- Speaker #0
Je me suis rendu compte de la difficulté qu'on peut avoir à sortir un légume en fait. Moi j'ai envie que demain un contrôleur de gestion soit tout à fait à l'aise avec des données financières et des données extra-financières. Au même niveau que tout ça dans le cadre d'un projet collectif.
- Speaker #1
Si personnellement j'avais un conseil à donner c'est de retrouver du plaisir du bon sens, c'est un moment où on peut soutenir tout le monde est pour soutenir l'économie française de reconscientiser un petit peu nos choix et de se poser la question de ce qu'on peut faire petitement à notre échelle Bonjour à toutes et à tous, très heureux de vous retrouver aujourd'hui pour ce nouvel épisode sur une thématique qui me tient. personnellement à cœur, l'alimentation. Je suis personnellement issu du monde agricole, j'ai aussi eu la chance d'avoir une maman et un mentor qui m'ont transmis leur passion pour la gastronomie et le bien manger. Avec le temps, c'est devenu un vrai pilier personnel me concernant. Ceux qui me connaissent vous le diront, c'est un sujet auquel j'accorde beaucoup d'importance, autant pour ma santé, celle de ma famille, que pour les enjeux environnementaux qui y sont liés. Et pourtant, parfois, j'ai le sentiment que le bien manger est devenu un sujet secondaire chez la plupart des gens. Alors même qu'il touche à des enjeux majeurs à notre santé. à l'agriculture, au climat, à notre pouvoir d'achat et plus largement à notre manière de consommer et de faire le monde. La restauration est probablement l'un des secteurs qui reflète le mieux les tensions et les défis de notre époque. Mais l'idée aujourd'hui, ce n'est pas d'avoir une discussion théorique ou dogmatique, c'est plutôt partir du terrain, du vécu, comme d'habitude, pour comprendre concrètement comment un groupe de restauration essaie d'avancer dans ce contexte. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui Sylvain Lemancatel, en charge de la RSE chez Agap Restauration. Écosystèmes qui rassemblent notamment les enseignes Saladenko, Il Ristorante ou encore Trois Brasseurs. Bonjour Sylvain, bienvenue dans Un Bon Entendeur.
- Speaker #0
Bonjour Florent.
- Speaker #1
Écoute, ravi de t'avoir au studio avec moi ce matin. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots pour celles et ceux qui ne te connaissent pas encore ?
- Speaker #0
Alors, merci Florent déjà pour l'invitation. Je suis ravi d'être là. Je suis donc Sylvain, j'ai 48 ans, je suis marié depuis plus de 25 ans maintenant et j'ai deux grands-enfants qui sont étudiants sur la métropole lilloise. Je suis originaire du Nord, mais j'ai vécu dans d'autres régions au cours de ma carrière, notamment au début. Je suis quelqu'un de... je dirais sensible aux questions sociales et environnementales depuis que je puisse m'en souvenir.
- Speaker #1
Tu n'es pas là par hasard.
- Speaker #0
Non, je ne suis pas là par hasard. Et je pense aussi que j'ai été très rapidement dans le milieu familial confronté aux questions et aux débats politiques et sociétaux. J'ai eu un cursus universitaire en IUP. Alors, ça n'existe plus. Mais... En gros, on sortait avec une maîtrise à l'époque où on faisait des stages, des choses comme ça. C'était un peu professionnalisé. Donc du coup, plutôt environnement technique, on va dire. Enfin de l'environnement, mais vu côté technique. J'ai commencé ma carrière chez Suez, dans l'eau, du coup. Dans le génie des procédés, process. J'ai quand même plutôt été dans des domaines qui me parlent, parce que c'est des besoins de base, des besoins fondamentaux, avoir accès à l'eau, se nourrir, le logement, je suis passé par le logement social, et c'est des faits sociétaux complexes avec une grosse dimension politique qui m'intéresse en premier lieu.
- Speaker #1
Du coup, début de carrière chez Suez, dans l'eau, après tu passes dans l'IT, et après tu arrives dans le logement social. Tu as fait quoi du coup dans le logement social ?
- Speaker #0
Alors dans le logement social, en fait l'IT c'est venu un peu plus tard. Dans le logement social, au départ j'ai pris une direction d'une antenne qui s'occupait de l'entretien courant des logements. Et là j'ai fait plutôt de la gestion locative et de l'entretien courant de logement. Ça m'a permis de découvrir ce que précarité et difficulté d'accès au logement voulaient dire. dans la réalité. Puis je me suis confronté aussi à des questions de précarité énergétique, de choix difficiles entre remplacement et rachat, enfin voilà, sur les questions de durabilité des équipements. Donc en fait ce côté lien entre écologie et justice sociale. En fait j'ai commencé à percevoir un peu ce lien à ce moment-là. Pour autant j'étais pas du tout dans la partie RSE. Vraiment pas. Et puis j'ai eu un tournant au sein de Maison et Cité. Je suis sorti de cette partie management gestion locative et je suis parti en Haïti. Et puis je trouvais que c'était un peu au cœur de toutes les problématiques dans une boîte. On a une vraie vision globale quand on est en informatique, quand on s'y intéresse vraiment. J'ai quitté Maison et Cité après des projets qui me tenaient à cœur. C'était la fin d'un cycle. Et du coup j'ai pris mon envol tout seul et puis j'ai créé ma propre société. Je suis toujours aujourd'hui indépendant et je travaille chez Agap maintenant depuis 6 ans en tant qu'indépendant.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné tu es parti sur la restauration ?
- Speaker #0
Alors en fait c'était une chance qu'on m'a donnée, je m'intéressais à la Green IT à l'époque. Et à cette époque-là, à peu près en concomitance, il y a eu une envie de créer un pôle. On appelait ça leader planet à l'époque, c'était un peu dans l'écosystème, c'était le terme consacré. J'ai eu l'occasion de pouvoir essayer ce poste. Ça m'a beaucoup plu, ça a donné des résultats.
- Speaker #1
Tu t'es formé à la RSE ? Oui, complètement. Sur le TAR ?
- Speaker #0
Sur le TAR, oui, parce que finalement c'est un sujet assez complexe, la RSE qui touche énormément de domaines. Sociaux, sociétaux, environnementaux. Alors l'environnement c'était peut-être là où j'étais le plus à l'aise parce que c'était ma formation de base. Sur le social j'avais découvert un certain nombre de choses. En tant que manager et à des niveaux de top management on apprend pas mal de choses.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu penses que ça t'a apporté le parcours dans l'eau, dans le social, dans l'IT ? Aujourd'hui tu es en responsabilité sur la RSE dans un grand écosystème comme Agap. Qu'est-ce que ça t'a apporté de ton point de vue ?
- Speaker #0
C'est une richesse d'avoir pu occuper plein de postes différents comme ça, pour avoir une vision un peu holistique des choses, et de ne pas être cantonné sur une thématique, un domaine. Je crois que l'alimentation, par exemple, c'est un fait total sociétal, parce qu'il va traverser des questions éthiques, des questions politiques, des questions sociales. des questions de santé, tu en parlais en introduction. Avoir eu plein d'expériences avant d'avoir ce poste m'a permis de prendre un peu de recul, un regard un peu plus large et de ne pas parler que de restauration.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux expliquer l'écosystème Agap pour celles et ceux qui ne connaissent peut-être pas ou peu, en quelques mots expliquer, j'ai cité les trois grandes enseignes principales, mais est-ce que tu peux donner... Vous présentez peut-être un petit peu plus largement.
- Speaker #0
Agap, aujourd'hui, c'est 114 restaurants en français à l'étranger. Alors, il y a une marque qui est présente au Canada, qui est Trois Brasseurs. Les autres sont plutôt centrés sur le territoire. Alors, en métropole, mais aussi outre-mer. Et le groupe sert à peu près 13 millions de repas par an. donc ça compte quand même. Chaque action au final a un petit impact quand même. C'est un écosystème qui a vraiment évolué avec le projet d'autonomisation des marques. Donc on a un petit peu individualisé les problèmes et les sujets pour qu'ils soient gérés au plus près du terrain et dans la réalité de chacune des marques. Et d'ailleurs moi-même dans ma façon de travailler le SG, je suis plutôt dans les... C'est une démarche bottom-up. On va travailler sur les questions de terrain, sur les préoccupations, L'occupation des gens qui travaillent au plus près des convives et aussi de la réalité de terrain, c'est-à-dire des capacités à faire, de la connaissance, des moyens financiers. Donc pas descendre un truc qui est finalement infaisable et qui va stresser tout le monde ou qui va bloquer, plutôt quelque chose qui remonte et qui donne, voilà, on est capable de faire quoi, on veut faire quoi et on va définir des politiques dans ce sens-là.
- Speaker #1
Mais toujours avec ce rôle quand même de chef d'orchestre, de ne pas refaire une vision globale, et... Chaque enseigne a son positionnement, a son marché, a ses clients, a ses contraintes. Comment tu règles tout ça ?
- Speaker #0
C'est vrai que tu as un risque. Le fait de ne pas descendre les choses peut amener à avoir une genre de cacophonie. Chacun fait un petit peu son truc dans son coin. Globalement, quand tu consolides tout ça, ça ne donne plus quelque chose de cohérent. En l'occurrence, le cadre de référence, il est là normalement pour encadrer les règles du jeu. Après, chacun met sa tactique sur le terrain, si on prend l'image du sport. Mais en gros, c'est ça. On a défini les règles du jeu. Après, sur le terrain, on fait en sorte de gagner avec les ressources qu'on a. Et de toute façon, avec des mondes qui sont très différents, entre un salad-enco qui est dans le libre-service, on compose soi-même sa salade. Et un mini-restauranté qui est du service à table avec une brigade derrière en restauration classique, on va dire, assez traditionnelle. Et puis 3B qui est dans le moment de vie, le partage, etc. Et la gourmandise. On est vraiment sur des univers très différents. Et on doit responsabiliser chaque une des directions. Un peu, je te parlais de sécurité, de santé au travail. C'est un truc qu'on a l'habitude de dire. Ça débute par chacun, en fait. La sécurité, le HEC, la RSE, c'est exactement pareil, en fait. Il n'y a pas une seule décision qui n'est pas ancrée dans une question environnementale, sociale, etc.
- Speaker #1
La CSRD d'ailleurs, vous avez décidé de maintenir, vous ne l'avez pas appelé rapport de durabilité, tu pourras expliquer, mais du coup ça c'est le cadre commun à tout le monde, d'essayer de maintenir alors que la réglementation finalement ne vous concernait plus directement.
- Speaker #0
Non, c'est ça, et en fait c'est un bon exemple, mais en gros ce qu'on essaie d'avoir c'est une démarche mutualiser un socle commun, on va dire, sur ce qu'on peut mutualiser en fait, en termes de ressources, de connaissances, etc. Donc on a un socle commun. Et après, on a beaucoup de spécifiques, mais 80% des choses sont propres à chacune des marques en fait.
- Speaker #1
C'est quoi, ce que tu peux dire en fait pour celles et ceux qui nous écoutent, c'est quoi les enjeux de l'alimentation ?
- Speaker #0
On est sur des enjeux, je parlais tout à l'heure de fait sociétal total, on est dans un contexte où on va, c'est au-delà de la subsistance en fait, on a des enjeux évidemment de nourrir le plus grand nombre. mais il faut le faire en respectant un plancher social qui aujourd'hui est quand même assez fracturé fracturé parce que sur toute la chaîne de valeur que ce soit au niveau des convives qui ont du mal à joindre les deux bouts et à s'alimenter dans de bonnes conditions, en quantité et en qualité suffisante. Et puis aussi en amont, avec l'amont agricole qui s'est révolté. Quand même, on a eu des marqueurs forts. C'est pas réglé. C'est pas réglé. Et on n'a pas de bons signes dans ce sens-là en ce moment. Il y a donc cette question du plancher social qui est fissuré, fracturé. Il y a ces limites planétaires qu'il faut respecter. Se nourrir tout le monde, ok, mais pas dans n'importe quelle condition. En fait, pas au détriment finalement de notre environnement. Parce qu'à court terme, ça peut peut-être faire le boulot. À long terme, on le paiera. Il y a la question de la santé, de la nutrition.
- Speaker #1
Et comment tu expliques qu'aujourd'hui... Personnellement, je l'ai expliqué en introduction, c'est une priorité pour moi. Mais pour la plupart des gens, et tu parles de fracture sociale, évidemment, je pense qu'il y a la prédominante prix. Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, c'est ça ? C'est vraiment le prix ? Les gens ne sont pas contre, mais juste, en fait, ils font des choix, des arbitrages, et c'est moins prioritaire. Tu le vois comme ça ?
- Speaker #0
Oui, dans un contexte inflationniste, entre 2021 et 2024, j'avais lu qu'on avait pris 20% sur l'alimentation en termes d'inflation. C'est juste énorme. Effectivement, quand tu as du mal à boucler tes fins de mois, tu dois faire un arbitrage entre bien te loger, bien te nourrir, bien te soigner.
- Speaker #1
Mais pour autant, ceux qui sont peut-être CSP+, qui ont moins ces problématiques de pouvoir d'achat, je n'ai pas le sentiment que le bien manger soit plus présent. Si ?
- Speaker #0
Si. Si, parce qu'en fait, je pense que c'est un marqueur de différenciation sociale. Aujourd'hui, l'alimentation, être capable de cuisiner, faire du batch cooking, etc. Ce sont des trucs qui sont assez marqués, classe sociale riche maintenant. Alors qu'avant, avoir son petit potager, c'était plutôt un truc prolétaire. Mes parents, ils avaient chez eux la basse-cour, ils avaient le petit jardin, et puis c'était comme ça que ça se passait. Aujourd'hui, c'est plutôt chez les classes supérieures qu'on voit ce genre de choses, en fait. Parce qu'un retour à la terre, un retour du sens, moi je le vis aussi à un titre personnel. Mais je veux dire, on voit quand même que c'est des gens privilégiés aujourd'hui qui font ça. Les personnes qui consomment finalement la malbouffe, c'est pas les classes supérieures. Donc non, il y a un vrai clivage, et je dirais qu'il n'est pas que économique, il est aussi culturel.
- Speaker #1
Et pourtant on y est attaché, tu vois. Je pense que tu demandes la fierté pour un Français, la gastronomie.
- Speaker #0
C'est même dans le patrimoine immatériel de l'UNESCO.
- Speaker #1
Donc c'est en nous, tu vois. Alors après ça ne se décline pas forcément toujours concrètement. Alors tu parles du retour au sol, et c'est vrai que tu m'expliquais dans l'échange qu'on avait eu un peu avant aujourd'hui, que tu participes à un projet de... de fermes bio en Corrèze, de rénovation d'une grange. Tu m'as parlé, ça me fait écho à ça, retour au sol. Est-ce que tu peux rapidement peut-être expliquer et qu'est-ce que ça t'apporte le retour au sol justement ?
- Speaker #0
Ouais, en fait, mon beau-frère et ma belle-sœur ont créé une ferme biologique avec des concepts permaculturels il y a 4 ans maintenant, je crois, en Cuaresse.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Une ferme des petites bottes. Et super projet. Alors, ce n'est pas du tout mon projet, c'est leur projet. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir mettre les mains dedans de temps en temps, aller aider à construire ça. Moi, ça me donne du concret de créer quelque chose avec eux. Quand je vais les aider, j'ai l'impression de contribuer à une amélioration locale de la vie. Et c'est ce qui se passe. Ils ont recréé de la vie en local. Ils sont intégrés dans un environnement qui profite finalement de cette démarche. Et puis, à titre personnel, c'est hyper enthousiasmant de pouvoir aller de temps en temps, changer d'air, de changer de rythme, d'avoir d'autres préoccupations que celles que j'ai habituellement. Vraiment le rythme aussi, le côté tout est plus proche, et puis assez immédiat au final. Même si on est très tributaire de la nature, et d'ailleurs c'est un sujet que j'ai appris, Enfin, je me suis rendu compte de ce que ça voulait dire. Enfin, toi, t'es de ce monde-là, mais moi, pas du tout, en fait, tu vois. Et en fait, je me suis rendu compte de la difficulté qu'on peut avoir à sortir un légume, en fait. Et le prix dérisoire qu'on paye aujourd'hui pour une alimentation saine, alors que c'était l'effort que ça peut représenter, la dépendance aux conditions climatiques, tu vois, on parle d'adaptation au changement climatique, mais j'ai compris ce que ça voulait dire, en fait, la dépendance à l'eau. Voilà, la recherche de débouchés stables, des marges de confiance, l'impact finalement qu'on peut avoir côté restauration ou distribution sur comment c'est produit, quelles sont les contraintes pour le producteur. J'ai compris tout ça en fait. En travaillant là-dessus, ça m'a vraiment mis... face à la réalité du terrain.
- Speaker #1
Et du coup, à l'inverse, ce retour au sol t'apporte une autre vision aussi dans la manière de gérer le sujet côté restauration ?
- Speaker #0
Complètement. D'ailleurs, ça a guidé pas mal le travail que je suis en train de réaliser avec Salad. sur l'adaptation au changement climatique en fait quand on a travaillé le levier on a structuré le levier adaptation au changement climatique dans les enjeux de SADENCO on a réfléchi à la façon dont on pouvait diversifier les filières d'appro et pour sécuriser finalement ce qui fait le coeur de leur business Et donc, plutôt que de dépendre à 100% de grossistes et de chaînes nationales, même s'ils introduisent beaucoup de locales déjà, mais il nous fallait regarder aussi les choses autrement, être en plus en direct dans des circuits courts, essayer de travailler avec des gens qui sont engagés dans l'agroécologie. Et là, on a un projet avec une ferme bio-intensive qui nous permettrait de gaper en plus sur du bio. En fait, j'ai été inspiré vraiment par cette expérience personnelle, dans la conviction que j'ai pu transmettre à Saladenko sur ces sujets.
- Speaker #1
Tu comprends mieux la réalité du producteur, et donc du coup, tu arrives à la mettre en... Oui,
- Speaker #0
tu sais ce que c'est un plan d'assaulement, il y a des terminologies, quand tu discutes avec le producteur en direct, tu commences à avoir des... on se comprend un peu plus. alors que quand tu es détaché de tout ça, tout ça, ça ne te parle pas en fait, les contraintes de même les saisonnalités qui est très respectée chez ça
- Speaker #1
pour le coup, je l'avais vu, c'est très respecté, vous vous adaptez.
- Speaker #0
C'est un concept qui est nativement, qui a beaucoup de sens au côté RSE, pour autant...
- Speaker #1
C'est rendre accessible des fruits et surtout des légumes au plus grand nombre et aussi aux enfants. Je sais que les enfants, je ne sais pas quelle est la partie de la clientèle chez les enfants salades, mais moi-même, par exemple, le mien, il est ravi d'aller chez Salade. et moi quel bonheur de le voir en fait avec des yeux et d'aller avoir la sortie non mais vraiment, il y a plein d'enfants qui vont chez Salade, ça c'est super parce que c'est aussi là que ça se transmet ouais,
- Speaker #0
tout à fait on parlait tout à l'heure de patrimoine culturel la transmission en fait partie et a la tendance à se perdre et du coup de pouvoir en fait finalement vivre un moment comme ça en famille autour de bons produits c'est réussi,
- Speaker #1
c'est cool carrément on parlait aussi, j'en parlais en introduction le fait de ne pas avoir de posture dogmatique comment parce que tu as des convictions ça se ressent, c'est dans ton parcours et puis quand tu es à ce genre de réponse heureusement que tu as des convictions pour autant il faut réussir à embarquer tu l'as aussi évoqué, un écosystème une centaine de restaurants et puis aussi des directions avec des sensibilités avec des gens qui perçoivent peut-être le sujet différemment qui n'ont pas forcément ces convictions comment tu t'arrives à embarquer, comment il faut embarquer selon toi essayer d'embarquer le plus grand nombre sans être moralisateur, sans être donneur de leçons Merci beaucoup.
- Speaker #0
La posture, effectivement, si elle est dogmatique, si elle est fermée et donneuse de leçons, elle ne paye pas. Aujourd'hui, c'est bien ce qu'on reproche finalement à un certain nombre de discours publics. Pour autant, effectivement, il faut incarner le discours, pour le coup. Donc, on est obligé d'être engagé sur ces questions-là. Et il y a aussi une question d'urgence. On parlait d'adaptation au changement climatique. On peut décréter qu'il faut faire une adaptation au changement climatique parce que c'est bien de le faire écologiquement parlant. On peut aussi dire qu'à un moment donné, si tu n'adaptes pas ton modèle d'affaires, tes bâtiments, tes conditions de travail ou sécuriser tes matières premières aux vagues de chaleur, demain tu ne pourras plus opérer. C'est mort. C'est ça. En fait, très concrètement, si on parle le langage du monde de l'entreprise, on peut tout à fait justifier d'agir. et d'agir dans le bon sens, dans le sens social et écologique, en tout cas le sens que moi je voudrais défendre d'un point de vue personnel, avec un langage qui parle à des gens qui sont plus orientés sur la vie et la durabilité du business model. D'ailleurs, le mot de durabilité business model, il est intéressant. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a appelé ça Cap Durabilité, tu parlais tout à l'heure, plutôt que CSRD, parce qu'on a une ambition. On ne veut pas juste cocher des cases d'une norme. L'idée c'est de poser une ambition, une trajectoire. et donner du sens à tout ça dans le business model. On ne peut pas sortir de ce langage-là. Sinon, on est encore à côté de la réalité de l'entreprise. Moi, j'ai envie que demain, un contrôleur de gestion soit tout à fait à l'aise avec des données financières et des données extra-financières, au même niveau. C'est hyper important pour moi que ça se passe comme ça. C'est pas toujours évident, parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas monétiser, il y a des choses qu'on ne peut pas objectiver simplement, qui sont sur la biodiversité, etc. C'est complexe.
- Speaker #1
Ce qui a régi pendant... des décennies, c'est l'argent. Mais c'est toujours l'argent. On essaye d'introduire un prisme, un mindset qui est un peu différent, qui est plus large. Je parle de durabilité, de responsabilité. Je pense que tu as raison. Je pense qu'il faut parler aussi business. C'est une bonne manière d'embarquer parce qu'effectivement, tu dis, et ça vaut pour n'importe quelle entreprise, tu dis aux dirigeants ou aux actionnaires que business model en l'état sans jouer la peur évidemment mais en fait c'est un fait pour rester sur l'exemple de Salade, non mais évidemment c'est que et tu parlais d'inflation tout à l'heure sur les matières premières effectivement si à un moment donné dans les enjeux et c'est aujourd'hui prouvé, prouvable notamment avec j'imagine la double matérialité que vous avez fait dans la CSRD, tu vois tes risques et tes risques directs ça c'est concret pour le coup, c'est business
- Speaker #0
Oui alors la démarche, c'est pour ça que je parle Ça guide beaucoup mon travail. Quand on manage les risques, on a même fusionné des cartographies des risques. Tu as des cartographies pour plein de sujets en entreprise. On a cette démarche-là d'essayer d'avoir une vision holistique sur la gestion des risques pour qu'on puisse parler aux dirigeants sur l'ensemble des risques. qui doivent être couverts, en fait. Et on n'hésite pas à mettre sur une même cartographie des questions de trésorerie et de placement avec des questions d'adaptation au changement climatique, par exemple, ou d'impact sur la biodiversité, de dépendance aux écosystèmes. Parce qu'en fait, tout ça, c'est un... L'entreprise n'est pas déconnectée de la réalité de la vie, en fait. Et c'est bien ça qui a posé problème, je pense. C'est d'avoir... De parler déjà d'environnement ou... le milieu naturel qui serait autre chose à côté de notre vie. Mais non, on en fait partie en fait. On en fait partie intégrante. L'entreprise, c'est la même chose. Elle fait partie intégrante de son milieu. Elle interagit avec. Et ces échanges de flux, de données, d'argent, de matière, il faut qu'on les intègre en fait. Et si on ne le fait pas, à un moment donné, ça nous rattrape. Du coup, on a des pénuries, on a des problématiques de gestion d'inflation. Et en fait, on réagit plutôt qu'on anticipe. Et ça, pour une entreprise, c'est jamais bon, parce que c'est toujours des surcoûts, c'est toujours fait approximativement parce qu'on n'a pas le temps.
- Speaker #1
Et le système nous emmène un peu là-dessus, sur l'immédiateté, on enchaîne un peu les crises, et en fait, on les subit. Mais comment tu fais un moment pour dire, attends, stop, je prends du recul, et j'essaye d'anticiper, sans oublier le quotidien, qui est là aussi, qui te rattrape. Comment tu fais ? Il faut être un peu sur les deux tableaux.
- Speaker #0
Oui, c'est compliqué d'être sur le temps long quand on est en permaculture. Toi,
- Speaker #1
tu es sur le temps long et du coup, il y a peut-être d'autres fonctionnalités dans l'entreprise qui, elles, gèrent le quotidien. Et c'est là où il faut réussir à embarquer sans oublier le quotidien.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Et pour ne pas être déconnecté de la réalité, parce que c'est vrai que quand tu es en difficulté économique, et honnêtement, depuis le Covid, la restauration, en l'occurrence, est très chère quand même. Et on n'arrive pas à retrouver ces niveaux de fréquentation historiques. On a en plus une concurrence sur l'alimentation avec la malbouffe classique.
- Speaker #1
Des nouveaux concepts qui arrivent ?
- Speaker #0
Ils sont dans l'instant présent. Ils investissent pour avoir des résultats immédiats, sans trop se préoccuper. C'est un peu moins vrai maintenant parce que la végétalisation de l'offre qui arrive. Ils ont une grosse période où ils ont fait beaucoup d'argent sur le court terme et ils investissent beaucoup sur la communication. Du coup, Sur de la restauration classique, on va dire, qui est un peu dans le ventre mou, finalement, de l'offre. Donc pas les moins chers, pas les plus chers, mais entre deux, en fait, une offre qui est équilibrée. C'est difficile de concurrencer, ça, en fait.
- Speaker #1
Moi, je pense que les gens ne sont pas contre. De bien manger, mais effectivement, il y a un aspect pédagogique, c'est-à-dire qu'il faut expliquer, il faut réussir à séduire aussi sur les différents, et puis l'aspect prix, c'est comment t'arrives effectivement avec tous ces enjeux de souveraineté, etc., à rendre, même pour un écosystème comme Agap, c'est un arbitrage quotidien de qualité, de responsabilité, de prix. C'est pas simple. Coupler évidemment un contexte économique difficile. Après, ces groupes qui arrivent, effectivement, il y a beaucoup de marketing. Tu me dis si je me trompe, mais est-ce que tu vois, les gens en fait, quand ils décident de manger à l'extérieur, ils ont aussi peut-être à un moment donné envie de lâcher prise. C'est le moment détente, c'est le moment plaisir. Je pense que les gens ne sont pas contre pour la plupart. quand tu leur mets à dispo des plats végétariens, tu vois, végétales et voilà, si ça t'arrive à embarquer avec des choses, les gens sont pas forcément contre mais ils ont pas envie forcément à ce moment-là tous d'en faire un acte politique
- Speaker #0
Non, en plus je pense pas que ce soit le rôle d'Agap de le faire pour le coup c'est bien qu'on s'engage en fait à décarboner l'assiette D'ailleurs, c'est un des objectifs d'Agap assumé, de baisser l'intensité carbone par repas. Voilà, ça fait partie des objectifs. En revanche, ça passe par la végétalisation, on est d'accord. En revanche, il y a effectivement, par exemple, la conjoncture actuelle avec l'inflation fait qu'il y a un certain nombre de convives qui viennent en restauration pour manger de la viande. Parce qu'ils n'en mangent pas forcément beaucoup chez eux. Et que se faire plaisir, etc., c'est synonyme de ça. Je suis d'accord avec toi, on peut faire un peu d'éducation au niveau privé, mais c'est vraiment un sujet de politique publique, un sujet collectif. Et puis, il faut faire attention parce que l'alimentation, c'est très clivant comme sujet, c'est très culturel, ça apporte plein de choses. On peut être militant en mangeant différemment, on peut être végane, on peut être végétarien, ça apporte des messages. Je crois qu'il faut être prudent. Effectivement, quand on est commerçant comme Agap, c'est difficile à un moment donné d'aller à l'encontre finalement de... On est avant tout là pour avoir des convives, offrir un bon moment, etc.
- Speaker #1
Par contre, tu peux faire des choix dans les approvisionnements, justement, de la viande. de la viande française, de la viande avec certains labels. Oui, tu as raison,
- Speaker #0
complètement. Et là, par exemple, avec l'arrivée du Mercosur, etc., le fait d'avoir du VBF dans l'assiette, ça va compter. Alors que ça ne l'était pas vraiment avant. Mais je suis d'accord avec toi. En fait, les filières qu'on va choisir vont influencer beaucoup la qualité. Et le seul problème, le seul frein qu'on peut avoir avec ça, par exemple, sur la question climatique, qui est quand même centrale, Dans les entreprises en RSE aujourd'hui, la question de l'atténuation au climat, c'est celle qui est le plus traitée d'ailleurs. L'atténuation ?
- Speaker #1
L'atténuation, donc la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Et dans la restauration, une très grosse partie, c'est lié à la pro-alimentaire. L'exploitation en tant que telle, avoir chauffé les locaux, etc., ça ne pèse pas grand-chose. La très grosse partie, c'est l'assiette. Et dans l'assiette, l'amour agricole. c'est même pas le transport des denrées etc. La façon dont c'est produit influence énormément les émissions de gaz à effet de serre.
- Speaker #0
Ça les gens ne s'en rendent pas compte, la plupart des gens. Moi quand j'en discute, parce que j'ai cette discussion souvent avec des gens dans mon entourage, les gens qui sont en train de faire des émissions de gaz à effet de serre, Les gens ne perçoivent pas que 1 kg de bœuf ou un produit d'agriculture conventionnelle, l'utilisation de produits phytosanitaires, etc. L'impact que ça a, parce que c'est induit, on ne s'en rend pas compte.
- Speaker #1
Ce n'est pas bien valorisé le fait de choisir une bonne filière, par exemple sur la partie carbone. Si on prend la méthode classique, d'ailleurs, je crois qu'au moment où on enregistre ce podcast, il y a un webinaire sur l'affichage environnemental alimentaire. Il est sorti sur les textiles et il sort sur l'aliment. Ça fait un bail qu'on l'attend. Et en fait, ce qui sera l'éco-score, le green score, open score, peu importe comment il s'appellera, l'affichage environnemental en tout cas sur la partie alimentaire, tel qu'il était calculé avec les règles européennes sur le nanodio-cycle de vie, ne valorisait pas assez bien les pratiques extensives, le bio. etc. Et en fait c'est plutôt des méthodes intensives qui sont valorisées dans le calcul parce que c'est du rendement au kilo de matière etc. Et en fait ce qu'on a comme discours ambiant qui est toujours un peu... qui simplifie beaucoup les choses et des fois à l'excès.
- Speaker #0
Tu parles d'infantilisation, tu trouves qu'on est infantilisé parfois ? Tu me parlais de ça avant.
- Speaker #1
Ouais, j'y reviendrai. Sur cette question d'analyse de cycle de vie, finalement c'est un bœuf moyen par exemple qu'on va donner. On a du mal à différencier au sein même d'une catégorie la qualité d'un produit.
- Speaker #0
On progresse là-dessus ?
- Speaker #1
On progresse, oui, il y a plein de recherches, on en est qu'au début. Je dirais même maintenant, je vois là, chez Agap, nous on est capable de sortir, on sait calculer le poids d'une carte, on sait calculer le poids des recettes. Chez Trois Brasseurs et le restaurant de thé, on a même travaillé avec l'ADEME sur le sujet. On a édité un rapport sur le sujet de l'éco-conception de l'offre. Et donc on travaille en fait les recettes pour équilibrer au mieux le plat, mais aussi pour voir son impact économique, nutritionnel et environnemental.
- Speaker #0
Tu décarbonnes de 20%, est-ce que tu arrives à avoir 20% moins cher ou non ? Au contraire, c'est plus cher dans les appros du coup ?
- Speaker #1
Ça dépend de ce qu'on fait. Si on veut, par exemple, si on part sur une végétalisation du plat, ce qui est classiquement ce qui apporte le plus de résultats très rapidement, mais il y a ses limites. Limite culturelle, limite même d'identité de la marque. On ne peut pas faire n'importe quoi. Si on remplace une part, par exemple, de bœuf par de la protéine végétale, si c'est de l'ultra transformé, ça coûte cher. Si on a la capacité de produire quelque chose, de cuisiner, Là, on peut en tirer parti économiquement. Mais généralement, la végétalisation peut s'accompagner d'une baisse des coûts. Seulement si on décide de ne pas passer par l'industrie agroalimentaire. Sinon, on le voit bien, pour ceux qui mangent des produits transformés qui sont distribués en supermarché, ce n'est pas moins cher que la viande. Aussi peu, quoi.
- Speaker #0
C'est un faux prix. Enfin, clairement, je suis d'accord avec toi. Ça coûte plus cher. Oui, oui.
- Speaker #1
Il y a encore des enseignes qui font des suppléments pour l'option VG. Ça existe encore, ça. C'est fou de faire ça. Mais ça peut s'expliquer. C'est-à-dire qu'en fait, il y a des questions de volumétrie, des questions de filière qui ne sont pas matures. Ce n'est pas évident. Chez Salade, on a une protéine végétale en plus des protéines. on va dire légumineuses donc on met à disposition tout un tas de protéines végétales là aussi la question de l'éducation est importante comprendre qu'une protéine végétale associée à des céréales ça va donner autant de protéines qu'une viande si on consomme bien ils ont des protéines transformées un genre de filet qui ressemble à du filet de poulet ça plaît beaucoup mais c'est très cher Merci. C'est encore trop cher. Et ça, c'est pas normal.
- Speaker #0
Infantilisation, pardon. On en parlait rapidement, juste avant. Oui. Je veux bien que tu en parles un peu, parce qu'on en avait parlé juste avant de lancer l'enregistrement, et je trouvais ton approche assez intéressante là-dessus. Tu trouves qu'on est trop infantilisés ?
- Speaker #1
Ah oui, en fait, alors, moi je me dis souvent on refuse la complexité des choses. On parlait tout à l'heure de vue holistique, il n'y a rien de simple en fait. A chaque fois qu'on va agir à un endroit, on va peut-être tendre un autre de la chaîne de valeur. Et il faut avoir conscience de ça en fait.
- Speaker #0
Pas de solution miracle.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Et en fait, souvent on simplifie les choses pour aller vite, parce que sur un comité de direction, on a 10 minutes, un quart d'heure pour poser le sujet. Mais des fois, il y a aussi la mise en comptage qui est nécessaire pour bien comprendre l'ampleur du sujet, la gravité que ça peut avoir et l'ampleur du risque pour l'entreprise. Donc, il ne faut pas refuser ni la réalité des choses, ni la complexité des choses. Après, il faut que nous aussi, quand on a l'information, qu'on puisse la transmettre de la manière la plus compréhensible possible. Il ne faut pas qu'on soit trop technique. J'ai cette tendance aussi, j'ai appris aussi à vulgariser beaucoup la partie technique. Mais en tout cas, il y a ce côté un peu infantilisant, d'injonction, de faut faire ci, faut faire ça. En fait, globalement, je pense que la réponse, elle n'est pas... Elle n'est pas que dans les individus. On fait partie, chacun doit être responsable de ce qu'il fait. En revanche, ce n'est pas parce que tu veux que tu peux. Je pense que tu as un déterminisme qui fait que tu peux y avoir accès ou pas. Tu peux être éloigné géographiquement des zones de production, etc. et ne pas avoir de facilité à te nourrir correctement. Tu peux avoir des problématiques économiques, tu peux avoir des problématiques de... Enfin culturel en fait finalement, t'as pas eu de transmission, donc tu sais pas cuisiner, tu sais pas choisir tes produits. Il faut un projet collectif, l'alimentation. En fait t'as le choix, en vérité, que entre l'offre qu'on te propose. Si demain en fait t'as un budget serré et que dans ce budget tu peux rentrer que le produit ultra transformé qui est en tête de gondole et qui est en promotion.
- Speaker #0
Et ça fait 30 ans que tu consommes comme ça ?
- Speaker #1
Exactement ! Il y a même des collectifs qui sont en train de... Je pense à Salade, ça me vient à l'esprit, mais Salade & Co, ils ont adhéré au collectif en vérité au début d'année. C'était la première enseigne de restauration à le faire. C'est quoi le collectif ? C'est un collectif qui fait du lobbying positif auprès des institutions françaises et européennes autour de la transparence et de l'alimentaire. et de l'information des consommateurs, etc. Et je pense que plus largement, ça peut influencer la politique française et européenne vers finalement l'affichage environnemental, etc. Donc il y a ces combats-là à mener pour que chacun puisse avoir la bonne information. Pour autant, ce n'est pas suffisant. C'est pas suffisant. Il faut donner les moyens de pouvoir assumer ces choix-là. Les moyens économiques, la formation qui va bien, etc.
- Speaker #0
C'est quoi les actions dont tu es le plus fier quand tu regardes un peu dans le rétro ? Chez Agap, ça fait 6 ans. Tu en as cité quelques-uns d'approvisionnement, de fournisseurs, de bio, de tout ça. Est-ce que tu as quelques actions qui te viennent à l'esprit où tu te dis on a fait du super boulot, j'en suis fier. Quand je regarde que Les actions ?
- Speaker #1
Le travail qu'on a mené avec l'ADEME sur l'éco-conception, j'en suis assez fier d'avoir pu finalement contribuer. En plus, il y a une forme de donation à la sortie de ce rapport. On a livré publiquement ce rapport avec nos méthodologies et la façon dont on a abordé le sujet. On a eu cette expérience-là, moi j'ai trouvé ça super enrichissant. La question que je mène en ce moment avec Saad, je suis assez fier de pouvoir avoir mis l'initiative de ce truc-là, même s'il faisait plein de boulot déjà avec les grossistes pour travailler sur le local. Mais cette démarche-là en circuit court, ils en avaient déjà fait une ou deux expériences, et là c'est à plus grande échelle, donc c'est hyper intéressant. Et puis on va travailler avec la Chambre d'agriculture du Nord. Prochainement, on va faire un événement au sein de la Chambre d'agri où on va inviter, via la Chambre d'agri, une quarantaine d'agriculteurs qui se sont engagés dans des démarches, soit de transition agroécologique, soit qui sont déjà installés en bio, etc. pour pouvoir avoir cette relation directe entre restaurateurs, enfin recréer cette relation entre restaurateurs et producteurs, qui a disparu parce qu'on a tellement d'intermédiaires maintenant qu'on a invisibilisé cette relation. On va retrouver ça, je suis assez content de pouvoir prendre ce truc-là. Tu parlais de vision holistique,
- Speaker #0
clairement la solution n'est pas portée que par l'acteur de la restauration, elle est portée par toute la filière, et donc évidemment il ne faut pas réussir à se mettre autour de la table, parce que les intérêts peuvent être parfois...
- Speaker #1
Oui, et puis toi, même vu de la chambre d'agri, voir qu'il y a un acteur privé qui n'est pas... Donc on n'est pas soumis à Yalim avec le bio, etc. qui décide de le faire volontairement parce qu'il y a des enjeux business dans le sujet et puis que ça donne du sens à ce qu'on fait. Ça montre qu'il y a des parties prenantes privées qui s'intéressent à ce sujet de la relation directe.
- Speaker #0
Quand tu regardes dans le rétroviseur, il y a 6 ans et aujourd'hui, dans un système comme Agap, tu vois tout ce qui a été fait. Évidemment, on a toujours envie que ça avance plus vite. La réglementation est là pour poser un cadre et donner les mêmes règles du jeu à tout le monde. Pour autant, il y a des choses qui se font et ça avance. Je pense de mon quotidien aussi, où je rencontre beaucoup de dirigeants. Moi, rares sont les fois où je tombe sur quelqu'un qui est complètement hermétique au sujet. J'ai fait un poste, l'Init du sens matin, après un article que j'ai lu dans Le Parisien sur ça. Moi, je trouve que les dirigeants demandent juste de la visibilité, du soutien.
- Speaker #1
Oui, parce que dans un contexte économique difficile, investir, ça marche sur des projets moyen-long terme, c'est un risque. Bien sûr. Maintenant, c'est un risque, je pense, mesuré, qui a beaucoup de sens et qui fait qu'on dure ou on ne dure pas, de mon point de vue.
- Speaker #0
On entame une rubrique récurrente dans le podcast. Pour celles et ceux qui découvrent le podcast, c'est la question de l'invité. L'idée, c'est de donner du lien entre les épisodes. C'est volontaire aussi de ma part d'avoir des invités qui viennent d'horizons différents, de parler de sujets différents. Du coup, la question, évidemment, avec le prisme de l'invité. donc l'invité précédente, que tu connais bien, je crois. Amélie Flamand, qui est responsable de l'engagement social et sociétal chez Rouge Gorge Lingerie. Super épisode avec Amélie. Et évidemment, le sujet de l'alimentation, ça lui parle aussi beaucoup. Donc Amélie, t'as posé une question. En gros, elle te dit, Sylvain, on se projette en 2050, nous et les générations suivantes, nos enfants, on trouver les solutions pour faire avancer vraiment l'alimentation. Qu'a-t-on réussi à mettre en place et comment on s'alimente en 2050 ?
- Speaker #1
En fait, il y a des scientifiques qui ont répondu à cette question-là. Il y a un scénario qui s'appelle After 2050, qui a été produit par Solagro. Et qui définit...
- Speaker #0
Je l'ai fait en commentaire, du coup.
- Speaker #1
Ouais. Et qui a un rapport super bien fait. Et qui... Il y a d'autres scénarios, celui de l'ADEME, etc. Mais Solagro est vraiment pas mal fait. J'aime bien ce scénario parce qu'il est... C'est pas une utopie irréaliste. Et surtout, c'est pas fondé sur de la technologie. C'est-à-dire que c'est pas miraculeux comme truc. C'est un truc qui peut se faire en transition progressive. Mais en gros, c'est une assiette qui est beaucoup moins incarnée, évidemment, avec même moins de protéines, parce qu'on surconsomme de la protéine, en tout cas en France. Donc beaucoup plus végétalisé avec un équilibre entre céréales, légumineuses, etc. Un retour en force des légumineuses. On manque de légumineuses dans ce pays et ça c'est une filière à soutenir. Parce que c'est difficile à cultiver, etc. Tu connais un peu le sujet. La question après derrière c'est le gaspillage alimentaire. Alors qui est traité depuis très longtemps, pour le coup par la restauration, c'est un sujet qui a toujours été sur la table de mon point de vue, ça fait six ans que je suis le truc et ça fait six ans qu'on en parle. Il y a des vrais avancées, mais là l'idée c'est de diviser par deux le gaspillage en France sur toute la chaîne alimentaire. Puis le troisième point, c'est ce dont on parlait tout à l'heure, l'appui et le développement à l'échelle du territoire national de l'agroécologie. donc dans du bio-intensif etc. avec les principes permaculturels. Et donc on remet le vivant, on reboost les écosystèmes, on reboost en fait les services écosystémiques et ça se fait dans l'accompagnement. Ça aussi ça se fait progressivement. Il y a des investissements qui ont été faits par les agriculteurs, enfin ils sont piégés un peu dans ce mode de fonctionnement intensif etc. parce que voilà il faut rembourser des prêts, on est tous pareils. Et ça, ça s'accompagne en fait. à un moment donné, on parlait tout à l'heure de ne pas individualiser la problématique il faut que ce soit un projet collectif c'est ça le sujet, si je dois répondre à Amélie, c'est de se dire à un moment donné, ouais t'as le choix t'as le choix dans ce qu'on te propose il faut que ce soit une réponse collective pas individuelle, tu peux pas y arriver individuellement et donc du coup dans ce scénario, la dernière dimension en fait qui est posée, c'est la coopération Merci.
- Speaker #0
Et bien écoute, c'est à toi de poser une question du coup à l'invité suivant. Donc notre prochain invité sera Jacques Triponnel qui est directeur régional Hauts-de-France de l'APEC. Donc l'APEC qui accompagne les cadres et les entreprises sur les enjeux de l'emploi, de recrutement. Et on va parler de quête de sens, de reconversion, plus largement sur ce que peut devenir le travail dans les années à venir. Et donc quelles questions tu aurais envie de poser à Jacques ?
- Speaker #1
Je voudrais savoir si... En gros, la mutation qui s'est amorcée dans certains métiers de l'IT, du conseil, même en compta, enfin tout ce qui est support, en fait, a une tendance quand même. à avoir une, je ne sais pas, les dubérisations, mais en tout cas, on a beaucoup plus d'indépendants, on a beaucoup plus de petites cellules qui se créent, beaucoup de prestations de services. Et ça, j'ai l'impression que moi, ça va s'accélérer avec l'intelligence artificielle. Et ma question, en fait, c'est de savoir si l'APEC a étudié ce mouvement-là, le changement de contrat, en fait, de contrat social entre les cadres et les sociétés. plus d'indépendants. Et si c'est avéré, est-ce qu'il prépare les cadres à ce changement de relation au travail pour les cadres ?
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu pourrais partager qui, toi, t'inspire ou t'a inspiré fortement ? Alors ça peut être sur des sujets, évidemment, environnementaux ou d'alimentation que tu pourrais nous partager.
- Speaker #1
Donc une inspiration forte pour moi, ça a été la question du changement de récit qui est porté par Cyril Dion. dans son petit manuel de résistance écologique. J'avais lu ça sur conseil de mon beau-frère et de ma belle-sœur d'ailleurs. Et voilà, ça a changé en fait ma perception des choses en me disant effectivement entre le discours finalement écologiste qui fait peur et celui qui est totalement... De toute façon, il n'y en a pas d'autre choix que celui de la société qu'on nous propose là aujourd'hui. et qui montre largement ses limites puisqu'on dépasse les limites planétaires, on a fissuré le plancher social, donc il ne peut pas continuer comme ça. C'est hyper anxiogène. Et son approche à lui, même si les premières pages sont très dures, il faut être préparé, il faut prendre la claque, mais c'est souvent comme ça en écologie. Lui propose de réfléchir à une nouvelle histoire, à un nouveau récit. En fait c'est important les utopies. et je me suis intéressé un peu à ce sujet là il y a pas mal de revues spécialisées qui proposent finalement des autres visions du monde et du coup j'ai commencé à lire Ecotopia par exemple un bouquin qui date maintenant c'est un peu comme 84 c'est des trucs qu'ils avaient un temps d'avance ces gens mais pour le coup c'est des utopies hyper intéressantes à lire parce que ça Tu ouvres les chakras sur d'autres mondes et pas des dystopies. Quand on parle souvent d'écologie au cinéma, on t'impose des visions, c'est catastrophique. Alors que tu peux te proposer autre chose au jour en fait. Et je pense sincèrement que quand tu as quelque chose au fond de toi qui te dit qu'il y a un monde meilleur, ça peut être mieux. ça change complètement la donne. Aller vers l'écologie quand tu dois traiter un problème, c'est différent que quand tu veux un autre avenir, tu veux quelque chose de mieux. C'est vachement plus engageant. Je pense que ça, c'est un peu la clé. Je parlais de désirabilité tout à l'heure.
- Speaker #0
C'est rendre le sujet désirable, donner envie aux gens d'eux et de ne pas avoir de possibles.
- Speaker #1
Même si c'est fondé sur un constat qui montre les limites du système actuel. je trouve ça hyper intéressant d'aller sur des lectures qui sont plus utopistes on en a besoin aussi parfois c'est pas de la science-fiction pour le coup on parle d'utopie mais il faut le lire c'est vraiment intéressant on
- Speaker #0
en a donné deux et trois avec moi pour demain de Cyril Dion avec Mélanie Laurent qui a eu un Oscar super film Super film. Tu parlais d'utopie, un peu de rêveur, etc. C'est aussi le prisme. La meilleure, ça a été tourné. C'est-à-dire concrètement et en même temps, donner un idéal qui est accessible. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Et je dirais, pour finir là-dessus, c'est intéressant parce qu'on a plein de petits exemples très locaux de gens qui changent leur mode de vie. Et je pense qu'en fait... Pas avoir peur de regarder ce qui se passe à l'échelle locale. Il faut arrêter avec ce discours de dire « de toute façon, ça ne passera jamais à l'échelle générale » . En fait, pourquoi ? À un moment donné, si on accompagne des projets à plus petite échelle et qu'on a un agglomérat, pourquoi pas ? Ce n'est pas forcément tout centralisé. La solution n'est pas forcément centrale. Elle peut être diverse et variée. Ça peut être un écosystème de petits mondes qui vivent bien.
- Speaker #0
On arrive à la fin de l'épisode, ça passe vite et on pourra encore continuer je pense longuement cette discussion hyper intéressante. Qu'est-ce que tu pourrais dire à un dirigeant, un restaurateur ou un acteur de l'agroalimentaire ou même un consommateur qui nous écoute là sur l'épisode ? Qu'est-ce que tu aurais envie qu'il retienne ? Je vais prendre une phrase,
- Speaker #1
je suis animateur de la phrase de l'alimentation, ça fait un petit moment maintenant, il y a une phrase qui revient, on a au moins 14 fois l'occasion par semaine de changer les choses avec l'alimentation. Donc c'est pas souvent que ça arrive, donc on peut faire mieux. Mais je vais nuancer un petit peu le propos parce que ça a l'air encore une fois de remettre la responsabilité sur les individus et leurs choix. Tout ça dans le cadre d'un projet collectif en fait. Et ça passe par la politique publique, ça passe par les engagements privés. Parce que la société, c'est aussi un monde de société privée. Et la personne morale a aussi des engagements à avoir en fait. On ne peut pas porter que à la personne physique la responsabilité. C'est aussi la personne morale qui doit le porter. Mais la structuration, c'est d'utiliser les outils à notre disposition pour ancrer le SG. dans les concepts habituels de la société. On parlait de langage, on peut parler aussi de méthode. Moi, j'utilise les méthodes de l'IT pour organiser les projets ESG. Ça permet à un moment donné de donner de la visibilité. Tu parlais beaucoup de ça tout à l'heure. La visibilité, on la donne en structurant les actions. en les coordonnant, en mettant ça sous forme de portefeuille projet où on a un début, une fin, un budget, un livrable qui a été précisé. En fait, moi, j'utilise exactement les méthodes qu'on trouve en agilité ou en séquentiel, habituellement en gestion de projet. Je le fais sur de l'ARSE. Ça change quand même beaucoup la donne dans l'entreprise. Parce que, quelque part, quand tu es un... Quand tu ne fais pas ça, quand tu ne structures pas les choses, je pense qu'en fait, tu ne peux pas résister à un arbitrage budgétaire parce que tu manques de visibilité, parce que tu manques de structure, tu manques d'ambition en fait. On reste sur l'intention.
- Speaker #0
Tu as raison. Et s'il y avait une idée simple à garder sur l'alimentation ? Tu vas terminer sur un truc concret et simple pour celles et ceux qui nous écoutent.
- Speaker #1
Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, il faut que l'alimentation retrouve son point central dans notre vie de tous les jours. dans le quotidien. Ça doit être pratiquement la question essentielle de notre mode de vie. S'alimenter, c'est la vie. À un moment donné, il faut que ça retrouve...
- Speaker #0
Tu t'en rends compte parfois quand tu es à deux doigts de la perdre, quand tu as des maladies ou tout ça, mais sinon, effectivement, tu peux avoir le sentiment que c'est un poste de dépense comme partir en vacances. Oui,
- Speaker #1
et je crois que ceux qui ont les moyens de le faire, qu'ils investissent et qu'ils soutiennent des filières qui sont bonnes pour tout le monde, je pense que c'est important. Pour ceux qui ont moins de moyens, il faut pouvoir militer pour avoir un système plus juste qui permet d'avoir une accessibilité à une alimentation de qualité et en quantité suffisante.
- Speaker #0
Alors, ce que t'as évoqué tout à l'heure, le retour aux sources avec ce projet de ton beau-frère, moi personnellement, qui suis aussi du monde agricole, ça me parle. L'alimentation, le fait de cuisiner, de transmettre, sans forcément passer par des injonctions, il n'y a qu'à faut con. Moi, personnellement, j'avais un conseil à donner, c'est de retrouver du plaisir, du bon sens. C'est un moment où si on ralentit, c'est un moment où on peut soutenir. Tout le monde est pour soutenir l'économie française, autant les distributeurs que les producteurs. donc c'est de reconscientiser un petit peu nos choix et de se poser la question de ce qu'on peut faire même petitement à notre échelle, et de reprendre du plaisir. Et moi, personnellement, ça passe aussi beaucoup par la transmission, comme je l'ai eu avec ma famille, avec mes grands-parents, avec moncle et tante, parents, ma mère, etc. Moi, je le transmets aujourd'hui à mes enfants, le bien manger. Et alors ça, c'est un acte de tous les jours qui prend du temps. Mais voilà, j'espère évidemment que j'arrive à faire passer des messages et que le flambeau sera passé sur le sujet. Merci Sylvain pour cet échange. J'espère sincèrement que sa vision, son expérience, ses propos vous auront permis de voir ce sujet sous un angle peut-être un peu différent. Peut-être aussi qu'ils vous auront inspiré, certaines réflexions, ou même donné envie de mettre en place quelques actions concrètes dans votre quotidien, changer certaines habitudes, questionner vos pratiques ou simplement regarder ces enjeux avec un autre regard. L'alimentation, comme je vous le disais, est un sujet qui me tient personnellement à cœur et je suis très heureux d'avoir pu aborder aujourd'hui ce sujet à travers une discussion concrète. Si cet épisode vous a plu, vous fait réfléchir ou même réagir, dites-nous ce que vous en avez pensé en commentaire. Vos questions, remarques nous intéressent. Et comme d'habitude, si vous souhaitez soutenir le podcast, abonnez-vous, partagez-le autour de vous et laissez-nous un commentaire. Ça paraît simple, mais c'est ce qui nous aide vraiment à nous faire connaître. Et si vous avez envie, vous aussi, de venir partager votre expérience, votre vision ou votre retour terrain sur un sujet qui vous tient à cœur, n'hésitez pas à nous contacter. À très vite dans Un Bon Entendeur ! Générique