- Speaker #0
La question qui me vient quand même par rapport à ce que tu as dit sur les secteurs, c'est que j'ai le sentiment, je pense que c'est le sentiment de beaucoup de Français, que la Startup Nation est morte. C'est-à-dire effectivement Macron en a tellement fait des caisses sur la French Tech, on met en avant toutes les startups. La réalité statistique des startups, moi je la connais par cœur, c'est 9 sur 10 qui meurent. Et d'ailleurs les fonds d'investissement VC, Capital Risk, ils parient sur ça. Leur rendement va venir d'une boîte qui va faire x20, x50 et les autres si elles vont vivoter ou parfois mourir, ce n'est pas très grave. Et du coup quand tu me dis que c'est la tech à la française, je suis assez surpris parce que spontanément moi j'aurais presque envie de répondre « Non en fait c'est le luxe, c'est l'artisanat, c'est les petites PME etc. » Donc en fait tu dis que plutôt c'est l'inverse, il faut quand même continuer à parier sur ces boîtes-là et sur l'IA etc. Je mets les pieds dans la marge.
- Speaker #1
Tu as parfaitement raison. Dans le plat d'ailleurs, pas dans la marme. Je signe et je ressigne, il y a deux points. D'une part le problème d'Emmanuel Macron et le problème de tous les gouvernements qui ont quand même succédé c'est que c'est un peu les rois de la com. Et en fait les entreprises elles n'ont pas besoin de com. Elles ont besoin d'un environnement compétitif. Point. Le reste on s'en fout. Et dire start-up nation ou tous les qualificatifs qu'on veut c'est enjoliver un terme dont on sait qu'il va être dévoyé donc ça n'a strictement aucun sens. Une bonne politique économique et une politique de l'offre c'est faire en sorte que les entreprises qui produisent en France ne soient pas plus taxées qu'ailleurs. qu'on leur donne une main d'œuvre qualifiée et compétente et qu'elle puisse se développer, a fortiori sur le territoire national et encore plus international. Point. Donc il n'y a que ça qui compte. Après, il faut arrêter toute la... Aujourd'hui, on est quand même les rois de la com en France. Il faut sortir un peu de ça. Il faut être dans des actes très concrets. Une bonne baisse d'impôt, ça vaudra toujours mieux que de faire « choose France » . Voilà. Il faut quand même être assez clair là-dessus. Le principe des startups et ce qu'on n'accepte pas en France et en Europe, mais ça c'est un sujet majeur. Pourquoi ? Parce qu'on est risquophobe, on a peur du risque. Le propre de l'innovation, c'est que c'est ça, c'est un 100 mètres, t'as plein d'entreprises au départ et il n'y en a qu'une qui passe la ligne d'arrivée en premier. Donc il faut accepter que le propre de l'entreprenariat et de l'innovation, c'est que des entreprises meurent tous les jours. Mais d'autres se recréent en permanence. Donc d'une part, il faut encourager la création, parce que ce qu'il ne faut pas, c'est qu'évidemment le tissu meurt et qu'il n'y ait pas de nouvelles entrantes. Mais c'est en permanence ça. Les entreprises comme un tissu immobile qui ne bouge pas, ce n'est pas du tout les mêmes entreprises qu'on a aujourd'hui et qui tirent la croissance en 2025 qu'il y a 10-20 ans. Aujourd'hui on a plein de nouveaux entrants, plein de PME qui continuent quand même d'afficher des croissances qui sont impressionnantes et d'autres malheureusement qui ont des résultats effectivement beaucoup plus dégradés pour le coup. Mais c'est ça l'innovation, c'est accepter de faire des nouveaux entrants. Certaines vont exploser par le haut et c'est tant mieux, ça veut dire qu'elles ont trouvé le bon marché, le bon segment, la bonne innovation. Et tu en as plein qui, malheureusement, et les entrepreneurs le savent bien mieux que moi, c'est avant de réussir, souvent il y a plein d'échecs. C'est dur du premier coup de sortir l'entreprise qui, très souvent, on doit accepter de tomber plusieurs fois. Et pourquoi on a un problème avec ça en France ? Parce que comme je te le disais, on a un problème avec le risque. Les Américains, ils sont vraiment dans cette idée de dire mais on peut mourir 10 fois, ce n'est pas grave parce que la 11e, ça va marcher. Nous, on se dit quand on a échoué une fois, oh là là, qu'est-ce qui nous arrive ? On se met à réfléchir 10 ans sur pourquoi ça n'a pas marché. On refait le film. On adore refaire le film en permanence. On a des entreprises qui ferment France actuellement. Moi, je suis né dans l'Orléanais. On a Brande qui vient de fermer. On refait le film sur toutes les chaînes d'info. C'est bien de tirer les constats. Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire. Mais on ne parle pas du tout de ce qui marche, de ce qu'il faudrait faire pour que ça marche mieux par ailleurs.
- Speaker #0
Très orienté autour des problèmes, des pessimistes.
- Speaker #1
Et ça, c'est un état d'esprit quand même assez défaitiste. Les Américains ne sont pas là-dedans. Ils peuvent dire qu'il y a des pantiers qui s'effondrent. Ce n'est pas grave, je vais te faire monter une tour à côté. Ils sont vraiment dans un état d'esprit beaucoup plus conquérant. Et on doit réapprendre. Mais ça, ça passe aussi par le financement. Tu le vois bien, c'est que les ménages français, ils sont tous... Et c'est européen quand je te dis français, en fait, c'est l'Europe. On est un vieux continent là-dessus. On n'arrive pas à financer les jeunes entreprises. On aimerait avoir, je veux dire, du private equity où on fait des levées de fonds complètement énormes et on a l'épargne pour le faire. Mais on a des ménages qui sont monstrueusement frileux. peut-être faire évoluer un peu l'architecture financière. Mais fondamentalement, il faut qu'on dise aux ménages « mais si vous ne financez pas vos pépites, il ne faut pas rêver » . Forcément, on va être dominé par les Américains et les Chinois.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, ce que tu dis, c'est qu'aux US, par exemple, les ménages, donc les particuliers américains, placent leur argent plus facilement dans des fonds technologiques, dans des fonds qui vont mettre de l'argent dans les...
- Speaker #1
Je vais te dire, c'est que certains le font. Les fonds de pension, oui. Exactement.
- Speaker #0
Tu mets de l'argent pour ta retraite dans un placement quelconque. Et en fait, cet argent-là est investi dans l'économie d'innovation aux US, alors qu'en France, il va être beaucoup plus placé sur des obligations, des fonds euros, des trucs et machins, de la dette française.
- Speaker #1
Les assurances vie, les fonds euros, le gros, c'est du financement de dettes publiques. Alors, c'est vrai que si on réoriente une partie de l'épargne en France de la dette vers les entreprises, l'État va avoir un petit sujet pour se financer. Il va falloir qu'il commence à être plus sérieux. Mais si on ne le fait pas, on ne peut pas à la fois se plaindre d'avoir deux grands géants dans l'univers désormais qui sont la Chine et les Etats-Unis et nous pris en étau entre les deux et ne pas accepter de faire bouger nos règles du jeu. On a un vrai problème, c'est qu'on veut absolument sortir de cette situation de déclassement collectif parce que là pour le coup, ce n'est pas que la France, c'est vraiment l'Europe. Et en même temps, on nous dit non, non, mais on ne veut strictement rien changer à la manière dont on fonctionne. Ce n'est pas possible à un moment donné.
- Speaker #0
Tu parles de Brandt, qui a fait l'admédia, parce qu'effectivement c'est une marque d'électroménagers emblématique, centenaire je crois, et qui a fini par mourir récemment. Tu dis, c'est un truc... En fait, les Français veulent faire du made in France, mais dès qu'ils le peuvent, tu te rends compte qu'ils achètent sur Amazon, ils achètent chinois. Et en réalité, Brandt a connu le même sort que tous les autres. C'est-à-dire que les gens s'étonnent de ce qui se passe, mais les gens n'achètent pas les produits français parce qu'ils sont plus chers, parce que que sais-je, tu vois ?
- Speaker #1
Je vais être extraordinairement provocateur là pour le coup, mais c'est pire que ça. Ils n'en ont rien à cirer. Par contre, ils se plaignent des conséquences. C'est-à-dire que tout le monde s'esclave quand une usine ferme, 1. se pose la question quand même de est-ce que moi, avec mon comportement de consommateur, je n'ai pas contribué quand même gentiment à ce qu'on en arrive là ? On passe notre temps à dire le made in France, c'est plus cher. C'est vrai qu'on a des coûts de production, objectivement, qui sont beaucoup plus élevés. Est-ce que sur certaines productions, on est nettement plus cher ? Oui. Mais est-ce que sur certaines productions, on est compétitif ? Oui aussi. Moi, je suis désolé quand je vois le slip français qui nous sort un t-shirt made in France, 100% coton à 7 euros, ne peut pas me dire qu'il n'y a pas des efforts qui sont faits pour compresser les coûts. et que c'est inaccessible pour un ménage français. Ça, pour moi, c'est inaudible. Il y a quand même des entrepreneurs français qui font un boulot de zinzin, de dingue, pour vraiment être compétitifs. Le consommateur, s'il ne suit pas ça, il porte quand même une partie du fardeau. Et pour être de nouveau provocateur, on peut faire un petit travail ensemble. Tous les élus locaux qui sont pleins, qui ont sorti des mots invraisemblables, on va chez eux, on regarde la plaque de cuisson. Tu penses que c'est Brant ? Donc là, à un moment donné, c'est facile aussi. de, en permanence, nous dire c'est un scandale. Allons voir dans les ménages. Est-ce que même les élucaux qui, pourtant, la connaissaient bien l'entreprise, ont fait l'effort dans leur cuisine d'acheter du branque ? La réponse est que très souvent, non. Donc il faut quand même arrêter. Regarde un peu tous les cadres supérieurs. Est-ce qu'ils roulent en voiture française ? Pas spécialement. Donc le côté patriote, il est facile quand ça ferme mais dans les achats du quotidien, il ne se passe rien.
- Speaker #0
C'est incroyable. Mais ça,
- Speaker #1
on doit se faire violence. Ce n'est pas compliqué. Mais c'est dur de lutter contre soi-même. Ça veut dire parfois, on ne va pas se mentir, payer un peu plus cher, oui. Mais c'est aussi le prix de nos emplois. C'est le prix de la valeur ajoutée. Ce n'est pas parce qu'on maintient du tissu qu'on sera capable d'aller plus loin. Mais ça ne peut pas marcher. Une phrase que j'aime bien, c'est qu'on ne peut pas soutenir le Made in France la semaine et acheter chinois le week-end. Parce que sinon, l'équation dérape complètement. Et donc nous, on ne se regarde pas. C'est notre problème un petit peu. Quand je te le disais, on n'arrive pas à faire des réformes. On ne veut pas se regarder dans la glace. On pense toujours que c'est le voisin, Est-ce que j'oeuvre vraiment dans le bon sens ? Et très souvent, on se dit qu'il y a plein de petites choses qu'on peut faire pas trop coûteuses et qui en réalité amènent le pays dans la bonne direction.
- Speaker #0
C'est la fameuse phrase, on se demande toujours ce que l'État peut faire pour nous, mais qu'est-ce qu'on peut faire pour lui ? Qu'est-ce que le pays peut faire pour moi, mais qu'est-ce que je peux faire pour le pays ? En effet, c'est une question de patriotisme économique et tu as raison, c'est une espèce d'hypocrisie générale où on n'achète même pas nos propres entreprises, on s'étonne à la fin que ça existe.