- Speaker #0
Dans une entreprise, le rôle du CEO, il a un sens. À la fin, c'est celui qui décide quand il faut trancher sur des questions. Potentiellement, c'est celui qui a le plus de parts. Il y a pas mal de choses qui sont en jeu. L'advisor, c'est aussi un rôle d'aide aux opérationnels, mais c'est un rôle plutôt en retrait. Là, dans la famille, c'est ton père, c'est ton petit frère. Mais comment ça s'articule tout ça ?
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas facile tous les jours. On ne va pas se cacher. On ne va pas se cacher. C'est des niveaux de... C'est des niveaux de tension et de remise en question qui sont exponentiels, en tout cas qui sont démultipliés par l'impact émotionnel et familial et affectif. C'est-à-dire que quand ton frère te dit « non, ce que tu as fait, je n'y crois pas du tout » et « j'adhère pas du tout au plan que tu me présentes et moi je n'y crois pas du tout » , ça t'atteint plus que quand c'est peut-être une personne... Voilà, qui ne fait pas partie de ta famille. Quand ton père vient te dire, attends là, vous n'avez pas prévu la suite, on ne sait pas trop où on va, ça met en insécurité, machin, il faut absolument poser les choses, comment tu vois les... Tu vois, c'est sûr que le niveau émotionnel, il est à 9, on va dire sur 10, mais il est haut. Donc, nous, on ne le cache pas avec Axel, on a eu des moments de tension. Déjà, comme je te disais, il y en a tout le temps dans toutes les boîtes, mais c'est vrai qu'il y a eu des moments de tension parce qu'il y a eu plusieurs facteurs. Il y a eu beaucoup d'avantages aussi que je voulais partager parce que c'est maintenant que je vois aussi d'autres modèles d'association. J'ai pu échanger et je me rends compte que l'herbe n'est pas spécialement toujours verte à côté, loin de là. Mais globalement, dans les points de tension, c'est d'abord le fait que chez nous, en tout cas, il n'y a pas une gouvernance extrêmement claire. Mais c'est organique, c'est que ce n'est pas le grand frère qui va décider, ce n'était pas comme ça chez nous, ou le petit, ou quoi que ce soit, c'était de la collégialité, donc il fallait qu'on s'entende tous les deux. Et on était finalement, sur les décisions, on n'était qu'au CEO, les décisions stratégiques. Après chacun a porté sa couleur et son orientation, mais on n'était qu'au CEO, donc il fallait être d'accord. Et donc parfois on ne l'était pas. Et donc on a essayé à un moment donné... de splitter les rôles, mais ça n'a pas marché. Parce qu'il y en a toujours un qui y allait sur les plates-bandes de l'autre. Ça n'a pas marché. Donc finalement, on a eu une forme d'organisation un peu organique, mais où on faisait beaucoup de choses à deux. Des fois, on était à deux sur les meetings. On se faisait confiance aussi sur certains périmètres. On a appris, en tout cas, de mieux en mieux à le faire. Et voilà, ce qui a quand même beaucoup servi. C'est qu'on se battait tous les deux pour finalement l'un pour l'autre et pour notre famille. Donc, à la fin, c'est pas qu'une boîte. Alors, je vais être... Mais c'est un peu l'honneur de la famille qui est en jeu. Tu vois, alors c'est peut-être... extrême, mais c'est en partie ça. On n'avait pas envie de se planter, on n'avait pas envie de se lâcher l'un de l'autre. Moi, je n'avais pas envie de perdre mon frère dans cette histoire. Je n'avais pas envie de me brouiller avec mon père sur des décisions stratégiques. J'avais envie que tout le monde soit heureux, épanoui de l'aventure magnifique qu'on a réalisée, en garde un excellent souvenir. Et que ce manuscrit-là, très beau, puisse s'achever dans les meilleurs avec un happy end. et c'est ça aussi qui a motivé comme je te disais le côté rationnel tu dis waouh tout le monde est content, on fait une belle bringue on va au resto, on profite on célèbre ce moment là et on est apaisé et après bien sûr la famille reprend pleinement sa place et son rôle de famille et plus de codire et c'est magnifique de pouvoir aussi vivre ça Et voilà, si on n'avait pas vendu, tu ne sais pas trop comment ça peut évoluer parce qu'il y a des tensions qui peuvent s'accumuler.
- Speaker #0
Si le marché se retourne et qu'il y a de la difficulté, que les uns et les autres sont... Bien sûr, ça peut être une toute autre histoire. On est bien d'accord. Et du coup, vous parlez de quoi, Noël ?
- Speaker #1
Maintenant ? On parle un peu de la suite. J'avoue que maintenant, c'est un peu aussi le... OK, donc vous en êtes où ? Mes parents, c'est normal, à la fois nous ont laissé de l'espace et en même temps... C'est vrai que l'une des réactions, ça a été « mais qu'est-ce que vous allez faire maintenant ? »
- Speaker #0
C'est intéressant que tu dises ce truc-là parce qu'on en avait d'ailleurs parlé tous les deux. Il y a quand même une injonction, en effet, dans le milieu professionnel, et je dirais particulièrement dans le milieu professionnel, la performance. Donc, effectivement, les startups en font partie, les startups qui font de la croissance. Qui est que l'inactivité, même après un tel succès, c'est ça qui est dingue et mal vu, en tout cas. est vu comme une forme d'oisiveté, une forme du coup de... Voilà, c'est pas bien, quoi, tu vois. Tu te redeviens un peu le branleur de l'école, peut-être qui a des facilités, mais qui, du coup, ne les utilise pas à plein potentiel. Et c'est vrai que, d'ailleurs, quand tu regardes, moi, quand je pense aux discussions que j'ai avec des entrepreneurs, et moi le premier, on me le demande, parce que maintenant, je suis dans une nouvelle phase, et je le demande aux autres, et à chaque fois, je me dis, mais quel idiot, tu vois, qu'est-ce que... Enfin, déjà, moi, parfois, ça me... C'est à la fois agréable parce que les gens te prennent des nouvelles, mais à la fois c'est un peu oppressant, tu vois. Ce truc de voilà, mais qu'est-ce que... Et du coup, what's next, tu vois. La phrase insupportable au possible, quoi. What's next, quoi.
- Speaker #1
L'humain, horreur du vide.
- Speaker #0
C'est clair, la nature, horreur du vide. Voilà, la nature,
- Speaker #1
mais l'humain, j'ai... La nature humaine, en tout cas, horreur du vide. Et c'est vrai que très vite, et puis c'est du conditionnement, et ainsi de suite. Moi j'ai eu des... J'ai eu des réflexions qui m'ont marqué, notamment une réflexion d'un entrepreneur qui me disait « Est-ce que tu n'as pas l'impression de gâcher ta vie en ne rien faisant ? » Enfin, en ne rien faisant, en sachant que je n'ai jamais vraiment rien fait, mais passons. En tout cas, en n'ayant pas un nouveau projet. Donc, tu vois, j'ai eu ça, je me suis pris dans la tête.
- Speaker #0
Il t'a dit ça, c'était combien de temps après l'exit, ça ?
- Speaker #1
Un an ou un an.
- Speaker #0
Oui, un an.
- Speaker #1
Et en me disant « Est-ce que tu n'as pas l'impression ? » Je me suis pris dans la tête, j'ai dû faire un moment de recul pour me dire, oula ! Et en même temps, le pire, c'est qu'au fond de moi, je me suis dit « Ouais, c'