- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, quel plaisir de vous retrouver pour un nouvel épisode d'A Bon Entendeur. Pour celles et ceux qui découvrent le podcast, je suis Florent Delvar, fondateur de SENS, le premier service de courtage RSE en France. À travers mon métier, je rencontre des dirigeants et des entreprises qui tentent de faire évoluer leur modèle avec leurs convictions, leurs contraintes et surtout la réalité du terrain. Et l'épisode d'aujourd'hui me parle assez personnellement. Avec SENS, j'essaie de faire émerger un métier qui n'existait pas, le courtage RSE. Et quand on crée quelque chose de nouveau, on découvre vite une difficulté particulière avant même de vendre sa solution. Il faut souvent commencer par expliquer le problème, expliquer le métier, rassurer, créer des repères, bref, éduquer progressivement son propre marché. Mon invité connaît très bien cette situation. Ophélie Vembremerche a eu très jeune l'idée de donner une seconde vie aux lunettes qui dorment dans nos tiroirs. Aujourd'hui, l'idée paraît presque évidente, mais lorsqu'elle s'est lancée, le reconditionner dans l'optique n'était pas vraiment un marché. Alors l'entreprenariat, c'est compliqué. Aujourd'hui... Ajouter de l'innovation, c'est une difficulté supplémentaire. Et quand c'est en plus dans l'économie circulaire, où les modèles économiques sont parfois plus complexes à équilibrer, on se rajoute une difficulté. Et que se passe-t-il quand en plus de tout ça, le cadre réglementaire lui-même n'est pas encore prêt pour votre activité ? Ophélie a dû apprendre à collecter, reconditionner, vendre, trouver les bons canaux de distribution, convaincre les consommateurs, les opticiens et financer son entreprise. Et depuis 2019, elle travaille aussi à faire bouger les règles du jeu, les normes. la reconnaissance du reconditionné, le remboursement, etc. Alors, est-ce vraiment le rôle d'un dirigeant de faire évoluer la loi pour permettre à son marché d'exister ? Comment savoir si on est simplement trop tôt ou complètement à côté de la plaque ? Comment distinguer une tendance que le marché finira par adopter d'une conviction à laquelle on s'accroche trop longtemps ? Et quand le marché n'est pas prêt, faut-il l'attendre ou participer à sa construction ? C'est ce qu'on va essayer de comprendre aujourd'hui. Bonjour Ophélie, très heureux de te recevoir dans Un Bon Entendeur.
- Speaker #1
Bonjour, merci beaucoup pour l'invitation, je suis ravie d'être là.
- Speaker #0
Merci Ophélie d'être avec nous ce matin. Je t'en prie. J'ai pris beaucoup de plaisir à préparer l'épisode. Et alors pour raconter aussi la petite anecdote de ce qui fait que tu es dans le fauteuil ce matin, c'est notre conseillère bancaire Alice Toghep de l'ANEF, qu'on remercie d'ailleurs au passage. L'ANEF, allez on peut lui faire un petit passage de pub pour le coup. L'ANEF qui est une banque éthique et responsable qui finance que des projets à impact et d'utilité sociale. Et en fait Alice, quand je lui ai parlé du podcast, elle m'a dit non mais s'il y a une invitée que tu dois avoir dans ton fauteuil, c'est Ophélie.
- Speaker #1
Ah ça dort.
- Speaker #0
Donc voilà, la raison pour laquelle tu es là ce matin, effectivement, et je trouve ton... Ton projet, tes valeurs hyper intéressantes et je suis persuadé que ça va intéresser pas mal de monde.
- Speaker #1
Ça fait beaucoup de compliments pour commencer la journée,
- Speaker #0
c'est sympa. Alors écoute, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Je m'appelle Ophélie Vembremerche, j'ai 26 ans, j'ai lancé ma boîte quand j'avais 19 ans. Je pense que j'ai des convictions qui viennent depuis que je suis toute petite. Je viens d'une famille où mes grands-parents étaient agriculteurs, donc on a toujours beaucoup gardé, fait attention à la planète, à l'environnement autour de nous. Et j'ai aussi grandi en parallèle dans l'environnement un peu plus médical. J'ai ma maman qui est tombée malade quand j'étais très jeune. J'avais 7 ans et je l'ai malheureusement perdue 10 ans plus tard pendant ma semaine de bac. Et tout ça pour dire que ça m'a quand même créé des belles choses. La première, c'est de me dire que je voulais être indépendante. Elle m'a répété en étant petite qu'il fallait être indépendante. Même si mon papa est quelqu'un d'adorable et on est très proches, la maladie ne fait que. Et la deuxième chose, c'est de se dire que la vie passe vite. Parce qu'elle est tombée malade, elle avait 38 ans. et du coup elle m'a dit si t'as des rêves ma fille vas-y et fonce et la dernière chose j'ai l'habitude de me dire c'est un cadeau Zach c'était, la boîte que j'ai créée s'appelle Zach c'était son nom d'artiste, elle faisait des petits bouquins pour expliquer aux enfants ce qu'était le cancer et des tableaux, bon je sais pas pourquoi je me présente comme ça aujourd'hui, mais tout ça pour dire que du coup ça m'a donné une grosse conviction et des grosses valeurs et du coup à mes 18 ans, enfin la première fois j'ai eu l'idée à la fin d'un cours de philo, j'ai regardé mes anciennes lunettes et je me suis dit qu'est-ce qu'en fait ces anciennes lunettes bref je passe mon bac avec ce qui s'est passé cette semaine là Et en première année d'économie finance à la Cato, on doit lancer un projet autour de la bière, comme on est de Lille. Et je vais voir mon proche, je lui dis « bon, moi je suis plutôt intéressée par les lunettes » . Aujourd'hui, on a de la chance qu'il fait beau, donc je n'ai pas de lunettes parce que j'ai mes lunettes de soleil. Et étant par contre myope depuis toute petite, on avait des lunettes au fond des tiroirs. Et je me dis « bah, en fait, j'ai envie de me lancer là-dedans » . Ça fait une longue présentation, mais du coup, je pense que je suis une entrepreneur qui est animée par des valeurs de faire bouger les choses.
- Speaker #0
notamment pour tous les projets liés plus à la santé Oui parce que faire ça à 17 ou 19 ans enfin 19 ans du coup t'as réellement lancé c'est quand même pas commun
- Speaker #1
C'était 18-19 ans c'est à ce moment là et après du coup Zaxx que ça fait on développe l'optique reconditionnée en France ça a pas mal évolué maintenant on se veut vraiment comme un acteur de transition du marché de l'optique donc on travaille sur plusieurs volets, d'abord on va mailler le territoire pour collecter une aide, ensuite on va les reconditionner en créant de l'emploi pour des personnes en insertion Et après, on les remet sur le marché à moindre coût, donc 40 à 60% moins cher. Toutes les marques qu'on peut avoir habituellement, du coup, 40 à 60% moins cher, remboursés sécu et mutuel. Et après, on travaille aussi en ce moment sur des... Le but, c'est d'être présent sur trois piliers, le reconditionnement, le recyclage, pour faire le comparé conditionné, et le côté associatif.
- Speaker #0
Ce qui est hyper intéressant avec le projet, c'est qu'au-delà même du bon sens, j'ai envie de dire, de dire on va remettre dans le circuit des lunettes reconditionnées, c'est qu'il y a aussi la manière dont vous le faites. C'est-à-dire qu'en fait, tu as mis beaucoup aussi de... de bon sens, en fait, juste dans le projet et que ça puisse aussi servir de réinsertion.
- Speaker #1
Je pense que c'est un peu ce qui manque dans beaucoup de projets. On va peut-être parfois partir trop loin, etc. Et en fait, juste, moi, ce que j'aime beaucoup faire comme exercice, c'est prendre du recul. Genre, vraiment, je me pose et je me dis, qu'est-ce qui est logique ? Et oui, je pense que le bon sens est une des valeurs à développer et la prise de recul quand tu veux être entrepreneur.
- Speaker #0
Alors, ça t'a donné, du coup, l'expérience de vie, ton expérience personnelle avec ta maman, t'a donné, ce que tu disais, une rage de vivre.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
pour autant lancer une boîte à 19 ans on a besoin aussi j'ai eu cette idée aussi l'envie d'entreprendre mais je ne me sentais pas prêt et effectivement je pense que parfois l'expérience t'apprend là dessus avec du recul aujourd'hui est-ce que tu aurais fait des choses un peu différemment avec l'expérience qui est la tienne aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'ai envie de te dire oui et non parce que j'ai fait plein d'erreurs je me suis lancée à la période de ce qu'on appelait la start-up nation donc tu avais de l'argent aussi qui était plus facile déjà je pense que je suis contente. Je n'ai pas fait de levée de fonds à l'époque, comme on pouvait entendre avec une dilution de capital. Mais j'ai quand même fait des prêts bancaires, des prêts classiques où je me suis mis caution, où je pensais qu'il y avait des acteurs qui étaient en garantie et finalement, les entreprises n'étaient pas tant que ça, ou pas tout de suite. Et alors que j'avais que 19 ans, j'ai pris beaucoup de risques. Et à l'époque, il n'y avait pas l'IA aussi pour relire mes 80 pages de contrat. Donc oui, forcément, maintenant, il y a plein de choses que je ferais différemment. Mais je pense que je les ferais différemment maintenant parce que j'ai l'expérience que j'ai eue. Donc c'est un petit peu, je suis quand même très reconnaissante et là, du haut de mes 26 ans, j'ai du coup acquis plein de choses, que ce soit professionnellement, personnellement, grâce à l'entrepreneuriat. Donc un oui et un non, parce qu'avec l'expérience de maintenant, forcément, je ferai des choses différemment. Et aussi, le marché a tellement évolué. Les business à un pack, il y a maintenant 7-8 ans. C'était The Place to Be, si tu veux, que maintenant c'est un petit peu dur aussi.
- Speaker #0
C'est l'IA, c'était un peu détourné par l'IA.
- Speaker #1
Ouais, carrément, on est passé d'un monde à un autre. Donc maintenant, peut-être que je lancerai toujours dans l'impact, mais est-ce que je le gérerai différemment ? Certainement.
- Speaker #0
Après, le financement, ça reste un pilier, effectivement, que ce soit dans l'impact ou même dans tout autre domaine. À un moment donné, si tu veux ouvrir des points de vente, etc., il faut de l'argent. Du coup, quand tu as lancé, est-ce que tu t'es rendu compte un peu de la montagne qu'il allait falloir franchir parce que rien n'était prêt dans le marché pour ton activité ? Est-ce que tu t'en es rendu compte ?
- Speaker #1
Non. franchement non et je pense que t'as peut-être l'innocence tu vois, enfin je sais plus si je me souviens comment t'étais à 18 ans mais en fait t'es un peu naïf, t'es innocent mais sur le beau côté de la naïveté dans le sens t'as l'impression que tu vas vraiment pouvoir changer le monde et je trouve que y'avait en plus cette énergie des business à impact qui était hyper forte et j'ai rencontré beaucoup d'entrepreneurs qui étaient à cette période là animés par la même chose que moi et du coup en fait je me suis pas posé la question et je pense que c'est de ma nature aussi en me disant bah vas-y fonce et on verra demain Et c'est une question qu'on m'a beaucoup posée en podcast, etc. Ou en interview, en me disant « t'as pas eu peur ? » En fait, je me suis même pas posé la question. Je me suis dit « bah vas-y » . Mais quand t'es dedans, il faut y aller, il faut avancer. Ouais, c'est ça. C'était un petit peu ça. Et c'est ce que je me dis tout le temps, dès que j'ai un moment compliqué, je me dis « bah ça va se résoudre en mettant les pieds dedans et en avançant, et en y allant étape par étape. » Et je pense que c'est une mentalité que j'ai travaillée et travaillée. Et déjà, à l'époque, j'avais cette petite graine en moi de me dire « bah s'il y a un problème... » ou un sujet à aller creuser, je vais me mettre les pieds dedans et je vais y aller.
- Speaker #0
C'est comme ça qu'on prend de l'expérience. Et puis après, la peur, elle peut te paralyser, mais elle peut aussi te donner de l'énergie pour avancer. Justement, ça te donne une adrénaline et te dire, là, il faut y aller, je suis face aux problèmes, mais j'y vais. Moi,
- Speaker #1
j'ai toujours, je lis beaucoup, je me fais beaucoup accompagner et j'écoute beaucoup de podcasts aussi. Et moi, quand il y a un sujet de peur, je considère que c'est un petit cadeau en moi, en me disant, si ça me fait ressentir quelque chose, c'est que ça montre quelque chose chez moi, peut-être à travailler, que ce soit du stress ou autre. et du coup j'essaie de le voir comme ça s'il y a de la peur c'est qu'il y a quelque chose derrière qui me titille et du coup qui a creusé pourquoi ça me fait ressentir ça donc j'essaie de prendre du recul dans mes pensées dans mes émotions c'est pas toujours simple dans le flot du quotidien ça a déjà fait quasiment 10 ans que je suis entrepreneur oui quasiment j'ai eu l'idée à 17 ans que j'ai lancé la boîte c'est vraiment 2020 mais ça fait au moins 7 ans et du coup tu peux pas avoir cet apprentissage et cette prise de recul quand c'est ta première boîte aussi pour moi là j'ai pas un sujet, là j'entreprene à Rial Plus mais forcément c'est des façons de penser que tu développes au fil du temps tu rencontres aussi d'autres entrepreneurs t'es challengé au quotidien et la société nous challenge aussi beaucoup et après on y reviendra juste après mais c'est vrai que tu prends pas mal la parole en ce moment pour montrer un peu l'envers du décor
- Speaker #0
sur l'entrepreneuriat, les difficultés que peut comporter l'entrepreneuriat, etc. Et ça, c'est assez atypique parce que généralement, en fait, un entrepreneur va prendre la parole plutôt pour montrer la belle vitrine, on va dire, de l'entreprise, etc. On a plutôt tendance à voir les beaux côtés de l'entrepreneuriat, mais on ne voit pas forcément tout ce que ça implique derrière, les concessions, la prise de risque, là où les peurs que tu peux avoir au quotidien. Et tu vois,
- Speaker #1
je pense que je le fais parce que déjà, j'avais un ras-le-bol d'un petit peu les belles vitrines que tu pouvais avoir sur Instagram quand tu te dis que ce n'est pas ma réalité. Et quand je parlais à plein d'entrepreneurs autour de moi, La réalité, ce n'est pas ce qu'on montre sur les réseaux sociaux. Et aussi parce que j'ai mon conjoint qui se lance dans l'entrepreneuriat en ce moment. Et je voyais, alors que c'est quelqu'un qui est très intelligent, etc., qui a une prise de recul, mais qui était quand même influencé par ça. Parce que c'est la réalité qu'il voyait le plus. Et je pense que les algorithmes sont très forts. Les gens aussi ont tendance à donner une bonne vitrine. Et moi, j'étais, mais en fait, ça peut être stylé d'être résilient dans la difficulté. Et c'est aussi parce qu'on a une vidéo qui a buzzé sur les réseaux sociaux. On est encore très tabou en France autour de l'argent. On avait juste dit le prix du loyer, le prix du loyer d'Orlevieux-Lille, combien on payait. Et en fait, les gens se font des avis, se font des avis quand tu leur donnes pas la réalité, on va dire, à manger. Et du coup, je leur disais, moi j'en ai marre qu'on parle d'une réalité qu'ils ne vivent pas, qu'ils ne conscientisent pas. Et du coup, j'avais envie de me faire entendre avec ma réalité. Il y a peut-être des infopreneurs, des auto-entrepreneurs qui font des dizaines de milliers d'euros. Mais la réalité, c'est que déjà, je m'en compte, en postant sur les réseaux, il y a beaucoup encore. Des gens qui confondent chiffre d'affaires, bénéfices, qui ne voient pas les charges, etc. Et moi, j'étais, mais non, en fait, être chef d'entreprise, être entrepreneur, ce n'est pas forcément la belle vie. Alors oui, il y a plein de côtés positifs, mais il faut une résilience de dingue. Et malheureusement, je trouve qu'il y a beaucoup de mensonges encore sur les réseaux parce qu'on a été beaucoup, je pense, influencés par les US ou par plein de choses autour du fake it until you make it. Et la réalité, c'est que ce n'est pas ça.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, le culte de la réussite, de la richesse. On te dit, voilà, tu vas te lancer, tu vas pouvoir. pouvoir gagner plein d'argent, etc. Les réseaux sociaux, effectivement, ont perverti beaucoup de la société en montrant un idéal. Et en fait, quand tu regardes, la réalité de la société, elle est quand même toute autre. Donc, je comprends bien, mais on va y revenir juste après. Donc, effectivement, alors 7 ou 10 ans, effectivement, tu as le projet de cœur qui est là et finalement, qui a quand même beaucoup évolué. Comment on sait ce qu'il faut préserver de ce qu'il faut accepter de changer ? C'est compliqué parce que quand t'as ton idée, et je sais ce que c'est, moi aussi avec sens, j'ai mon idée de fond et elle est là, et en fait il faut accepter parfois qu'on puisse venir la challenger, avoir un regard neuf, et en même temps tu te dis ça c'est le cœur de mon projet. Comment tu sais ce qu'il faut accepter de changer ou ce qu'il faut garder ?
- Speaker #1
Je pense que c'est très en lien avec, déjà t'as la réalité financière, si à un moment tu vois que t'es sur le marché, ça pour moi c'est un des premiers indicateurs, même si t'es dans l'impact, c'est de te dire mon produit ils vont pas, c'est qu'il y a un truc qui va pas. Ça, c'est la première chose. En me disant, je ne suis peut-être pas sur le bon marché. Après, tu peux avoir différentes choses. Pourquoi ton produit ne se vend pas ? Pour moi, ça peut être parce que tu ne sais pas bien pitcher, parce que tu ne sais pas bien présenter ou alors il y a un problème sur ton idée, son service, sur le fond. Et du coup, tu te poses d'abord la question. Tu essaies d'abord de travailler sur toi en disant, est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas, etc. Et quand tu vois que tout le monde est convaincu, peut-être qu'il faut évoluer. Pour donner un peu de contexte, nous, on a commencé à vendre en ligne au départ. des lunettes pour le B2C, pour le consommateur final, sauf qu'en fait, on est sur un des seuls marchés où tu as besoin de les essayer, les lunettes. En plus, c'est un dispositif médical, donc on a évolué avec des boutiques. Assez vite, finalement. Oui, au bout de six mois. En fait, j'ai lancé la boîte en février 2020. Mars, on était confinés, donc un peu compliqué aussi de faire différemment. Et après, au troisième déconfinement, on a ouvert à l'usine de Roubaix parce qu'ils avaient pour ambition d'être le premier centre outlet éco-responsable. Et le dirigeant qui a accompagné ce projet-là a eu une autre carrière professionnelle au bout de six mois. Et du coup, le projet du centre en lui-même a changé. Et surtout, avec le temps, je donne de plus en plus chiffre, data. Et je me suis rendu compte que 60% de ma clientèle était lilloise. Et donc, on a déménagé à Lille. Donc, je te refais vite fait l'histoire pour donner un peu de contexte. Et en 2022, ça fait un an qu'on a la boutique dans le lieu Lille. On se rend compte qu'on collecte 80 000 lunettes. par an. Maintenant, on est entre 40 et 60 000 par mois.
- Speaker #0
Là où tu pensais que c'était ton problème de départ, la collecte, elle est peut-être là le point de difficulté. Finalement, il n'est pas du tout là.
- Speaker #1
Non, mais je vais t'expliquer un autre truc après. Et du coup, le sujet, c'était de se dire 80 000 lunettes par an pour 2 000 vendues en équipement optique, monture plus vert. Il y a un gap. Et du coup, comment je peux essayer de... Comment je peux essayer de devenir une vraie solution d'impact et pas seulement une solution de grain washing, quoi ? Et c'est comme ça qu'on est venu à créer des corners de seconde main pour les opticiens. L'idée, c'est que tu puisses retrouver exactement les mêmes marques que tu peux avoir chez ton opticien, reconditionnées. En plus, contrairement à un téléphone, un ordinateur, il n'y a pas le sujet d'obsolescence. C'est surtout du savoir-faire de reconditionner une monture. Qui est là. Oui, c'est ça. Qu'on peut et qu'on a recréé aussi. Et du coup, on passe à peu près 24 minutes par monture. Donc, tu as vraiment pour repolir, changer les pièces, etc. que la monture, les verres sont neufs à la vue des personnes. Et du coup, c'est comme ça qu'on a fait une deuxième structure où là, on fait des corners de seconde main chez les opticiens. Et du coup, il y a un an, enfin depuis un an, donc d'ici fin septembre, là, on va être dans plus de 600 magasins chez Atoll notamment. Et après, des opticiens indépendants, La Poste aussi, on a bossé avec eux, etc. Donc vraiment, on est passé d'un acteur en ligne, une boutique, à se dire comment on peut aider à transiter. Et la transition pour moi, c'est sur le volet reconditionnement et on travaille aussi sur le volet recyclage. On a créé une matière à partir des montures et verres qu'on ne savait pas reconditionner. Je vais dérouler toutes les problématiques juste après.
- Speaker #0
Et attends, les 80 000 lunettes que tu récupères, c'est quoi les sources d'approvisionnement aujourd'hui ? Parce que pour avoir ce volume-là, il faut aller chercher...
- Speaker #1
Du coup, je me suis challengée pas mal au niveau logistique. Un bout que je ne connaissais pas, une industrie que je ne connaissais pas du tout il y a quelques années.
- Speaker #0
C'est souvent un des piliers de l'économie circulaire. Carrément.
- Speaker #1
Et du coup, on a maillé le territoire avec des boîtes de collecte, tout simplement, et du coup, des partenariats, donc des opticiens, des pharmacies, des écoles. optiques et non. L'idée, c'est aussi de sensibiliser la future génération à ce qu'ils vont mettre comme produit sur le marché. Des banques, des entreprises privées. Donc vraiment, l'idée, c'était un petit peu, comme tu as pu connaître les boîtes de piles à l'époque, de faire un petit peu la même chose pour les lunettes. Et après, du coup, c'est des partenariats avec des acteurs logistiques bien en place, plutôt de transport, pour justement nous aider à gérer ce flux et notamment utiliser des flux déjà existants. Typiquement, chez les opticiens, tu as des dépôts de verre tous les jours pour les livraisons. Pourquoi on ne pourrait pas réutiliser ces flux-là pour la collecte ? Donc on a essayé de réfléchir comme ça, vraiment à chaque étape, quel impact le plus faible je peux avoir.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Hyper intéressant. Ok. Écoute, quand tu pitchais au départ, est-ce que du coup tous les signaux étaient au vert ? À chaque fois que tu pitchais, c'était ok, c'est pertinent, etc. Ou c'était quoi tes premières vraies difficultés ?
- Speaker #1
Je pense que ça a été une chance et une malchance. J'ai fait dix ans de théâtre, et du coup je pense que j'arrivais à être convaincante dans mon discours. Et il y a des fois, je me suis dit, notamment, après, tout ce qui est concours, j'ai eu pas mal de sub concours d'école de commerce ou concours étudiants, pépites entrepreneurs et tout. C'est des organismes de l'État. Du coup, j'ai réussi à avoir pas mal de concours et du coup de prix. Et j'ai quand même eu 47 000 euros. Donc, c'était pas mal en sub. Et là, il n'y avait pas trop d'enjeux. Donc, ça va. Mais après, quand j'ai été vers... Enfin, à un moment, on a voulu lancer notre propre collection en lunettes recyclées. Et en fait, pour moi, je pense que j'ai été meilleure pitcheuse peut-être à l'époque que... qu'ingénieur lunetterie, on va dire, parce que je ne sais pas si typiquement ce projet-là, j'aurais dû être financée. Alors maintenant, c'est top parce que j'ai eu plein d'apprentissages sur le reconditionnement, sur le produit. Et tu vois, avec du recul, des fois, je me dis, mais en fait, je pense que j'étais beaucoup plus convaincante que ce que j'étais en capacité de faire à ce moment-là. Et donc, si, forcément, mes capacités de pitch ont changé. Et du coup, c'était au vert, mais je pense que c'était au vert parce que j'arrivais à développer une énergie qui ne faisait que... Et pour le reconditionner, ça a toujours été assez ouvert, mais beaucoup plus par le consommateur final, qui était beaucoup plus engagé, que l'opticien en lui-même, c'est le plus compliqué à convaincre, et c'est toujours le cas. Oui,
- Speaker #0
les habitudes de travail, un acquis aujourd'hui, c'est un marché qui est historique, qui vient d'installer.
- Speaker #1
C'est surtout que c'est un marché qui est remboursé sécu et mutuel, qui a beaucoup été challengé et qui est beaucoup challengé toujours en ce moment. Il y a des sujets d'interdiction de la publicité en ce moment sur ce marché-là, un petit peu comme il peut y avoir dans les pharmacies, etc. Sauf qu'il n'y a pas de numérosusclosis comme il peut y avoir dans les pharmacies, donc la com est assez importante aussi pour... de la visibilité sur les problématiques optiques, etc. que tu peux avoir. Enfin bref, et du coup, assez challengé. Et challengé sur le fait qu'au début, il n'y avait pas de plafonnement sur les remboursements de montures. Il y en a eu un qui est arrivé. Ensuite, il y a eu des délais. Au début, on changeait des montures tous les ans. Ça passait à tous les deux ans. Et du coup, des opticiens qui avaient l'habitude d'avoir peut-être un tapis rouge qui se déroulait, petit à petit, le tapis rouge est devenu de plus en plus petit. Et donc forcément, tu viens leur remettre une couche d'innovation. En fait, eux, ça leur faisait juste peur. ils avaient l'impression qu'ils allaient avoir des... moins gros, des marges beaucoup plus petites, beaucoup moins de volume. Et en fait, c'était plutôt par... C'est plutôt sur ça que ça a été compliqué, parce que le consommateur final, pour le coup, tu lui dis que ça se voit pas. Il n'est pas écrit reconditionné, il achète 60% moins cher, c'est en bon CQM mutuel et c'est garanti deux ans, aucune différence. Il n'y a pas de raison de ne pas y aller. Exactement, c'est ça. Mais une fois qu'on est chez les opticiens et qu'ils ont un bon discours, ça se vend et sur ça, il n'y a pas de sujet.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Donc là, on rentre un peu dans la rubrique, justement, réglementation. On s'est dit d'en parler. C'est vrai qu'on a tendance à voir un peu les entrepreneurs à la réglementation comme une contrainte de normes, de difficultés, etc. Toi, paradoxalement, sans une évolution de la réglementation, ton marché n'aurait pas pu exister. Donc, est-ce que tu peux...
- Speaker #1
En fait, c'est parce que je trouve qu'on a tellement mis de normes... que du coup, on m'a obligée à mettre des normes pour exister. Alors qu'en soi, au début...
- Speaker #0
Tu le vis bien ?
- Speaker #1
Non, pas trop. En gros, au départ, quand on a lancé, t'as un truc qui s'appelle la LPP, c'est liste des prestations. J'ai plus le dernier, mais en gros, c'est tout ce qui est les produits de santé qui sont remboursés et tracés. Ils doivent avoir un code. Et du coup, les lunettes sont un dispositif médicaux, donc ils ont un code. Et du coup, les fabricants devaient faire des démarches en 2021 pour avoir ce code et du coup, être attachés et te dire, c'est bon, t'es validé, c'est Q, mutuel et tout. tu peux être remboursé. Moi, j'ai fait toutes les démarches et je l'ai eue parce que je leur ai expliqué ma démarche, etc. Sauf qu'il y a des personnes qui sont venues contester ce code. Et en gros, si tu veux, comme il y avait un vide juridique, comme le reconditionné n'existait pas, je pouvais à la fois oui et non. Et du coup, on est venu nous recréer des choses alors qu'en soi, on est venu nous remettre une couche de normes pour finalement dire que le reconditionné doit répondre aux mêmes exigences que le neuf. Donc, on est venu faire sept ans, parce que nous, moi, ça fait sept ans que j'ai commencé à échanger avec divers organismes publics pour justement essayer d'arriver aux mêmes choses et tout cadrer, etc. Alors qu'en soi, j'ai déjà un code depuis 2021 qui pourrait fonctionner. Et puis surtout, la plus grosse difficulté qu'on a eue, c'est la lenteur administrative. Et typiquement, nous, on a aussi été très touchés par les motions de censure et dissolution. Parce qu'on avait un gros contrat qui était signé avec une enseigne, notamment sur l'obtention de ce code LPP, donc de remboursement. Tu me dis si c'est trop complexe. Ce code LPP de remboursement dédié aux reconditionnés, parce que c'est eux, ils voulaient vraiment un code dédié aux reconditionnés. qui était vraiment un gros chèque pour développer dans tout le marché. Et motion de censure, dissolution. Les députés, sénateurs et tout qui se penchaient sur le dossier, qui portaient la voix, ils ne sont plus là. Et du coup, leur projet part à zéro.
- Speaker #0
À ce moment-là, tu penses qu'il y a un lobbying qui a été...
- Speaker #1
Alors, j'ai eu pas mal de lobbying du neuf. Mais surtout, quand tu as des personnes qui portent ton projet député et qui ne se retrouvent plus là, tant que ce n'est pas voté, tu repars à zéro. Et après, c'est un gros impact sur ta trésorerie. parce que si... Tu savais que tu allais avoir un gros, gros contrat avec une marque. Et finalement, du coup, tu fais tous les investissements. Et finalement, ça ne sort pas. En fait, ça a été assez cata et ça a été super dur à vivre.
- Speaker #0
Qui t'a dû convaincre, du coup ?
- Speaker #1
Du coup, c'est la première fois que j'ai dû faire une levée de fonds pour justement ouvrir mon capital et avoir un acteur à mes côtés pour m'aider à... Nous, on a trois blocs. On a le bloc collecte. le bloc reconditionnement et le bloc vente. C'est très dur d'être expert sur les trois. Et du coup, c'est pour ça qu'on s'est associés avec le réseau Atoll, parce que notamment, eux, ils ont un réseau de distribution déjà existant. Et du coup, pour moi, ça me permet de continuer d'être très forte en reconditionnement, monter en puissance là-dessus, monter en puissance sur cette réglementation. Donc maintenant, c'est des entreprises qui sont labellisées RBU, remise en bon état d'usage pour le reconditionnement. Ils appellent ça la RBU. Et du coup, on a une labellisation de quatre ans. Et le but, nous, c'était d'être le premier atelier labellisé pour justement se dire, nos produits, ils ont le logo dessus. Et donc les pouvoirs publics nous sollicitent depuis longtemps et oui, pour répondre à ta question, il y a un lobbying du neuf parce que ça fait quand même 7 ans, ça fait 3 ans qu'on les voit quasiment tous les mois des sujets, on est toujours ça va sortir, ça va sortir.
- Speaker #0
Et ça sort jamais.
- Speaker #1
Et ça sort jamais. Et en fait tu te dis, et ils se rendent pas compte de l'impact que ça peut avoir derrière sur les entreprises parce que t'as de la trésorerie, c'est des gens que tu dois payer etc. Et en fait ils sont tous convaincus que c'est une super idée, ça fait des économies. au Mutuel, pas la Sécu parce que la Sécu rembourse déjà que 9 centimes donc ça ne va pas changer non plus la face du monde et le reconditionner ce serait pareil mais du coup pour le consommateur final il a un produit de meilleure qualité en dépensant moins et du coup la Mutuel aussi, ça a un impact écologique parce que la majorité de nos produits en optique sont faits à l'autre bout de la planète et du coup là tu recrées aussi de l'emploi donc tu vas aussi cotiser sur ton territoire de façon locale plein de choses et positifs ils sont tous d'accord Et pourtant, à chaque fois, tu as quand même du lobbying, du neuf derrière. Et ça, ça a été compliqué. Il y a plein de petites choses que tu ne sais pas qui se passent derrière. Et moi, il y a pas mal de fois, par chance, et là, les réseaux sociaux m'ont beaucoup aidée. Et je pense, mon franc-parler aussi, je trouve que c'est quand même assez compliqué de faire du lobbying. En fait, moi, je l'ai toujours expliqué avec mes mots, toujours sur les réseaux. J'ai toujours été toquée aux portes. Et je pense que du coup, c'est le fait d'être juste une citoyenne en me disant « Écoutez, moi, je le comprends comme ça, je le vis comme ça, je vous partage mes réalités du quotidien. Je ne vais pas faire... » Des courbettes, parce que pour moi, c'est juste ma réalité. Et j'essaie juste de vous partager ce qui se passe sur le terrain. Et du coup, j'ai toujours été invitée autour de la direction de la Sécu pour témoigner des choses comme ça. Et il y a des fois, je me suis retrouvée le seul acteur de l'optique. Et là, j'étais, oula, c'est peut-être pas normal quand même que pour une filière, je sois là toute seule. Donc, j'ai eu quand même le recul de me dire, bon, je vais peut-être solliciter d'autres acteurs avec qui je travaille à l'époque. Et c'est vraiment comme ça, je pense que ça a avancé. Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus simple d'échanger avec les pouvoirs publics. Le plus drôle, je pense, une fois, c'est quelqu'un qui m'a appelée. Il voulait absolument que je vienne témoigner. au ministère c'était les petites entreprises etc. Ils voulaient sortir 50 listes de normes qui vont être hyper rapides en gros pour simplifier il y avait un ministre de la simplification des normes et ils me disent oui vous inquiétez pas vous allez juste devoir témoigner devant un ou deux ministres de vos irritants. Je dis bon si vous voulez vous voulez absolument que je vienne donc j'arrive dans cette salle et là c'est la salle qui était assez connue, le palais des glaces et tout. Je me dis mais où j'arrive ? J'avais vraiment mis un jean et vite fait une petite veste en me disant ils vont juste prendre mes retours et là je me retrouve en plein milieu d'une salle, où il y a 200 personnes, il y a 3 ministres, je ne sais plus combien de députés, 200, etc. Et en fait, c'était une liste de mesures. Et en fait, moi, j'y suis juste arrivée nature peinture, en disant, bah oui, c'est mes problématiques, ils étaient tous en costume et tout, et moi, j'étais, bah non, la réalité, c'est que je cours entre 15 rendez-vous, moi,
- Speaker #0
je viens vraiment témoigner.
- Speaker #1
Par contre, tu vois, ce que j'ai vécu aussi pendant ce moment-là, c'est que du coup, il y a eu encore une fois plein d'annonces sur ce qui allait être fait, et il y a quelqu'un qui, je me souviens, il faisait partie du, je ne sais plus son nom, et je ne le citerai pas de toute façon, si je m'en souvenais. Mais il faisait partie du bureau du Premier ministre. Il m'a donné sa carte. C'était écrit « cabinet du Premier ministre » . Il m'a dit « ne vous inquiétez pas, on travaille avec un organisme similaire au vôtre. Le mois prochain, il va y avoir des changements » . C'était il y a un an. Toi,
- Speaker #0
tu penses que c'est de la lenteur à ce moment-là ou c'est un manque de courage ?
- Speaker #1
Je pense qu'ils sont sur beaucoup de sujets en même temps. Et oui, pour le coup, il y a aussi de la... Après, c'est parce que j'ai une vision entrepreneuriale. Moi, il y a un problème, je vais me mettre une semaine à fond dessus. Je vais répondre, je vais essayer de mettre les organismes et je vais avancer. Et typiquement, il y a des sujets, là j'ai échangé avec une députée vendredi, et elle me disait, c'est un sujet qu'on parle depuis 4-5 ans. Ah oui, il me disait, bah oui, alors du coup il y a eu plein de choses. Ah bah oui, mais vous savez, là il va y avoir les élections. Et après quand c'est les élections, ah bah il y a le nouvel gouvernement, donc il faut que ça prenne du temps. Et en fait, en attendant, toi, t'es entrepreneur, et quand on t'impose des normes pour faire ton business, alors que de base, s'il n'y avait pas de normes, tu t'en serais très bien sorti, c'est juste qu'on a voulu mettre des normes pour réguler.
- Speaker #0
Ce millefeuille réglementaire.
- Speaker #1
C'est ça. Et oui, pour moi, c'est... Pourquoi remettre, remettre, remettre, remettre des normes ? Franchement, c'est sans parler de tout l'administratif qu'on a déjà, qu'entrepreneur. Parce que là, je parle spécifiquement marché, parce que je comprends, on a un produit de santé, mais si on appliquait ce qu'on faisait déjà au neuf, hors conditionné, ce qui est à peu près l'équivalent, on nous demande finalement à peu près la même chose, mis dans une couche, on va dire, un peu différente. Mais au fond, ça reste la même chose, c'est assurer un SAV, avoir des pièces détachées. C'est quasiment les... les mêmes sujets. Et tout ça pour dire que, ou alors du moins, si c'était juste un amendement et que c'était assez rapide, sauf que non, du coup, il faut recréer une norme. La norme, elle doit être d'abord créée avec plein d'acteurs autour. Ensuite, la norme, il faut que ce soit un acteur tiers qui vienne l'évaluer pour pas que ce soit biaisé. Autour de cette norme, il faut que tu aies un amendement, il faut que tu aies un décret. Et toi, après, tu t'y connais pas non plus, donc c'est un petit peu compliqué à évoluer dans ce marché. Et puis,
- Speaker #0
c'est pas ton rôle, en fait, sur le principe, au départ, c'est pas ton métier. Donc, toi, en fait, t'y vas parce que sinon, sans ça, tu peux pas... Tu peux pas te faire entendre. Oui, c'est ça. Donc, pendant ce temps-là, encore une fois, ce que je dis, tu dois faire tourner ta boîte et tu découvres un process réglementaire. Carrément. Tu dois connaître ce principe-là, mais le principe de le triangle de l'inaction.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
oui. Et donc, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, mais le triangle de l'inaction, c'est que finalement, chacun se renvoie un peu la balle. C'est-à-dire que tu as le consommateur, tu as les entreprises, tu as le public. Et donc, chacun se dit, mais moi, en tant que consommateur, si la réglementation n'est pas là, je ne peux pas le faire. Les entreprises, c'est pareil. En fait, chacun se renvoie un peu la balle. C'est ça. Pendant qu'on se dit ça, en fait, il n'y a personne qui avance. Donc c'est là où c'est compliqué aussi, tu vois, de dire, il faut...
- Speaker #1
Il y a un gros sujet, je trouve, en ce moment dans l'entrepreneuriat. Je trouve que déjà, on personnifie beaucoup plus les dirigeants. On leur demande encore plus la parole. Et on nous demande aussi des fois d'être de plus en plus engagés. Et en fait, c'est cool. Moi, je le sens au fond de moi. Donc, je n'ai pas de problème à essayer de me dire, je sens que j'ai une énergie, j'aime boucher les choses. Et ça me rend vivante aussi de me dire, j'ai besoin d'avoir du sens et de me sentir utile. C'est quelque chose qui me motive. Et c'est un des sens... C'est une des raisons qui... Je suis née comme ça. Tu te sens à ta place. Je me sens à ma place en essayant de faire bouger les choses. Et pareil, en essayant de faire preuve de bon sens. Comme tu disais tout à l'heure, pour moi, c'est du bon sens de réutiliser ce qu'on a déjà. Typiquement, un truc que je fais aussi souvent, j'aime bien la mode. Typiquement, je loue mes vêtements. J'ai une box de vêtements tous les mois. Parce que je me dis, pourquoi je vais surconsommer ? Quand tu fais un pas de côté, c'est ce que je me dis dans tout et les lunettes, ça peut être un des premiers sujets. Mais quand tu fais un pas de côté, Il y a déjà... plein de solutions pour faire preuve de bon sens et souvent le bon sens est lié avec l'impact social, économique, écologique.
- Speaker #0
Moi je pense qu'effectivement chacun doit prendre sa part, le principe du colibri etc. et donc on y va même si effectivement ça reste à notre échelle et tout ça. Ce qui est une certitude c'est que sans le réglementaire on n'y arrivera pas, ça c'est évident, par contre aussi à nous parce que tu as fait là en fait c'est très courageux de ta part après tu es à ta place à ce moment là mais tu t'es retrouvée mais donc du coup tu as fait aussi avancer au-delà de ton entreprise. Un marché, tu vas les mettre dans la tête de personnes.
- Speaker #1
Il y a Optique 2000 qui s'est lancé. Je sais que j'étais pionnière sur le sujet. Depuis, tu as Optique 2000, Atol, Ecoutez voir. Je peux tous les citer parce qu'ils sont tous dedans, il n'y a pas de problème. Et ce que je voulais dire sur ça, c'est que j'ai des souvenirs même dans nos wordings, nos brandings, etc. Tu as des choses. Au début, ça t'énerve un peu. Tu es mince, c'est mon idée. Et puis, Tu avais peur aussi de te faire piquer en disant « Moi, je suis tout petit, ils ont des millions d'euros à investir, c'est différent. » Et c'est pour ça notamment aussi qu'on s'est associés pour te renforcer au cas où. Et oui, l'idée que je voulais dire, c'est j'essaie de passer du triangle de l'inaction à l'action. Et je pense encore que si l'entreprise va créer des solutions, c'est le consommateur qui va forcément le valider et l'utiliser. Et du coup, l'entreprise peut aussi créer un point avec les pouvoirs publics. Donc, j'ai quand même l'impression que... Et puis, c'est des citoyens qui travaillent dans nos entreprises. Donc pour moi, c'est... Ça peut beaucoup partir, j'ai l'impression, de l'entreprise en créant. Parce que les gens sont beaucoup influencés par du marketing. Et pour moi, si tu as aussi le sujet de te dire, j'utilise bien le marketing pour que les gens consomment des choses qui ont du sens, qui sont assez alignées avec ce qu'on veut comme société. Parce que les gens consomment aussi ce qu'on leur donne. Donc pour moi, c'est important. Et après, du coup, ça fait écho. Et après, tu as aussi pour moi, je pense, le rôle de la presse pour donner de la visibilité au côté médiatique. Le gouvernement est quand même assez sensible à tout ce qui est presse et aussi ce que les consommateurs finaux attendent.
- Speaker #0
En préparant un peu notre épisode, tu m'avais évoqué un truc intéressant et qui mérite aussi d'être mis en lumière. C'est que tu disais que ton seuil de rentabilité et ton seuil d'impact, c'était le même chiffre. Est-ce que tu peux en parler ?
- Speaker #1
En fait, pour moi, je le vois de cette façon assez simple. Chaque lunette qu'on remet sur le marché, c'est 24 minutes de travail pour une personne en insertion au niveau local. Donc pour moi, c'est la même chose. Plus je vais pouvoir remettre de produits sur le marché, plus ça va être d'emplois créés, plus ça va être de montures qui vont être remises. sur le marché au lieu d'être consommé par une monture neuve. Donc c'est vraiment, pour moi, tout est lié. Quand tu dis seuil de rentabilité, c'est le seuil économique, mais c'est aussi pour moi lié au seuil social, parce que tu vas créer de l'emploi au niveau local, et au seuil écologique, parce que forcément c'est des montures non neuves remises sur le marché, mais reconditionnées.
- Speaker #0
Pour autant, tu vois, aujourd'hui, le monde de l'économie circulaire a beaucoup de mal. Il y a pas mal d'entreprises de super bonnes idées, comme toi, dans notre domaine. qui sont hyper pertinentes, plein de bon sens, mais qui n'arrivent pas à trouver un point d'équilibre. Comment tu l'expliques, toi ?
- Speaker #1
Parce qu'on est dans une société où il y a des gros sujets de pouvoir d'achat. Et à juste titre, quand on voit... On a tous des réalités différentes, mais quand tu as l'augmentation forcément du litre, pétrole, gazole, essence, tout ce que tu veux, forcément, ça a des impacts sur notre quotidien. Et du coup, je pense que les sociétés, dans les cinq prochaines années, du moins qui vont fonctionner économiquement au niveau écologique, ça va être les sociétés qui vont rejoindre les deux. Avoir à la fois être accessible économiquement grâce à l'écologie type vintage, c'est un carton, parce que c'est aussi moins cher. Et ça devient le premier axe. Donc je pense que c'est au rôle de l'entrepreneur en ne pas se mettant des œillères. Et je pense que la majorité des gens ne sont plus prêts à payer 10, 20, 30 % plus cher pour un sujet à impact. Ils ont leur sujet du quotidien. Et je pense qu'en tant qu'entrepreneur, il faut en avoir conscience et se dire peut-être que du coup, le reconditionnement, le recyclage, c'est moins cher. Il faut aussi choisir ses produits. Typiquement, on va reconditionner. que des montures qui vont être à partir de 100 euros en prix d'achat neuf. Comme ça, on sait qu'on va avoir un gap. Ça va pouvoir couvrir nos coûts de reconditionnement tout en étant rentable et intéressant 40 à 60 % moins cher. Les montures en dessous de 100 euros, je vais les donner à des associations parce qu'elles sont en parfait état. Elles vont avoir une seconde vie, mais pas sur le marché du reconditionné, sur le marché de l'associatif.
- Speaker #0
Effectivement. Ça a été théorisé. Ça me fait penser à un livre d'Emmanuel Drion de Pocheco. qui disait que c'est souvent plus économique de produire de façon écologique. Non, c'est souvent plus économique de produire de façon écologique. Donc, c'est le bon sens, en fait, juste à un moment donné. Et quand tu arrives à lier les deux, ça fonctionne. Donc, tu prends depuis assez récemment la parole pour montrer un peu l'envers du décor, tu vois, sur l'entrepreneuriat. Tu parles de chiffres aussi, de points morts, de charges, de coûts, le coût de fermer, en fait, juste 15 jours en août. Pourquoi, du coup, cette transparence ?
- Speaker #1
Pourquoi tu veux parler de ces sujets-là ? Parce que j'en avais marre de voir une réalité qui ne me correspondait pas. Parce qu'en fait, je trouve qu'il y a un vrai monde dans ce que tu vois en ligne et ce que tu vois dans la réalité des entrepreneurs que tu côtoies au quotidien. Et du coup, j'avais envie de partager ma réalité et de me dire, écoutez, oui, il y a peut-être des très belles histoires, mais en fait, ce n'est pas la majorité des choses. Et aussi, pour avoir pris pas mal de fois la parole, ça m'énervait un petit peu que j'avais des haters, des gens qui... qui pensaient connaître mieux que moi ma réalité. Du coup, j'étais, en fait, j'ai pas de problème, j'ai pas d'accord pour ne parler ou pas parler de mes chiffres. Et je pense que c'est tabou et je pense que savoir, c'est pouvoir. Et du coup, si tu sais la réalité des gens, si tu mets des chiffres dessus, ça va plus les aider à se rendre compte. Et aussi, ça m'a fait vachement de peine, parce que je pense qu'on évolue en tant qu'entrepreneur avec son cœur, de voir beaucoup de commerces fermés autour de moi. Et en fait, t'avais l'impression que c'était des super gros noms, des super choses. Et en fait, il y avait vraiment l'année dernière, tous les deux, trois jours, tu voyais une boîte qui fermait dans les journaux et les gens, ils passaient juste à côté en disant « Ah, c'est dommage, mais moi, étant à la place des dirigeants, j'étais... » Mais en fait, ça se trouve, t'as des gens, ils sont totalement au fond de leur gouffre. J'ai aussi connu des personnes qui, malheureusement, ont fermé leur boîte, ça leur a coûté... Leur mariage, parce que la personne est totalement déprimée. Tu as des personnes qui doivent être interdites. Il y a des vies derrière toi. Oui, et si tu te retrouves interdit Banque de France à 40, 50 ans, pour éviter, ou alors, je ne sais pas, si tu as fait des SARL, tu as peut-être ta maison qui est en caution. Et en fait, les gens, ils avaient juste deux secondes en se disant « Ah bah tiens, c'est dommage, tu es encore fermé. » Et moi, j'ai été un peu d'empathie. On demande plein d'empathie sur d'autres choses, mais en fait, c'est des humains aussi derrière. Et qui, enfin moi, je ne compte pas mes heures, etc. Et du coup, j'avais juste envie... qu'on ait un autre regard et peut-être un peu plus d'empathie pour les entrepreneurs du quotidien.
- Speaker #0
Et puis on idéalise en fait l'entrepreneuriat, le patron qui gagne bien sa vie, qui prend...
- Speaker #1
Et t'en as, et qui dit bien gagner sa vie peut peut-être pas dire forcément le plus bel équilibre mental non plus. Donc je pense que c'est important de se dire... Il faut faire attention à chacun. On a tous des réalités différentes. On est privilégiés sur des choses ou pas. Mais je pense qu'avant de se faire un avis sur une autre personne, il faut peut-être lui demander, c'est tout.
- Speaker #0
Je suis complètement d'accord avec toi. Question que je voulais te poser juste avant. Tu disais que tu voulais que le reconditionné devait un peu sortir du écolo par défaut. Que les gens ne viennent pas acheter parce que c'est reconditionné.
- Speaker #1
Et là, on a refait la boutique dans le Vieux-Lille. Je voulais vraiment premiumiser le concept. Donc on a mis du parquet en chevron. On a créé une matière, du coup, comme je te disais, au En fait, on recycle nos verres de lunettes et nos montures. Tu vois ce que c'est du terrazzo ? C'est un carrelage italien. C'est blanc avec des petits morceaux de couleur dans l'idée. Et on a fait la même chose avec nos poudres de verre. C'est le blanc. Et après, les couleurs, c'est nos morceaux de lunettes coupées. Du coup, ça fait comme du marbre. Et en fait, du coup, on a voulu premiumiser. Et en fait, je voulais montrer que quand tu viens dans notre magasin, c'est aussi stylé, voire aussi sexy, si ce n'est plus, que d'acheter du neuf. Et que tu aies toute l'expérience vraiment premium. Mais en fait, la seule différence, c'est d'acheter du reconditionné. Et du coup, je pense qu'il faut vraiment faire un... Parce que je voulais vraiment faire un pas de côté en rendant ça attractif dessus. Et d'où l'intérêt du marketing, etc. C'est la façon dont tu le vois. Back Market fait des super campagnes autour de ça où ils vont essayer... Je pense que là, en fait, les gens... consomment ou ne consomment pas du reconditionné par rapport à la vision qu'ils en ont. Pareil pour la seconde main, s'ils trouvent ça stylé ou des engagements. Et du coup, je pense que c'est important de véhiculer les bons messages.
- Speaker #0
D'ailleurs, toi, tu vas sur un créneau, donc tu parlais de premium, mais tu vas aussi sur du visagisme, etc.
- Speaker #1
Carrément. Typiquement, on fait des petites soirées de temps en temps. Il y a beaucoup, enfin moi, je le vois très bien. Typiquement, on a eu beaucoup la mode en magasin. pour ceux qui écoutent et qui sont un peu sur les réseaux sociaux, il y a eu la mode des petites lunettes ovales, tu as peut-être vu. Et du coup, j'avais beaucoup cette demande-là. Et quand les gens ont essayé, il y a des gens qui disaient « Oula, ça ne me va pas du tout, ce n'est pas juste ce qu'on voit » . Et en fait, oui, ce n'est pas parce qu'on te vend ça à foison et c'est ce que tu vois en ligne. Et un gros sujet, je trouve que les gens se ressemblent aussi de plus en plus. Et je trouve ça assez malheureux. Et c'est encore une autre idée. Mais du coup, on était vraiment en disant « Ben non, enfin, déjà, il y a deux choses. Pour moi, la première, c'est de se dire si jamais ta couleur, elle ne te va pas, il y a eu vraiment... » l'effervescence de la colorimétrie en ligne. Et en se disant, au pire, si ça ne te va pas ton pull, le lendemain, tu le changes, ce n'est pas grave. Ta lunette, tu l'as au quotidien sur le bout de ton nez, donc il vaut mieux que ça taille aussi physiquement. Et après, si tu as une belle monture qui te va bien, elle va durer des années parce que tu vas te sentir bien avec, ça va mettre ton visage en relief, etc. Donc pour nous, c'était hyper important d'accompagner les équipes. J'essaie vraiment de leur donner le goût du beau par rapport au visage de la personne en face pour trouver le bon produit. Et en fait, tu n'as pas besoin d'avoir le dernier produit à la mode. Ce n'est peut-être pas celui qui zéra. Et souvent, d'ailleurs, ce n'est pas le cas.
- Speaker #0
Et ça, c'est assez puissant, les réseaux sociaux là-dessus. Les trends, elles viennent beaucoup de ça. Donc oui, je te rejoins effectivement sur une uniformisation, on va dire, de la société. On nous vend un stéréotype un peu cliché. Mais quel dommage !
- Speaker #1
Non, pour moi, je trouve ça trop triste. Je ne vois pas. Je pense qu'il y a le sujet de ressembler à tout le monde. Mais personnellement, et là, c'est vraiment mon idée, je ne me suis jamais autant épanouie. Je ne me suis jamais sentie aussi bien qu'en étant... différentes et en ayant mes propres avis, en ayant mon propre style vestimentaire. Même si là, ce n'est pas très original, tu vois. Mais je n'ai pas besoin d'avoir le dernier sac à la mode. Typiquement, aussi toute l'industrie du luxe, parce qu'on a des montures de luxe. Pour moi, c'est juste que c'est des gens qui sont ultra forts en marketing. Et c'est juste que forcément, quand tu vas peut-être t'acheter le dernier iPhone, le dernier sac, etc., c'est que tu as envie de montrer. Mais du coup, pose-toi peut-être aussi la question. Pourquoi ta notion de bonheur, elle est aussi déjà très instantanée au moment où tu achètes ? Et pourquoi tu as ce besoin de montrer aux autres ? C'est quoi ta source de bonheur ? Et je trouve qu'on est plus en plus dans une société de surconsommation et qui s'intéresse aussi sur des notions de sens, encore une fois, des notions de bon sens. Moi, j'essaie toujours de me dire, peut-être que je pourrais avoir les moyens de m'acheter des sacs de luxe, des beaux trucs et tout, mais quand je le recule, c'est quoi ? Pourquoi je suis touchée par cette traîne-là ? Pourquoi j'aurais envie d'avoir ce sac-là ? Pour moi, il n'y a pas besoin de mettre des centaines ou des milliers d'euros dans un... dans un sujet. Mais c'est ma vision, tu vois. Je préfère peut-être le mettre plus dans des expériences, des voyages où on est tous différents et je trouve ça assez dommage qu'il n'y ait plus assez de recul sur ça. Je pense aussi que les algorithmes ont un gros sujet là-dessus, qu'on n'aide plus à prendre de la reprise de recul que ce soit sur les réseaux sociaux parce qu'on va te mettre une réalité et je pense qu'inconsciemment, ça nous rend beaucoup.
- Speaker #0
Comment tu luttes contre ça ? Deux questions. Comment tu luttes contre ça et est-ce que tu es optimiste sur l'avenir ?
- Speaker #1
Alors déjà pour mes réseaux sociaux déjà j'essaie de ouf de me prendre du recul des fois j'hésite pas à aller chercher des choses pour essayer de refresh un peu mes médias et moi je le sens quand je reste trop longtemps je me sens des fois pas bien alors que je sais avoir du recul et du coup des fois j'enlève l'appli le week-end typiquement je supprime Instagram et je peux même supprimer LinkedIn si jamais je sens Et quand je vois quelque chose qui me génère du mal en moi, il y a trois petits points sur tous les médias et je fais ne pas suivre ce contenu, ne pas voir quelque chose, je dirais. Typiquement, tout ce qui est politique. Je fais des filtres, tout ce qui est politique. Tu as des filtres sur les réseaux où tu peux dire en voir moins, je fais ça. Il y a des mots, si je sais que ça va me générer des choses, je vais mettre les mots dans les interdits pour essayer d'avoir un endroit où je me sens bien.
- Speaker #0
Avoir ton algorithme qui te ressemble un peu plus,
- Speaker #1
qui soit plus sain pour toi. Oui, pour que ce soit plus sain, parce que j'ai envie aussi de tendre vers des choses et du coup, je vais essayer plutôt d'orienter vers ce que j'ai envie. tendre. Et après, je trouve aussi que les IA, contrairement à Google, quand on était notre génération ou notre époque, quand tu cherchais une idée, tu devais aller chercher ta source, chercher les idées, te faire ton propre recul parce que tu avais plusieurs sources qui se feraient à toi. Maintenant, quand tu demandes à Tchat, à Claude ce que tu veux, tu as une réponse directe. Et je trouve aussi que même si tu as envie de mettre des idées dans la tête des gens, c'est hyper simple parce que du coup, tu leur donnes directement ce qu'il y a à manger. Et du coup, j'essaie tout le temps de me dire, vas-y quand t'as besoin, etc. Et j'utilise. Et après aussi, j'ai de la chance d'être entourée de personnes. Typiquement, ma belle-mère est prof. Et du coup, je pense que ça m'aide pas mal à... Prendre de la hauteur un peu sur tout ça. Ouais, carrément. Et du coup, j'ai pas mal de débats. J'aime beaucoup... Pour moi, c'est assez important aussi de débattre des idées, des choses comme ça. Et j'essaie de le garder dans mon quotidien. et je... Je pense que c'est plus des sujets, mais c'est ce qui manque un petit peu. Actuellement, c'est qu'on a tous des idées, on peut le voir dans plein de sujets, mais noir ou blanc, on ne s'écoute plus. Et le débat, je trouve qu'il part de... On a pu le voir aussi, ça a un peu dévié sur la politique, mais je crois qu'il y avait des statistiques qui montraient que la politique était devenue aussi autour de la tictorisation. Maintenant, ils font des contrats de plus en plus courts, et juste pour faire du buzz. Maintenant, l'important, c'est le fond et les idées. Et comme au quotidien, je pense que c'est hyper important, d'autant plus en ce moment, de savoir s'écouter, savoir se poser. Et ce n'est pas parce que la réalité de la personne en face n'est pas la tienne, qu'elle n'est pas bonne. et je pense qu'il ne faut pas être tout le temps en confrontation il faut s'écouter,
- Speaker #0
il faut poser et on manque de plus en plus d'empathie je pense que c'est important de développer cette empathie et de se mettre dans les chaussures de l'autre et bien moi j'entends beaucoup d'optimisme dans ta réponse tu vois à travers ta réponse tu viens de donner plein de tips de ce qu'on peut faire, de comment on peut revoir changer notre posture, etc prendre du recul et s'adapter sur tout ça donc moi je trouve ça si tu veux tu peux répondre à la question mais est-ce que tu te sens optimiste ?
- Speaker #1
Ouais, je pense que pour se sentir optimiste, je pense qu'il faut le vouloir et c'est juste je pense qu'il ne faut plus justement se laisser trop, typiquement ce qu'on voit en ligne quand tu disais, va chercher les bonnes sources fais un filtre, reprends le contrôle c'est ça, exactement ça, et c'est un petit peu comme dans la politique, c'est ça, si t'as envie que ça bouge vas-y, avance, etc et je pense, et aussi un gros switch que j'ai eu dans ma pensée maintenant, il y a un gros moment je me sentais l'entrepreneur preneuse de Zach et il y a même une fois en soirée, je me souviens, il y a un moment, on a eu une grosse visibilité médiatique. Je crois que c'était en 2023, j'avais pas une semaine où j'avais pas un tournage. C'était absolument fou. J'ai fait tous les JT TF1, France 2, plusieurs fois. Et du coup, forcément, Lille, c'est petit, donc on te reconnaît assez facilement. Et tout ça pour se dire que ça m'est arrivé une ou deux fois en soirée qu'on m'appelle Zach. Ah bah, ou alors toi t'es la fille. Et en fait, les gens ne savaient plus qui j'étais. Et là, il y a un an, j'ai eu le switch, notamment en ayant un investisseur dans la boîte, en me disant là. Je ne suis plus toute seule, même si je serais SPZD, directrice générale, etc. Mais j'ai une autre personne à mes côtés. Et du coup, je me suis dit, en fait, avant d'être dirigeante de ZAC, je suis entrepreneuse. Et du coup, je pourrais entreprendre plein de fois. J'ai envie de développer ma personnalité et ma vie autour de... Je ne sais plus pourquoi je venais à cette idée-là, mais au-delà de ZAC. Et du coup, d'avoir eu ce switch-là, je me suis beaucoup plus ancrée. Et je suis hyper optimiste parce que... T'as aussi très peur quand t'es entrepreneur de dire, si un jour, peut-être dans 7-10 ans, peut-être 5 ans même, ça s'arrêtera, j'en sais rien. Parce qu'en ce moment, on est très challengé économiquement, écologiquement, on en parlait. Et du coup, aussi, accepter que peut-être un jour, ça s'arrêtera. Au pire, ça aurait été une histoire magnifique si c'est dans 5 ans, j'en sais rien. Mais je serai entrepreneuse avant tout. Et du coup, un entrepreneur, ça se relève. faire plein de choses. Et on peut entreprendre plein de façons différentes.
- Speaker #0
Ah ça, je suis complètement d'accord. Après, il faut savoir prendre du recul sur un projet. Évidemment, on y met tellement d'énergie, d'enthousiasme qu'on se dit, voilà, on a envie que ça dure pour toujours. Mais effectivement, et tu l'as évoqué tout à l'heure, quand un rideau ferme pour un magasin, derrière, il y a tellement d'engagement, potentiellement de souffrance, etc.
- Speaker #1
Je pense qu'un des premiers sujets, je vais arrêter de couper, mais il faut se sécuriser financièrement. Ce que je n'ai pas fait aussi, et je trouve que tu dors mieux quand même quand tu es sécure financièrement. Et ça, c'est une des premières erreurs que j'ai faites en me disant, ouais, de toute façon, j'ai 18-19 ans. Ouais, mais tu te retrouves avec un prix de plusieurs centaines de milliers d'euros sur les bras, on ne sait pas, à 25 ans, ça peut être dur. Donc, essayer de te sécuriser financièrement, moi, c'est ce que je fais en ce moment. Et je pense que c'est hyper important parce que tu ne sais pas de quoi est fait demain, encore plus dans un monde qui évolue très, très vite. Donc, je pense que c'est important.
- Speaker #0
Et ça me fait penser aussi à l'épisode qu'on avait tourné avec Caroline Poissonnier. qui a lancé le mouvement LeaderKif, c'est bien aussi, tu vois, ça fait partie de mettre en avant aussi la santé mentale du dirigeant. Hyper important. Hyper important. Et elle a évoqué aussi, tu vois, ce même principe avec les réseaux sociaux, juste de reprendre le contrôle, reprendre la main, décider en fait aujourd'hui l'information, elle nous vient en push et en fait, on ne maîtrise plus du tout. Et donc, effectivement, ça peut très vite être oppressant, etc. Et juste de prendre le recul pour dire OK.
- Speaker #1
Je pense qu'il faut aussi apprendre à écouter ton corps parce que des fois, tu as une prise de recul. Mais moi, je sais qu'au début, je me rendais compte que ça m'était... Enfin, tu as la prise de recul de dire ça ne va pas et réussir à identifier ce qui te fait... C'est très compliqué. C'est hyper dur. Mais déjà, en avoir conscience et après, quand ça arrive, tu prends le recul en disant c'est quoi les mots qui méritent ? C'est quoi les... Peut-être les personnes. Tu as peut-être des gens, tu ne sais pas pourquoi. Le contenu, finalement, la façon de monter, je n'en sais rien, ça ne te va pas. Et au contraire, qu'est-ce qui va me dire je suis bien ? Ça me véhicule, je ressors avec des idées, etc. Donc ça, je pense que c'est un travail qu'on peut faire assez facilement. Et ça va mentalement te mettre peut-être dans une bulle plus d'optimisme. Et du coup, tu vas peut-être tendre vers des choses qui te correspondent plus.
- Speaker #0
L'entrepreneuriat, c'est un marathon. Donc il faut savoir s'aimer, savoir s'écouter. On arrive sur une rubrique récurrente dans le podcast, qui est celle de l'inspiration. Ça fait partie aussi de la promesse du podcast d'inspirer celles et ceux qui nous écoutent. Est-ce que toi, tu as... une personne, un mentor, une entreprise, quelque chose qui t'inspire ou qui t'a fortement inspiré ?
- Speaker #1
Tu voudrais partager ? Déjà, on a parlé un petit peu au fil de l'épisode Back Market. Hyper belle réussite française. Je trouve que pour l'essor du reconditionné, ils ont réussi à faire des super belles choses et ils ont ouvert la voie à plein d'acteurs du reconditionné. Rien que le terme reconditionné, pour moi, c'est une grosse partie grâce à eux. Donc ça, c'est l'entreprise qui m'inspire. Après, le mentor. J'ai eu une mentor par Réseau Entreprendre. Réseau Entreprendre, je trouve qu'ils font un super truc. Il y a beaucoup de personnes qui m'ont dit ça. Au-delà de parier sur l'entreprise, ils parient sur l'entrepreneur. et du coup pour accompagner l'entrepreneur ils vont te mettre avec un mentor et du coup j'ai rencontré Emmanuelle qui était ma coach, elle avait lancé sa boîte à 23 ans et revendue à 37, c'est une femme aussi et on n'était pas beaucoup et le fait d'avoir quelqu'un qui a quelques années de plus que toi et qui peut te tracer un chemin avec qui tu peux être transparent, avancé et en même temps te faire un écho parce que quand t'es entrepreneur tu le fais pour tes salariés ou tu fais des entretiens individuels, toi non donc quelqu'un que tu sais être hyper important donc ça c'est la personne qui m'a beaucoup mentorée Et après, une personne qui m'inspire beaucoup, c'est mon papa, parce qu'il n'a pas eu une vie facile. Là, il se reconvertit. Du coup, de ses 60 ans, il y a un an, il a eu un gros problème cardiaque et qui a failli lui coûter la vie de façon assez brutale. Et il a toujours avancé avec le sourire et tout. Et là, il va se lancer à son compte dans quelques temps, à 60 ans. Et il a toujours voulu faire ça de sa vie. Je l'ai poussé. Génial. Ouais. Donc ouais, non, je suis fière. Ça m'inspire et c'est... C'est quelqu'un qui est très humain et je pense que je ne serais pas la personne que je suis sans lui non plus. Il m'a toujours aidée pour tout. Là, c'est lui qui est venu nous aider à faire les travaux du magasin. Je pense qu'il faut aussi être... Quand on s'entend bien avec sa famille, il faut vraiment développer ses liens et essayer d'en prendre soin.
- Speaker #0
Et essayer aussi de la préserver, même si ça reste notre socle premier à qui on peut se confier et partager notre quotidien. effectivement, c'est un socle sur lequel il faut s'appuyer sans forcément tout laisser reposer. Oui, ils sont pas infaibles,
- Speaker #1
mais je pense que c'est donnant-donnant. Et après, je pense qu'il y a aussi certains membres, on dévie totalement, mais certains membres de notre famille qui vont savoir plus être très bons sur quelque chose que d'autres. Il faut juste en avoir conscience et encore une fois faire preuve de recul. Et encore une fois, se mettre dans leurs chaussures à eux, qu'est-ce qu'ils vivent et tout. Et notamment quand tu es dans la position parent-enfant, l'enfant, il comprend grandissant. t'attends beaucoup de tes parents mais il y avait une fois quelqu'un qui m'avait dit eux aussi c'est leur première vie et c'est très vrai donc je pense qu'il faut vraiment se mettre à leur place et en tant qu'humain ça m'a fait beaucoup de peine ce qui est arrivé à mon papa il y a un an il a eu un triple pontage cardiaque donc il est ouvert en deux semaines on a dû l'opérer sur la table d'opération et en fait il s'en sort avec une force de dingue ou alors se dire juste je vais prendre plus le temps et je vais enfin faire à 60 ans ce que j'ai envie et il n'y a pas d'âge pour se lancer il n'y a pas d'âge pour... Pour s'améliorer. Et ouais, il y a juste... Par contre, il n'y a pas aussi d'âge pour se faire aider. Donc moi, j'essaie de l'aider. Je vais lui trouver des clients. Mon conjoint lui a fait son site internet et tout. Ce n'est pas parce qu'on est le parent qu'on ne peut pas se faire aider par les enfants. Ou inversement. Du coup, juste faire preuve plus d'humanité, que ce soit dans nos équipes, dans les relations qui nous entourent. Pareil. Même si les politiques nous entendent, juste venez sur le terrain. Et en fait, nous, on a eu les grands PDG des OCam, c'est ceux qui, on va dire, en gros, possèdent les mutuelles. Je vais grossir comme ça. Et en fait, le fait qu'ils viennent sur le terrain, qu'ils comprennent et qu'ils voient la réalité des gens, c'est hyper important. Donc, je pense que si on écoutait plus les gens, je pense que... On fonctionnerait mieux et la société fonctionnerait mieux.
- Speaker #0
Tu as une maturité qui est assez impressionnante. C'est gentil. La prise de recul sur tout un tas de sujets qui soient liés à l'entreprise ou même à la vie, c'est assez... Je comprends vraiment mieux pourquoi Alice m'a dit qu'il faut vraiment que tu donnes la parole à Ophélie. Une autre rubrique récurrente dans le podcast qui est celle de la question posée aux auditeurs, aux auditrices, celles et ceux qui viennent de nous écouter pendant quasiment une heure. Quelles questions tu aurais envie de leur poser ? Quelles questions j'aurais envie de leur poser ? J'ai peur qu'elles soient déjà posées, mais est-ce que vous êtes sûre d'être à la place que votre cœur vous dit que vous devez être ? Je pense que c'est hyper important, même en tant qu'entrepreneur. Il y a un moment, je m'étais dit que j'avais peur d'être dans ma cage dorée. À me dire, j'adore typiquement, c'est trop bien, je suis invitée par... Je reviens sur les trucs politiques, forcément, ministère et tout. C'est cool.
- Speaker #1
Tu te sens important à ce moment-là ? Moi,
- Speaker #0
je l'ai vachement déconstruit. Je m'en fiche, franchement. Mais après, ça peut être un truc. Est-ce que tu ne fais pas une course parce que la course, tu as l'impression qu'elle se dessine ? Ou est-ce que tu as vraiment envie de ce chemin-là ? Et du coup, c'est ça. Donc, c'est vraiment ça. Est-ce que vous êtes à la place que votre cœur a vraiment l'impression ? Je ne sais plus comment j'avais formulé, mais est-ce que vous avez l'impression d'être à la bonne place ? Donc, vraiment s'interroger. Et je suis persuadée aussi que notre petite voix... notre petite voix nous dit toujours ce qu'on doit être après, il faut savoir l'écouter après j'ai bien conscience que typiquement j'ai pas d'enfant pour l'instant quand t'as des enfants ça doit être très différent tu peux aussi avoir des contraintes financières on a tous des contraintes,
- Speaker #1
regarde ton papa à 60 ans c'est une contrainte,
- Speaker #0
tu pourrais dire on en a tous du coup je sais que c'est pas facile pour tout le monde et qu'on peut avoir des contraintes plus grosses que d'autres mais si jamais il y a contrainte je pense que peut-être qu'au lieu de te prendre 6 mois ça te prendra 1 ou 2 ans, mais c'est possible il se dit
- Speaker #1
Est-ce que tu as envie que les gens retiennent ta prise de parole ?
- Speaker #0
Déjà, si ils pouvaient venir passer leur prochaine lunette, c'est exact, je suis ravie. Je pense que ça a donné envie de passer la porte.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #0
donc venez découvrir Azak au 35 Rubas. Et non, et puis j'adore poursuivre les échanges. Donc, comme je te disais, alors je n'ai pas beaucoup de temps, j'avoue, mais si pendant des événements, rencontrer des gens, je pense que c'est hyper important de prendre le temps de s'échanger. Donc, pourquoi pas échanger sur LinkedIn ? En cherchant Ophélie Vienne, je pense que vous trouverez ce que l'on nous a mis un peu complexe. Mais oui, ce sera avec plaisir et merci pour l'invitation. J'ai passé un très bon moment.
- Speaker #1
C'était réciproque. Merci Ophélie pour cet échange. Je crois que ton parcours montre quelque chose qu'on oublie souvent quand on rencontre l'entrepreneuriat. Avoir une bonne idée et même avoir raison sur le fond ne suffit pas. Quand un marché n'existe pas encore vraiment, il faut tenir. Mais tenir ne veut pas dire de rester immobile ou s'accrocher au plan de départ. Il faut écouter le terrain, accepter de se tromper. de changer le canal, de partenaires, d'organisations et parfois même de rôles, tout en gardant suffisamment clairement la vision pour savoir pourquoi on continue. C'est peut-être ce qui est le plus intéressant dans l'histoire de Zach, la réussite ne se mesure pas uniquement au nombre de lunettes reconditionnées ou au nombre de points de vente. Elle se mesure peut-être aussi au jour où acheter une monture reconditionnée ne semblera peut-être plus un choix alternatif, mais simplement un choix parmi les autres. Et c'est précisément pour cela que j'ai créé Abonne-Entendeur, pour aller derrière les belles histoires. comprendre ce qu'elles ont réellement demandé et partager le vécu de celles et ceux qui font bouger les lignes. Merci d'avoir partagé ce moment avec nous. Pensez à vous abonner, à partager l'épisode et à nous laisser un commentaire. Chaque abonnement nous permet de continuer à donner la parole à celles et ceux qui le font. A très vite dans Un Bon Entendeur !