Speaker #0Tu gères le travail, la maison, la famille, les rendez-vous, il y en a tellement. Et quelque part dans tout ça, tu as fini par t'oublier sur ta propre liste. Je m'appelle Valériane, et moi d'abord, c'est le podcast que j'ai créé pour toi. Ici, pas de méthode miracle, pas de liste de choses à faire en plus. Juste un épisode par semaine, court et concret, qui part de ce que tu vis vraiment. Parce que mieux s'organiser, ce n'est pas en faire plus, c'est alléger ta charge mentale et faire de la place à ce qui compte vraiment, à commencer par toi. C'est parti pour l'épisode du jour. Il y a un mot qu'on utilise beaucoup pour se juger, un mot qu'on sort quand on n'a pas fait ce qu'on devait faire, quand on a repoussé encore une fois ce dossier, cet appel, cette démarche. Ce mot, c'est la procrastination. Et derrière ce mot, il y a souvent une conviction. Je procrastine parce que je suis paresseuse, je procrastine parce que je manque de discipline, ou alors parce que je ne suis pas assez motivée ou organisée. Eh bien aujourd'hui, j'ai envie de te proposer une autre façon de voir les choses. Parce que dans la grande majorité des cas, et la recherche en psychologie le confirme, la procrastination n'a rien à voir avec la paresse. Et comprendre ce que c'est vraiment, ça change tout à la façon dont on peut la gérer. Alors commençons par le début. La procrastination, c'est quoi exactement ce vilain mot ? La procrastination, c'est le fait de remettre à plus tard quelque chose qu'on sait qu'on devrait faire maintenant. en sachant que ça va avoir des conséquences négatives et nous générer du stress et de la culpabilité, entre autres. Et c'est là que c'est intéressant, si on sait que ça va nous causer des problèmes, pourquoi est-ce qu'on le fait quand même ? Ou en l'occurrence, pourquoi est-ce qu'on ne le fait pas, justement ? Alors, une personne paresseuse ne s'en préoccuperait pas. Elle remettrait à plus tard en haussant les épaules. Terminé. Mais si tu culpabilises, que tu y penses, que tu te dis... « Je me sens mal de remettre éternellement à plus tard » , c'est que ce n'est pas de la paresse. La paresse, c'est l'absence de motivation. « Tu n'as juste pas envie, point » . La procrastination, au contraire, c'est un conflit entre ce qu'on voudrait faire et ce qu'on arrive réellement à faire, et c'est très différent. Des chercheurs en psychologie qui travaillent sur ce sujet depuis des années ont montré quelque chose de fondamental. La procrastination, c'est avant tout une stratégie de régulation émotionnelle. En clair, on ne remet pas à plus tard parce qu'on ne veut pas faire la tâche. On remet à plus tard parce que la tâche génère une émotion désagréable qu'on veut éviter. Du coup, on préfère le soulagement immédiat de ne pas faire cette tâche plutôt que l'inconfort et les émotions désagréables provoquées rien qu'à l'idée de la commencer. Quelles sont ces émotions désagréables qui se cachent derrière la tâche qu'on remet à plus tard ? Il y en a plusieurs. Et souvent, on ne les voit pas parce qu'on ne prend pas le temps de regarder tant nous sommes occupés à culpabiliser. Déjà, la peur de ne pas bien faire. On peut remettre à plus tard parce qu'on a peur que le résultat ne soit pas à la hauteur. Pas à la hauteur de quoi ? De nos propres standards, par exemple, qui sont souvent très voire trop élevés. Et tant qu'on ne commence pas, on ne peut pas échouer. CQFD, c'est une forme de protection. Il peut aussi y avoir la peur de ce que ça va changer. Parfois, on remet à plus tard, non pas parce qu'on a peur d'échouer, mais parce qu'on a peur de réussir, justement. Ou plus précisément, de ce que la réussite va impliquer. Alors, ça peut paraître bizarre, voire bête, mais ça ne l'est pas, en fait. Je te donne des exemples. Finir un dossier va signifier qu'on va devoir le présenter. et potentiellement être jugé. Envoyer ce CV va signifier qu'on risque d'être contacté pour un entretien. Et ça, ça va peut-être engendrer un changement de vie. Commencer un projet personnel dont on a pourtant très envie va signifier qu'on s'y engage vraiment et qu'on ne peut plus prétendre que c'est juste une idée. L'inaction, parfois, c'est aussi une façon de rester en sécurité. Il y a aussi l'épuisement. Alors oui, l'épuisement quand on est à plat, et on l'a vu dans un épisode précédent, le cerveau cherche naturellement à économiser son énergie. Il va vers ce qui est facile, familier, peu coûteux, et il évite ce qui demande de l'effort, de la concentration, de la décision. Donc, parfois, ce que l'on appelle procrastination, c'est simplement un cerveau épuisé qui fait de la survie. Et puis, il y a l'absence de sens. La tâche que tu remets à plus tard, est-ce qu'elle a du sens pour toi ? Est-ce qu'elle correspond à quelque chose que tu veux vraiment ? Ou est-ce qu'elle est là parce que quelqu'un d'autre a décidé qu'elle devait être là ? On peut procrastiner sur ce qui nous tient vraiment à cœur, mais on procrastine aussi beaucoup sur ce qui ne résonne pas, ce qui est imposé, subi, déconnecté de ce qu'on est vraiment. Voilà ce qui se passe concrètement dans la tête d'une personne qui procrastine. La tâche est là, elle génère une émotion désagréable, on l'évite, on ressent un soulagement immédiat. Mais quelques heures plus tard ou quelques jours, la culpabilité arrive. J'aurais dû le faire, pourquoi je ne l'ai pas fait, je suis nulle. Et cette culpabilité génère encore plus d'émotions négatives autour de la tâche. Donc la prochaine fois qu'on y pense, elle est encore plus chargée émotionnellement et donc encore plus difficile à commencer. Et là, le cercle se resserre. C'est pour ça que « fais le juste, arrête de procrastiner » , ça ne fonctionne pas. On sait déjà ce qu'on doit faire. Et ce conseil ignore complètement la mécanique émotionnelle qui est en jeu. Il demande à quelqu'un de sauter par-dessus ses émotions comme si elles n'existaient pas ou que c'était un obstacle sans importance. Mais ce n'est pas comme ça que le cerveau humain fonctionne. Alors, si le problème est émotionnel, la solution doit l'être aussi. Au moins en partie. Déjà, il faut commencer par identifier l'émotion et pas la tâche. La prochaine fois que tu remets quelque chose à plus tard, au lieu de te dire « encore moi qui procrastine » , pose-toi plutôt cette question. Qu'est-ce que cette tâche me fait ressentir ? De la peur ? De l'ennui ? De l'anxiété ? Du doute ? Une résistance sans raison apparente immédiate ? Juste nommer l'émotion va changer quelque chose en toi. Ça transforme le « je suis paresseuse » en « j'ai peur de ne pas être à la hauteur » . Sur une peur, on peut travailler. Sur une paresse supposée, c'est plus compliqué. Deuxième chose, réduire la tâche jusqu'à ce qu'elle ne fasse plus peur. Le cerveau procrastine souvent parce que la tâche lui semble énorme, comme une immense montagne à gravir. Alors on la réduit. On ne dit plus « je dois faire ce rapport » , mais plutôt « je dois ouvrir le document et écrire le titre » . De même, on ne dit pas « je dois faire ma déclaration d'impôt » , mais juste « rassembler les documents dans un dossier sans les trier, uniquement les regrouper » . On ne dit pas non plus « je dois appeler ce médecin pour prendre rendez-vous » , mais tout simplement « je dois chercher son numéro et le noter » . L'objectif, c'est de trouver une première action tellement petite que la résistance ne pourra pas s'y accrocher. Et souvent, très souvent d'ailleurs, une fois qu'on a commencé, on continue. Parce que commencer était le seul vrai obstacle. Et je t'invite vraiment à tester cette méthode, car elle fonctionne. Et même si tu ne passes qu'une ou cinq minutes sur la tâche, tu auras la satisfaction d'avoir fait quelque chose et tu verras que ça te boostera pour la prochaine fois. Troisième chose, travailler avec son énergie et pas contre elle. On en a parlé la semaine dernière, mais ça s'applique directement ici. Ne planifie pas une tâche qui te demande de l'effort à un moment où tu sais que tu seras à plat. Si tu es du matin, planifie les tâches difficiles le matin. Si tu démarres lentement, ne te force pas à attaquer le plus dur à 8 heures. Si tu es un creux à 15 heures, c'est le moment des tâches légères, pas du dossier complexe. En fait, se battre contre ton propre rythme, c'est une façon de te mettre en échec avant même d'avoir commencé. La quatrième chose, arrêtez de te juger. Je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire. Mais la culpabilité autour de la procrastination ne fait qu'aggraver la procrastination en fait. Plus tu te juges, plus la tâche devient chargée émotionnellement. Plus elle est chargée, plus tu l'évites. Plus tu l'évites, plus tu te juges. Pour sortir de ce cercle infernal, il faut commencer souvent par un peu de compassion envers toi-même. Alors pas en te disant « c'est pas grave, je le ferai plus tard » , sinon tu restes dans l'inaction de la procrastination et ça ne résout rien. Mais plutôt en te disant ceci « je comprends pourquoi c'est difficile pour moi et je vais essayer autrement » . Avant de terminer, je t'invite à penser à une tâche que tu repousses en ce moment, une seule, et demande-toi Qu'est-ce qu'elle me fait ressentir ? Pas pourquoi tu devrais la faire, ni depuis combien de temps tu la reportes. Non. juste, qu'est-ce qu'elle te fait ressentir ? La réponse que tu vas trouver en dit probablement plus sur toi que tu ne le crois et elle est le point de départ pour avancer vraiment et sortir de la procrastination un pas après l'autre. Et si tu connais quelqu'un qui se juge trop sévèrement sur sa façon de travailler, partage-lui cet épisode, ça lui fera sûrement du bien. La semaine prochaine, on va parler de quelque chose que beaucoup de personnes vivent sans oser le nommer vraiment. Ce sentiment d'être devenu presque invisible, au travail, en famille, parfois même pour soi-même. Alors pas d'un coup, mais doucement et sans vraiment s'en apercevoir, et surtout ce qu'on peut faire pour reprendre sa place. Merci d'avoir écouté cet épisode de Moi d'abord. Si ce qu'on s'est dit aujourd'hui t'a parlé, laisse une note ou un commentaire et partage l'épisode. Ça permet de faire découvrir le podcast à d'autres personnes qui pourraient en avoir besoin. Et abonne-toi pour ne pas manquer les prochains épisodes. On se retrouve la semaine prochaine. Et d'ici là, n'oublie pas de penser à toi.