- Speaker #0
Allo ? Oui je suis là, accroche toi,je ne raccroche pas. Bienvenue dans 8 minutes, le podcast qui pense que la santé mentale n'est ni tabou, ni t'abuses. Et qu'on peut tout à fait faire des phrases avec les maux du quotidien. Épisode 5 J'appelle la sécurité. Salut à toi qui t'as prêt à écouter cet épisode. Faut juste que je te prévienne, le sujet d'aujourd'hui c'est la crise d'angoisse et que les trois premières minutes, c'est un peu une plongée dans la crise d'angoisse. Donc si c'est un peu compliqué pour toi en ce moment, je te conseille soit de passer, d'aller un peu plus loin dans l'épisode, soit d'en écouter un autre et tu reviendras quand ce sera le bon moment pour toi. Merci à toi et prends soin de toi. C'est bon, tu connais, tu connais ça par cœur, c'est rien, ça va passer, c'est comme une vague, ça monte et ça descend. T'es habituée, c'est pas ta première, tu sais que tu cours aucun danger, tout va bien, respire. Je me sens mal, je le sens pas, putain je sens plus rien, ça va pas, j'ai mon cœur qui s'emballe là, il va vite. Là, je crois que ça veut dire quelque chose. Là, il y a un danger, c'est sûr. C'est pas normal de ne pas respirer, d'avoir le cœur comme ça, qui s'emballe. Je vais tenter le yoga. Chien, tête en bas. Oh non, là, c'est chien et tête qui tournent. Ça va pas du tout. Je marche, en fait. Non, non, en fait, j'ai des vertiges. Ça va pas du tout. Je peux pas marcher. Je vais m'asseoir. C'est mieux. Non, c'est pas mieux. C'est un comprime le ventre. Putain, je vais crever. C'est sûr, je vais crever. C'est évident, là. Je vais crever. Je vais appeler à l'aide. Putain, mais je vais quand même pas appeler le SAMU, là, si. Et s'ils n'écrochent pas, c'est pire, ça. S'ils s'assonnent dans le vide, ou s'ils viennent pas. Quelle heure il est ? 23h30 ? 22h30 ? Putain. J'ai pu. J'ai pu si j'ai changé l'heure sur le four. Je sais pas si je vais mourir avec une heure d'avance ou une heure de retard. Respire, putain de merde, au secours. j'étouffe, j'étouffe J'ai peur, je vais mourir. Je ne veux pas mourir. J'ai peur.
- Speaker #1
Ah ouais, c'est relou.
- Speaker #0
J'ai 41 ans, et ça fait 245 jours que je me sens en sécurité. Ça fait 245 jours que j'ai quitté la relation la plus longue de ma vie, l'angoisse. J'ai pas toujours été angoissée. La première rencontre avec l'angoisse, je l'ai faite à 15 ans, et ça a été un coup de foudre. J'ai été foudroyée par une crise d'angoisse. Comme ça, je sortais du tram avec mon sac à dos de nana de 15 ans, au centre où choquaient des livres chiants que je devais lire mais que je les ai pas. Ma agenda a rempli de tout, sauf de mes devoirs et de tous mes soucis et de mon conviction d'adolescente parce que... Merde le système en fait. Et là en marchant, j'ai su. J'ai su que j'allais crever. C'était fou. C'était flou. Je me suis sentie d'un coup en danger mortel. Je me suis mise à trembler, à pleurer et à plus respirer. Et tout ça en même temps, c'était un sacré bordel. J'étais tétanisée et en même temps je devais fuir. M'enfuir, mais je savais pas pourquoi. Et je savais pas où, et à part l'intime conviction que ma vie allait s'arrêter là, sur ce chemin pas vraiment joli en plus, et puis pas très propre. C'est fou tous ces gens qui jettent leurs déchets par terre quand même. À part la conviction de mourir sur ce chemin pas ouf, je savais pas quoi faire, et surtout j'étais terrifiée. Alors j'ai appelé mon père, chez qui je vivais à l'époque. Quand il a décroché, j'ai dit « je vais mourir » . Et il a gueulé parce que j'allais être hors tard en cours. Je savais pas que j'avais fait une des rencontres les plus importantes de ma vie. celle qui allait m'accompagner absolument partout et tout le temps, qui serait toujours là pour moi, tapis dans l'ombre de mes ombres, l'ombre de ma main, l'ombre de mon chien, comme dirait l'autre, celle qui ne m'abandonnerait jamais, la crise d'angoisse. Avant de continuer, je fais une pause tuto, parce que le monde se divise en deux catégories.
- Speaker #2
Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses.
- Speaker #0
Il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Ceux qui connaissent les crises d'angoisse et ceux qui ne les connaissent pas. Et crois-moi, quand tu es dans l'équipe des pas concernés, tu ne peux pas comprendre. Tu peux mettre toute ta volonté et tout ton amour et toute ton écoute et toute ta bienveillance et toute ton envie de vouloir savoir. C'est impossible. C'est comme demander à une marmotte de voler comme un oiseau. Ce tuto est pour toi, qui vit une vie sans crise d'angoisse. Alors, je ne suis pas en train de te dire que tu n'es jamais angoissé. Tu as forcément, de temps en temps, des symptômes. Et j'en suis désolée, c'est vraiment pas agréable. Mais la crise, le sommet de l'angoisse, le grand final, le feu d'artifice, ça c'est particulier. Imagine, tu es là, tu te balades sur des chemins mignons. pas mignon, ici ou ailleurs. Et là, devant toi, un lion. Un gros lion qui te fixe et qui envisage sérieusement de ne pas faire que de te fixer. T'as bien compris qu'il allait te bouffer. Alors tes mains vont devenir moites. Tu vas te mettre à trembler, à respirer fort et de manière saccadée et dysfonctionnelle. Parce que tu sais plus si tu dois inspirer ou expirer. Tout se mélange et ton cœur s'accélère. Et tu vois flou, et ton ventre se contracte. Ça te fait mal, comme si il voulait rentrer à l'intérieur de toi. Tu voudrais crier, mais t'as une boule dans la gorge qui prend toute la place, et tes mâchoires se serrent si fort que tu claques des dents sans ouvrir la bouche. Et la seule pensée qui tourne en boucle dans ta tête qui tourne, c'est que tu vas crever, mais t'as de la chance. T'es dans l'équipe des pas concernés. Alors toutes ces réactions là, qui sont normales, qui découlent de la peur, tu vas les ressentir que si tu rencontres un lion dans la rue. Et même si ce monde est fou, ça risque pas d'arriver. Donc pas de lion, pas de symptômes. Dans mon équipe, celle des concernés, le lion, il est soit dans la rue, soit dans le train, soit dans le métro, soit chez toi la nuit, la journée, le matin. Tu sais qu'il peut surgir et rugir à n'importe quel moment. Et toutes ces sensations-là, gluantes et flippantes, arrivent avec. Et tu vas l'y vivre de manière intense. Tu le sais, qu'il n'y a pas de lion dans ton lit. C'est pas stupide, t'es en pleine crise d'angoisse, mais t'es pas débile. Sauf que ton corps, lui, il est en roue libre. Il est en plein festival d'horreur. Et tu as beau te dire que non, tu vois bien, ton cœur qui a deux doigts d'exploser, là, c'est quand même pas normal, tu le sais. Et t'es déjà en train d'imaginer la lumière au bout du tunnel. Et tes proches disparus, qui te font là ou là, ils te souhaitent la bienvenue. J'ai appris toutes les techniques pour essayer de dompter mon lion. Et il était toujours là, toujours menaçant. Des fois, il me fonçait dessus, et des fois... Je voyais juste sa crinière, ce qui suffisait à mon corps pour partir en transe. J'ai lutté pendant des années. Je me suis épuisée à trouver comment faire barrage à cette bête féroce qui me bouffait la vie, qui dévorait ma liberté et ma joie de vivre. Puis un jour, j'ai tout arrêté. J'étais épuisée, j'avais plus la force de lutter. Chou blanc sur toutes les techniques que j'avais mises en place, j'étais à sec, rincée. Alors j'ai dit à mon lion qu'on en finisse. Fais-toi plaisir, moi j'arrête. « Régale-toi, c'est buffet à volonté et bonne dégustation. » « Et tu sais quoi ? » Mon lion est venu s'asseoir à côté de moi, en ronronnant comme un gros chat. « Bon alors, il a quand même fallu s'apprivoiser. » On s'est longtemps regardé dans les yeux, on s'est rapproché doucement. J'ai dû écouter ce qu'il avait à me dire, pourquoi elle était là, tout le temps, qu'est-ce qu'il voulait. Et puis, quand j'ai compris son message, j'ai compris pourquoi elle était là, j'ai accepté. Et je l'ai remercié aussi. Il a repris sa place, celle qui consiste à me protéger. Et je n'ai plus peur de lui. Si ton lion frappe à ta porte et que tu ne l'ouvres pas, il ne va pas partir. Il va frapper plus fort et plus fort, jusqu'à ce que tu affrontes ta peur et que tu déverrouilles ta serrure. Sinon, il va continuer à frapper et il va la défoncer, ta porte. Je sais, il en faut du courage pour regarder un lion dans les yeux. Mais quand tu es prêt, ouvre-lui et écoute-le. Il ne peut rien t'arriver si tu as un lion dans ton équipe. Merci pour ton écoute. Et prends soin de toi. Vraiment.