui fait que le vin blanc on le sert plutôt frais et le vin rouge on est plutôt à température ambiante le quatrième c'est le verre que tu utilises et le cinquième c'est l'aération et l'aération c'était intéressant parce que c'est un paramètre que tout le monde a déjà expérimenté c'est ce qui fait qu'entre le premier verre de la bouteille et le dernier verre de la bouteille le vin il n'a pas le même goût ou que quand on regoutte le vin le lendemain Après l'avoir gardé au frigo par exemple, après avoir remis le bouchon, le vin a complètement évolué. Des fois pour le meilleur, des fois pour le pire. Mais c'est un facteur qui change vraiment concrètement le goût du vin et c'est quelque chose que tout le monde peut expérimenter. Donc on s'est dit, première étape, identifier ce paramètre, deuxième étape, voir comment on peut le faire varier, comment on peut accélérer l'oxygénation naturelle du vin. Donc on a regardé ce qui existait dans le milieu, et on a vu que, par exemple, à Bordeaux, Michel Roland a travaillé pendant des années sur la micro-oxygénation. On a vu que l'oxygénation, en fait, au chai, c'est quelque chose qui existe, et c'est quelque chose qui est contrôlé. On a vu que ce qui fait qu'on utilise des bouchons en liège, c'est justement la porosité et l'oxygénation naturelle apportées par le bouchon. donc en fait C'est un paramètre qui est déjà connu et maîtrisé par une partie de la filière en amont. Et ensuite, ça a été de créer un produit qui permettrait de faire varier précisément et à façon ce paramètre. Donc qu'on puisse, un, le calibrer sur un équivalent temps-heure, de se dire, quand je choisis une heure sur l'écran, il faut que ça corresponde à une heure dans la réalité. Et le deuxième, ça a été de fabriquer le dispositif, le prototype, qui permettrait de recréer ces une heure. Et ensuite, c'est toute la démarche industrielle. Donc, de ce prototype, il faut en faire un produit industriel. Ce produit industriel, il faut d'un côté le faire accepter par la filière, de l'autre côté, il faut le certifier d'un point de vue réglementaire. Et ensuite, le produire, le distribuer, le vendre. Et ensuite, on rentre dans les circuits classiques de distribution d'un produit.
- Speaker #1
Alors, ce qui est formidable avec cet outil, c'est que tu parlais de ton expérience parisienne. Et des gens qui t'entouraient et qui avaient cette impression que le vin est quelque chose de très intimidant, très compliqué, qu'il faut avoir beaucoup de connaissances et qu'il faut se former pour pouvoir l'apprécier, le choisir et le déguster. Ce qui est formidable avec Aven, c'est qu'en fait, c'est un procédé qui ne va affecter que le vin qui est versé à travers cet aérateur. si bien qu'en fait il n'y a pas de risque de se tromper dans la durée d'aération choisie puisque quand on enlève l'aérateur de la bouteille, c'est comme si elle n'avait jamais été...
- Speaker #0
Exactement. On peut servir un verre aéré 6 heures, un verre aéré 12 heures, un verre aéré 24 heures, et après revenir en arrière, resservir un verre à 10 heures, resservir un verre à 2 heures, on fait voyager le vin dans le temps.
- Speaker #1
Mais du coup, ça va faciliter ou en tout cas rendre l'appréhension du vin et de son aération un peu moins compliquée, parce que c'est toujours le risque de se tromper finalement.
- Speaker #0
Alors, je ne sais pas si ça va le rendre plus accessible. Par contre, ça replace le vin comme un bien de consommation avec lequel on va pouvoir jouer, avec lequel on va prendre du plaisir. C'est-à-dire que le vin, aujourd'hui, il est un peu placé sur un piédestal, où c'est un bien sacré, il ne faut pas le toucher. Et des fois, ça va extrêmement loin. C'est-à-dire que quand on a un vin qui a besoin d'être dégazé, et que les gens voient le sommelier qui secoue la bouteille, ils ont l'impression qu'on va tuer le vin. Expression qui ne veut pas dire grand-chose, d'ailleurs. Les gens, ils ont peur... Le vin, c'est tellement sacré qu'on touche du bout du doigt. Et même quand on porte le verre à ses lèvres, on touche le verre avec deux doigts, on prend par le pied, on a peur. Alors que non, en fait, le vin, c'est un bien de consommation. Il faut l'appréhender, il faut prendre du plaisir avec, il faut s'amuser. En fait, jamais on verrait ce genre de comportement sur du chocolat ou du fromage, alors qu'il y a la même richesse de terroir. Sauf qu'au fur et à mesure du temps, le vin a gagné des lettres de noblesse Ce qui fait qu'aujourd'hui... On a peur d'y toucher, de le désacraliser, alors qu'en fait, c'est un bien de consommation.
- Speaker #1
Et alors justement, cette démarche dans la création d'Aven, comment est-ce qu'elle a été reçue par les professionnels de la filière ?
- Speaker #0
Alors, assez mal. La filière vin, en tout cas en France, c'est quand même une filière qui revendique son terroir. On vend aux gens que le vin, c'est un bien de consommation, qu'on fabrique de la même manière depuis 2000 ans, alors que ce n'est pas le cas. En fait, quand on voit du côté production, la technologie a vraiment beaucoup évolué, ne serait-ce que ces 10-15 dernières années. On a des contrôles des process sur les cuves, sur les tracteurs, on a de l'agriculture de précision avec des drones, avec du suivi météorologique. C'est vraiment, vraiment, on a une précision dans la maîtrise des process et du produit final qui est extrêmement poussée. Et pourtant, on vend toujours aux consommateurs que... Oh c'est un bien millénaire avec un bouchon en liège et que c'est toujours de la même manière et qu'on le fait à l'ancienne. Alors que c'est pas vrai, le vin il évolue, les goûts évoluent et si on faisait goûter aujourd'hui aux consommateurs d'aujourd'hui les vins d'il y a 500 ans, ça leur plairait pas du tout. Donc non, on vend un mythe de quelque chose qui n'a pas bougé alors que dans la réalité ça évolue et ça évolue très très rapidement.
- Speaker #1
Alors qu'est-ce qui s'est passé quand tu as présenté ton aérateur aux professionnels de la filière vin ?
- Speaker #0
Déjà dans le monde du vin, il faut savoir que le vin c'est un petit peu de l'art. La notion de qu'est-ce qui fait un vin cher, qu'est-ce qui fait un vin pas cher, des fois c'est difficilement compréhensible par le consommateur. Donc on aime bien entretenir un petit peu ce côté flou et ses a priori sur le produit. Donc quand la première fois j'ai amené mon produit, Il y en a une grande partie qui a dit « Oh non, c'est encore un gadget de merde qui sert à rien » . Et ceux qui ont accepté de passer cette barrière psychologique, en fait, qui l'ont essayé, ont été vraiment choqués du fait que ça marchait. C'est-à-dire qu'à Venn, on peut discuter pendant des heures de « Je suis pour, je suis contre, le vin et la technologie, ça va ensemble, ça va pas ensemble » . Soit, c'est des partis pris. On peut dire « Moi, je suis contre la technologie dans le monde du vin » , mais c'est de ne pas se rendre compte de comment sont faits les vins aujourd'hui. Par contre, ce qu'on ne peut pas discuter, c'est le fait que ça marche. Donc, la plupart de ceux qui ont accepté de faire le test, de se l'approprier et d'essayer, ont été bluffés par le rendu, mais qui, en fait, le rendu, c'est juste de la science. Donc, j'avais assez peu peur de ça. Et aujourd'hui, on est dans une situation où une grande partie de la filière l'a accepté. Et les gens qui ont le plus de mal, c'est presque certains consommateurs qui se disent « Ah non, c'est encore un truc, je ne pense pas que les pros s'en servent » , alors qu'on a des témoignages d'onologues, on a des témoignages de viticulteurs, on a des témoignages de certains qui sont dans les plus grands de ce monde qui disent « Moi, je l'utilise et c'est top » . Et on a quand même des gens qui se disent « Ah non, mais vin et technologie, ça ne va pas ensemble » .
- Speaker #1
Et alors justement, quand tu as lancé ton aérateur Aven, à qui est-ce que, initialement, j'imagine que depuis, il y a des choses qui ont dû évoluer avec le temps, la connaissance du marché et le retour que tu as pu avoir. Mais initialement, à qui est-ce que vous vous adressiez avec cet aérateur connecté et quel était votre principal cible, client cible ?
- Speaker #0
Alors, on a toujours estimé qu'Aven, c'était un produit qui était fait pour le client final, donc pour le B2C. Et on a aussi toujours estimé que c'était un produit qui était international. parce que là vision du vin en France, c'est pas la vision du vin dans le monde. On s'imagine que la France c'est le centre du monde en termes vignes viticoles, mais c'est pas vrai du tout. Aujourd'hui le vin il évolue à une vitesse folle aux Etats-Unis, en Asie, en Amérique du Sud, enfin vraiment le vin, aujourd'hui le monde du vin ne se fait presque plus en France. Donc dès le début on s'est dit on veut être B2C et on veut être global. Par contre on savait aussi qu'on avait des moyens limités. on savait qu'on était une nouvelle technologie dans un milieu qui était quand même assez conservateur, donc on s'est dit, on va s'appuyer sur les restaurateurs. Donc on a commencé par convaincre les gens qui faisaient le monde du vin aujourd'hui auprès du B2C, c'est-à-dire les restaurateurs, les sommeliers. Et on a convaincu une centaine des plus grands noms du monde du vin et de la gastronomie à travers ce monde, en se disant que si les sommeliers utilisaient le produit au restaurant, et bien en fait le client aurait envie de l'acheter. La réalité, c'est qu'on l'a fait juste avant le Covid, donc forcément les plans sont un petit peu tombés à l'eau avec la fermeture des cafés, hôtels, restaurants.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, ça représente quoi alors ? Quand on regarde la répartition de vos clients, est-ce que c'est majoritairement, voire exclusivement des clients professionnels du monde de la restauration et de la sommellerie ? Ou est-ce que vous avez quand même des clients particuliers qui achètent l'aérateur ?
- Speaker #0
Non, non, aujourd'hui c'est 99,5% du grand public et je dirais qu'on a 70% à l'international. et principalement Europe et Asie. Et les professionnels, c'est assez rigolo parce que les professionnels, c'est des circuits d'achat compliqués. Autant l'aérateur ne représente pas un montant considérable pour eux, mais quand un jeune sommelier arrive dans un restaurant deux étoiles et qu'il dit à son chef ou à son patron, il faut qu'on utilise Aven, souvent, à leur tour, les chefs ou les propriétaires ont un côté un peu réfractaire de « Ah, qu'est-ce que mes clients vont penser de ça ? » Donc c'est une démarche qui est assez longue. Et souvent, c'est même une démarche qui est poussée par le sommelier lui-même, qui des fois l'achète pour lui en se disant, « Ok, ils sont réfractaires, moi je vais me l'acheter pour moi, je vais l'amener et je vais leur montrer. » Donc vraiment, on reprend le business en partant du consommateur et on les considère comme des consommateurs.
- Speaker #1
Alors comment se fait-il que si les consommateurs finaux du produit, donc du vin, ils voient un réel intérêt, ont envie de l'utiliser, qu'ils sont convaincus par le produit, et d'ailleurs tu viens de nous dire que ça représentait plus de 95% de la clientèle d'Aven, qu'est-ce qui explique que les professionnels de la filière vin soient encore réticents à l'adopter complètement, pour eux, pour leur utilisation et dans le cadre de démarches promotionnelles par exemple ?
- Speaker #0
La peur du jugement des gens à qui ils vont servir. En fait, ils ont vraiment peur que s'ils utilisent l'aérateur devant le client, le client le prenne mal. Et d'ailleurs, je pense qu'il y aurait des clients d'un certain âge ou des clients qui sont assez réfractaires qu'ils le prendraient mal. On a des restaurants 3 étoiles qui utilisent l'aérateur, mais qui l'utilisent en arrière boutique pour servir dans une carafe ou dans un verre pour présenter le carafe ou le verre au client final et qu'il ne voit pas l'aérateur. Parce qu'ils se disent que si le client final voit l'aérateur, il va mal le percevoir.
- Speaker #1
Et à ton avis, ça vient d'où en fait cette difficulté ? Parce que finalement, on dit, enfin, on ne croit ce qu'on voit ou il faut voir pour être convaincu, enfin en tout cas tester. Alors que tu dis toi-même que les gens qui à l'origine étaient réfractaires à ce produit, qui ont passé cette barrière psychologique et qui l'ont testé, ont pu voir que ça fonctionnait vraiment. Pourquoi est-ce que ça ne peut pas, il ne pourrait pas y avoir le même effet vis-à-vis des consommateurs ?
- Speaker #0
Le poids de la tradition. Si dans les grands domaines, ils révélaient vraiment comment les vins sont faits, qu'aujourd'hui il y a des tables de tri laser, qu'il y a machin, en fait ça casserait complètement l'image du vin. Quand un grand domaine fait sa communication ou son marketing, qu'est-ce qu'il montre ? Il montre des gens qui vendangent à la main, avec des paniers qu'on transporte à la main, avec du tri qui est fait à la main, on vend des gens qui ont les mains dans le sol, en fait on vend quelque chose d'extrêmement artisanal. Et à aucun moment on vend des écrans qui contrôlent la température, l'hygrométrie, qui vont passer d'une cuve à l'autre. A aucun moment on vend des tracteurs qui vont mettre des produits de façon précise. On ne vend pas ça. Ce qu'on vend, c'est quelque chose comme on faisait à l'ancienne. Et du coup, Aven, ça casse un petit peu cette chose-là. Ça casse ce côté à l'ancienne.
- Speaker #1
Alors, c'est vrai, enfin c'est particulièrement vrai sur le marché français, mais quand on regarde aujourd'hui les grands domaines qui ont des réussites fulgurantes, d'ailleurs y compris sur le marché européen, Australiens, Chiliens, Argentins, qui eux n'ont pas du tout cette approche aussi traditionnaliste du vin, comment se fait-il ? Est-ce que sur la clientèle internationale que tu as sur la veine, est-ce que tu perçois une différence ?
- Speaker #0
Flagrante, flagrante. Les gens qui ne sont pas de l'ancien monde du vin, donc si on enlève France, Italie, Espagne, Allemagne, où on a une culture millénaire sur le vin, si on prend les Etats-Unis, si on prend l'Asie, ils ont une culture, ou même tu disais l'Australie, ils ont une impétence pour le vin qui n'est pas du tout la même. Ils ne voient pas le vin de la même manière. Je vais prendre quelques exemples. Par exemple, aux Etats-Unis, ils ont une technique pour aérer le vin. et j'invite les gens qui nous écouteront à aller voir, c'est de le passer dans le mixeur, dans le shaker. Pour aérer le vin, ils versent le vin dans le mixeur, et ils mixent, et il y a des vidéos qui font des millions de vues, et ensuite ils servent le vin avec de la mousse du mixeur et compagnie dans le verre, et quand ils goûtent, ils disent « Waouh, le vin il est bien meilleur, on a cassé le tannin, on a aéré » . Et ça marche, oui, passer le vin au mixeur, c'est un moyen pour l'aérer. Mais en France c'est impensable, on a l'impression que si on passe le vent au mixeur, on va le tuer. Ça veut dire quoi tuer un vin ? Il n'est pas vivant en fait, ça ne change rien. Quand un sommelier dans un restaurant aère le vin en secouant la bouteille, ce n'est pas beau et souvent il ne le fait pas devant le client parce qu'il a peur de comment le client va réagir. Donc non, on a une vision du vin qui est très franco-française et qui ne parle qu'à nous. Si je prends par exemple l'Asie où ça fait partie de nos plus gros marchés, la Corée. La Corée, c'est un marché qui ne buvait quasiment pas de vin il y a 10 ans ou 15 ans. et qui aujourd'hui est en train de découvrir le vin à vitesse grand V. D'une année sur l'autre, le nombre de passionnés de vin a explosé. Et ils y vont avec une culture très coréenne, c'est-à-dire qu'il faut qu'ils découvrent tout, donc qu'ils goûtent tout, qu'ils apprennent tout. Ça devient des extrêmes spécialistes du domaine du vin, parce qu'ils sont passionnés, et des fois mieux que les Français. même souvent mieux que les français. Et du coup, ils vont tout lire, ils vont tout goûter, ils vont comprendre les choses, et eux, le côté tradition, ils s'en foutent. Eux, ce qu'ils veulent, c'est ce qu'ils appellent le pali-pali. C'est, ils veulent tout, tout de suite. Donc s'il faut passer par la technologie pour avoir le vin qui est parfaitement prêt, c'est pas un problème, ils sont prêts à payer pour ça.
- Speaker #1
Mais alors du coup, est-ce que cette technologie de la micro-aération du vin permet aussi de contrebalancer l'effet du temps ? sur 24 heures, on voit bien quel est l'effet que l'oxygénation peut avoir sur un vin, mais qu'en est-il d'un vin jeune et d'un vin vieux ? Parce que tu disais, c'est pas vrai, le vin n'est pas vivant, pourtant on dit souvent que c'est un produit vivant, qui évolue avec le temps, on a les arômes primaires, les arômes secondaires, puis les arômes tertiaires, qui arrivent avec les années. Est-ce qu'un système comme Aven pourrait permettre, entre guillemets, d'accélérer le vieillissement du vin, et donc de le consommer dans sa jeunesse, avec autant de plaisir que s'il avait passé 10 ans en bouteille ?
- Speaker #0
Alors attention, le vin, c'est un bien qui... évolue. Quand je disais il n'est pas vivant, c'est dans le côté on ne va pas tuer un vin parce qu'on le secoue, parce qu'on le challenge un petit peu. Après, c'est évident que si tu passes le vin, si tu le laisses en plein soleil ou si tu le mets au congélateur, tu vas flinguer la bouteille, elle ne sera plus bonne à boire. Mais comme n'importe quel produit agroalimentaire. Donc oui, il faut respecter le vin et le maintenir dans certaines conditions de conservation. Mais, comme tu le disais très justement, le vin, à côté de ça, c'est un bien qui va évoluer au cours du temps. Et notamment sur les vins français parce qu'on utilise des bouchons en liège avec de la perméabilité qui fait que le vin va évoluer au fur et à mesure des années. L'aération du vin, c'est ce qu'on appelle de l'équilibre oxydoréducteur. C'est-à-dire que quand on met le vin en bouteille, le vin n'est pas équilibré. Et au fur et à mesure du temps, il va y avoir un petit peu d'oxygène qui va passer au travers du bouchon et qui va rééquilibrer le vin. C'est ce qui fait que le vin va évoluer au fur et à mesure des années. A VENNE, quand tu aères le vin, ça veut dire qu'au moment où tu as ouvert la bouteille, le vin n'était pas au moment de sa consommation. Et on va contrebalancer ça en l'aérant. Dans la réalité, si tu ouvres la bouteille au bon moment de la consommation, tu n'as pas besoin de l'aérer. Vraiment, si les vins étaient toujours tous bus au moment de leur consommation, il n'y aurait pas besoin d'aération. La réalité aujourd'hui, c'est que... Il n'y a plus de place pour conserver les bouteilles, on ne sait pas quand est-ce qu'il faut les boire, on achète des bouteilles et on les boit très rapidement. Il y a très peu de personnes aujourd'hui qui achètent des bouteilles et qui les gardent pendant 20 ans. L'usage, ce n'est pas ça. L'usage, c'est j'achète une bouteille, je vais la garder un an maximum, deux ans, et je vais la partager avec des copains, et je ne vais même pas me poser la question de est-ce que le vin est bon à boire, puisque je ne sais même pas quand est-ce qu'il sera bon à boire. Donc à part avoir 15 bouteilles du même vin et de le regoutter chaque année pour voir est-ce qu'il est bon à boire, c'est quelque chose qu'on n'arrive pas à anticiper et c'est une information que personne n'a. Donc l'aération, c'est la capacité à rendre buvable et au meilleur de son potentiel le vin tout de suite.
- Speaker #1
Et alors, c'est marrant parce que pourtant, traditionnellement, quand on regarde ces fausses croyances qui existent parmi les consommateurs de vin, les gens ont tendance à penser qu'il faut mettre en carafe un vin vieux. Souvent, plus il est vieux, plus on pense que parce qu'il a passé du temps dans une bouteille... il faut lui donner un peu d'oxygène et le remettre en carafe. Alors qu'en réalité, c'est tout à fait l'inverse.
- Speaker #0
C'est l'exact opposé.
- Speaker #1
Mais est-ce qu'il y a eu du coup un travail de... Est-ce que vous avez dû lutter contre ces fausses croyances quand vous avez lancé le produit Aven ?
- Speaker #0
Alors, tout le temps. Et ce qui est marrant, c'est que même justement ces fameux sachants du vin, les gens qui pensent qu'ils ont de la connaissance, il y en a beaucoup qui viennent me voir et qui me disent mais en fait ton produit c'est génial mais pour les vieux vins alors que j'ai envie de leur dire non pas du tout Au contraire, le vin, quand il a passé son apogée, quand il a passé son équilibre, c'est foutu. L'oxygénation, en fait, on peut oxyder un vin. On peut oxyder un vin avec l'air, mais à l'inverse, le réduire, on ne sait pas le faire de façon naturelle. Donc une fois qu'on a passé son potentiel, c'est foutu. Il va aller sur la descente et il va aller jusqu'à être flingué. Donc ouvrir un vin avant sa date d'apogée et le rendre à son apogée, c'est possible. Une fois que c'est passé, c'est mort. Donc vraiment, il ne faut surtout pas aérer un vieux vin, et comme tu le disais très bien, ça fait partie de ses croyances, ça fait partie de ses mythes qui sont entretenus, de la même manière que les gens ont du mal à comprendre la différence entre aérer et décanter. Les carafes, on appelle ça des décanteurs, enfin, les gens, ils mettent souvent en carafe parce que c'est beau, parce que c'est noble et parce que ça fait partie du geste. On ne comprend pas les verres non plus, on ne comprend pas pourquoi il y a certains verres qui ont un grand buvant, certains qui ont un petit buvant, on ne comprend pas le pied, à quoi ça sert, comment ça marche. Et en fait, c'est tout un monde d'a priori et d'art de la table. Et dans l'art de la table, il y a art, plus que de vraies raisons derrière le pourquoi.
- Speaker #1
Alors du coup une question purement technique et qui moi m'intéresse à titre personnel, est-ce que l'aération du coup d'un vin jeune peut lui permettre grâce à Aven de développer Sur l'instant, grâce à cette micro-oxygénation, ces fameux arômes tertiaires qui sont censés arriver avec le temps ?
- Speaker #0
Alors, ça ne va pas faire vieillir le vin. Il faut savoir que dans l'aération, il y a plusieurs effets qui rentrent en ligne de mire. Il y a l'évaporation de l'alcool, il y a le fait de se débarrasser des gaz de tête de la bouteille, il y a le fait de se débarrasser des gaz dissous dans le vin, et il y a tout ce qui est le travail sur les tannins, tout ce qui est le travail sur les... En fait, Le vin est constitué de beaucoup de molécules qui vont être tampons à l'oxygène, c'est-à-dire que l'oxygène va se... se fixer dessus en priorité. Par exemple, le sucre est un excellent tampon à l'oxygène. C'est ce qui fait que les vins très sucrés type Sauternes, tu peux garder la bouteille ouverte pendant un jour ou deux jours après l'avoir débouché, ça ne craint rien. Les tannins, c'est des tampons à l'oxygène. En fait, il y a beaucoup de molécules dans le vin qui sont des tampons à l'oxygène et l'oxygène va se mettre sur ces tampons-là et va les consommer pour les transformer en autres molécules. Quand cette oxygénation se fait au travers du temps, c'est un process qui est long et qui fait en sorte que ces molécules secondaires vont à nouveau se combiner ou se diviser pour donner des molécules tertiaires et ainsi de suite. Donc on a des processus beaucoup plus lents qui rentrent en ligne de mire. Donc l'aération ne fait pas vieillir le vin. L'aération rend l'apogée maintenant. Je sais pas si tu vois la différence. On va pas développer des arômes de vieux vin, de cuir, de chocolat, de dessous de bois. Ça, l'aération elle va pas faire ça. L'aération ce qu'elle va faire c'est que quand tu vas le prendre en bouche, le vin va être équilibré. C'est un peu comme... L'assaisonnement, si tu veux. C'est comme si t'avais, je sais pas quoi, un plat qui était pas assaisonné, et bah en fait l'aération ça va te donner le bon assaisonnement. Mais c'est pas pour autant que ça va changer le goût du vin. Alors que le temps, lui, va pouvoir le faire.
- Speaker #1
Finalement, au puriste, on pourrait dire que Aven ne vient pas révolutionner la façon dont on peut concevoir le vin et son vieillissement, qu'il y a toujours de la place pour... les vins qui sont destinés à vieillir et qu'il y aura toujours une sorte de magie quand on ouvrira des vins de 10, 20, 30 ans, mais que Aven répond quand même à un besoin, une demande du marché d'aujourd'hui, de ces gens qui n'ont, comme tu le disais, plus la place de stocker du vin, qui n'ont plus envie d'attendre 5, 10 ou 15 ans avant de consommer des bouteilles, qu'ils achètent d'ailleurs plus par carton de 12 mais à l'unité, et que finalement c'est une réponse à des mutations actuelles. du marché du vin.
- Speaker #0
L'aérateur, c'est un outil. Donc, nous, on ne fait pas le vin. Ce que permet l'aérateur, c'est de faire évoluer le vin. C'est de jouer avec. C'est comme une carafe où on pourrait revenir en arrière. Ce qui veut dire que si tu as besoin d'une carafe qui soit précise et reproductible, l'aérateur, c'est le cas. Si tu as besoin d'une carafe qui soit calibrée, l'aérateur, c'est le cas. Parce que si tu mets 3 heures sur l'écran de l'aérateur, à chaque fois, tu vas avoir le même niveau d'aération. Et si tu n'y connais rien, en fait, tu as l'app qui te guide et qui te te permet de tirer le meilleur de ton vin. Donc, il faut vraiment voir ça comme un outil et rien de plus. Nous, on ne fait pas le vin et nous, on ne fait pas l'expérience que tu vas vivre autour. Nous, vraiment, c'est un outil de service et rien de plus.
- Speaker #1
Alors, tu as fait partie des membres fondateurs de la WineTech et d'ailleurs de l'un de ses premiers membres. Est-ce que tu peux nous expliquer quelle était la démarche derrière la création de ce mouvement, la WineTech ? Et quelle est l'ambition que vous aviez pour ces startups du vin ?
- Speaker #0
Alors, la WineTech, c'est un regroupement d'entreprises qui travaillent dans le monde du vin. Parce qu'il faut savoir que le vin, c'est une niche. Et l'innovation dans le monde du vin, c'est un petit peu une niche dans la niche. On est des entreprises qui travaillent sur tout le spectre du monde du vin, depuis sa production jusqu'à sa consommation, avec des problématiques qui peuvent sembler différentes entre ceux qui font du logiciel, ceux qui font des plateformes de vente, ceux qui font des aérateurs de vin. Et pourtant, on est souvent confrontés... à des problématiques communes. Des problématiques de communication, des problématiques de financement, des problématiques de réglementation. Et la WineTech, l'idée de départ, c'était de dire tiens, on travaille tous dans le monde de l'innovation, dans le monde du vin, rassemblons-nous et essayons de mutualiser nos efforts pour faire bouger les choses. Pour faire bouger les choses sur ces différents sujets que peuvent être la communication, la réglementation, le financement, pour présenter des offres à des interprofessions, pour expliquer que le monde du vin bouge et évolue.
- Speaker #1
Et quel a été l'apport bénéfique de la WineTech pour ton entreprise Aven ?
- Speaker #0
Alors la WineTech, ça nous a donné une plateforme de communication. Ça a permis qu'on mutualise les effets de masse et au lieu qu'Aven communique en tant que telle, on a pu présenter un ensemble de projets et de solutions aussi bien à la filière, sur les salons pro, qu'au grand public sur des médias type BFM pendant la vente des vins ou ce genre de choses. Donc c'est une plateforme d'exposition assez forte. Maintenant, je pense que la prochaine étape pour la WineTech, c'est d'être capable de se structurer aussi pour faire évoluer la filière. Parce que la filière est en pleine mutation. Souvent, la filière ne se rend pas compte que le monde de demain est déjà là et se bat pour des problématiques d'hier. Et je pense que c'est aussi à la WineTech de l'aider en lui disant écoute, tu fais face à des problématiques, et bien peut-être que nous, on a les solutions. Et du coup, viens voir ce que font certaines sociétés et viens voir comment on pourrait vous aider à faire face à ces problématiques.
- Speaker #1
Alors justement tu parlais de mutation... Du marché, d'évolution, effectivement la Wintec a très certainement un rôle d'éducation et il va falloir faire preuve de pédagogie je pense aussi avec les professionnels de la filière sur les sujets actuels. Quel est le regard que tu poses aujourd'hui sur l'industrie vin et spiritueux et ses consommateurs puisque avec Aven tu as eu directement les retours des consommateurs finaux, ceux que les producteurs perdent souvent un peu de vue ? parce que finalement dans le circuit de distribution habituel, les vins passent majoritairement par des circuits B2B et donc on oublie un peu qui est au bout de la chaîne. Toi, au contraire, tu étais au contact direct de ces consommateurs-là. Qu'est-ce que tu peux nous en dire ?
- Speaker #0
Alors, je pense qu'il y a une mutation profonde des consommateurs et qu'on a une fin de traîne des consommateurs qui aujourd'hui ont 50 ans, 60 ans, 70 ans, qui connaissaient le vin, qui avaient une éducation sur le vin et qui choisissaient eux-mêmes qu'est-ce qu'ils allaient acheter et qui... et qui s'intéressaient profondément au vin. Ensuite, on a eu une transmission parentale qui n'a pas été effectuée. Et aujourd'hui, on se retrouve avec une génération qui a 20-30 ans où on dit que les jeunes ne s'intéressent pas au vin. Non, ce n'est pas vrai, c'est qu'ils n'y connaissent rien au vin et qu'à chaque fois qu'ils essaient de s'y intéresser, on les juge. Et donc, forcément, ils vont se tourner vers des alcools qui sont plus faciles d'accès. Moi, je connais beaucoup de trentenaires ou 35 ans qui pourraient avoir du budget à passer dans le vin, mais juste, pour eux, ça leur semble tellement difficile d'accès et pas sympathique qu'ils ne le font pas. Aujourd'hui, je pense que la filière, elle doit se remettre en question. Effectivement, comme tu le disais, c'est une filière qui est extrêmement segmentée, extrêmement intermédiarisée. Donc, entre le producteur et le consommateur, il y a beaucoup de personnes qui interviennent dans la chaîne. Les producteurs, aujourd'hui, font face à des problématiques de climat, de changement de météo, de réglementation, de machin, de concurrence qui arrive de l'étranger. Donc, ils sont les mains dans la terre. Et pourtant, il faut se rendre compte que les gens qui achèteront du vin demain, C'est pas ceux qui achetaient du vin hier. Ils achètent pas les mêmes produits, ils n'ont pas la même lecture du produit, ils n'achètent pas sur les mêmes réseaux de distribution, ils ne se renseignent pas au même endroit. Donc je pense que tout ce qui est médaille, je pense que tout ce qui est supermarché, je pense que... Enfin, même dans la conservation, aujourd'hui, des gens qui ont une place, la plupart des gens sont citadins, vivent dans des appartements, ils n'ont pas forcément des caves enterrées, beaucoup ont des petites caves électroniques. mais c'est fait pour conserver 20-30 bouteilles. Donc ils ne peuvent pas acheter des stocks de vin considérables, ils se fournissent chez le caviste, ils achètent sur Internet. Donc je pense que les vignerons doivent réaliser que l'ancien monde est en train de disparaître. Et je pense qu'une partie de la décroissance de la consommation est liée à cet ancien monde qui est en train de disparaître. Je pense qu'on peut redynamiser le monde du vin, et je connais certains producteurs qui y arrivent très bien, juste il faut se poser la question de quel est mon produit. À qui je vends ? Sur quel canal je vends ? Qui sont mes consommateurs ? Quelles sont leurs attentes ? En fait, c'est presque du positionnement marketing. On en revient au B.A.B. du marketing, qui n'existait pas dans le monde du vin pendant des années. Et aujourd'hui, je pense que c'est une nécessité pour tirer son épingle du jeu.
- Speaker #1
Alors, c'est justement un sujet sur lequel nous, on travaille beaucoup par la force des choses et sur lequel on échange beaucoup avec les professionnels. Et en fait, souvent, on nous répond qu'à la différence des autres produits... qu'on retrouve sur des autres produits de consommation courante. Le vin est un produit agricole que la vigne produit chaque année et qu'on ne peut pas, quelque part, stopper le cycle de vie de la vigne et qu'une fois que le raisin est là, il faut bien en faire quelque chose. Mais moi, je ne pense pas que ça puisse être un obstacle à une réflexion globale qu'on peut avoir sur pourquoi je fais ce vin-là, pourquoi comme ça et pas autrement, et à qui est-ce que je veux le vendre.
- Speaker #0
Tout à fait. En fait, je pense que les problématiques de production, doivent être absolument déliés des problématiques de vente et de distribution. Je pense que c'est deux choses qui n'ont rien à voir. Je pense qu'aujourd'hui, il y a des opportunités qui sont fabuleuses d'expliquer qui on est, d'expliquer notre produit. Il y a des nouveaux outils de communication qui sont accessibles. Je pense qu'aujourd'hui, il y a même des nouveaux outils pour la distribution qui voient le jour. Si on est un petit producteur à l'autre bout du monde, plutôt que de devoir faire de la vente de proximité, On est capable aujourd'hui de trouver sur Internet les clients qui vont être archi fans de ce qu'on est et de ce qu'on fait et de distribuer de la vente unitaire à ces gens-là et du coup d'avoir une fan base qui est extrêmement importante. Aujourd'hui, la vente en direct, je pense que c'est une partie de l'avenir du vin. Vraiment, je pense qu'il faut repenser toute la chaîne. Il faut se demander qui je suis, qu'est-ce que je fais, quel volume, à qui, comment. Vraiment, il faut avoir une réflexion marketing sur le vin. Et marketing dans le sens marché. pas marketing dans le sens publicité parce que pareil le mot marketing fait peur souvent aux vignerons, ils ont l'impression que faire du marketing c'est faire de la pub pas du tout, le marketing c'est savoir quel produit pour Qui ? Comment ?
- Speaker #1
Absolument. Et alors, du coup, selon toi, quelles sont les principales évolutions aujourd'hui sur le marché du vin qu'il faut surveiller, en tout cas, celles qui te semblent les plus prometteuses ? Et quels sont les mouvements que toi, tu as vu se dessiner ?
- Speaker #0
Déjà, il y a une incompréhension du monde du vin français. Au-delà de la France, je parle, parce que je pense que c'est le cas sur le marché français, mais je ne veux insulter personne. Je pense que les gens n'y comprennent rien au vin. Et je pense qu'à l'étranger, c'est encore plus flagrant. Alors quand on se bat sur des AOC, de précision, des châteaux, machin, des trucs, aux Etats-Unis, ils en sont pour beaucoup au stade de « je prends un verre de Chardonnay » . Donc savoir que c'est le château qui vient de terre parcelle de tel truc, de tel machin, ça leur parle pas du tout. Par contre, savoir que c'est un vin bio, pour eux, c'est hyper important. Avoir l'historique du producteur, de savoir comment il est fait, et d'avoir les informations sur le lieu, de pouvoir découvrir le vignoble, ça c'est des choses qui sont importantes. Vraiment, si je devais faire des tendances même encore plus macro, je dirais qu'aujourd'hui la tendance c'est des vins qui sont prêts à boire tout de suite, des vins qui sont frais, des vins qui sont jeunes. Donc on va aller sur plutôt des vins blancs ou plutôt sur des vins fruités. Sur le rouge on va aller du côté des Beaujolais, on va aller sur des choses qui sont légères, sur des choses qui sont festives. Les vins qui nécessitent 20 ans avant d'être buvables, ça parle à plus grand monde. Et si on veut les remettre au goût du jour, il faut expliquer aux gens pourquoi il faut attendre 20 ans pour les boire.
- Speaker #1
Et alors, pour une dernière question, si on reprend, tu as récemment quitté le navire Aven, même si tu as toujours un pied à bord. Mais voilà, aujourd'hui, avec le recul que tu as pu prendre et l'expérience que tu as acquise, à la fois sur le monde et l'industrie des vins et des spiritueux, et sur le monde de la wine tech et des startups en général. Quels seraient les conseils que tu donnerais à ces nouvelles startups qui se lancent dans l'industrie du Dev & Inspirateur ?
- Speaker #0
Alors oui, je n'ai pas tout à fait quitté Aven, je reste en charge de pas mal de sujets en interne, juste j'ai transmis l'entreprise à mes salariés, à mes actionnaires, pour me dégager du temps pour d'autres sujets. Aujourd'hui, si je devais donner un conseil, c'est déjà de penser global. Aujourd'hui, il faut arrêter de penser national. Il faut que les gens arrivent à passer les barrières. Aujourd'hui, on peut toucher du monde partout dans le monde. Je pense qu'il faut utiliser ces outils pour expliquer qui on est et qu'est-ce qu'on fait. Aujourd'hui, je pense qu'il faut être en lien direct avec son consommateur pour comprendre qu'est-ce qu'il veut vraiment. Qu'est-ce qu'il aime dans mon produit ? Qu'est-ce qu'il aime dans ma communication ? Qu'est-ce qu'il aime dans ma façon de faire, dans mes explications ? Aujourd'hui, qu'est-ce que je donnerais d'autre comme conseil, même sur la wine tech ? C'est « allez-y, arrêtez de vous battre pour du petit, allez chercher au-delà de ça » . Je pense que c'est un marché qui est de plus en plus concurrentiel, avec une décroissance de la consommation. Donc si à un moment donné, on ne se prend pas en main et on ne se dit pas « je vais pousser les barrières de mon département, ma région, mon pays » , je pense qu'on va se battre pour un gâteau qui est de plus en plus petit.
- Speaker #1
Donc l'innovation dans le vin, finalement, ce n'est pas une menace, mais un support et quelque chose qu'il faut voir comme... quelque chose de bénéfique pour ramener sa nouvelle génération à la consommation de vin et non pas comme quelque chose qui viendrait désacraliser ce produit ô combien ancestral en France.
- Speaker #0
Je pense que toutes les crises ont, tout le temps, à travers le temps, été des opportunités pour ceux qui savaient surfer dessus. Ok, il y a des choses qui ne vont pas bien, et bien montrons ce qui va bien. Et je pense que dans le monde du vin, il y a beaucoup de choses qui vont bien. Et je pense qu'il faut être fier de ça et je pense que c'est ce qu'il faut revendiquer.
- Speaker #1
Parfait. Je te remercie. Merci pour ton temps.
- Speaker #0
Au plaisir.
- Speaker #1
À très vite.
- Speaker #0
À très vite.
- Speaker #1
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