- Speaker #0
Est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui, il y a une meilleure prise en compte de la santé, peut-être particulièrement de la santé mentale, dans l'univers des entrepreneurs et peut-être même des performeurs, que toi quand tu as commencé il y a 40 ans ou pas du tout ?
- Speaker #1
Oui, en tout cas, il y a beaucoup moins de pudeur sur le sujet. Il y a des sujets qui étaient un peu tabous, qu'ils le sont moins. Et il y a des sujets sur lesquels le dirigeant d'entreprise ne voulait pas aller. sur lequel il accepte un peu d'aller aujourd'hui. Parce que la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle, elle n'est pas facile à définir. Et puis évidemment, l'un et l'autre se répondent. Un gars qui a des problèmes de santé, est-ce que c'est privé ? Par définition, mais ça peut avoir des influences sur sa disponibilité professionnelle. Un gars qui divorce, ça peut être pareil. Et en même temps, un gars qui fait un burn-out, ça peut avoir une influence sur son divorce, sur son couple et potentiellement sur un divorce. Donc les deux se répondent. Et pendant très longtemps, ces sujets-là, dans le monde professionnel, étaient un peu tabous. Et côté salarié, et côté dirigeant. Le dirigeant disait ça, c'est la vie privée, et les salariés n'étaient pas du tout... Les entreprises ne leur offraient aucun réceptacle pour parler ou exprimer les choses. Et aujourd'hui, on voit, nous on est actionnaire de Thiel, par exemple, qui a un programme sur les sujets comme ça, on voit que les gens parlent aussi plus spontanément de ce qu'on appelle un burn-out. Par exemple, à une époque, tu n'aurais jamais dit « j'ai fait un burn-out » . J'étais crevé, j'étais malade, j'ai fait un burn-out, etc. Donc voilà, il y a des sujets qui étaient tabous qui ne sont plus tabous. Est-ce que maintenant on adresse le sujet complètement, de façon pleine et entière et satisfaisante ? Sans doute pas. Il y a encore plein de progrès à faire, très basse en voulant.
- Speaker #0
Je pense que c'est une tension que j'ai une audience de chefs d'entreprise et d'entrepreneurs.
- Speaker #1
Une autre chose d'ailleurs intéressante, c'est le développement du coaching. Quand tu prends la mentalité 20e siècle... Se faire coacher, ça voulait dire d'une certaine façon accepter une forme de faiblesse ou une forme d'incapacité à s'autodéterminer, etc. Alors peut-être qu'il était un grand sportif, ok il a un coach, mais un dirigeant d'entreprise, il ne disait pas je me fais coacher, c'était un aveu de faiblesse. Aujourd'hui au contraire, ça peut être vu comme une forme de lucidité. comprendre qu'on a des vulnérabilités, des faiblesses, qu'il faut travailler dessus, des points forts, des points faibles, etc. Et que tout dirigeant, il a les défauts de ses qualités. Et que donc, quelqu'un qui l'aide à exprimer les choses et qui lui donne des outils pour affronter des situations est utile à ça, y compris pour un grand patron.
- Speaker #0
Oui, puis il y a tout un tas d'exemples. Léon Marchand qui se fait coacher. Enfin, tous les grands sportifs, maintenant, ont des coachs. Ça, ça existe déjà. Oui, oui. Pour les packs, ça arrive dans le monde de l'entreprise, en fait.
- Speaker #1
Dans le monde du sport, c'est arrivé à la fin du XXe siècle. On commençait à parler de coach psychologique dans les équipes de foot, dans les tennismans, etc. Coach sportif au sens de coach de sportif. Mais dans le monde de l'entreprise, c'est plus récent. Et par contre, ça a une croissance forte. On voit qu'il y a vraiment une demande et une offre importante sur le sujet.
- Speaker #0
Tu vois, j'ai reçu ici Éric Larchevêque ou Thibaut Elzière. Qui m'ont dit tous les deux être dans une tension permanente entre l'envie d'être légendaire et le fait d'être heureux, tu vois. Qu'est-ce que t'en penses ? Est-ce que tu penses que pour réussir très fort, il faut de toute façon sacrifier cette partie de bonheur, quel que soit ce qu'on met derrière ? Ou est-ce qu'on peut être très successful, quelle que soit son entreprise, et en même temps avoir une forme d'équilibre ?
- Speaker #1
Difficile à rêver. Alors moi, tu sais, je ne suis pas... L'histoire des pigeons était un peu particulière, mais globalement, mon métier, c'est un métier qu'on fait plutôt derrière les rideaux. Donc on n'a aucune raison d'être légendaire, tu vois.
- Speaker #0
Investisseur.
- Speaker #1
Un investisseur, c'est quelqu'un qu'on ne voit pas normalement. On voit les boîtes qui sont financées par... Je fais souvent la comparaison, c'est un producteur de cinéma, personne ne connaît les producteurs de cinéma. Les gens connaissent les acteurs, connaissent éventuellement les réalisateurs, mais pas les... Donc un VC, c'est plutôt un producteur de cinéma. Donc le besoin d'être légendaire, c'est pas un besoin que... Heureusement que je ne l'ai pas, parce que je serais forcément très très déçu. Donc je n'ai pas ce sujet. La vraie question, c'est, est-ce que tu te lèves le matin... Si tu bosses beaucoup, est-ce que tu te lèves le matin en étant heureux d'aller bosser ? Et à cette réponse, à cette question, je réponds oui, moi. Donc voilà, je fais un métier qui est passionnant. Mais tu n'as pas observé ça chez les autres, en tout cas chez les entrepreneurs que tu côtoies,
- Speaker #0
les meilleurs entrepreneurs en particulier ?
- Speaker #1
Après, tu sais, la façon dont les gens pensent que les entrepreneurs sont similaires, oui, ils ont des enjeux qui se ressemblent, parce qu'être patron d'une entreprise, notamment d'une... Une scale-up, c'est une situation très particulière. Mais franchement, je connais autant quasiment de scale-up que de types d'entrepreneurs. C'est-à-dire que tu as des gens qui sont très intérieurs, des gens qui sont très extérieurs, des gens qui sont très agressifs, des gens qui sont très cools. Il y a de tout. Et heureusement qu'il y a tout. Et on peut réussir en étant un peu tout ce que je viens de dire. Donc je ne crois pas qu'il y ait d'archétype de l'entrepreneur. En tout cas,
- Speaker #0
dans la personnalité, tu veux dire,
- Speaker #1
dans la personnalité, dans le comportement, je ne crois pas qu'il y a vraiment ça. Après, ce qui est important, c'est quand justement tu as telle caractéristique de t'entourer de gens qui vont compléter les faiblesses que tu peux avoir ou les points ou les angles morts que tu peux avoir ou qui vont contrebalancer éventuellement un excès d'autorité ou un excès de. d'impatience, etc. Mais les entrepreneurs ne sont pas tous pareils. Et moi, la question que tu poses, je la poserai autrement. Est-ce qu'un entrepreneur, il est heureux de faire ce qu'il fait ? S'il n'est pas heureux, il faut qu'il arrête.
- Speaker #0
Oui, mais en fait, je prends un point précis qui est la différence entre l'opposition, entre l'obsession et le bonheur. On a tous en tête cette image d'Elon Musk auquel se réfèrent, d'ailleurs, à mon avis, bêtement, tout un tas d'entrepreneurs, de jeunes chefs d'entreprise. qui voit comme un modèle de réussite et de succès, alors que c'est déjà très particulier, parce que je pense qu'il est autiste, tu vois, donc il a déjà une particularité psychique qui est différente de la plupart des gens, et en plus, il a une capacité intellectuelle qui probablement dépasse largement la moyenne des gens, et une capacité d'obsession qui dépasse là aussi très largement la moyenne des gens. Mais du coup, tu vois, Elon Musk, il traduit bien le fait que si tu veux réussir très fort, il faut être obsédé, et le fait d'être obsédé, ça conduit plutôt au malheur. lui-même dit que... Dans une interview, il dit « Le jour où je partirai, le jour où je vais mourir, ce sera une forme de soulagement. » Parce qu'il est complètement dans sa tête terrible. Et donc, ce que tu me dis là, c'est intéressant. C'est qu'en fait, tu peux aussi, sans copier la réussite de l'élonès, tu peux déjà réussir une boîte qui a plusieurs dizaines, voire centaines de salariés, qui fait des millions, voire des centaines de millions de chiffres d'affaires, et être quelqu'un d'équilibré, qui a un... Une vie de famille, un calme qui est cool, etc. C'est ça que tu sembles dire, en fait.
- Speaker #1
Je pense que le côté obsessif est peut-être nécessaire dans certains plays au début parce que tu fais exister un truc totalement improbable. Et donc, si tu n'es pas... Je me rappelle de Madzela en 2009.
- Speaker #0
Donc, Frédéric Madzela, fondateur de Black Black Car, oui.
- Speaker #1
Il était obsédé par le covoiturage. Il dormait, il vivait, il respirait covoiturage. Tout le monde pensait que c'était un micro-truc et que... C'était l'autostop électronique, pour simplifier, et que jamais ça dépasserait le cadre de quelques dizaines de milliers d'étudiants où Babacool, qui avec un sac sur le dos, allait traverser la France. Et lui, il avait la conviction très très forte que ça pouvait être beaucoup plus gros. Et la preuve, aujourd'hui, il doit y avoir 20 millions de Français qui ont utilisé Babacar, ou peut-être même plus. Il doit y avoir chaque année 10 à 15 millions de Français qui l'utilisent au moins une fois, donc c'est beaucoup. Et il était effectivement un peu obsessif. Parce que pour être convaincant, il fallait qu'il soit... Il a mis beaucoup de temps à convaincre des gens d'investir dans son business. Il a mis beaucoup de temps à faire que les chiffres qu'il avait n'étaient pas des chiffres ridicules. Et donc s'il n'avait pas été obsessif, peut-être que Babacar n'aurait jamais existé, tout simplement. Donc il y a un moment, une phase d'obsession un peu nécessaire et qui va être une... qui va donner une forme de contagion de la conviction ou de l'intuition. Est-ce que tu peux être obsessif tous les jours que Dieu fait, etc. ? Si tu ne t'appelles pas M. Lombeusque, moi je ne souhaite à personne d'être obsessif tous les jours que Dieu fait pendant des dizaines d'années.