- Speaker #0
Générique Bienvenue à l'émission A part égale, l'émission du réseau parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui, j'ai la grande joie d'accueillir parmi nous Sybille Lemaire. Bonjour Sybille. Bonjour. Alors Sybille Lemaire, vous êtes dirigeante du groupe Bayard. Vous avez fondé Vive le Média Vive, qui consacrait à l'autonomie, notamment financière des femmes. Absolument. De l'autonomie des femmes. Et puis du club aussi Landois, qui est dédié aux enjeux de transition démographique, et notamment à la place des femmes et des hommes de plus de 50 ans. Absolument. C'est bien cela. Sybille, il me semble que vous étiez la seule fille entourée de cinq frères, c'est ça ? Je vois que vos filles sont à jour. Oui, elles sont à jour,
- Speaker #1
vous n'avez pas d'autres frères entre-temps. Non,
- Speaker #0
non, non. Est-ce que cela a eu, selon vous, une incidence sur votre parcours et sur votre engagement, notamment sur les sujets en tant que femme ?
- Speaker #1
Certainement. C'est intéressant parce que c'est une particularité de ma personnalité qui déconcerte un peu. Seule fille parmi cinq frères. Et surtout, on est six ans en dix ans, donc on est assez proches. Je dis souvent que ça m'a appris à parler et courir vite.
- Speaker #0
Pour les suivre ? Absolument. Même petite, fallait-il vous distinguer quelque part ? Ou pas forcément ? Vous avez senti que vous étiez différente ?
- Speaker #1
Il y a souvent cette idée que la seule fille parmi cinq garçons, c'est une princesse, une attention particulière. J'ai surtout appris à prendre ma place.
- Speaker #0
C'est intéressant ça. Oui, c'est intéressant.
- Speaker #1
On ne donne pas une place.
- Speaker #0
On la prend. On la prend, oui. Oui, du coup, ça quand même, j'imagine, c'est une ligne directrice que vous avez eue. Et très tôt, vous avez su que vous deviez prendre votre place un peu. Vous aviez une envie de prendre votre place dans la société.
- Speaker #1
Je vais vous donner un exemple. Dans une famille de six, et en plus de ça on a eu la chance jusqu'à la mort précoce de mon père d'être huit à table, la notion de temps de parole apparaît très très vite. Donc vous évitez les discours en crinoline où vous ne trouvez pas le point d'attention que vous voulez avoir et vous êtes très focus effectivement, vous êtes très concentré sur ce que vous avez à dire et ce fameux temps de parole devient quelque chose d'important et c'est quelque chose qu'on retrouve. j'allais dire, en entreprise ou dans une vie professionnelle quelle qu'elle soit. Savoir parler, mais surtout apprendre à être écoutée et écoutée aussi.
- Speaker #0
C'est très puissant ce que vous dites, parce qu'on parle beaucoup de prise de parole, de confiance. On est beaucoup autour de ces sujets-là, sur le leadership, sur les femmes qui doivent parfois s'affirmer de par l'éducation où elles sont peut-être... sans faire de généralité, mais un peu en retrait, c'est ce qu'on dit en tout cas dans l'éducation, la main, etc. Vous, au contraire, c'était quelque chose qui, très tôt, a été, pour vous faire entendre, il fallait occuper ce temps au bon endroit et être impactante, en fait.
- Speaker #1
Au bon moment. Et à la fois, savoir écouter. Moi, je trouve qu'en tant que dirigeant, il faut savoir écouter, savoir s'entourer, savoir se remettre en question et décider.
- Speaker #0
Merci, Sybille. Vous êtes engagée notamment au niveau, on en a parlé, du club landois et sur les sujets d'inclusion des femmes et des hommes de plus de 50 ans, dans les entreprises notamment. À l'heure où il y a cette réflexion sur l'âge de la retraite, on travaille de plus en plus, on entre peut-être plus tard aussi sur le marché du travail, du fait des études. Est-ce que vous pensez que les femmes sont encore plus concernées par ce sujet que les hommes ou pas ?
- Speaker #1
Oui. D'abord, j'en profite pour remercier La Poste, qui est membre fondateur du Club Landois, qui a été une intuition il y a une dizaine d'années. Alors, on entend aujourd'hui beaucoup plus parler de démographie parce qu'on en voit les impacts économiques et sociaux, notamment sur les enjeux de retraite et de santé. Alors, pourquoi les femmes, effectivement, sont particulièrement impactées ? Parce que, en fait, nous vivons plus longtemps et que ça va demander une préparation peut-être plus importante que celle à laquelle... On a dédié jusqu'à présent. Et les femmes vivent cinq années de plus que les hommes en moyenne. Et donc, elles vont devoir financer en quelque sorte cinq années supplémentaires. C'est l'une des raisons pour lesquelles les femmes sont impactées. Je pense qu'on aura l'occasion d'y revenir, mais je pense qu'aussi, au moment de la retraite, ce qui est un point déterminant, il y a encore en France 30% des femmes qui touchent moins de 900 euros par mois. Donc les raisons qui y concourent. On les connaît, notamment les temps partiels, l'enjeu de l'augmentation de la monoparentalité. Donc il y a beaucoup de facteurs qui perdurent et pour lesquels il faut savoir décider en conscience. Et le rôle du club, en quelque sorte, c'est jouer ce rôle de prévention avec une très forte pédagogie vis-à-vis des collaborateurs, en leur disant bien évidemment, vous êtes très libre de faire le choix que vous souhaitez entre vie personnelle et vie professionnelle. encore faut-il que celui-ci soit éclairé. Je prends un exemple. Je ne travaille pas le mercredi après-midi parce que ça me coûte moins cher. Alors, non. ça ne te coûte pas moins cher aujourd'hui. Ensuite, c'est souvent une décision qui est prise à deux. Mais si vous êtes confronté à une séparation, il y a un solde de tout compte où vous vous retrouvez généralement assez seul vis-à-vis de cette décision. Et dans toute cette cause, au moment de la retraite, vous en payez le prix. Donc l'idée, c'est de rapprocher ce futur sur lequel on a beaucoup de mal à se projeter. et le ramener dans un temps présent où vous prenez des décisions plus éclairées que ce qu'on a fait jusqu'à présent.
- Speaker #0
Et du coup, qu'est-ce qu'on peut dire justement aux femmes, à ces couples, où effectivement c'est souvent plutôt quand il y a des familles, les femmes qui se mettent à temps partiel, on le sait, parfois c'est parce qu'il y a des histoires aussi de financement, mais vous allez me dire si je me trompe ou pas, où les hommes gagnent un peu plus que les femmes, et donc le salaire entre guillemets... sur lequel on peut faire un peu plus d'économies, c'est souvent la rémunération féminine. Quel conseil vous donneriez justement à ces femmes qui se disent « Oui, mais en même temps, il faut emmener les enfants faire du sport l'après-midi, il faut qu'il y ait quelqu'un qui soit libre et je n'ai pas les financements suffisants pour payer quelqu'un pour le faire. » Comment on peut faire ? Et nous, en tant qu'entreprise, comment on peut réfléchir différemment ? L'organisation du travail.
- Speaker #1
La question cruciale que vous posez et qui est en fait le sujet qui traverse le club landois et Vive Média. Et d'ailleurs, on lance une grande mobilisation qui va s'appeler Longevity. Le 26 novembre prochain, la Poste sera présente pour adresser tous ces sujets. J'ai bien conscience de la complexité que ça peut être dans un couple que de devoir choisir. Donc un, choisir de manière éclairée et bien prendre en considération les impacts. de cette décision, ça c'est quelque chose qui est très important. Et puis, il y a la répartition du temps et la difficulté que nous avons aujourd'hui, c'est que ce temps personnel incombe beaucoup plus du côté des femmes. Et dans toutes les études que nous menons au sein de Vive, au sein du club Landoy, les femmes nous disent aujourd'hui très majoritairement que l'impact des enfants leur incombe beaucoup plus qu'à leur conjoint. Il y a cette notion aujourd'hui de répartition du temps qui mérite d'être réadressée afin qu'il soit plus égalitaire. Il n'est pas nécessaire que ce soit uniquement les femmes qui se retrouvent à charge des enfants. Je le dis de façon d'autant plus importante, mesdames et messieurs, c'est très important, qu'aujourd'hui, quand on pose cette question du temps de travail, c'est très intéressant, on va toujours la poser du côté des enfants. Mais la longévité, Donc longevity. doit faire prendre conscience au plus grand nombre que vivre plus longtemps vient avec des nouveaux moments de fragilité. D'opportunité, on aura l'occasion d'en parler aussi, mais de fragilité. Et notamment, une question sur laquelle La Poste était vraiment une des premières entreprises à se soucier de ce sujet-là et qui nous a beaucoup appris au sein du club, c'est les danses. On est aujourd'hui, moi j'ai 52 ans, on est une génération à classe. G encore des grands ados, mais très prochainement, j'aurai des parents dont il va falloir s'occuper. Donc, la question que doit poser l'entreprise et nous-mêmes, j'ai envie de dire, c'est quelle organisation mettons-nous en place de telle manière à ce que nous soyons collectivement en capacité d'appréhender ce phénomène nouveau de l'aidance. Il y a 11 millions d'aidants en France, 15 millions à horizon 3 ans. Et donc, il va falloir donner une réponse à cette génération Atlas qui est en train de se constituer en France. Oui, c'est sûr.
- Speaker #0
Et ça rajoute de la charge mentale. Et du coup, on peut même aller jusqu'au sujet de la santé mentale et de la charge que portent beaucoup les femmes quand même, encore aujourd'hui. Et notamment, effectivement, comme vous le disiez, dans cette tranche d'âge où presque on est un peu libérés des petits enfants, des enfants bas âge, et des adolescents qui demandent quand même de l'attention, évidemment, mais en plus avec les parents.
- Speaker #1
C'est Anna Arendt qui avait cette phrase absolument merveilleuse qui disait « Le progrès et la catastrophe sont l'avert et le revers d'une même médaille » . Le progrès, c'est qu'on vit plus longtemps et il faut l'accueillir comme un progrès, comme une innovation, comme une opportunité de nous transformer, de nous adapter. Encore faut-il l'anticiper. Mais ça vient aussi avec ces périodes de fragilité. On parle de l'aidance, on aurait pu parler de la monoparentalité, qui demande aussi des organisations de travail, j'allais dire, plus en phase avec la réalité vécue aujourd'hui des couples.
- Speaker #0
Et ça me fait penser à un sujet sur lequel vous travaillez, évidemment, à Vive Média et dans tout ce que vous faites. C'est l'autonomie financière et c'est savoir aussi faire prendre conscience aux femmes que l'argent, ce n'est pas sale. Parce qu'il y a un sujet aussi autour de ça. C'est tabou, c'est tabou.
- Speaker #1
Ça a été tabou très longtemps. Alors, Vive Média participe à essayer de décloisonner ce sujet-là. On n'est pas les seuls. Il y a beaucoup d'initiatives qui sont prises. Malgré tout, on s'aperçoit que ça bouge. Très doucement, très, très doucement. Et que dans cette notion de répartition et de temps, il y a, j'ai envie de dire, un peu une double délégation. La première, c'est que les femmes délèguent, notamment beaucoup en couple, ce sujet au conjoint. Mais nous tous, citoyens, délégons aussi beaucoup de choses à l'entreprise ou à l'État. Donc le rôle du club aussi, c'est de faire preuve de pédagogie en disant Il y a un besoin d'éducation économique et financière. Alors bien évidemment, on aimerait qu'elle soit inscrite à l'école dans un parcours d'égalité des chances. Ça serait véritablement nécessaire. On y travaille, mais par effet de rattrapage, l'entreprise a un rôle à jouer. L'entreprise qui donne beaucoup de formation, ça devient effectivement une nécessité. C'est la raison pour laquelle on a créé une tour de paye. pour essayer d'expliquer ne serait-ce que la fiche de paye. La fiche de paye, c'est intéressant, c'est le magazine le plus lu et le moins compris des Français.
- Speaker #0
C'est pas mal.
- Speaker #1
24 millions de Français reçoivent leur fiche de paye. Et on a décidé de remettre cette fiche sur une base compréhensible, c'est-à-dire 100 euros, en leur disant, écoutez, il y a une double insatisfaction de l'employeur qui va payer 36 euros. sur les cotisations patronales. Et vous-même qui, effectivement, peuvent être un tout petit peu dubitatifs quant à regarder le net qui vous reste, à savoir, à 79 euros. Mais c'est intéressant, la fiche du pays, parce que c'est, en fait, le miroir social de toutes les décisions prises jusqu'à aujourd'hui. Et notre rôle est de dire, en quelque sorte, Par rapport à ce técule que vous avez reçu, il y a un pacte social. Il est un choix que nous avons de se dire qu'il est préférable que tout le monde soit soigné, qu'il est préférable que tout le monde, autant que possible, touche une partie de sa retraite. Mais ce pacte social, il date de l'après-guerre, et qu'aujourd'hui, on a une démographie qui est en train de changer de manière assez vertigineuse. On vit plus longtemps. Mathématiquement, il y a plus. de seniors. Et aujourd'hui, on commence à le savoir, il y a moins d'enfants. Donc on a ce qu'on appelle un solde naturel négatif. Donc, on voit bien qu'il y a ce besoin de réorganiser ce temps de travail, de se réapproprier une éducation économique et financière qui vienne nous donner les moyens de pouvoir se projeter dans ce temps plus long. Nous, notre rôle, c'est de remettre en quelque sorte les intéressés au centre. On a ça en commun, c'est ce que vous essayez de faire avec ce que vous faites au sein de La Poste et le réseau formidable que vous dirigez. C'est un enjeu de mobilisation, c'est un enjeu de responsabilisation. C'est-à-dire que cette solidarité collective auquel nous tenons, et vous pouvez l'avoir dans un projet, j'allais dire, en taille d'entreprise, ne peut pas tenir sans une responsabilité individuelle,
- Speaker #0
où chacun... doit prendre sa part. Oui, bien sûr. C'est très intéressant ce que vous dites, bien sûr. Et je pense que vraiment, ça fait réfléchir au modèle de société que nous vivons et qui est en train de se transformer assez profondément. Et je crois que, vous me reprenez si les chiffres ne sont pas bons, mais il me semble qu'il n'y a que 22% des femmes qui accordent de l'importance à la rémunération. Vous aviez fait une étude récemment dans leur choix professionnel, donc ils n'en parlent pas. Il n'y a qu'une femme sur trois qui est à l'aise pour négocier. Est-ce que ça change quand même ça ou pas ? Est-ce que vous constatez ça ? Est-ce que vous êtes en... Qu'est-ce que vous voulez nous dire ?
- Speaker #1
Alors, je ne veux pas déprimer tout le monde parce qu'il est sur ma podcast de rentrée, mais non, ça ne bouge pas beaucoup. D'abord parce qu'on parle énormément des inégalités de salaire et il est nécessaire d'en parler au sein de l'entreprise. Ça, c'est le premier point. Simplement, en fait, les plus grandes inégalités sont logées au sein des familles. On a conduit deux études qui démontrent ça. La première sur l'argent de poche, qui avait fait beaucoup de bruit, pour dire qu'il y a un écart d'environ 8 à 10 euros dès le plus jeune âge. Et quand je parle du plus jeune âge, c'est avant 10 ans, et il ne cesse d'augmenter jusqu'à l'adolescence. Alors, est-ce à dire que les parents ne donnent pas le même argent de poche entre les garçons et les filles ? Non. Mais les tâches sont genrées. C'est-à-dire qu'il faut vite comprendre que ton de la pelouse rapporte plus d'argent. que débarrasser la machine. Ça, c'est au premier titre. Le deuxième, c'est qu'ensuite, au moment de Parcoursup, on s'est rendu compte que dans les choix de carrière et d'orientation professionnelle, la question du salaire intervient en deuxième place pour les hommes et uniquement, je ne m'en souviens pas bien, entre quatrième et cinquième place pour les filles. Donc, il n'y a pas de lien, de corrélation directe. entre un choix d'orientation. Et ceci est très dommage parce que lorsqu'on pose la question cinq ans après la sortie de ces études, hommes et femmes en commun disent que si on les avait prévenus, ils auraient réfléchi différemment.
- Speaker #0
Et d'où l'éducation, vous en parliez, vous parlez de l'éducation financière des jeunes, j'entends, et l'éducation c'est important. Alors Bayard, vous êtes de 7 à 77 ans, donc vous vous adressez à tout le monde. Au niveau de l'éducation, est-ce qu'il y a quelque chose à faire ? C'est presque expliqué que tous les métiers sont accessibles à toutes et à tous, j'ai envie de dire, selon ses envies. Je pense qu'il y a un gros travail à faire, effectivement. Il y a deux sujets, il y a un gros travail à faire sur l'orientation et l'impact des choix,
- Speaker #1
là aussi. Sur l'éducation d'argent, nous, on a commencé tout petit, on a commencé à partir d'Astrapi. L'argent arrive très vite, au moment de la petite souris, on vous donne une pièce et on vous dit d'ailleurs, mets ta pièce dans ton petit cochon et épargne. Donc ça, ça ne va pas faire des grands investisseurs pour plus tard, mais effectivement, la notion d'argent. Et puis les enfants écoutent, j'allais dire, la télévision, la radio, leurs parents. Donc je pense qu'il faut, à leur niveau, être en capacité d'aborder ces sujets très tôt. Et surtout, ce qui est très intéressant, c'est que vous faites ce formidable poste. Il y a plein d'initiatives qui sont faites, mais elles ne sont pas tenues sur le long terme. Donc moi, je pense qu'il faut des rendez-vous beaucoup plus importants de la petite enfance, au moment notamment du stage en troisième. Ensuite, quand vous arrivez dans le monde du travail, c'est étonnant que dans le monde du travail, la fiche de paye que vous recevez, l'élément que vous recevez tous les mois, ne soit pas expliquée. Pour pouvoir donner à l'ensemble des collaborateurs un effet de rattrapage, à défaut de pouvoir l'inscrire tout de suite. L'école a fait un programme, parce que c'est inscrit désormais dans un programme. Mais là aussi, si je ne me trompe pas, on parle d'une demi-journée. En fait, c'est comment tenir sur le temps long. C'est comme lorsque vous vous dites, tiens, je vais parler finances avec mon chéri, avec mes parents. Vous le faites occasionnellement. En plus de ça, c'est généralement toujours assez lourd. Donc, vous y retournez pas toutes les semaines. Mais en fait, lorsqu'on voit le temps dédié à ces finances par les Français, comparativement aux autres pays européens, il est extrêmement faible.
- Speaker #0
Ah oui, on a une différence par rapport à d'autres pays ? C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc c'est culturel ?
- Speaker #1
En fait, on a cette idée d'État-providence, d'entreprise sur laquelle effectivement... Et je pense qu'il faut qu'on passe d'un État-providence à un État-prévoyance. Ça, ça vaut pour l'éducation au sein de l'école. Et que les entreprises, elles le font, pour certaines d'entre elles. qui désormais adresse ce sujet comme ils adressent beaucoup d'autres sujets. Alors je sais que vous faites déjà beaucoup de choses, mais celui-ci me semble très important parce qu'il vient en quelque sorte réconcilier sur une meilleure compréhension de pourquoi est-ce qu'il y en a qui sèvent le matin en se disant « tiens, il faudrait que les Français travaillent plus longtemps, il faudrait qu'ils fassent plus attention à leur traite » . C'est juste qu'on a un modèle social qui va nous demander à chacun d'entre nous, en quelque sorte, de prendre notre part. pour justement maintenir et soutenir ce système.
- Speaker #0
Oui, et la transparence, la loi sur la transparence des rémunérations au niveau européen va aider normalement peut-être à ce que ce soit moins tabou aussi, non ? Quelque part, ou pas ?
- Speaker #1
Je ne suis pas sûre, moi je suis hyper dubitatif sur cette part. Je ne suis pas sûre qu'elle soit prête, pourquoi ? Parce qu'on a quand même cette tendance très française de regarder dans l'assiette du voisin. En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que ce n'est pas parce que l'assiette du voisin se remplit que ça vide la mienne. Mais ça, ce n'est pas complètement clair pour tout le monde. Donc aujourd'hui, je pense que ça va poser de sacrés soucis. Oui,
- Speaker #0
c'est sûr. C'est compliqué à mettre en place. Surtout, nous qui sommes un très grand groupe, il va falloir regarder à tous les niveaux. Donc il faut aussi se mettre en... J'ai un message.
- Speaker #1
Le fait que l'assiette du voisin se remplit ne vide pas la vôtre.
- Speaker #0
C'est un beau message. Au contraire, du coup, c'est ça, toutes les assiettes... Le gâteau grossit. Exactement,
- Speaker #1
c'est ce qu'on préférait. Oui,
- Speaker #0
c'est ce qu'on préférait.
- Speaker #1
Et c'est ce qu'on peut souhaiter à La Poste.
- Speaker #0
Effectivement. Du coup, vous avez un peu répondu. Je voulais un peu voir avec vous quel rôle les entreprises peuvent jouer, doivent jouer, j'ai envie de dire. Quelle est la priorité ? S'il y avait une priorité, c'est un peu difficile comme question, mais les entreprises, alors c'est vrai que nous, on a de la chance d'être assez avancé sur beaucoup de sujets, mais là, ce qui serait crucial demain pour arriver peut-être aussi à... à aller vers cette égalité, à gérer le tranche générationnel ? Quelles seraient peut-être une ou deux choses importantes à regarder en priorité, selon vous ?
- Speaker #1
C'est plutôt en méthode, parce que je pense que les entreprises regardent déjà énormément de choses. Honnêtement, je suis vraiment assez admirative du travail d'un grand nombre d'entreprises. Pourquoi est-ce que les entreprises, d'ailleurs, ont rejoint le club landois, au-delà de tous les engagements qu'elles ont déjà ? c'est que les entreprises ont pris conscience que la question de la démographie devenait quelque chose de déterminant, la notion de capital humain, que l'ensemble des entreprises vieillissent, et je pense que c'est aussi le cas de la vôtre. Donc il faut adresser les sujets liés à ce vieillissement. Et je pense qu'en termes de méthode, la notion de fédérer un certain nombre d'entreprises sur ces sujets, chire. ensemble, outillés, partagés, les réussites pour que les entreprises puissent accélérer sur un certain nombre de domaines et agir est absolument primordial. Je vous prends un exemple. Il y a cinq ans, on a vu arriver cette notion d'aidance. C'était intéressant puisqu'en fait, il y avait à peine un Français sur deux qui savait exactement quelle était la définition de l'aidance. Eh bien, les chefs d'entreprise du club se sont mobilisés sur une vidéo en disant écoutez, on voit apparaître un phénomène. On ne l'avait pas vu jusqu'à présent. On doit s'outiller, on doit le comprendre. On a besoin de savoir de quoi vous avez besoin pour pouvoir y répondre au plus juste. Et je pense que la mobilisation sur la question des patrons, qui sont des figures quand même, qui sont encore très regardées par les collaborateurs, est assez déterminante. Ce qui est intéressant aussi, c'est que lorsque vous êtes plus d'une trentaine d'entreprises, ou sur la charte d'engagement, j'ai envie de dire, il y a pratiquement 500 entreprises aujourd'hui, vous vous dites... C'est possible. Il y a une voie. Je peux me projeter. J'y vais pas à pas. Ce n'est pas le grand soir, mais c'est petit à petit. Et comme je disais tout à l'heure, c'est de manière continue. C'est-à-dire qu'il faut persévérer. Ce n'est pas un sujet où vous dites « I take the box, c'est bon, ok, je passe à côté » . Donc, l'égalité, l'éducation économique et financière, l'inclusion, les aidants, on arrive à peine sur ces sujets. Et puis, il y a un autre qui nous tient particulièrement à cœur, qui est l'employabilité, qui va être lié à la notion de formation et notamment les questions de santé. Et comme ça, j'aurai couvert tous les sujets que nous adressons. Ce sont des sujets qui sont absolument primordiaux. Donc, il n'y en a pas un, j'allais dire, à tirer. C'est un ensemble parce que nous, notre projet, c'est vivre plus longtemps, certes, mais c'est vivre mieux plus longtemps. C'est un peu ça quand même la promesse à laquelle nous devons répondre.
- Speaker #0
Sybille, est-ce que vous avez un rôle modèle ou quelqu'un qui vous a inspiré ou qui vous inspire toujours ? Ou plusieurs ?
- Speaker #1
Plusieurs. Enfin, j'ai envie de dire, pas spécifiquement de rôle modèle.
- Speaker #0
C'était plus enfant ou quelqu'un vous disait, tiens, quand je serai grande ?
- Speaker #1
Enfant comme beaucoup d'enfants. Ma mère. Ma mère qui s'est retrouvée, j'allais dire, veuve très jeune, avec à charge six enfants. Et j'ai vu qu'avec beaucoup de courage et de détermination, on pouvait aller très loin.
- Speaker #0
Sybille, est-ce que vous auriez un ou deux conseils pratiques à donner à nos auditrices, aux femmes qui nous regardent pour leur indépendance financière, économique, pour l'autonomie ? Est-ce que vous auriez quelque chose à leur conseiller ?
- Speaker #1
Alors, il y a quatre numéros que vous devez impérativement avoir dans votre portable. Le numéro de votre avocat. le numéro de votre notaire, le numéro de votre banquier et le numéro de votre assureur. Parce qu'ils ont en commun que lorsque vous les cherchez, il est généralement déjà trop tard. Et l'éducation économique et financière, c'est un travail de tous les jours. Et si j'avais passé autant de temps à m'occuper de mes finances que de ma routine beauté, je serais plus riche aujourd'hui.
- Speaker #0
Donc, ce qu'on peut dire, c'est aussi que... C'est intéressant parce que c'est que peut-être les magazines aussi, et peut-être les magazines féminins, feraient mieux peut-être d'aller sur... Ils commencent,
- Speaker #1
mais c'est marrant cette notion de prévention, parce qu'on dit prévention. Moi, je sais par exemple s'il va pleuvoir aujourd'hui ou pas. Je sais si je dois prendre un parapluie, si quelles chaussures je dois mettre. Si vous posez la question de savoir quel va être le montant de vos retraites, alors que ça prend 15 minutes sur n'importe quel moteur de recherche sur Internet, il y a quand même assez peu de gens qui sont au courant de la réponse. Donc je pense que cette notion de prévention, on l'a dans beaucoup de domaines. Je pense que les femmes ont particulièrement une notion de budget familial, parce que les femmes sont des remarquables gestionnaires, on ne l'a pas encore dit, il faut le dire. Mais c'est cette capacité de pouvoir se projeter dans ce temps long. qui est plus compliqué. On est dans un monde de l'immédiateté, en quelque sorte. Et donc, la distorsion de notre époque, c'est le paradoxe entre ce temps long qui nous est donné et l'accélération du présent. Voilà.
- Speaker #0
Et si j'avais peut-être une petite dernière question, parce que je pense à quelque chose en vous entendant, parce que j'ai eu récemment une petite anecdote, une jeune femme expliquait qu'elle allait avec son conjoint se faire couper les cheveux, ils ont à peu près la même coupe, cheveux courts. Elle a donc payé pour une coupe femme et lui pour une coupe homme. Elle a payé 40 euros, il a payé 20 euros. Qu'est-ce qu'on peut faire à ce sujet-là ?
- Speaker #1
Moi, je pense qu'il faut le même prix, je vous le dirais, pour les rasoirs. Il y a beaucoup de domaines sur lesquels, effectivement…
- Speaker #0
C'est peut-être quelque chose ici qu'il faut regarder. Très bien. Merci beaucoup. Merci, Sybille. Merci beaucoup pour tous ces conseils très concrets. Et je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode d'Appareil GAL. Merci, Sybille.
- Speaker #1
Merci à vous.