Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast à croquer, je suis Priscillia Degliani, diététicienne nutritionniste au cabinet à Morbié et en visio. Donc aujourd'hui, on se retrouve pour un sujet qui est la canicule, cycle menstruel et hormones, pourquoi la chaleur peut-elle nous chambouler ? Parce que je pense que si vous êtes une femme, vous avez dû remarquer que, ben voilà, avec les températures actuelles et les épisodes de canicule qu'on a eu là actuellement, et bien notre cycle menstruel, il peut être un petit peu tout chamboulé. Donc c'est pour ça qu'aujourd'hui, on va vraiment parler de ce sujet particulièrement d'actualité et en été, je pense qu'il risque de revenir. Donc est-ce que la chaleur peut vraiment perturber nos règles ? Est-ce qu'elle peut modifier l'ovulation ? Pourquoi certaines femmes ont l'impression que leur syndrome prémenstruel, je dirais SPM, dans les prochaines minutes ? et beaucoup plus intense lorsqu'il fait très chaud et pourquoi on peut peut-être se sentir complètement épuisé pendant ces règles lorsqu'il y a une canicule un peu plus justement que d'habitude. On entend beaucoup de choses sur les réseaux sociaux à ce sujet, mais vraiment j'aimerais un peu démystifier la chose. Donc certaines personnes disent que la chaleur ça peut dérégler les hormones, faire arriver les règles plus tôt ou plus tard, voire même bloquer l'ovulation, mais qu'en est-il vraiment ? Est-ce que c'est réellement démontré ? Et surtout, qu'est-ce qui se passe dans notre corps lorsqu'il fait 35 ou 40 degrés ? Déjà, la première chose à comprendre, c'est la chaleur. En fait, c'est un stress pour l'organisme. Quand il fait très chaud, notre corps doit travailler davantage pour maintenir sa température interne environ autour de 37 degrés. Voilà, notre température corporelle. Et ça, pour y parvenir, il met en place plusieurs mécanismes. Par exemple, on va transpirer davantage. Les vaisseaux sanguins vont plus se dilater. Le cœur va plus travailler pour faire circuler le sang vers la peau et permettre à la chaleur de s'évacuer. Évidemment, on perd davantage plus d'eau en transpirant et également des électrolytes. Pareil avec la transpiration. Et tout cela, forcément, ça demande beaucoup d'énergie. Et c'est pour cette raison qu'en période de canicule, on peut se sentir un peu plus... plus fatigué, plus faible, plus essoufflé, plus irritable, peut-être avoir des maux de tête aussi, avoir moins d'appétit, ou avoir davantage de difficultés à dormir. Mais là, vous allez me dire, mais ok, d'accord, tout ça, c'est logique, mais c'est quoi le rapport avec les hormones ? Eh bien, du coup, en fait, le cycle menstruel, il dépend d'un équilibre hormonal très fin. En fait, pour comprendre tout ça, il faut rappeler rapidement comment fonctionne le cycle menstruel. Déjà, le cycle repose notamment sur une communication entre le cerveau, l'hypophyse et les ovaires. Le cerveau va notamment produire de la GNRH qui permet à l'hypophyse de sécréter la FSH et la LH. Ce sont vraiment les hormones qui vont vous permettre d'avoir votre cycle menstruel. Et ces hormones vont ensuite agir sur les ovaires. Et c'est les ovaires qui produisent principalement des oestrogènes et de la progestérone. En fait, c'est cette communication permanente qui permet de développer, du coup, au niveau folliculaire, le développement de l'ovulation, la préparation de l'endomètre, puis l'arrivée des règles lorsqu'il n'y a pas de grossesse. Et ce système-là, il est sensible à l'état général de l'organisme. En fait, il ne fonctionne pas indépendamment du reste du corps. On va avoir le sommeil, le stress, l'alimentation, l'activité physique, les variations importantes de poids. ou encore certaines maladies qui peuvent influencer le fonctionnement de cet axe hormonal. Et la chaleur extrême, forcément, elle aussi, elle peut représenter un stress physiologique supplémentaire. Mais du coup, est-ce que la canicule, elle peut décaler les règles ? Et c'est là qu'il faut être un peu plus nuancé. On ne peut pas dire qu'il fait chaud, donc les règles vont être décalées. Ça serait beaucoup trop simpliste. En revanche, par contre... Une période de forte chaleur, elle peut s'accompagner de plusieurs facteurs susceptibles d'influencer indirectement le cycle. Par exemple, on dort moins bien, on est plus hydraté, euh déshydraté pardon. On mange parfois différemment, on peut être plus stressé, on modifie son activité physique, on voyage, on change de rythme. Et ce sont surtout ces changements physiologiques et environnementaux qui vont contribuer à perturber temporairement le cycle chez certaines personnes. Du coup... il faut donc éviter de faire de la chaleur elle-même une explication systématique d'un retard de règles. Ce n'est pas forcément, enfin ce n'est pas directement ce à quoi on devrait penser en premier lieu. Mais du coup, pourquoi on peut avoir l'impression que le SPM est pire pendant la canicule ? Ça, c'est quelque chose de très intéressant par contre. Le syndrome prémenstruel, il peut déjà provoquer de la fatigue, des maux de tête, des sensations de gonflement, la rétention d'eau, la sensibilité au niveau des seins, de l'irritabilité, du trouble du sommeil, et parfois aussi des sensations de chaleur. Si on ajoute à cela 35 degrés dehors, forcément on peut avoir l'impression que tout est multiplié. La chaleur, elle favorise notamment la vasodilatation, et peut augmenter la sensation de jambes lourdes ou de gonflement. Donc certaines personnes, elles peuvent également avoir davantage de difficultés à dormir. Et on sait très bien qu'un mauvais sommeil, ça peut influencer la perception de la douleur, la fatigue et la régulation émotionnelle. Donc parfois, ce n'est pas forcément que les hormones ont changé, c'est simplement que les symptômes habituels du cycle sont beaucoup plus difficiles à supporter dans un contexte de chaleur extrême. Et du coup, les règles dans tout ça, pendant une canicule, qu'est-ce que ça fait ? Donc là, c'est probablement le moment où les femmes se disent « Mais pourquoi est-ce que je suis aussi KO ? » En fait, leurs menstruations peuvent déjà s'accompagner de fatigue en temps normal. Certaines personnes ont également des douleurs, des migraines ou une baisse d'énergie. Pendant une canicule, forcément, on ajoute la déshydratation, la transpiration, un sommeil moins réparateur, une tension artérielle qui peut être plus basse chez certaines personnes et parfois une alimentation moins importante à cause de la chaleur. Le ressenti peut donc être beaucoup plus intense. Et si vos règles sont particulièrement abondantes, cette situation mérite encore plus d'attention. Parce qu'une menstruation abondante peut contribuer à notamment des pertes en fer, lorsqu'elles sont répétées surtout. Et si vous êtes déjà carencé en fer ou anémié, la fatigue peut être encore plus importante. Une canicule, encore une fois, elle ne doit pas systématiquement être utilisée pour expliquer une fatigue extrême, parce que parfois, il y a quelque chose d'autre derrière. Et du coup, qu'est-ce qu'il y en a de l'ovulation ? Ça, c'est une question qui revient également beaucoup. Est-ce que la chaleur peut nous empêcher d'ovuler ? Et bien là encore, il faut éviter les raccourcis. Vous allez dire, après, tu nous as dit ça tout le podcast. Mais une canicule ponctuelle chez une personne en bonne santé... elle ne va pas signifier forcément, enfin pas automatiquement, que l'ovulation va être bloquée. En revanche, toujours pareil, un stress physiologique important et prolongé, ça peut perturber l'axe hypothalamohypophysio-ovarien chez certaines personnes. C'est notamment le cas lorsque la chaleur va s'accompagner toujours de déshydratation importante, d'apports énergétiques insuffisants quand on mange moins, d'une perte de poids, d'activités physiques excessives. d'un stress important ou d'un sommeil très perturbé. Dans ces situations, le corps, il peut mettre certaines fonctions reproductives au second plan. Ce n'est pas ça qui va faire vivre. Du coup, en fait, il met ça au second plan. C'est d'ailleurs un mécanisme que l'on observe dans différents contextes de déficit énergétique. C'est pour ça que parfois, en fait, on n'a plus nos règles. Mais forcément, vu que l'on ne vule pas, on n'a pas ses règles. Et c'est particulièrement important chez les sportives ou chez les personnes qui mangent très peu pendant ces périodes de forte chaleur. Du coup, est-ce que la chaleur, elle peut modifier la température basale ? Et là, attention, si vous utilisez la température basale pour suivre votre cycle, donc ça, je rappelle que ça fait partie des méthodes de contraception par rapport à la symptothermie. En fait, on va regarder nos symptômes et la température basale en fait partie. Si jamais j'ai un petit post Instagram qui en parle. Donc la température corporelle, elle est naturellement influencée par l'environnement. Une nuit très chaude, un sommeil perturbé, de l'alcool, une maladie ou simplement des conditions de mesure différentes, ça peut forcément modifier la température enregistrée. Or, lorsqu'on suit son ovulation avec la température basale, on recherche justement une toute petite, une légère augmentation de température après l'ovulation liée à la progestérone. Pendant une période de canicule, les mesures peuvent être plus difficiles à interpréter si les conditions de prise de température ne sont pas constantes. Ce n'est pas que votre ovulation a changé, c'est peut-être simplement que votre mesure est moins fiable. Donc en fait, moi souvent je propose de faire des petits tests d'ovulation urinaire pour pouvoir savoir à peu près où vous en êtes. Mais du coup, est-ce que la progestérone peut nous faire sentir encore plus chaud ? Enfin, avoir encore plus chaud ? Eh bien oui, et ça c'est un point qui est particulièrement intéressant. Parce qu'après l'ovulation, pendant la phase luthéale, la progestérone augmente. Cette hormone est notamment associée à une légère augmentation de la température corporelle basale, comme je vous l'ai dit auparavant. Chez certaines femmes, cela peut s'accompagner d'une sensation de chaleur qui est plus importante. Et si vous ajoutez à cette période du cycle une température extérieure de 35 degrés, je vous laisse imaginer, vous pouvez vraiment avoir l'impression d'être une bouillotte humaine. Cela ne signifie pas forcément que vos hormones sont déréglées, c'est simplement que plusieurs phénomènes se superposent. Et du coup, pourquoi certaines femmes ont-elles plus de migraines pendant les fortes chaleurs ? Là encore, il peut y avoir plusieurs facteurs. Toujours pareil. En fait, les variations hormonales autour des règles, elles peuvent favoriser les migraines chez certaines personnes. La chaleur, elle peut notamment être associée, encore une fois, à la déshydratation, manque de sommeil, changement de pression, une exposition solaire importante ou des repas irréguliers. C'est toujours la même chose. Chez une personne déjà sensible aux migraines hormonales, une période de canicule peut parfois rendre la situation encore plus difficile. Mais du coup, qu'est-ce qu'on peut faire concrètement par rapport à tout ça ? Évidemment, la première chose à faire, et qui est très simple, mes patients vont rire parce que je leur dis tout le temps, à chaque séance, et même mes amis, il faut s'hybrater. Mais pas uniquement lorsqu'on a soif. Pendant une période de forte chaleur, les besoins hydriques forcément augmentent, parce qu'on transpire beaucoup, donc on perd également des électrolytes. Donc l'idée, ce n'est pas forcément de boire des litres et des litres d'eau très rapidement, il vaut mieux boire un petit peu régulièrement toute la journée, et penser également à son alimentation. Parce que lorsqu'il fait chaud, il y en a beaucoup de personnes qui mangent beaucoup moins. Et en fait, si on cumule canicule, plus règles, plus activités physiques, plus repas insuffisants, et bien vous allez forcément vous vous retrouvez rapidement épuisé. Et c'est là qu'on en vient forcément aussi à penser à votre sommeil. C'est peut-être l'un des conseils aussi les plus sous-estimés. Parce que pendant une canicule, on va essayer autant que possible... Enfin, oui, c'est ça, on va essayer autant que possible de garder une chambre fraîche, d'aérer au bon moment et de limiter les activités physiques intenses, surtout aux heures les plus chaudes. Ça coule de source, mais c'est pas forcément des choses que l'on fait. Parce que du coup, le manque de sommeil, il peut amplifier énormément la fatigue et la perception des symptômes. Et surtout, je trouve que la règle d'or aussi, c'est d'écouter son corps. Si vous avez vos règles, qu'il fait 38 degrés dehors, ce n'est peut-être pas le moment de vous imposer une séance de sport. Ou alors peut-être du yoga. Mais votre corps, il est déjà en train de gérer une contrainte thermique importante. Et attention, je reviens sur ma phrase, c'est pas que le yoga... C'est pas trop du sport, c'est juste que c'est un peu plus calme que de courir un marathon. Et surtout, je veux vous dire que le repos, c'est pas un échec, ça fait vraiment du bien. Et du coup, qu'est-ce que je fais si soudain mon cycle devient irrégulier ? Parce qu'une variation ponctuelle, c'est pas forcément inquiétant. Mais si vous constatez des changements importants ou répétés... Des cycles très irréguliers, par exemple une absence de rêve pendant plusieurs mois, des saignements très abondants, des douleurs inhabituelles, des malaises, une fatigue extrême, etc. Il ne faut pas tout mettre sur le compte de la chaleur. Une grossesse, un problème thyroïdien, une carence, un trouble hormonal, un déficit énergétique ou différentes autres causes peuvent expliquer une modification de ce cycle. Et dans ce cas, il vaut mieux en parler à un professionnel de santé ou faire une prise de sang. Je vais faire une petite parenthèse si vous avez un SOPK ou un SMOP maintenant, comme ils l'appellent, parce que c'est une question qu'on me pose très souvent. Donc avec un SOPK, les cycles sont déjà susceptibles d'être irréguliers. Une période de chaleur ne permet donc pas à elle seule d'expliquer une modification de cycle. Et surtout, il n'existe pas de règle universelle du type canicule égale ovulation retardée chez les femmes avec un SOPK. Le fonctionnement du SEPK est beaucoup plus complexe que ça, on le sait. En revanche, les mêmes facteurs qui peuvent accompagner une canicule, comme le stress, sommeil perturbé, changement d'alimentation, activité physique, déficit énergétique, eux, ils peuvent avoir un impact sur l'équilibre général. Donc là encore, on regarde le contexte global plutôt que de chercher une seule cause. Voilà donc ce qu'il faut retenir de cet épisode, c'est que la canicule... En fait, elle ne dérègle pas forcément les hormones. Ce n'est pas aussi simple que ça. Mais la chaleur extrême, elle représente bien un stress pour l'organisme, donc pour le corps. Et lorsqu'elle s'accompagne des déshydratations, de manque de sommeil, de stress, de repas insuffisants ou de changements importants de la vie, elle peut contribuer à rendre certains symptômes du cycle plus difficiles à vivre et chez certaines personnes participer à des perturbations temporaires du cycle. Et surtout, les hormones ne fonctionnent jamais complètement isolément. Elles dialoguent en permanence avec notre environnement, notre énergie disponible, notre sommeil, notre stress et notre état général. Donc là, j'aimerais vraiment terminer cet épisode avec un petit rappel. Pendant la canicule, vous n'avez pas besoin d'être performante. Vous n'avez pas besoin de faire une séance de sport coûte que coûte. Enfin, une grosse séance, je veux dire. Vous n'avez pas besoin de manger parfaitement non plus. Vous avez surtout besoin de permettre à votre corps de réguler sa température, de récupérer, de s'hydrater et de recevoir suffisamment d'énergie. Et parfois, prendre soin de ses hormones, c'est simplement ralentir. Voilà, je vous remercie d'avoir écouté cet épisode. Et si vous l'avez trouvé intéressant, n'hésitez pas à le partager à votre entourage. Voilà, qui pourrait peut-être permettre de réguler également son cycle ou de comprendre par rapport à ces différentes grosses chaleurs qui existent en ce moment. Et je vous dis à dimanche prochain pour un nouvel épisode.