Chez Jean de La Fontaine, on ne mange jamais vraiment. On instruit, on moralise, on dénonce — mais toujours avec un verre de Champagne à la main. Bienvenue à la table du plus grand fabuliste français.
Direction Château-Thierry, dans la province de Champagne, sur les traces de Jean de La Fontaine, fabuliste, libertin, courtisan et homme de terroir avant tout. Né le 8 juillet 1621, il grandit dans une maison cossue, fils d'un maître des eaux et forêts, au contact d'une nature qui peuplera toutes ses fables.
Car chez La Fontaine, la nourriture est toujours métaphorique. Dans ses fables, il y a toujours quelqu'un qui va en manger un autre. Le renard et le corbeau, le loup et l'agneau, la cigale et la fourmi. Mais ce n'est pas la nourriture en tant que telle qui l'intéresse. C'est le message qu'il fait passer grâce à elle. Contre la paresse dans La Cigale et la Fourmi. Contre la vanité dans Le Corbeau et le Renard. "Je me sers d'animaux pour instruire les hommes", écrit-il dans les premiers vers de ses Fables, dédiés au Dauphin, fils de sept ans de Louis XIV.
À Paris, il fréquente les salons littéraires aux côtés de Molière, Corneille, Boileau, Scarron. Il vit grâce à des mécènes et notamment Nicolas Fouquet, le trop riche surintendant des finances de Louis XIV, qui aime s'entourer des plus grands artistes à Vaux-le-Vicomte. C'est à cette table fastueuse qu'il goûte les grands festins du XVIIe siècle, salade de légumes au verjus, soupe de citrouille, huîtres de la marée normande, jambon rôti laqué au miel, faisans, ortolans, cailles, ragoût de courgettes, tourte de pommes aux coquelicots de Nemours, et farandole de mets sucrés à la chantilly. Un monde d'abondance qui s'effondre brutalement avec l'arrestation de Fouquet.
La légende le dépeint comme un homme distrait et paresseux. Ses nombreux écrits prouvent le contraire. Mais il est vrai qu'il prend son temps, il flâne, il rêve, il observe. C'est en regardant les fourmis travailler qu'on écrit les meilleures fables sur la paresse.
De ses goûts culinaires, on ne sait pas grand-chose, excepté son amour absolu pour le vin de Champagne. Pas celui que nous connaissons avec ses fines bulles, à cette époque, Dom Pérignon n'a pas encore importé la méthode champenoise. Il s'agit d'un vin blanc tranquille, fruité, vif. La Fontaine se définit lui-même comme un homme de Champagne, d'où il vient et où il revient, revendiquant son côté provincial, proche du terroir et de la nature.
À 55 ans, endetté, il vend sa maison natale de Château-Thierry. Une maison restaurée au fil des siècles. De l'authentique demeure de La Fontaine, il ne reste en réalité qu'une seule chose : une imposante clef de fer, celle qui ouvrait autrefois le grand portail d'entrée, disparu depuis longtemps. Toute une vie. Toute une œuvre. Résumées dans une clef qui n'ouvre plus rien.
Il meurt en 1695 à Paris, ruiné et seul. Celui qui avait festoyé à Vaux-le-Vicomte s'éteint dans le dénuement.
Un épisode immersif de 10 minutes, avec ambiances sonores, pour découvrir l'homme derrière les fables et comprendre pourquoi La Fontaine reste, quatre siècles après sa naissance, le contemporain de chacun d'entre nous.
crédits : Debussy - Deux Arabesques (Harpe) - Héloïse de Jenlis - Rameau - Le Rappel des Oiseaux - Lully-Armide-Passacaille - Jean Baptiste Lully March for the Turkish Ceremony - Jean de La Fontaine, Le défi (2007 film) - Couperin Le Tic Toc Choc Ou Les Maillotins for Piano - Ólafur Arnalds - Near Light - The Cinematic Orchestra Arrival of the Birds & Transformation
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