- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled.
- Speaker #1
Bleu, Blanc, Bled. C'est ça. A biaud. Bled.
- Speaker #2
Ma vie, béasse, Bled.
- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled. Ma solo, ya ma lame.
- Speaker #1
Que ça sonne, ijabi. Positif, carrément.
- Speaker #2
Bleu, Blanc, Bled. Des histoires en positif.
- Speaker #3
Dr Tchita est camerounaise. Bleu, Blanc, Bled l'a rencontré à Paris lors d'une soirée de la... Coupe d'Afrique des Nations, où elle mixait pour faire découvrir une musique africaine en dehors des circuits commerciaux.
- Speaker #1
Il y a des billets en ligne. C'est gratuit. Prenez vos billets. C'est gratuit,
- Speaker #0
mais il y a un nombre de places.
- Speaker #1
Oui, je suis obligée.
- Speaker #0
Combien ?
- Speaker #1
D'ailleurs,
- Speaker #0
j'ai un message.
- Speaker #1
Du coup, moi, c'est Chita. Je suis DJ, curatrice culturelle. Résident région parisienne depuis 2012, je touche à la musique, je touche aux arts créatifs. Aujourd'hui, je touche au football. Et pour moi, ma ligne directrice en général, c'est de pousser les créativités afro-diasporiques et de pouvoir un peu contribuer à construire cette espèce d'art de vivre à l'africaine, mais là où je me trouve, c'est-à-dire à Paris.
- Speaker #4
Aujourd'hui, à l'heure où on fait cette interview, c'est un événement à l'occasion de la Coupe d'Afrique des Nations. Est-ce que pour toi, ça fait partie des événements, des symboles dont il faut se saisir pour mettre en avant les diasporas africaines ?
- Speaker #1
Oui, totalement. Pour moi, c'est un levier inestimable. C'est un peu comme si on avait un grand festival culturel où tous les pays sont réunis et où chacun a la possibilité au-delà du football. de faire valoir sa culture en termes de musique, de danse, d'art vivant, etc. On le voit notamment avec les réseaux sociaux, c'est-à-dire les supporters, les fans, les créateurs de contenu aussi, qui nous permettent de saisir un peu les subtilités d'un mot qui peut être utilisé au Gabon, ou d'une danse qui peut être dansée en Angola, etc. Donc pour moi, c'est vraiment un coup de projecteur. qui a un poids inestimable. Et je pense qu'on l'a vraiment remarqué avec la dernière canne en Côte d'Ivoire qui, je le pense, a vraiment été un accélérateur pour ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui. Paris, c'est un peu cet idéal de ville des possibles, où on peut faire des contacts, on peut rencontrer des gens, on peut se permettre de rêver, de créer des choses. Et c'est depuis mes 23 ans que je suis là, je n'ai pas eu envie de me retourner, en vrai. Donc là, c'est vraiment un endroit où je peux m'exprimer. Et c'est ce que j'aime beaucoup.
- Speaker #4
Est-ce que tu peux nous raconter jusqu'à quel âge tu étais justement à Douala ? Dans quel milieu tout simplement s'est passée cette première partie de ta vie ?
- Speaker #1
Moi, j'étais à Douala jusqu'à mes 21 ans. J'étais dans un parcours assez classique, collège, université, études de marketing, etc. On faisait un peu ce que les parents voulaient, mais j'avais quand même l'attitude de faire des activités artistiques à côté. Donc pour ceux qui ne le savent pas, j'ai fait de la danse pendant longtemps, j'ai fait du rap pendant quelques années aussi. Donc j'ai toujours eu cette espèce d'appétence pour la chose créative et culturelle. Et c'est vrai que c'est ce que j'aimais beaucoup, même tout ce qui est un peu blogging, etc. C'est des choses qui me permettaient de m'exprimer, un petit peu de mode aussi, de graphisme aussi. Et donc je baignais à la fois dans un... enfin je baignais beaucoup dans des sphères créatives. Je côtoyais énormément d'artistes. D'un côté, j'avais les parents qui mettaient la pression par rapport aux notes. Mais tant que j'avais des bonnes notes, j'avais le droit de faire ce que je voulais à côté. Donc c'était ma motivation en fait. Ma mère me laissait faire. C'est-à-dire que si je voulais m'exprimer, je n'avais pas vraiment de frein. Une fois de plus, on avait un contrat moral. Tant que je te ramène les bonnes notes, si tu veux aller chez tes potes pour faire du son, de la musique, etc., moi, je n'ai aucun problème avec ça. Après, c'est vrai que dans ma famille, oui, du côté de ma mère, il y a une petite fibre artistique, mais je pense qu'on dirait que ça s'est un petit peu exacerbé avec moi.
- Speaker #4
Qu'est-ce qui fait qu'après Douala... tu atterris à Paris et tu ne bouges plus. Évidemment, il y a ce lien historique entre le Cameroun de l'Afrique francophone en général avec la France. J'ai cru comprendre aussi que le français était quelque chose de banal en tant que langue dans ta famille. Ce qui fait qu'à un moment, tu l'as dit je crois à 21 ans, tu quittes le camion des doigts là, directement pour Paris.
- Speaker #1
C'était pour les études initialement, l'étude supérieure, c'était pour faire un master. Et une fois arrivé ici, c'est marrant parce qu'en arrivant, je m'étais dit Marina, tu deviens sérieuse, l'artistique c'est fini. On rentre dans les rangs, corporate, tailleur, tout ce que tu veux. Et une fois arrivé ici, ça a été un peu plus fort que moi parce que j'ai vraiment vu le champ des possibles. Et je me suis dit, ce serait vraiment dommage que je me limite ou que j'arrête de m'exprimer. On va juste continuer et on va essayer de se nourrir de ce que Paris a proposé. C'est-à-dire qu'il y a des événements tous les jours, il y a du choix vraiment partout. Il y a des personnes à rencontrer, des choses à faire. À un certain moment, je me retrouvais même à aller au bureau le matin, aller mixer le soir. Bon, ma mère fronçait un peu les sourcils en me regardant en disant... Est-ce que c'est très sérieux tout ça ? Mais je disais, bon, tant que je m'exprime et que je ne fais pas de bêtises et que je n'ai pas de mauvaise fréquentation, c'était OK.
- Speaker #4
Est-ce que tu peux nous expliquer d'où vient... ce nom d'artiste ?
- Speaker #1
Alors, je vais essayer de vous donner une version courte parce qu'il y a quand même une explication. J'étais en quatrième et en quatrième, j'étais nulle en anglais. C'est-à-dire que je n'avais pas de méthodologie, rien du tout. Et ma mère, elle venait de temps en temps en France et généralement, on pense que tous les manuels et tous les livres pour réviser qui viennent d'Europe sont très bien. Donc, ma mère, elle achetait un petit peu comme ça pour m'aider à m'améliorer et il y avait un livre qu'elle avait acheté, qu'elle m'avait donné, un livre pour apprendre l'anglais. Dans le livre, il y avait une histoire d'une famille qui est allée faire un safari et dont le guide s'était fait agresser par un guépard. Et guépard, ça s'écrivait « chita » . J'ai beaucoup aimé comment ça s'écrivait. Les deux œufs, le H devant, le H derrière, etc. Et je m'étais dit, si jamais un jour je deviens artiste, c'est ce nom-là que j'aimerais avoir. Mon résultat, une fois que j'ai commencé à vraiment être active dans ce domaine-là, je l'ai gardé.
- Speaker #4
Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, tu as quand même une spécialité au niveau des musiques africaines, notamment l'Afrique francophone ? Est-ce que pour toi, c'est quelque chose... Il y a des carences dans ce domaine en France ?
- Speaker #1
Pour moi, il y a de très grosses carences. Il y a de très grosses carences. C'est-à-dire que lorsque je regarde un peu... Le paysage, on va dire le paysage du monde de la nuit. On va dire que les collègues ont eu une appétence beaucoup plus prononcée pour ce qui vient du Nigeria et de l'Afrique du Sud, dont Nigeria avec l'Afrobeat, l'Afrique du Sud avec la Mapiano. Mais moi, je me dis, quel est le pourcentage de Nigérians et de Sud-Africains en France quand on sait qu'on a plus de Congolais, de Camerounais, d'Ivoiriens, etc. Pourquoi ne pas mettre... du Bikuti du Cameroun ou du Ndombolo du Congo ou du Coupé des Calais de Côte d'Ivoire, parce que pour moi, c'est les plus nombreux. Et surtout, c'est les musiques avec lesquelles on a un peu tous grandi. Donc pour moi, il y a une très grande richesse à valoriser ce avec quoi on a grandi, ce avec quoi nos parents ont grandi et à le mettre en avant dans notre pratique artistique, notamment via le DJing.
- Speaker #4
Dans la même veine, est-ce que pour toi, la dimension africaine de la ville de Paris est assez mise en valeur, si on considère la puissance, la force justement des différentes diasporas africaines ?
- Speaker #1
Pour moi, il y a du mieux. Si je compare à il y a dix ans, Quand je commençais à mixer, parce que par exemple, moi, en 2020, ça fait vraiment dix ans que je me suis lancée. Il y a dix ans, on m'accordait une heure vite fait dans une soirée un peu obscure quelque part. Aujourd'hui, il y a une prépondérance. Et aussi, moi, j'aime bien mesurer l'impact par le biais de la bouffe. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, dans les restaurants africains, on a du food to banana. Chose, dans les plats traditionnels, chose qui était... quasiment impossible. Il y a encore quelques années, il fallait vraiment aller dans des restaurants très spécialisés, fréquentés par des communautés très spécifiques. Donc, je pense que ça, plus, on va dire quoi, ça, plus Ayana Kamoura qui ouvre pour les JO, plus Fali Poupa. qui va faire deux Stades de France. Ça marque quelque chose que culturellement, c'est présent, c'est là. On peut toujours faire plus, j'ai envie de dire. On peut toujours faire plus, mais déjà, il y a du mieux. Sur dix ans, on a vraiment beaucoup progressé.
- Speaker #4
Et j'ai l'impression qu'au niveau des sens, l'ouïe est vraiment quelque chose de très important pour toi, parce que lorsqu'on t'a demandé de revivre, de fermer les yeux et de revivre ton enfance, t'as beaucoup parlé des bruits qui t'ont entouré à doigt là. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi et revenir justement sur ces bruits que tu entendais ?
- Speaker #1
Pour moi, le bruit, c'est la vie. C'est-à-dire, c'est les bruits des mototaxis, c'est les bruits des vendeurs à la sauvette, c'est les bruits des gens qui se déplacent, des conversations au téléphone. Je pense que tu peux reconnaître un endroit où tu te trouves au bruit. C'est-à-dire que la façon dont on va faire du bruit à Douala n'est même pas la même quand on va faire du bruit à Yaoundé. Donc, on peut vraiment savoir... Très rapidement, quand je prends le cas d'un pays comme le Cameroun, il y a près de 200 ethnies. Je peux le dire sans me tromper qu'il y a près de 200 accents. C'est-à-dire que tu vas écouter, même la manière d'emmener les choses, de parler, etc. Ce n'est pas la même énergie, ce n'est pas la même dynamique. Et pour moi, les bruits, ça me ramène à quand j'étais enfant. Ça me ramène à une époque où on était encore innocents, on prenait un peu tout. C'est aussi un marqueur. C'est aussi un marqueur. C'est-à-dire que... Je vais prendre un autre cas. Quelquefois, je vais appeler mes soeurs au téléphone parce que toute ma famille vit au Cameroun. Je vais les entendre s'engueuler avec quelqu'un dans la rue. Je sais, oui, comme on dit, c'est le pays. C'est comme ça, c'est les habitudes, etc. Les bruits, ça transmet beaucoup. Ça dit beaucoup d'un peuple, ça dit beaucoup d'une culture. Ça dit beaucoup d'une région aussi. Et c'est pour ça que c'est super important pour moi.