- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled.
- Speaker #1
Bleu, Blanc, Bled.
- Speaker #0
Sdrok.
- Speaker #1
Abiyab.
- Speaker #0
Bled.
- Speaker #2
Mavi, Beyaz, Bled.
- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled. Ma solo, ya ma lam. Que ça sonne, ijabi. Positive, d'icareme.
- Speaker #2
Bleu, Blanc, Bled. Des histoires en positif.
- Speaker #3
Cette semaine, Bleu, Blanc, Bled balade son micro sur un tournage avec Jeff Tavert à Soissy-sous-Momorancy.
- Speaker #4
Quand on tourne, on tourne tout dans le même axe. Tous les plans qu'il y a dans le même axe. Parce que dès qu'on change d'axe, il faut changer l'install, changer la lumière de place pour changer l'éclairage. Donc du coup, c'est pour ça qu'on fait toujours des plans. On tourne tout dans le même axe. Et après, quand on change d'axe, on tourne tous les autres plans.
- Speaker #5
Ah pardon, je crois qu'il est...
- Speaker #4
Non mais non, ça ne tourne pas, il faut le clap.
- Speaker #5
Mais ça a coupé ou ça n'a pas coupé ? Oui,
- Speaker #4
ça va couper, ça va couper.
- Speaker #5
Oui ?
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #5
Mais c'est de la démolition.
- Speaker #6
Tu peux nous expliquer, on est sur un projet que tu supervises un petit peu, qu'est-ce qui se passe, ça s'appelle le Bistouri, c'est un court-métrage ?
- Speaker #4
Oui, alors c'est un court-métrage d'une de nos élèves, Stéphie. Pour vous expliquer le contexte, on a créé une association qui s'appelle Cinecubateur et le processus était de faire un genre de cinéfactory. Donc dans cinéfactory, c'est quoi ? C'est comme une sorte de formation, on a sélectionné 16 candidats. 4 techniciens et 12 réalisateurs. Donc du coup, de janvier, je crois, à avril, on a fait les écritures avec des mentors. Et du coup, ça a donné lieu à 12 scénarios. À la suite de ça, on a passé les scénarios devant le jury et il y en a 6 qui ont été sélectionnés. Et là, Bistouri, c'est le dernier qu'on tourne, qui parle des monstres douloureux.
- Speaker #6
À l'instant, tu as cité Mohamed Bounazou, que moi j'ai eu, pour ceux qui ne connaissent pas, C'est un scénariste qui m'a dit que Jeff joue un rôle de grand frère pour toute une partie de la nouvelle génération. Oui, je trouve ça important. Déjà, j'ai eu cette chance de rentrer dans un long métrage,
- Speaker #4
dans ce circuit. Je ne sais pas si c'est par hasard, mais je pense que ce n'est pas donné à tout le monde. C'est vrai que moi, depuis 2011 jusqu'à maintenant, je suis passé par plein de choses. Et je me dis, si on peut transmettre des choses pour que la nouvelle génération puisse éviter tout ce temps que j'ai passé, pour moi, c'est normal. Et le milieu du cinéma, comme je vous ai dit, c'est assez cher. Même si maintenant, il y en a qui font des formations gratuites, j'ai l'impression qu'on profite beaucoup de subventions, de plein de choses. Alors que moi, j'ai toujours dit que le terrain et le dialogue, c'est ce qui prime le plus. La théorie, c'est une chose. Mais il n'y a pas mieux que le terrain.
- Speaker #6
Ce matin, c'était quoi ton rôle ?
- Speaker #4
J'ai vu un petit peu, tu peux nous expliquer ? Je supervisais un petit peu parce qu'il faut leur laisser un peu la main. Parce que sinon, je m'accapare le film. Je leur dis, attends, la couleur n'est pas bonne. Il y a plein de choses que je leur rappelle par rapport à leur thématique. Je leur fais juste des rappels pour qu'ils puissent se concentrer. Et puis aussi de s'imposer. Parce qu'en tant que réalisateur, il faut aussi s'imposer avec le chef opérateur quand on n'est pas satisfait. Il ne faut pas être timide. Il faut savoir ce qu'on veut et le dire. Parce qu'on a vite des regrets une fois que les rushs sont dans la boîte. C'est trop tard. Donc voilà, je leur donne ces petits conseils-là pour qu'ils puissent le faire assez rapidement. Et puis après, je les laisse un peu s'amuser.
- Speaker #6
La preuve, c'est que là, ils vont tourner, mais toi, tu vas partir.
- Speaker #4
Voilà, c'est ça. Je reviendrai les voir demain, après-demain. Mais il faut leur laisser un peu se faire parce que sinon,
- Speaker #6
on les chouchoute et ils ne prennent pas assez le lead.
- Speaker #5
Vas-y, on reprend. Affirmé, K. C'est bon, tu peux l'appeler. Non. Dernier. Viens au cas, s'il te plaît.
- Speaker #6
Comment on développe une carrière dans le cinéma ? On sait que c'est un milieu très fermé, très difficile, lorsqu'on n'a pas de personne dans sa famille, lorsqu'on n'a pas les connexions, tout simplement, dans le milieu du cinéma.
- Speaker #4
En tout cas, moi, il n'y a personne dans le cinéma. Et ce qui est très bizarre, c'est que mon premier boulot, c'était livreur de bobines. Et du coup, à cette époque-là, pour moi, c'était très loin le cinéma. Jusqu'à ce que je mette le pied dedans avec le film La Cité Rose. Et que voilà, j'ai commencé à découvrir tous les corps de métier. Et puis en rentrant chez moi, je me suis mis à écrire après le tournage. Et puis voilà, je suis parti sur quelque chose qui pour moi valait le coup en termes de transmission et même s'exprimer à l'image. Tu ne m'as pas dit d'où tu es originaire ? J'ai grandi à Sarcelles-Saint-Brice, mais je suis originaire de la Guadeloupe et des Antilles. C'est un milieu quand même qui est très fermé. On a beau croire qu'aujourd'hui avec le numérique, on peut tout de suite rentrer dans le cinéma, mais non, c'est toujours un milieu très fermé. On a eu la chance à l'époque, avec Thibaut, Julien, Thibaut Abraham, Julien Abraham, Sadia Diawara et Sebi, pour pouvoir faire La Cité Rose. Et à partir de là, on est rentrés dedans et puis on n'a pas lâché. Ce n'est pas ce qui a fait qu'on a explosé, parce que même en faisant un long métrage, Derrière, on galère parce que c'est toute une économie, toute une industrie qui est compliquée à monter. Il y a un montage financier, il y a plein de choses qui rentrent en compte et c'est très compliqué. Alors moi, je me suis donné les moyens de faire des courts-métrages pour m'exercer, pour faire pas mal de choses. Et en faisant mes courts-métrages indépendants, ça m'a permis aussi de voir comment gérer l'industrie du cinéma. Et en même temps, essayer de trouver un nouveau procédé de pouvoir fabriquer des films. parce qu'aujourd'hui... Le nerf de la guerre, c'est le financement d'un film. Et c'est vrai que là, il n'y a même pas un mois et demi, j'ai tourné mon long métrage. Donc toujours en essayant de trouver des nouvelles techniques pour la fabrication de films.
- Speaker #6
Tu peins de la Cité Rose, ça a l'air d'être un peu un tournant dans ta carrière, dans ta construction. Tu peux nous en dire quelques mots ?
- Speaker #4
Ah ouais, c'est clair. Il y a Julien, Abraham, Thibaut et Sadia qui ont une idée de série. Et du coup, on fait deux pilotes. de la série. Et on les montre à Gatfilm et à Gatfilm propose de faire le long-métrage. Et moi, personnellement, dans la cité rose, moi j'ai demandé à être régisseur. Régisseur m'a permis de voir tous les corps de métier. C'est le seul poste, vraiment, qui te met en contact avec tous les corps de métier. Donc c'est là que je posais des questions à tout le monde, j'étais comme un fou, je faisais des 15 heures par jour et ça me dérangeait pas. Et voilà, en voyant tout ça... Je me suis dit que c'est ce que je veux faire. À partir de là, je me suis donné les moyens. J'ai commencé à faire plein de recherches, des tutos. J'ai fait des formations, soit en montage vidéo, que ce soit la formation scénariste, aussi directeur de post-production. J'ai été dans tout ce qui concernait la fabrication d'un film pour pouvoir le maîtriser, sachant que mon but, c'est vraiment de réaliser. Le fait de connaître toutes ces choses, Moi, j'ai l'impression que c'est un avantage de connaître tous ces corps de métier, parce qu'on peut se poster sur plein de choses. Et même sur un tournage, on peut anticiper des séquences, parce qu'on connaît le montage. Enfin, il y a plein de choses qui sont comme ça. Et puis voilà, c'est vrai que je suis pris dedans maintenant.
- Speaker #6
C'est quoi ton rapport avec les Antilles et plus précisément la Guadeloupe ? Parce que je crois que c'est de là-bas que ta famille est originaire.
- Speaker #4
Alors moi, j'ai un rapport très spécial parce que moi, étant petit, j'étais tous les ans en Guadeloupe jusqu'à l'âge de 16 ans. Mais toutes les années, je faisais mes deux mois en Guadeloupe. Et pour moi, c'était un paradis parce que c'était vraiment un paradis. C'était vraiment... Toutes les portes ouvertes. Et puis, quand je suis retourné en 2019, j'étais un peu déçu. Parce que d'un seul coup, il y avait un autre univers. J'avais l'impression d'être dans ma cité, à Sarcelles, où le banditisme arrivait. Et c'était un peu dommage. Et puis après, il y a eu un peu les soucis familiaux que j'ai eus avec le décès de ma mère et tout ça. Mais la Guadeloupe, c'est une super belle île. Chaque image, c'est des cartes postales. Moi, j'adore la Guadeloupe. Mais je ne me définis pas comme le Guadeloupéen. Je pense que pour me ressourcer, il faut que je retourne là-bas plus de deux ou trois ans pour vraiment me réimprégner un peu plein de choses. Mais oui, c'était vraiment un paradis quand j'étais petit.
- Speaker #7
Moi, je me fais une mitraillette, je dois en avoir 10 ans. Mon quartier, c'est la City Rose. C'est comme un village. Tout le monde se connaît.
- Speaker #2
Eh Manu, putain, tu déconnes. C'est pas cette musique de noir, ça. C'est pas parce que je suis asiatique que forcément je suis chinois.
- Speaker #6
La City Rose, tu peux nous rappeler en quelle année c'était ? On a tourné en 2011. Juillet-août 2011. Si je ne me trompe pas, tu as tourné ton premier long-métrage il y a un mois. Quand tu expliques que c'est seulement maintenant que tu tournes ton premier long-métrage ?
- Speaker #4
Je pense que je voulais le faire bien avant, mais comme... Comme je te disais tout à l'heure, l'industrie du cinéma est très compliquée. En fait, écrire un cours et écrire un long, il y a un fossé quand même. Le long, on fait plusieurs couches, on fait plusieurs versions, on revient dessus. Là, j'ai l'opportunité. Et puis, il y a plein de choses qui font que l'industrie a changé, le budget de la culture a baissé. Et puis, on se dit comment fabriquer ? Après, il y a les opportunités qui arrivent. Moi, le producteur Christian Dzelad chez Lofi. me propose de faire un nom, il me demande une idée, on part sur une idée, j'appelle des collaborateurs et des collaboratrices, et on y va, du chef-up, Nicolas et toute l'équipe, et on y va en guérilla. Et du coup, on est partis, et on a donné quelque chose de fort. En tout cas, moi j'en suis satisfait à 80%, parce qu'un réel satisfait à 100%, je pense que ça n'existe pas. mais voilà et puis moi j'ai pas fait d'école donc il y a peut-être ça aussi qui fait que
- Speaker #6
Tu peux me dire quelques mots justement sur ce premier long métrage ?
- Speaker #4
Alors c'est un truc de fou parce que il y a Christian, le producteur de nos filles qui me dit qu'il aimerait bien faire un long métrage et il me dit je t'emmène dans les bureaux, on est dans des bureaux et il me dit qu'est-ce qu'on pourrait faire dedans et puis l'idée c'était pourquoi on ferait pas un genre de piège de cristal Et c'est comme ça que c'est venu. Et puis du coup, on a créé cette comédienne qui est introvertie, qui est informaticienne, qui travaille avec l'IA sur les recherches médicaux et qui trouve justement une bactérie qui permet de contrer le chlordécone. Et du coup, il y a des mercenaires qui veulent s'accaparer le projet pour pouvoir le vendre au plus offrant. Et du coup, elle est prise à partie dans cette tour dans son bureau où elle doit se défendre. Et voilà, on est parti de là et c'était super cool. On parlait du chlordécone parce que les chlordécones, ça me parle vu que je suis Antillais. Et puis voilà, on est parti, on a fait un casting. Mais c'est vrai qu'on avait fait ça à tambour battant parce qu'on est parti. Je crois qu'on a monté le truc en même temps un mois et demi.
- Speaker #6
Le scandale du chlordécone aux Antilles, tu peux nous en dire quelques mots ?
- Speaker #4
C'est un pesticide qui a été inventé par un Allemand. Donc, il a créé ce virus pour, justement, les pesticides pour les bananiers. Donc, ça a été beaucoup utilisé, je crois, de 69. Et ça a été interdit en 74. 74, je crois. Mais voilà, aux Antilles, les ministres, à cette époque-là, laissaient des dérogations pour les béquets. Et du coup, ils l'ont utilisé jusqu'en 92 ou 93, je crois. Et apparemment, ça s'utilise encore même en Côte d'Ivoire. Et c'est une bactérie qui est dangereuse parce qu'elle infecte les terres. À partir du moment où elle infecte les terres, les bêtes, les vaches, tout ce qui est bovin, mangent les terres, donc elles sont contaminées. Du coup, la viande est contaminée, le corps humain est contaminé. Et ça provoque chez les femmes beaucoup le cancer du sein aussi. Ma mère est décédée d'un cancer, donc j'ai aussi beaucoup ce truc-là en tête. J'ai mon père qui travaillait les terres dans les années 73 et 70. Donc, quand je lui en parle, il en sait beaucoup quelque chose parce qu'ils n'avaient même pas de quoi se protéger. Donc, voilà. Après, le sujet du film, ce n'est pas le chlore des codes, mais l'idée, c'était aussi de l'introduire pour qu'on puisse en parler parce que je crois qu'on n'en parle pas assez.
- Speaker #5
Réaction ? Ah, pardon. Moteur. Pardon. Je suis désolé. I'm sorry.
- Speaker #6
On s'éclate de faim. Au revoir.