- Speaker #0
Bienvenue dans l'émission « À part égale » , l'émission du réseau Parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui, j'ai la grande joie d'accueillir parmi nous Florent Grille. Bonjour, Florian.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Florian, vous êtes président de la Fédération française de rugby. Et vous mettez autant en avant et en lumière, je trouve, les équipes masculines et les équipes féminines. Et vous dites même, me semble-t-il, que les filles ont une capacité incroyable de transformation de la société.
- Speaker #1
Oui, je le dis souvent aux équipes de France. Je leur dis que vous êtes des militantes. Vous contribuez à transformer l'image du sport féminin. Mais vous contribuez aussi à transformer l'image des femmes dans la société. On a un sport incroyablement divers. Il y a tous les profils, il y a tous les physiques. Et en fait, on est une vraie représentation de la société. Et le rugby prétendu très masculin est en train de bouger les lignes sociétales et pas simplement sportives.
- Speaker #0
Justement, effectivement, Florian, il y a tout type de physique. Et c'est vrai que souvent, on attribuait, en tout cas le rugby, à de la force, à des attributs, on dirait, entre guillemets, masculins. Ça, ça change aussi ?
- Speaker #1
Non, parce que l'ADN du rugby, c'est qu'il y a, de fait, tous les gabarits. Il y a des grands, des ronds, des rondes, des rapides, des pas rapides, etc. Et donc, on est une vraie représentation de la société. Et je pense que c'est très intéressant parce que les codes masculins, féminins sont parfois... Un peu classique, et là en l'occurrence, on a tous les gabarits, toutes les vitesses, toutes les origines. Le rugby a été inventé un peu pour des mâles blancs bien éduqués, ça c'est l'histoire du rugby, mais heureusement, il s'est considérablement diversifié, féminisé, de manière très accélérée aujourd'hui, et ouvert à toutes les personnes, de toutes les cultures, de toutes les religions et de tous les milieux.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment un sport d'inclusion, on voit la diversité, et c'est vrai que ça a changé l'image et la place notamment des femmes. Au-delà de la société, pourquoi c'est important pour vous de rendre autant visibles les équipes féminines ? S'il y a un vrai changement qui s'est opéré ces derniers temps ?
- Speaker #1
Quand on est arrivé à la FEDE en juin 2023, il y avait à peu près 35 000 féminines. Là, on est à pratiquement 60 000. Notre objectif, c'est d'atteindre le seuil des 100 000 licenciés féminines. C'est un véritable enjeu, c'est un enjeu sociétal. Parce que moi, je pense que le rugby, il faut-il me le dire, on ne transforme pas que les essais, on transforme les personnes. Le rugby fait du bien. aux gens qui le pratiquent. Et en fait, j'ai envie que le rugby touche absolument tout le monde, les femmes, les hommes. Ça donne confiance en soi. Ça passe des messages en termes d'égalité hommes-femmes qui sont incroyables. Nous, à l'école de rugby, on fait jouer les garçons et les filles en mixité jusqu'à 14 ans chez les filles et 13 ans chez les garçons. Je peux vous dire qu'une fille de 13 ans qui plaque un garçon du même âge, ça change durablement l'image de l'égalité hommes-femmes. Et c'est ce genre de choses qui sont formidables. Moi, je me bats. Parce que j'ai la certitude que mon sport est un enjeu de société, que s'il y avait plus de rugby dans la société, elle se porterait mieux, qu'on y apprend des valeurs qui sont utiles au bien-vivre ensemble. Et forcément, l'égalité homme-femme fait partie de ces valeurs qui sont indispensables à la société.
- Speaker #0
C'est sûr que le fait d'avoir ces mixités, ce n'est pas non plus rare dans les sports d'ailleurs, d'avoir les mixités garçons-filles, décès-âge, avec des choses de plaquage comme vous dites, il y a un rôle d'éducation qui va bien au-delà que le rugby. C'est ce que vous dites un peu. Oui,
- Speaker #1
on est le seul sport qui soit né à l'école. Il a été inventé pour ses valeurs pédagogiques. Et en fait, il contribue vraiment à transformer les personnes. Moi, j'ai coutume de dire à titre personnel que j'ai fait deux écoles. Et la plus importante d'entre elles, pour moi, c'est probablement le rugby qui m'a façonné, qui m'a construit. Je pense que c'est vrai pour tous les gamins et gamines des écoles de rugby. Moi, je travaille le lundi et le mardi dans ma société. Le mercredi et le jeudi, je suis en général à Marcoussis. Et le jeudi, après-midi, vendredi, samedi, dimanche, je fais le Tour de France des clubs. J'ai un petit rituel. Je leur demande toujours, aux écoles de rugby, « Citez-moi des joueurs de l'équipe de France. » Donc, ils m'en citent plein. « Citez-moi des joueuses de l'équipe de France. » Ça commence à venir. Moi, j'ai besoin que les jeunes filles dans les écoles de rugby aient des rôles modèles féminins. Et donc, ça commence à venir. Et après, je leur dis quelles sont les valeurs du rugby. Ils lèvent la main pour répondre et ils me parlent de respect. Et je me dis, mais on a tout gagné. Si un gamin ou une gamine à l'école de rugby comprend que le respect, c'est une valeur cardinale et c'est la première des valeurs qu'on apprend au rugby, on a tout gagné pour la personne et plus globalement pour la société.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est très intéressant et en plus vous allez effectivement sur le terrain. Je ne sais pas comment vous faites pour tout faire d'ailleurs, parce que vous avez plusieurs vies en ligne, mais vous allez beaucoup à la rencontre du terrain, des clubs, vous vous déplacez personnellement. Vous avez ce rôle et ce sujet de rôle modèle dont vous parlez, nous on y croit beaucoup, il est très important.
- Speaker #1
En plus on a des femmes en équipe de France, c'est la partie supérieure de l'iceberg, mais moi je m'intéresse au développement du rugby de la base aussi. On a un vrai sujet, je me déplace sur le terrain, pourquoi ? Parce que je vois les collectivités. et je leur dis il me faut des vestiaires féminins. Aujourd'hui on a massivement des jeunes filles qui jouent au rugby et qui se changent encore dans les vestiaires arbitres, dans les bus, dans les voitures parce que le rugby n'a pas été inventé pour les femmes. Donc là on a un vrai plan Marshall à faire avec les collectivités, c'est pour ça que je veux voir les élus des villes, des conseils départementaux, des régions, en leur disant faites-moi un plan Marshall sur le développement de vestiaires féminins parce qu'il y a un vrai enjeu autour de ça. Mais après oui on a besoin de rôles modèles féminins. D'autant qu'on a des filles éblouissantes. Manae Felehu, capitaine de l'équipe de France de rugby. Elle est de mère bourguignonne, de père foutounien. Là, elle ne joue pas en équipe de France en ce moment parce qu'elle est en cinquième année de médecine et elle a décidé de réussir sa cinquième année. Moi, je trouve ça extraordinaire. Julia Grosse, qui est la nouvelle KP de l'équipe ces dernières semaines, qui vient de commencer, elle termine son école d'ingénieur. Donc, on a des filles qui réussissent. qui sont très inspirantes et qui réussissent à la fois un parcours sportif de haut niveau et en même temps une vie d'études ou professionnelle qui est assez exceptionnelle. Et moi, je trouve que c'est des rôles modèles très inspirants.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr, il y a une résilience. Arriver à tout mener de front, on sait que ce sont des études difficiles. Et vous parlez de rôles modèles, il y a une publicité qui est sortie récemment qui est assez extraordinaire.
- Speaker #1
Rien n'arrête le rugby féminin, où on met en avant des spécificités du sport féminin, l'absence de statut pro. La réalité, c'est que nous, la Fédération française de rugby, on professionnalise 30 filles. Mais il y a 400 filles qui jouent dans le championnat qu'on appelle l'Axa et l'Itune, qui est le top 14 du rugby féminin. Donc, on en voudrait plus. Et pour ça, il faut qu'on ait plus de ressources, plus de moyens. Qui met en avant l'absence de vestiaire féminin ? Qui met en avant le body shaming ? C'est-à-dire qu'il y a la société, et c'est vraiment une vision un peu caricaturale, peu reprochée à des femmes qui jouent au rugby. D'avoir des corps musclés, mais pardon, ou d'avoir des corps un peu ronds, mais pardon, c'est la réalité de la société qui est comme ça. Et puis, il y a encore des équipes qui font jouer les femmes avec des shorts blancs. C'est une non-compréhension de la réalité du sport féminin. Et la publicité met en avant, c'est vraiment une publicité militante, et c'est là qu'elle me plaît, met en avant ça de manière très forte. Et bon, on a travaillé avec eux sur ces sujets-là en disant, voilà, sur les messages à passer. Mais oui, ça fait beaucoup de bien au rugby parce que ça nous dit des choses. sur ce que le rugby féminin peut apporter à la société.
- Speaker #0
Vous sentez quand même que c'est plus simple, parce qu'il y a une histoire de financement, une histoire de vestiaire, ou c'est tout simplement faire la moitié des vestiaires pour les filles ? Ah non, il faut convaincre.
- Speaker #1
Non, non, il y a des gros investissements. Mais tout le monde a l'égalité hommes-femmes plein la bouche. Mais après, quand il s'agit de faire des vestiaires féminins, des vestiaires pour permettre aux filles de pratiquer le rugby, comme les garçons, effectivement, il y a besoin d'un peu de conviction. Donc moi, ça ne me gêne pas. On se fait un second de ligne d'aller mettre un petit coup d'épaule de temps en temps pour faciliter ça. La fédération essaye aussi de monter des plans qui permettent de contribuer, d'aider un peu les collectivités dans cette démarche-là. Mais pour moi, il y a une accélération exponentielle de la croissance du rugby féminin. On va tripler, dans le plan qu'on s'est donné, on doit tripler le nombre de licenciés. Et franchement, il faut que tout le monde comprenne qu'il y a un vrai enjeu. Et en matière d'audience télé... C'est incroyable ce que les filles nous permettent d'obtenir aujourd'hui. L'attrait du rugby féminin, y compris télévisuel ou dans les stades, est en train de grandir très vite.
- Speaker #0
En fait, c'est ça. Plus on va les rendre visibles, comme vous le disiez, plus peut-être ils vont voir un intérêt pour pouvoir aménager des choses. Et puis, des jeunes filles vont vouloir aussi faire du rugby.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, il faut qu'on travaille à la fois la base. La base, c'est l'accessibilité du rugby féminin. Donc, convaincre plus de clubs de rugby. On en a 2000 en France de créer leur section féminine. On a toute une série de plans d'action à la fêlée. qui valorise les clubs qui ont un fort pourcentage de féminines, à l'école de rugby, en cadette, en senior, en rugby à cinq, qui est un rugby sans choc, sans plaquage, qui se joue en mixité. On va valoriser les clubs qui ont plus de dirigeantes, qui ont plus d'arbitreux, qui ont plus d'entraîneurs, plus de femmes qui vont s'investir dans la pratique du rugby, s'il y a une corrélation directe. Et à côté de ça... On travaille aussi beaucoup la visibilité de l'Axé Elite 1, notre top 14 féminin. Il y a 10 clubs, mais voilà, l'Axé Elite 1 qui est le championnat de première division féminine, de l'Elite 2 aussi, et la visibilité des équipes de France sur lesquelles on a beaucoup travaillé pour que les matchs de la partie supérieure de l'iceberg, la partie la plus visible, soient plus vus et que ça donne envie à des jeunes filles de basculer vers le rugby et d'essayer un sport qui va les transformer aussi.
- Speaker #0
Est-ce qu'elles doivent en faire plus que les garçons ? C'est-à-dire, vous dites, elles font en même temps leurs études, elles ont peu leur statut pro, elles doivent se changer dans des... Je ne sais pas où d'ailleurs, dans leur voiture, etc. Est-ce qu'elles doivent en faire plus ?
- Speaker #1
Moi, je dis, les filles aujourd'hui qui font du rugby sont encore des warriors. C'est-à-dire qu'elles font des kilomètres. Comme il n'y a pas la même densité d'équipe sur l'ensemble du territoire pour jouer dans un championnat, elles font des kilomètres que les garçons ne font plus. Parce qu'il y a plus d'équipes, également moins de déplacements. Donc, les filles, mais aussi les bénévoles qui les encadrent, les dirigeants bénévoles qui créent des sections féminines, c'est un vrai investissement. Après, moi, je valorise ça. Ça, c'est sûr. À la Fédération française de rugby, on a créé un label club engagé dans lequel les critères féminins sont extrêmement importants. Et on va aider, soutenir les clubs qui ont un gros pourcentage de filles à l'école de rugby, qui ont beaucoup de cadettes, des seniors. On a Adidas qui est un des partenaires de la Fédé. avec eux on a doté Tous les clubs qui ont des équipes cadettes ou seniors avec des jeux de maillots adidas, on essaie vraiment de soutenir le rugby de la base tout en donnant beaucoup de visibilité aux équipes de France. Pour donner un chiffre là-dessus, les garçons, l'équipe de France masculine, ont 11 ou 12 matchs télé diffusés par an. Jusqu'ici, les filles n'avaient que les matchs du tournoi des destinations, donc 5 matchs. Là, on a obtenu un accord de France Télévisions pour que les filles aient 11 matchs diffusés par an. En clair. sur France Télévisions, d'entre une exposition médiatique qui est l'équivalente de celle des garçons. Et au lieu de ne faire que deux ou trois matchs par an, c'est-à-dire les matchs du tournoi en France, maintenant elles font cinq ou six matchs par an. On vient de sortir de trois matchs en septembre contre la Nouvelle-Zélande, l'Australie et le Canada. Là, elles partent en tournée pour trois matchs en Nouvelle-Zélande. Tous ces matchs vont être télédiffusés et c'est trois matchs de plus en France. Donc c'est un tournant. qu'on est en train de vivre pour le rugby féminin et pour sa visibilité médiatique et dans les stades.
- Speaker #0
Florian, quand on vous entend, c'est très fort, vous donnez du sens pour vous. Vous êtes évidemment président de la Fédération française de rugby, mais vous avez un impact sur la société, ça va au-delà. C'est important pour vous, ça ?
- Speaker #1
C'est la raison de mon engagement. Je sais pourquoi je me lève le matin. Je suis entouré d'une très belle équipe, mais je me consacre, moi, à l'impact éducatif et citoyen que représente le rugby. J'ai un bras droit qui s'appelle Jean-Marc Lhermé, qui m'aide à travailler sur la partie haut niveau en lien avec les 14 équipes de France, ce qui est à masculine, féminine, à 15, à 7, moins de 20. J'ai Abdelhatib Benazi qui travaille beaucoup avec moi sur la partie internationale. Et puis, j'ai beaucoup de femmes qui m'entourent, Delphine Bunel, Ariane Vangeluch sur le développement de la pratique féminine, Pascal Terrier de Moustier aussi sur le développement du rugby de la base. Mais moi, mon rôle de président de la FED, c'est de donner une vision. Notre vision, c'est que le rugby est bien sûr un enjeu sportif, ça va de soi, mais aussi un enjeu éducatif. On a beaucoup parlé de la capacité du rugby à transformer les personnes qui le pratiquent et un vrai enjeu citoyen. Et dans la citoyenneté, il y a de l'inclusion, il y a du sociétal, on fait du rugby adapté pour des gamins ou des gamines en situation de handicap ou même des adultes. On fait du rugby santé pour des femmes atteintes de cancer du sein. Parce que faire des passes fait travailler le haut du corps, accélère la rémission. On travaille dans les quartiers prioritaires de la ville.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
Une manière incroyable. On a 15% de filles licenciées à la fédé aujourd'hui. Quand on bosse en quartier prioritaire de la ville, on a 35% de femmes qui viennent à nous. Pas parce qu'on les cible, juste parce qu'elles ont compris que le rugby est un levier d'émancipation, de prise de confiance en soi, alors que le foot est souvent le sport le plus connu. Elles prennent le rugby comme une manière de s'émanciper et de gagner confiance en elles. Et voilà. Et donc, moi, c'est ça qui me fait clipper, comme on dit. C'est ça qui me donne incroyablement envie de me battre pour le rugby, parce qu'on a une capacité à transformer la société par le rugby.
- Speaker #0
Et il y a moins de terrain aussi dans le rugby. Dans certaines régions, je crois, les Hauts-de-France, etc., il y a encore moins de terrain et du coup, ça limite l'accès. Ça aussi, c'est quelque chose ?
- Speaker #1
Oui, il y a le rugby et le... hors coupe du monde de foot qui explose tous les scores. On est le premier sport en France dans les médias. Si on parle du féminin, en un an, on avait le dernier match France-Angleterre du tournoi. Il y a une saison, c'était 2,5 millions à la télé. On est monté à 3,1 millions avec des pointes à 3,6 millions. Donc il y a un vrai attrait. pour le rugby. Et chez les garçons, on a gagné 25% d'audience télé. On fait 7,6 millions en moyenne sur le dernier tournoi, alors qu'on était à 6,3 millions il y a trois ans. Donc, on a une envie de rugby qui est phénoménale, des audiences télé qui explosent. Et donc, on est souvent, hors Coupe du Monde de Foot, le premier sport en France dans les médias. En tout cas, on l'a été l'année dernière. Et pour autant, on n'était que le dixième sport en nombre de licenciés. Là, on est remonté à la huitième place. C'est bien, ça progresse. Mais on n'a pas suffisamment de gens qui font du rugby. En France, il y a 2000 clubs de rugby, il y a 13 000 clubs de foot. Et donc, il y a des endroits où il n'y a pas une solution pour faire du rugby à proximité. Et donc, nous, on a tout un travail à la Fédération française de rugby qui consiste à créer des antennes de clubs existants ou à créer de nouveaux clubs ou à faire ce qu'on appelle du planté de poteaux, c'est-à-dire à mettre des poteaux de rugby sur des anciens terrains de foot qui éventuellement ne servent plus ou qui servent peu, de manière à permettre... plus de pratiques de proximité. C'est un peu le même parallèle que quand on essaie de développer des vestiaires pour les filles. En fait, il faut qu'il y ait plus d'infrastructures, plus d'installations pour permettre la pratique.
- Speaker #0
C'est sûr. Et alors, on parle beaucoup d'allier, entre guillemets, sur l'égalité homme-femme, même si c'est un peu étrange ce mot parce que finalement, quand on parle d'égalité homme-femme, il y a le mot homme et femme. Mais vous, vous êtes vraiment... Vous prenez part à... Vous parlez de manière très claire sur l'égalité, sur ce rôle. vraiment d'exemplarité pour ces sujets. Vous ne faites pas de différence entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons dans le sport. Pourquoi il y a encore peu d'hommes qui prennent la parole ou qui ne se sentent pas concernés ? Parce que vous, quand on vous entend, c'est une évidence.
- Speaker #1
Moi, c'est une évidence. Je ne sais pas répondre à cette question. Moi, ça me paraît absolument naturel qu'il faille développer mon sport pour tout le monde. Les hommes, les femmes, les personnes en situation de handicap, les personnes qui souffrent de maladies chroniques. Il y a 10 millions de personnes en France qui souffrent de maladies chroniques. Donc le rugby, il est fait pour tout le monde. Et moi, mon enjeu, c'est de développer le rugby pour tout le monde, quelle que soit l'origine, le sexe, le milieu social. Et donc c'est un sport qui sublime l'interdépendance entre les gens. C'est un sport où on comprend qu'on n'est rien sans l'autre. Moi, je sais pourquoi je me bats pour ce sport. C'est un sport qui crée des liens indéfectibles entre les gens. Et donc, il faut le développer. C'est un sport aussi où sont les endroits où les gens se mélangent, où sont les endroits dans le pays où les gens se rencontrent. Un club de rugby a dans son ADN le respect, on en a parlé, la solidarité, l'engagement, l'esprit d'équipe, une forme de courage et aussi du lien. Moi, je pense que le pays souffre cruellement de l'absence de lien. Et donc moi, j'ai envie de développer mon sport parce que je crois que c'est un sport qui génère des liens incroyables entre les individus, des liens de solidarité intergénérationnels. Et le féminin doit y avoir toute sa place. Pendant longtemps, le rugby a été un peu enfermé dans une logique masculine et exclusivement masculine. C'est fini. Et donc aujourd'hui, on est en train d'avoir des femmes partout dans les clubs de rugby. Et c'est tant mieux parce que c'était une nécessité.
- Speaker #0
Mais d'où ça vous vient ? Vous pensez que ça vient, c'est parce que vous avez fait du rugby et que vous avez cette ouverture ? Ou déjà petit peut-être, il y avait des modèles qui vous inspiraient ?
- Speaker #1
Non, moi j'étais dans un club de rugby, à l'époque c'était le plus que le rugby féminin n'existait pas. Ensuite j'ai eu l'occasion d'aller jouer un an aux Etats-Unis et j'ai entraîné une fois une équipe féminine, ça m'a paru être une évidence. Et puis derrière quand j'ai été président de club j'étais... dirigeant bénévole dans un club, à l'école de rugby, en cadet, en junior, en senior. Et quand je suis devenu président, ma première décision, c'était de créer une équipe féminine. J'ai beaucoup œuvré pour le développement du rugby à 5. Il y a le rugby à 15 qu'on connaît, le 7 olympique, et le rugby à 5 qui se joue en mixité. C'est un des rares sports où on peut vraiment jouer en mixité. C'est ultra intéressant. Parce qu'en fait, il n'y a pas de plaquage. Et donc, adulte, on peut parfaitement jouer. On fait la passe à la personne qui est à côté de soi. C'est un levier extraordinaire pour jouer dans le monde scolaire. Dans le monde scolaire, si vous faites jouer, si une professeure des écoles fait jouer au foot, souvent les garçons vont se faire des passes entre eux. Le basket et le hand qui sont des sports géniaux. Le dribble peut être un peu discriminant. Une professeure des écoles ou un professeur des écoles veut embarquer toute la classe. Le volet, la passe est un peu compliquée au volet. Et finalement, le sport co le plus accessible qu'on peut jouer dans un gymnase, dans une cour d'école sur une surface dure, le cas échéant, c'est le rugby à cinq. Et on est obligé de faire, on ne fait pas des passes sautées. quand on est dans le primaire et on fait la passe à la personne à côté de soi. Et ce qui est ultra intéressant aussi, c'est qu'à ces âges-là, en plus, les filles sont souvent beaucoup plus déliées que les garçons qui sont un peu plus patauds. On le voit à l'école de rugby quand on joue en mixité. Les filles sont souvent dominantes. même quand il y a du plaquage. Donc, c'est ultra intéressant pour les messages que ça passe. Et donc, voilà. Moi, je développe à fond toutes les gammes du rugby, le 5, le 7, le 15, en mixité pour le 5, qui est une pratique sans plaquage et sans choc, en mixité à l'école de rugby avec du plaquage, mais dans un cadre où on est organisé pour ça.
- Speaker #0
Vous arrivez à avoir un impact dans le cadre des programmes d'éducation nationale ? Vous intervenez à ce niveau-là pour que ce soit un peu un passage obligé ?
- Speaker #1
Moi, je rêverais que dans les INSP, les instituts de formation des professeurs des écoles, on forme bien sûr au math et au français, on a cette obligation et cette nécessité, mais aussi qu'il y ait du sport, plus de sport. On a un pays où parfois le sport est un peu négligé, alors que moi, je considère que c'est un véritable enjeu. J'adorerais que le rugby A5 soit un programme formé dans les INSP. Mais dans nos académies pour l'espoir, on rassemble les meilleures joueuses et les meilleurs joueurs français qui peuvent potentiellement rejoindre les équipes de France demain. Le taux de réussite au bac, il est 10 points supérieur à la moyenne nationale. On a 50% de mentions et 13% de mentions très bien. Et donc moi, ma conviction, c'est qu'un gamin ou une gamine qui fait du sport à côté... il ne sera pas moins bon. Au contraire, ça force à s'organiser. C'est un message important à passer aux parents. Ça force à s'organiser. Et la réalité, c'est que quand on ne fait pas de sport, en fait, on fait plus de bip-bip et un peu moins de...
- Speaker #0
Ça ouvre la tête, ça développe plein d'autres choses. Ça ouvre la tête,
- Speaker #1
ça développe plein d'autres qualités. Dans un sport co, ça développe l'apprentissage relationnel. Et dans le cas du rugby, ça développe la tendance à comprendre à quel point l'autre est important.
- Speaker #0
Vous êtes aussi dirigeant, entrepreneur. Est-ce que vous voyez des parallèles avec le monde de l'entreprise ?
- Speaker #1
Je suis comme entrepreneur. J'ai créé mon entreprise il y a 32 ans maintenant. J'ai essayé dans mon entreprise de diffuser ce qui est en fait mon ADN, mon éducation rugby-sic et les valeurs du collectif, de l'esprit de l'équipe. J'ai la moitié de ma boîte, donc 150 personnes qui sont devenues actionnaires de l'entreprise. Cette notion collective m'importe. Je pense qu'il y a de gros parallèles entre le rugby. C'est pour ça que les chefs d'entreprise, de manière générale, adhèrent tant aux valeurs du rugby parce qu'ils y reconnaissent des comportements, des attitudes, des valeurs qui correspondent à ce qu'ils veulent voir dans l'entreprise. Le respect, le courage, l'engagement, l'esprit d'équipe. Toutes ces valeurs qu'on prête assez naturellement au rugby, même si on n'est pas hermétique. au bout de la société, elles sont importantes pour l'entreprise et c'est normal que l'entreprise s'intéresse au rugby et réciproquement.
- Speaker #0
Est-ce qu'on devrait faire du rugby à cinq auprès des managers ?
- Speaker #1
Complètement, mais on le fait. On organise à Marcoussis ou à Pantin, notre deuxième centre national du rugby, ou dans les clubs de rugby. Il y a beaucoup de clubs de rugby qui montent des équipes de rugby à cinq pour l'entreprise et qui activent leur partenariat avec des entreprises en leur proposant des tournois de rugby à cinq en mixité. On peut jouer jusqu'à 70 ans au rugby à 5, on peut même faire du rugby à 5 en marchant. Donc en fait, on a plein de cette pratique sans choc, sans plaquage. Elle est ultra intéressante pour les entreprises. Puis dès que vous mettez les gens en short ou en survêtement autour d'un ballon de rugby, tout de suite, il y a une dimension faite. On fait pour le monde de l'entreprise, c'est ultra intéressant, des job dating, qu'on appelle stade vers l'emploi. On prend 100 demandeurs d'emploi à longue durée, hommes et femmes. 20 entreprises qui recrutent. On leur fait une matinée de rugby à 5. Ce rugby sans choc, sans plaquage, dans l'anonymat. Ce n'est pas trop incognito. Ils passent la matinée à transpirer ensemble, à se faire des passes, à simuler des touches, etc. On les fait casse-croûter, toujours dans l'anonymat. C'est le club qui organise ça. Et à la fin du casse-croûte, on aime bien manger au rugby, on révèle qui est qui. Le taux de retour à l'emploi, mesuré par France Travail, puisqu'on est en partenariat avec France Travail là-dessus, il est de 60% pour des demandeurs d'emploi à longue durée. Il y a beaucoup d'entreprises qui y trouvent un intérêt majeur et qui nous demandent, dans les clubs, via les ligues régionales, les comités départementaux ou directement la FEDE, d'organiser des job dating. On en a fait 150 l'année dernière. Donc c'est considérable partout en France. On a permis de recruter plus de 20 000 personnes. où on va recruter les gens plus sur des skills que sur un CV, plus sur du comportement que sur un CV.
- Speaker #0
Vous me donnez des idées pour le réseau Parité. Je reviendrai vers vous prochainement, mais ça me donne des idées. On a, nous, 800, puis de 800 à 830 ambassadrices, ambassadeurs. On a 36 000 membres et on est un groupe de 230 000 personnes, qui est à Parité, le groupe, en tout cas. Donc, il y a des choses à faire et qui peuvent être intéressantes. Et on a aussi un impact sur la société, d'ailleurs. Florian, je pose souvent cette question, mais je vais vous la poser de manière un peu détournée. J'ai envie de vous demander si vous avez un rôle modèle féminin.
- Speaker #1
Non, je n'ai pas de nid masculin. Je ne pense pas. J'ai plein de personnes qui m'inspirent. Je n'ai pas un rôle modèle.
- Speaker #0
Une personne, une femme qui vous inspire. Je fais exprès une femme parce que...
- Speaker #1
Simone Veil pour les combats qu'elle a menés et le courage dont elle a su faire preuve.
- Speaker #0
Pas une sportive alors ?
- Speaker #1
Non, non. Mais peut-être. Moi, je pense que si rôle modèle, je dois avoir, c'est plus des... des gens qui ont un impact sociétal. Pour moi, le sport est un levier de transformation de la société. Et le rugby aussi. Je pense qu'on devrait beaucoup plus l'utiliser comme tel.
- Speaker #0
Vous pourriez faire de la politique, Florian. Non.
- Speaker #1
Mais non, je fais de la politique. Dans le sens étymologique du terme, la vie de la cité. Le rugby, il est indispensable dans le monde rural, il est indispensable dans les quartiers. Donc, moi, la... politique en tant que telle ne m'intéresse pas. Par contre, avoir un impact sur la vie des gens par le biais d'un club de rugby et de la capacité des clubs de rugby à créer... Quand je vais au Baroni, au pied des Pyrénées, c'est quelques hameaux, quelques centaines d'habitants. Il y a 400 personnes au repas d'avant-match. J'ai été à Sanso récemment dans le Jura. 850 mètres d'altitude, un village de 250 habitants, 400 personnes au dîner de gala. Saint-Verdun, 5000 habitants, il y a 900 personnes qui viennent et qui se réunissent. Toutes les générations, tous les milieux sociaux, masculins, féminins, etc. C'est ça. Moi, ma contribution à la vie politique, à la vie de la cité, c'est par le rugby. Moi, il n'y a que ça qui m'intéresse. Je n'ai pas d'autres ambitions que le rugby. Et si je peux faire ça et contribuer à ça, ça a toujours été ma passion. J'ai de l'impact et l'important, c'est de voir de l'impact.
- Speaker #0
Bien sûr, vous avez de l'impact très fort parce que vraiment, l'image, elle a changé. Et ces femmes qui sont mises en visibilité, qui sont des sportives, qui sont effectivement très musclées, très fortes, qui sont courageuses. On a un autre exemple. Oui.
- Speaker #1
Badou Soufal, seconde ligne de l'équipe de France. 1m87, un physique assez en or, mais une joueuse assez en or. Elle ne joue pas d'ailleurs en ce moment avec l'équipe de France parce qu'elle a décidé d'avoir une maternité. Mais formidable. Madou, quand elle était gamine, elle se faisait un peu plaisanter dans la cour d'école. Et on sait que les enfants peuvent parfois être un petit peu difficiles et un peu durs entre eux. Et son surnom, c'était la girafe. Et elle a créé une marque de vêtements dont le logo est une girafe.
- Speaker #0
Et donc,
- Speaker #1
je lui dis, un peu bêtement d'ailleurs, je lui dis, mais Madou... Donc, tu as fait une marque de vêtements pour les grands. Elle me dit, ah non, tu as fait une marque de vêtements inclusives.
- Speaker #0
Super.
- Speaker #1
Et je me suis senti bête. Elle a tellement raison. En fait, elle a fait une marque de vêtements pour tout le monde et elle a retourné ce qui peut être une forme de petit harcèlement ou de petite méchanceté entre enfants en quelque chose de très fort, qui est devenu une force. Et sa ligne de vêtements porte le logo d'une girafe. Et moi, je trouve que c'est... incroyable. Et donc, c'est là que je dis qu'il y a des femmes en équipe de France de rugby et ailleurs, dans nos clubs de rugby, qui sont ultra inspirantes par leur parcours, et parce qu'elles sont capables de raconter.
- Speaker #0
d'une vie qui a été qui a contribué à être transformé par le rugby et qui leur a donné confiance je vous ai mentionné là on est sur un homme et abdel hatif benazi qui vient de rentrer au hall of fame de world rugby donc voilà le 15e français a entré au hall of fame de world rugby vous raconte que quand il était gamin à ouda au maroc il se sentait pas bien dans sa peau il était trop grand il était peut-être un peu trop rond un peu trop cosso Et aujourd'hui, ça a un immense ambassadeur du rugby français et du pays. Et voilà ce que le rugby est capable de faire. Donc, je n'ai pas de doute sur mon investissement.
- Speaker #1
C'est sûr, et ça aide en parlant de plafond de verre, de parois de verre. Ça aide à ouvrir tous les champs des possibles, finalement.
- Speaker #0
Mais c'est la symbolique du film.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
On le voit, à un moment, elle brise le plafond de verre. Et je pense que c'est le rugby qui contribue. à ça.
- Speaker #1
Très fort. L'équipe du 15 de France est partie d'ailleurs en Nouvelle-Zélande et il y a le premier match qui est dans quelques jours qui est le 17 octobre, c'est ça ? Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Alors, que leur souhaiter de gagner, évidemment ? Oui,
- Speaker #0
on leur souhaite gagner. En fait, oui, quand on rentre sur Internet B, on n'a qu'une envie, c'est de gagner et je peux vous garantir qu'elle, le staff, François Rattier qui est le sélectionneur, etc., ils ont une envie incroyable. Mais ce que nous, on est en train de préparer, c'est la Coupe du Monde. en Australie en 2029. C'est le prochain tournoi d'assignation. On est en train de monter en puissance l'AXA et l'ITUNE qu'on va télédiffuser maintenant. Il y aura systématiquement un match, il y a quelques matchs sur Canal et tous les autres, on a décidé qu'il y aura un match par week-end qui serait télédiffusé, donc ça sera un investissement de la fédération. Moi, mon enjeu, c'est que les filles progressent et pour ça, il fallait leur proposer des matchs de très haut niveau. Les six derniers matchs... Nouvelle-Zélande, Australie, Canada et trois fois la Nouvelle-Zélande en Nouvelle-Zélande. Ça, c'est ce qui les prépare au meilleur niveau international possible, parce que c'est l'équivalent de demi-finale de Coupe du Monde. Six matchs d'affilée qui sont pratiquement du niveau de demi-finale. Pour qu'elles fassent le tournoi des destinations, le prochain tournoi des destinations, qu'on aille chatouiller les Anglaises qui sont les premières mondiales aujourd'hui et qu'on a envie de battre. Et surtout qu'on prépare bien la Coupe du Monde 2029. Et puis en rue de Viaset, on prépare aussi les JO de Los Angeles. en 2028, voilà, donc c'est, on a envie de ça, et elles, elles ont compris que leur combat n'était pas qu'un combat personnel, n'était pas qu'un combat collectif, mais que c'était aussi un combat sociétal, un combat pour la France entière, où elles étaient capables de passer des messages à la France entière, sur la manière, sur l'image du sport féminin, et sur l'image des femmes dans la société, et ce combat-là, je pense qu'elles commencent à l'avoir. intégrés. Et mon espoir, c'est que ça leur donne un immense supplément d'âme pour franchir des frontières et pour passer des montagnes qui sont parfois insurmontables. Battre les Anglaises, battre les Néo-Z, chez elles, pourquoi pas. Mais voilà, c'est ça qu'on est en train de préparer et elles y mettent beaucoup de cœur. Mais je pense que ça va marcher.
- Speaker #1
J'ai envie de rester sur ce beau mot positif. Et merci beaucoup, Florian, pour cet échange. Et je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode d'Appareil Gal. Encore un grand merci.