- Speaker #0
Première réponse à cette question, ce qu'il faut devenir une connasse quand tu es dans ce monde de luxe pour réussir ? C'est quoi ta première intuition ?
- Speaker #1
Je vais essayer de ne pas répondre par oui ou par non parce que ce serait simple, histe de ma part, et en même temps je ne suis pas normande. Donc moi mon but, justement je pense que moi mon but c'est de garder cette authenticité, cette bienveillance, tout le bagage qui m'est cher, toutes mes valeurs qui me sont chères, et de réussir à pénétrer ce monde que j'élargirai. À l'univers de la communication, qui effectivement est beaucoup dans le luxe, mais aussi dans le lifestyle, et à fortiori, évidemment, le luxe, c'est le plus extrême, mais de pénétrer cet univers-là avec un supplément d'âme qui va aller au-delà de la superficialité. C'est mon pari. Donc, pour moi, non. Enfin, en tout cas, je ne souhaite pas être dans la superficialité. Donc, c'est ce que je...
- Speaker #0
Ce que connaisse pour toi, c'est la superficielle ?
- Speaker #1
Non, mais je croyais que tu me demandais s'il fallait être superficiel pour être dans cet univers. Ah non, tu me demandais juste s'il fallait être une connasse. Oui, c'est ça. Non, en tout cas, ce n'est pas mes valeurs. Donc, je ne dérogerai pas à mes valeurs. Donc, non, je ne souhaite pas être une connasse. Est-ce qu'il faut adapter les codes ? En revanche, oui. On n'a pas dit que c'était des codes de connards. Mais en tout cas, il faut adapter les codes.
- Speaker #0
On va le décortiquer.
- Speaker #1
Il faut s'adapter à son interlocuteur, c'est toujours pareil. Et donc, c'est vrai qu'une fois... C'est intéressant ce que tu dis, parce qu'un jour, je déjeunais avec... Je ne vais pas la citer, mais c'est dommage. Je la citerai peut-être plus tard. Mais c'est une de mes mentors qui m'a beaucoup accompagnée, beaucoup aidée. Et elle, elle a monté une boîte et elle est dans l'univers du luxe. Et je lui avais dit, mais comment tu fais pour pénétrer le luxe ? Moi, je n'y arrive pas, quoi. Et elle me disait, mais en fait, c'est très simple. Tu copies les gens qui sont dans le luxe. Donc, par exemple, pour eux, c'est important d'avoir un sac Dior, une veste Courrèges, des chaussures Chanel, etc. Eh bien, tu fais ça parce que c'est ce qu'ils veulent voir. Et donc, c'est ce que j'ai fait. Et c'est vrai que ça a changé la donne. Mais du coup, c'est la para, tu vois. Mais c'est au global de se dire, en fait, il faut adopter les codes déjà de là où tu veux rentrer pour commencer. Parce que si tu te ramènes... Moi, je trouvais que c'était cool de me ramener avec mon sac à dos que j'avais quand j'avais 15 ans et tout ça, parce que je trouvais que ça avait un côté frais. Ouais, mais en fait, ça ne plaît pas du tout au code du luxe. Donc, il faut s'adapter à l'univers dans lequel tu es. Et ça rejoint l'idée de ce qu'on se disait tout à l'heure. Ce n'est pas être dans la superficialité, mais c'est plus justement avoir l'intelligence de se dire comment je vais être malin pour m'adapter à l'univers dans lequel je vais rentrer. Ce qui ne veut pas dire être une connasse, mais ce qui veut dire que tu prends tout le positif de cet univers et tu essaies de l'approprier.
- Speaker #0
Oui. Parce que du coup, si je te posais cette question, c'est qu'effectivement, le luxe, je pense que je l'ai posé à deux questions, à deux niveaux. Le premier, c'est que l'univers du luxe, c'est un univers qui est réputé très dur, superficiel, comme tu l'as dit. Donc, tu as répondu sur le côté superficiel. En tout cas, toi, tu as capacité à l'aborder avec lucidité et du coup, à t'en servir, tout simplement. Et ce que je pense que d'ailleurs, peut-être probablement plein de gens font. Mais j'imagine aussi qu'il y a de la profondeur. Du coup, tu nous diras, mais je pense qu'il y a aussi les deux. mais du coup c'est un peu ce côté où effectivement C'est très dur, il faut être parfait, il faut faire du beau, il faut répondre à des exigences hyper importantes. Donc du coup, effectivement, c'est une réputation d'avoir des gens qui sont des connards dedans, qui sont très durs. Mais comme d'autres millions, tu vois, le cinéma, c'est pareil. Ma meuf, elle connaît très bien le cinéma, elle me dit toujours ça. Et puis, je pense qu'aussi, il y a ce cliché de la femme entrepreneur où pour réussir, il faut adopter les codes masculins. Et donc du coup, pareil, être dur, tu vois, être dur, manager durement, être... Donc c'est un peu ça, moi, ma question, c'est... C'est quoi la réalité dans ces deux cas, pour toi ?
- Speaker #1
Alors, tu m'as posé énormément de questions, j'ai l'impression d'être en dissertation de philo, où je me dis, oulala, il faut que je définisse tous les termes. Donc pour commencer, qu'est-ce que c'est qu'une connasse ? Pour commencer, pour essayer de dire ensuite, est-ce qu'il faut être une connasse ou pas ? Je sais, en plus, t'es pas mon père. Qu'est-ce que ça veut dire d'être une connasse ? Qu'est-ce que tu entends par connasse, Mathieu ?
- Speaker #0
Je dirais, de manière générale, un peu ce qu'on a commencé à dire tout à l'heure, c'est-à-dire un rapport... rapport de domination ou de dureté aux choses. C'est-à-dire, est-ce que pour manager une équipe dans le luxe, il faut être soi-même un peu un tyran ? Est-ce que pour manager des clients qui sont infernaux, avec des exigences pas possibles, il faut être hyper dur ? C'est ça, en fait.
- Speaker #1
Pour répondre à cette question, j'ai effectivement commencé chez Acme quand j'ai eu des clients du luxe. J'en ai eu assez vite. c'était une chance parce que, honnêtement, ça nous ramène énormément de visibilité, j'ai effectivement été très dure. Et on me demandait de lâcher sur un truc, je disais je ne lâcherai pas.
- Speaker #0
Excuse-moi, juste pour préciser, ACME c'est une agence événementielle, on est d'accord ? Parce que des fois les gens n'hésitent pas à capter ce qu'on fait.
- Speaker #1
C'est une bonne question parce que je crois que nous ne sommes pas une agence événementielle. Ceci n'est pas une pipe. Non mais parce que...
- Speaker #0
J'ai besoin de me marrer dans cet épisode. Je ris bêtement. On rit bêtement avec moi.
- Speaker #1
Non mais ce que je veux dire, c'est que oui, officiellement, si je dois me catégoriser, on est une agence d'événements, de com'. La réalité, c'est que c'est hyper réducteur et que tu vas voir qu'à la fin de l'épisode, si on parle d'Acme, on se rendra compte qu'en fait, on n'est pas ça du tout. Moi, mon... Ma mission et ma vision, c'est d'accompagner des dirigeants, de comprendre leurs enjeux et de donner à voir l'invisible, de donner à voir ces enjeux qu'on ne voit pas à travers des scénarisations. Mais quand je dis ça, c'est incompréhensible. Donc, quand je résume, ça veut dire qu'en gros, on travaille aux côtés des dirigeants pour événementialiser leurs messages et on peut faire des campagnes de communication, des campagnes de... de pubs, on peut faire plein de choses, mais il y a toujours un événement quelque part. Mais cet événement, ce n'est pas un événement pour un événement, c'est un événement pour mettre en lumière une marque, révéler une marque, révéler un message de dirigeant. Et pourquoi je le dis ? Parce que c'est une approche qui est assez innovante. Mais bon, maintenant qu'on a dit ça et qu'on sait ce que fait Acme, est-ce que c'est clair ? C'est clair. Ok, parfait. Tu veux que je revienne à la connasse ?
- Speaker #0
Bah ouais, allons-y.
- Speaker #1
quand j'ai commencé à Acme donc on a eu des clients dans le luxe et qui étaient très exigeants mais alors le sujet c'est qu'il y a de l'exigence mais il y a aussi des coupes de budgétaires enfin c'est un mix de tout ça en fait c'est qu'à la fois on nous demande beaucoup d'exigence et en même temps on nous demande de réduire les prix et quelqu'un me disait en fait parfois le luxe te demande à payer pour travailler avec eux et c'est pas faux c'est un peu ça l'enjeu Merci. Comment tu arrives à travailler avec des marques de luxe sans qu'elles se disent qu'elles sont tellement stylées qu'en fait, il faudrait limite que tu les payes pour travailler avec eux ? Et effectivement, j'ai commencé à faire des bras de fer avec les boîtes de luxe quand ça n'allait pas. Et en fait, j'ai perdu. Donc en fait, à moins d'être un mastodonte, je pense que tu perds les bras de fer. Donc ma recommandation, si c'est des entrepreneurs qui nous écoutent, c'est que les bras de fer, c'est une mauvaise idée et qu'il faut trouver des chemins de traverse pour résoudre ça. Et donc moi, ma résolution aujourd'hui, elle est plutôt dans l'excellence. De toute façon, malheureusement, c'est ça. Et tant mieux, parce que c'est mon motif dans la vie d'être dans l'excellence. Mais la façon de répondre au luxe, c'est de répondre à leurs exigences. La bonne manière d'y répondre, c'est de clarifier les exigences. Parce que souvent, comme il y a des univers un peu créatifs, artistiques, ou marques, etc. En fait, c'est pas cadré, et donc on sait pas trop où on va. Et on se retrouve quelques jours avant le jour J en se disant « Mince, en fait, on s'est pas compris » , et du coup on recommence tout. Et c'est ça le problème du luxe. C'est que souvent, comme il y a beaucoup d'émotionnel, de création, etc. et que ce n'est pas très cadré, on a beaucoup d'histoires de gens qui racontent deux jours avant qu'il fallait tout recommencer. Moi, ma façon de résoudre ça, ça a été de me dire on va processer au maximum, on va mettre en place une méthodologie pour que, bien en amont, dès lors qu'on a commencé à travailler ensemble, on a ce qu'on appelle des KSF, des Key Success Factor. Pourquoi tu veux travailler avec nous ? Qu'est-ce que tu attends de cet événement ou de notre échange ? Qu'est-ce qui serait un événement réussi ? Et en fait, on va vraiment clarifier tout ça. Donc là, commence la maïotique socratique. Mon rêve d'être psychanalyste, en fait, commence ici. Et comme ça, on accouche le client. Et on pose les choses. Et on les écrit. Et on se dit, on est bien d'accord que c'est ça l'objectif. C'est pas ça. En revanche, si tu veux ça, on change la tronche du projet. Mais on est bien d'accord. Et donc, le fait de mettre ça. En revanche, après, il faut délivrer de façon parfaite. Mais ça a changé la donne sur le fait que ça se passait bien. Et aujourd'hui, c'est vrai que c'est étonnant de se dire qu'avec nos clients du luxe, ça se passe hyper bien. Et quand je demande à mes équipes, je leur demande comment ça se fait. Et en fait, c'est ça la réponse.
- Speaker #0
C'est notamment ça.
- Speaker #1
C'est la méthode et le fait d'être dans l'excellence, mais notamment par la méthode. Et le fait que, tu sais, c'est le consentement mutuel. C'est-à-dire qu'on est OK, OK. Ce n'est pas moi qui avance dans mon truc. Et en fait, je te le présente trois semaines plus tard et là, tu me dis que ça ne va pas du tout. En fait, on avance méthode agile, c'est le truc classique, mais on avance petit à petit et on valide ensemble que tout va bien et on est co-responsable aussi de notre projet.