- Speaker #0
Générique Bienvenue dans l'émission A part égale, l'émission du réseau parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui, j'ai la grande joie d'accueillir parmi nous Heidi Sévestre. Bonjour Heidi. Bonjour, merci beaucoup pour l'invitation. Merci Heidi d'être parmi nous. Heidi, vous êtes glaciologue. Générique
- Speaker #1
C'est exactement ça le terme,
- Speaker #0
oui. C'est exactement ça et vous allez nous dire d'ailleurs ce que c'est parce que je ne suis pas sûre que tout le monde comprenne. Sachent évidemment, on se dit s'il y a la glace, mais il y a quoi derrière ? Et puis vous êtes membre du secrétariat de l'ARTIQ,
- Speaker #1
c'est ça ?
- Speaker #0
Monitoring and Assessment Program. Vous êtes mondialement reconnue pour votre implication dans la recherche de première ligne avec des expéditions complètement folles et inédites quand même. On peut le dire. Tout ça dans l'objectif notamment de protéger aussi notre planète. Et ça, c'est important. On a besoin d'hommes et de femmes comme vous, Heidi. Puis vous êtes autrice de deux livres, La sentinelle du climat, Découvre les glaciers, Voyage au cœur des grands glaciers, etc. Enfin, vous avez fait des documentaires. Glacier arctique est à des lieux. Parce qu'en fait, vous avez aussi une volonté de sensibiliser le grand public, je crois. Oui,
- Speaker #1
complètement. C'est absolument vital aujourd'hui.
- Speaker #0
D'éducation. Heidi, d'où vous vient cet attrait du froid et du grand large ? C'est vrai que moi, j'ai la chance d'avoir toujours baigné dans ces écosystèmes-là. Je suis haute-savoillarde et très fière de l'être. J'ai grandi dans un petit village,
- Speaker #1
en fait, pas très loin d'Annecy. Et juste derrière mon village, on avait cette grande montagne qu'on appelle le Semnose, qui est une sorte de forêt. gigantesque, on dirait presque un océan de feuillus et de sapards derrière nous. Et je me souviens quand on grimpait cette montagne, on voyait toute la chaîne du massif du Mont Blanc, tous ces beaux glaciers qui brillaient mais comme des diamants à l'horizon. Et j'ai toujours eu cet attrait pour la montagne et pour les glaciers. Et quand j'ai eu 16 ans, j'ai croisé la route d'un guide de haute montagne suisse et il m'a dit, en fait, je ne sais pas si tu le sais, il dit, mais il y a des gens, on les paye pour étudier les glaciers. On les appelle des glaciologues. À l'époque, j'étais en lycée agricole, parce que je voulais vraiment mieux comprendre l'environnement autour de moi, adorer ces années au lycée agricole. Et donc, je suis retournée dans mon lycée et j'ai dit à mes profs, je veux devenir scientifique et étudier les glaciers. Ils m'ont un peu regardée comme ça, et ils étaient un petit peu surpris, je pense, de cette perspective de vie, mais ils ne m'ont jamais découragée. Et donc, grâce à eux, petit à petit, au fil des années d'études, j'en suis aujourd'hui à étudier des glaciers un petit peu partout dans le monde.
- Speaker #0
Ils étaient étonnés parce que vous étiez une jeune fille ou parce que c'est le métier en tant que tel avec le recul ?
- Speaker #1
Quand on sort d'un lycée agricole, c'est clair qu'il y a assez peu de scientifiques. En fait, on ne va pas en lycée agricole à la base pour devenir scientifique. Il n'y avait pas, je pense, du tout d'a priori homme-femme à ce niveau-là. C'est plus le parcours qui les a étonnés. Le parcours atypique. Et finalement, dans le lycée agricole, on prend bien soin des élèves. Ils m'ont chouchouté pour que je continue à faire mes études et je suis très heureuse d'y être arrivée grâce à eux.
- Speaker #0
C'est important de reconnaître l'éducation, la transmission. Vous aviez votre grand-mère aussi, non ? Qui était un peu... Oui, complètement. Mais en fait, depuis même... On a même trouvé, il n'y a pas longtemps,
- Speaker #1
une photo de mon arrière-grand-mère.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Une photo qui a été prise dans les années 1910. On a grandi dans le même village, Gruffy, en Haute-Savoie. Et elle avait son plus beau chapeau, son ensemble hauts-savoyard du dimanche. Et elle était partie à Chamonix faire sa petite selfie sur la mer de glace.
- Speaker #0
À l'époque ?
- Speaker #1
Et je me dis qu'à l'époque, c'était le tout début du tourisme dans les Alpes. Ils venaient de construire ce petit train rouge qui nous emmène sur la mer de glace. Donc je me dis finalement, dans notre famille, on a toujours eu cette passion pour les glaciers.
- Speaker #0
Cette transmission entre femmes peut-être aussi, de cette transmission autour des glaciers, de la montagne et puis de l'aventure un peu peut-être. Quand vous étiez étudiante, j'imagine que vous avez eu peu de modèles de femmes scientifiques. Et notamment dans le domaine de la glaciologie, non ? Cela, est-ce que ça a été... Plus difficile pour vous de vous identifier ou pas ? Oui, c'est clair. C'est clair que quand... En fait,
- Speaker #1
j'ai vraiment toujours été baignée dans les récits de scientifiques et d'explorateurs parce qu'il y a encore aujourd'hui assez peu de récits d'exploratrices. Et j'adorais quand même les lire, les histoires de Scott, Shackleton, Amundsen, Jean-Baptiste Charcot. Toutes ces histoires me passionnaient. Mais c'est vrai que quand j'ai décidé de me lancer en glaciologie, je me suis dit que c'est compliqué, je n'avais pas vraiment d'exemple de femme. jusqu'à un moment où on parle de Madeleine Griseland, une femme extraordinaire qui a été vraiment une des pionnières de la glaciologie en France, qui a vraiment fait bouger les lignes, exploser le plafond de verre, que j'ai eu la chance de la croiser pas mal de fois et qui m'a beaucoup inspirée. Et vraiment un moment déterminant, j'ai eu la chance de partir pendant mes études tout au nord de la planète dans un petit archipel qui s'appelle le Svalbard. J'y ai fait mon semestre Erasmus là-bas et je me souviens la première semaine de cours qu'on avait, mais deux... prof principale étaient deux femmes, la trentaine, un fusil sur l'épaule, un mal à l'hute au bout d'une laisse. Et je me suis dit c'est qui ces badass, quoi ? C'est qui ces nanas ? Je veux devenir comme elles. Et c'est là où, en fait, on réalise évidemment l'importance d'avoir des exemples, l'importance d'avoir de l'inspiration. Et depuis, maintenant, c'est aussi mes collègues à l'université la plus au nord du monde. Et je leur en ai reparlé, c'est marrant, l'autre jour. Et ça fait beaucoup rire. En fait, on réalise que oui, il faut montrer qu'on est là et que ça inspire énormément les jeunes filles et aussi les jeunes garçons dans des nouveaux métiers.
- Speaker #0
Bien sûr, et qui sont clés en plus avec tous les enjeux que nous connaissons. Est-ce que vous pensez que justement, dans le nord de la planète, il y a plus cette ouverture ? Enfin, on entend ça, mais vous l'avez dit.
- Speaker #1
Oui, c'est réel. C'est une vraie volonté culturelle. C'est ça qui est vachement important, évidemment, de ces différents pays. Moi, là où je travaille beaucoup, c'est la Norvège. Et donc, il y a une parité parfaite, une égalité qui est vraiment... On n'a pas à se battre pour ça, elle existe. Elle est dans tous les mécanismes. Et c'est ça qui est assez génial, c'est que maintenant, j'ai énormément d'exemples autour de moi, de femmes. Notamment, celle qui dirige l'Institut Polaire Norvégien aujourd'hui est une femme, Camilla. Et je pense que c'est extraordinaire quand on est peut-être une jeune fille qui cherche à se lancer dans une carrière scientifique. de voir qu'il y a des pays où on n'a pas à ramer et à se battre tous les jours pour exister. Donc dans les pays scandinaves, c'est très inspirant de voir ce qui s'y passe. Et vraiment, toutes les conditions sont faites aussi. En tant que femme scientifique, c'est très difficile d'avoir une vie privée. Je pense que c'est le cas dans tous les métiers, littéralement. Mais on fait tout pour faciliter des très longs congés maternités qui sont associés à des très longs congés paternités aussi, pour faire un vrai travail d'équipe. Et donc, c'est chouette de voir que les conditions sont vraiment faites pour que tout le monde puisse s'épanouir dans son métier.
- Speaker #0
Ça a toujours été le cas ? Je ne sais pas si ça va répondre à cette question. Ou il y a eu des moments d'avancée ? Il y a eu des réflexions ? Je ne sais pas. En tout cas, il y a une vraie volonté politique. Je pense qu'ils ont des décennies d'avance sur nous à ce niveau-là.
- Speaker #1
Moi, j'hallucine quand je rentre en France. De voir l'écart au niveau des salaires. De voir que c'est toujours un sujet qu'il faut continuer à se battre là-dessus. On ne va pas lâcher le morceau en France. mais continue à s'inspirer, je pense, de ces pays scandinaves, parce que, en fait, ça fonctionne super bien.
- Speaker #0
Et les hommes ne perdent rien. C'est souvent, on entend, qu'est-ce que les hommes ont à gagner, ou à leur main, cette crainte de perdre quelque chose. Et ça,
- Speaker #1
c'est vachement important de le dire.
- Speaker #0
Et je soulignerais aussi qu'en science,
- Speaker #1
la science, elle est seulement aussi riche, aussi efficace que dans sa diversité. En fait, la diversité en science, la diversité de points de vue, la diversité de... points géographiques, la diversité de cultures, la diversité de gens, c'est extrêmement important pour nous de faire en sorte d'avoir une science qui est vraiment systémique, qui a une vision très globale de ce qui se passe. Et donc si évidemment la science de la glaciologie, c'est une science qui a été très vite associée à l'exploration, donc on a eu toute une période un peu plantée des drapeaux, un peu, on va aller conquérir ces écosystèmes, donc c'est clair qu'il y avait beaucoup de mecs en fait dans ce milieu-là, Et moi, je me réjouis aujourd'hui de voir que les classes dans lesquelles j'enseigne la glaciologie, on a parfois plus de dallas même que d'hommes. Et en fait, cette diversité, c'est exactement ce dont on a besoin pour rendre notre science encore plus efficace, encore plus riche et encore plus résiliente.
- Speaker #0
Pour aller un peu plus loin, vous êtes aujourd'hui une scientifique reconnue. Voilà, ça c'est sûr. Vous avez fait d'ailleurs une de magazine scientifique, de science magazine. Vous avez fait plusieurs publications prestigieuses. Est-ce que vous avez eu le sentiment que c'était quand même, alors peut-être pas en Norvège, mais sinon plus dur pour vous en tant que femme ou au contraire, ça vous a un peu boosté finalement ? Vous n'êtes pas posé de questions, d'ailleurs c'est possible aussi. C'est assez marrant parce qu'au début de ma carrière, j'ai toujours eu la chance d'être entourée de super équipes.
- Speaker #1
J'étais la seule nana sur le terrain quand on partait en expédition, mais j'ai jamais ressenti la moindre discrimination. Et en fait, c'est maintenant, c'est vraiment beaucoup plus récent, maintenant que... Alors, j'essaie de passer beaucoup de temps à faire de la communication scientifique. La science, elle n'a pas d'impact si elle n'est pas communiquée.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Et je ne suis pas la seule. On est plein, en tant que scientifique aujourd'hui, à essayer d'aller à la rencontre du grand public, des entreprises et des territoires. Et c'est... Et avec ça s'associe forcément de la visibilité, voilà on fait un podcast aujourd'hui qui est avec des caméras autour de nous et c'est depuis en fait que j'ai une certaine visibilité que je me fais beaucoup plus attaquer en fait et c'est 100% en ce moment des mecs qui m'attaquent sur cet aspect de communication scientifique, ça va parfois même jusqu'au harcèlement donc ça peut prendre très vite des proportions qui accélèrent. Et c'est clair que je ne me suis pas du tout lancée dans la science, dans la glaciologie et dans la communication scientifique pour avoir de la visibilité. Et la visibilité, elle vient avec cet effort de communication. Mais c'est vrai que ça m'a beaucoup déstabilisée ces derniers mois de se dire qu'il y en a, ça les dérange. Ça les dérange qu'on soit là, qu'on essaie de faire ces efforts de communication scientifique. Donc j'apprends aussi à gérer ça, à vivre avec ça. Et en fait, ce qui est assez génial, c'est qu'autour de moi, on est une communauté où on se sert vraiment les coudes. Et on sait en fait pourquoi on le fait. C'est important dans cet effort de communication scientifique de savoir pourquoi on peut faire de la communication scientifique. Et on le fait pour que les gens apprennent ce qui se passe au niveau du climat,
- Speaker #0
pour rendre cette science accessible à tous, pour motiver les gens à passer à l'action. Et donc, c'est un peu dommage d'avoir ces grains chauds là, autour de nous, ces parasites. Mais on continue et on garde le cap malgré tout. Et pour donner le bon message, parce que finalement, vous, vous êtes quand même l'experte du sujet. Il y en a beaucoup, bien sûr. Il y en a beaucoup, mais... Si vous-même, vous ne prenez pas la parole, on voit que d'autres personnes qui ne sont pas du tout experts de sujets prennent la parole. Et du coup, fausse aussi la perception peut-être du grand public. Il y a ces enjeux de l'information.
- Speaker #1
C'est très juste. Les fake news, la mauvaise information climatique, ça devient un vrai sujet. Même là, le gouvernement est en train de le prendre très au sérieux, ce qui fait du bien parce que, si on n'occupe pas le terrain aujourd'hui, c'est clair que d'autres prennent la place. Je ne dis pas ça pour moi. Il faut que vraiment toute la communauté scientifique, et il y en a beaucoup qui le font de façon merveilleuse, des Christophe Cassou, des Emma Aziza et des Jean Jouzel, des Valérie Masson-Delmotte que j'admire énormément. Mais c'est clair qu'aujourd'hui, on est face à ça, on est face à des lobbies qui sont très puissants, qui sont là principalement pour répartir et diffuser cette mauvaise information sur le climat.
- Speaker #0
C'est très organisé. Oui,
- Speaker #1
c'est très organisé. Et donc, plutôt que de se tirer dans les pattes, j'ai envie de dire, continuons à se mettre en lumière les uns les autres. Moi, à chaque fois que je prends de la parole, j'essaie d'expliquer. Quand on a des super glaciologues en France, à Grenoble, au Bourget du Lac, à côté de Chambéry, à Paris, sur le plateau du Saguenay, qui font du très bon boulot. Et on est là, je pense, pour se soutenir les uns les autres. Et donc, plutôt que de se tirer dans les pattes, essayons d'avancer ensemble. Et encore une fois, de savoir pourquoi on a besoin de diffuser cette parole scientifique. Et c'est absolument essentiel aujourd'hui.
- Speaker #0
Et puis de vulgariser, parce que c'est vrai que c'est quand même complexe, le sujet. Donc, d'arriver à être accessible. Vous vous faites attaquer sur quoi ? Sur le message ou le fait que vous soyez en plus une femme, que vous preniez la parole ? Qu'est-ce que vous ressentez ?
- Speaker #1
Le peu d'attaque que j'ai, c'est principalement cette visibilité-là.
- Speaker #0
En tant que femme ou en tant que scientifique ?
- Speaker #1
Alors c'est clair que j'ai l'impression de cocher cette case aussi d'être une nana. Et donc je pense que l'attaque est peut-être plus facile. Je ne veux pas non plus interpréter leur... Mais aujourd'hui, cette communication scientifique, elle est essentielle. On a des superbes... superbes institutions en France. On a l'ADEME, on a le Haut Conseil pour le Climat, on a beaucoup d'associations qui font un boulot de fou. Mais c'est clair que la science, elle est encore trop, parfois indigeste, elle est encore trop difficile d'accès. Et moi, je salue toutes les initiatives qui nous permettent d'aller dans les exploitations agricoles, d'aller dans les entreprises, d'aller dans les usines, d'aller dans les lycées techniques. Et vraiment, de ne pas se placer du tout au-dessus de l'autre et d'être là pour dire comment on peut avancer ensemble, parce qu'on a besoin de tout le monde aujourd'hui. Et moi, c'est vrai que je passe beaucoup de temps sur le terrain, en expédition, loin de tout. Mais quand je rentre, et là, j'attaque une période où je rentre en France et je vais aller à la rencontre du grand public, c'est des périodes que j'aime énormément parce qu'on se sent moins seul, en fait. Et on se rend compte que partout autour de nous, il y a des gens qui se bougent pour le climat. Et c'est clair que nos sujets sont très liés, évidemment. Parce que le sujet du genre, de parité et du climat, de justice sociale, il faut vraiment qu'on continue à avancer ensemble. Donc, c'est des moments très privilégiés. Et continuons à se serrer les coudes pour avancer.
- Speaker #0
C'est très juste. C'est vrai que ce sont des sujets de RSE. Et en fait, on est sur les mêmes problématiques, l'environnement. Les femmes prennent souvent d'ailleurs la parole en besoin de sens, d'engagement. Oui, complètement. Sans faire de stéréotypes et de généralité, mais malgré tout, c'est ce qu'on constate. Donc, effectivement, nous sommes souvent sur ces... Enfin, c'est le même sujet, c'est l'huile d'un et la... Voilà, exactement. Alors, vous êtes dans des conditions très extrêmes. D'ailleurs, vous avez fait une aventure là. Hors norme quand même, pendant 80 jours avec Mathieu Tordeur, traversé de l'Antarctique en kiteski pour scanner les glaciers. Vous êtes dans des conditions complètement extrêmes. Alors je vous dis ça en plus parce que la petite anecdote c'est qu'hier je suis intervenue à l'oppris de dirigeants de différentes entreprises externes et un homme vraiment me pose cette question de manière très... enfin sans aucune arrière-pensée en me disant mais quand même, les femmes... ont moins de force, ou peuvent pas être dans certaines conditions de travail. Alors là, j'ai envie de dire, vous avez un boulevard, expliquez-nous. Vous étiez à parité, c'était peut-être pour ça que ça marchait, d'ailleurs, avec Mathieu. Mais du coup, vous avez été 80 jours dans des conditions complètement folles.
- Speaker #1
Oui, c'était un peu sportif, là. C'est vrai qu'on a poussé les curseurs à fond, on a traversé tout le continent antarctique, qui fait 25 fois la taille de la France, donc c'est absolument gigantesque. Et l'Antarctique est important parce qu'il y a beaucoup de glace là-bas, et c'est l'Antarctique... perdait sa glace, on pourrait avoir une hausse du niveau des mers de 58 mètres. Alors, on n'est pas dans cette perspective-là, on n'est pas à cette vitesse-là, mais c'est juste pour dire que même si on perd une petite partie de l'Antarctique, finalement, tout le monde, la Terre entière, va le ressentir. Donc, avec Mathieu, on a décidé de partir là-bas, mais un peu changer comment on fait de la science. La science polaire est encore très carbonée, elle dépend beaucoup encore des énergies fossiles pour tout un tas de raisons qui sont valables, mais c'est clair qu'aujourd'hui, on remet beaucoup en cause notre façon de faire de la science. Nous aussi, on ne doit pas se placer camp d'honneur de leçon. Nous aussi, on doit diminuer notre empreinte carbone. Et donc, Mathieu m'appelle il y a quelques années, il me dit « Tu kites ? » Je lui dis « Ok, je quoi ? » Je ne kite pas du tout. J'avais un concept du kitesurf à la playa, tranquille, avec une planche, le soleil, les cocotiers et tout. Il me dit « Mais non, en fait, on peut se déplacer sur les glaciers, ski au pied avec des voiles de tailles différentes. Donc, on a un harnais, on a un crochet harnais, on tient une barre. Et en fait, c'est... extraordinaire. C'est un peu une révolution, une révélation aussi pour moi, de voir qu'on peut parcourir des milliers de kilomètres sans utiliser des énergies fossiles et donc de traverser des écosystèmes qu'on étudie. Et l'objectif, c'était extraordinaire, c'était de tirer derrière nous des radars, on appelle ça des radars à pénétration de sol. Voilà, c'est des instruments, comme vous l'avez très bien dit, qui scannent les glaces qu'on avait juste sous nos pieds, accrochés derrière nous. Et on a tiré ces radars sur plus de 4000 kilomètres. pour mieux comprendre comment l'Antarctique répond aux changements climatiques. Est-ce qu'il y a plus de neige qui tombe sur l'Antarctique ? Est-ce que, dans les temps passés, l'Antarctique a réagi de façon brutale aux changements climatiques qui peuvent être très anciens ? Donc c'était assez extraordinaire. Condition très dure. On a toujours tourné autour de températures aux alentours de moins 30, moins 40, sans le vent. Donc c'est clair que ça piquait pas mal. Mais un truc qui m'a donné énormément d'espoir pendant cet expé, c'est qu'on a essayé, encore une fois, de communiquer le plus possible. Et on avait les tout derniers outils de communication pour avoir Internet pendant l'Expé, et on avait un programme pédagogique avec une association française qui est géniale, qui s'appelle Témoins Polaires, et on a eu 300 000 jeunes qui nous ont suivis pendant l'Antarctique. Et donc ils nous ont envoyé des... On a eu des poèmes, on a eu des chansons, on a eu des dessins, on les a appelés en visio, en direct de l'Antarctique, et franchement, on se rend compte que quand on partage la science, avec son cœur, avec l'art, on ne pouvait pas tricher quand on était en Antarctique, et bien en fait ça intéresse vachement. Et ces jeunes, je crois que ça a commencé à 8 ans, ce programme pédagogique, ils avaient énormément de questions, ils étaient très curieux. Et ils nous disaient qu'à la fin de ce programme, ils se sentaient un peu moins seuls face au climat. Donc, on est trop contents, on est super fiers de ça.
- Speaker #0
Sophie Adenaud fait ça le dimanche, moi je suis le dimanche, elle fait des petites capsules. Elle est géniale.
- Speaker #1
Elle est géniale et moi je vois ça tous les jeunes que je connais.
- Speaker #0
Le coucou, j'adore. Elle arrive à vulgariser des choses et je trouve qu'elle est...
- Speaker #1
Je pense que là elle est en train d'embarquer une génération et on est à fond derrière.
- Speaker #0
C'est très chouette. Qu'est-ce que vous avez constaté du coup ? Alors, on est en plein dans l'analyse des résultats, donc on n'a pas encore de révélation à partager.
- Speaker #1
Je voulais avoir une avant-première. Pour vous dire, il y a beaucoup de gens qui nous ont dit que vous n'avez pas trouvé les pyramides sous l'Antarctique. Et en fait, on a réalisé à quel point il y a énormément de conspiration.
- Speaker #0
D'où l'importance d'occuper le terrain et de faire en sorte qu'on partage les bonnes informations. Alors, on n'a pas trouvé de pyramides sous l'Antarctique. Malheureusement.
- Speaker #1
Mais voilà, on espère. Alors nous, on était une toute petite équipe scientifique et on a juste fait une ligne qui traversait l'Antarctique. On va comparer nos données avec toutes les autres bases de données qui existent. Et on espère que ça nous aidera à mieux comprendre, à mieux anticiper en fait tous ces changements qui viennent de l'Antarctique, qui nous paraissent très loin de nous, mais finalement, plus l'Antarctique répond aux changements climatiques, plus ça affecte nos littoraux, que ce soit la Nouvelle-Aquitaine,
- Speaker #0
le pourtour méditerranéen, le nord de la France. Tous ces littoraux qui sont en train de se faire grignoter par la hausse du niveau des mers, c'est lié en grande partie à ce qui se passe là-bas en Antarctique. Ah oui, donc l'importance d'avoir des gens qui font comme vous, qui prennent aussi des risques. pour nous expliquer.
- Speaker #1
Et plein d'autres dans les bases scientifiques en Antarctique, exactement.
- Speaker #0
Et alors en 2021, vous avez dirigé une équipe où il n'y avait que des femmes. Femmes scientifiques et exploratrices, baptisées...
- Speaker #1
Les Sentinelles du Climat, en fait, on avait décidé à l'époque de traverser l'archipel du Svalbard, donc ce petit archipel dont je parlais, qui est entre le nord de la Norvège et le pôle nord. C'est un endroit qui est fascinant parce que c'est couvert à moitié de glaciers, donc c'est trop le paradis, moi j'y invite encore une partie de l'année. C'est vraiment un laboratoire à ciel ouvert pour nous les glaciologues. Et ce qui est fou, c'est que c'est l'endroit qui se réchauffe le plus vite sur Terre aujourd'hui. En 40 ans, on a gagné déjà 7 degrés en hiver, donc c'est des augmentations de température complètement dingues. Et donc on a décidé de créer une équipe inspirée par Madeleine Grislin, la super glaciologue française, de se dire, si on ne faisait pas une équipe 100% féminine. Et c'était vraiment extraordinaire. On a eu en fait, pendant cette expédition, donc on se déplaçait en ski, je tiens à le dire, parce qu'on était très vulnérables, on se déplaçait en ski, on campait, donc on est vraiment à la merci de tous les éléments autour de nous, on n'a pas le choix. Et on a eu des conditions apocalyptiques. Et en fait, dès le début de l'expédition, C'était une de mes étudiantes qui m'avait donné ce petit pro-tip, elle m'a dit « Moi, dans mes expé, ce que je fais, c'est qu'on suit l'avis de celle qui a le plus peur ou celui qui a le plus peur. » J'ai dit « Mais c'est génial, c'est comme idée ! » Pas du tout dans le genre où on a peur de tout. L'équipe qu'on a formée des Centenaires de Clément, on avait déjà pas mal de bouteilles, pas mal d'expériences, d'expéditions. Et donc, en fait, c'est génial d'avoir une expé avec des gens aussi qualifiés parce que si la personne a peur, c'est que vraiment, il y a un truc, il y a un sujet. Et donc, c'était une expé où on a eu vraiment des conditions. horribles. On a eu même des ouragans pendant l'expédition, avec des vents extrêmement violents. Et en fait, le fait qu'on osait dire quand on avait peur, ça nous a imité plein de problèmes. Et donc, pendant que nous, on traversait l'archipel, il y avait plein d'autres expéditions qui se sont faites, elles, évacuées, tellement que les conditions étaient dures. Et je suis assez convaincue que la raison pour laquelle on a pu finir l'expédition, c'est parce qu'on avait, en fait, énormément de bienveillance et d'empathie autour de nous, et qu'on osait le dire, en fait, qu'on avait peur. Moi, j'ai fait plein d'autres expé où j'étais terrifiée tous les jours et je n'osais pas du tout la ramener. J'étais très en bas de l'échelle et ça m'arrive encore aujourd'hui de ne pas dire quand on a peur. Alors que nous, c'est un système de survie, la peur. D'oser dire quand on est en train de voir qu'on est en train de faire des bêtises, ça arrive tout le temps sur le terrain. Et donc, super équipe, les Sentinelles du Climat. Et je me suis dit, mais en fait, ça marche trop bien d'avoir une équipe 100% féminine. Et en fait, ce n'est pas qu'une question de les expés, ce n'est pas qu'une question de physique. Le succès d'une expédition se mesure à l'empathie dans l'équipe. Et ça, c'est vraiment très important. Et je pense qu'il est vital aujourd'hui qu'on partage des nouvelles valeurs pour ces jeunes générations. Leur dire que la période du plantage de drapeaux, elle est peut-être passée.
- Speaker #0
Et qu'aujourd'hui, ce dont on a besoin en science, c'est cette diversité, c'est cette empathie, cette bienveillance. Et ça rend nos résultats en fait bien meilleurs.
- Speaker #1
Donc on a tout à y gagner.
- Speaker #0
Mais c'est le parallèle, c'est très inspirant pour les entreprises aussi.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
De dire ce que vous dites est très fort. de dire qu'il y a cette confiance, d'oser dire qu'on a des craintes, et c'est hyper courageux. Ce n'est pas quelque chose qui est au concert. Ce n'est pas facile de le faire. Ce n'est pas facile. Ça fait preuve de courage. Et je trouve que dans les entreprises aussi, d'avoir cette transparence, d'avancer, de savoir dire, oh là là, je ne le sens pas, par exemple. Finalement, d'écouter cette personne qui a un autre avis, parce que peut-être qu'on va dans le mur si on n'écoute pas. Je trouve que c'est... assez inspirants.
- Speaker #1
Les émotions sont très importantes.
- Speaker #0
Parce que là, vous êtes dans des conditions extrêmes, mais ça marche pour tout, en fait.
- Speaker #1
Ça marche pour tout, exactement. Ça marche au quotidien, oui.
- Speaker #0
Donc moi, je prends en tout cas ce conseil. Je prends ce conseil. Dans l'équipe,
- Speaker #1
celle qui a peur ou celui qui a peur,
- Speaker #0
n'hésite pas. Donc vous vous engagez, évidemment, on l'a vu à travers l'expédition, et aussi auprès de jeunes femmes, vous prenez beaucoup la parole aussi sur la diversité. Et vous engagez auprès des jeunes, et je crois que vous dites d'ailleurs que c'est un monde qui se porte mieux. En fait, plus il y a de diversité, plus il y a de différents profils, puisque ce que vous dites là, c'est un monde qui se porte mieux, comment on peut faire pour aller attirer différents, parce que vous faites un petit peu mes profils, et ce n'est pas évident quand on est dans des milieux peut-être aussi défavorisés, où l'avantage c'est très loin de ce qu'on voit. Vous avez parlé de Paris-Saclay, je ne savais pas qu'il y avait des glaces au mur. Oui, exactement, il y a le LSCE là-bas,
- Speaker #1
le Super Labo, et en fait, il y a plein d'astuces pour ça. Mais ce qui est important à réaliser, j'en reviens peut-être un petit peu en arrière, c'est qu'en fait, quand on est scientifique, ça n'apporte rien dans notre carrière de communiquer. On a un système en ce moment, une structure où on marche un peu sur la tête au niveau de la communication scientifique, où on comprend que c'est vital de faire cette communication scientifique, mais à côté de ça, souvent les scientifiques ne sont pas entraînés à le faire. Et en fait, le temps qu'on passe à communiquer, moi, c'est du temps forcément que je ne passe pas à faire de la recherche, à traiter mes données, à chercher du financement. Et en fait, on n'a pas des promotions à faire de la communication scientifique, on a des promotions. publié. Donc c'est pour ça qu'aujourd'hui, finalement, c'est pas simple quand on est scientifique aujourd'hui, qu'il n'y a déjà pas de budget, qu'on est attaqué dans tous les sens et c'est pas très motivant d'aller faire de la com. Mais en fait, petit à petit, on le voit partout en France, les labos se réveillent et donnent la chance à tous les stades de la carrière scientifique d'aller à la rencontre du grand public. Et en fait, moi, une astuce que je dis toujours, c'est n'hésitez pas à travailler avec des associations qui sont pros pour faire ça, notamment avec des banlieues climat qui font un super boulot en ce moment dans les banlieues pour diffuser cette parole scientifique et faire que les scientifiques aillent dans les banlieues à la rencontre des gens là-bas. C'est absolument... En fait, jusqu'à maintenant, on avait vraiment focalisé notre attention au niveau politique, au niveau des gouvernements, mais en fait, il ne faut pas qu'on oublie les entreprises, le grand public, et d'aller dans les endroits finalement où personne ne va. Et c'est là où la magie opère, quoi. à chaque fois d'aller à la rencontre de personnes qui n'ont peut-être jamais rencontré de scientifiques avant. Et on a vraiment, vraiment besoin de tout le monde. Là, on va avoir des élections présidentielles qui vont arriver très vite. Et donc, chaque échéance politique, c'est des moments où on a besoin que la population réalise l'importance d'aller voter. Et donc, pour qu'il n'y ait pas trop d'abstentionnistes, pour qu'on choisisse les bonnes personnes, les bons candidats, allons là où on ne nous attend pas. C'est très, très important.
- Speaker #0
Et puis, nous ne sommes pas que dans une case. C'est-à-dire, nous, on a 230 000 personnes dans le groupe, la poste. Autant d'hommes que de femmes à peu près, présents partout et dans le monde, et en fait ces gens-là ont aussi une vie, ont aussi des enfants, ont aussi... Donc quand on arrive même à travers l'entreprise à sensibiliser sur des sujets qui peut-être ne nous concernent pas directement, même si nous on est très attentifs à la transition écologique, numérique, et parce qu'on a des valeurs que l'on porte, même individuellement, là j'espère qu'on touchera des personnes peut-être qui n'avaient pas accès à cette information.
- Speaker #1
C'est ça qui est génial, c'est qu'en fait... Jean-Louis Etienne en parle beaucoup, on a tous des cercles d'influence qui sont plus ou moins grands, donc la Poste en a un absolument gigantesque jeu. Et je suis sûre que quand on explique que les glaciers des Alpes, les glaciers des Pyrénées, c'est les meilleurs châteaux d'eau que l'on a chez nous, que pendant l'été, quand il fait chaud, qu'on est en période de canicule, on a une grande partie de notre eau douce qui vient de ces glaciers, ensuite c'est des connaissances qu'on peut se partager les uns les autres, essayer de mettre en place des stratégies de sobriété. des petits gestes qui sont très importants, et puis ensuite, évidemment, voter pour les bonnes personnes. Ça reste très vital aujourd'hui.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce que vous dites aux gens qui disent, bah oui, d'accord, mais en fait, on est au niveau international, s'il n'y a que la France qui fait quelque chose, il ne se passe rien, on entend ça. C'est clair,
- Speaker #1
on l'a dit hier soir encore.
- Speaker #0
Ah bon, bah vous voyez, on entend ça. Alors, qu'est-ce que vous leur dites ? Bah évidemment, en fait, mais si tous les pays fonctionnent comme ça, au bout d'un moment,
- Speaker #1
on n'y arrivera pas. Je dis souvent qu'il faut commencer par balayer devant sa porte avant de critiquer les autres. Et c'est clair qu'en Europe, on est plutôt dans une bonne trajectoire. C'est clair qu'en France, on met des choses en place. Ça reste... pas suffisant pour l'instant, donc il faut qu'on continue à accélérer le mouvement. Donc franchement, oui, évidemment, en regardant ce qui se passe autour de nous, mais voilà, si on parle de la Chine, la Chine est en train d'investir. Alors, ils ont un fonctionnement qui est très différent du nôtre, mais ils sont en train d'investir à fond dans les énergies renouvelables. Le Portugal, leur mix énergétique, il est à 70% renouvelable. Les émissions du Royaume-Uni sont au niveau d'avant la révolution industrielle. Donc, oui, regardons ce qui se passe autour de nous, justement, parce qu'il se passe plein de trucs. Inspirons-nous de ces bonnes pratiques et essayons de les mettre en place. Mais moi, je suis convaincue que le changement climatique, il se fera au niveau local, au niveau des territoires, ou il ne se fera pas. Donc, essayons, dans nos territoires, d'utiliser notre intelligence collective. Oui,
- Speaker #0
parce que sinon, on balaye le sujet, personne ne fait rien. Et en plus, il y a quand même des incidences financières importantes. Enfin, il y a intérêt à y aller, même économiquement parlant. Les gens pensent que c'est contre. Vous voyez ce que je veux dire ? Et finalement, on a plutôt intérêt à y aller, même économiquement parlant.
- Speaker #1
Mais complètement. Pour une entreprise, réalisons qu'émettre du CO2, ça commence à coûter cher. Ça veut dire qu'en fait, ils pourraient, s'ils émettent beaucoup de CO2, faire des économies. Ils n'ont peut-être pas vu le lien tout de suite. Les événements météorologiques extrêmes commencent à coûter très cher. Le prix de l'énergie est en train d'exploser, surtout si on dépend encore beaucoup des énergies fossiles. Aujourd'hui, toutes les grosses entreprises sont en train de faire des audits pour savoir à quel point elles sont sensibles à la perte de biodiversité, aux influences du changement climatique. Et donc, on a tout intérêt aujourd'hui, même au niveau économique, à attaquer le problème à la source. Évidemment. en parallèle de réfléchir à l'adaptation, comment on va changer ou adapter notre supply chain pour faire en sorte qu'on soit un petit peu plus résilient face à ces aléas climatiques. Et donc franchement, aujourd'hui, on n'a mais aucune excuse de ne pas y aller. Alors, souvent on est dans ce petit triangle de l'inaction, on va avoir l'État, les entreprises, le grand public et on est tous en train de se pointer du doigt et se dire, c'est pas moi, c'est à l'autre de faire. Et en fait, si on reste là aussi dans ce triangle de l'inaction, on ne va jamais y arriver. En fait, on a tous un rôle à jouer et plutôt que ce... se critiquer les uns les autres,
- Speaker #0
et essayer de se dire comment est-ce qu'on peut avancer ensemble en coopérant pour vraiment changer le système. Oui, je suis complètement d'accord. Nous, c'est un sujet d'égalité. Parfois, on me dit d'accord, Aurore, mais l'égalité homme-femme, il y a d'autres sujets. Oui, c'est vrai, mais... Mais tout est lié, en fait. Tout est lié. Voilà, exactement, on est bien d'accord. Est-ce que vous avez l'impression, parce que vous êtes dans l'Arctique, d'être au plus près de la vie, de la Terre, d'être... Voilà, vraiment au centre, je ne sais pas comment l'expliquer. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui, oui, on a l'impression... Oui,
- Speaker #1
alors c'est clair que, exactement, c'est clair qu'on est dans un endroit, dans l'Arctique, même en Antarctique, où on ne peut pas tricher, il n'y a pas de place pour le superficiel. Et c'est pas mal. En expédition, il n'y a pas de place pour les gouttes, de toute façon, on n'a pas l'énergie pour ça. Ce ne sont pas des choses qu'on peut tolérer. Et ce que j'aime particulièrement, dans l'Arctique, nous, près du pôle Nord, C'est le fait que nous, en tant que scientifiques, on bosse beaucoup avec les communautés autochtones. Et en fait, les communautés autochtones habitent et vraiment ont créé un système culturel très fort, complètement en lien avec la nature, depuis des milliers d'années. Et ça, c'est vraiment des valeurs qui sont très très importantes à respecter, à écouter. Aujourd'hui, ces communautés autochtones font face à plein de trucs, à des changements climatiques ultra violents, au fait que tout le monde a envie d'aller chercher les ressources du Groenland, le Deep Sea Mining, etc. mais il y a aussi beaucoup de... d'énormes parcs d'énergie renouvelable qui sont installés dans les territoires ancestraux et parfois qui ne sont pas du tout faits en accord avec les communautés autochtones. On a plein de sujets, on voit ça un peu comme un néocolonialisme aujourd'hui dans l'article, donc il faut être très prudent. Et ce qui est assez fort au niveau scientifique, c'est que tous nos rapports scientifiques sont coproduits, coécrits avec ces communautés autochtones. Donc là aussi, je pense que c'est un sujet très important, c'est gardien de ces écosystèmes. On sait, la UNESCO vient de publier un énorme rapport là-dessus,
- Speaker #0
que tous ces écosystèmes, où les communautés autochtones gèrent, c'est là où la biodiversité ne s'effondre pas. Donc ça marche. Continuons à apprendre de ces communautés autochtones.
- Speaker #1
C'est vraiment des systèmes qui fonctionnent très bien.
- Speaker #0
Heidi, je crois que vous avez déjà un peu fait référence, mais j'ai une question que je pose à tous mes invités. Est-ce que vous avez un rôle modèle ? J'en ai plein. Ou plusieurs.
- Speaker #1
Mais je vais en citer plusieurs. Et c'est beaucoup des femmes qui sont scientifiques et qui non seulement font de la super science, mais communiquent très bien. Emma Aziza, Charlène Descolonges. Valérie Masson-Delmotte, bien sûr, qui m'inspire à fond, Madeleine Griselin qui l'a beaucoup fait. Et il y en a une que j'ai eu la chance de rencontrer la semaine dernière qui s'appelle Christiana Figueres, qui est du Costa Rica, qui est l'architecte des accords de Paris. Et j'ai eu la chance de la rencontrer et ce qui m'a vraiment étonnée en bien, c'était à quel point elle avait énormément de bienveillance, d'empathie. Elle avait une certaine spiritualité aussi associée à ces sujets. de la terre, du climat, et je me suis dit mais c'est exactement ce dont on a besoin. Quelqu'un avec un très grand cœur, qui parle très bien du climat et qui arrive à faire bouger les lignes. Et donc ces inspirations-là, on les garde et on ne les oublie pas et on continue à avancer à leur côté.
- Speaker #0
Je crois qu'on va rester là-dessus, parce que vous avez un dernier mot à y dire, mais qu'on peut avoir du cœur, être inspirante et faire bouger les lignes.
- Speaker #1
C'est par le cœur qu'on arrivera à faire bouger les lignes.
- Speaker #0
On va rester sur ça, c'est par le cœur qu'on fera bouger les lignes. Merci beaucoup, Heidi, pour votre générosité. Bravo pour tout ce que vous faites, parce que c'est incroyable. Pareil. Merci.
- Speaker #1
On ne lâche pas.
- Speaker #0
Je crois qu'en plus, en tout cas, moi, j'ai visualisé. Et merci pour ça, tout ce que vous avez raconté. Vous m'avez emmenée un peu dans votre monde, vraiment. Et c'est assez rare, ça. Donc, j'espère que ce sera le cas de les personnes qui vont nous écouter. Donc, je vous dis un grand merci. Et je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un... prochain épisode d'Appareil Gal. Merci Heidi. Merci.