Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast. À croquer, je suis Priscilla Dogiani, diététicienne nutritionniste. Et aujourd'hui, on va parler d'un sujet qui revient chaque année, le summer body. Et est-ce que justement, ce summer body, il nous met en danger ou pas chaque année ? Alors déjà, c'est quoi ce summer body ? C'est cette idée qu'il faudrait préparer son corps pour l'été, le rendre plus mince, plus tonique, plus présentable entre guillemets. Et chaque année, c'est la même chose. En fait, à partir du printemps, les réseaux se remplissent de programmes, objectifs bikini, défis minceurs, des détox, des photos avec des avant-après, des conseils pour perdre vite, des injonctions à transformer son corps avant les vacances. Comme si en fait, notre corps, il devait passer un examen avant d'avoir le droit d'aller à la plage, de porter un short ou simplement d'exister en été. Et aujourd'hui, j'aimerais justement vraiment qu'on se pose une question importante. Est-ce que cette culture du summer body, elle est juste agaçante ? Ou est-ce qu'elle peut réellement devenir dangereuse pour notre santé mentale et physique ? Parce que derrière quelque chose qui paraît parfois banal ou motivant, il y a souvent plus de souffrance qu'on ne l'imagine. Déjà, il faut bien comprendre une chose. Le summer body, ça repose sur une idée qui est très précise. C'est une qu'il existe des corps plus acceptables entre guillemets que d'autres pour être vus en été. Et ça je trouve que c'est quand même profondément violent. Vous imaginez, ça veut dire qu'une personne en fait plus mince, elle a le droit elle de se mettre en bikini, alors qu'une personne plus grosse n'a pas le droit de se mettre en bikini. Et ça je trouve qu'en fait on parle pas forcément que de santé, on parle vraiment d'apparence, de conformité, de regard des autres, et souvent justement de honte corporelle. Le message il est implicite. C'est par exemple, ton corps actuel, il n'est pas suffisant pour tout ça. Tu dois le modifier avant d'être légitime. Tu dois mériter l'été. Et à force d'entendre ça partout, beaucoup de personnes finissent par croire que leur corps, c'est un problème à corriger. Et ce qui est compliqué, c'est que cette pression, elle est devenue tellement extrême, tellement en fait banalisée, normalisée, qu'on va tous les ans entendre Il faut se reprendre, c'est bientôt l'été, oh là là, j'ai abusé cet hiver, je dois perdre avant les vacances, je peux pas me montrer comme ça, c'est impossible de mettre une robe si elle est courte, si on voit ma cellulite, etc. Et du coup, souvent, ces phrases, elles sont dites presque comme des blagues, comme si, en fait, elles n'avaient pas d'impact, alors que psychologiquement, je trouve que l'impact, il est énorme, justement. Parce qu'elle renforce l'idée qu'il faudrait constamment surveiller son corps. Et surtout qu'il ne serait jamais bien assez naturellement. Et pas assez bien justement pour vivre l'été. Comme si on devait s'enfermer si en fait on avait un corps qui ne correspondait pas à ces normes-là. Et le problème c'est que cette pression elle pousse énormément de personnes vers des comportements alimentaires ou sportifs assez dangereux. En fait, chaque année, moi, je vois, avant l'été, exploser des régimes drastiques. Et ça, ça fait flipper, je peux vous le dire. Ou alors des jeûnes. En plus, là, on voit de plus en plus de cures de jeûne, etc. Pour moi, c'est une cata, vraiment. Ou alors, on peut voir des cures détox. Et ça, si elles sont mal faites, pour moi, en fait, pareil. En fait, on va venir flinguer son foie et son corps, etc. Alors qu'on pense que c'est totalement healthy. On va avoir des challenges sportifs ou alimentaires extrêmes. le sursport comme je disais aussi en fait on va faire beaucoup plus de sport quitte à se blesser mais c'est pas grave on aura notre corps de rêve ou alors on va supprimer tout un groupe d'aliments souvent je vais pas vous mentir ce sont les féculents les pauvres et parfois même on va voir des troubles du comportement alimentaire qui vont apparaître ou revenir à ce moment là et du coup il y a beaucoup de personnes qui rentrent dans une logique en fait d'urgence il faut perdre vite en fait comme si en fait Toute l'année, c'était ok d'avoir ses 5 kilos en plus. Mais là, par contre, pour l'été, eh non. Il faut que je les perde absolument en même pas un mois. Moi, j'ai vu beaucoup de personnes au cabinet qui venaient. Et en fait, à la perte de poids, je leur disais que, ben voilà, un kilo par mois, ça peut être bien. Allez, 3 kilos par mois, c'est très très bien. Et en fait, non, ça n'allait pas assez vite. Donc, je perdais ce patient-là. Entre guillemets, perdre le patient. Mais en fait, s'ils allaient ailleurs... vers des méthodes un peu plus rapides. Et du coup, c'était pas forcément des méthodes qui étaient adaptées à leur situation, à leur corps, ou des méthodes saines, qui allaient être euh... suivi au long terme, ça l'aide vraiment pour ce mois-là, hop, je perds mes 5 kilos et après je reprends mes habitudes et je reprends mon poids, voire plus, et du coup, hop, je rentre dans ce cercle vicieux et chaque année, bim, je repars comme ça. Et ça, quand le cerveau passe en mode urgence, on prend souvent des décisions beaucoup plus extrêmes. On mange beaucoup moins, on saute beaucoup plus de repas, on coupe les féculents, comme je disais, on va venir compenser et on s'épuise. Et parfois, on voit des personnes qui applaudissent ça socialement. Oh, c'est bien, t'as bien perdu là, c'est bien, qu'est-ce que tu fais ? Quoi, tu fais un régime ? Oh, bravo, je t'envis tellement de pouvoir tenir. Parce qu'en fait, la restriction, elle est souvent valorisée. Mais ce qu'on montre rarement, ce sont les conséquences, justement, comme je disais, qu'il y a après. Parce que derrière les grosses transformations summer body, on peut avoir de l'obsession alimentaire, des compulsions. De la fatigue, une perte de confiance en soi parce que pourquoi moi je n'y arrive pas alors que je vois sur les réseaux sociaux toutes ces femmes qui y arrivent, c'est injuste. On peut avoir aussi des troubles hormonaux, si par exemple on mange plus de féculents alors qu'on devrait par exemple avec un SOPK, on peut avoir des troubles hormonaux. Une perte des sensations alimentaires, une anxiété énorme autour des repas parce que est-ce que je peux manger ça, est-ce que je ne peux pas manger ça ? Mince, j'ai trop de calories, mince, j'ai pas assez de protéines, etc. Et parfois, on peut avoir un véritable trouble du comportement alimentaire. Certaines personnes, elles passent aussi des mois à penser à tout ça. Entre calories, poids, leur ventre, leur cuisse, le sport, la nourriture, le miroir, leur bikini. Et en fait, toute leur énergie mentale, elle finit absorbée par leur apparence. Moi, je trouve aussi qu'il y a un paradoxe qui est énorme. Le summer body, il est censé nous rendre plus confiants. On est bien d'accord, on est censé être plus à l'aise. Mais il faut... En fait, il fait souvent l'inverse. Parce que plus on va focaliser sur son corps, plus on va repérer ses défauts. Là, par exemple, vous allez regarder votre ventre, vous allez regarder dans le miroir s'il bouge, etc. Et hop, vous allez voir une vergeture. Chose que peut-être vous n'alliez pas voir de base. Et en fait, hop, vous allez en faire toute une montagne, alors que cette ergiture, elle est peut-être là depuis trois ans et que vous ne l'aviez même pas remarqué, ou alors ce n'était même pas un sujet de discussion. Donc, en fait, on va plus se focaliser sur notre corps et en fait, on va plus repérer, entre guillemets, nos défauts, enfin, ce qu'on pense être des défauts. Et plus on essaye d'atteindre un idéal qui est irréaliste, plus on peut avoir l'impression d'échouer. Et même des personnes qui sont objectivement minces, elles peuvent se sentir pas assez bien en été. Parce que le problème, c'est pas seulement le corps, le problème c'est le regard qu'on apprend à porter sur lui. Même si, en fait, en été, il fallait forcément qu'il ait bougé par rapport à l'hiver ou le printemps. Et je trouve là que les réseaux sociaux, ils jouent de plus en plus, évidemment, un rôle immense là-dedans. Même si on a maintenant des influenceurs, des professionnels de santé, etc., qui alertent un petit peu sur ça, moi, je trouve qu'aujourd'hui, on est quand même exposés en permanence à des corps retouchés, surtout là avec l'IA. Des poses ultra-travaillées, par exemple, on va avoir la lumière là, posée, etc., qui vont faire ressortir les abdos, les muscles. Surtout que là, en ce moment, c'est bien la mode de la musculation, des IROX, donc des corps vraiment... à travailler des ventres qui vont être entrés, des ventres qui vont être avec des abdos, etc. On peut avoir aussi des routines qui sont irréalistes, avec des « qu'est-ce que je mange aujourd'hui sur les réseaux ? » qui sont totalement absurdes en termes de calories ou en termes d'apport énergétique. On peut avoir aussi des transformations spectaculaires, vraiment des personnes qui vont perdre 20 kilos en deux mois. Alors attention, parce que ce n'est pas forcément bien fait ou alors il peut y avoir du mensonge également. Et on peut avoir des standards corporels aussi qui sont quasiment impossibles à tenir. Par exemple, tenir une sèche à long terme, on est bien d'accord que c'est dangereux et impossible. C'est très, très frustrant. Et ça, même quand on le sait rationnellement, que ce n'est pas totalement réel, notre cerveau y compare quand même. C'est totalement humain. Moi, je ne vais pas vous dire que ça ne me l'a jamais fait non plus, alors que je suis dans le métier. Le problème, c'est juste qu'à force de voir certains types de corps mis en avant en permanence, on finit par croire qu'ils représentent la norme, alors qu'en réalité, la diversité corporelle, elle est totalement normale. Je trouve que ce qui est aussi très inquiétant, c'est l'impact sur les enfants et les adolescents. Parce qu'aujourd'hui, des jeunes, très tôt, ont peur de grossir, ils font attention à leur ventre, ils culpabilisent après avoir mangé, ils veulent s'affiner pour l'été. Et ça, ce n'est pas anodin. Parce que plus la relation au corps devient anxiosto, plus le risque de développer des troubles alimentaires augmente. Et moi, je trouve aussi que de voir nos parents faire des régimes, faire attention depuis cette période-là, etc., c'est vraiment mettre dans la tête déjà des enfants qu'il existe un summer body. Et moi, je trouve justement que ce summer body, en fait... il entretient une idée qui est très dangereuse, celle que notre valeur, elle dépend de notre apparence. Comme si être mince, ça rendait plus digne, plus beau, plus heureux, plus aimé ou plus légitime. Alors qu'un corps, c'est pas du tout un CV. Notre valeur, elle dépend pas de notre ventre, de nos cuisses, de notre poids ou de ce à quoi en fait vous ressemblez en maillot de bain. Voilà, donc j'aimerais aussi parler de toutes ces personnes qui évitent de vivre à cause de ça. Parce que derrière cette pression, Il y a aussi des personnes qui n'osent plus aller à la plage, ou qui évitent les photos, qui cachent leur corps, qui annulent les sorties tout simplement, ou qui repoussent leur vie, qui disent « ah bah quand j'aurai maigri, j'irai à la piscine » . Mais ça c'est trop triste en fait, parce qu'on finit par croire qu'il faut changer son corps avant d'avoir le droit de profiter de sa vie. Alors du coup, à la réponse de « est-ce que le summer body peut nous mettre en danger ? » , la réponse c'est oui. Pas forcément parce qu'on veut prendre soin de soi, attention, mais parce que cette culture pousse souvent à la haine corporelle, la restriction, l'obsession, la comparaison permanente et parfois à de vrais troubles du comportement alimentaire. Et surtout, parce qu'en fait, elle nous éloigne énormément de notre corps réel. Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas le droit de vouloir prendre soin de sa santé, on est d'accord, ou de perdre du poids avant l'été. Bien sûr qu'on peut avoir des objectifs. Mais il y a une énorme différence entre je prends soin de moi et je dois modifier mon corps pour mériter d'exister cet été. Vous voyez, l'intention psychologique derrière, c'est pas du tout la même. Et du coup, j'aimerais vraiment terminer cet épisode avec une phrase très simple. Vous n'avez pas besoin de transformer votre corps pour avoir le droit d'aller à la plage. Vous n'avez pas besoin de perdre du poids pour porter un maillot ou un maillot de bain. Vous n'avez pas besoin de... parfait pour profiter de l'été. Le seul summer body qui existe vraiment, c'est un corps vivant qui traverse l'été. Voilà, je vous remercie beaucoup d'avoir écouté cet épisode. Si ce sujet vous parle, n'hésitez pas à partager le podcast autour de vous parce qu'on a vraiment besoin de parler davantage de l'impact psychologique de cette culture du corps parfait. Prenez soin de vous et essayez de vivre un été dans un corps qu'on arrête enfin de traiter comme un problème à réparer. Et moi, je vous souhaite une belle semaine. et on se retrouve dimanche prochain pour un nouvel épisode.