Description
Tignasse rousse, verbe haut, tablier blanc immaculé. Eugénie Brazier a ouvert son restaurant à vingt-six ans, sans savoir lire ni écrire. Et elle est devenue la première femme de l'Histoire à décrocher six étoiles Michelin.
Dans ce nouvel épisode d'À la table des illustres, nous partons à Lyon sur les traces de la Mère Brazier. Eugénie Brazier, née le 12 juin 1895 dans une ferme de l'Ain, morte le 2 mars 1977. Une femme qui a tout appris sur le tas, formée chez la Mère Fillioux, et qui a ouvert son propre estaminet rue Royale à Lyon en 1921. Une pionnière absolue, que Curnonsky, le prince des gastronomes, surnommait la "sainte gastronome".
Le destin hors du commun
Son destin commence dans la douleur : orpheline de mère à dix ans, chassée par son père à dix-neuf ans parce qu'elle est enceinte, elle place son fils Gaston chez une nourrice et monte à Lyon. Elle devient nourrice, puis découvre les fourneaux quand la cuisinière de la maison tombe malade. Elle ne quittera plus jamais la cuisine.
La légende des six étoiles
En 1933, le Guide Michelin décerne trois étoiles à chacun de ses deux établissements, la rue Royale à Lyon et le col de la Luère dans les monts du Lyonnais. Six étoiles simultanées pour la même femme. Une première absolue dans l'histoire de la gastronomie mondiale. Il faudra attendre Alain Ducasse en 1997 pour voir cet exploit renouvelé.
Ses plats et son exigence
Ses plats stars : la volaille sauce demi-deuil, poularde de Bresse aux truffes glissées sous la peau, les fonds d'artichauts au foie gras, les quenelles en gratin.
Son péché mignon, lui, est d'une simplicité désarmante : les fraises à la crème. Crainte mais aimée, elle inspecte chaque matin ses salles, tables, linge et vaisselle. On raconte que le sol de sa cave est aussi propre que celui du restaurant.
L'école des grands
Au col de la Luère, après-guerre, elle forme les plus grands. En 1946, Paul Bocuse arrive à vélo depuis Collonges-au-Mont-d'Or pour peaufiner son apprentissage. Bernard Pacaud, futur chef triplement étoilé de l'Ambroisie à Paris, passe également entre ses mains. Elle n'avait pas appris à lire et à écrire jusqu'à l'âge adulte mais elle a formé deux des plus grands chefs du XXe siècle.
Un épisode immersif de 8 minutes, avec ambiances sonores, pour découvrir la femme derrière la légende et comprendre pourquoi la Mère Brazier reste, cinquante ans après sa mort, l'une des figures les plus inspirantes de la gastronomie française.
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