- Speaker #0
Générique Bienvenue à A Par Égal, émission de réseau Parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui, j'ai la grande joie de recevoir parmi nous Jodie Coste.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Bonjour Jodie, merci d'être là. Donc Jodie, vous êtes autrice, compositrice, interprète, comédienne voix. Et on vous présente un peu comme un caméléon, c'est ça ? Dans la vie comme sur scène, une artiste pop consciente.
- Speaker #1
Jodie, qui était la petite Jodie ? Oh wow ! Eh bien bonjour, merci pour l'invitation et merci de rentrer directement dans le sujet comme ça. La petite Jodie. La petite Jodie était une enfant très à l'écoute sur le monde, qui n'a pas eu le temps d'être enfant. Et qui, du coup, très vite a compris qu'il fallait qu'elle trouve sa place parmi les adultes si elle voulait pouvoir survivre. Donc, c'est une fan de latin, grec ancien, des langues qui se perdent dans les livres. Fan de Zola, qui écoute du Aznavour, du Brassens, du Cabrel. Et qui a fait, je pense, de toute cette poésie, la jeune femme que je suis aujourd'hui.
- Speaker #0
On ressent ça dans vos compositions, dans le goût des lettres. Je vous pose cette question, Jodie, parce que finalement, on trouve beaucoup de choses de vous en tant qu'artiste, mais peu de choses de vous en tant que Jodie. C'est pour ça que je vous amène un peu, et avec cette pudeur que je ressens dans la réponse. Vous êtes ambassadrice de l'Union nationale des familles de féminicides. Et est-ce que vous pouvez justement nous expliquer, peut-être pour les personnes qui ne connaissent pas bien, quel est le rôle de cette union ? Et puis, d'où vient votre engagement à ce sujet ?
- Speaker #1
Bien sûr. Alors l'UNFF, l'Union Nationale des Familles de Féminicides, a la particularité d'être une association apolitique, puisqu'elle est constituée uniquement de familles de victimes de féminicides. Moi je n'en fais pas partie, j'ai l'immense honneur d'avoir été choisie comme ambassadrice, puisqu'elles m'ont vue à l'issue d'un concert pour le Fonds L'Oréal pour les Femmes, Urban Shakers. Je faisais partie des finalistes et à la fin du concert elles sont venues me voir. Bon je dis, il faut qu'on fasse quelque chose ensemble. Et j'ai trouvé ça à la fois pertinent vis-à-vis du rapport que j'ai à la mort et à l'autre, mais également parce que j'aime les choses qui ne sont pas sujettes à la remise en question. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a une tentative de féminicide toutes les 7 heures en France. C'est un essai transformé tous les deux jours et demi, si je puis me permettre la métaphore sportive. Et ça concerne tout le monde, quelles que soient les croyances, les... ethnie, quel que soit le niveau social, le milieu culturel et autres. Du coup, vu qu'il y a ce dénominateur commun de ces femmes qui décèdent, puisqu'elles ne reviendront pas à la vie, il me semblait important de pouvoir mettre ma voix au service de l'indicible et de pouvoir les accompagner là-dedans.
- Speaker #0
Et vous le faites très bien, Jodie. Et vos textes, d'ailleurs, sont engagés. On sent parfois, en tout cas, moi, c'est comme ça, je ressens une certaine urgence, avec poésie, cependant. On parle de caméléon, on sent à travers tout ce que vous faites, très éclectique, etc. Vous ne voulez pas être mise dans une case, non ?
- Speaker #1
Déjà, je suis verso. Donc, à partir de là... C'est pour ça que vous êtes bien les versos. Non, mais les classes, c'est pour les autres. Et je ne sais pas, on m'a toujours dit, grandis en étant toi-même. Du fait aussi que j'ai cette triple culture, parce que je suis franco-italo-congolaise. Du coup, j'ai vraiment eu ces trois cultures-là. Ma génitrice m'a toujours dit, vraiment, grandir en étant toi et n'ayant pas l'impression, et sans jamais avoir l'impression, que tu dois choisir un côté ou un autre. Puisqu'on le veuille ou non, quand on vit en France et qu'on est métisse, on est toujours la noire de quelqu'un ou la blanche de quelqu'un, alors que non. J'ai les deux en moi, et ce qui m'a permis aussi d'observer très tôt, on va dire, les incohérences entre les uns et les autres. Donc si en tant que métisse, on est là pour être tout simplement la preuve vivante que... L'union fait la force et tout ça, je pense que c'est important de le mettre en avant. Après, en ce qui concerne la nuance, pour répondre un peu plus à votre question, je suis ce qu'on appelle à l'intersectionnalité de plein de choses. Ça, c'est le gros mot.
- Speaker #0
En gros,
- Speaker #1
il y a des croisements. Moi-même, je ne le savais pas. Mais j'ai très vite découvert, et ce sont les autres qui m'ont ramené à ce rapport à moi-même, que j'étais finalement à la croisée de plein de chemins et que mon existence même était une forme de militantisme. par le simple fait d'être métisse, par le simple fait d'être pansexuelle, par le simple fait d'avoir fait d'autres études, par le simple fait de venir de tel ou tel milieu, de ne jamais être là où l'on m'attend. Je pense que j'en ai fait une force et oui, la résilience fait partie de moi.
- Speaker #0
C'est assez fort de dire rien que le fait d'être, finalement, c'est du militantisme. Il n'y a pas d'autre choix. Quelque part, on renvoie quelque chose aux autres. Oui, de fait.
- Speaker #1
On renvoie tous quelque chose à quelqu'un. Je pense que le plus important, le tout en tout cas, c'est ce que j'essaie de faire, c'est d'être consciente de ce que je renvoie, d'arrêter de me battre contre ce que je renvoie. Je l'ai fait pendant longtemps aussi. Je vous donne un exemple tout bête. J'ai la voix qui porte, j'ai un bel organe, c'est mon métier. Et puis très vite, on me dit « vous êtes agressive » . Non, je précise, j'ai la voix qui porte, je suis assertive, mais je ne suis pas agressive. Mais après, une fois qu'on prend conscience que c'est vu comme une forme d'agressivité, À nous ou non de la modeler, à la base je suis une communicante, j'ai à cœur de faire passer des messages, de mettre des mots sur des mots. Donc je dois aussi de faire cet effort de langage et de pouvoir m'adresser à tous et de répéter surtout encore une fois qu'on est des femmes, qu'on mérite l'amour et le respect. Et que les hommes, les vrais, ceux qui n'ont pas peur de dire non et ceux qui n'ont pas peur de pleurer, sont les bienvenus et peuvent parler à leur part. potes un petit peu problématiques.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est ce qu'on essaye de faire nous aussi sur le sujet de l'égalité, de parler. Je sais, je sais. Et vous faites bien. On essaye. Et en tout cas, c'est marrant parce que vous parlez d'agressivité parce que vous êtes une femme qui parle avec une voix qui porte et avec des choses assez percutantes. Et pour vous connaître un petit peu maintenant, vous êtes toujours très souriante, donc tout sauf agressive. Est-ce qu'on renvoie pas plus souvent aux femmes ? qui ont justement de l'assertivité ou de la prestance, le fait qu'elles soient agressives ou hystériques ou peu importe le terme, qu'à des hommes qui auraient...
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
...une façon de parler.
- Speaker #1
Je pense que oui. Et puis, on peut aller même au-delà, parce que je ne suis pas quelqu'un qui a peur de dire les mots. La femme mélaninée, comme j'aime l'appeler, la métisse ou la femme racisée, la femme noire, la femme... Peu importe quel mot on y attribue, parce que je ne veux blesser personne, est de facto vite vue comme quelqu'un d'agressif. Nous avons des voix graves. Bien sûr. À chaque fois, j'aimerais vous dire que ce sont des gens différents. Je n'ai jamais eu ces réflexions de la part de personnes noires, asiatiques ou tout simplement de Chil. À chaque fois, je venais déranger quelque chose qui ne leur plaisait pas. Et donc, à partir du moment où on sait qu'on peut être fustigé aujourd'hui pour tout et n'importe quoi, puisque malheureusement, les politiques en ont fait leur cheval de trois. Je crois qu'il est important qu'il y ait des artistes comme moi, ou en tout cas, je le fais, je suis là, pour dire attendez les amis, à la fin, on a tous un cœur, il y a toujours un espoir. Et en racontant un petit peu ma vie, si j'ai survécu, vous pouvez y arriver aussi. Ou tout du moins, si c'est difficile, entourez-vous de professionnels, entourez-vous de gens qui vous écoutent, pas forcément l'environnement qu'on nous a imposé. Et n'ayez pas peur de dire non, et si vraiment ça ne tient pas, bon allez, il y aura toujours un petit son de Jodie Coste dans les oreilles.
- Speaker #0
Ça me fait penser aussi, parce qu'on l'a reçu, c'est pour ça que je me permets de le dire, Maryse Burgo, à contrario, on lui reprochait d'avoir une petite voix. Donc c'est marrant, parce qu'en fait, la voix, quel est le bon son de voix ?
- Speaker #1
Il n'y aura jamais un bon son de voix. Il y a toujours 20 000 sons de cloche. Et c'est toujours les mêmes qui sont frustrés et fatigués. Comme disait ma grand-mère, si tu n'en écouterais pas les conseils, pourquoi en écouter les critiques ? Et je pense qu'elle avait raison, parce qu'à chaque fois, et ça m'arrive, on tombe tous sur des fous du bus, Quand je vois ce que j'appelle des chicken runs, je ne sais pas si vous avez la rêve du dessin animé, la pâte à modeler comme ça et puis d'un coup, on s'explose contre la vitre. Moi, les chicken runs, je leur souhaite surtout beaucoup d'apaisement au niveau du cœur. Et le reste, surtout, ne cédons pas à cette frustration et à cette colère qui gronde. On a toutes les raisons d'être en colère, attention. Quiconque soit aujourd'hui, je pense que tout le monde est blessé, tout le monde est traumatisé. Si on fait le choix, et parfois ce n'est pas un choix, mais si on cède à cette colère quotidienne permanente et qu'on s'en sert non pas comme un moteur, mais que ça peut vite nous consumer de l'intérieur, je pense qu'on peut vite sombrer dans une combustion interne et ne plus croire en demain. Donc, croyons-y, s'il vous plaît, allez, on y va, on s'en sort, vraiment.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, finalement, vous dénoncez des choses avec beaucoup d'amour. Vous avez d'ailleurs un titre qui s'appelle Love. Vous dénoncez des choses de manière un peu contrepointe quand même, mais avec beaucoup d'amour. C'est comme ça qu'on arrive à rallier, à faire avancer les choses ?
- Speaker #1
Je pense que j'ai à cœur de donner ce dont j'ai manqué. On m'a souvent dit que j'étais entourée d'amour, que j'étais un bébé de l'amour, que j'étais un enfant de l'amour. Et puis en grandissant, j'ai compris que ce n'était pas de l'amour. C'était de l'emprise, c'était du contrôle coercitif, c'était du narcissisme, c'était de la maltraitance, mais c'était tout sauf de l'amour. Du coup, j'ai vraiment à cœur, peut-être parce que je suis passée par toutes ces étapes ou parce que j'ai un cœur comme vous tous, j'ai vraiment en tout cas cette envie. d'amener, je crois, un câlin ultime, cette énorme embrassade. Mon cœur, effectivement, déborde d'amour et de dire, voilà, ok, vas-y, pleure un bon coup, c'est pas grave, ça va aller. C'est important, je pense, d'accepter ces émotions, de les identifier, de les traverser et de se dire que, voilà, ça ira quoi qu'il en soit. Tant qu'on est encore debout, ça ira. C'est ça, on peut se relever, ce que j'entends, et vous n'êtes pas obligés de répondre, mais vous utilisez des termes assez forts, survécus au début de... J'écoute,
- Speaker #0
le survécule, on m'a donné de l'amour, mais en fait, il y a plusieurs mots comme ça qui ressortent, et je ne veux pas, et vraiment, vous n'êtes pas du tout bon de répondre. Mais finalement, il y a eu certainement quelque chose qui fait que finalement, vous en avez fait une force. C'est un message assez fort aussi pour les gens qui nous écoutent, qui se disent qu'en fait, je n'ai pas de chance dans la vie, etc. Comment, quelle est votre énergie, ce que vous avez donné, pour que ça, finalement, transforme en une force. C'est une mention très forte, là.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a, en tout cas pour ma part, ce qui m'a sauvée, alors... Comme tout le monde, tout un chacun, j'ai eu beaucoup de déboires. On a tous une vie difficile, il n'y a pas de problème. Si je vous fais le résumé vite fait, papa qui décède quand j'avais 8 mois, mère qui tente de se défenestrer, elle se retourne parce que je dis maman pour la première fois, elle décide de me consacrer sa vie. Ensuite, à 22 ans, je dis que je ne suis pas en sexuel, on me renie, on me jette à la rue, je comprends que je ne serai jamais propriétaire ou en tout cas que je ne l'étais pas vraiment. J'ai grandi avec les bonnes sœurs à l'institution des Chartreux. J'ai vécu tout un tas de traumatismes, tout un tas de choses, mais vraiment le reniement de ma chair m'a fait prendre conscience alors que j'étais mise sur un piédestal, puisque je réussissais partout, déléguée du CP jusqu'à la fac, j'ai fait des études, j'ai fait sub de pub, je suis une alumne de sub de pub. Il n'y a pas de problème là-dessus, mais dès que vraisemblablement une case ne rentrait plus dans leur liste préétablie... Alors là, ça a été un prétexte.
- Speaker #0
Dans l'enfant modèle.
- Speaker #1
Dans l'enfant modèle. Et puis surtout, dans l'enfant peut-être que eux ont désiré, sans même savoir ce qu'eux désiraient, ils n'étaient jamais satisfaits. Mais ce que je tiens à dire, c'est que ce qui compte, ce n'est pas eux. Ce qui compte, ce n'est pas l'agresseur. Ce qui compte, c'est de se focaliser sur soi, avec un bon entourage. Ça, c'est essentiel. Je n'ai plus du tout les mêmes amis que j'avais à l'époque. Il n'y en a que quelques-uns qui sont restés. Je les remercie, ils se reconnaîtront. Aller aussi chercher l'aide de professionnels. Je n'ai pas de honte à le dire, ma psy est géniale. Mon psychiatre est à l'écoute. Et ensemble, depuis une dizaine d'années maintenant, ça fait que je vis ma vie. Après, il y a aussi les conséquences de tout ça. Et je crois que le but, c'est également d'accepter les conséquences de ces traumas. Je vous donne l'exemple concret. Je ne le dis pas nécessairement souvent, mais je pense qu'on est assez en confiance ici. Mais pourquoi je n'en parle pas ? Parce que les gens ne sont pas encore très familiers avec et associent beaucoup de choses négatives. Mais je suis dissociée. La dissociation, c'est un trouble que l'on crée face à des maltraitances telles que l'enfant a besoin de se créer une carapace ou un alter ego ou des traits de personnalité qui sont plus ou moins expansifs face à certaines violences, face à certains déclencheurs. Ça, c'est uniquement dû. Parce que j'ai subi tous ces traumas et toute la maltraitance. Maintenant, il y a deux options. Quand on va voir le maltraitant et qu'on lui dit, voilà ce que j'ai subi, voilà ce que tu m'as infligé. Et que la personne en face est encore dans le déni ou a toujours à cœur de minimiser. Peu importe que Yel minimise, parce qu'il n'est pas à même, ça demanderait trop de dire pardon et d'accepter. C'est trop pour certaines personnes. Je pense que l'essentiel, c'est vraiment de se focaliser sur soi. Je le dis souvent sur scène, le... temps qu'on passe à cultiver son jardin, c'est du temps qu'on ne passe pas à pisser dans le buisson d'à côté. Ah,
- Speaker #0
c'est pas mal.
- Speaker #1
Et on n'a pas assez d'une vie pour cultiver son jardin. Ça, c'est vrai. C'est tellement beau. Je ne sais pas si ça répond à tout, mais...
- Speaker #0
Ça répond à beaucoup de choses.
- Speaker #1
Je n'arrête pas de me livrer comme ça. Je sais, je vais chercher. Je n'ai pas trouvé grand-chose sur vous. Et merci de ce cadeau. Mais c'est pour aussi...
- Speaker #0
Ce n'est pas de la curiosité mal placée, c'est aussi parce qu'on a des gens qui nous écoutent, qui ont différents parcours et qui... Et je trouve que de pouvoir s'identifier, et parfois on n'ose pas dire les choses, et quand on les dit, on se dit, finalement, je ne suis pas toute seule. Je ne suis pas tout seul.
- Speaker #1
La représentation.
- Speaker #0
La représentation, avec des gens qui prennent des paroles, et dans cette émission, on s'entraîne de faire, avec des gens très différents, qui ont des métiers très différents. On a tous des parcours qui peuvent faire écho. Donc merci, Jodie, pour ce... Pour vous livrer et pour ce cadeau. Et donc, c'est vraiment pour inspirer,
- Speaker #1
parce qu'aujourd'hui, on ne pourrait pas imaginer que... Vous avez en tout cas dit des choses exactement ça. Cette phrase, elle me plaît. On s'imagine.
- Speaker #0
On s'imagine.
- Speaker #1
Et je dis, bah oui, mais derrière chaque sourire, il y a une part d'ombre. Les gens que vous voyez autour de vous, qui sont tout le temps souriants, résilients et autres, c'est qu'en fait, comme souvent quand il m'arrive des choses, je dis... Les amis, je me suis fait renier et j'ai fait le deuil de ça. Vous voulez qu'il m'arrive quoi de plus ? Franchement. Donc, à partir de là, tout ce que j'ai vécu d'autre, qui était dur, n'était sans égal. Enfin, c'était sans égal. Du coup, j'ai à cœur de dire, les amis, on peut s'en sortir. Vraiment, ça ira.
- Speaker #0
Mais c'est aussi pour ça, j'imagine, en tout cas de ce que j'entends, ce n'est pas un hasard si vous êtes marraine de l'association. On va t'adresser, pardon. Ça dépend, mais il y a quand même des parallèles dans beaucoup de choses et dans beaucoup de vécu et de... Oui,
- Speaker #1
Et puis, comme je dis au début de Love, parce que ce titre, il est assez ironique, c'est Hello Slash VE. Je dis toujours, l'amour, il tient à deux doigts, sauf quand il devient violent, alors c'est le majeur qui reste en l'air. Et c'est pour ça ce slash, cette séparation. Et je le dis au début de cette musique, c'est-à-dire que quand l'UNFF est venue me voir et m'a dit, je dis voilà ce que nous on a traversé, je me suis dit mais il n'y a pas de débat en fait, c'est finalement, c'est comme ça que je le vois de manière un petit peu vulgaire, mais c'est le bout de la chaîne alimentaire du patriarcat le féminicide. On a de plus en plus de femmes qui meurent parce qu'elles sont femmes, et non pas qu'à l'étranger, ne serait-ce que dans notre pays, du coup il y a vraiment quelque chose à faire. Et quand on dit que la peur doit changer... quand le but, ce n'est pas d'effrayer ceux qui se reprochent. C'est que, enfin, quand on dit « j'ai vécu ça » , on ne dit pas « t'es sûre ? » parce qu'il est gentil. « T'es sûre ? » Non, c'est de dire « punaise, déjà, je peux ? » Déjà, merci. Merci d'avoir parlé. Voilà. Merci pour le courage et on va le faire ensemble. Donc, j'avais à cœur de mettre de la culture au milieu de ce fléau. et de pouvoir les aider à rendre ça de plus en plus visible. Donc, merci encore pour l'invitation,
- Speaker #0
puisque c'est ce qu'on est en train de faire aujourd'hui. Oui, mais nous ici, en tout cas dans l'équipe, et plus largement dans le groupe, on pense qu'à travers parfois la culture, on arrive à faire passer des messages d'une autre manière. Ça ouvre aussi. Et j'entends quand vous dites, et on le voit, que ça n'a pas bougé, ça ne bouge pas, on n'y arrive pas. Et les hommes ont encore des craintes de prendre la parole, ou ceux qui ne se sentent pas. Pourquoi ?
- Speaker #1
Alors, ça avance. Ça avance. Ça avance. Il ne faut pas se dire que ça ne bouge pas. Ça avance. Ça avance toujours. Quand il y a une force négative d'un côté, il y a toujours un contrepoids. On est une espèce, la Terre, l'univers, tout se résume à une forme d'équilibre. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Donc, si il y a des choses qui sont en mouvance, maintenant, on le sait depuis toujours, les minorités criardes sont omniprésentes. C'est sûr. Donc moi, je me dis... Plus il y a de chicken run, plus il y a de gens qui s'agitent, plus finalement, ils sentent que c'est en train de changer et que la colère gronde. Je ne vous spoil pas le nouvel album, mais à un moment donné, en studio, je l'écrivais encore ce matin, je disais, on est à l'aube d'un nouvel ordre qui gronde, qui sommeille. Et on le sent. Mais la chose qu'on doit faire entre femmes, et ça, c'est une réalité, c'est oser se regarder dans les yeux et oser se demander ça va ou ça ne va pas. Si vous demandez à une de vos compères si elle va bien, Hum. et qu'elle s'énerve, c'est que souvent elle ne va pas bien. Donc il ne faut pas se vexer. C'est un moment, je crois, de nos vies où il faut oublier son égo. Il faut réussir à le mettre à la porte, se rassurer quant au fait qu'on a toutes et tous une place. Et voilà. Après, oui, est-ce qu'il y a des gens qui le font pour apporter la couverture à eux ? Il y aura toujours des opportunistes. Mais j'en suis venue peut-être à un point avec lequel sûrement des gens ne seront pas d'accord, mais ce n'est pas grave, ça n'engage que moi. Mais j'en suis arrivée à un point où, opportunisme ou pas, tant que c'est le bon message qui est véhiculé, alors il faut y aller. Alors, est-ce qu'en off, on aimerait donner la place à des artistes qui sont vraiment engagés, à des artivistes ? Oui, et ça se fait, la preuve en est, on discute aujourd'hui. Donc, je pense qu'il faut vraiment, voilà, on arrête de regarder autrui, on se regarde dans les yeux, ça va, ça va pas, on agit. Et c'est de plus en plus tôt, de plus en plus jeune, partout. Ce week-end, j'ai joué en Belgique. J'ai dû séparer un couple en fin de soirée. Oui, parce que quand je suis en concert et que je regarde ces messieurs et que je dis « Toi, t'es un homme, toi » , s'ils n'en sont pas un ou s'ils se sentent même pas s'ils, ça déclenche des réactions. Donc, je crois que l'urgence, elle est en ça. Elle est au fait que les femmes s'expriment de plus en plus, les hommes également, mais que la justice avance, mais pas assez vite. Ce qui fait que, bien évidemment, il y a de plus en plus de plaintes, il y a de plus en plus de paroles qui se libèrent. Mais une fois que cette parole se libère, est-ce que la femme est protégée ? Et il y existe des choses, que ce soit en Espagne, en Italie, même en Italie, je ne sais pas si vous avez vu, les féminicides, ça y est, est passible de la perpétuité. Donc il se passe des choses autour. En Espagne, on a des réseaux où que ce soit le médecin, l'infirmière ou l'employeur, parce qu'au travail, il y a une responsabilité aussi, pour voir la sécurité des femmes. Je sais que vous êtes très alerte là-dessus. Du coup, ils ont un réseau. où ça fait augmenter un indice. Et peu importe ce qui se passe, une fois qu'on arrive à tel indice, madame est mise en sécurité avec ses enfants. Donc je crois qu'il y a des choses simples à faire et qui ne tiennent qu'à chacun de nous. Et je comprends celles qui ont peur, vraiment, parce qu'on n'est pas tous égaux face à la violence. Dans ces cas-là, envoyez un clip de Jodie Coste, envoyez le documentaire Survivant Canal+, UNFF, regardez cette interview. Envoyez-moi un message. Et voilà. Il y a des circuits, nous on a aussi des choses en interne. Le réseau permet aussi de libérer les paroles et les gens peuvent parler. Ils ne se sentent pas seuls. Et de savoir qu'on ne va pas parler pour rien. Parce que c'est facile de parler et on est en danger. Vous n'en faites pas, on est solide, on est là.
- Speaker #0
Jodie, vous êtes aussi une des figures du projet Marianne de Sylvie Cassioni qui est exposée au musée. postale, là,
- Speaker #1
jusqu'au 14 juillet. Exactement. Et pourquoi est-ce que c'était, d'ailleurs, est-ce que c'était une évidence,
- Speaker #0
mais pourquoi, en tout cas, est-ce que vous avez souhaité incarner une de ces figures de Marianne ou accepté d'incarner, d'être Marianne ?
- Speaker #1
Je pense que si je n'avais pas choisi la musique... J'aurais fini par être dictatrice de la France. La dictature du love, certes, mais je ne crois plus trop en la démocratie. Je suis tentée qu'elle existait déjà. Mais donc du coup, ce projet, en fait, je l'ai appris récemment, parce que déjà, je dis oui à tout, moi, dans ma vie.
- Speaker #0
Je croyais qu'on avait un traitement de faveur,
- Speaker #1
mais en fait vous allez partout. Non,
- Speaker #0
je dis oui à tout tant que...
- Speaker #1
Tant que, tant que, à la fois tant d'astuces de la femme. Je veux lire les astéries. Non, non, mais en gros, Sylvie m'a vue en concert de la Fondation des Femmes, une voix pour toutes.
- Speaker #0
Je sais aussi.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ah ben voilà, mais on en parle après. Du coup, il y avait ce concert organisé par la Fondation des Femmes. Et Sylvie Castioni était dans le public. Et du coup, avec toutes ces boss ladies qui étaient dans le public, elle m'a contactée pour participer à son projet Marianne. Alors moi, je suis dysnomique, je ne retiens pas les noms, tout ça. Voilà, j'aime les humains. Donc si on a vibré, je m'en souviendrai. Sinon, je... Du coup, je suis allée me renseigner. J'ai demandé un peu autour de moi qui était cette grande dame. Et j'y suis allée directe. Et la rencontre a été... fusionnelle. Donc ça, ça a été, on va dire, pour la rencontre humaine. Au niveau du symbole, je pense qu'on est toutes Mariannes. Mais vraiment. Sauf, si on est violente, si on n'arrive pas à résoudre ces traumas et qu'on les impose aux autres, si on fait du mal à autrui, alors à ce moment-là, nous ne sommes plus Mariannes, mais nous ne sommes plus humains, nous ne sommes plus ce qui fait notre valeur. Donc voilà, pour moi, c'est un symbole qui s'apparente à une pluralité essentielle. Et dire à la fin de la journée, c'est bon, venez, on s'aime déjà soi. Je ne vous demande même pas de vous aimer les uns les autres, mais déjà, aimez-vous vous-même.
- Speaker #0
Quand on est, moi, je me sens très fort là, et c'est ce que vous dites, et moi, j'y crois beaucoup en tout cas. Quand on aligne avec qui nous sommes, finalement, on n'a pas de problème avec les autres, non ? Non mais, c'est vrai ! Et du coup, on attire aussi des gens qui sont alignés.
- Speaker #1
On attire des gens qui sont alignés et on attire des moucherons aussi, qui sont attirés par cette lumière. Et le truc, c'est que...
- Speaker #0
C'est très animalier, cette séquence.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
Je suis très proche.
- Speaker #1
Non, mais je donne des images simples, parce qu'il n'y a pas besoin de mots de trois syllabes ou qui comptent triple au scrabble pour vraiment parler aux gens. Voilà. La lumière attire. quoi qu'il en soit et cette lumière elle vient soit de l'extérieur soit de l'intérieur j'ai fait en sorte que cette lumière vienne de l'intérieur parce que j'avais besoin de survivre et de m'aimer moi sinon je voyais pas comment j'allais survivre et une fois que j'ai compris ça je me suis dit ok je dois pas être la seule effectivement ça en a attiré d'autres mais ça attire aussi des gens de temps en temps qui ne sont pas prêts pour cette vérité Oui. Et ce n'est pas moi qui la détient, la vérité. La vérité est en chacun de nous, sur qui on est. Mais en tout cas, c'est vrai que j'ai à cœur de m'entourer de gens qui sont alignés et qui, du coup, ne créeront pas de fausses frustrations ou de faux conflits.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Ça, c'est intéressant, ça. Non, mais c'est vrai. Vous avez fait en 2021 un album, un mois, un style, un titre. Vous faites donc différemment les choses. Vous allez chercher des choses différentes, finalement. Pourquoi c'est important pour vous de toujours faire un pas de côté ? Moi, j'aime bien ça aussi. Ou alors, vous ne posez pas de questions, c'est ce que vous ressentez.
- Speaker #1
Je pense que les gens ont plus souvent conscientisé ce que je faisais que moi-même.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Non, il faut se remettre dans le contexte. C'était la pandémie, c'était Covid, tout le monde était confiné. Et c'est vrai que les gens ne savent pas nécessairement que j'ai fait des études de pub, que je suis comédienne voix, que... Je fais de la musique à l'image, tout ça. Donc, j'avais envie, pendant cette période de pause, où tout le monde s'empressait de faire des choses, d'accomplir des choses, j'ai dit à mon équipe, j'ai appelé Jason, un de mes soleils prêves depuis dix ans, je lui ai dit, écoute, on fait un style, on s'amuse et on navigue. Et ça m'a permis aussi d'expérimenter tout un tas de choses, de sonorités, tout ça. et de... de réaliser qu'en fait, j'étais peut-être désormais prête. que j'étais désormais prête pour aller vers une carrière un peu plus francophone. Et en même temps, je vous dis ça, je suis en train d'écrire un album anglophone en même temps, donc c'est faux. L'un n'empêche pas l'autre. Non, je ne sais pas, je vis. On a 24 heures dans une journée, on ne sait pas si on sera là ou pas. Je crois qu'effectivement, il y a l'urgence de vivre maintenant que j'ai arrêté de survivre.
- Speaker #0
Il faut prendre sa place ?
- Speaker #1
Oui, mais il ne faut pas la prendre. Je pense qu'il faut la trouver.
- Speaker #0
La trouver.
- Speaker #1
La trouver, sa place. Parce que prendre, ça donne l'idée qu'on dépossède quelqu'un en retour. Alors que dans ma tête, je suis très attachée au sens des mots. Alors que trouver sa place, la chercher, je pense que c'est plus la quête qui devrait être la nôtre.
- Speaker #0
C'est intéressant, c'est vrai.
- Speaker #1
Parce qu'on est dans un monde aujourd'hui où ils veulent tous nous faire croire qu'il faut prendre, Il y a déjà tellement de choses à trouver avant de prendre.
- Speaker #0
Les mots ont du sens, effectivement, c'est important. J'ai envie de vous poser, alors, je vais vous poser une question que je vais poser là, mais ce ne sera pas ma dernière question. Est-ce que je la pose à tout le monde, Judy ? Est-ce que vous avez un rôle ou des rôles modèles qui vous inspirent, qui vous a inspirés ? Oui,
- Speaker #1
La première personne qui me vient à l'esprit, ce serait moi.
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
ça peut paraître super arrogant, mais je pense qu'il ne faut pas confondre l'arrogance et l'estime de soi. J'ai mis du temps à réaliser qu'en fait, la personne que j'étais était aussi celle que j'avais envie de devenir. Et du coup, je crois que j'ai dû me faire toute seule. J'ai finalement toujours été mon rôle modèle. J'en ai manqué. Du coup, je me suis dit à quoi ressemblerait le modèle que j'aimerais. Et je crois que je me suis attelée et je m'attèle encore aujourd'hui à devenir ce modèle-là. Très belle réponse.
- Speaker #0
Très belle réponse. J'en ai un peu abordé, mais c'est vrai que vous travaillez aussi, vous travaillez toujours un peu dans la communication digitale, des choses comme ça. Et justement, c'est rigolo parce qu'on trouve peu d'informations sur vous, quand même, même si on trouve la Jodie de Seine. Mais aujourd'hui, vous nous avez livré ça et je vous remercie. Vous souriez tout le temps et ça cache, on l'a compris, une certaine mélancolie. Et je l'ai noté avant même qu'on discute, donc c'est marrant, ce qui ressort. Est-ce que, effectivement, l'art Merci. permet d'aborder des sujets peut-être plus lourds et du coup j'ai envie quelque part de je ne sais pas si tout le monde vous connaît mais est-ce que je peux vous demander quelque chose que je ne demande jamais et comme vous nous livrez des choses et que vous n'êtes pas obligée de répondre positivement je dis est-ce que vous pouvez nous faire un bout de vos chansons ? Là, comme ça, pour les gens qui nous écoutent. J'ai presque envie de finir sur ça.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Ça nous va ou pas ?
- Speaker #1
Pas de problème.
- Speaker #0
Allez.
- Speaker #1
C'est un coup de mur. Oui, français, anglais, je n'ai même pas ma guitare.
- Speaker #0
Que vous voulez. Ce qui va parler, là, à nos auditeurs, nos auditrices, à ces femmes, à ces hommes qui travaillent sur la parité et l'égalité professionnelle, sur un monde...
- Speaker #1
C'est un monde plus juste.
- Speaker #0
Vous en avez plein. Qu'est-ce qui vous vient, là, à cet échange ?
- Speaker #1
J'ai envie de leur dire. Je vous inviterais à traduire pour les moins anglophones.
- Speaker #0
On est un groupe international. C'est en plus diffusé par clé,
- Speaker #1
donc pas de colère. Je crois que la musique, après cet échange qui me vient en tête, c'est Come Again, qui est une chanson que j'ai écrite pour mon grand-père quand il m'a dit, si on se reconfine, je partirai. Et c'est ce qu'il a fait. Et du coup, cette musique dit qu'à chaque moment, on a besoin ou envie d'un ami. Et que même si on ne voit pas les ondes positives qui nous entourent, elles sont toujours là et il ne faut jamais s'y décroire. Du coup,
- Speaker #2
c'est comme un game. Ça, je suis émue, je n'avais pas prévu. So don't wait on me And feed the penny tight So come again now Cause I really need a friend You give me something So come again now Cause I really need a friend You give me something Merci Jodie pour ce cadeau. Vous n'étiez pas prévue, merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci pour cette intervention. Merci d'être ce que vous êtes. Merci infiniment. Je vous donne rendez-vous pour un prochain épisode d'A part égale. Merci beaucoup Jodie.