Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast à croquer, je suis Priscillia Degliani, diététicienne nutritionniste et aujourd'hui j'ai envie de parler d'une émotion que beaucoup de personnes connaissent très bien mais dont on parle finalement pas assez ou peu, c'est la culpabilité après avoir mangé. Vous savez, je pense qu'on l'a tous déjà ressenti. Ce moment où on termine notre repas et où une petite voix dans notre tête commence à nous dire par exemple « Oh là là, j'aurais pas dû manger ça » , « J'ai trop mangé » ou « Je n'aurais pas dû prendre de dessert » , « Demain, je fais attention » , « Il faut que je compense » , etc. Et parfois, cette culpabilité, elle apparaît même après un repas parfaitement normal. On peut avoir mangé une pizza avec des amis, pris un dessert au restaurant ou simplement mangé un peu plus que d'habitude et... immédiatement ressentir de la honte ou de la culpabilité. Mais alors pourquoi ? Pourquoi quelque chose d'aussi naturel que manger peut-il provoquer autant d'émotions négatives ? Et surtout, est-ce réellement la nourriture qui pose problème ? Donc en premier temps, on va voir que la culpabilité alimentaire, elle s'apprend. La première chose que j'aimerais vous dire, c'est qu'un enfant ne naît pas avec une liste d'aliments entre guillemets bons et entre guillemets mauvais. Un enfant ne se dit pas qu'il n'a vraiment pas mangé de gâteau parce qu'il contient trop de sucre. Il mange parce qu'il a faim. Il mange parce que c'est bon. Et il s'arrête lorsqu'il n'en veut plus. Et puis progressivement, on apprend à associer certains aliments à des émotions. On entend, c'est bien, tu as été sage, tu peux avoir un bonbon. Si tu finis ton assiette, tu auras un dessert. Oula, ça c'est mauvais pour la santé. Ou alors, il ne faut pas manger trop gras. Surtout qu'on l'entend même à la télé. On peut entendre aussi, tu vas grossir si tu manges ça. Et du coup, plus tard, il peut se dire, j'ai fait attention toute la semaine, je peux me faire plaisir ce week-end. Ou j'ai été mauvaise, j'ai mangé n'importe quoi. Petit à petit, la nourriture devient quelque chose que l'on juge. Et nous-mêmes, nous devenons capables de nous juger à travers ce que nous mangeons. En second temps, nous avons transformé les aliments en bons et en mauvais. Ça, c'est probablement l'une des principales raisons pour lesquelles la culpabilité alimentaire est aussi présente dans notre société. En fait, on parle constamment d'aliments sains, healthy, propres, légers, et à l'inverse, gras, caloriques, industriels, interdits, de la junk food. Et le problème, c'est que lorsque l'on transforme un aliment en aliment interdit, on ne lui donne pas seulement une caractéristique nutritionnelle, on lui donne une valeur morale. Et c'est là du coup que ça devient dangereux. Parce que si je mange un aliment sain, je peux avoir l'impression d'être quelqu'un de raisonnable. Mais par contre si, à contrario, je mange un aliment qui est interdit, du coup je peux avoir l'impression d'avoir été faible et nul. Et pourtant, un aliment ne peut pas être moralement bon ou mauvais. Manger une pizza, ça ne fait pas de vous quelqu'un de mauvais. Et manger une salade ne fait pas de vous quelqu'un de meilleur. Ce serait trop cool. En troisième point... On voit vraiment que la culture des régimes, elle nous apprend à avoir peur de manger. Il faut aussi parler de notre environnement. On vit dans une société où le corps, il est constamment évalué, constamment jugé. On nous dit qu'il faudrait perdre quelques kilos, avoir un ventre plat, être plus mince, se raffermir, éliminer le sucre, faire une détox, se reprendre en main. Et particulièrement chez nous, les femmes, cette pression, elle est énorme. Là, on la voit de plus en plus quand même chez les hommes aussi, notamment avec la musculation, les iRex, etc. Et du coup, on peut passer une grande partie de sa vie à entendre qu'il faut surveiller son poids. Alors forcément, manger, ça devient parfois associé à de la peur. La peur de grossir, la peur de perdre le contrôle, la peur de ne plus rentrer dans ses vêtements, la peur du regard des autres. Et lorsque l'on mange quelque chose que l'on considère comme interdit, toutes ces peurs... elles peuvent ressurgir. En quatrième point, on a le problème du contrôle. Là aussi, il y a un mécanisme très important derrière la culpabilité. C'est que plus on cherche à contrôler son alimentation, plus on peut culpabiliser lorsque l'on perd ce contrôle. Imaginez que vous vous dites, à partir de lundi, c'est fini, je ne mange plus du tout de chocolat. Quelle tristesse déjà ! Pendant quelques jours, vous allez tenir. Puis un soir, vous allez manger deux carrés. Et là, oh là là, j'ai craqué. Puis du coup, vous en mangez 4, puis 6. Vous vous dites de toute façon, j'ai déjà tout gâché, donc foutu pour foutu, vous en mangez encore. Puis là, arrive la culpabilité. Et puis le lendemain, cette fois, c'est bon, je recommence plus sérieusement. Cette fois, je ne recraquerai pas. Et vous repartez dans la restriction. Et ça, c'est exactement comme ça qu'en fait, on met un cercle vicieux, restriction, envie, perte de contrôle, culpabilité, restriction, envie, perte de contrôle, culpabilité, restriction, etc. En cinquième point, du coup, on peut aborder le pourquoi on culpabilise parfois après avoir simplement trop mangé. Ben justement parce qu'on confond deux choses, souvent. Avoir trop mangé et avoir fait quelque chose de mal. Vous pouvez parfaitement manger plus que ce dont votre corps avait besoin à un repas. Bien sûr que ça arrive pour, par exemple, un repas de fête, un restaurant, un buffet, une soirée entre amis, un moment où l'on mange rapidement, un repas particulièrement bon. Et ça, ça fait partie de la vraie vie, en fait. Donc, heureusement que ça nous arrive. Notre alimentation, elle n'a pas besoin d'être parfaitement calibrée à chaque repas. Moi je dis tout le temps en consultation que l'équilibre alimentaire, il ne se fait pas que sur un seul repas, il se fait sur plusieurs repas. Et du coup le problème il arrive lorsque l'on interprète ce repas comme un échec, en disant j'ai trop mangé et du coup ça devient je suis incapable de me contrôler. Puis je n'ai aucune volonté et parfois même je me sens trop nulle. Vous voyez comment en fait on passe très rapidement d'un comportement alimentaire à un jugement. sur notre propre valeur. Parce que la culpabilité, elle peut aussi provoquer davantage de compulsions. Et ça, c'est probablement le paradoxe le plus important. On pense souvent, si je culpabilise, forcément, j'aimerais prendre en main. Mais non, non, non, ça ne marche pas comme ça. La culpabilité, elle peut provoquer justement de la honte, du stress, de l'anxiété, de la frustration, et une envie de compenser tout ça. Et lorsqu'on se restreint encore davantage après la culpabilité, avec notre petit cercle comme on a vu avant, on augmente potentiellement le risque de nouvelles compulsions. On se retrouve donc dans un cercle infernal, on mange, on culpabilise, on se restreint, on finit par avoir encore plus envie de manger, on mange et on culpabilise encore. Le problème, ce n'est pas de forcément manquer de contrôle, c'est parfois juste le contrôle qui entretient ce problème-là. Mais du coup, si derrière cette culpabilité, il se cachait vraiment une peur ? Ça, c'est une question que j'aime beaucoup poser en consultation, c'est de quoi avez-vous peur lorsque vous mangez cet aliment ? Parce que parfois, la réponse, ce n'est pas j'ai peur des calories, c'est j'ai peur de grossir, j'ai peur de ne plus aimer mon corps, j'ai peur du regard des autres, j'ai peur de perdre le contrôle, j'ai peur de devenir comme ma mère. J'ai peur de ne plus être désirable, etc. Et là, on comprend que le problème, il dépasse largement la nourriture. La nourriture, elle devient le support d'une peur beaucoup plus profonde que ça. Et on ne va pas se mentir, les réseaux, ça n'arrange rien non plus. Aujourd'hui, on est constamment exposé à des corps qui nous semblent parfaits. Ou alors des what I eat in the day, qu'est-ce que je mange dans mon assiette, des journées. Et puis bien sûr. C'est tout le temps des assiettes parfaites, on ne va pas montrer quand on se fait un croissant Nutella le matin. Ou alors des journées alimentaires extrêmement contrôlées, des transformations physiques juste incroyables, des avant-après qui nous font tous rêver. Ou alors des recettes sans sucre, sans gluten et sans gras, mais sans saveur aussi, on ne va pas se mentir. Des personnes qui expliquent comment perdre 5 kilos avant l'été en une semaine, voilà, très dangereux. Et même lorsque l'on sait que les réseaux sociaux ne représentent pas la réalité, notre cerveau compare, et même moi je fais cette comparaison des fois. Mais cette comparaison peut renforcer l'idée qu'il faudrait manger parfaitement pour avoir un corps acceptable. Alors forcément, lorsque notre alimentation ne correspond pas à cet idéal, la culpabilité revient. Alors là vous allez me dire, ok c'est trop bien de parler de culpabilité et tout ça, mais comment on fait Priscilla ? pour moins culpabiliser. Donc la première étape, ce n'est pas forcément de changer immédiatement tout ce que vous mangez. C'est de changer la manière dont vous vous parlez à vous. Par exemple, essayez de remplacer j'ai été nulle par j'ai mangé davantage que prévu. Parce que là, c'est pas la même chose. Vous décidez, enfin vous décrivez, pardon, un comportement. Vous ne définissez pas enfin vous ne vous définissez pas à travers lui. Ensuite, essayez de supprimer progressivement la notion d'aliment interdit. Un aliment, il peut être consommé plus ou moins régulièrement. Il peut avoir une valeur nutritionnelle différente d'un autre. Mais il n'a pas de valeur morale, comme on en discutait auparavant. Et surtout, ne compensez pas. Puisque c'est probablement l'un des conseils les plus importants que je vais vous donner aujourd'hui, après un repas plus copieux, vous n'avez pas besoin de sauter le petit déjeuner, de supprimer les féculents, de faire une heure de sport supplémentaire ou de vous affamer le lendemain. Votre corps n'a pas besoin d'être puni pour un repas. Vous reprenez simplement votre alimentation habituelle. Et si vous avez réellement trop mangé et que vous n'avez pas faim au repas suivant, vous pouvez bien sûr écouter vos sensations. Mais ça doit être différent d'une règle du type « Je n'ai pas le droit de manger parce que j'ai trop mangé hier » . Et j'ai souvent cette question « Ok, mais est-ce qu'on peut ne plus jamais culpabiliser ? » Du coup, j'aimerais vraiment remettre la nuance ici parce que je pense que c'est important d'être réaliste. Le but, ce n'est pas forcément de ne plus jamais avoir cette pensée culpabilisante parce que forcément, on est humain. Vous pourrez encore vous dire « Oh là là, j'ai vraiment beaucoup trop mangé » . La différence, c'est ce que vous faites ensuite, en fait. C'est est-ce que cette pensée, elle vous pousse à vous plaigner ? Ou est-ce que vous êtes capable de vous dire « Ok, j'ai beaucoup mangé, ce n'est pas grave, je continue simplement ma vie » . C'est en fait vraiment cette flexibilité-là qui est précieuse. Et si vous avez régulièrement des compulsions alimentaires, une sensation de perte de contrôle, une force culpabilisée après le repas, des comportements de compensation, des périodes de restrictions importantes, une obsession permanente autour de la nourriture et du poids, alors ce n'est pas quelque chose que vous devez gérer seul. Ça, c'est un accompagnement adapté qui peut vraiment vous aider à sortir de ce cercle. Et ça, on peut en discuter ensemble lors de consultations. Et je rappelle que mon premier bilan, il est gratuit et que je consulte en visio. En conclusion, j'aimerais vraiment terminer cet épisode avec une idée très simple. Vous n'avez pas besoin de mériter votre nourriture. Vous n'avez pas besoin d'avoir fait du sport pour manger non plus. Vous n'avez pas besoin d'avoir été sage pour manger un dessert. Et vous n'avez pas besoin de vous punir après avoir mangé. Manger, c'est un besoin humain. Le plaisir alimentaire, il est humain aussi. Et votre valeur, elle ne dépendra jamais de ce qu'il y a dans votre assiette. Alors la prochaine fois que vous ressentez de la culpabilité après un repas, essayez simplement de vous demander... Est-ce que j'ai réellement fait quelque chose de mal ? Ou est-ce que j'ai simplement mangé quelque chose que j'ai appris à considérer comme interdit ? Cette question, elle peut parfois changer énormément de choses. Voilà, qu'on se le dise vraiment. Cette question-là, posez-vous-la à chaque fois que vous ressentez de la culpabilité. Voilà, je vous remercie d'avoir écouté cet épisode. Et si vous pensez qu'il pourrait aider quelqu'un de votre entourage qui entretient justement une relation difficile avec la nourriture, n'hésitez pas à le partager. Et surtout, prenez soin de vous sans avoir besoin de le mériter. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode.